Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 28 février 2023 25 min

Aurélien Pradié : "J'assume totalement de payer parfois le prix d'un peu de liberté"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Jérôme Cadet, le 7-9-30.

0:07
Aurélien Pradié

Bonjour Aurélien Pradier. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin, député Les Républicains du Lot. A mes côtés pour vous interroger, Yael Gauze. Aurélien Pradier, vous avez été l'un des grands animateurs du débat sur la réforme des retraites à l'Assemblée, ce qui vous a mis dans la lumière, mais ce qui vous a aussi coûté votre poste de numéro 2 du parti Les Républicains, puisque le président de LR, Éric Ciotti, n'a pas supporté vos prises de position. On va en parler ensemble, parler aussi de votre vision sur ce que doit être la droite. Vous étiez candidat à l'automne pour la présidence du parti, vous aviez été battu.

Et puis parler aussi de l'agriculture française confrontée à une sécheresse en plein hiver. Vous êtes élu d'un département agricole et vous serez au Salon de l'agriculture aujourd'hui sur tous ces sujets. J'attends vos questions, auditeurs de France Inter, 01-45-24-7000, ou via l'application France Inter. Aurélien Pradier, le texte sur la réforme des retraites arrive au Sénat aujourd'hui, en commission puis en discussion dans l'hémicycle, ce sera jeudi. Et beaucoup d'observateurs et de responsables politiques estiment depuis quelques jours qu'au fond, le vrai débat va enfin commencer car il n'aurait jamais eu lieu à l'Assemblée.

Est-ce que le député que vous êtes s'attend à prendre une leçon de démocratie dans les prochains jours ?

1:15
Invité

Est-ce que le spectacle que l'Assemblée nationale a donné, en particulier les députés de la NUPES depuis quelques semaines, est à la hauteur de l'enjeu ? Non. J'ai d'ailleurs dit dès le début que la faute qu'avaient commises les députés de la NUPES était de ne pas avoir été à la hauteur du peuple. Mais on doit se souvenir que la seule chambre, aujourd'hui parlementaire, qui représente le peuple, c'est l'Assemblée nationale. Et j'attire l'attention de tout le monde sur ce petit jeu qui pourrait s'installer, selon lequel une chambre pourrait écraser l'autre, au fond que le Sénat pourrait presque se substituer à l'Assemblée nationale. J'ai un immense respect pour les sénateurs.

Ils ne représentent pas le peuple. La représentation nationale, elle est à l'Assemblée nationale. Et dans tous les cas, le débat devra aussi avoir lieu à l'Assemblée. S'il n'a pas pu avoir lieu à l'Assemblée, il faudra qu'il y ait lieu d'une autre manière. Je fais confiance aux sénateurs pour faire leur travail. Il faudra aussi que les députés le fassent à un moment ou à un autre. Votre collègue LR, le chef des sénateurs LR, Bruno Retailleau, dit que ce qui s'est passé à l'Assemblée est inadmissible, marque la dégradation de la démocratie. Je le cite. Les syndicalistes aussi, spectacle désolant, mépris des travailleurs. Ça, c'est Laurent Berger pour la CFDT.

Et vous-même, le canard enchaîné, rapporte que vous avez failli en venir aux mains, il y a trois semaines, avec le député Horizon, Laurent Marc-Angéli. Non, rassurez-vous, tout va bien. On n'a pas failli en venir aux mains et ça n'avait rien à voir avec... Il n'y a pas eu de discussion. Non, non, il n'y a pas eu de insultes.

2:28
Aurélien Pradié

Les insultes ont rapporté nos confrères.

2:30
Invité

Nous avons eu une discussion virile, d'homme à homme, sur un sujet qui n'a rien à voir avec les retraites. J'ai défendu un ami à cette occasion-là. Je considère que quand on défend des amis, c'est aussi une valeur humaine autant que politique. Mais ça n'avait rien à voir avec les retraites. Non, moi, je ne me sens pas concerné par le spectacle qui a été donné à l'Assemblée nationale. Je pense que depuis plusieurs semaines, nous sommes quelques-uns, sur beaucoup de bancs d'ailleurs, à l'exception de la NUPES sûrement, avoir démontré que nous pouvions défendre les Français.

