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interviewBLAST· 15 juin 2023 10 min

IMMIGRATION : MACRON, CIOTTI, LE PEN, MÊME COMBAT

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je crois que la France doit se doter d'une véritable politique d'immigration. Je souhaite pour la France une politique d'immigration choisie et non plus subie. Il faut arrêter l'immigration.

Il faut s'attaquer au communautarisme et au développement du fondamentalisme islamique dans notre pays. La gauche républicaine, elle doit pouvoir parler d'immigration. Dire par exemple qu'aujourd'hui il faut arrêter l'immigration.

C'est un chaos migratoire qui aujourd'hui touche l'Europe et qui a un lien direct avec la violence. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Édouard Philippe ne nous avait pas habitué à des paroles aussi fracassantes. On crève les non dits.

Voilà en substance ce que l'ancien Premier ministre explique sur l'immigration. Il s'est confié au magazine L'Express et on ne l'attendait pas là. C'est pour ça que moi je pousse, je porte, le fait que nous ayons un texte, un débat au Parlement fort, contre d'autres immigrations irrégulières.

Donc il y aura bien une loi immigration, il y aura sans doute plusieurs textes immigration, et ils arriveront dans les prochaines semaines. Tout est bon là-dedans pour vous ? Bah, c'est-à-dire qu'ils peuvent rendre leur carte au Rassemblement national.

La semaine dernière, c'était le 8 juin, plusieurs enfants en bas âge et deux adultes ont été poignardés près du lac d'Annecy par un réfugié syrien. 24 heures plus tard, le Monde a publié un article pointant, je cite, "la récupération politique de ce crime par la droite et par l'extrême droite". Il y a eu des récupérations immédiates, évidemment, de la droite et de l'extrême droite, c'est le fait que, tout de suite, on imagine que c'est le énième attentat terroriste islamique.

En effet, comme le soulignait fort justement cet article, dès que la nationalité syrienne de l'assaillant a été connue, Des figures des Républicains, du Rassemblement national et de Reconquête ont multiplié les phrases choc sur l'immigration. Le Monde relevait aussi, et tout aussi justement, que plusieurs de ses commentateurs avaient d'abord tenu pour acquis que l'agresseur était musulman et se sont trouvés un peu pris de court en découvrant qu'il s'agissait d'un chrétien d’Orient. Eh merde !

Tout cela est parfaitement vrai. Mais on peut ajouter quelques remarques plus générales. Par exemple, on aurait tout à fait tort de penser que l'instrumentalisation politicienne de l'immigration serait quelque chose d'exceptionnel.

Car ce sujet alimente en permanence les pires démagogies, comme vient encore de le démontrer Édouard Philippe. Dans un entretien publié le 8 juin par l'hebdomadaire L'Express, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, dont les propos ont donc été recueillis plusieurs jours avant l'attaque d'Annecy, vitupère en effet interminablement contre, je cite encore, "l'immigration subie", qui contribuerait notamment à ce qu'il appelle "l'embolie de beaucoup de nos services publics". Dans la réalité, comme on sait, Édouard Philippe est le personnage qui, lorsqu'il était à Matignon, et conformément à la promesse d'Emmanuel Macron de supprimer 120 000 postes de fonctionnaire pendant son premier quinquennat, a imposé en 2018 une réforme de la SNCF, officiellement destinée à préparer cette entreprise à la concurrence, et qui prévoyait notamment la fin du statut des cheminots.

Pour le dire autrement, quand Édouard Philippe dénonce l'immigration, qui selon lui provoque une embolie de beaucoup de nos services publics, C'est dans le meilleur des cas une sinistre plaisanterie, puisque lui-même a activement participé, lorsqu'il était Premier ministre, à la case de ses services publics. Il se trouve que je suis moi-même un homme de droite. Ce qui ne vous surprendra pas, je le sais.

Mais l'important pour lui est bien évidemment de suggérer qu'il y a trop d'immigrés en France. Et pour cela, il appelle aussi à en finir avec ce qu'il appelle des non-dits, comme par exemple, je cite encore, "le non-dit concernant l'islam, qui est selon lui un sujet inquiétant pour beaucoup de Français, et qu'il amalgame donc très tranquillement avec l'immigration. Le problème est que si on se penche d'un peu près sur la réalité, on s'aperçoit que ça fait au moins 20 ans que ces prétendus non-dits sur l'immigration et sur l'islam sont très régulièrement dits et redits par des politiciens décomplexés et par leurs journalistes d'accompagnement.

On doit faire super attention en France, moi je n'ose même plus regarder les news. Dès qu'ils annoncent un truc dégueulasse, je me dis à quel moment ils vont faire le lien avec l'islam. Dernièrement, une avalanche.

Oui, Jean-Michel, d'après nos premières informations, il semblerait qu'un barbu soit posté au sommet de la montagne et qu'il crie très fort "Allah Akbar" afin de provoquer des chutes de neige islamistes. En 2005, par exemple, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, s'emporte contre ceux qui, selon lui, menacent la sécurité des Français, c'est-à-dire les gens du voyage, les jeunes des banlieues et les immigrés illégaux. La même année, l'hebdomadaire Marianne propose à ses lecteurs de leur dire enfin tout ce qu'on n'ose pas dire sur l'immigration.

En 2006, Sarkozy, toujours ministre de l'Intérieur, confectionne une loi visant à promouvoir une immigration choisie au lieu d'une "immigration subie". Ce sont les mêmes mots exactement, on l'aura compris, qu'Edouard Philippe, 17 ans plus tard, vient d'employer dans l'interview publiée la semaine dernière dans l'Express. En 2008, l'Express, justement, propose à ses lecteurs de leur dire enfin les vérités qui dérangent sur l'islam.

