Mathieu Lefèvre, député Ensemble pour la République du Val-de-Marne | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il a fait ses armes auprès d'un spécialiste du budget avant d'inscrire ses pas dans ceux de Gérald Darmanin. Mon invité est aujourd'hui vice-président du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée. Générique ... ...
Bonjour Mathieu Lefèvre. -Bonjour. -Quelques semaines après les massacres du 7 octobre 2023, vous avez organisé à l'Assemblée une projection des images de ces massacres commis par le Hamas en Israël.
Alors il s'agissait d'images qui étaient tournées par les auteurs de ces massacres eux-mêmes, qui avaient été ensuite assemblées par les autorités israéliennes. On va revoir la réaction du député de la France Insoumise, David Guiraud, à l'issue de cette projection. *-Dans une conférence récente, j'ai donné l'impression de traiter *tout cela avec légèreté. *Donc je me suis venu m'assurer *que je ne referais pas cette erreur. *Ca fait plusieurs semaines que je vois des images *très difficiles du nettoyage ethnique à Gaza. *Mais malgré la peine, la douleur qui me secoue tous les jours, *je crois que je n'oublierai jamais de respecter tous les morts. -Alors vous reprochiez à David Guiraud d'avoir relativisé les massacres du 7 octobre.
Quand vous entendez sa réaction à l'issue de cette projection, est-ce que vous pensez avoir atteint votre objectif ? -Ecoutez, je suis heureux qu'il ait fait un monde honorable par rapport à ses propos. Il a eu des propos quasiment négationnistes vis-à-vis des massacres du 7 octobre, et il me semble que c'était important que la représentation nationale puisse voir ce qui s'était passé, cette barbarie à l'état pur, parce que, vous savez, il y a le massacre, l'horreur, mais il y a une deuxième horreur qui est l'oubli et la négation de ce qui a pu se passer. -Mais c'était pour des personnes comme lui que vous aviez organisé ça ? -Evidemment, pour lui, mais aussi pour tous les parlementaires qui pouvaient relativiser, regarder de loin ou mettre en relation certains conflits par rapport à d'autres, certains massacres par rapport à d'autres.
Ce qui s'est passé le 7 octobre 2023 est un crime singulier dans l'histoire et qui ne doit en aucun cas être relativisé. -Je vous pose cette question parce qu'il y a eu d'autres réactions d'autres députés qui n'avaient pas cherché à relativiser les massacres du 7 octobre. Et quand on les a entendus à la sortie de cette projection, on les a sentis traumatisés, mais au sens propre du terme.
Est-ce que c'était vraiment nécessaire de leur montrer ces images ? Car votre démarche a été critiquée par quelques députés. Par exemple Olivier Faure du Parti Socialiste a expliqué qu'il ne voulait pas assister à cette projection parce qu'il ne voulait pas soumettre la raison à l'émotion.
La politique, ce n'est pas savoir s'extraire de l'émotion, justement, pour chercher des réponses dans le champ de la raison ? -Moi, je ne souscris pas à cette analyse. Je pense que la politique, c'est aussi des émotions.
Et vous savez, le 7 octobre, c'est un massacre qui a décimé des familles entières, qui a mis un pays dans la grande difficulté, dans la grande émotion. Chacun se connaît en Israël, chacun connaît une victime. Si on se tient éloigné de cette douleur-là, comme si on se tient éloigné de la douleur des victimes du terrorisme dans notre pays, on ne peut pas bien faire son métier.
On vit dans un monde qui est difficile, il faut évidemment y répondre par la raison, mais nous ne sommes pas des femmes et des hommes de papier. -Cette projection, vous l'avez organisée en tant que président du groupe d'amitié France-Israël à l'Assemblée. Vous êtes particulièrement investi dans la lutte contre l'antisémitisme, avez co-signé une proposition de loi pour renforcer la réponse pénale contre les infractions à caractère raciste et antisémite.
Qu'est-ce qui est à l'origine de cet engagement-là ? -D'abord, moi, j'ai été frappé, choqué de ce qui s'est passé depuis le 7 octobre. On assiste à une explosion des actes antisémites et malheureusement, chaque semaine nous donne raison quant à cette lutte.