La question des carrières longues que j'ai beaucoup défendue, et nous allons sûrement en reparler, je l'ai fait avec ardeur, avec fermeté à l'Assemblée nationale. Je pense que nous sommes quelques-uns à avoir été à la hauteur de notre mission. Est-ce que ce spectacle est à la hauteur du peuple ? Je le redis non. Et c'est là d'ailleurs que l'extrême-gauche commet une faute considérable. C'est qu'ils n'ont pas été à la hauteur du peuple. Il faut que nous le soyons et c'est notre responsabilité de député.

3:14
Aurélien Pradié

Un dernier mot sur ces débats à l'Assemblée. Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a dit dans un entretien au journal Le Monde que Marine Le Pen avait été, je le cite, bien plus républicaine que beaucoup d'autres, en ciblant, je le cite encore, une partie de la gauche. Est-ce que vous partagez son constat ? Une partie de la gauche était moins républicaine que Marine Le Pen ?

3:32
Invité

Je pense que les députés de l'extrême-gauche ont des questions à se poser. Je le redis, moi je n'ai pas de leçon à leur donner, c'est leur affaire. Mais franchement, le spectacle qui a été donné, pour moi, a dû faire mourir de honte beaucoup de Français modestes, qui peut-être ont voté pour ces candidats d'ailleurs, et qui se sont rendus compte qu'ils ne les défendaient pas à la hauteur de ce qu'est notre mission. Après, distribuer les bons points de républicains ou de pas républicains, ce n'est pas à moi de le faire. Vous diriez comme Olivier Dussopt qu'elle a été plus républicaine ?

Non, je ne le dirai pas, d'abord parce que je ne l'ai pas constaté, et puis je ne considère pas qu'il y en ait qui soient plus ou moins républicains. Pardon, mais on peut avoir tous les débats du monde à l'Assemblée nationale. Tous ceux qui sont à l'Assemblée nationale, ils sont par la volonté populaire. Il y a des députés que je combattrai politiquement, notamment les députés de la NUPES, mais je considère que tout le monde a sa place à l'Assemblée nationale. Ce qu'il faut simplement, c'est que le débat ne soit pas bloqué. Et vous savez, si on est très franc, tout ça a arrangé beaucoup de monde. Vous ne pensez pas que ça a arrangé un peu le gouvernement aussi ?

Vous ne pensez pas que les députés de la NUPES ont été les idiots utiles de la Macronie qui s'est bien arrangée du fait qu'on ne puisse pas aller au bout des débats ? Moi, j'ai assisté à tous les débats. J'ai vu la danse qui s'était installée entre les uns et les autres. Je pense que cette bordélisation de l'Assemblée nationale, elle a arrangé beaucoup de monde, peut-être même des députés et des ministres de la majorité. Donc, il ne faut pas être dupe. Ce spectacle-là, c'est une manière de ne pas parler du fond du sujet. Les Français attendent que nous parlions des retraites, pas du spectacle.

4:55
Aurélien Pradié

Alors, le fond, on y vient. Ce texte n'a pas été soumis au vote à l'Assemblée. La version qui arrive au Sénat aujourd'hui est donc à quelques détails près similaires à celles que le gouvernement a présentées à l'Assemblée nationale. Donc, c'est au Sénat de fixer les choses, notamment sur les carrières longues. Vous défendiez un amendement, Aurélien Pradié, pour permettre à toute personne ayant commencé à travailler avant 21 ans de partir à la retraite au bout de 43 annuités. Le gouvernement n'a pas été jusque-là à l'Assemblée. Est-ce que vous faites confiance à vos collègues sénateurs, les Républicains, au Sénat pour pousser sur ce point et pour être vigilant ?

5:27
Invité

Oui, parce que cette bataille sur les carrières longues est une bataille essentielle. Permettez-moi d'y revenir un instant, parce que c'est ce qui peut-être même m'a coûté mon poste, ce qui n'est pas très grave, des Républicains. Depuis le début, nous sommes plusieurs, chez les Républicains, à défendre le fait que ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt, avant leurs 20 ans ou leurs 21 ans, doivent pouvoir partir à la retraite dès qu'ils ont 43 annuités de cotisation. Il y a une injustice terrible dans cette réforme. qui est le fait que certains qui ont commencé avant 20 ans vont cotiser une à deux années de plus que ceux qui ont commencé après. Rien ne peut justifier cela.

