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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 29 juillet 2022 25 min

Justice fiscale, succession de Jean-Luc Mélenchon, violences sexuelles... le "8h30 franceinfo" d'Eric Coquerel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

Bonjour Eric Coquerel. Bonjour. Les résultats de l'opérateur EDF ont été dévoilés hier avec une perte historique au premier semestre. 5,3 milliards d'euros de pertes EDF qui va devenir 100% public dans le même temps en octobre. Est-ce qu'il était temps finalement de voler au secours d'EDF ? Est-ce que vous félicitez que le gouvernement ait voulu privatiser, au contraire, nationaliser à 100% ?

0:27
Éric Coquerel

Alors d'abord, ce n'est pas une nationalisation, c'est un rachat d'actions. Parce que je vous rappelle que l'État était déjà actionnaire à hauteur de 85%. Donc l'idée, c'est qu'il soit actionnaire à hauteur de 100%. Et ça ne devient pas une entreprise publique. Ça reste une société anonyme qui reste dans un contexte d'ouverture à la concurrence. Donc ce n'est pas une nationalisation au sens où on l'entend à gauche, j'allais dire. Deuxième chose, moi ce que j'observe surtout, c'est que c'est le résultat de ces mesures stupéfiantes qui obligent l'opérateur à vendre, à prix coûtant, c'est-à-dire en dessous de ce que ça lui coûte de l'énergie à ses concurrents. Et ça explique...

1:02
Invité

Mais c'est ce qui permet de faire en sorte que la facture énergétique n'explose pas.

1:05
Éric Coquerel

Oui d'accord. Pour une entreprise, c'est juste ingérable. C'est-à-dire qu'elle est obligée, au nom de l'ouverture à la concurrence, de vendre moins cher à ses concurrents de ce que lui coûte l'énergie. Chacun comprendra que c'est juste insupportable. C'est cette mesure qui ne va pas. Et cette mesure, elle est liée à quelque chose que nous avons toujours condamné, qui est l'ouverture à la concurrence du secteur énergétique, qui à la fois a faibli EDF, mais aussi fait en sorte que le coût du gaz, de l'électricité, soit plus cher pour les consommateurs. Donc c'est d'abord de là qu'il faut partir. Bon.

Moi, cette prise d'action à hauteur de 100%, très franchement, je pense qu'elle n'avait rien à faire dans le projet de loi de finances rectificative qui est normalement sur le pouvoir d'achat. On n'a pas arrêté de... Les ministres n'ont pas arrêté de nous le dire. Mais alors...

1:47
Présentateur

Il aurait fallu un texte à part.

1:48
Éric Coquerel

Ah bah oui. Il aurait fallu un grand texte à la rentrée. Alors, le gouvernement en parle, mais qu'il soit sur les questions d'énergie. C'est-à-dire comment on appréhende le renchérissement de l'énergie, comment on appréhende aussi la question de l'énergie dans une grande loi sur la bifurcation écologique. On y reviendra tout à l'heure parce que ça me semble absolument fondamental. Or, au lieu de ça, on prend des mesures rapides pour ce VEDF pour manifestement aussi lancer un grand plan de relance du nucléaire dont on sait qu'il va coûter très cher. Il suffit de regarder le fait que le PR Flamanville, c'est 19 milliards au lieu de 3 milliards estimés au départ.

Donc on sait que ça va coûter très cher.

2:23
Invité

Mais c'est aussi ça, les pertes d'EDF. C'est une stratégie sur le nucléaire qui a fait investir à l'entreprise beaucoup d'argent et ça n'a pas fonctionné. Et EDF dit d'ailleurs, si Emmanuel Macron avait annoncé plus tôt le plan de relance des petites centrales, eh bien ça irait mieux. On a trop tardé à nous donner un cap stratégique.

2:42
Éric Coquerel

Oui, enfin ça c'est la réponse d'EDF. Moi ce que je pense surtout, si vous venez de le dire, je ne vous fais pas dire, c'est que le coût pour EDF et le problème qui se pose à cette entreprise aujourd'hui, c'est d'une part, je répète, l'ouverture à la concurrence avec ses mesures stupides et deuxièmement, le fait qu'on décide de relancer le nucléaire.

2:57
Invité

Vous dites EDF irait mieux sans nucléaire ?

2:59
Éric Coquerel

Ce n'est pas seulement qu'EDF irait mieux sans nucléaire, c'est que la société française serait plus safe sans nucléaire.

