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speechyoutube.com· 11 février 2024 17 min

Manuel Bompard : "Gabriel Attal a un discours d’une brutalité libérale extrême"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bienvenue et bonjour à vous, Manuel Bompard. Bonjour. Et merci de votre présence. Vous êtes le coordinateur national de la France insoumise et député de Marseille. À Mayotte, Manuel Bompard, la situation est quasi insurrectionnelle. Depuis trois semaines, des collectifs citoyens organisent des barrages routiers pour protester contre l'insécurité et les migrations incontrôlées. Hier, Gérald Darmanin a donc annoncé la fin du droit du sol via une loi constitutionnelle pour Mayotte. C'est ce que demandait la plupart des Mahorais. Pourquoi vous vous y opposez ? Est-ce que ce n'est pas la volonté populaire qui est respectée ?

0:32
Manuel Bompard

Je ne crois pas du tout d'abord que ce que vous dites soit juste, c'est-à-dire que ce soit la mesure que demande l'essentiel des Mahorais. Vous l'avez dit, il y a un collectif citoyen qui a été mis en place. Il a dressé une liste de revendications et la proposition de M. Darmanin ne figure pas dans la liste des revendications qui ont été dressées par ce collectif. Ce n'est pas la première fois qu'à Mayotte, il y a des mobilisations importantes. La situation est effectivement de plus en plus grave. Et malheureusement, elle s'est aggravée parce que les demandes qui ont été faites précédemment par la population maoraises n'ont pas été suivies des faits. Lesquelles, par exemple ?

Elles sont de différentes natures. Il y a des demandes d'investissement massives pour faire en sorte que, par exemple, les services publics à Mayotte soient à l'image et à la hauteur de ce qu'on attend de la République française. Des mesures pour demander que Mayotte ne soit pas laissée seule face aux difficultés migratoires, parce qu'effectivement, il y a des difficultés migratoires à Mayotte. Et il y a des dispositions particulières qui s'appliquent à Mayotte, qui font, par exemple, qu'on a inventé un visa territorialisé, qui laisse les maorais tout seuls pour être confrontés à cette difficulté.

Mais moi, je crois que pour résoudre les problèmes de Mayotte, on n'a pas besoin de moins de républiques. On a besoin de plus de républiques. Et donc, certainement pas le fait d'entamer le droit du sol, qui est un des piliers fondamentaux de notre République.

1:47
Présentateur

Qu'est-ce que vous appelez difficultés migratoires ? Parce qu'il y a beaucoup de femmes, ce sont des mères de famille, qui poussent leur mari, Emmanuel Bompard, à aller sur les points de blocage pour dire non à l'immigration. Les vitres des bus scolaires sont blindées. Le soir, les maorais s'autoconfinent par peur des migrants venus des Comores ou de la Corne de l'Afrique. La députée de Mayotte, Esther Youssoufa, dénonce des bandes criminales de migrants venus pour piller et tuer. C'est ça, les difficultés migratoires ?

2:10
Manuel Bompard

Mais écoutez, il n'y a pas que 50% de la population à Mayotte, si j'en crois les chiffres, qui ne sont pas de nationalité française. Mais il n'y a pas que des étrangers qui sont responsables des problèmes d'insécurité qui sont effectivement intolérables à Mayotte. Donc moi, je ne ferai pas de lien entre les deux. Par contre, il y a une situation qui est extrêmement dégradée. C'est une évidence. Et donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Parce que la question, ce n'est pas juste en quoi...

2:37
Présentateur

Mais qui la dégrade ?

2:38
Manuel Bompard

Attendez, je vais y répondre. Mais en quoi la mesure annoncée par M. Darmanin va régler quelques problèmes que ce soit à Mayotte ?

2:45
Présentateur

Ça réduit l'attractivité de l'île ?

2:46
Manuel Bompard

Je ne crois pas du tout, madame. Vous savez, on a, en 2018, modifié déjà la loi à Mayotte. C'est-à-dire que le droit du sol tel qu'il s'applique dans l'ensemble des territoires français s'applique différemment à Mayotte. Il y a une condition supplémentaire. Est-ce qu'à un seul moment, quelqu'un a été capable de dire que cette mesure a permis de réduire l'attractivité de l'île ? Certainement pas.

