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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 21 novembre 2024 8 min

Travailler plus pour gagner pareil - Marc Ferracci est l’invité des 4 vérités du jeudi 21 novembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Monsieur le Ministre et merci d'être avec nous en plein débat sur le budget. On va commencer par regarder ce que déclare un de vos collègues du gouvernement, c'est Antoine Armand, le ministre de l'économie. Voilà ce qu'il dit en une du Parisien ce matin, attention à l'impôt de trop, un petit coup de pression sur le Premier ministre pour les arbitrages en ce moment. Est-ce qu'il faut revenir, est-ce que vous êtes d'accord, est-ce qu'il faut revenir sur les efforts demandés aux entreprises dans le projet de budget ?

0:26
Marc Ferracci

Moi je suis tout à fait aligné, tout à fait en soutien avec la position d'Antoine Arnaud. Moi je suis d'autant plus en soutien que c'est une position qui correspond à ce que souhaitent les députés Ensemble pour la République. C'est le groupe dont je suis issu et moi je sais où j'habite, ma légitimité de ministre elle vient de mon groupe politique. Et depuis 2017 vous savez nous avons fait beaucoup d'efforts pour baisser le coût du travail, nous avons augmenté les exonérations de charges sociales. Et ça, ça a contribué massivement à la création d'emplois. On a créé près de 3 millions d'emplois depuis 2017 pour tout un tas de raisons, mais notamment pour celles-là.

Et je pense que dans le contexte c'est très important de trouver des économies ailleurs. Parce que nous avons un objectif d'économie, vous le savez, 60 milliards d'euros. Cet objectif, nous voulons évidemment le tenir. Mais je pense qu'il y a d'autres sources d'économie que celles qui consistent à augmenter le coût du travail sur les entreprises.

1:12
Présentateur

Alors c'est important ce que vous nous dites parce que ça veut dire qu'il y a des divisions au sein du gouvernement. Le ministre du budget était parti sur un projet de 4 milliards demandé aux entreprises. Et vous, vous nous dites aujourd'hui, sans le dire comme ça, non, il faut que cet effort soit plus bas. Il faut descendre jusqu'à combien ? Il faut un effort zéro ? Moi, vous savez, je considère qu'il n'y a pas de division dès lors qu'il y a du dialogue.

1:31
Marc Ferracci

Et puis des semaines, il y a du dialogue entre les députés Ensemble pour la République et Gabriel Attal, entre le ministre de l'Économie Antoine Armand, entre le ministre des Comptes Publics Laurent Saint-Martin. Et au fond, nous avons tous le même objectif. C'est de faire ces économies, mais sans nuire à la compétitivité de nos entreprises, sans nuire aux résultats que nous avons obtenus depuis un certain nombre d'années. Et je pense que ce dialogue, il est fructueux, il est fertile et il va probablement atterrir. Moi, je souhaite qu'à la fin, le coût du travail, au fond, n'augmente pas. Est-ce qu'on arrivera à cet objectif ? Je l'espère.

Mais en tout état de cause, le dialogue, aujourd'hui, il est tout à fait constructif.

2:04
Présentateur

Donc ça veut dire que vous vous appelez à l'annulation de ces 4 milliards de baisse de charges ? S'il est possible de trouver des gages, effectivement, des économies ailleurs, je le souhaite. Est-ce que vous soutenez aussi Patrick Martin quand il dit l'argent, on peut le trouver dans la consommation, plutôt que d'aller le chercher sur le travail ? Et donc, le projet de la TVA sociale, il n'est pas si idiot que ça ?

2:20
Marc Ferracci

Moi, je ne préjuge pas des pistes qui seront trouvées à la fin. J'ai toujours dit que le sujet, dans notre pays, c'était d'augmenter la quantité de travail dans l'année, la quantité de travail à l'échelle d'une vie entière. C'est pour ça que nous avons fait la réforme des retraites. Parce qu'au fond, l'écart de richesse entre nous et d'autres pays s'explique beaucoup par le fait qu'il y a moins de travail en France. Et c'est pour ça que le sujet de l'emploi, le sujet du plein emploi, ça doit rester notre cap et notre objectif.