3:06
Présentateur

Mais ce n'est pas ce qui nous sauve en ce moment le nucléaire justement, alors que le prix du gaz flambe. Vous savez que la moitié des centrales sont arrêtées en ce moment, c'est au courant. Sauf que le nucléaire reste prépondérant dans le mix énergétique français, même avec la moitié des réacteurs états.

3:17
Éric Coquerel

Le fait qu'aujourd'hui le nucléaire nous sauve, alors que la moitié des centrales sont arrêtées soit pour des problèmes techniques, soit des problèmes de carénage, etc., ou de réchauffement des eaux aussi qui sont censés refroidir les réacteurs, je veux dire qu'on peut s'interroger.

3:32
Présentateur

Mais on fait comment sans le nucléaire en fait ? C'est ça la question.

3:34
Éric Coquerel

On adapte par exemple, on adapte un des projets NegaWatt, vous savez cette association, un des projets aussi reconnus par RTF France, qui est d'aller vers le 100% renouvelable. Je crois réellement possible qu'on aille vers le 100% renouvelable d'ici 2050, il faut le lier avec un plan de cédé éolien, qui a deux avantages. C'est que non seulement ça décarbone, ça c'est absolument fondamental, chacun le comprendra.

Deuxièmement, ça nous évite les risques du nucléaire, qui mon avis ne vont cesser de monter à partir du moment où il y a un réchauffement des eaux, qui pose les problèmes aujourd'hui à nombre de centrales, et puis surtout ça nous rend autonomes, parce que je rappelle que le nucléaire, au-delà des dangers liés à cette technique, nous ne sommes pas autonomes.

4:15
Présentateur

Le réchauffement des eaux pose des problèmes de pollution, mais ça n'empêche pas les réacteurs de fonctionner.

4:19
Éric Coquerel

Ah bah si, si vous n'arrivez pas à refroidir les réacteurs aujourd'hui, ou si par exemple, pour les refroidir, vous êtes obligés de réchauffer encore plus, l'eau des rivières, c'est un problème qui est insoluble. Je ne crois pas que le nucléaire, surtout avec les coûts du nucléaire, parce qu'on ne le dit pas assez, mais Flamanville, c'est 19 milliards au lieu de 3,3 milliards. Je ne crois pas que ça soit la voie d'avenir. Voilà, je pense que c'est un grand danger que nous rentrions dans cette optique, et je crois qu'il vaudrait mieux étudier l'histoire de 100% de vape, surtout que nous avons beaucoup d'océans et de rivages en France.

4:52
Invité

Eric Coquerel, est-ce que vous mettez en parallèle les pertes d'EDF avec les gains de Total Energy, 5,7 milliards de bénéfices nets au second trimestre, pour Total ?

5:00
Éric Coquerel

Non, je ne les mets pas en lien. Je ne les mets pas en lien parce qu'EDF, on a un problème bien spécifique, qui est la question de l'ouverture à la concurrence du secteur électrique. Total, ces gains sont dus, j'allais dire, à la spéculation qui a été lancée à la fois par les pays producteurs, mais aussi par les intermédiaires, les raffineurs comme Total, sur le carburant et qui voient leur...

5:23
Invité

Vous dites que Total spécule sur les marges de raffinage ?

5:26
Éric Coquerel

Ah oui, bien sûr. Je pense que Total fait partie des gens qui profitent de l'augmentation du carburant. La preuve, c'est que...

5:32
Présentateur

Mais profiter et spéculer, ce n'est pas pareil. Spéculer, c'est quand même une accusation grave.

5:36
Éric Coquerel

Écoutez, ce que je constate, c'est qu'on a un carburant qui augmente du fait de la décision des pays producteurs, d'accord ? Et là-dedans, j'allais dire, dans les intermédiaires, ils participent d'une manière ou d'une autre. C'est-à-dire que Total, en tout cas, en profite, on peut au moins dire ça, bien. Et Total en profite tellement qu'au second semestre 2022, ils annoncent 17 milliards de bénéfices, soit deux fois plus, manifestement, pour 2022 que les bénéfices déjà records enregistrés l'an dernier. Enfin, c'est juste hallucinant. C'est-à-dire qu'on a une entreprise qui est en train d'exploser. La moitié sont distribuées en dividendes ou en tout cas en profit pour les actionnaires.

Donc, on a un problème majeur. Et moi, ce qui m'inquiète, c'est que le gouvernement ait refusé toute taxation de Total pour essayer de contribuer à la baisse du carburant au niveau des pompes qui est devenue insupportable pour les consommateurs.