3:05
Présentateur

Qu'est-ce qu'on fait pour rétablir la paix publique ? Vous avez des gens qui vous disent qu'ils ne peuvent plus vivre.

3:09
Manuel Bompard

Je suis d'accord avec vous. Les enfants ne peuvent plus aller à l'école. Donc d'abord, on ne fait pas ce que M. Darmanin propose de faire. Moi, j'écoute les revendications qui sont portées par le collectif citoyen de Mayotte. Premièrement, on met fin au visa territorialisé parce qu'on ne laisse pas les Mahorais tout seuls face à ces problèmes d'immigration. Deuxièmement, on accueille une partie, notamment des mineurs qui traînent aujourd'hui dans la rue à Mayotte. On les accueille pour une partie dans l'Hexagone, je l'assume, pour ne pas laisser les Mahorais tout seuls face à cette situation. Quand vous dites ces mineurs... Troisièmement, madame, attendez...

3:37
Présentateur

Attendez, juste sur votre deuxième mesure, ce sont ces mêmes mineurs que la députée et d'autres. Je parle d'une députée du centre UDI, décrivent comme des bandes criminelles à 10-11 ans qui tuent...

3:46
Manuel Bompard

Non, madame, l'ensemble des mineurs qui sont dans la rue ne sont pas des bandes criminelles.

3:51
Présentateur

Vous pouvez l'attester ?

3:52
Manuel Bompard

Vous, vous pouvez attester l'inverse de ce que je suis en train de dire. Moi, j'écoute une députée de Mayotte. Madame, s'il y a des criminels, ces criminels doivent être arrêtés, ils doivent être jugés et ils doivent être condamnés. Voilà comment on traite la situation de criminels. Mais que demande le collectif des citoyens de Mayotte, par exemple, avec lequel je précise, je ne suis pas d'accord avec toutes les revendications. Mais ils disent qu'il y a un problème de moyens humains dans le système judiciaire à Mayotte qui fait que les procédures durent extrêmement longtemps et qu'y compris les bandes criminelles dont vous êtes en train de parler ne soient pas jugées.

Ils demandent d'avoir davantage d'effectifs de gendarmerie pour pouvoir faire en sorte de garantir la sécurité sur l'île. Ils demandent un plan de 2 milliards d'euros sur 10 ans d'investissement dans les services publics, dans l'éducation, dans la santé.

4:32
Présentateur

La France insomise pour réduire l'attractivité de l'île, ce serait quelle proposition ? Une majeure.

4:37
Manuel Bompard

Mais madame, je vais vous dire, vous pouvez faire ce que vous voulez. La difficulté, c'est que vous avez à Mayotte un niveau de vie qui est à peu près 10 fois supérieur au niveau de vie que vous allez avoir de l'autre côté.

4:47
Présentateur

Mais là, c'est de l'impuissance.

4:49
Manuel Bompard

Non, ce n'est pas de l'impuissance. Un, vous traitez la situation. Deux, vous avez un plan pour aider les citoyens maorais à vivre pleinement dans la République et pas avoir un statut qui soit un statut particulier. Troisièmement, vous recommencez des négociations et des discussions avec les Comores pour faire en sorte que... Précions donc sur les Comores. Mais il faut forcément un rapport de force. Mais ce rapport de force, il passe par le fait que les Comores ont une responsabilité pour maîtriser la fuite de leur population, mais aussi qu'on les aide pour participer d'un co-développement. La situation, elle ne sera pas simple. Je ne suis pas en train de vous dire qu'elle sera simple.

À mon avis, il faut travailler sur tous ces sujets en même temps.

5:23
Présentateur

Sur le plan politique, Manuel Bonpart, le gouvernement est donc finalement au complet des nouveaux visages. Est-ce que vous qualifiez, entre guillemets, de macronistes fanatisés, je cite, et de mercenaires sans principe et sans conviction fanatisés ? Qu'entendez-vous par là ?

5:35
Manuel Bompard

Quand je vois le discours de politique générale de M. Attal, c'est un discours d'une brutalité libérale extrême. Quand il s'apprête à revenir ou à attaquer la question du SMIC, qui est une question fondamentale dans le droit social français. Quand il propose de, en quelque sorte, détruire ce qu'on appelle la loi SRU. Vous savez, cette loi qui oblige les communes à construire 25% de logements sociaux. C'est des mesures d'une violence que je trouve extrêmes.

