Le Pen, Sarkozy : pourquoi les délinquants en col blanc s'attaquent-ils à la justice ?
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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue pour Au cœur de l'actu, l'émission d'actualité du soir sur le Média, diffusée du lundi au jeudi à 19h en direct sur le canal 165 de la Freebox, sur Molotov et sur le Média TV.fr. Et c'est l'info de la semaine, impossible que vous l'ayez raté, Marine Le Pen a donc été condamnée lundi à 4 ans de prison, dont 2 fermes sous bracelet électronique, 100 000 euros d'amende, mais surtout la chef de file du Rassemblement national écope de 5 ans d'inéligibilité avec exécution immédiate dans cette affaire où son parti est accusé d'avoir détourné pour plus de 4 millions d'euros de fonds européens.
De quoi faire crier au complot dans les rangs de l'extrême droite qui parle depuis d'une décision politique des juges. Un discours qu'on avait déjà entendu à plusieurs reprises de la part d'un certain Nicolas Sarkozy, lui aussi condamné dans l'affaire des écoutes, est toujours inquiété par une myriade d'affaires, dont celle du présumé financement libyen de sa campagne de 2007. Alors de Sarkozy à Le Pen, en passant par Bayrou, Fillon et d'autres par le passé, pourquoi s'attaque-t-il systématiquement aux juges et à l'institution judiciaire accusée d'être politisée ? Ce sera l'objet de cette émission avec Belir Nabli qu'on retrouve une fois par semaine.
Belir Nabli, professeur des universités en droit public et cofondateur de Chronique, un collectif engagé dans le débat public. Également auteur de multiples ouvrages dont l'État, droit et politique aux éditions Armand-Colin et Relations internationales aux éditions Pédonne. Et pour nous accompagner aujourd'hui, nous sommes en compagnie d'Eugénie Mériot, politologue et constitutionnaliste, elle aussi autrice de plusieurs ouvrages dont Géopolitique de l'État d'exception publié aux éditions Le Cavalier Bleu. Voilà pour le plateau d'experts, c'est parti pour au cœur de l'actu. Bonjour Belir, bonjour Eugénie. Merci d'avoir accepté notre invitation Eugénie.
Alors derrière cette condamnation, tout l'État-major du RN était sur les plateaux de télévision de France pour reprendre les mêmes arguments de victimisation, parfois soutenus par les commentaires, les affirmations pour le moins ambiguës d'autres formations politiques qui redoutent peut-être, on le sait, de se retrouver dans la même situation. Écoutez les différentes réactions et le résumé de cette journée de Lydia Menez et André Manivit à l'Assemblée nationale.
Aujourd'hui, mardi 1er avril, nous sommes à l'Assemblée nationale avec un hémicycle bouillonnant au lendemain de la peine prononcée à l'encontre de Marine Le Pen. Pour rappel, la chef de file du RN a été reconnue coupable hier de détournement de fonds publics. Elle a été condamnée à 4 ans de prison, dont 2 fermes aménagées sous brassée électronique, ce qui veut dire qu'elle n'ira pas en prison, à une amende de 100 000 euros et surtout à une peine d'inéligibilité immédiate de 5 ans, ce qui compromet fortement sa candidature pour la présidentielle de 2027. Et c'est ce dernier point qui est vivement critiqué par le RN, son parti.
Il dénonce une entrave à la démocratie, ainsi qu'une décision qui n'est pas une décision judiciaire, mais une décision politique. On a pu leur tendre le micro. Écoutez. Il faut qu'il y aille déjeuner.
Quand la présidente de la formation de jugement a comme modèle Eva Jolie, qui est une opposante farouche, qui a voulu une haine incommensurable au RN, que le communiqué de presse du syndicat de la magistrature, dont un certain nombre de magistrats sont membres, dit très clairement, on n'appelle pas les Français à s'opposer au RN, on appelle les magistrats à tout mettre en œuvre pour empêcher le RN de gagner. Ça, c'était en juin dernier. Excusez-nous de penser que certains magistrats cherchent aujourd'hui à nous tuer politiquement, à nous tuer financièrement et à empêcher Marine Le Pen et les Français de s'exprimer. Comment voulez-vous défendre Navalny ?
Comment voulez-vous défendre l'adversaire d'Erdogan, etc., lorsque ici, dans le temple de la démocratie à l'Assemblée nationale ou dans la patrie des droits de l'homme à l'Assemblée en France, vous empêcher une candidate par une décision de justice, encore une fois, motivée, motivée ? Oui, oui, la démocratie, oui. Non, mais la démocratie, je vous parle de la démocratie. Je vous donne des exemples en disant qu'on ne peut pas donner de leçons au monde entier quand ici même, on n'a pas balayé devant sa porte.