Moi, à titre personnel, j'ai été extrêmement marqué par un philosophe, un philosophe français. -Dans le cadre de vos études ? -Je fais des études de philosophie.
La philosophie morale, j'ai commencé une thèse, je ne l'ai pas terminée pour m'intéresser à la politique et Vladimir Jankélévitch est un défenseur de l'Etat d'Israël et ce qui est intéressant c'est que c'est un penseur de gauche, je ne suis pas d'accord avec lui politiquement mais il défend l'Etat d'Israël et il l'a fait tout au long de sa vie politique et philosophique et ça, ça m'a profondément marqué. -Est-ce que dans le cadre de vos fonctions à la tête de ce groupe d'amitié France-Israël, il vous est arrivé d'exprimer un désaccord politique avec le gouvernement israélien ? -Bien sûr, je ne suis pas en accord avec le gouvernement d'extrême droite israélien.
Je ne suis pas en accord avec ceux qui pensent qu'il faut recoloniser Gaza, ni avec ceux qui pensent qu'il faut poursuivre la colonisation à outrance. -Vous pouvez l'exprimer librement ? -Je le dis librement, publiquement, et moi je soutiens la position du président de la République dans ce conflit.
Je soutiens évidemment à terme la création d'un Etat palestinien, donc je ne suis pas du tout inféodé comme voudrait le faire croire l'extrême gauche au gouvernement de M. Netanyahu. J'ai une parole libre, celle de la diplomatie française. -On va reconstituer le fil de votre parcours politique.
Vous avez grandi dans une famille qui est plutôt de gauche. Vous ne vous êtes jamais reconnu dans ces valeurs-là ? -Moi, je me reconnais dans les valeurs de solidarité, de fraternité, mais je pense qu'elles ne sont pas l'apanage de la gauche.
J'ai été beaucoup frappé de voir que ces dernières années, la gauche s'est un peu drapée dans sa morale publique et politique. Et en a presque oublié le lien avec les gens, avec les Français et a fait de la politique pour elle-même, plutôt que pour les ouvriers. Et d'ailleurs, la plupart de leurs électeurs, ces classes sociologiques qui votaient communistes, qui votaient socialistes, en sont totalement détournés, une partie vers les extrêmes.
Et c'est un des enjeux d'aujourd'hui, c'est d'aller rechercher ces Français qui sont des Français populaires, et d'avoir des réponses pour eux. -Alors, pendant vos études, vous avez étudié la philosophie, mais pas que. Sciences politiques, marketing.
Vous étiez déjà mordu de politique. Par contre, vous vous êtes toujours méfié, du militantisme. Vous dites : "J'ai toujours été très réticent à l'idée du militantisme.
Pourquoi ? -C'est vrai. Je n'aime pas beaucoup ce que Vargas Llosa appelle l'esprit de tribu.
Je trouve qu'il est important d'être individualiste dans sa pensée. -C'est la peur d'une forme d'embrigadement ? -Oui, en pensant que le groupe peut avoir raison, et dans le fond, c'est assez facile de se dire que le groupe a raison, on n'a plus à penser par soi-même. -Dès la fin de vos études, vous vous êtes rapproché de la sphère politique, en travaillant d'abord pour le groupe Nouveau Centre à l'Assemblée, puis, pour une personnalité bien connue ici à l'Assemblée, le député Gilles Carrez, l'ancien député, grand spécialiste du budget, il était à l'époque rapporteur général du budget, puis président de la Commission des Finances.
Que retenez-vous des 7 années, passées à ses côtés ? -J'ai un respect immense pour Gilles Carrez. C'est lui qui m'a formé, qui m'a tout appris en matière de finances publiques.
Et c'est surtout un homme qui ne parlait pas quand il ne savait pas. -C'est un principe que vous avez fait vôtre ? -C'est un principe que j'ai fait mien.
