Elections européennes, Gaza, Ukraine... Nathalie Loiseau est l'invitée du 3 mai 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour Nathalie Loiseau. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Ce devait être aujourd'hui et puis finalement, ce sera sans doute demain que l'on connaîtra la composition complète de la liste conduite par Valérie Ayet au nom de la majorité présidentielle. Pourquoi déjà ça prend autant de temps ? Et puis il y a cinq ans, vous étiez, vous, à la tête de cette liste. Vous pouvez nous dire peut-être ce matin si vous y serez à nouveau, pas en tête, mais dans les places éligibles. Pourquoi ça prend autant de temps ?
C'est ce qu'on appelle l'embarras du choix. Quand il y a beaucoup de sortants de qualité qui méritent de rester et quand il y a des gens qui veulent venir sur la liste parce que nous avons rendu ce mandat attractif, c'est un peu faire rentrer un édredon dans une valise. Mais plus qu'un dodo, comme on dit aux enfants, plus qu'une nuit, la liste sera annoncée demain. Et j'attendrai que les autres sortants soient informés avant de dire si je suis ici, si je n'y suis pas. Allez, un tout petit peu de patience.
J'ai l'impression, d'après ce que vous me dites, que vous serez sans doute en position éligible. Vous avez porté, donc je le répète, les couleurs. Vous étiez numéro un de cette liste en 2019. 22,42%. Je rappelle votre score. On en est très loin aujourd'hui lorsqu'on voit les enquêtes d'opinion. Quel conseil vous donneriez à Valérie Ayet ? On l'a vu hier en face-à-face avec Jordan Bardella. Qu'est-ce qui manque aujourd'hui pour passer de 16, 17 selon les opinions, ou 18 parfois, à 22 comme vous l'aviez obtenu il y a 5 ans ?
C'était une belle campagne et je suis convaincue que la campagne de Valérie Ayet commence maintenant et que ça va être une belle campagne. Je suis convaincue que les Français avaient la tête ailleurs. J'ai trouvé hier dans le débat Valérie Ayet articulée, solide, convaincante et convaincue. Face à elle, on avait un Jordan Bardella à la fois suffisant et insuffisant. On a vu qu'il était très crispé, qu'il était très mal à l'aise et que derrière les éléments de langage, il y avait beaucoup d'agressivité.
Donc je trouve que Valérie Ayet est parfaitement à sa place et je pense qu'on n'a pas suffisamment dit ce que nous avons fait depuis 5 ans pour les Français, ce que nous avons envie de faire pour les Français, à un moment où le président de la République l'a dit, l'Europe est en danger. Alors ça peut être considéré comme anxiogène, c'est lucide. Le président n'est pas un eurobéat.
Vous avez une expérience politique assez longue. Comment on rattrape un tel écart si, même à la marge, le scrutin du 9 juin confirme les enquêtes d'opinion qu'on voit aujourd'hui ? Est-ce que ça ne donne pas quand même une coloration politique très particulière ? Est-ce que Jordan Bardella n'est pas légitime à dire que finalement ça mériterait une dissolution si son parti fait deux fois plus que le vôtre ?
Et Jordan Bardella, il passe son temps à changer la conversation. Là on parle des européennes, on parle d'une élection à un tour, à la proportionnelle pour envoyer des députés au Parlement européen, un endroit que lui-même n'a pas beaucoup fréquenté depuis 5 ans.
Mais les électeurs vont voter pour des considérations nationales. C'est Frédéric Dhabi qui l'a rappelé tout à l'heure.
Non, pas forcément. C'est une façon de dire aussi ce qu'on pense d'Emmanuel Macron en ce scrutin. Non, c'est ce qui arrangerait Jordan Bardella. Il n'a pas de bilan, il n'a pas de projet, donc il veut en faire un référendum anti-Macron. Il veut en faire une espèce de coalition des mécontentements. Nous, nous avons des choses à dire, des choses à raconter sur ce que nous avons fait, pas lui. Nous, nous sommes cohérents, il a été incohérent. Et nous disons aux Français, vous avez bénéficié de beaucoup de choses grâce à ce que nous avons fait dans l'Union européenne.
Les vaccins anti-Covid, le plan de relance, la transformation écologique de l'Europe, ça n'aurait pas été possible avec des gens comme Jordan Bardella. Alors, n'y renoncez pas. Moi, ce que j'ai envie de dire, c'est aux gens qui se disent que le 9 juin, ils feront peut-être un barbecue. C'est important pour eux, pour leurs enfants. Ceux qui sont tentés par d'autres... Je ne vais pas aller chercher les électeurs de Jordan Bardella.
Glucksmann, par exemple, les électeurs de centre-gauche, aujourd'hui, qui ont voté en leur temps pour Emmanuel Macron. Eh bien, aujourd'hui, beaucoup d'entre eux choisiraient, choisiront peut-être Raphaël Glucksmann, qui n'est plus très loin dans les sondages de la liste de Valérie Ayier.