La loi, c'est la loi. Et donc, quand vous avez des magistrats qui appliquent la loi et qui le font avec courage, sous la pression, par un certain nombre de partis politiques, eh bien, il faut leur connaître ce courage. Et de voir aujourd'hui que dans notre pays, il y a des magistrats qui sont obligés d'être protégés par la police pour pouvoir se défendre d'éventuelles menaces qui, visiblement, affluent. C'est un scandale.
Et donc, je souhaite que le chef de l'État, garant de l'indépendance des institutions, garant de l'indépendance de la justice, vienne rappeler la règle et vienne rappeler à l'ordre aussi ceux qui, dans sa majorité, jusqu'au Premier ministre, aujourd'hui, doutent de la décision qui a été prise hier par le tribunal traditionnel de Paris.
François Bayrou est Premier ministre et il serait temps vraiment aujourd'hui qu'il prenne toute la mesure et toute la hauteur nécessaire à cette fonction. Premier ministre, c'est une position particulière dans la démocratie française. Il ne peut pas se mettre en deçà de... Il ne peut pas se mettre dans le commentaire politique. Il doit être dans la hauteur de vue et dans la garantie de nos institutions. La justice est une institution indépendante et donc, il doit, lui, par sa parole, protéger cette institution extrêmement fragile.
Monsieur Mélenchon a parlé du référendum révocatoire, ce qui est une proposition qu'on fait, nous, à la France Insoumise, notamment dans le cadre de notre volonté de passer à une 6e République, mais qui ne se substitue pas aux peines d'inéligibilité. Dans notre programme, on spécifie bien qu'on est pour l'inéligibilité, pour corruption, pour détournement de fonds publics. On ne veut pas retirer au magistrat le pouvoir de prononcer des sanctions, comme c'est le cas, finalement, pour des citoyens lambda. Aujourd'hui, lorsque vous commettez une infraction dans le cadre de votre métier, vous pouvez être privé de l'exercer juste après la décision de justice.
Et donc, il est normal que pour les élus, la même chose existe.
Alors, Bélier, on l'entend, le débat subsiste apparemment sur cette question de la condamnation pour une peine d'inéligibilité. Est-ce que l'argument du Rassemblement national sur la justice qui serait politisé te semble entendable ? Je rappelle qu'il y a eu une décision quand même rendue au terme de deux mois de procès et des éléments concrets présentés par les juges indépendants.
Oui, c'est vraiment un argument faible qui ne répond en rien à tout ce qui a été présenté du point de vue factuel durant ce procès. Et pour le coup, la condamnation, si forte soit-elle, si sévère soit-elle, elle vient aussi sanctionner l'incapacité des différents cadres et élus du RN à répondre aux des faits qui ont été soulignés durant ce procès. Et c'est ça qui est important. Il y a eu un système de détournement de fonds publics qui a été mis en place alors à l'époque même de Jean-Marie Le Pen, à l'époque du FN, et qui a perduré sous le RN et sous le label ou le leadership de Marine Le Pen.
Et d'une certaine manière, on retrouve là le fait que le RN soit véritablement l'héritier du FN, non seulement du point de vue idéologique, mais d'un point de vue aussi organique. Et c'est intéressant de le signaler parce qu'on sait que dans le processus ou dans le discours de banalisation ou de normalisation du RN, il y a cette volonté de couper le cordon ombilical qui le ramène à son histoire, notamment du Front national. Or là, cette affaire, cette condamnation, nous renvoie à la réalité de l'appartenance à une même histoire entre le FN et le RN, du point de vue idéologique, mais également du point de vue du comportement de la probité.
Et là, en l'occurrence, c'est précisément la violation des règles minimales en matière de probité et de respect des données publiques. Même s'ils sont européens, nous, en tant que citoyens français, nous participons au Fonds européen, au Fonds public européen. Et donc, on se retrouve lésés par le comportement du RN en tant que parti et de ces cadres en tant qu'individus. Et c'est en ce sens que, finalement, l'argumentation avancée par le RN ne tient pas, notamment lorsqu'ils considèrent qu'il s'agit là d'une décision politique. Alors, c'est vrai que sa portée est politique incontestablement. Bien sûr que la portée de la décision, elle est politique.
Mais sur le fond, c'est-à-dire les arguments avancés par les juges pour justifier la condamnation, c'est une argumentation de nature juridique, c'est-à-dire fondée en droit. Et en ce sens, on retrouve là un vieil argument lancinant par ceux qui incarnent plus ou moins les forces dites illibérales et qui consistent à tenter d'affaiblir ce contre-pouvoir institutionnel que représente la justice pour essayer d'imposer, finalement, le politique vis-à-vis de cette institution.