Quand je ne sais pas, je ne m'exprime pas. Gilles Carrez parlait peu, mais quand il parlait, on l'écoutait car il savait ce qu'il disait. Et il avait aussi une capacité à dialoguer, à parler avec tout le monde au sein de l'hémicycle.
Et c'est peut-être un petit peu ce qu'on devrait faire plus aujourd'hui, nous. -Vous êtes devenu spécialiste des finances publiques. Ne le prenez pas mal, mais j'ai du mal à comprendre comment on peut se passionner pour une matière aussi austère. -Les finances publiques, c'est le coeur du rôle du Parlement.
Et puis surtout, c'est profondément interministériel. On touche à toutes les politiques publiques. Elles ont toutes besoin d'un financement public.
Et par ailleurs, moi, je pense que c'est le coeur des sujets qui vont nous occuper dans les années à venir. Quand on voit notre endettement... -C'est dur de... transmettre cette passion à vos électeurs. -C'est un peu aride, mais... -S'ils vous demandent, ce que vous avez fait à l'Assemblée ? "J'étais en commission d'enquête sur le dérapage des comptes publics." -Mais ça les intéresse.
La question de la dette est une question qui préoccupe à juste titre les Français. Il faut pouvoir leur répondre. Je n'ai jamais voulu traiter d'un revers de main la question financière.
Certaines politiques disent que l'intendance suivra, qu'on financera bien tout ça. Non. -En 2017, je crois que vous aviez déjà l'ambition de devenir député, mais vous avez choisi de ne pas vous présenter.
J'ai lu que c'était pour ne pas être face à Gilles Carrez. -Ah oui, il était évident que je ne me serais jamais présenté face à lui dès l'instant où il était candidat. -Par contre, en 2022, vous vous êtes présenté face à celui qui était son suppléant et vous l'avez battu.
Il vous en a voulu, Gilles Carrez ? -C'était difficile. Il a soutenu mon opposant, évidemment, qui était son poulain, comme on dit.
Mais aujourd'hui, tout cela est, je crois, derrière nous. Et ce qui importe, c'est qu'on soit utile à la fois aux gens de notre circonscription, et puis à l'intérêt général. C'est tout ce qui compte. -Vous avez donc changé de famille politique en 2017, mais quand on vous entend aujourd'hui, on n'a pas l'impression que vous soyez converti totalement au dépassement des clivages au fameux "en même temps", cher à Emmanuel Macron.
Vous vous revendiquez toujours de droite, aujourd'hui ? -Oui, bien sûr, je suis un homme de droite, mais le dépassement politique n'est pas l'effacement des clivages. Il y a des gens de droite dont je fais partie, dans la coalition autour d'Emmanuel Macron, des gens de gauche, et nous arrivons à travailler ensemble.
Mais moi, j'ai trouvé qu'en 2017, ce qu'avait fait Emmanuel Macron était quelque chose d'absolument incroyable. Il ne regardait pas d'où venaient les gens, mais si c'était utile pour le pays. Je pense que cette intuition-là est une intuition essentielle et qui perdurera après Emmanuel Macron. -Et à partir de 2017, vous avez donc inscrit vos pas dans ceux de Gérald Darmanin Pourquoi lui ? -Gérald Darmanin est un homme politique incroyable.
Moi, j'ai un respect pour lui qui est immense. Il est profondément convaincant. Il a une connaissance technique des dossiers qui est impressionnante.
Il est devenu ministre en mai 2017. Le jour où il est entré dans son bureau, il occupait la fonction de ministre du Budget. Et c'est une personnalité qui est une personnalité très forte.
Et vous avez donc été à ses côtés pendant tout le premier quinquennat dans les différents ministères où il a été. C'était quoi votre rôle ? -J'étais conseiller parlementaire et après j'étais chef de cabinet de Gérald Darmanin. -Chef de cabinet, ça veut dire ? -C'est celui qui organise la vie du ministre.