6:04
Présentateur

Ce matin, en plus, le logement...

6:04
Manuel Bompard

Et il y a effectivement aussi des mercenaires sans principe, excusez-moi de vous le dire.

6:07
Présentateur

Il y a des fanatisés dans tous les partis, chacun son gourou.

6:10
Manuel Bompard

Mais je ne crois pas que... Enfin, je ne sais pas à quoi vous faites référence. Mais en l'occurrence, je parle de macronistes fanatisés, pardon, d'un point de vue idéologique, bien évidemment. C'est-à-dire une dérive d'un libéralisme ultra et qui s'accompagne d'une dérive très autoritaire. Mais il y a aussi, effectivement, des mercenaires sans principe. C'est-à-dire des gens qui disaient, il y a cinq ans, qu'il fallait, par exemple, pas l'uniforme à l'école. Et qui, aujourd'hui, rentrent dans un gouvernement pour mettre en place cette mesure. Je parle de Mme Belloubet, en l'occurrence.

6:36
Présentateur

Vous avez parlé du logement, c'est très important. C'est une crise majeure, Manuel Bompard. Ce matin, dans Le Parisien, annonce du ministre sur la révision du diagnostic de performance énergétique. Il y a aussi des mesures de simplification, un choc de simplification, un nouveau type de crédit immobilier. Ça va dans le bon sens.

6:51
Manuel Bompard

Non, je ne crois pas. C'est-à-dire qu'à chaque fois que le gouvernement... Non, c'est comme sur la question des agriculteurs. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on est confronté à une difficulté, la variable d'ajustement pour le pouvoir macroniste, c'est la question écologique. Eh bien, excusez-moi, je pense que c'est une très mauvaise idée.

7:05
Présentateur

Mais quand ça ne va pas dans le bon sens, et même que c'est un non-sens, on ne fait rien. On fait l'écologie d'abord et on laisse les propriétaires se débrouiller.

7:12
Manuel Bompard

Non, mais on peut faire les deux. Si vous voulez, je ne sais pas, là, vous m'interrogez sur le logement. Sur le logement aujourd'hui, par exemple, il ne faut certainement pas permettre aux communes de contourner les obligations de construction de logements sociaux. Il faut au contraire renforcer les sanctions pour que ces constructions de logements sociaux, elles voient le genre. Moi, je suis député d'une ville à Marseille dans laquelle il faut quasiment 10 ans pour avoir accès à un logement social. Il y a des milliers de personnes qui sont en attente d'un logement social. Et vous croyez que la priorité, c'est de permettre aux communes de ne pas respecter la loi ?

Je trouve ça stupéfiant et aberrant. Mais en tout cas, ce n'est certainement pas la question écologique qui doit servir de variable d'ajustement.

7:45
Présentateur

Dans l'actualité, Manuel Bompard, la France Insoumise a dévoilé une campagne d'affichage en vue des européennes où les golfeurs sont associés, ça vous fait sourire, aux riches et aux racistes. Les riches votent pour les testificateurs de CNews, pour les auditeurs d'Europe 1, je vais expliquer.

8:00
Manuel Bompard

J'étais sûr, c'est marrant que vous alliez me poser cette question.

8:03
Présentateur

Écoutez, c'est vous qui choisissez votre campagne d'affichage.

8:05
Manuel Bompard

Exactement, je suis très content que vous en parliez.

8:07
Présentateur

Puis-je lire juste le slogan pour nos amis auditeurs ? Les riches votent, les racistes et les golfeurs aussi. Et vous, dit Mathilde Panot, la chef des députés LFI. La fédération de golf se dit meurtrie. Les 600 000 golfeurs de France sont-ils racistes ?

8:19
Manuel Bompard

Non, justement. Alors d'abord, le slogan ne dit pas les trois termes ensemble. Il y a différentes séries d'affiches. Je veux quand même vous dire que le principe de cette campagne, c'est une campagne d'inscription. Oui, bien sûr. C'est du humor. Il y a une part de provocation.

8:31
Présentateur

Vous traitez les gens de racistes ?