6:25
Invité

De dire investir 16 milliards de dollars cette année, c'est 25% a priori qui sont reversés en dividendes. Mais ça, à la rigueur, les chiffres...

6:32
Éric Coquerel

L'an dernier, c'était au niveau de Total, sur les 16 milliards d'euros qui avaient été de bénéfices, on comptait 7 milliards en redistribuant en dividendes. Donc, c'est quand même un fort pourcentage.

6:44
Invité

L'une des propositions que vous avez portées au cours des débats sur le pouvoir d'achat, c'est de taxer les super profits, dites-vous. Donc, il y a Total et Energie. C'est l'ensemble des pétroliers, Shell par exemple aussi, qui annoncent un chiffre de 18 milliards d'euros de bénéfices. Eux aussi, vous voulez taxer ? C'est tous les pétroliers présents en France ?

7:01
Éric Coquerel

Oui. Alors, pour le carburant, en fait, on propose un mécanisme qui s'appuie sur trois piliers. Un, le blocage des prix. Parce que tant que vous ne bloquez pas les prix, je ne dis pas que c'est une mesure sur le long terme, mais là, actuellement, tant que vous ne bloquez pas les prix, toute mesure, finalement, est rattrapée par l'augmentation du carburant. Et ça, Bercy a dit non. Bercy a dit non, mais nous, on pense qu'il faut bloquer les prix. Deuxièmement, le fait de réinstituer une taxe flottante. Parce qu'on peut estimer que...

7:27
Présentateur

Donc, en ce moment, l'État gagnerait moins d'argent proportionnellement. Oui, c'est ça. L'État gagnerait un peu moins d'argent. Et donc, ça amortirait...

7:33
Éric Coquerel

Il ne perdrait pas d'argent par rapport au prix du carburant avant. L'idée, ce n'est pas que l'État perde de l'argent en termes de recettes. On en a besoin. Mais par contre, que quand le carburant augmente, on a un mécanisme qui fait qu'il arrête de gagner de l'argent. Et puis, troisièmement, c'est la taxation des pétroliers. Je trouve incroyable que cette mesure n'ait pas été prise. Alors, elle n'a pas été prise, soi-disant, parce que Total accepte de baisser un peu le prix du carburant. Ça lui coûte 500 millions d'euros.

7:54
Invité

Et ils ont calculé d'ailleurs que... Pardon, mais la taxe sur les super-profits en Angleterre rapporte précisément 500 millions d'euros. Donc, au final...

8:00
Éric Coquerel

Non, non. La taxe que nous, on comptait mettre en place en France, rapportait 10 milliards d'euros.

8:04
Présentateur

Mais comment vous faites ? Parce que Total fait ses profits à l'étranger. Et donc, est déjà taxé à l'étranger pour ses profits. Comment vous faites pour les taxer ?

8:11
Éric Coquerel

Déjà, il serait ainsi taxé en France, parce que je vais vous donner une petite information. Vous avez peut-être observé, mais Total ne paye pas d'impôts en France. Zéro impôt sur les sociétés en 2019-2020. D'accord ? Et ce qui est quand même aussi une des marques de fabrique de certaines entreprises du CAC 40, qui quand même nous interrogent, parce que Total, 25% de son activité est en France. Et moi, je ne crois absolument pas que Total ne fasse pas des bénéfices en France.

8:33
Présentateur

C'est un mythe pour vous ? C'est un mythe, le fait que Total fait ses profits à l'étranger ?

8:37
Éric Coquerel

En tout cas, c'est à mon avis quelque chose qui a plus à voir avec l'optimisation fiscale. Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'annonce que je lancerai une mission d'information sur la question de la fiscalité des entreprises, parce qu'il n'est pas normal que les PME payent presque 25% d'impôts en France, alors que les 300 plus grosses entreprises payent 17%, et que les entreprises du CAC 40, comme Total, payent zéro impôt. C'est quelque chose que les Français ne peuvent pas... C'est une mission d'information à la rentrée ? Oui, enfin, c'est une mission d'information qu'on compte lancer avec la commission des finances.

9:03
Présentateur

Éric Coquerel, président de la commission des finances, invité de France Info. Le fil Info, 8h42, voici Diane Ferschit.

9:09
Invité

La croissance française plus forte que prévue au second trimestre 2022, l'INSEE l'annonce ce matin, elle s'établit à plus 0,5% après un repli de 0,2% au premier trimestre de l'année. Première nuit en détention provisoire pour un sapeur-pompier volontaire de l'Hérault, mis en examen pour avoir allumé volontairement plusieurs incendies ces trois dernières années. Il a reconnu les faits en Ardèche. Cette fois, c'est un homme de 44 ans qui a avoué avoir provoqué des départs de feu, alors que sur place, 150 pompiers sont toujours mobilisés face à l'incendie. Dans le sud du département, il est à présent maîtrisé. Le Sénat poursuit l'examen du projet de loi pouvoir d'achat.