Et je pense que le rôle de la droite, c'est de respecter profondément le travail, et donc notamment ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt. Cette proposition, j'ai été au début un des premiers à la faire. Elle est désormais devenue une proposition portée par tous mes amis au groupe Les Républicains, puisque c'était un amendement commun. Sera-t-elle portée par Bruno Retailleau et ses collègues au Sénat, à partir de maintenant, dans le débat parlementaire sénatorial ? Je n'imagine pas qu'il en soit autrement. Vous savez pourquoi ? Vous avez confiance ? Franchement, vous trouvez que c'est sa priorité à Bruno Retailleau ?

Ce n'est pas ce qu'il laisse entendre dans les dernières interviews qu'il a données. Mais c'est une parole qui a été donnée. Souvenez-vous, il y a quelques semaines, le président des Républicains a fait voter une motion au bureau politique des Républicains. Cette motion, elle indique que nous conditionnons notre vote sur la réforme des retraites, au fait que tous ceux qui sont en carrière longue ne doivent pas faire plus de 43 annuités de cotisation. Et j'insiste sur le symbole que représentent les carrières longues. Les carrières longues, c'est autour de 130 000 personnes chaque année. C'est un des symptômes du fait que cette réforme soit injuste et mal ficelée.

Et lorsqu'on est la droite républicaine, on se doit de défendre la France travailleuse.

6:57
Aurélien Pradié

Mais ça coûte de l'argent, Aurélien Pradier. Je cite Bruno Retailleau. Nous voulons savoir combien coûte cette mesure. Nous serons solidaires des demandes formulées à l'Assemblée. Mais nous devons aussi préserver les équilibres, soutenir la natalité qui est l'essence même d'un système par répartition. Est-ce que vous êtes attaché, vous aussi, à l'équilibre des comptes publics ?

7:15
Invité

Oui. Et c'est parce que j'y suis attaché... Comment vous faites pour tenir les deux ? Je ne considère pas que la gestion des comptes publics, ce soit une finalité en soi, c'est un moyen. Et nous devons mieux gérer nos comptes publics, en effet. Alors, précisez-moi les choses.

7:27
Aurélien Pradié

Ça veut dire quoi ? C'est un moyen et pas une finalité ?

7:29
Invité

Il faut que les comptes soient à l'équilibre ou pas ? Soyons très concrets. On ne fait pas une réforme des retraites pour enflouer les caisses de la nation. Or, c'est ce qui est en train de se passer. Et je ne cautionnerai pas cette idée que l'on voit...

7:38
Aurélien Pradié

On les fait pour que les comptes des régimes des retraites soient à l'équilibre. En tout cas, c'est l'argument du gouvernement.

7:42
Invité

En l'espèce, non. Le président de la République et le gouvernement ont déjà indiqué que cette réforme des retraites, elle était faite pour enflouer beaucoup, au-delà du système des retraites, pour enflouer les caisses de l'État et les caisses de la nation. Je le redis, il n'est pas question...

7:53
Aurélien Pradié

Ça, c'était l'argument il y a plusieurs mois, Aurélien. Mais bien sûr, mais c'est la réalité.

7:57
Invité

Le président de la République l'a dit plusieurs fois, et chacun sait aujourd'hui que cette réforme-là, elle est faite pour enflouer les caisses. Je refuse que nous allions taper sur ceux qui travaillent déjà très dur, et ça me paraît facile à comprendre, pour enflouer les caisses. Mais soyons précis sur le chiffrage. Depuis l'origine, on me dit, cette mesure-là de limitation à 43 annuités pour les carrières longues, ça coûte 10 milliards d'euros. J'ai, depuis l'origine, contesté ce chiffre de 10 milliards d'euros. Je pense que cette mesure, elle coûte autour d'un milliard d'euros. Je dispose d'une note du gouvernement qui indique que c'est autour de 2 milliards d'euros.

Enfin, vous vous rendez compte, nous sommes passés de 10 milliards à potentiellement 1 milliard d'euros. Le débat public ne peut pas se résumer à des chiffres lancés à la volée. Je demande au gouvernement de nous dire combien coûte cette mesure, et j'ajoute un dernier point. Chaque année, nous consacrons dans notre pays 8 milliards d'euros aux pensions d'invalidité. Les pensions d'invalidité, elles sont essentiellement destinées à ceux qui ont commencé à travailler tôt, et qui ne peuvent pas aller jusqu'à l'âge légal. J'assume de dire qu'en favorisant les carrières longues, on économise, y compris sur des pensions d'invalidité.