8:32
Manuel Bompard

Non, madame, je parle de l'affiche sur les golfeurs. Il y a une part de provocation qui vise quand même à faire en sorte que les gens s'inscrivent sur les listes électorales. Donc je pense que l'objectif, l'état d'esprit, c'est un objectif civique. Et je pense qu'il devrait être partagé par tout le monde.

8:46
Présentateur

Qu'est-ce que vous répondez à la fédération de golf qui n'a rien demandé ?

8:50
Manuel Bompard

Il y a un infamant à dire que les golfeurs votent et à interroger les gens pour savoir s'ils vont voter ou pas.

8:54
Présentateur

En les comparant des riches et des racistes ?

8:56
Manuel Bompard

Mais je ne les compare pas, madame. Il y a différentes séries d'affiches. Je ne vois pas. Vous ne voyez aucun problème ? Non, strictement aucun. Il y a une part de provocation. Et je n'ai pas l'intention de stigmatiser l'ensemble des golfeurs. Même si je suis prêt à discuter avec la fédération de golf sur l'impact climatique, écologique de cette pratique sportive. Je pense que ça, c'est une discussion qu'on peut avoir. Mais je n'ai pas l'intention de dire que l'ensemble des golfeurs soient des racistes ou je ne sais quoi. Certainement pas. Par contre, je pense que quand on ait une campagne d'inscription sur les listes électorales, j'en profite.

Peut-être que par exemple tous les médias pourraient appeler à s'inscrire sur les listes électorales. Peut-être que les pouvoirs publics pourraient faire en sorte qu'on ait une campagne d'inscription sur les listes électorales. Puisqu'il va y avoir des élections européennes. Il y a généralement beaucoup d'abstention. Moi, personnellement, je ne me résigne pas à une situation dans laquelle beaucoup de gens ne sont pas inscrits sur les listes électorales en France.

9:42
Présentateur

Manuel Bompard, Israël a confirmé cette nuit avoir libéré deux otages du Hamas. Et plus largement, la ministre Ror Berger, chargée de l'égalité femmes-hommes, a décidé, dit-elle, de passer au crible les déclarations de toutes les associations féministes liées aux attaques du Hamas le 7 octobre. Elle menace de suspendre les subventions à la moindre ambiguïté. Elle a raison ?

10:02
Manuel Bompard

Si Mme Berger pense que la priorité aujourd'hui, c'est de faire ça, franchement, je trouve ça pathétique. Écoutez, ce qui est à l'ordre du jour ces derniers jours, c'est les déclarations de M. Netanyahou.

10:12
Présentateur

Vous allez en parler. Vous pouvez juste vous répondre sur ça ? Sur le silence de certaines féministes et néo-féminines ?

10:17
Manuel Bompard

Non, mais alors, soit c'est un silence. Maintenant, le silence, c'est maintenant une signe d'ambiguïté, c'est ça ?

10:21
Présentateur

Ben, ne pas condamner, c'est quand même assez...

10:23
Manuel Bompard

Madame, je n'ai vu aucune ambiguïté d'aucune association féministe sur la condamnation des crimes qui ont été commis par le 7 octobre, et y compris quand des informations font état... Des crimes sexuels, là, on parle de féministe. Y compris quand des informations font état de crimes sexuels, bien évidemment qu'il faut les condamner. Je n'ai vu aucune association féministe ne pas les condamner.

10:43
Présentateur

Est-ce que vous avez vu des associations féministes spécifiquement les condamner ?

10:46
Manuel Bompard

Oui, j'ai entendu un certain nombre de personnes dire qu'ils étaient solidaires, des femmes dans le monde, mais dans les appels à manifestations qui ont pu avoir lieu, je crois qu'il y a eu une journée contre les violences sexistes et sexuelles au mois de novembre.

10:58
Présentateur

Ah, c'est cette fameuse journée où lorsqu'un collectif est venu pour parler de féminicide de masse, il a été mis de côté ?

11:02
Manuel Bompard

Je ne crois pas, madame, et vous m'interrogez sur les déclarations qui ont été faites à ce moment-là, et je crois que les associations féministes ont dit leur solidarité avec les femmes du monde entier, avec les femmes israéliennes, si elles sont victimes de crimes sexuels, bien évidemment, avec les femmes palestiniennes quand elles le sont...

11:15
Présentateur

Si, pourquoi s'il ne s'est pas avéré ?