Il actue une augmentation de 4% des pensions de retraite et de plusieurs allocations, 4% notamment pour la revalorisation du RSA contre l'avis du gouvernement. Circulation compliquée en vue sur les routes pour ce nouveau chassé-croisé des vacances. Ce vendredi est classé rouge dans le sens des départs. Ce sera rouge aussi pour les retours dans le sud-est de la France orange, partout ailleurs. Du côté de la SNCF, 400 000 voyageurs sont attendus, rien que pour aujourd'hui. France Info

10:14
Présentateur

Éric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale.

10:23
Invité

Juste avant le fil d'info, vous nous annonciez cette mission d'information sur la fiscalité des entreprises. Total Énergie qui ne fait pas de bénéfice en France, pour vous, c'est de l'évasion fiscale ?

10:31
Éric Coquerel

En tout cas, c'est au moins de l'optimisation fiscale, très certainement poussée très loin. Et tout le problème que nous avons, déjà, il y a l'évasion fiscale. L'évasion fiscale, on estime que ça coûte entre 80 et 100 milliards d'euros au pays, au budget, chaque année. Déjà, il faut le traquer. Et deuxièmement, il y a cette zone grise entre l'optimisation, avec des entreprises bien conseillées par des cabinets d'avocats, qui utilisent, j'allais dire, les niches fiscales, les interstices, etc.

10:54
Invité

Les possibilités offertes par la loi.

10:55
Éric Coquerel

Voilà. Mais qui, à certains moments, peuvent, j'allais dire, d'un point de vue éthique, puis d'un point de vue des résultats...

11:00
Invité

C'est un problème politique, pour vous. Ce n'est pas de vous juridique. C'est que, politiquement, vous dites, ce n'est pas possible aujourd'hui.

11:05
Éric Coquerel

Mais il y a un exemple récent qui vient d'arriver, pour bien me comprendre. McDonald's, d'accord ? Payait très peu d'impôts par rapport à son activité en France. Ça a étonné tout le monde. Bon, finalement, appuyé par les syndicats, il y a un groupe d'avocats, avec notamment Eva Joly, qui a réussi à les pousser, à rembourser 1,25 milliard d'euros à l'État français, qui était très certainement la différence entre ce qu'il aurait dû payer. Je pense qu'on est là. C'est là le problème. Et quand Total nous annonce, ou Renault nous annonce, zéro impôt de société, soi-disant, parce qu'en France, ils perdent de l'argent alors qu'ils en gagnent ailleurs, il y a quelque chose qui ne va pas.

Chacun le comprendra. Total, c'est 3 300 stations-service. C'est, je crois, à peu près 35 000 personnes qui travaillent en France, et 25 % de son activité. Donc, ça ne tient pas. Et c'est là qu'il va falloir, à mon avis, travailler, comprendre comment ça se passe, pour que tout simplement, il y ait une plus grande justificielle, puis aussi que ça rentre de l'argent dans les caisses de l'État. Juste pour préciser, votre mission d'information, elle n'est pas ciblée rien que sur Total. Non, non. La mission d'information, elle est... Enfin, ce n'est pas mon étonnement, on le sait, mais j'y reviens.

Les PMEU payent beaucoup plus d'impôts que les entreprises du 440, qui font des bénéfices à tous les autres conférences, qui explosent le record en termes de dividendes. Bon, il y a quand même quelque chose qui ne va pas, et qui, en plus, on l'oublie souvent, ont beaucoup d'aides de l'État. Plus de 3 milliards d'aides de l'État en exonération d'impôts pour les entreprises du CAC 40.

12:24
Invité

Dans les chantiers qui arrivent à la rentrée, il y a aussi la réforme de l'assurance chômage, avec un texte porté par Olivier Dussopt, ministre du Travail, qui souhaite adapter les règles. En gros, quand ça va bien, moins de protection au niveau de l'assurance chômage. Quand ça va mal, défiler un peu plus robuste. Est-ce que c'est une bonne idée ?

