Forêts : en finir avec la monoculture
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il en est des forêts dans ce pays comme des mers et des océans. C'est des opportunités à côté desquelles le pays passe avec plus ou moins bonne conscience. Et je le souvenir du programme commun qui prévoyait une filière bois qui n'a jamais été faite et qui n'a jamais fonctionné. Et on continue à être un pays qui sort du bois et rend des meubles, comme si on était une nation sous-développée. Alors peut-être que ça devrait interpeller les pouvoirs publics, nous tous, et dire comment on pourrait faire pour changer de méthode. Mais déjà au moins, pas aggraver la situation sur le plan qui nous intéresse tous aujourd'hui et dont nous avons conscience, qui est le changement climatique.
Je vous invite à lire un magnifique livre de messieurs Locher et Fresseuse qui s'appelle « Les révoltes du ciel, l'histoire du climat depuis le 15e siècle ». Et il montre comment les forêts ont toujours été pensées comme un instrument de gestion du climat, le microclimat le plus souvent. Bien sûr, ça tombe sous le centre. Mais alors écoutez, alors de grâce, quand même, il faut s'éviter deux, trois choses. Qu'on aille dire qu'on va laisser, qu'on impose une diversification. D'abord, imposer n'est pas une honte. Ça existe, la politique d'État, la planification, ça existe. Mais alors non, qui a imposé quelque chose ? Ceux qui ont imaginé qu'il fallait mettre des Douglas partout.
J'en ai vu dans le Jura, qu'il y ait des sapins dans le Haut-Jura, ma foi, ça tombe sous le sens, mais qu'on aille en coller dans la plaine et à Dolce, ça n'a aucun sens. Et pourtant, ça a été fait. Et ça a été fait partout, sans raisonnement. Vous avez vu la tête qu'ils ont, les Douglas, là, c'était les derniers mois. Il n'y avait pas d'eau, ça crevait partout. Alors évidemment, comme vous dites, ils tombent tout seuls. Mais ils tombent tout seuls parce que justement, il y a un problème et qu'il s'agit de le régler par la diversité. Et notamment, en n'acceptant pas cette bascule de l'exploitation qui est faite.
Mais il faut que vous le sachiez, collègues, progressivement, tout s'aligne sur un type de bois. Et sur ce type de bois, on déclame tout le reste. Par exemple, vous allez dans un lycée professionnel, vous verrez, ils y mettent des machines qui coupent des troncs de 40 cm. Pourquoi 40 cm ? Et rien d'autre, hein ? Parce qu'on ne sait pas couper les troncs tordus, on ne sait pas couper les trucs où il y a trop de choses qui dépassent. Il faut que ça soit droit, comme du poteau. Pouf ! 40 cm, 40 ans de plantation, au revoir et merci. Or, le sol, lui, va mettre 60 ans à se reconstituer. Alors, si vous coupez tous les 40 ans, le résultat est connu.
C'est qu'à la sortie, hein, s'ils sont toujours là, ils auront acidifié le sol, pourri la nappe phréatique et en dessous. Ce n'est pas une bonne idée, ce n'est pas une honte de le dire. Passons à autre chose. Les marchands de bois, ils s'adapteront. Ils s'adapteront au bois et au règlement, voilà. Il ne faut pas leur supposer d'avance l'incapacité d'être capable de le faire. La diversification est une nécessité absolue, absolue, qui ne se discute pas. Et il faut pouvoir maintenant donner les moyens aux gens. Je vais achever sur cette remarque, quoi que bien d'autres me viendraient à l'esprit.
Si nous continuons à traiter les affaires de cette manière, la forêt française continuera à être le grand rendez-vous manqué de notre génération politique. Je ne parle pas d'âge, je parle de génération politique. Il faut qu'on s'y mette maintenant, parce que c'est une ressource considérable d'inventivité, de bien-être pour tout le monde. Et notamment, si l'on veut refaire une réindustrialisation locale, si l'on veut que le maximum de territoires puissent bénéficier d'activités de cette nature avec un salariat possible, le traitement du bois dans de bonnes conditions en est un des instruments privilégiés. Vous n'y mettrez rien d'autre dans des tas de régions du pays.
C'est le moment de s'y mettre, et cette loi devrait le permettre, notamment avec l'amendement de madame Panneau. Merci Monsieur le Président Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon