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interviewFrance Inter — Questions politiques· 23 mars 2025 55 min

Nathalie Loiseau : "L'Europe découvre que si elle ne s'organise pas, l'Histoire va s'écrire sans elle et contre elle"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

France Inter

0:00
Présentateur

Bonjour, ravie de vous retrouver dans Question politique, l'émission politique du dimanche sur France Inter, diffusée également sur France Info, la télé, et en partenariat avec le journal Le Monde. Deux mois ont passé depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, deux mois à redécouvrir ses obsessions et à endurer ses lubies, ses rancunes et ses innombrables intuitions, mais depuis deux mois à bien y regarder, beaucoup de choses ont changé, passé la déception et le sentiment d'humiliation. L'Europe semble s'être réveillée, décidée aujourd'hui à défendre ses intérêts, capable désormais d'afficher une préférence européenne.

L'Union a fait un pas immense et en très peu de temps, sera-t-elle bientôt capable de s'imposer à toutes les tables de discussion et sera-t-elle restée à peu près soudée ? On en parle avec notre invité, l'eurodéputé Rignoux, Nathalie Loiseau, l'ancienne ministre des Affaires européennes, et dans Question politique ce dimanche, en direct et jusqu'à 13h. Question politique, Karine Bécard sur France Inter. Bonjour Nathalie Loiseau. Bonjour Karine Bécard. Et merci d'avoir accepté notre invitation. Merci de m'avoir invité. Avec moi pour vous poser des questions ce dimanche, Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions et Françoise Fressos du journal Le Monde. Bonjour à toutes les deux, mesdames.

Bonjour. Allez, on commence cette émission, comme toujours, avec vos images de la semaine. Retour sur ce qui vous a marqué dans l'actualité. On débute ce tour de table avec notre invité. Qu'est-ce qui vous a frappé en particulier, Nathalie Loiseau ?

1:43
Invité

La réquisition du procureur en Algérie contre Boalem Sansal. Dix ans. Dix ans de prison pour des écrits. Dix ans de prison pour un homme qui n'a fait qu'écrire et dire son opinion. Dix ans de prison pour un délit d'opinion, pour un homme à la pensée libre et une pensée qu'on veut mettre en cage.

2:03
Présentateur

Alors, Boalem Sansal, du coup, se retrouve aussi coincé aujourd'hui dans une polémique beaucoup plus importante qui oppose la diplomatie française avec la diplomatie algérienne. Quelle doit être l'attitude aujourd'hui de la France vis-à-vis de l'Algérie ?

2:18
Invité

Écoutez, moi je suis née après l'indépendance de l'Algérie et je n'ai aucun compte à rendre, ni aucun compte à régler avec l'Algérie. Et je pense que c'est le cas de la très grande majorité des Français et de la très grande majorité des Algériens. Ce que nous voulons sont des relations normales avec l'Algérie, c'est-à-dire que, par exemple, l'Algérie respecte ses engagements internationaux. Quand un détenu algérien, clairement algérien, avec des papiers algériens, est expulsé vers l'Algérie, l'Algérie doit accepter de le reprendre. Il n'y a même pas de question qu'elle ne le fasse pas.

3:02
Présentateur

Mais du coup, il faut détendre la relation ou est-ce que Bruno Retailleau, en ce moment, en fait un peu trop le ministre de l'Intérieur ?

3:09
Invité

Écoutez, il faut se faire respecter. C'est parti d'une posture du régime algérien qui est très différent des attentes des Algériens, des jeunes Algériens. Les jeunes Algériens, qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils veulent du travail, ils veulent un avenir. Ils ne veulent pas qu'on leur répète en permanence qu'un régime est légitime parce qu'il a hérité de la guerre d'Algérie. Ça s'est terminé en 1962. Qu'est-ce que ça apporte à l'avenir des jeunes Algériens, ce qui se passe ? Rien.

3:40
Présentateur

Mais ce n'est pas le discours de Bruno Retailleau. Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, et le ministre des Cultes d'ailleurs aussi, est très dur en ce moment dans cette relation. Il met clairement la pression. Et d'ailleurs, là, cette semaine, il a décidé de ne même pas se rendre à la rupture du jeûne, à l'invitation de la mosquée de Paris. C'est le ministre des Cultes, je le redis.

4:00
Invité

C'est le ministre des Cultes et aller dans une rupture du jeûne. Moi, j'étais à une rupture du jeûne lundi, à Bruxelles, dans le cadre de la conférence sur la Syrie. Et je trouvais ça respectueux vis-à-vis de nos interlocuteurs qui venaient de partout dans le monde arabe, qui avaient travaillé avec nous toute une journée. On a rompu le jeûne ensemble, et ça n'a rien de choquant par rapport à la laïcité. La mosquée de Paris, est-ce que c'est juste un lieu de culte, ou est-ce que c'est un lieu d'influence et d'ingérence de l'Algérie en France ? La question mérite être posée.

Et cette ingérence, cette influence qui est exercée, quand j'entends le président Tebboune, je crois que c'était hier, dire quels étaient les ministres avec lesquels il préférait travailler en France plutôt que d'autres.

4:43
Locuteur non identifié

Mais de quoi je me mêle ? Oui, mais alors, est-ce que ça ne met pas quand même l'accent sur une faille, peut-être, en France ? C'est que tout le monde ne parle pas exactement le même langage. On sent que Bruno Retailleau est beaucoup plus ferme que le Premier ministre ou que le Président de la République. Et est-ce qu'en fait, ça n'enfonce pas un coin sur l'attitude de la France en général ?

5:03
Invité

Moi, j'ai le sentiment que le gouvernement s'est mis d'accord sur une riposte graduée. Et je pense que le gouvernement a raison. Il ne s'agit pas de sortir l'arme atomique tout de suite, mais il s'agit de dire que nous voulons que les accords internationaux soient respectés. Ce n'est pas une demande agressive, ce n'est pas une demande dérogatoire. On demande au gouvernement algérien de remplir ses obligations comme on le demanderait à n'importe quel gouvernement étranger. Pourquoi est-ce qu'il faudrait faire une particularité, une exception pour le gouvernement algérien ? Surtout qu'il s'est passé des choses graves en France. Il s'est passé Mulhouse.

Il y a des événements qui justifient pleinement que l'on soit ferme. Nathalie, une dernière question.

5:45
Locuteur non identifié

Je pense que la réaction de l'opinion et des partis politiques a été à la hauteur. Parce qu'on a eu l'impression qu'il y a un certain nombre de personnes qui ont accusé Boalem Sansal d'être de droite, voire d'extrême droite. Et en gros, on considérait que la mobilisation, ce n'est pas notre première priorité. Est-ce que vous avez été étonnée ? Et comment ça s'est passé ?

6:00
Invité

J'ai été très choquée parce que, précisément, Boalem Sansal, on en a parlé aussi au niveau européen, au Parlement européen. Nous avons voté une résolution demandant la libération immédiate et sans condition de Boalem Sansal. Nous avons eu une majorité et une majorité d'Européens, pas seulement de Français. Ce n'est pas une question franco-algérienne, Boalem Sansal. Et la question n'est pas de savoir si on aime ou ce qu'on n'aime pas, tout ce qu'il dit. Il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord, d'autres avec lesquelles je ne suis pas d'accord. Mais enfin, on peut être voltairien jusqu'au bout et se dire qu'on se battra pour qu'il ait le droit de dire ce qu'il veut dire.

J'ai vu l'extrême-gauche, j'ai vu Rima Hassan, j'ai vu Manon Aubry dire « Ah non, non, quand même, Boalem Sansal, c'est un peu d'extrême-droite. » Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est normal qu'il soit en prison pour ses idées. Ce n'est pas ma conception d'universalisme, ça n'est pas celle de la majorité des Européens.

6:51
Présentateur

Allez, autre image de la semaine. La vôtre, Françoise Fressose, vous revenez sur l'une des réponses de François Bayrou qu'on recevait la semaine dernière dans « Questions politiques » et dont on a beaucoup parlé.

7:01
Locuteur non identifié

Oui, alors je reviens sur le conclave des retraites, vous savez, qui avait été annoncé par François Bayrou pour essayer de recoller les morceaux avec la gauche, le Parti Socialiste et les syndicats. Et à ce micro, dans ce studio, dimanche dernier, le Premier ministre dit « La retraite à 62 ans, non, jamais. » C'est la question. Et mercredi, on a la réponse de la CGT qui quitte la table des négociations. Et alors, on a l'impression à ce moment-là que le conclave, c'est fini, terminé. FO a déjà quitté la table. Une partie du patronat, l'U2P, a quitté la table. Et on pense que c'est mort.