12:38
Éric Coquerel

Ah non, ce n'est pas une bonne idée. Et puis, vous savez, cette idée que... Parce que... Ça semble être un principe de bon sens. Quand ça va bien... Oui, mais l'assurance chômage, c'est un instrument de solidarité. C'est une caisse de solidarité. Ce n'est pas un instrument de pénalisation des chômeurs. Voilà. Et là, on est en train de le transformer. Une caisse que les travailleurs ont décidé de mettre ensemble, comme les retraites et autres, pour justement assurer le fait que quelqu'un soit privé d'emploi pendant un certain temps de sa vie, on est en train de le transformer en pénalisation. Donc ça ne va pas. C'est l'idée que les chômeurs seraient responsables du chômage.

Moi, vous savez, c'est la fameuse phrase d'Emmanuel Macron, « Il suffit de traverser la rue ». Je ne crois absolument pas à cette théorie. Et je rappelle, c'est rarement dit, qu'un chômeur sur deux n'est pas indemnisé. D'accord ? Pour commencer. Donc cette idée qu'il faut aller chercher de l'argent, pénaliser les chômeurs, c'est pour ça qu'en réalité, il y a du chômage en France, c'est à la fois faux, profondément réactionnaire et profondément inégalitaire.

13:29
Présentateur

Mais est-ce que c'est normal qu'il y ait 7% de chômage et en même temps des manques de main d'œuvre dans des secteurs entiers ? Parce que c'est ça l'objectif du gouvernement, quelque part. C'est de pousser les chômeurs à aller dans les métiers

13:40
Éric Coquerel

et qui cherchent à recruter. D'accord. Moi, je pense qu'une partie de ce qui est dit sur ce qui manque dans certains secteurs, il y a une partie qui est liée à la communication et qui est peut-être aussi liée à la formation, à la qualification. Mais vous ne pouvez pas forcer tout d'un coup un chômeur qui n'est pas qualifié pour tel métier à aller se déplacer vers ce métier. Ça n'existe pas. Donc, je veux dire, laissez penser aux Français qu'en réalité, la situation des chômeurs, alors que la dernière réforme, ça a pénalisé de 17% de leurs revenus, plus d'un million de chômeurs aujourd'hui dans ce pays.

14:09
Présentateur

Le but, c'est ça, c'est de faire des économies, en fait ? C'est ce que dit le gouvernement presque ouvertement.

14:14
Éric Coquerel

C'est de faire des économies structurelles, ce qu'ils appellent des économies structurelles. Ils veulent en faire aussi sur les retraités, sur les chômeurs, sur tous ceux qui subissent en réalité la situation. Et je trouve que c'est profondément injuste. Mais en plus, ça ne va pas résoudre les problèmes.

14:26
Invité

Mais ils vont en faire des économies compte tenu de la situation des chômes publiques ?

14:29
Éric Coquerel

Oui, mais à ce moment-là, on peut aussi arrêter tous les mécanismes de solidarité qui ont quand même été la marque pendant très longtemps de l'État social en France. C'est à ça qu'ils veulent arriver.

14:37
Invité

Il y a une trajectoire qui est tracée par le gouvernement, c'est de réduire, en réalité, pas vraiment baisser la dépense publique, mais réduire ou en tout cas décélérer l'augmentation de la dépense publique. En gros, ça va augmenter, mais moins vite qu'avant.

14:51
Éric Coquerel

Et donc ?

14:52
Invité

Et donc, il va falloir faire des choix.

14:53
Éric Coquerel

Oui, mais peut-être que ce n'est pas la politique qu'il faut faire. Vous savez, en...

14:57
Invité

C'est-à-dire, vous vous dites, on laisse filer.

14:59
Éric Coquerel

De toute façon, la dette, on ne la remboursera jamais. Je dis qu'il y a des priorités. Moi, je pense qu'il faut partir des besoins des gens. Voilà, on part des besoins. On part d'abord, par exemple, des besoins en matière écologique. On regarde quels sont les besoins. La France brûle. D'accord ? Et on sait très bien qu'à l'avenir, dans les années à venir, il va y avoir de plus en plus de catastrophes climatiques qui vont nécessiter des mobilisations de l'État et même des politiques préventives pour éviter le réchauffement. Bon, ça, ça devrait être, par exemple, le besoin numéro un.

Moi, je dis souvent que la dette écologique est bien plus problématique que la dette financière pour les générations à venir. Deuxièmement, il y a un problème social. Les inégalités explosent. On a quand même 10 millions de Français dans la sixième puissance économique qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Donc, comment on règle ça ? C'est ça qu'on devrait partir. On ne devrait pas partir de se dire, attention, et en plus de ça, avec des mécanismes qui ne fonctionnent pas, mais attention, il faut réduire la dette. C'est ça le principal, etc. On devrait partir des besoins des gens. Et à partir de là, on mobilise et on regarde où est l'argent.

15:55
Invité

Le ministère de l'économie dit les besoins, c'est l'hôpital, la santé. On n'y touche pas, mais sur le reste, il y a des marges à...

15:59
Éric Coquerel

Très bien. Attendez, arrêtons-nous à la santé. On a fait, depuis 1995, l'inverse de ce qu'il faut faire et l'inverse de ce que je viens de dire. C'est-à-dire qu'avec la création de l'ONDAM, avant l'ONDAM... L'ONDAM, il faut que vous les expliquez. C'est le projet de loi de finances et de sécurité sociale qui fait qu'on budgette, en partie, le budget des hôpitaux, de la santé publique en France. Avant, qu'est-ce qui se passait ? On regardait les besoins et on allait chercher les recettes. On a fait l'inverse. On a défini des recettes et les besoins s'adaptent. Le bilan, c'est l'hôpital public dans la situation à laquelle il s'est retrouvé au bord du Covid.

Et avec le fait que cet été, on ne sait même pas comment les services d'urgence vont fonctionner. Et ça, c'est vrai pour tout. Moi, je pense qu'on se trompe en termes de logique. Dans un pays aussi riche que la France, qui produit toujours des richesses, mais de manière de plus en plus inégalitaire, partons des besoins. Et à partir de là, on oriente l'économie en fonction de ces besoins.

16:45
Invité

Brièvement. Ça veut dire que le document qui a été envoyé par Bruxelles, la trajectoire de stabilité, vous dites, elle est à côté de la plaque.

16:51
Éric Coquerel

Non seulement elle est à côté de la plaque, mais elle se base sur des chiffres qui sont juste illusoires. C'est-à-dire qu'on nous annonce réussir ces 3% de déficit en 2027 grâce à la croissance. Le gouvernement annonce 1,4% de croissance l'an prochain. Le FMI et toutes les organisations internationales pensent plutôt qu'on va rentrer en récession. Donc on voit bien que ce n'est pas ça la solution.

17:11
Présentateur

Mais le bon est plus important que prévu, ce matin dans les chiffres de lignes. Non, non, pour le deuxième trimestre.

17:15
Éric Coquerel

Alors là, tous les organismes, et vous allez voir que ça va être aussi l'avis du HSCFP, qui est le comité qui travaille en France sur les prévisions, tous les organismes disent, attention, c'est plutôt la récession qui arrive, malheureusement, pour des questions de renchérissement du prix de l'énergie, qui d'ailleurs nécessitent aussi qu'on s'occupe de bord de bûchures cassons écologiques plutôt que de mettre la priorité sur la question des réductions des déficits. Tous le montrent. Donc ce gouvernement est en train de baser des prospectives sur des chiffres qui sont faux et qui sont illusoires.

17:44
Présentateur

Juste en un mot, le poids de la dette, il vous inquiète, Éric Coquerel, président de la commission de la finance ?

17:49
Éric Coquerel

C'est pas ce qui m'inquiète le plus. Je le répète, voilà. C'est pas ce qui m'inquiète le plus. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la dette écologique. Je voudrais juste dire une chose au niveau de l'emploi. Rapidement. Rapidement. Parce qu'on nous a annoncé beaucoup de créations d'emplois et c'est ce qui expliquerait qu'il faut pénaliser les chômeurs pour les chercher de l'emploi. C'est-à-dire que ce sont des recettes supplémentaires ? C'est ce que le gouvernement, au printemps, avant les élections, nous a dit que c'est mi-reblanc. Moi, j'ai quand même appris que dans les chiffres de l'emploi qui nous ont été mis par l'INSEE, on a retenu pour la première fois les emplois d'y alternant.

C'est quoi ? C'est tous les emplois à la hauteur de 240 000, tous les emplois en apprentissage, en professionnalisation, dont je considère que ce n'est pas des emplois. Quand vous êtes apprenti, vous n'êtes pas dans un emploi. Mais ça, ça a permis aussi d'améliorer largement les statistiques.

18:25
Présentateur

Éric Coquerel, on jette juste un coup d'action de fil d'info. 8h51, Diane Farchit.