11:17
Manuel Bompard

Il y a eu manifestement des crimes sexuels, je ne dis pas l'inverse. Je ne sais pas pourquoi vous me dites que ce n'est pas avéré, je ne sais pas.

11:24
Présentateur

Vous me dites si, il y a eu, je vous demande est-ce que c'est avéré pour vous ?

11:27
Manuel Bompard

Je crois, je crois qu'on a des informations précises, Je crois qu'on a des informations qui disent qu'il y a effectivement eu des crimes sexuels dans les crimes qui ont été commis par le Hamas le 7 octobre.

11:35
Présentateur

On parle de femmes qui ont été violées, mutilées, massacrées par les hommes.

11:37
Manuel Bompard

Exactement, donc personne ne les a jamais contestées d'ailleurs.

11:40
Présentateur

Vous avez affirmé, Manuel Montpard, qu'il serait légitime de poser la question de sanctions contre les athlètes israéliens aux Jeux Olympiques, sur le même principe que les athlètes russes. Mais est-ce que vous pouvez nous ôter d'un doute, mais si on parle dans le conflit ukrainien, c'est la Russie l'agresseur ? Et dans ce cas-là ?

11:56
Manuel Bompard

D'abord, je ne sais pas, ce n'est pas parce que la situation d'un point de vue militaire n'est pas exactement la même que la question qui a été posée serait illégitime. Moi, la question que j'ai posée, elle est très simple. J'ai dit d'ailleurs, et je veux le préciser ici, que moi, de manière générale, je ne suis pas très à l'aise avec les sanctions contre les athlètes, de manière générale.

Je dis par contre qu'à partir du moment où on a pris des sanctions contre les athlètes russes, en raison du fait que l'action militaire commise par la Russie était en violation du droit international, je trouve ça légitime de poser la question d'éventuelles sanctions contre les athlètes israéliens, puisque l'action commise par le gouvernement israélien et l'armée israélienne est contraire au droit international.

12:37
Présentateur

Mais on rappelle que c'est le Hamas qui a agressé Israël.

12:41
Manuel Bompard

Le Hamas a effectivement attaqué Israël le 7 octobre, dans un contexte, quand même, madame, je voudrais vous le rappeler, d'un conflit militaire qui dure depuis 70 ans.

12:49
Présentateur

Et donc, qu'est-ce que ça change ?

12:50
Manuel Bompard

Ça ne change rien, mais ça existe. Est-ce que c'est vrai ou est-ce que ce n'est pas vrai, madame ?

12:53
Présentateur

Est-ce que c'est une façon de minimiser la...

12:55
Manuel Bompard

Non, je ne minimise rien. Je ne minimise...

12:57
Présentateur

On peut le rappeler quand il y a une attaque terroriste...

12:58
Manuel Bompard

Mais parce que ça participe de la complexité de la situation là-bas, et parce que si vous voulez faire en sorte d'avoir une paix qui soit une paix durable, madame, vous ne pourrez pas faire abstraction du fait que les actions du 7 octobre se sont inscrites dans ce contexte. En aucun cas, ça ne les justifie ou ça ne les excuse, mais se sont inscrits dans ce contexte.

13:14
Présentateur

Et donc, on punit les athlètes israéliens ?

13:17
Manuel Bompard

Puisqu'on est en capacité de punir les... Et puisqu'on a décidé de punir les athlètes russes en raison de l'action des autorités...

13:24
Présentateur

Parce que la Russie a agressé l'Ukraine.

13:26
Manuel Bompard

Mais que fait aujourd'hui l'armée israélienne, madame Aghaza, si ce n'est agresser la population civile palestinienne ? Un crime ne justifie pas un crime. Un massacre ne peut pas donner une légitimité à un autre massacre, madame. Et donc, oui, ce qui est mené aujourd'hui par M. Netanyahou, dont je veux dire quand même ces derniers jours, qu'après avoir forcé la population civile palestinienne à se réfugier au sud de la bande de Gaza, a pris la décision d'attaquer Rafa, qui est précisément l'endroit où vous avez 1,3 million de civils palestiniens qui sont réfugiés. Et ça se fait dans le silence de la communauté internationale.

13:57
Présentateur

Qu'attendez-vous de la France ?