C'est ça gérer les finances publiques, et c'est aussi gérer la vie de nos concitoyens, ou plutôt se dire que derrière des chiffres, il y a aussi des carrières, des vies, et c'est pour ça que je me suis engagé en politique. Aurélien Prédier, il n'y a pas que les carrières longues, ce qui va être débattu aussi au Sénat, c'est cet amendement que portera Bruno Retailleau et son groupe LR, la surcote de 5% pour les mères de famille. Vous y êtes favorable ? C'est une bonne idée, je pense qu'elle est insuffisante. Le sujet aujourd'hui pour les mères de famille, c'est le sujet des carrières hachées. La surcote ne suffit pas.

Aujourd'hui, vous avez beaucoup de mères de famille qui bénéficient de trimestres du fait du soutien que nous voulons apporter à la natalité, et c'est une bonne chose. Je ne suis pas sûr que leur dire vous allez avoir une surcote parce que vous allez travailler plus longtemps soit très incitatif en réalité. Ce que je pense nécessaire, c'est que nous travaillons y compris sur les carrières des femmes plus globalement. Il y a les mères de famille et c'est essentiel, mais il n'y a pas seulement les mères de famille parmi les femmes. Que faisons-nous des carrières hachées des femmes ? On doit pouvoir, dans la réforme des retraites, avoir une disposition qui compte sur ce sujet.

Et je veux insister sur un point...

9:55
Aurélien Pradié

Donc garder cette surcote de 5% mais l'ouvrir à d'autres femmes, pas uniquement aux mères de famille et sur d'autres critères que le fait d'avoir eu des enfants, c'est ça ?

10:02
Invité

Il faut que le débat ait lieu. Mais je ne suis pas sûr que la surcote soit au fond ce qui est attendu par nos concitoyens aujourd'hui. Je ne suis pas sûr que ce soit la mesure la plus juste. Donc désaccord avec vos collègues du Sénat ? Ce n'est pas un désaccord. C'est un débat qu'il nous faut avoir. D'ailleurs, je crois que ce n'est pas la seule proposition qui est faite par le Sénat. Non, il y a aussi les régimes spéciaux. Sur les femmes, il y a d'autres propositions et je pense que d'autres propositions sont nécessaires. Je voudrais juste vous dire un mot sur ce point-là. Ce à quoi je ne crois pas, c'est qu'on puisse échanger une injustice contre une autre.

Au fond, troquer la correction de l'injustice pour les mères de famille contre l'injustice pour les carrières longues. Ce n'est pas l'un ou l'autre. Ce n'est pas un échange entre une injustice et une autre. Quand on fait de la politique avec force, on se doit de corriger le maximum d'injustices. Ce sont les carrières longues et les carrières des mères de famille notamment. Les régimes spéciaux sont-ils justes ? En France, puisque vous parliez de justice, la droite sénatoriale veut accélérer leur disparition, faire converger les régimes spéciaux dès 2025 qu'a dit Bruno Retailleau. Vous êtes d'accord avec ça ? Oui, il faut aller beaucoup plus vite sur la fin des régimes spéciaux.

La fin des régimes spéciaux est actée déjà. La question que nous avons, c'est la question du calendrier. Et en effet, si on attend 30 ou 40 ans pour éteindre les régimes spéciaux, vous comprenez bien qu'on installe dans le pays aussi une forme d'inégalité et de défiance des Français les uns envers les autres. La clause du grand-père

11:19
Aurélien Pradié

qui fait que lorsqu'on a été embauché avec un régime spécial, on le conserve quoi qu'il arrive. Est-ce qu'il faut y mettre fin plus rapidement ?

11:26
Invité

Il faut accélérer l'extinction des régimes spéciaux. Et ce n'est pas une volonté de punir ceux qui bénéficieraient d'un régime spécial aujourd'hui. C'est une nécessité de faire en sorte que dans notre pays, certains Français ne se sentent pas défavorisés par rapport à d'autres. Ce sentiment qui s'installe dans le pays, selon lequel tout le monde ne serait pas traité de la même manière, selon lesquels il y aurait des régimes de faveur et des régimes de défaveur, c'est un poison absolu. C'est le rôle du politique de les corriger. Tant pis si ça passe par un blocage plus fort encore en raison de cet nouvel argument sénatorial. Mardi prochain, 7 mars, la France à l'arrêt.

