Sébastien Pla, la crise viticole - Vidéo
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« En fait, avec le réchauffement climatique, les gros coups de chaleur du mois de juin et du mois d'août, les raisins, vous voyez, ils sont touchés par les coups de chaud. »
- 3:22Locuteur 9Chiffre
« Alors cette année, en termes d'évaluation, j'ai perdu 5 tonnes de raisins. »
- 3:31Locuteur 9Chiffre
« Ça fait à peu près 20 000 euros de perte sur le domaine. »
- 6:10Locuteur 9Chiffre
« Si dans l'Hexagone, la viticulture représente près de 400 000 emplois directs et indirects. »
- 6:37Locuteur 9Chiffre
« Il faut savoir que ça pèse 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires globalement. »
- 7:03PrésentateurChiffre
« Dans l'Aude, 17 000 hectares sont partis en fumée. »
- 10:14PrésentateurChiffre
« Dans l'Aude, 5000 hectares ont été arrachés. »
Temps de parole
- Locuteur 931 %
- Présentateur22 %
- Locuteur 812 %
- Locuteur 58 %
- ?7 %
- Locuteur 77 %
- Locuteur 45 %
- Locuteur 34 %
- Locuteur 13 %
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Nous sommes au cœur du pays cathare, non loin des Pyrénées.
Une
forteresse imposante, une vue à couper le souffle. Bienvenue au château de Père Pertuse, dans la terre de cœur du sénateur de l'Aude.
Sébastien Plat, 48 ans.
Je
suis né pas très loin d'ici, en Arbonne. Je suis vigneron au domaine de Château-Père Pertuse.
Je
suis la 7e génération, mon fils la 8e. L'objectif c
'est
de garder les pieds sur terre et de temps en temps témoigner à Paris de ce qui se passe en province pour pouvoir, à travers la loi et à travers le travail que l'on mène au Sénat, apporter la voix de celles et ceux que l
'on
n'entend pas et qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer.
Je
me suis retrouvé maire d'un magnifique village de Duyac-Soup-Peyre-Pertuse et de ce super château à l'âge de 23 ans. Et ma conscience, l'engagement personnel pour les autres m'ont amené progressivement à franchir les échelons. J'étais conseiller général, puis conseiller régional. Et plus récemment, il y
a
5 ans, sénateur du département de l'Aude.
Pour Sébastien Plat, la vigne est une histoire de famille. Il a repris le domaine de son grand-père. Désormais, il partage son activité avec son fils.
La
viticulture est présente ici depuis l'Antiquité. Donc quelque part, c'est notre ADN. Et je suis engagé pour continuer à la faire vivre, à la soutenir, parce que ça fait partie de nos racines et c'est un territoire et un terroir de très grande qualité et qui permet de générer de l'économie partout puisque la viticulture est présente sur tous les territoires.
Allez,
c'est bon là
? Super.
Aujourd'hui, c'est un tas idéal.
Mais
depuis quelques années, les aléas climatiques mettent le moral des viticulteurs à rude épreuve.
Tu descends, il y en a un qui descend là, l'autre, et l'autre, il passe là-bas.
Dans
l'Aude, après des sécheresses à répétition, les rendements sont de plus en plus faibles. A l'heure des vendanges, Sébastien Plat constate les dégâts d'un été particulièrement aride sur ses raisins.
En fait, avec le réchauffement climatique, les gros coups de chaleur du mois de juin et du mois d'août, les raisins, vous voyez, ils sont touchés par
les
coups de chaud.
Donc
ils ne grossissent pas et ils sèchent.
Voilà.
Et ça, ça touche tout le pourtour méditerranéen depuis quelques années. Après, la vigne, elle souffre aussi de la sécheresse, on le voit. Ça, les feuilles sèchent comme ça, c'est lié à la sécheresse. C'est un phénomène que l'on ne voyait pas ces dernières années. Donc ça avait les gros coups de chaleur.
En
fait, l'intensité de la chaleur est tellement forte
que
la vigne est carrément sèche.
Aux
aléas climatiques s'ajoutent les ravages d'ennuisibles, un fléau pour les viticulteurs.
La sécheresse, le fait qu
'il
n
'y ait
pas d'eau, en fait, les sangliers rentrent, pètent le grillage, rentrent dans les vignes pour manger
les
raisins. Et c'est assez désespérant pour les viticulteurs parce que vous avez travaillé toute l'année. Vous êtes passé à travers les conditions météo, à travers les maladies, vous avez une belle récolte. Et puis au dernier moment, vous constatez que les sangliers
mangent
les raisins. Alors cette année, en termes d'évaluation, j'ai perdu 5 tonnes de raisins.
Donc
ce qui est colossal, 5 tonnes de raisins, ça fait une trentaine d'hectolitres de vin.
Ça
fait à peu près 20 000 euros de perte sur le domaine.
Confronté à une crise inédite par son ampleur, la filière viticole tente de s'adapter.
Sur
le domaine de Sébastien Plat, on mise sur des cépages plus robustes, issus d'Italie et d'Espagne, comme l'explique son fils Axel.