13:58
Manuel Bompard

J'attends que la France, elle, hausse le ton. J'attends que la France, elle dise au gouvernement israélien que ça doit s'arrêter immédiatement. J'attends que la France, elle prenne des sanctions contre le gouvernement israélien. J'attends que la France, elle agisse comme elle aurait pu le faire au mois de janvier, puisqu'elle présidait le Conseil de sécurité des Nations Unies. Donc vous allez prendre des sanctions,

14:15
Présentateur

alors que le président de la République vient de dénoncer le plus grand acte antisémite du siècle.

14:19
Manuel Bompard

Mais madame, on peut être en émotion et en partage total du chagrin des familles, des victimes, des actions et des actes horribles et des crimes commis par le Hamas le 7 octobre, et pour autant ne pas légitimer la riposte de l'armée israélienne qui est dénuée de toute légitimité humaine et de toute légitimité en droit international.

14:40
Présentateur

On va conclure, Manuel Lompard, parce qu'il y a eu la cérémonie d'hommage aux victimes, justement, des terroristes du Hamas. Une scène a retenu l'attention, on y a vu le député des Français d'étranger, Meyer Habib, vous parler, vous activer, puis faire une accolade à Jordan Bardella du RN, interroger Meyer Habib Assum et raconter vous avoir dit que vous n'aviez aucune dignité, que les familles ne voulaient pas de vous. Comment vous avez vécu ce moment ? Vous êtes allé contre la volonté des familles endeuillées ? Il y a un célèbre journaliste il y a quelques années qui avait posé la question, vous n'avez pas honte ?

15:06
Manuel Bompard

Non madame, d'abord je ne suis pas allé contre la volonté des familles. Il y a effectivement cinq familles qui ont écrit un courrier au président de la République pour lui demander de ne pas nous inviter. Il se trouve que c'était un hommage national et que nous étions invités. Il y a d'autres familles depuis qui ont pris la parole pour dire que notre présence ne leur avait pas posé de difficultés particulières. Donc je voudrais, s'il vous plaît, qu'on ne fasse pas parler les familles d'un même bloc.

15:28
Présentateur

Pour le reste, je la respecte,

15:32
Manuel Bompard

mais il ne s'agit pas d'un hommage privé madame, il s'agit d'un hommage national. Et dans un hommage national, je pense que c'est normal que les différentes formations politiques soient associées. Quant à monsieur Habib, j'ai vu que depuis cette scène, il a fait le tour des plateaux de télévision pour essayer de faire parler de lui. Moi, il me semble que quand on rend hommage à des victimes, le sujet n'est pas de parler de monsieur Habib, c'est de partager le chagrin, la souffrance. Et je suis soulagé, je vais vous dire, que les provocations de ce monsieur n'est pas entachée. Qu'est-ce que vous lui avez répondu d'ailleurs ?

Cette cérémonie n'est pas entachée, cette cérémonie qui me semble été une cérémonie extrêmement touchante, extrêmement émouvante. Je ne lui ai rien répondu. Vous savez, ma grand-mère disait parfois le silence est la meilleure réponse aux imbéciles.

16:13
Présentateur

Imbécile, mais il y a Habib ?

16:14
Manuel Bompard

Bah oui, bien sûr. Plus que ça. Une insulte ? Plus que ça, madame. Puisque j'ai déjà entendu tenir des propos totalement inacceptables. Quand il a comparé la population palestinienne à un cancer, ça aurait dû vous indigner. Quand M. Habib dit, je cite sa phrase, qu'un juif ne sera jamais un colon en Palestine, c'est en violation totale du droit international. Donc oui, je pense que ce monsieur ne mérite pas...

16:40
Présentateur

Parce qu'il est une insulte.

16:41
Manuel Bompard

Je pense que ce monsieur ne mérite pas beaucoup d'attention. Quant aux insultes, madame, il a passé son temps sur l'ensemble des plateaux de télévision à me qualifier d'antisémite, ce qui est une insulte, un délit et ce qui est extrêmement infamant. Donc je n'ai pas l'intention de lui accorder beaucoup plus d'importance que cela.

16:59
Présentateur

Merci Emmanuel Bonfort. Merci à vous. C'était votre grande interview ce matin sur CNews Europe 1. A bientôt.

17:04
Manuel Bompard

Merci Sonia Mabrou. Sous-titrage Société Radio-Canada