Tant pis si ça renforce le mouvement ? Parmi ceux qui manifestent, il n'y a pas que des bénéficiaires des régimes spéciaux. Vous le savez comme moi. C'est ceux qui peuvent bloquer. Oui, mais on ne peut pas caler notre politique publique sur les désidératas de certains qui seraient minoritaires dans le pays mais qui bénéficieraient d'un régime ou d'un autre. La politique, ce n'est pas ça. La politique, c'est aussi un message d'ensemble. Et c'est sûrement d'ailleurs ce qui nous manque sur cette réforme des retraites. Vous voyez bien qu'on prend le sujet morceau par morceau. Personne n'a parlé du travail. Personne n'a parlé du temps de travail, de la valeur du travail.

Un projet de loi va arriver sur le mieux travaillé. Mais c'est essentiel. La question de la retraite, c'est une question secondaire par rapport à la question du travail. Tous ces sujets, ils ne sont pas abordés dans cette réforme des retraites. Et c'est la mission que je me suis astreinte, quitte parfois à bousculer un peu ma famille politique, d'en revenir de temps en temps aux fondamentaux, d'ouvrir le champ du débat. Et j'assume totalement de payer parfois le prix d'un peu de liberté plutôt que le prix de la compromission politique. D'un mot rapide, le régime spécial des sénateurs. On continue ?

Écoutez, j'ai entendu Bruno Retailleux avec attention qui est très rigoureux sur la fin des régimes spéciaux. Il a dit et redit qu'il ne devait pas persister de régimes spéciaux. Il a raison. Et donc y compris pour les sénateurs ? Je considère que les régimes spéciaux,

13:08
Aurélien Pradié

c'est un régime en général. Vous parlez des fondamentaux Aurélien Pradi. On s'interroge sur les vôtres concernant les retraites. 2019, au moment de l'examen de la première réforme voulue par Emmanuel Macron, vous dites notre espérance de vie augmente. Chacun peut comprendre que nous devrons travailler davantage. 64 ans est un cap responsable et raisonnable. Printemps 2022, vous soutenez Valérie Pécresse lors de la présidentielle. Elle plaide pour la retraite à 65 ans. Et vous validez. Automne 2022, vous êtes candidat à la présidence de LR. et vous expliquez qu'on pourrait porter la durée de cotisation à 45 ans, supprimer le taux plein à 67 ans avec des aménagements, bien sûr.

Est-ce que vous n'êtes pas le symbole de votre parti au fond où il y a plusieurs lignes qui cohabitent en même temps ?

13:50
Invité

Moi, j'ai toujours dit la même chose. Je n'ai jamais contesté le report de l'âge légal.

13:53
Aurélien Pradié

Là, ce n'est pas la même chose.

13:54
Invité

Si, pardonnez-moi, mais je vais être très concret. On peut contester ce que j'ai dit, mais j'essaie d'avoir une colonne vertébrale. Lorsque j'ai dit qu'il fallait reporter l'âge légal de départ à la retraite, c'était il y a quelques années, mais je le redis aujourd'hui, il n'y a pas d'incompatibilité à défendre les carrières longues et à reporter l'âge légal de départ à la retraite. D'ailleurs, l'un n'est pas contradictoire à l'autre. J'ai toujours défendu les carrières longues. Toujours. Y compris lorsque j'étais candidat à l'élection interne des Républicains.

14:18
Aurélien Pradié

Quand vous dites qu'on peut porter la durée de cotisation à 45 ans, ça ne sonne pas de la même manière qu'il faut privilégier les carrières longues.

14:23
Invité

Figurez-vous. Si, bien sûr que si, parce que le dispositif de carrière longue, il se limite à 43 annuités de cotisation. Vous savez, ce qui est dramatique dans ce débat sur la réforme des retraites, c'est que chacun se caricature. Pour moi, la bonne réforme des retraites, c'est celle qui joue sur la durée de cotisation. Je l'ai toujours dit. Vous observerez que... Comme Henri Guéno, le ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui dit qu'il ne faut plus d'âge légal. Je pense qu'Henri Guéno a raison. Je pense que la bonne réforme des retraites, c'est celle qui joue sur la durée de cotisation.