Eh bien non, parce qu'en fait, il y a encore deux partenaires qui ont très envie de continuer les discussions. C'est le MEDEF du côté patronal et c'est la CFDT du côté des syndicats. Ils veulent, au fond, discuter de choses très importantes en ce moment qui est le financement de la protection sociale. Est-ce que tout doit reposer ou non sur le travail ? Est-ce qu'on peut faire évoluer le régime des retraites en essayant de sortir de ce psychodrame ? Et en fait, ces deux partenaires-là disent « On veut continuer ». Donc, on va voir ce que fait le gouvernement, mais j'ai l'impression qu'il va leur laisser la main pour refaire un ordre du jour, continuer la discussion.

Et on verra à ce moment-là quels syndicats veulent ou non rentrer dans le jeu. Mais je trouve que c'est un moment important, parce que c'est un moment où on est quand même dans un climat qui a radicalement changé depuis l'élection de Trump et les dangers qui planent sur l'Europe. Et qu'il y a une sorte de partage des responsabilités qui est en train de s'opérer dans la douleur, mais qui est en train de s'opérer. Je pense qu'il faut saluer ce moment-là.

8:34
Présentateur

Vous êtes d'accord, Nathalie Loiseau, ce conclut-là, il est fini ? Ou, comme le dit Françoise Fresseuse, au contraire, il va déboucher sur autre chose ?

8:41
Invité

Moi, je pense qu'il faut absolument avoir un dialogue social approfondi sur quelque chose de plus vaste. Le conclave tel qu'il a été conçu, on voit bien qu'il s'essouffle. Et surtout qu'il ne prend pas en compte une nouvelle réalité géopolitique.

8:54
Locuteur non identifié

Il est hors-sol, comme le dit Édouard Philippe.

8:56
Invité

En tout cas, il me paraît un peu obsolète dans son principe de départ. Est-ce qu'on doit passer notre temps ? Je précise quand même, note de bas de page, vous êtes une très proche d'Édouard Philippe. Je suis membre d'Horizon, absolument. D'Horizon, son parti politique.

9:07
Présentateur

Non, mais que les choses soient quand même très claires pour tous nos auditeurs. Tout à fait.

9:11
Invité

Et je pense qu'il s'est passé des choses importantes, sérieuses, que notre modèle social aujourd'hui, si on veut le préserver, il faut être capable de le faire évoluer. Et je rends hommage à ceux qui veulent continuer le dialogue social, en prenant en compte cette nouvelle réalité. Il faut évidemment le faire. J'aimerais qu'on arrête d'avoir...

9:29
Présentateur

Mais François Bayrou a pris en compte cette nouvelle réalité, parce qu'Édouard Philippe s'était permis préalablement quand même de lui dire, depuis quelques semaines, ce congrès ne va pas dans le bon sens, il est obsolète. Il ne sait pas de faire la leçon.

9:39
Invité

On ne sait pas de faire la leçon, vous savez. Ni François Bayrou, ni Édouard Philippe ne sont des hommes à qui on fait la leçon. Ce sont des chefs de parti. Ce sont des gens qui ont eu des responsabilités, qui aspirent à en avoir encore pour ce qui est d'Édouard Philippe et d'encore plus élevé. Mais ce sont des gens qui sont libres de leur parole. Édouard Philippe, il est libre de sa parole. Il est libre et responsable. C'est ça le positionnement d'Horizon aujourd'hui. Libre et responsable. On a un modèle social auquel nous sommes tous attachés, mais qui va devoir s'adapter à une réalité qui est celle que l'on connaît aujourd'hui.

Devoir se défendre et se protéger sans les Américains, parce que c'est ça qui va nous arriver. Arrêter de raser gratis, de vivre au-dessus de nos moyens. Ne pas dire que ça va être le beurre ou les canons, parce que ça, ce n'est pas vrai. Mais en tout cas, ça ne peut pas être non plus les canons, le beurre, l'argent du beurre et la crémière. Ça, ce n'est plus possible.

10:33
Présentateur

Alors là, vous venez de teaser l'interview qu'on va évidemment faire ensemble. Avant cela, on termine avec votre image. Nathalie Saint-Cricq.

10:40
Locuteur non identifié

J'avais le choix avec une image terrible. C'est celle du rabbin qui s'est fait agresser cette nuit et qui a pris des coups. Elle était avec son petit garçon de 9 ans. Dans la ville d'Orléans. On était à Orléans. Manifestement, agression raciste, antisémite, pur jus, si j'ose dire. J'ai choisi une image un peu plus positive pour ne pas qu'on commence le dimanche de façon différente. Je reviens sur le vote du Sénat et de la proposition de loi de Laurence Rossignol qui est pour réhabiliter toutes les femmes qui ont subi ou qui ont pratiqué un avortement, celles qu'on appelait les faiseuses d'anges.

Le Sénat n'est pas connu pour être toujours à la pointe de la modernité, mais là, il y a effectivement un vote unanime. Je rappelle juste pour ceux qui se souviendraient du procès de Bobigny ou de ce qu'il a pu y avoir que pendant, en 1942, le maréchal Pétain fait passer le délit d'avortement à crime et qu'il y aura encore une femme et un homme qui se seront guillotinés. La femme s'appelle Marie-Louise Giraud. On est en 1943. Seul le maréchal Pétain peut donner sa grâce. Il le refusera. Alors que c'est une femme et que ce n'est pas dans la tradition républicaine. Politique nataliste, régime catholique, nécessité d'avoir des enfants. Mais ce n'est pas un petit symbole gentillé.

Ça veut dire que des petites filles, des filles de femmes qui ont pu être condamnées plus légèrement, après pour de la prison, c'était quand même, ça pouvait aller jusqu'à 50 prisons, ne sont plus traitées comme des parias. Et je trouve que c'est peut-être symbolique. Alors, il n'y aura pas d'indemnisation. C'est juste simplement considéré. Ce ne sont pas des criminels.

12:06
Présentateur

Alors, vous parliez de l'agression du rabbin d'Orléans. Emmanuel Macron, le président, s'est exprimé sur ces faits. Il dénonce le poison, notamment, de l'antisémitisme. Et il promet de ne pas céder à l'inaction.

12:21
Nathalie Loiseau

Nous tiendrons jeudi prochain un sommet de la coalition des volontaires jeudi prochain à Paris, en présence du président Zelensky. Et nous finaliserons nos travaux de soutien à court terme de l'armée ukrainienne, de défense d'un modèle d'armée ukrainienne durable et soutenable pour prévenir des invasions russes. Et puis, des garanties de sécurité que peuvent apporter les armées européennes.

12:50
Présentateur

Le chef de l'État, Emmanuel Macron, à l'occasion jeudi du sommet européen. Il annonce donc, on l'a très bien compris, la venue jeudi prochain du président ukrainien Volodymyr Zelensky. En attendant, Nathalie Loiseau, nouvelle discussion entre les Russes et les Américains. Les Ukrainiens seront là aussi. Ça va se passer à partir de demain, lundi, à Djeba, en Arabie Saoudite. Et une fois de plus, les Européens sont absents de la table de négociation. Donc, l'Europe s'organise ou tente de s'organiser. Mais elle a quand même encore du mal à peser.

13:22
Invité

L'Europe découvre que si elle ne s'organise pas, l'histoire va s'écrire sans elle. Et le cas échéant, contre elle. Parce que le sort de l'Ukraine et le sort de l'Europe sont intimement liés. Depuis trois ans, l'Ukraine résiste à l'impérialisme russe. Elle résiste pour elle-même. Mais elle résiste pour nous aussi. C'est notre ligne de front, l'Ukraine. Et c'est vrai que je suis inquiète quand je vois Donald Trump et ceux qui négocient pour lui acheter à peu près tout le récit russe, sans cligner des yeux. Hier, il y a eu une interview à la télévision américaine du négociateur américain, Vitkov, dont on rappelle qu'il est promoteur immobilier.

Et je ne ferai pas offense aux promoteurs immobiliers en disant qu'il n'est pas forcément très bien préparé à une négociation diplomatique pour essayer de mettre fin à une guerre. Alors ça, c'est vu dans l'interview. Il ne savait pas de quoi il parlait. Il n'était pas capable de lister, par exemple, les provinces réclamées par la Russie. Mais au fond, rien dans les deux mondes russes ne le choquait. Il s'est même montré très ému parce que Vladimir Poutine le avait dit, après l'avoir fait attendre des heures, que quand Donald Trump avait été visé par un tir pendant sa campagne, Vladimir Poutine avait prié pour Donald Trump.