Et deux ans plus tard, en 2010, l'hebdomadaire Le Point propose à ses lecteurs de leur dire enfin ce qu'on n'ose pas dire sur l'immigration, sur les Roms et sur quelques autres sujets. En 2015, Sarkozy, qui a donc puissamment contribué à l'entretien dans l'espace public d'un débat quasi permanent sur l'immigration, explique encore, sans rire, que la bien-pensance a interdit les débats sur l'immigration. Pardon de le dire, cette bien-pensance qui a interdit des débats, or le débat est positif.

Quel débat ? L'immigration. En résumé, ça fait donc 20 ans que des gens qui passent leur temps à répéter qu'il faut limiter l'immigration et se méfier de l'islam, nous expliquent très sérieusement qu'on ne peut rien dire sur l'immigration et sur l'islam.

Et c'est exactement ce que vient encore de faire Édouard Philippe pour exiger un nouveau durcissement de la politique française d'immigration. Mais cette instrumentalisation politicienne n'est pas seulement le fait de la droite dite républicaine et de l'extrême droite, que plus rien ne différencie d'ailleurs vraiment, puisque sur l'immigration, le député ultra-réactionnaire Éric Ciotti, président des Républicains, tient exactement les mêmes propos que Marine Le Pen. En effet, d'autres formations politiques pratiquent également cette récupération.

C'est le cas notamment d'une certaine gauche, disons une gauche de droite, comme nous l'avons encore vérifié à l'époque où le socialiste à guillemets François Hollande était à l'Élysée. On se rappelle par exemple qu'en 2013, son ministre de l'Intérieur de l'époque, l'inénarrable Manuel Valls, avait très tranquillement déclaré que les Roms avaient vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s'y intégrer, là-bas.

On se rappelle aussi que deux ans plus tard, en 2015, le même Manuel Valls, devenu Premier ministre, en récompense probablement de ses bons et loyaux services, avait tout aussi tranquillement appelé l'Europe à, je cite, "fermer sa porte aux migrants". Et on se rappelle bien sûr qu'en 2016, François Hollande lui-même, dans un entretien avec deux journalistes du Monde, avait déclaré, ouvrez les guillemets, « Je pense qu'il y a trop d’arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là ». Puis il avait ajouté « qu'il y ait un problème avec l'islam, c'est vrai, nul n'en doute ».

Et bien sûr, quand cette gauche dit exactement la même chose qu'elle sur l'immigration, sur l'islam ou sur les Roms, la droite doit elle aussi constamment surenchérir. Vous avez 60 000 brouzoufs de slip le mastar, vous avez 300 000 brouzoufs de gris tout-pain, Zeb qui grille même la quéquette, même la quéquette, moi je vous rajoute votre monsieur ! Allez, 50 000 brouzoufs de couche auto-reverse.

Le paquet, les échanges. Le paquet, le paquet. Le paquet, les échanges.

Le paquet. Eh ben je vous rajoute, je peux, je m'en fous, je le prends sur moi, 100 000 brouzoufs d'objets bandages en latex, ça me fait bafouiller, et une douzaine de cuisses de grenouilles. Lorsque les Républicains, le parti d'Éric Ciotti, ont dévoilé le 21 mai dernier leur proposition de loi destinée, je cite, à "mettre un coup d'arrêt" à ce qu'ils appellent l'immigration de masse, le Rassemblement national a immédiatement dénoncé un copier-coller éhonté de son propre programme.

Et il a eu parfaitement raison puisqu'en effet, comme on l'a déjà dit tout à l'heure, sur ce sujet, comme sur quelques autres, rien ne différencie plus la droite dite républicaine de l'extrême droite. Derrière tout ça, oui, il y a un profil, c'est un chaos migratoire qui aujourd'hui touche l'Europe et qui a un lien direct avec la violence. On a vu à la faveur, j'allais dire, ou à l'occasion de cette affaire que vous aviez quasiment les mêmes propos que d'autres partis, plus à droite que vous, le parti Reconquête d'Éric Zemmour, le parti du Rassemblement national de Marine Le Pen, comment allez-vous faire pour vous distinguer dans la perspective de nouvelles élections ?

C'est pourtant sur cette droite que Gérald Darmanin, qui veut lui aussi confectionner sa propre loi sur l'immigration, compte pour le soutenir dans ce projet. Il vient de proposer au parti d'Éric Ciotti de travailler ensemble sur ce texte qu'il présente tout fiérot, comme le plus ferme de ces 20 dernières années. Je comprends que ce n'est pas encore à la maille de ce que veulent les Français.

Ils veulent plus d'autorité, comme ils veulent plus lutter contre l'immigration irrégulière. C'est sans doute ce que les macronistes appellent faire barrage à l'extrême droite. Ils ne veulent pas vraiment travailler avec le Rassemblement national, mais ils sont tout à fait disposés à faire équipe avec ceux qui, à droite, copient son programme.

Ce week-end, les Républicains ont mis sur la table leur proposition sur l'immigration, révision de la Constitution, quota remise en cause de l'aide médicale d'État, rétablissement également du délit de séjour irrégulier. Je vous vois sourire, tout est bon là-dedans pour vous. C'est-à-dire qu'ils peuvent prendre leur carte au Rassemblement national.

Franchement, copié-collé presque pas mal, un peu low-cost, et probablement avec la sincérité en moins, et juridiquement moins bon. Merci d'avoir suivi cette chronique et à jeudi prochain.