Lorsque j'étais candidat à l'élection interne des Républicains, je l'ai dit et répété, la durée de cotisation, on peut l'augmenter. Certains font aujourd'hui 45 annuités, vous savez, pour aller jusqu'à 62 ans. La réalité, c'est ça. C'est qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans la question de l'âge légal. Je reprends peu à peu ma liberté aussi. Il faut comprendre d'où je viens. Moi, je suis député du Lot. Donc là, quand vous parliez, vous étiez prisonnier, en fait, si je comprends bien. Je n'étais pas prisonnier.

J'appartiens à une famille politique dans laquelle, lorsque vous êtes le porte-parole de l'un ou de l'autre, vous n'avez forcément pas la même liberté que lorsque vous exprimez en votre nom personnel. Et ce qui se passe depuis quelques jours, au fond, me pousse aussi à reprendre un peu de ma liberté. Chaque fois, je crois, c'est une droite qui respecte le travail et l'effort. Ce n'est pas très original, mais peut-être que la droite a perdu ce cap depuis quelques années. Justement, vous n'êtes plus numéro 2. Éric Ciotti vous a viré. Voilà sa justification.

Vos prises de position répétées n'étaient plus conformes avec les valeurs de cohérence, d'unité et de rassemblement qui doivent guider la droite républicaine. Je ferme les guillemets. Et après, on a envie de savoir ce que vous voulez faire, Aurélien Pradié. Parce que devant les militants que vous avez vus vendredi à Bordeaux, vous avez dit, je suis fidèle, je ne quitterai pas ma famille politique LR. Et puis, devant les micros tendus, vous avez dit aussi c'est peut-être un virage pour moi. Il va falloir que je prenne des décisions. Savez-vous où vous allez ? Savez-vous si vous restez LR ? Si vous voulez créer un parti, peut-être, je ne sais pas.

Non, je resterai fidèle à ma famille politique. J'ai regretté cette décision du président des Républicains. Je ne peux pas vous le dire autrement. Est-ce que ça a été agréable ? Non, ça ne l'a pas été. Est-ce que je l'ai compris ? Non, parce que je pense avoir, depuis le début, défendu des valeurs auxquelles je crois, et qui sont des valeurs de droite, celles du respect du travail et de l'effort. Je pense que virer quelqu'un qui dit quelque chose qui vous dérange, ce n'est pas une preuve de rassemblement. Mais ça, c'est mon problème. Ce sont des états d'âme, ce n'est pas très important pour les Français. Quand je dis que c'est un virage, ça l'est parce que je reprends une forme de liberté.

Ça l'est aussi parce que je pense qu'on est à un moment où il va falloir que la droite choisisse si elle veut reparler au peuple ou si elle veut l'abandonner. Si nous voulons reparler à la France qui travaille dur ou si nous voulons l'abandonner. Si nous voulons devenir des macronistes bis ou si nous voulons tracer notre propre chemin. C'est ça le virage politique du moment. Et puis, il y a une dernière chose qui pour moi est essentielle. C'est que j'ai envie de pouvoir me regarder devant la glace le matin. Je ne suis pas parfait, j'ai beaucoup de défauts, largement plus que mes qualités.

Mais il y a une chose à laquelle je crois, c'est qu'il vaut mieux toujours payer le prix du courage et de la liberté que payer le prix de la compromission. J'ai peut-être perdu un poste, mais j'ai peut-être aussi gagné un peu de respect. Et c'est pour moi le début d'un chemin qui n'est pas un chemin individuel, qui est un chemin collectif. Je sais que j'ai du temps, c'est un avantage.

17:12
Aurélien Pradié

Question de Florian sur l'application de France Inter. Maintenant que vous êtes exclu des LR, dit-il, en tout cas que vous n'êtes plus numéro 2, vous êtes toujours chez LR.

17:20
Invité

Oui, je ne suis pas exclu des Républicains, ni exilé à Londres. De quel côté allez-vous pencher ? Extrême droite ou centre droit ? Eh bien voilà. Voilà typiquement le piège dans lequel je ne veux pas que nous tombions. Et c'est une très bonne question. Vous n'êtes pas la gauche de la droite ? Bien sûr que non. Est-ce que Philippe Seguin était la gauche de la droite ? Et je ne me compare pas, mais enfin dans notre famille politique, nous avons toujours été attentifs au peuple. Et d'ailleurs, c'est lorsqu'on ne l'a plus été qu'on s'est perdus et qu'on a pris les tolls électoraux que nous avons prises. Mais la question aujourd'hui, c'est celle-ci.