18:31
Invité

La mesure va coûter 90 millions d'euros à Engie. Le groupe s'engage à accorder une remise de 100 euros en moyenne à ses clients bénéficiaires du chèque énergie. Ce sera au mois de novembre. Face à la hausse du prix d'électricité, Engie met également en place un fonds de soutien au PME à hauteur de 60 millions d'euros. La France renoue avec la croissance au deuxième trimestre 2022, plus 0,5%. Selon l'INSEE, un rebond plus dynamique que prévu. L'incendie qui a ravagé 1200 hectares en Ardèche est à présent maîtrisé. Un homme de 44 ans sera présenté à un juge dans la journée.

Il a reconnu avoir provoqué plusieurs départs de feu dans le département, des aveux aussi du pompier volontaire adjoint au maire dans l'Hérault. Lui étant détention provisoire et mise en examen, il voulait, selon le procureur de la République, ressentir de l'adrénaline et obtenir une forme de reconnaissance sociale. Bataille acharnée en vue entre Baroudeux et Sprinteux sur la sixième étape du Tour de France féminin. Ce vendredi, les cyclistes s'attaquent aux Vosges. Départ de Saint-Dié-des-Vosges à 13h10, direction Rossheim, dans le Haut-Rhin. France Info.

19:33
Présentateur

Le 830 France Info. Néhile à la trousse. Lorrain Sénéchal. Éric Coquerel, vous êtes le président de la commission des finances à l'Assemblée nationale. Vous êtes aussi visé par une enquête pour agression sexuelle et harcèlement après la plainte d'une militante pour des faits qui remontent à 2014. Précise que vous avez toujours clamé votre innocence. Est-ce que c'est malgré tout pour vous une épée de Damoclès ? Écoutez, j'ai tout dit

19:58
Éric Coquerel

début juillet. J'ai fait une tribune dans le journal du dimanche. Je me suis exprimé sur des médias. Je n'ai rien à redire sur la forme et le fond sur cette affaire et je ne rajouterai rien médiatiquement.

20:08
Présentateur

Simplement, est-ce que Sandrine Rousseau, par exemple, qui fait partie de la NUB, qui vous a demandé de vous écarter le temps de l'enquête, vous l'avez envisagé ? Je ne commenterai pas. Bon, très bien. Vous n'en diriez pas plus. Naila Latroux.

20:18
Invité

Vous en diriez peut-être un peu plus sur votre groupe Les Insoumis qui est accusé par vos collègues de l'Assemblée, par les autres groupes, de transformer l'Assemblée nationale en cirque. Il y a une stratégie de dévitaliser les institutions, de les tourner en ridicule comme disent les autres groupes ?

20:35
Éric Coquerel

Écoutez, pour quiconque a regardé ce qui s'est passé pendant le projet de loi de finances rectificatives, on peut peut-être poser la question aux Rassembleaux nationales et aux personnes de la majorité parce que je peux vous assurer que les broncas, les claquements de pupilles orchestrées par le Rassemblement national et qui ont souvent trouvé leur écho dans les gens de la majorité, j'ai trouvé que côté dévitalisation de l'Assemblée nationale, c'était fort. Pourtant, pour l'instant,

21:00
Invité

c'est vous qu'on accuse de respectabiliser le RN. J'ai vu par exemple que Renaissance, l'un des groupes de la majorité, dit que les Insoumis par leur sectarisme crédibilisent le Rassemblement national.

21:10
Éric Coquerel

Oui, mais enfin bon, ils sont dans le rôle de la majorité d'essayer de nous accuser de tous les maux. Moi, ce que j'observe, c'est qu'on a par exemple et on l'a fait pendant 5 ans, sauf que là, aujourd'hui, ça a plus de poids parce qu'il peut y avoir dans cette assemblée où la majorité n'est pas majoritaire, chacun comprendra que ce qu'on proposait dans le temps qui était éliminé en 2 temps de 3 mouvements par des députés qui étaient aux ordres de l'Elysée, là, c'est moins facile et ça peut être majoritaire. Mais à chaque fois, on fait un amendement en gros d'opposition et on fait des amendements de proposition, y compris même de repli.

J'en ai proposé un au moment du projet de loi de finances rectificative qui était de reprendre un amendement proposé par des députés de la majorité, malheureusement, ils l'ont retiré justement sur Total qui proposait de taxer à hauteur de 15% seulement sur un an les super profits. Donc on essaye de trouver des majorités, on essaye de construire et très franchement, je trouve que cette caricature qui nous est faite, bon, elle est assez politicienne en fait.

22:06
Invité

C'est un mauvais procès qui vous est fait ?

22:07
Éric Coquerel

Oui, c'est très politicien.