14:45
Présentateur

Non mais très bien, mais moi j'ai parlé de l'Europe.

14:46
Invité

L'Europe, elle n'est pas là, elle n'est pas dans cette discussion malgré tout. Non, et cette discussion nous inquiète. Nous, Européens, parce qu'on voit un Donald Trump qui fréquente les oligarques russes depuis 40 ans. 40 ans ! Qui a été renfloué dans plusieurs de ses 7 faillites par des hommes russes, des richissimes hommes russes. Vous vous souvenez, Donald Trump, quand il avait dit à Zelensky, « Dites-nous merci ». Je ne sais pas à qui il dit merci en ce moment, Donald Trump. J'ai peur qu'il dise beaucoup merci à la Russie. Ils payent ses dettes, vous pensez.

15:20
Locuteur non identifié

Et qu'ils ne défendent pas beaucoup l'Ukraine. Alors, comment on pèse, nous ? Comment les Européens peuvent peser ? Zelensky demande des aides.

15:26
Invité

D'abord, Zelensky voit et parle beaucoup aux Européens. On l'a même vu prendre au téléphone Emmanuel Macron alors qu'il était lui-même en interview avec des journalistes ukrainiens. Il se parle tous les jours. Il parle aussi avec Keir Starmer. Il y a un alignement de dirigeants européens, Emmanuel Macron.

15:44
Locuteur non identifié

L'alignement, pour préciser, c'est Grande-Bretagne, France et Allemagne. Et Pologne.

15:49
Invité

Et Pologne, qui en ce moment préside le Conseil de l'Union Européenne, Donald Tusk.

15:52
Locuteur non identifié

Mais qu'est-ce qu'on peut faire ?

15:54
Invité

Travailler aux garanties de sécurité. Un vrai cessez-le-feu. On aura tous remarqué que l'Ukraine a dit oui tout de suite et sans condition un cessez-le-feu temporaire mais total. Et la Russie promène son monde en disant oui peut-être sur les infrastructures énergétiques. Mais pendant ce temps-là, elle bombarde Odessa de manière massive. Donc préparer un vrai cessez-le-feu, des vraies garanties de sécurité.

16:19
Locuteur non identifié

Mais avec la caution des Etats-Unis. Ça ne peut marcher cette garantie de sécurité que si les Etats-Unis acceptent. C'est mieux si les Etats-Unis acceptent.

16:27
Présentateur

Mais on serait capable ?

16:28
Invité

C'est à l'Ukraine de décider qui ira sur son sol. La Russie n'a pas demandé l'autorisation de quiconque pour faire appel à des troupes nord-coréennes. Je trouve d'ailleurs que la réaction internationale à cet événement majeur a été très faible. L'Ukraine n'a besoin de l'autorisation de personne pour faire appel à des troupes européennes. Et c'est en train de s'organiser. Vous avez vu qu'il y a eu une réunion à Londres, une réunion à Paris.

16:53
Locuteur non identifié

Sauf qu'il y a un problème de crédibilité. C'est-à-dire, est-ce que l'Europe actuellement, l'Europe de la défense, est suffisamment crédible pour dire à l'Ukraine, on n'a pas besoin de la protection américaine ou de la garantie américaine ?

17:03
Présentateur

Il y a deux choses. Alors attendez, je poursuis la question de Françoise, qui est très intéressante, mais on n'arrête pas de dire Europe, Europe, Europe. De quelle Europe on parle ? Parce que l'Europe est en train de se redéfinir, malgré tout, dans sa défense. Là, on vient d'entendre Emmanuel Macron, il parle d'une coalition des volontaires. Absolument. On n'arrête plus d'utiliser cette expression-là depuis trois jours. Mais il y a qui dans cette coalition des volontaires ? C'est qui et ça marche comment ?

17:24
Invité

Vous avez vu qu'il y avait 30 pays qui sont venus à Paris au niveau de leur chef d'état-major.

17:28
Locuteur non identifié

Qui sont donc certains extra-européens.

17:30
Invité

Et qui, certains, ne sont pas européens. C'est en train de se faire sans les Etats-Unis. Vous me disiez, la négociation à Jeddah va se faire sans l'Europe. Les garanties de sécurité sont en train de s'organiser sans les Etats-Unis. Et la discussion sur la défense est en train de se faire entre volontaires qui se font confiance. Et c'est vrai qu'il y a une énorme crise de confiance. Il y a les Canadiens. Il y a les Norvégiens. Il y a même, avec beaucoup de caveats, et on y reviendra sûrement, la Turquie qui dit qu'elle est prête à participer. On y reviendra parce qu'on voit ce qui se passe en Turquie. Oui, voilà, on va voir. Et très franchement, il y a beaucoup de choses à dire.

Et j'en parlerai si vous le souhaitez.

18:07
Présentateur

Mais on entend parler un peu, par exemple, du Japon, de la Corée du Sud.

18:10
Invité

Oui, non ? C'est à eux de le décider. Mais quand vous avez 30 chefs d'état-major qui se réunissent, quand en ce moment, on s'approche de 30 000 hommes prêts à se rendre en Ukraine, ou aux abords de l'Ukraine, on parle de surveillance du ciel ukrainien, on parle de surveillance de ce qui se passe en mer Noire, ça se concrétise. Est-ce que c'est facile ? Bien sûr que nous. Mais ça, on surveille.

18:32
Locuteur non identifié

Imaginons, pour essayer de comprendre que les gens...

18:33
Invité

Mais vous vous rendez compte, la révolution culturelle dont on parle. Je vous me rends compte très bien. Est-ce que c'est d'abord ?

18:37
Locuteur non identifié

Est-ce qu'il est encore temps ? Bien sûr. Alors, est-ce qu'on aurait dû faire plus ? On a l'impression, on entend parler de ça depuis 10 ans, la défense européenne. Là, on se dit, est-ce qu'on va être armé assez vite ?

18:46
Invité

Est-ce qu'on aurait dû faire plus, plus vite, plus tôt ? Bien sûr, tout le monde va aller tout le monde. On a 15 ans de retard, là, non, c'est ça ? Vous m'avez entendu le dire pendant des années. J'ai présidé la commission de la défense au Parlement européen pendant 5 ans. J'ai passé mon temps à dire, on répare son toit quand il fait beau, pas quand il pleut. Il a fallu Poutine pour qu'on commence. Et maintenant, il faut Trump pour qu'on accélère. Mais ça y est, on accélère, il y a un sursaut. Le plan qu'a proposé Ursula von der Leyen, qu'ont soutenu les chefs d'État et le gouvernement européens...

19:16
Présentateur

Le plan Réarme Europe, c'est ça ?

19:18
Invité

Réarme Europe, il s'appelle comme on veut. Ça, c'est du jargon européen, ça n'a pas d'intérêt. Je ne supporte pas tous ces acronymes, pardon, mais c'est le meilleur moyen de faire fuir tout le monde, moi y compris. C'est de dire, dans 5 ans, on est capable d'agir, même si les États-Unis n'agissent pas avec nous.

19:36
Présentateur

C'est énorme ! Pardonnez-moi, mais d'agir avec qui ? Parce qu'on essayait de dessiner qui était cette Europe, comment j'ai dit déjà, cette coalition des volontaires. Ça veut dire 26,

19:46
Invité

et pas Victor Orban.

19:49
Présentateur

Mais 26, alors voilà, pas Victor Orban, la Slovaquie, on les met aussi ou pas ? Parce qu'ils sont très pro-russes. Ils n'ont rien bloqué pour le moment.

19:57
Invité

Sur l'Ukraine, c'est Orban qui bloque. L'Italie ? C'est pas FITSO. L'Italie, c'est compliqué ? Sur l'Ukraine, Mme Mélanie ne bloque rien. Elle s'est dite très pro-ukrainienne. Aujourd'hui, Mme Mélanie, elle fait un grand écart qui doit faire mal aux muscles, puisqu'elle s'était jetée dans les bras de Donald Trump, d'Elon Musk. Elle avait expliqué que l'Italie allait passer un contrat avec Starlink. Maintenant, elle est obligée de reculer parce qu'elle s'aperçoit qu'Elon Musk, il appuie sur le bouton. C'est oui, c'est non. Que la dépendance. En fait, aujourd'hui, ce que tous les Européens constatent, c'est que la dépendance a des puissances qui ne sont pas européennes.