On
s'est battu pour récupérer les dernières vignes de blanc qu'il y avait dans le pays parce qu'on n'en avait pas. Et on a planté 2 hectares cette année d'un cépage espagnol de Galice. Des cépages qui sont adaptés ici et en plus, le cépage espagnol, oui, qui sont résistants quand même aux fortes chaleurs.
Jeune agriculteur, Axel Plat croit à l'avenir de la viticulture dans l'Aude, mais n'exclut pas d'autres cultures.
Avec
l'état actuel, ça fait réfléchir à faire autre chose. Il y a d'autres, comment dire, comme les amandiers, ça s'adapte très bien ici. Les oliviers aussi, même peut-être faire de la lavande comme ils font en Provence. Ça peut être intéressant, c'est toujours des idées qu'on garde dans la tête au cas où, si vraiment, il
y
a des années extrêmes et qu'on ne s'en sort plus. Mais actuellement, nous, notre objectif,
c
'est surtout se baser sur de nouveaux blancs un peu exotiques qui s'adaptent bien aux coins et développer un gros marché de blancs qui a complètement disparu ici dans les corbières. Là, ça a commencé à presser, du coup, il va falloir peut-être pomper.
C'est ici que se construit l'agriculture de demain, parce que le réchauffement climatique, ça va continuer. Des incendies, il n
'y
en a pas que sur le porto méditerranéen, il y en a en Bretagne aussi aujourd'hui. Donc ce qui se passe ici, il faut que ce soit vraiment un laboratoire pour éviter que demain, ce soit l'intégralité du pays qui soit impacté.
Membre de la mission d'information du Sénat sur l'avenir de la viticulture, Sébastien Plat veut apporter des solutions à la filière. Entre l'effondrement de la consommation, la hausse des coûts de production et les aléas climatiques, les viticulteurs sont pris à la gorge.
On
est au creux de la vague, vraiment au plus profond. On ne voit pas d'avenir. Et
tout
le monde est
convaincu. Il
faut réduire les surfaces, il
faut
réduire les volumes. C'est plus adapté. Donc ça passera par de l'arrachage, par de la distillation. Et puis après, ça veut dire des structures comme la nôtre,
on
va perdre, comme en
tout
cas,
le
coopératif, on va perdre des volumes.
Et
donc,
comment
on va tourner ? Il va falloir se réorganiser avec des plans sociaux, tous les amortissements qu'on a, comment on va faire, les investissements.
Si
dans l'Hexagone, la viticulture représente près de 400 000 emplois directs et indirects, en Languedoc-Roussillon, la récolte est en constante baisse,
moins
15% en 5 ans.
La
question, en fait, c'est le revenu et la valorisation. C'est ça qui ressort. C'est
une
mission d'information pour prétention, simplement, de faire un diagnostic très clair et très lucide de la situation de la filière en France. Parce que la viticulture est un des secteurs économiques majeurs pour le pays. Il faut savoir que ça pèse 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires globalement. Et elle contribue à l'excédent de la balance commerciale. La viticulture française, aujourd'hui, est à la croix des des chemins. Des crises, il y en a eu tout le temps, tout au long de l'histoire. Mais celle-ci, elle est polie, plurifactorielle. Et donc, elle n'a jamais été aussi grave.
Un
secteur en crise, dans un département qui a connu en août un méga-feu, le plus vaste incendie en France depuis 1949.
Dans
l'Aude, 17 000 hectares sont partis en fumée.
C
'est un désastre.
Tout
est détruit. Tout est calciné. On va voir le maire de Coustouge, Paul Berthier, qui est un jeune maire, l'un des plus jeunes maires du département. Qui est aussi vigneron
et
qui a tout perdu.
A
la fois ses vignes, mais aussi son village, sa commune a été totalement détruite par l'incendie. Même les vignes n'ont pas réussi à arrêter le feu tellement qu'il était d'une puissance incroyable.
Tout
est détruit. Les habitations sont détruites.
Un
paysage lunaire.
A Coustouge, le maire est encore sous le choc.
Tout
a brûlé autour du village.
C
'est assez bon.
Ben ouais. Ça
fait... Ça
remue les tripes à chaque fois. Ben oui, si.
Ouais,
c
'est
dur. C'est encore dur. Ce sera dur. Hier, il y avait un beau chantier bénévole à 35 bûcherons. Nettoyé, déboussaillé, broyé, des arbres calcinés.
La
mairie de Luc nous a fait la logistique, une paillée.
Enfin,
non, non, mais il y a des choses belles qui s'organisent malgré ce drame. C'est ça les gormires.
C
'est ça les gormires. T'as tout dit.
Voilà,
c'est une maison que j'ai fait évacuer parce que le pompier ici m'a dit, faites-les évacuer. Et là, tu vois, on voit bien que les vignes ont vraiment fait par feu pour protéger ces maisons.