Ses déplacements, ses rendez-vous. -Et vous êtes aujourd'hui son premier lieutenant en quelque sorte, on vous présente même souvent comme son porte-flingue. Ca vous agace parfois d'être réduit à ce rôle-là ? -Pas du tout, et moi j'assume totalement et je suis très heureux d'être associé à Gérald Darmanin car il a fait des choses très utiles pour les Français ces huit dernières années et je souhaite qu'il continue. -Et votre rôle aujourd'hui, il a évolué à ses côtés ? -Oui car je suis parlementaire et donc, évidemment, il est membre de l'exécutif.
Je suis un membre libre du Parlement, mais moi, je continue à travailler avec lui, à suivre son actualité, à la défendre parce qu'il fait... -A nourrir son futur projet présidentiel aussi ? -A nourrir, à ma modeste mesure, ses idées.
Je ne sais pas si demain, ce sera un projet présidentiel. Mais oui, je suis impliqué dans son mouvement politique, dans sa formation politique qui a le mérite de faire passer d'abord les questions d'idées avant les questions d'égo. -Et à un moment, vous volerez de vos propres ailes ? -Moi, vous savez, je n'ai pas vocation à être candidat à quoi que ce soit.
En tout cas, ce que je souhaite, c'est que ma famille politique, ce qu'a incarné Emmanuel Macron de refus des extrêmes en 2017, puisse l'emporter en 2027. C'est mon obsession. -Dernière question avant de passer à notre quiz.
Il était prévu que vous soyez présent sur cette photo-là, celle du Gouvernement de Michel Barnier. Vous étiez annoncé comme le futur ministre du Budget. Il paraît que votre nom a été rayé à la dernière minute. -C'est la politique, on ne sait jamais ce qui se passe. -On vous a donné une explication à ça ? -Non, mais moi j'ai trouvé que le Gouvernement de Michel Barnier a fait un boulot très difficile sur les finances publiques, qu'il est arrivé dans une crise extrêmement aiguë et je regrette profondément qu'il ait été censuré. -Mais sur le fait de ne pas avoir été ministre du Budget ? -On rêve de pouvoir servir plus son pays, évidemment. -Certains disent que vous avez payé votre proximité avec Gérald Darmanin. -J'assume ma proximité avec Gérald Darmanin. -Allez, on va conclure l'émission avec notre petit quiz habituel.
Donc je vais vous proposer des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter. Si j'étais devenu prof de philo ? -Oui, j'aurais eu une vie intellectuelle extrêmement enrichissante. -Vous ne regrettez pas, non ?
Ca aurait été très très différent. Je crois que c'est ce que vous vouliez faire à un moment. -J'aurais adoré.
Je ne sais pas si j'aurais eu les capacités, si j'aurais eu la patience d'enseigner. Mais c'est un chemin intellectuel qui m'aurait passionné. -Vous continuez à lire de la philosophie ? -Oui, bien sûr, mais en amateur. -Si je devais boire un verre avec un député LFI, je choisirais ? -C'est difficile.
J'ai beaucoup de réticence à boire un verre avec un député LFI. J'assume. Je pense qu'il faut un cordon sanitaire avec LFI comme il en faut un avec le RN. -Même à la buvette de l'Assemblée ?
Vous ne faites pas le distinguo entre le débat dans l'hémicycle et en dehors. -Non, car on a des idées qui sont tellement à l'opposé qu'on ne peut pas boire un verre de façon sympathique. Ce n'est pas possible.
On est en désaccord radical. En revanche, j'accepte évidemment de débattre avec eux. -Enfin, la politique, c'est comme la course à pied. -Oui. -Parce que vous êtes un coureur. -Oui, bien sûr.
C'est une course d'endurance. C'est un marathon. Dans un marathon, il y a des difficultés fréquemment.
Dans le trentième kilomètre, c'est difficile. -C'est un marathon, là ? -Non, je ne crois pas que ce soit un marathon. -Vous en avez déjà fait ? -Oui.
J'adore ça. C'est une passion, évidemment. Mais au trentième kilomètre, au marathon, vous avez du mal à continuer.
Vous confirmez. Et vous vous dites : "J'arrête ou je continue ?" La politique, c'est continuer. -Merci Mathieu Lefèvre d'être venu dans La Politique et moi.
Mathieu Lefèvre