2:46
Présentateur

Alors, augmenter la quantité de travail, ce n'est pas nouveau. On se souvient du travailler plus pour gagner plus. Mais là, ce qui est en train d'arriver, c'est de travailler plus pour gagner pareil, avec 7h30 proposées par le Sénat, qui seraient travaillés, on travaillerait plus, mais qui ne seraient pas payés. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ou pas ? Parce qu'il semble que Michel Barnier, cette idée le titille.

3:02
Marc Ferracci

Écoutez, moi je trouve que c'est une piste intéressante. J'ai constaté effectivement que les sénateurs avaient voté cette mesure hier soir. Je pense que ça fait partie des pistes de réflexion, justement pour trouver des ressources supplémentaires pour nos comptes publics.

3:17
Présentateur

Alors, on voit le coup de pression que vous mettez sur la discussion budgétaire. Vous, ici, il y a quelques instants, Marc Ferracci et également le ministre de l'économie en ligne du Parisien, on l'a vu. Et si vous le faites, ce n'est sans doute pas complètement par hasard, c'est parce que c'est un peu compliqué, notamment dans votre secteur, le secteur de l'industrie. On voit la lune de la Croix ce matin à la crainte de l'effet domino dans l'industrie.

Il y a eu Michelin, il y a eu Arcelor, qu'on a appris avant-hier, et c'est évidemment en train de prendre de l'ampleur, avec deux projets de fermeture de sites, à Denain et à Reims, pour ce qui concerne Arcelor, 130 emplois qui seraient détruits. Y a-t-il malgré tout, j'imagine que vous avez peut-être parlé aux dirigeants, est-ce qu'il y a un espoir de maintenir ces sites quand même ?

3:55
Marc Ferracci

Vous dire d'abord que dans l'industrie, il y a des entreprises en difficulté, il y a des filières qui sont confrontées à des difficultés. C'est le cas de l'automobile, c'est le cas de la chimie, c'est le cas de la métallurgie. Mais il y a aussi beaucoup de bonnes nouvelles. L'industrie va embaucher 240 000 personnes cette année. Il y a 70 000 emplois qui ne sont pas pourvus. On est dans la semaine de l'industrie pour attirer les jeunes vers l'industrie, parce qu'on a besoin de créer des vocations justement pour recruter. Donc le tableau, il est toujours contrasté. Mais c'est vrai qu'il y a aussi des entreprises en difficulté.

Et face à ces difficultés, la méthode du gouvernement, ma méthode, celle d'Antoine Armand, c'est toujours la même. C'est d'abord d'essayer de trouver des repreneurs pour les sites, lorsque des sites ferment. Trouver des solutions industrielles pour maintenir l'activité. Ça, c'est le premier point.

4:37
Présentateur

Vous pensez qu'il y a un espoir pour Denain et pour Reims ?

4:39
Marc Ferracci

Eh bien, on va discuter évidemment avec l'ensemble des parties prenantes. La méthode ici, ça consiste à aller sur le terrain pour écouter les acteurs, pour voir s'il y a des solutions industrielles. Ça consiste à jouer collectif, parce que les solutions, on les trouve avec les élus, avec les services de l'État, avec les organisations syndicales. On a trouvé...

4:55
Présentateur

Alors il y a eu un appel, pardon, je rebondis juste par rapport à ce que vous dites, parce qu'il y a eu un appel lancé, vous parlez des élus, par le maire de Reims, Arnaud Robinet, que vous connaissez sans doute, qui dit « j'invite Marc Ferracci à venir à Reims pour... »

5:07
Marc Ferracci

Moi, je me rends sur le terrain dès que nécessaire, dès que ma présence est utile. Je suis allé à Cholet, sur le site de Michelin, pour lancer.

5:13
Présentateur

Ça ne s'est pas très bien passé, d'ailleurs.