Voilà,
une vigne qui s'est sacrifiée, une vigne où il y avait des raisins, une vigne où c'était entretenu. Et on voit sur quelques pieds après, l'intensité de la sève a fait écran à ce feu et a permis de sauver, en l'occurrence ici, un caveau familial. Et ensuite, après, le village. Donc voilà.
Pour
ce maire, lui-même viticulteur, c'est le coup de grâce.
Paul
Berthier a perdu ses 6 hectares de vignes.
Il
songe à arrêter.
Ça
fait 3 hivers qu'il ne pleut pas ici. 3 hivers.
Au
village,
on
a nos sources qui se sont taries. Là, c'est plus un climat des Méditerranéens. On est en climat semi-aride. Voilà, les raisins qui auraient pu être vinifiés. Donc là, bien sûr, ça se passe de commentaire. C'est invinifiable. C'est invinifiable. Et plus loin, ce sont des raisins qui sont trop fumés pour pouvoir les vinifier.
Ce
drame
qui
nous a touchés, j'aimerais qu'il puisse servir pour les autres territoires.
Parce
qu'on s'est rendu compte que personne n'est préparé à vivre un incendie d'une telle ampleur. Les pompiers n'avaient jamais vu ça. Cette violence, cette soudaineté, cette vitesse.
Donc
je crois que personne n'était préparé.
À
la cave coopérative de Talleyrand, Sébastien Plat retrouve Ludovicrou, président de la chambre d'agriculture de l'Aude.
Salut,
Ludo. Merci de venir nous voir. Il
pointe du doigt les vignes laissées en friche.
Dans
l'Aude, 5000 hectares ont été arrachés, ce qui a favorisé la propagation des flammes.
Comme on est dans une zone où il y a des terres qui sont peu fertiles, et où il y a peu de pluie, finalement, quand les terres sont abandonnées par la viticulture, elles sont abandonnées tout court. Donc de l'enfrichement. Et là, on n'est pas dans des forêts domaniales du nord de la France. On est dans de la forêt méditerranéenne. Donc c'est des allumettes à ciel ouvert. Et c'est ça qu'on appelle la déprise agricole. Et donc dès qu'il
y a
un feu, toutes ces friches s'enflamment. Et donc là où avant, l'agriculture a finalement cloisonné les massifs et protégé les villages, aujourd'hui, le feu passe d'un massif à l'autre, traverse des villages, et il arrive ce qu'il est arrivé. Il faut absolument que tout le monde se retrousse les manches pour qu
'il
y ait un changement de paradigme. Ça fait 40 ans qu'on est dans la déprise agricole et viticole dans ce territoire. Aujourd'hui, on arrive au bout. Soit il
y a
un changement profond qui se fait, soit c'est un territoire qui va se désertifier dans tous les sens du terme. Si c'est le schéma qui se met en place, le prochain méga-feu est en route.
Bonjour,
ça va ? Bonjour, monsieur le sénateur. Bienvenue au
château de Sainte
-Eutrope.
À
quelques kilomètres de là, Sébastien Plas se rend au domaine Saint-Eutrope. Cette année, les cuves restent vides. Dans la famille Verdal, vignerons depuis cinq générations, on n
'a
jamais vu ça.
C
'est inédit, quoi. Un méga-feu
est
inédit parce qu'on ne va pas rentrer un kilo de raisin au château de Sainte-Eutrope. C'est du jamais vu.
C
'est difficile. C'est difficile moralement et
on
se pose de sérieuses questions pour l'avenir, tout simplement, parce qu'il ne
faut
pas se leurrer. Une année sans récolte, c'est une année sans commerce et sans commerce, sans rentrée de chiffre d'affaires. Quelle entreprise peut se relever de ça
? Donc
celle-là, peut-être on la fera lundi.
Dans
la famille Malric, on est viticulteur de père en fils. Mathieu diversifie son activité en parallèle du travail de la vigne, incertain et peu rentable. Fraîchement installé, il a investi dans un cheptel de 50 brebis et dans des panneaux solaires.
Hop là ! Allez, mon gars
!
De
l
'invitation, qu'est-ce qu
'il y a
?
De
l'octobre-novembre jusqu'à quasiment en mars. Elles sont uniquement dans les vignes, chez moi et chez des collègues.
Et
en fait, ça me permet d'un déjà de nettoyer cette herbe. En plus, ça fait un peu de fumure. En ce moment, surtout vu le climat qu'on a, avoir une culture unique, ça peut marcher, mais c'est quand même, je trouve, beaucoup plus dangereux. Moi, j'ai préféré un peu diversifier, avoir une partie viticulture, une partie levage. J'ai même une partie solaire parce que j'ai fait mon hangar et j'ai financé les panneaux. Donc, l'un dans l'autre, avoir les deux, ça permet de jongler un petit peu.
Se diversifier, c'est l'une des pistes empruntées par certains vignerons pour faire face aux aléas climatiques.
Mais
pour Sébastien Plat, l'avenir de la viticulture passe avant tout par un soutien de l'État et une meilleure répartition des aides.
pulls
me
out
into the
my
toe
dangle.