Et quelque chose sur quoi on n'a reposé, pas nous, Français, merci au général de Gaulle, mais tous les autres Européens pendant des décennies, que c'était une mollesse, une facilité, que ça n'est plus possible. Ce qu'on disait, nous, Français, depuis 2017, l'autonomie stratégique européenne. Combien de fois j'ai eu l'impression de prêcher dans le désert ? On me disait, c'est une maraude française. Plus personne ne dit ça aujourd'hui. Quand on soulève Anderlein, quand les Européens disent...

20:59
Locuteur non identifié

On a eu raison avant les autres. Maintenant, concrètement, vous dites dans cinq ans, la situation en Ukraine, c'est au jour le jour. Oui. avec ce que dit Trump, avec les sommets qui... Absolument. Qu'est-ce qu'on peut faire d'ici un mois ? Est-ce que si par hasard il y a un accord, est-ce qu'on peut mobiliser des forces ? Nathalie veut un agenda. Non, non, je ne veux pas l'agenda. Alors, Nathalie... Mais elle a raison, mais je suis... Mais oui, mais les Français

21:17
Présentateur

se posent ces questions-là. T'as raison. C'est un truc qui se passe dans 220.

21:19
Invité

Non, mais je suis... Il y a deux choses. Il y a ce qu'on fait pour l'Ukraine et ce qu'on fait pour notre défense à nous. Ce n'est pas la même temporalité, vous avez raison. L'urgence, c'est plutôt l'Ukraine ? L'urgence, c'est l'Ukraine. Et je suis la première à le dire et même parfois à m'impatienter vis-à-vis de tous les Européens en leur disant ne perdez pas de vue que renforcer l'aide à l'Ukraine, l'aide militaire à l'Ukraine, aujourd'hui, c'est indispensable. Alors, qui est prêt à ça ?

21:44
Locuteur non identifié

Combien d'argent ?

21:45
Invité

Tous les Européens sont prêts à ça. Et les opinions aussi ? Les opinions aussi. Regardez les enquêtes d'opinion en Europe. C'est très important. C'est très intéressant. Et regardez les mêmes aux Etats-Unis où Donald Trump est en désaccord avec sa propre opinion publique. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Les Américains disent qu'il faut soutenir plus, plus vite et plus fort l'Ukraine. Regardez Friedrich Merz. Il est bientôt chancelier allemand. Il a dit qu'il allait envoyer des missiles Taurus à l'Ukraine. C'est ce que Olaf Scholz avait refusé pendant des années. Et ça, ça change. La France, elle a dit qu'elle allait faire encore davantage. Je l'espère.

Parce que je trouve que l'on peut faire plus et mieux pour l'Ukraine. Pour notre défense aussi. Mais très franchement, tout ce qu'on fait pour l'Ukraine, ça affaiblit la menace russe. Donc ça nous renforce.

22:30
Présentateur

Mais Françoise disait, avec quel argent ? On a commencé à en parler un peu sérieusement cette semaine à travers le Livre Blanc. Est-ce qu'il faut, en plus de tout ce qui a été dit cette semaine au sein de l'Union Européenne notamment par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, est-ce qu'il faut un grand emprunt européen, un grand emprunt commun pour avoir plus d'argent que les 150 milliards dont on entend parler pour l'instant ?

22:52
Invité

Oui. Mais je vais d'abord revenir sur l'Ukraine parce qu'il y a de l'argent qui dort dans les banques, en Europe, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Japon. Ça, c'est les avoirs russes ? 300 milliards d'avoirs russes gelés.

23:05
Locuteur non identifié

Donc vous, vous poussez

23:07
Invité

pour qu'on utilise non pas les intérêts mais les avoirs. Mais juridiquement, c'est possible ou pas ? Oui, c'est la confiscation par les Européens qui n'est pas possible. Éric Lombard, quand il l'a dit, avait raison.

23:16
Locuteur non identifié

Parce que personne, on nous dit, on n'apprend pas. Oui, oui, oui. C'est juridiquement impossible dans les conventions internationales. Nous n'avons pas le droit,

23:21
Invité

nous, nous, Européens, nous n'avons pas le droit de le confisquer. Ça, c'est vrai. Mais chaque État peut le faire ? Mais nous pouvons prêter à l'Ukraine l'équivalent de ce montant et l'Ukraine, elle, demandant des réparations de guerre, des dommages de guerre, comme elle l'étend, absolument en droit de le faire. Ça, c'est après. Puisqu'elle a été agressée, nous remboursera soit parce que la Russie sera devenue bienveillante, j'ai des doutes, soit elle nous demandera le transfert de cet argent et c'est elle qui le confisquera. Ça, juridiquement, ça, financièrement, ça tient la route. C'est une voie médiane. Tout le monde la connaît en Europe.

À la BCE, chez Van der Leyen, chez Mme Callas, tout le monde le sait. Pourquoi c'est pour quoi faire ? Et alors ? Ça va se faire ou pas ? Eh bien, j'attends. Et plus tôt aujourd'hui que demain parce que l'Ukraine a besoin de cet argent aujourd'hui pour pouvoir se défendre plus vite, mieux et pour être en situation non pas de continuer la guerre. Ce n'est pas une va-t'en-guerre qui vous parle. C'est une va-t'en-paire. Ça part du principe

24:16
Locuteur non identifié

qu'ils vont perdre vite, les Russes, qu'on va signer des accords, que ces accords seront honorés et que dans ces accords, il y aura le fait qu'on sera remboursés. Enfin, vous voyez, c'est un peu comme après la guerre de 1914 avec l'Amérique où l'Allemagne paiera. C'est toujours un petit peu plus compliqué. Mais ça, c'est quand même jouable.

24:33
Présentateur

C'est la situation idéale, effectivement.

24:35
Locuteur non identifié

Non, c'est mieux.

24:36
Invité

C'est beaucoup plus réaliste que la situation idéale. La situation idéale, ça consisterait à dire qu'on attend que les Russes soient sympas et remboursent les Ukrainiens. Ça, on pourra attendre très très longtemps. Cet argent, il est là. Il doit servir maintenant parce que les besoins, c'est tout de suite. Là encore,

24:51
Présentateur

si je vous comprends bien, on avance cet argent et on espère en donner qu'il revienne dans nos caisses

24:56
Invité

quand...

24:57
Présentateur

Si l'Ukraine gagne. Voilà, si l'Ukraine gagne.

24:59
Invité

Mais l'Ukraine, si l'Ukraine est parfaitement en droit de confisquer, elle, elle a le droit, le droit international lui permet, la commission du droit des Nations Unies, je ne vais pas entrer dans des détails parce que ce serait long et sans doute fastidieux, elle a le droit de confisquer cet argent. Pour le moment, l'argent n'est pas en Ukraine, il faut qu'il y aille.

25:17
Présentateur

Donc là, c'est très clair. On parlait aussi, et ça, c'est pour financer la défense européenne d'un grand emprunt commun européen. On y va, on n'y va pas, qu'est-ce qu'on fait ?

25:26
Invité

Ça me rappelle exactement ce qui s'est passé sur le Covid. Les 150 milliards que met sur la table Ursula von der Leyen, elle a raison. C'est ce qu'elle avait fait à peu près au début du Covid quand elle avait offert un mécanisme dont la France ne s'est pas servi parce qu'on a une assurance chômage généreuse mais dont d'autres pays se sont servis pour financer le chômage partiel. C'était un premier pas. Elle ne s'est pas arrêtée Ursula von der Leyen. Elle a attendu une proposition franco-allemande d'un grand emprunt et elle l'a soutenue et on l'a fait. Aujourd'hui, je pense qu'elle a...

25:56
Locuteur non identifié

D'accord, mais il y a quand même l'emprunt Covid à rembourser avant.

25:59
Invité

C'est vrai, mais qu'est-ce qui est plus important ?

26:01
Locuteur non identifié

750 milliards quand même.

26:03
Invité

C'est vrai, et on va devoir commencer à le rembourser en 2028. Mais face aux Etats-Unis, face à la Russie, face à la Chine, est-ce qu'on va toujours se dire qu'on fait trop peu, trop tard ? On a besoin de renforcer notre défense. Renforcer notre défense, c'est de l'investissement. Ce n'est pas de l'argent qui part dans, j'allais dire, des crédits à la consommation. C'est être crédible et offrir une dissuasion qui protège les Européens. L'idée, pour vous,

26:32
Locuteur non identifié

c'est un emprunt de combien et à quelle échéance ?