5:14
Marc Ferracci

Ça s'est passé de manière tout à fait satisfaisante, au sens où j'ai pu discuter avec tout le monde. Il y a eu des luits, vous avez dû partir dans des circumstances un peu compliquées. Non, mais j'ai pu discuter avec des salariés, j'ai pu discuter avec des organisations syndicales. Ma méthode, c'est toujours celle-là. Aller sur le terrain quand c'est utile. À Cholet, j'ai lancé un comité de suivi des engagements de Michelin. J'irai là où c'est utile. Donc, à Reims, vous allez à Reims bientôt ? Est-ce que je veux vous dire, si ma présence est utile, j'irai. Ce que je veux vous dire, c'est que c'est en travaillant collectivement qu'on trouve des solutions.

Quand on peut trouver des repreneurs, on les trouve. Et souvent, l'État est au rendez-vous pour mettre de l'argent, avec des prêts, avec des garanties de prêts, pour sécuriser le modèle économique et industriel de l'entreprise. On a des exemples. Ces dernières semaines, on parle toujours des entreprises qui sont en difficulté. et on parle assez peu des redressements et des entreprises qu'on sauve. On a sauvé l'entreprise à Nefa, à la bâtie en Haute-Savoie, avec 120 emplois sauvés. On a sauvé beaucoup d'entreprises ces dernières années. Les succès, bien sûr. Vous voyez bien que le contexte, il est plus difficile qu'avant. Bien sûr. Le contexte est plus difficile. Pourquoi ?

Et c'est là qu'il faut marcher sur deux jambes. Il faut protéger l'existant, mais il faut aussi avoir une stratégie et une vision globale pour notre industrie et défendre la compétitivité de nos entreprises. Moi, je crois fondamentalement que mon ministère est un ministère de combat. Je me bats tous les jours sur les dossiers d'entreprise. Je me bats aussi au niveau européen pour améliorer la compétitivité de nos entreprises. Nous allons faire des propositions pour une politique industrielle à l'échelle européenne. Nous faisons également des efforts.

6:33
Présentateur

Sur les droits de douane, ça, ça concerne surtout les droits de douane, puisque vous parlez de l'Europe. Je voudrais vous interroger justement sur un sujet qui est dans l'actualité, qui est l'accord sur le Mercosur. Parce qu'on voit la mobilisation de la plupart des agriculteurs contre cet accord. Pas tous, notamment les vignerons, les producteurs de lait, qui sont plutôt pour. Dans l'industrie, on est forcément pour le Mercosur, notamment dans l'industrie automobile. Est-ce que vous, ministre de l'Industrie, vous êtes contre cet accord sur le Mercosur, alors que c'est l'ouverture d'un marché de 220 millions de consommateurs ?

6:59
Marc Ferracci

Moi, je pense qu'il faut être cohérent. Il faut avoir une approche globale des sujets. Le principe des accords commerciaux, moi, je le soutiens. Je pense que le commerce international est fondamentalement bon à une condition. C'est que le commerce international soit juste. Quel est le problème avec cet accord du Mercosur ? C'est qu'il ne contient pas suffisamment de clauses qui permettent la réciprocité. C'est-à-dire faire en sorte que ceux qui exportent en Europe soient soumis aux mêmes règles, en particulier dans le domaine agricole, que ceux qui, en Europe, exportent vers l'Amérique latine. Ça, c'est le point fondamental. Et ça vaut pour l'agriculture, pour l'industrie.

Si on n'a pas cette réciprocité, si on n'a pas ce jeu à armes égales, eh bien, à un moment ou à un autre, tout le monde est perdant. Et ce que je veux dire, c'est que nos industriels français, je pense, peuvent gagner dans la compétition internationale si on leur permet de jouer à armes égales. Ça veut dire avec des protections qui soient similaires à celles des constructeurs chinois, par exemple, en termes de véhicules électriques. Et c'est pour ça qu'on a augmenté les tarifs sur les véhicules chinois. Avec du soutien qui soit similaire à ceux des constructeurs de batteries américains qui subventionnent massivement leurs industries. Si on joue à armes égales, on gagnera.

Moi, je vais partout sur le terrain. Et je sais que nos industriels ont un dynamisme et des atouts formidables à faire valoir.

8:05
Présentateur

Je vous dirai à Reims si votre présence est nécessaire. C'est ce que vous nous avez dit ce matin. Merci beaucoup, Marc Ferraci. Merci à vous. Merci à tous les deux. Et merci également à Frédéric Chevalier pour la traduction en langue des signes.