Le piège qui se tend devant nous, c'est est-ce que nous devenons macronistes ou est-ce que nous devenons lepénistes ? Eh bien moi, je ne veux ni de l'un ni de l'autre. Je refuse que les seuls qui parlent au peuple soient l'extrême gauche et l'extrême droite. Je pense qu'il faut desserrer cet étau et je ne serai jamais le marche-pied conciliant d'Emmanuel Macron parce que son projet politique n'est pas le mien. D'ailleurs, si on continue à ce petit jeu de devoir choisir entre être des macronistes bis ou être des lepénistes bis, un jour ou l'autre, le peuple basculera du côté des extrêmes et je le refuse.

Le chemin que nous sommes quelques-uns à tracer aujourd'hui, ce n'est pas un chemin personnel. C'est un chemin très collectif et je pense salutaire pour notre vie politique et notre démocratie. Une question d'Agnès

18:26
Aurélien Pradié

au Stantard de France Inter 0145 24 7000 qui nous appelle de Bourgogne. Bonjour Agnès.

18:32
Présentateur

Bonjour. Alors voilà, M. Pradié, vous appartenez donc à ce groupe LR qui semble avoir été très courtisé parce qu'étant l'arbitre dans le passage de cette loi. Dans ce groupe LR, vous incarnez une voix nouvelle qui représente plutôt une génération un peu plus jeune et un peu plus rénovatrice de votre parti.

Pourquoi le groupe LR n'a-t-il pas fait des propositions qui auraient été très populaires et auraient, à mon avis, calmé certaines velléités de la population, des velléités tout à fait justifiées, du genre augmenter les cotisations en payant les femmes, en obligeant les patrons à payer les femmes au même tarif horaire que les hommes, ce qui aurait représenté une manne pour les caisses de retraite non négligeable. D'autres pistes, Agnès, en quelque sorte. C'est qu'un exemple.

Et par ailleurs, que l'État n'oblige pas certaines caisses autonomes à venir à la rescousse de certaines autres, comme elle l'a fait par le passé, notamment par la caisse autonome des kinésithérapeutes, à laquelle j'appartiens et on nous a obligés à recouvrir les médecins et les notaires.

20:16
Aurélien Pradié

Merci Agnès pour votre question. Aurélien Pradié.

20:20
Invité

Merci Madame pour votre question. Deux réponses. La première chose, c'est que nous avons fait des propositions. Et d'ailleurs, ce que je propose sur les carrières longues est une proposition qui a été reprise par tout mon groupe politique. C'est d'ailleurs ce qui fait que c'est incompréhensible qu'on me reproche aujourd'hui d'avoir mené le combat sur les carrières longues. Mais moi, je suis très clair, dès le début, et je n'ai pas changé d'avis, si le gouvernement bouge sur les carrières longues, s'il assure que tout le monde, avant 21 ans, fait 43 annuités de cotisation en carrière longue, alors moi-même, je bougerai sur le vote final, je n'ai pas varié d'un millimètre.

Vous posiez une autre question qui était la question d'être populaire. Moi, je ne cherche pas à être populaire. La question, c'est simplement de faire en sorte que nous soyons connectés aux Français. Le grand danger pour la droite depuis quelques années, c'est que nous sommes déconnectés de nos concitoyens et de la vie réelle de nos concitoyens. En défendant notamment ce que nous avons défendu, je pense que nous nous reconnectons à la France travailleuse. C'est ce que je vais continuer à faire, vous savez, c'est au sein, en étant numéro 2 des Républicains ou en n'étant pas, ma parole, elle va continuer à tracer la même route qui est celle du respect de nos concitoyens.

Très rapidement, parce qu'après, on va parler sécheresse, mais est-ce que votre objectif, lorsque le texte va revenir le 16 mars, a priori à l'Assemblée pour un vote solennel, c'est d'obliger Elisabeth Borne à dégainer un 49-3 ? Amener avec vous suffisamment d'opposants LR pour l'obliger à passer par le 49-3 ? Mon objectif, ce n'est pas de piéger le gouvernement. Un peu quand même. Non, vraiment, mon intention première n'est pas celle-ci. Moi, je ne suis pas un complice du gouvernement et je pense d'ailleurs qu'il y a un danger à ce que notre famille politique devienne complice conciliante du gouvernement peu à peu.