26:35
Invité

On a entendu Ursula von der Leyen, la même, parler de besoins autour de 500 milliards d'euros. C'est elle qui l'a dit. Après, moi, je ne veux pas qu'on lance des chiffres en l'air. Ce qui est beaucoup plus important, c'est ce qui a commencé à être fait et c'est sur quoi on s'est mis d'accord et ça, c'est essentiel, c'est quelles sont nos lacunes. Sur quoi on doit investir ? Qu'est-ce qui nous manque comme armement européen pour être crédible ? Et on le voit, c'est les systèmes anti-aériens, les systèmes anti-drones, ce sont les drones, ce sont les missiles, c'est l'artillerie. On est très au clair maintenant, on a sept domaines sur lesquels il faut qu'on fasse beaucoup plus.

Ça, c'est un énorme progrès. Juste une parenthèse,

27:14
Présentateur

moi, je suis surprise de ne pas du tout entendre parler Christine Lagarde, la présidente de la BCE, la Banque Centrale Européenne, époque Covid, parce que vous êtes référé à l'époque Covid, on entendait beaucoup Mario Draghi qui a été son prédécesseur. Pourquoi elle a disparu ? Pourquoi on ne l'entend pas ? Demandez-lui. D'accord.

27:28
Locuteur non identifié

Toute petite question. Est-ce que tout ce dont on parle là se fait à occupation constante ? C'est-à-dire qu'on ne parle plus de la Crimée, on ne parle plus du Lombas, donc on est tous partis du principe qu'en gros, avancés, qu'ils restent là où ils sont et qu'on va juste essayer d'arrêter pour la suite. Mais c'est terminé. Il n'y a pas une personne au monde qui pense que les Russes vont reculer ou lâcher des territoires. C'était juste une... Aujourd'hui,

27:52
Invité

on parle d'un cessez-le-feu. Le cessez-le-feu, il se passe sur une ligne de front telle qu'elle est aujourd'hui. Après, il y a la négociation d'un accord de paix. Donc permettez-moi de penser que ça va prendre du temps. Parce que personne, jamais en Russie, n'a dit que les régions qui sont partiellement occupées par la Russie. Parce que quand on parle de la région de Zaporizhia, par exemple, de la région de Kersone, par exemple, ce n'est pas très dur de se souvenir de ces noms-là. C'est un peu inquiétant que le négociateur américain ne les connaisse pas. Ces régions, elles sont partiellement occupées par la Russie, pas entièrement.

Je n'ai jamais entendu Vladimir Poutine dire « ça, ça me suffirait ». Ah non ?

28:29
Locuteur non identifié

En Géorgie, on a fait semblant de faire comme si on les a estrenés.

28:33
Invité

On a baqué une paix et puis ça n'a rien réglé.

28:36
Présentateur

La menace russe vous inquiète autant qu'Emmanuel Macron a pu le dire cette semaine ?

28:39
Invité

Vous savez, moi, si j'ose dire, je la vis, je travaille sur les ingérences. C'est-à-dire la guerre avec des moyens non militaires que nous mènent des pays non-européens et malveillants à nous, européens. Et le premier à nous mener cette guerre depuis longtemps et plus que jamais, c'est la Russie. Ce n'est pas un pays qui nous veut du bien. Ce n'est pas un régime qui nous veut du bien.

Quand vous avez des sabotages de câbles sous-marins en mer baltique et que vous en avez de plus en plus, quand vous avez des cyberattaques sur des hôpitaux dans des pays comme la France et que vous en avez de plus en plus et que vous les sourcez en Russie, quand vous avez des opérations de manipulation de l'information que vous en avez de plus en plus, vous n'avez pas le sentiment...

29:22
Présentateur

Vous avez observé là récemment des choses précises depuis que vous êtes à la tête de cette... Regardez quelque chose

29:26
Invité

qui a fait beaucoup couler d'encre et de salive. L'élection en Roumanie. La Roumanie, la Cour suprême roumaine, donc une juridiction, a pris la décision d'invalider le premier tour du scrutin. Ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. Elle a pris la décision d'interdire à un candidat de se représenter. Un candidat pro-russe. Ce n'est pas rien. Donc on peut légitimement se demander pourquoi elle l'a fait parce que sur le moment ça fait sursauter. On se dit c'est ça la démocratie ? On arrête une élection. Moi ça m'a surpris, ça m'a fait sursauter. Et dans la commission que je préside sur les ingérences, on a travaillé, on a fait venir des experts, on nous a dit expliquez-nous.

des experts indépendants qui nous ont dit ça fait huit ans que la Russie investit sur l'influence souterraine en Roumanie. Avec des agents russes qui payent des influenceurs, des influenceurs de moyenne gamme qui vous parlent normalement de sport, de santé, de bien-être, de maquillage et qui depuis huit ans instillaient des contenus pro-russes et ont fait monter cet homme venu de l'extrême droite de l'extrême droite. Il avait été chassé de tous les partis. Mais donc du coup est-ce que vous êtes inquiète ? Donc ça c'est quand même extraordinairement inquiétant. Une élection qui est manipulée Mais ça peut se passer

30:35
Présentateur

en France là en 2027 ?

30:36
Invité

C'est ma première question. Bien sûr. Si on n'y prend pas garde, bien sûr que ce risque existe. Et on peut faire quoi ? Ce qui s'est passé dans l'élection allemande avec une manipulation des algorithmes sur lesquels on voudrait être un peu au clair. On a vu Elon Musk parce que ce qui a changé aussi depuis le 20 janvier c'est qu'on voit un réseau social en particulier, le réseau d'Elon Musk au service d'une extrême droite pro-russe en Europe. On a vu Elon Musk dialoguer avec la patronne de l'Alternative pour Deutschland. On a vu une visibilité des contenus de l'AFD proportionnellement distordue sur les réseaux sociaux. Ça aussi on est en train

31:16
Locuteur non identifié

de l'expertiser.

31:19
Invité

On regarde par exemple le nombre de contenus postés par les Verts, par le SPD, par la CDU et puis on regarde leur visibilité à la sortie. La visibilité de l'AFD est étrange. Très très étrange. Donc il y a eu une enquête de la Commission européenne pour savoir s'il y a eu une manipulation des algorithmes. Très très supérieure à son poids. Cette enquête, je ne sais pas si le résultat est connu, en tout cas il n'est pas public. J'ai convié la vice-présidente de la Commission européenne dans ma commission l'autre jour, je l'ai interrogée en lui demandant qu'est-ce qui faisait qu'on n'avait pas le résultat de cette enquête. Elle ne m'a pas répondu.

Je ne voudrais pas que la Commission européenne ait la main qui tremble quand il s'agit d'appliquer le droit européen, celui que nous avons voté, nous, députés européens et les représentants des États européens. Quand on parle de déficit démocratique, quand on parle de fragilité de la démocratie, commençons par rassurer les Européens et leur dire que quand on vote quelque chose, on l'applique. Moi, je ne veux pas que sous prétexte d'une conception très particulière que peut avoir Elon Musk de la liberté d'expression, on est aujourd'hui une liberté d'oppression.

32:32
Présentateur

Donc, vous, vous l'auriez sanctionné Elon Musk dans ces interventions ?

32:35
Invité

Moi, je veux connaître le résultat de ces enquêtes. Je veux que ce résultat soit public. Et s'il est prouvé, comme beaucoup le pensent, que les algorithmes ont été manipulés, on applique le droit. Vous avez peut-être vu, puisqu'on parlait de la Turquie tout à l'heure, reparlons-en, qu'Elon Musk et X ont fermé des comptes des opposants turcs en Turquie. C'est la liberté d'expression, ça ? Non, ça, c'est la liberté d'oppression. Alors, là,

33:03
Locuteur non identifié

vous posez un sujet très intéressant, c'est au fond de l'imprégnation très transatlantique de la Commission européenne jusqu'à présent. Est-ce que vous sentez qu'on est à un moment clé où ça peut se retourner ou qu'il y a toujours quand même cette tentation de... L'entropisme qui a priori plus vers les Etats-Unis ?

33:19
Invité

Écoutez, on a une présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, une Allemande, qui a été ministre en Allemagne sous les gouvernements de Mme Merkel et qui pensait que la protection de l'Europe passait par les Etats-Unis. Je pense que, comme tout le monde, elle regarde les informations et que, comme tout le monde, elle a compris que ça n'était plus vrai. Mais il y a des vieux réflexes qui durent. Aujourd'hui, sur la question des tarifs douaniers que veut nous imposer Donald Trump, la Commission a dit nous allons réagir. nous avons des contre-mesures dans notre besace. Elle a dit ensuite on va un peu décaler notre réponse. Est-ce que j'ai envie de la critiquer là-dessus ? Pas forcément.