Moi, je dirais aux Français, à quoi sert Raphaël Glucksmann ? Si c'est pour faire l'union de la gauche, ce qui lui est arrivé de désolant, le 1er mai, où il a été pris à partie, montre que c'est raté. Il n'y aura pas de l'union de la gauche autour de Raphaël Glucksmann. Si c'est pour peser au Parlement européen, c'est raté aussi. Il a été contre le plan de relance. Il a été contre le pacte à la immigration. Il a été contre la lutte contre la pédocriminalité en ligne. Il est absent à tous les grands rendez-vous qui comptent...
Il s'en défend. Il n'est pas là ce matin pour vous répondre, mais tout ce que vous venez de dire, notamment sur le dernier argument...
Mais il se trouve que c'est vrai. Il se trouve qu'il s'est trompé, y compris au sein de son groupe. Il est isolé, il ne pèse pas. C'est un influenceur sans influence. C'est quelqu'un de très sympathique, pour qui j'ai beaucoup de sympathie, mais il ne pèse pas, il ne sert à rien dans cette histoire.
Est-ce qu'Emmanuel Macron, lui, il vous rend service lorsqu'il dit que l'Europe est mortelle ? Il l'a redit dans l'interview The Economist. On a connu des perspectives plus encourageantes. Et puis lorsqu'il redit qu'il ne faut pas exclure l'envoi de troupes au sol en Ukraine, alors qu'on sait que les pays européens ne sont pas d'accord avec cette thèse et que les Français n'y adhèrent pas du tout.
Emmanuel Macron ne prend pas les Français pour des imbéciles. Quand il leur dit que l'Europe est mortelle, les Français le savent. Ils savent que nous sommes menacés, que nous sommes attaqués de l'extérieur et de l'intérieur. En ce moment, on n'a jamais vu autant de désinformation, on n'a jamais vu autant d'ingérence au sein de nos démocraties. Et donc, il vaut mieux être euro-lucide. Le reste de sa phrase aussi, c'est l'Europe est mortelle. Ça ne dépend que de nous. C'est-à-dire que c'est notre choix. On ne peut plus être les rentiers de la paix, de l'Europe et de la démocratie. Il faut se battre pour la paix, pour l'Europe et pour la démocratie.
Sur l'Ukraine, il rappelle que c'est une priorité, que si la Russie gagne en Ukraine, elle ne s'arrêtera pas là, que c'est la sécurité de toute l'Europe qui est en danger. Ensuite, quand il parle d'envoyer des hommes en Ukraine, il dit que si le front s'effondre, si Volodymyr Zelensky nous le demande, on ne peut pas l'exclure. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'on va arrêter de faire plaisir à Vladimir Poutine en se plaçant nous-mêmes des limites tous les jours, ce qui permet à Poutine de faire ses plans de bataille.
Donc, il a raison d'agiter à nouveau cette menace ou ce scénario. Il a raison de mettre en difficulté Vladimir Poutine qui ne sait pas ce qu'il aura en face de lui. D'un conflit à l'autre, la guerre à Gaza suscite toujours des mouvements très forts dans les universités américaines, mais aussi en France, avec le cas emblématique de Sciences Po à Paris. On l'entendait dans le journal de 7h30, Sciences Po qui va garder ses portes fermées aujourd'hui. Alors, pourquoi je vous pose cette question ? Parce que vous, Madame Moiseau, vous avez dirigé une grande école, vous avez présidé l'ENA, excusez du peu. Et donc, que feriez-vous aujourd'hui si vous étiez à la place des dirigeants de Sciences Po ?
Est-ce que le débat sur Gaza n'a pas sa place dans une université, dans un endroit où viennent des étudiants ?
Tous les débats ont leur place, tous. Mais est-ce que c'est un débat que de vouloir bloquer ? Que demandent les étudiants de Sciences Po ? Est-ce qu'ils demandent un cessez-le-feu ? En ce moment, c'est le Hamas qui le refuse. Est-ce qu'ils demandent la libération des otages ? Ce matin, un otage israélien que je parrainais, dont j'avais rencontré la famille, on a appris qu'il était mort. Sa femme était morte le 7 octobre. Ses enfants ont été kidnappés. Est-ce que ces étudiants demandent la libération des otages ? Malheureusement pas.
Ils demandent la fin des partenariats avec certaines institutions israéliennes, qu'ils considèrent coupables d'une politique, c'est eux qui le disent, génocidaire dans la bande de Gaza.
Le camp de la paix, la gauche israélienne, c'est dans les universités qu'on les trouve. Quand j'étais directrice de l'ENA, j'ai créé le premier partenariat avec des jeunes israéliens, dont la plupart n'étaient jamais sortis d'Israël. Ils avaient des préjugés sur l'Europe, sur la France, les avoir fait venir, les avoir fait dialoguer avec des élèves français, avec des élèves venus du monde arabe. Ils en sont sortis l'esprit plus ouvert. On n'arrête jamais ce type de partenariat. Et surtout, ne pas empêcher les examens, parce que c'est une toute petite minorité qui se croit sur les campus américains. Sciences Po a voulu réassembler aux campus américains.
Elle en a pris les pires travers, qui veut empêcher des jeunes de passer leurs examens. Et ça, ça n'est pas admissible.
Merci beaucoup Nathalie Loiseau, députée européenne. Entre les lignes, on en a compris sans doute, candidate sur la liste de Valérie Ayet. Et c'est la suite de Télématins.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Nathalie Loiseau