Nous avons posé des lignes rouges, j'en ai posé une, notamment sur les carrières longues. Il faut démasquer les mensonges du gouvernement, notamment sur les 1200 euros. Bref, vous comprenez qu'on ne peut pas nous reprocher d'être exigeants parce que tout cela, je ne le fais pas et nous ne le faisons pas pour nous, on le fait pour nos concitoyens. Moi, je pense que les Français ont besoin aussi de voir des députés qui ne bricolent pas des accords dans les couloirs mais qui se battent honnêtement, sincèrement et fermement pour l'intérêt de notre pays et des travailleurs.

22:14
Aurélien Pradié

Aurélien Pradier, il nous reste deux minutes notamment pour parler de la situation de l'agriculture et de la sécheresse. Juste, on a beaucoup de sollicitations et d'interpellations d'auditeurs qui ont été choqués ou dérangés par une expression que vous avez utilisée au tout début de cet entretien. Nous avons une discussion virile, c'était au sujet de l'échange avec Laurent Marcangeli à l'Assemblée Nationale. Vous aviez parlé de discussion virile. Nous avons discuté d'homme à homme. Baptiste nous dit qu'il faut arrêter ces discours qui sont sexistes. Une insulte est appelée virilité par l'invité. Bravo, nous dit Juliette. Magali, une discussion virile d'homme à homme. Non mais sérieusement.

Beaucoup de réactions autour du choix de ces mots. Peut-être.

22:51
Invité

C'est une expression que j'utilise. C'est du vieux français ? Je ne sais pas si c'est du vieux français mais franchement que tout le monde se détendent un peu dans ce pays. On ne va pas à chaque fois qu'on utilise une expression qui a été utilisée par des générations et des générations qui est une expression que j'utilise tous les jours à en faire un procès d'intention. Je me suis beaucoup battu sur la question des femmes notamment contre les violences conjugales. Je n'ai pas le leçon à recevoir sur ce sujet. Oui, on a une discussion brutale, ferme.

Un jour, j'ai défendu un ami et ça je pense que tout le monde peut comprendre que quand on défend un ami on puisse le faire avec fermeté et détermination. Si mes mots ont choqué j'en suis désolé mais ce n'était pas mon intention.

23:25
Aurélien Pradié

Aujourd'hui, au Salon de l'Agriculture le pays fait face à une sécheresse hivernale. Hier soir, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchut a demandé au préfet de prendre des mesures de restriction d'eau dès maintenant pour éviter des pénuries cet été. Ça c'est pour l'urgence à plus long terme que faut-il faire ?

23:40
Invité

La question de l'eau est absolument gigantesque et vous savez elle l'est en France mais tout à l'heure vous aviez un édito sur la question de l'Afrique. Le continent africain est concerné de plein fouet par la question de l'eau. C'est une question monumentale. On doit aujourd'hui à en faire une priorité. La question de l'eau c'est la question de l'accès à l'eau c'est-à-dire des retenues d'eau. Je parle pas de barrages je parle pas de méga-bassines je parle de petites retenues qui aujourd'hui sont nécessaires dans notre pays et qu'on refuse par dogmatisme. Je parle du retraitement des eaux usées. Israël retraite plus de 90% de ses eaux usées pour l'agriculture. Nous c'est moins de 2%.

Tous ces sujets il faut arrêter de parler. Maintenant il faut agir. C'est les économies d'eau mais c'est aussi l'accès à la ressource. Peut-être un dernier mot et je le dirai au sein de l'agriculture cet après-midi il n'y a pas de pays il n'y a pas de nation française il n'y a pas d'Europe et il n'y a pas d'avenir pour le monde sans agriculture. Nous avons besoin de nos agriculteurs. La question du prix est essentielle pour les produits alimentaires tout comme la question du métier d'agriculteur qui est un métier magnifique que nous devons continuer à soutenir au-delà des déclarations d'amour dans les actes.

24:38
Aurélien Pradié

Merci à vous Aurélien Pradier député Les Républicains du département du Lot invité du Grand Entretien ce matin. Bonne journée à vous.

24:44
Invité

Bonne journée.