Parce que il y a ce genre d'annonce sur les tarifs douaniers, il y a une part de bluff. On sait que Donald Trump aime beaucoup intimider, menacer, que derrière, ce n'est pas toujours comme ça que ça se termine. La Commission dit nous on veut rencontrer les Américains, on veut négocier. Pour le moment elle n'y arrive pas. Pour le moment elle est allée à Washington, elle n'y est pas arrivée. Laissons-lui ce temps parce qu'une guerre commerciale ne fait que des perdants de part et d'autre de l'Atlantique. Laissons-lui ce temps de négociation mais ce que nous lui demandons c'est de la fermeté.

Ce que nous avons voté parce que nos électeurs nous le demandaient, par exemple la régulation du numérique, ça doit être appliqué aujourd'hui.

34:41
Présentateur

L'ancienne ministre des Affaires européennes, l'eurodéputé Rignou, Nathalie Loiseau est l'invité ce dimanche de questions politiques jusqu'à 13h. Je voudrais qu'on parle parce qu'on l'a déjà un petit peu évoqué mais qu'on en parle vraiment de ce qui se passe en ce moment en Turquie. Le principal rival donc au président Erdogan a été incarcéré très tôt ce matin alors qu'il devait annoncer aujourd'hui même sa candidature à la prochaine présidentielle. L'arrestation cette semaine d'Ikram Imamoulou a entraîné d'impressionnantes manifestations dans absolument tout le pays. Je vous propose d'écouter Khan.

Il est l'un des manifestants parmi des centaines de milliers d'autres qui ont décidé donc de descendre de la rue pour s'opposer à cette situation arbitraire.

35:20
Locuteur non identifié

Là, ils ont franchi un cap. Ils ont arrêté le premier opposant d'Ardogan et jusqu'ici on avait peur. On a toujours peur mais cette fois-ci le courage des étudiants d'université ça a été contagieux. Et là, on a peur mais malgré la peur on est là.

35:35
Présentateur

Votre réaction ? Nathalie Loiseau est-ce qu'il y a ce qui est en train de se passer en Turquie à ce qu'on voit sous nos yeux en permanence depuis trois jours ?

35:40
Invité

Moi, je dirais qu'il y a un printemps des peuples qu'il faut que l'on voit nous, Européens parce que les gens qui sont dans la rue à Istanbul et partout en Turquie ce qui est assez nouveau sont des gens courageux. Les gens qui toutes les nuits à Tbilisi en Géorgie depuis plus de cent jours sont dans la rue en dépit d'une répression féroce d'un régime pro-russe et très autoritaire. Ils sont extrêmement courageux. J'y suis allé. Je suis allé les soutenir. Vous voyez à Belgrade des étudiants qui sont dans la rue. C'est-à-dire que

36:14
Présentateur

les autoritaires... En Turquie, est-ce qu'on peut bousculer Erdogan ? Ça, c'est ma première chose. Et est-ce que l'Union Européenne doit intervenir pour justement le bousculer également ? Est-ce qu'elle doit être là en soutien ?

36:24
Invité

Alors, d'abord, c'est aux Turcs de décider de l'avenir de la Turquie. Je n'aime pas la gérance chez moi. Je n'aime pas la faire chez les autres. En revanche, comprendre que la Turquie, que le régime turc est un régime autoritaire qui se donne pas de limites. Parce que hier, avant-hier, c'était Écrème, Imamoglou et c'est évidemment totalement scandaleux. Mais combien de journalistes sont en prison ? Combien d'intellectuels sont en prison ? Combien d'anciens fonctionnaires sont en prison ? Moi, j'ai un ancien de mes anciens élèves de l'ENA qui a été en prison parce qu'accusé de terrorisme. C'est le garçon le plus pacifique que je connais. Donc, ce régime est un régime.

37:04
Locuteur non identifié

Est-ce qu'on peut intégrer la Turquie dans cette force d'intervention qu'on essaye de monter pour aider les jeunes ? Parce que vous ne dites pas d'ingérence,

37:11
Présentateur

mais en même temps, effectivement, si la Turquie... Alors, d'abord,

37:14
Invité

hors de question que la Turquie, sous cette forme-là, adhère à l'Union européenne. Moi, je continue à entendre...

37:19
Locuteur non identifié

Je ne parlais pas de l'Union européenne,

37:24
Invité

impossible d'imaginer que la Turquie puisse intégrer l'Union européenne compte tenu des choix qui ont été faits par le régime turc. Ce n'est pas nous qui le disons, c'est le régime turc qui nous a tourné le dos. Ensuite, sur l'Ukraine, il faut des troupes, il faut se faire confiance. Est-ce que l'on a totalement confiance dans la Turquie ? Moi, je pose une question, c'est le contournement des sanctions vis-à-vis de la Russie. On sait que la Turquie, comme d'autres pays, sert de plateforme, de plaque tournante au contournement des sanctions vis-à-vis de la Russie. Il faut qu'on ait une vraie conversation.

Je n'écarte pas par principe des gens qui sont prêts à soutenir l'indépendance, la souveraineté de l'Ukraine. L'Ukraine a besoin d'amis. Mais je pense que nous, les Européens, on doit avoir une vraie conversation avec la Turquie là-dessus. Une vraie conversation sur la Syrie aussi. Comment se fait-il que la Turquie bombarde le nord-est de la Syrie, bombarde des Kurdes qui nous aident à lutter contre Daesh ? Nos intérêts ne sont pas alignés avec ceux de la Turquie.

38:26
Présentateur

Voilà, ça paraît compliqué quand même, effectivement, qu'elle fasse partie de la coalition des volontaires. Quand on entend ce que vous êtes en train de dire, c'est la conclusion que j'en tire. Nathalie Loiseau, il a beaucoup été question cette semaine également du port du voile musulman dans les enceintes sportives. Faut-il l'autoriser ou pas ? Vous en pensez quoi ?

38:41
Invité

Alors, pour moi, c'est absolument clair, dans les compétitions, le voile n'a pas sa place, de même que n'importe quel signe religieux ou politique. Compétition. Une compétition, c'est un moment où on représente, j'allais dire, son talent, sa performance, celle de son équipe, celle de son pays, et ça doit effacer tout le reste. Ensuite, dans les fédérations, il y a un entrisme sur lequel il est hors de question de fermer les yeux. D'ailleurs, il y a une proposition de loi contre l'entrisme dans le sport.

39:12
Présentateur

Mais dans quelles fédérations, etc. ?

39:14
Invité

Dans les fédérations sportives. Quand un match est interrompu parce qu'il faut rompre le jeûne. Quand des salles de sport, celle de salles de prière, est-ce qu'il faut fermer les yeux ? Bien sûr que non. Et moi, j'ai envie de dire aux jeunes femmes qui veulent faire du sport, et c'est très bien, et elles ont raison, que le sport, c'est le dépassement de soi par la performance de son corps. C'est la fierté d'être ce qu'on est dans son corps. Le voile, c'est la honte de son corps. C'est porter sur soi le fait que le regard des hommes pourrait être concupisant. C'est pas ce que dit ce matin. Est-ce que c'est ? Est-ce que c'est totalement compatible ?

C'est un avis personnel, c'est un dialogue que j'ai envie d'avoir avec des jeunes femmes. J'ai pas envie de réglementer ça.

39:57
Locuteur non identifié

Bruno Retailleau et Gérald Darmanin étaient sur la bonne voie plutôt que Elisabeth Franck.

40:00
Invité

J'ai pas envie de réglementer ça. J'ai pas envie, quand j'entends Éric Zemmour qui veut interdire le voile partout. Il va mettre un policier derrière chaque femme. C'est l'Iran à l'envers. Elisabeth Borne

40:10
Présentateur

n'est plus nuancée que vous.

40:11
Locuteur non identifié

C'est absurde. Elisabeth Borne considère que pour les compétitions, c'est effectivement il est sur la même ligne que vous, vous êtes sur la même ligne qu'elle. Mais ce que je vous demande, si globalement vous, considérant que c'est également lors des pratiques quotidiennes hebdomadaires de sport dans les clubs, vous pensez qu'il faut aller plus loin. En clair, il y a une ligne Borne, Darmanin-Retailleau. Est-ce que vous pensez que la ligne Darmanin-Retailleau est pratiquable ?

40:35
Présentateur

Moi, ce que j'aime pas beaucoup,

40:36
Invité

c'est de lire dans la presse et c'est d'entendre des ministres qui s'apostrophent avec des termes parfois peu amènes. C'est la polyphonie. Écoutez, moi j'étais membre d'un gouvernement, celui d'Édouard Philippe et Elisabeth Borne en était membre aussi. Gérald Darmanin en était membre aussi et ce genre de choses n'arrivait pas. Donc, j'allais dire halte au feu.