22:08
Invité

Et ça va être comme ça pendant 5 ans, c'est-à-dire que pendant 5 ans, vous dites, on déposera autant d'amendements qu'il faut, on siègera s'il le faut jusqu'à 4h, 5h du matin. Si les débats doivent durer 10 jours, ils dureront 10 jours.

22:17
Éric Coquerel

C'est étonnant de nous accuser de siéger jusqu'à 4h, 5h du matin. Si on siège jusqu'à 4h, 5h du matin, alors apparemment, le gouvernement a l'air de dire qu'il ne veut plus faire comme ça à la rentrée. Mais c'est parce qu'on a un calendrier qui ne tient pas. Voilà, vous ne pouvez pas imposer un calendrier au Parlement qui nécessiterait, par exemple, une semaine de débat et essayer de les contracter en 3 jours. Donc non, ce n'est pas bon de siéger la nuit. Ce n'est pas tant la fatigue des députés, mais c'est surtout qu'on est moins bon en pleine nuit après des heures et des heures de débat que dans des conditions correctes. Mais ça, c'est le gouvernement.

Et la deuxième chose, par exemple, ce n'est pas nous qui proposons plus d'amendements au niveau du PLFR. Donc là aussi, c'est quelque chose qui n'est pas juste. Mais par contre, on va faire en sorte que cette Assemblée, j'allais dire, reprenne un rôle central dans la vie politique française. Et la bonne nouvelle, c'est que c'est possible. Voilà, du fait que la majorité n'a plus la majorité.

23:04
Présentateur

Vous dites que vous êtes moins bon la nuit. Mais vous êtes moins bon sans Mélenchon aussi, peut-être ? Ce qui n'est plus le président du groupe France 1 sur les Assemblées.

23:12
Éric Coquerel

Moi, il me manque Jean-Luc. Je vous le dis très clairement. Je pense que c'est... Alors, on cesse d'ébrouiller. D'abord, on est beaucoup plus de députés. On est quelques-uns à avoir acquis 5 ans d'expérience. Notamment, notre présidente Mathilde Panot qui est vraiment excellente dans son rôle. Mais n'empêche, moi, je le dis très clairement. La voix de Jean-Luc Mélenchon dans l'Assemblée, je pense que ça serait encore un plus. Bon, il a pris ses décisions. Il n'est pas du tout absent. Il reste, pour moi, le leader incontesté de la France insoumise et par conséquent de la NUP qui a très bien tenu le coup dans ce début de rentrée parlementaire. Mais moi, ça me plairait bien.

23:46
Invité

Vous dites qu'il reste le leader. Sa succession n'est pas ouverte. On voit tous les autres partis se réorganiser, convoquer des congrès. Pas vous.

23:51
Éric Coquerel

Non, non, non. Enfin, pour les années à venir, non, sa succession n'est pas ouverte.

23:56
Présentateur

Mais pourquoi pas ? Vous êtes en train de dire qu'il manque terriblement...

23:59
Éric Coquerel

À l'Assemblée, je vous le disais. Oui. C'était la question, mais je n'ai pas dit dans le paysage politique. Vous m'avez posé la question.

24:05
Présentateur

C'est lui toujours le patron, en quelque sorte, à la France insoumise.

24:06
Éric Coquerel

Oui, incontestablement. Enfin, le patron, je ne sais pas si le terme pour une organisation qui est sur le libéralisme, c'est vraiment le terme. Mais en tout cas, pour moi, ça reste le leader. Pas seulement parce que c'est un leader, un homme providentiel. Ce n'est pas du tout comme ça que je le vois. Mais ça reste celui qui, sur les questions stratégiques, de fond, etc., donne le ton. Et à mon avis, ça va être encore pour quelques années. On sent que la succession

24:31
Présentateur

est compliquée quand même

24:32
Éric Coquerel

à imaginer. Alors, ça, c'est dans... Pourquoi elle est compliquée à imaginer ? Non. Si la question est est-ce qu'à l'avenir, est-ce qu'il y a des personnes qui peuvent prendre ce rôle ? Moi, je pense que oui. Il se trouve que vous avez remarqué que comme on a beaucoup rajeuni, on a toute une série de responsables politiques qui vont de 30 à même mon âge, qui peuvent prétendre à des responsabilités à l'avenir. Mais n'empêche, aujourd'hui, là, au moment où je vous parle, la place de Jean-Luc Mélenchon, elle reste incontournable.

25:02
Invité

La succession n'est pas ouverte. Voilà.

25:05
Présentateur

Éric Cochrane, merci beaucoup. Président France Insoumise de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale, invité du 830 France Info. Bonne journée. Merci. Merci.