40:54
Présentateur

Une dernière question. Vous parlez d'Édouard Philippe, ça tombe bien. Vous êtes une très proche, je l'ai dit tout à l'heure, d'Édouard Philippe, membre de son parti, donc Horizon. Édouard Philippe, très critique quand même contre l'actuel gouvernement. Est-ce que vous faites toujours partie, vous, Édouard Philippe, de cette majorité présidentielle ? On ne peut plus présenter les choses comme ça. Il n'y a plus de majorité présidentielle. Depuis 2022,

41:14
Invité

il n'y a plus de majorité présidentielle.

41:15
Présentateur

On va dire du groupe centriste macroniste. Est-ce que vous êtes toujours tous ensemble ?

41:18
Invité

Il y a des membres d'Horizon qui sont membres du gouvernement et je les salue. Et nous sommes favorables à la stabilité parce que c'est ce que les Français demandent et parce qu'on en a besoin. Est-ce que ça doit interdire d'être critique ? Non, je ne crois pas. On soutient ce qui va bien. On dit quand ça va moins bien et surtout ce qu'on critique, ce n'est pas le gouvernement. C'est la situation politique dans laquelle on est, qui est une situation d'immobilisme. Beaucoup de partis politiques en portent la responsabilité. Moi, quand je vis au Parlement européen, personne n'a la majorité tout seul. Et on avance quand même. Et je déplore que depuis 2022, ça soit si difficile.

41:54
Locuteur non identifié

Vous visz qui ?

41:56
Invité

Beaucoup de partis politiques. D'accord. Pourquoi en 2022, les LR n'ont pas rejoint le gouvernement ? C'est pas une précision ! Pourquoi en 2022, les LR n'ont pas rejoint le gouvernement et l'ont rejoint après ?

42:04
Présentateur

Merci beaucoup, Nathalie Loiseau. L'émission se poursuit. Évidemment, vous restez avec nous et il est temps d'accueillir notre second invité pour le livre de la semaine. France Inter Question politique Karine Bécard Bonjour Frédéric Charillon. Bonjour. Merci de nous avoir rejoints sur le plateau de questions politiques. Vous enseignez à Sciences Po Paris, à l'ESSEC également. Vous intervenez aussi dans plusieurs grandes universités étrangères. Et je précise que vous avez cofondé l'Institut, voilà la raison de ma langue qui fourche, de recherche stratégique de l'école militaire.

et vous êtes l'auteur d'un livre qui ne pouvait pas mieux tomber, j'ai envie de dire, Géopolitique de l'intimidation. Vous expliquez que les stratégies viriles que l'on observe à peu près tous les jours aujourd'hui sont devenues la norme, nouvelle ère dans nos relations internationales, une nouvelle ère à laquelle n'étaient pas du tout préparées nos démocraties libérales qui se font donc sévèrement attaquer.

Frédéric Charillon, ce que l'on est en train de vivre avec Donald Trump en particulier et avec Vladimir Poutine, cette tension extrême, cette violence dans les mots, dans les actes aussi, cela n'a rien de nouveau en réalité dans les relations internationales et c'est ce que vous expliquez aussi dans votre livre.

43:18
Locuteur non identifié

Ça a toujours été brutal les relations internationales, évidemment.

On se souvient d'épisodes alors d'abord avant la guerre froide bien évidemment mais même pendant la guerre froide il y a eu des tensions, il y a eu des pressions de part et d'autre mais là ce qui est frappant c'est quand même que les espoirs que nous avions dans les années 90 d'arriver à un monde onusien, certains disaient onusien en tout cas avec du multilatéralisme, avec du dialogue, avec de la négociation plutôt calme et du gagnant-gagnant tout ça semble s'être envolé et c'est ça qui est très inquiétant aujourd'hui et c'est à ça que nous n'étions pas prêts surtout nous Européens qui avons cru peut-être un peu trop vite que ça y est les relations internationales allaient pouvoir être beaucoup plus consensuelles.

43:56
Présentateur

Voilà qu'avec de bonnes règles on allait tous réussir à peu près à 100%.

43:58
Locuteur non identifié

On avait cru après le début des années 90 que la Russie dialoguait avec nous que nous allions donc pouvoir nous entendre avec elle on avait l'espoir d'un processus de paix au Proche-Orient la poignée de main à Rafat Rabin à Washington le 13 septembre 1993 on avait tous ces espoirs il ne reste rien de tout ça et c'est assez d'ailleurs impressionnant de voir à quel point il ne reste presque rien.

44:18
Présentateur

De qui est-ce qu'il faut se plus se méfier ? De Poutine le fort ou de Trump le fou ? Fou, fort, faible je précise que ce sont des termes que vous utilisez précisément dans votre livre donc qui est le plus dangereux Frédéric Jérion ?

44:32
Locuteur non identifié

Alors le plus dangereux aujourd'hui parce qu'il y a eu cette invasion de l'Ukraine c'est évidemment Vladimir Poutine puisque géographiquement pour nous Européens c'est évidemment la priorité du moment ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autres dangers ailleurs dans le monde mais pour nous Européens notre attention est focalisée là-dessus mais à partir du moment où pour nous protéger de cette menace-là nous étions extrêmement dépendants des Etats-Unis évidemment les deux dangers sont liés ils sont on va dire presque aussi dangereux l'un que d'autre surtout que le second reprend maintenant pratiquement totalement la rhétorique du premier.

45:01
Présentateur

Est-ce que l'intimidation qu'on observe qu'on peut même découvrir pour certains d'entre nous peut aller encore plus loin que ce qu'on observe aujourd'hui est-ce que ça peut encore plus fort est-ce que l'intimidation peut être encore plus dure que celle qu'on vit ?

45:15
Locuteur non identifié

Oui parce que contrairement à l'influence qui consiste à essayer de faire en sorte que l'autre soit acquis à notre cause et à le pousser à adopter notre rhétorique l'intimidation menace c'est une sorte d'incitation négative c'est-à-dire gare à vous si vous ne faites pas ce que je veux et pour être crédible l'intimidation elle a besoin de temps en temps de faire la démonstration de sa crédibilité et donc elle a besoin de passer à l'acte c'est ça qui est très dangereux

45:42
Présentateur

Il faut monter d'un ton tout le temps ?

45:43
Locuteur non identifié

Il faut monter d'un ton il faut montrer que nous sommes capables effectivement d'agir et c'est là où on a des craintes parce qu'on peut avoir un Donald Trump qui va menacer tous les jours de nouveaux droits de douane mais à un moment il va vraiment le faire et il le fait d'ailleurs et ou alors de lâcher vraiment un pays ou un allié pour montrer qu'il est crédible c'est ça qui est dangereux cette intimidation elle va pousser à l'action violente Françoise Qu'est-ce qui fondamentalement a poussé à ce durcissement très fort des relations internationales et de cette montée de régimes autoritaires ?

D'abord il y a probablement l'échec d'un certain de processus diplomatiques le Proche-Orient on n'a peut-être pas vu non plus monter ce qu'on appelle aujourd'hui les hommes forts et la demande à laquelle ils répondaient on les a vus monter on n'a pas pensé que ça irait aussi loin aujourd'hui vous avez une série de personnalités Poutine évidemment est un exemple mais on a vu le changement de rhétorique à partir des années 2010 en Chine et plus encore avec l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping on le voit avec le succès de Donald Trump aux Etats-Unis c'est-à-dire des gens qui tablent sur le fait que comme justement tout a été essayé pour régler un certain nombre de situations et que ces situations n'ont pas été réglées ils arrivent en disant ils jouent presque sur du velours en disant regardez rien n'a marché c'est ce que dit Trump à propos du Proche-Orient c'est ce qu'il dit moi ça va filer d'où et ça évidemment c'est probablement l'élément le plus fort qui donne ce durcissement des relations internationales

47:01
Présentateur

je vais donner la parole à Nathalie Loiseau qui la réclame elle a raison juste est-ce qu'on met aussi dans les intimidants Erdogan Netanyahou c'est quoi la liste peut-être pas complète

47:14
Locuteur non identifié

elle est vaste mais oui bien sûr il y a aujourd'hui il y a une stratégie l'intimidation c'est une stratégie c'est une façon de dire je vais ringardiser tous ceux qui pendant des années croyaient au dialogue qui croyaient au consensus qui croyaient à la négociation c'est d'ailleurs très dangereux pour nous Européens parce qu'on a toujours cru dans tout ça le multilatéralisme la gouvernance globale etc et c'est une façon de dire ce sont des losers voilà débarrassez-nous de cela vous allez voir maintenant on passe à l'action

47:43
Présentateur

alors interrogeons la loseuse pardonnez-moi les losers vous répondez quoi

47:47
Invité

moi je voudrais compléter ce que dit très justement Frédéric Charillon par autre chose c'est qu'en fait tous ces autoritaires la démocratie leur fait peur ils ont absolument besoin d'essayer de discréditer la démocratie on le voit avec Erdogan on le voit qu'est-ce qui se passe s'il perd les élections Erdogan il part en prison qu'est-ce qui se passe si Netanyahou quitte le pouvoir il part en prison pourquoi Poutine s'en est pris à l'Ukraine à un moment où l'Ukraine n'était pas dans l'OTAN ne menaçait pas du tout la Russie parce que l'Ukraine était devenue démocratique et luttée contre la corruption donc montrer un modèle qui expliquait aux Russes qu'on pouvait faire autrement pourquoi est-ce que la Chine s'en prend à Taïwan parce qu'il n'y a pas plus chinois sur le plan de la civilisation que les Taïwanais mais ils sont libres et prospères et démocratiques et il faut absolument essayer d'abattre ça parce que vous avez simplement des hommes qui ont peur de perdre leur pouvoir personnel et Trump n'oubliait jamais que c'est l'homme qui a contesté sa défaite face à Biden qui a laissé faire l'assaut du Capitole et il déteste la démocratie libérale donc de ce point de vue là il se retrouve avec ces autoritaires là parce que la démocratie libérale aussi fragile aussi on voit toutes nos fragilités parce qu'on les voit au grand jour parce qu'on ne réprime personne et que nos débats à 27 se font devant les micros mais cette démocratie elle fait peur aux autoritaires

49:12
Locuteur non identifié

oui il y a une ça fait peur aux autoritaires mais en même temps hélas il y a une demande d'autoritarisme auprès des populations

49:18
Invité

regardez les manifestants à Istanbul cette demande enfin le député l'essayer c'est le regretter est-ce que finalement l'essayer c'est le regretter

49:26
Locuteur non identifié

est-ce que finalement on n'a pas sous-estimé le nationalisme la fierté d'appartenir à un peuple qui peut se traduire dans l'expression et dans les décisions par une forme de pouvoir dictatorial ou du moins de pouvoir pas vraiment démocratique quand on voit les sondages auprès des jeunes ils disent que finalement la démocratie c'est sympa mais enfin que si on veut que ça marche c'est peut-être aussi bien d'avoir un gouvernement plus dur est-ce que c'est pas une espèce de notre rêve de tout le monde aime tout le monde et tout le monde ressemble à tout le monde et que quand on voit en Russie mais même en Ukraine pour se battre ça fondait aussi sur le nationalisme la fierté d'être russe chinois turc tout ce que vous voulez ça ça a toujours existé ça ne pré-destine pas forcément à l'autoritarisme à la fin de chaque guerre on a cru que ça c'était terminé alors que c'est jamais terminé vous avez raison un peu sociétal qui croit qui le fait aussi des réseaux sociaux mais qui est lié aussi peut-être à une frustration d'une partie de la population par rapport à des problèmes je crois qu'il faut aussi regarder les failles d'un certain nombre de systèmes démocratiques qui n'ont pas réglé un certain nombre de problèmes il faut critiquer il faut condamner évidemment il faut lutter contre cet autoritarisme qui monte et cette intimidation qui monte mais il faut aussi le faire en essayant de régler un certain nombre de problèmes et se poser la question pourquoi est-ce qu'il a du succès on a des chaînes de télévision qu'un démocrate libéral regarde avec effarement mais il faut quand même aussi se poser la question c'est pourquoi ça marche parce que ça marche c'est quoi les solutions pour lutter contre ce durcissement du monde et cette montée à la fois de l'impérialisme de l'autoritarisme est-ce qu'on est outillé encore pour le faire on a encore de l'espoir on a une accélération on voit bien en Europe c'est en train de s'accélérer donc l'espoir n'est pas perdu je pense qu'il y a beaucoup de gens dans le monde qui luttent contre ça et je pense qu'il faut faire alliance avec ces populations il faut les aider il faut prendre contact il ne faut pas se gêner après tout on a des régimes autoritaires extérieurs qui ne se sont pas privés de soutenir des partis extrêmement autoritaires des fractions extrêmement autoritaires ne nous gênons pas pour nous rapprocher nous de ceux qui luttent contre la démocratie libérale

51:22
Présentateur

c'est votre conseil c'est-à-dire comment réagir face à l'intimidation finalement il faut utiliser ce sont les sociétés

51:27
Locuteur non identifié

qui résistent le plus à l'intimidation les sociétés ne se laissent pas faire regardez les gens qui manifestent dans la rue en Turquie aujourd'hui on peut parler des femmes iraniennes on peut parler de tas d'exemples ce sont les sociétés regardez même au Canada c'était très intéressant quand il y a eu ce début de clash avec Donald Trump qui appelait Trudeau le gouverneur Trudeau le premier ministre canadien a essayé de calmer le jeu je vais parler à Donald Trump ça va bien se passer ce sont les canadiens qui ont dit ah non on va résister donc c'est là je crois qu'il y a la vraie résistance à l'intimidation c'est au sein des sociétés

51:57
Présentateur

mais la question je pense que beaucoup de gens se posent en ce moment et notamment vis-à-vis de Trump c'est pourquoi personne n'ose s'opposer à lui malgré tout là on ne va pas passer par la société civile Trump il déborde en permanence et on a le sentiment qu'il n'y a personne qui ose frontalement s'y opposer aux Etats-Unis Donald Trump

52:15
Locuteur non identifié

d'abord il y a quand même des résistances qui mangent j'ai vu une vidéo d'un sénateur qui très tranquillement posait la question à la porte-parole de la Maison Blanche en disant voilà j'ai une question est-ce que Donald Trump est un agent russe c'est une question qu'on n'a pas l'habitude dans la classe politique américaine on a dit qu'il y avait une trêve de trois mois après l'élection elle est solide la trêve il y a deux sénateurs qui se sont excités

52:36
Invité

et la démocratie américaine est en train d'être abîmée moi je voudrais nous alerter c'est-à-dire qu'un Donald Trump vous le dites très bien il n'y a pas beaucoup de contre-pouvoirs qui s'expriment aujourd'hui même la justice il est prêt à passer outre les décisions de justice alors on le regarde avec effarement mais c'est pas un spectacle ça doit nous servir nous de leçon parce que si la démocratie américaine est comme ça minée de l'intérieur protégeons la nôtre aujourd'hui

53:04
Locuteur non identifié

et soutenons le démocrate américain

53:06
Invité

et soutenons ceux qui sont pour la démocratie aux Etats-Unis qui sont parfois des républicains mais nous mais attention aussi regardez aujourd'hui l'extrême droite en Europe c'est un canard sans tête regardez Mme Le Pen qui a soutenu M. Poutine maintenant elle veut dire qu'elle le soutient moins mais enfin elle ne s'en éloigne pas tant que ça regardez l'extrême droite qui a passé son temps à dire que M. Trump c'était formidable mais de quoi ils ont l'air ? si vous voulez savoir ce que c'est que l'extrême droite il faut que je dise le dernier mot regardez

53:35
Présentateur

il faut que je donne le dernier mot à Frédéric Charillon qu'est-ce qui peut se passer aux Etats-Unis ?

53:41
Locuteur non identifié

je pense que les ténors vont commencer à revenir sur le ring si je puis dire notamment sur le domaine économique je pense qu'il va y avoir des conséquences à ce que est en train de faire Donald Trump des conséquences économiques lourdes y compris pour l'industrie américaine ça ne sera pas par l'idéologie ça ne sera pas par nécessité souvent aux Etats-Unis c'est-à-dire regarder les résultats et je pense qu'à ce moment-là on verra les ténors revenir en piste c'est peut-être un vœu pieux espérons que ça sera vraiment le cas

54:03
Présentateur

bon c'est passionnant tout le monde a voulu parler merci infiniment merci à tous les deux merci Frédéric Charillon je vous rappelle le titre de votre livre qui est passionnant géopolitique de l'intimidation c'est facile à lire ça se lit comme un roman c'est sorti aux éditions Odile Jacob merci à vous aussi Nathalie Loiseau et merci encore à toute l'équipe de questions politiques Fabienne Lemoyle à la rédaction en chef à Mori Boucher à la programmation je vous souhaite évidemment une bonne fin de dimanche et je vous dis à dimanche prochain