– Eugénie, est-ce que tu comprends cette polémique qui est en train d'être lancée sur l'indépendance des juges ? Une ancienne membre du Conseil constitutionnel était hier sur le plateau de LCI et elle s'est attaquée au travail de ses juges, Noël Lenoir, qui dit que cette décision n'est pas fondée en droit, qui dit que les juges ont tué la monarchie et maintenant sont en train de tuer la République. – On semble passer dans une autre sphère, dans les commentaires politiques qui sortent totalement du cadre du droit, tout à fait.
– Alors, ce qu'on voit dans les réactions, c'est une absence de nuance vis-à-vis de ce qui vient de se produire et, en effet, du jugement du tribunal correctionnel. Vous avez d'un côté les adversaires de Marine Le Pen qui considèrent que cette décision est fondée en droit et n'a rien de politique. Je caricature à peine et qui soutiennent cette décision et puis les partisans de Marine Le Pen qui, au contraire, considèrent que cette décision est une décision politique. Évidemment, il faut prendre du recul par rapport à tout ça et s'intéresser aux principes. Pourquoi ?
Parce que ce qui est en train de se produire touche aujourd'hui Marine Le Pen, mais demain, ça touchera aussi Jean-Luc Mélenchon. Donc, reprenons les principes. Quels sont les principes ? Est-ce qu'il y a une séparation entre le droit et la politique ? Évidemment, le droit n'est pas neutre. Évidemment, l'interprétation du droit est une opération qui se produit sous contrainte juridique, c'est-à-dire qui doit être fondée en droit, mais dans lesquelles interviennent toute une série de considérations qui peuvent être d'ordre politique, en effet.
D'ailleurs, il y a une manière de raisonner en droit qui s'appelle la manière conséquentialiste, c'est-à-dire qu'on va s'intéresser dans l'interprétation du droit aux effets concrets que peuvent produire la décision. Et c'est en cela que je trouve que cette décision, elle est très critiquable, c'est-à-dire qu'à l'aune des effets produits par cette décision, nous sommes en effet en train de basculer dans un moment très dangereux de notre démocratie qui est une forme de démocratie illibérale qui sera produite par le retour de balancier de cette décision-là.
Si on s'intéresse aux trajectoires des régimes illibéraux en France, alors non pas en France, mais en Europe et dans le monde, on a souvent tendance à commencer la chronologie au moment où les leaders qui ont été entravés par la justice s'attaquent en retour à la justice une fois qu'ils sont élus, typiquement Pologne, Hongrie. Mais on peut commencer la chronologie avant.
Si on prend la Pologne, par exemple, vous avez en Pologne les libéraux au pouvoir qui, lorsqu'ils sentent qu'ils vont perdre les élections et que le PIS va arriver au pouvoir, décident de prolonger la loi sur la nomination des juges à la Cour constitutionnelle pour s'assurer qu'ils auront des cours constitutionnels et des juges à la Cour constitutionnelle qui leur seront favorables. Et la crise constitutionnelle, elle naît de là. C'est-à-dire, elle naît de cette volonté de se prémunir contre l'arrivée au pouvoir d'un dirigeant illibéral.
Et donc, si on commence la chronologie ici, on se rend compte que, finalement, il y a aussi, dans les dérives illibérales, des causes qui sont, en fait, les remèdes ou, en tout cas, les volontés de se prémunir contre la dérive illibérale. C'est-à-dire que les graines, elles sont semées à ce moment-là. Et c'est exactement ce qui est en train de se produire aujourd'hui. Et on voit que, maintenant, nous avons un consensus sur les décisions de justice qui s'effritent complètement. Qui s'effritent, aujourd'hui, complètement à l'extrême droite et à droite.
Alors que, déjà, on peut dire que c'était remis en cause déjà à gauche avec toute une série de décisions de justice qui était plutôt au détriment d'un mouvement politique et des mouvements politiques de gauche. Donc là, on a un État de droit qui est remis en cause à gauche comme à droite. À gauche, on considère que, finalement, le juge administratif, le juge constitutionnel, c'est l'auxiliaire de l'exécutif liberticide qui est prêt à valider toute interdiction de manifestation pour délit d'apologie du terrorisme, par exemple, ou qui valide tous les états d'urgence. Ça, c'est pour la gauche.
Et la droite, elle, considère que l'État de droit est également problématique, ni sacré, ni intangible parce qu'il empêche de faire passer des lois sur l'immigration et parce qu'il évince la première candidate à l'élection présidentielle
de droite. Mais la droite qui est souvent dans des paradoxes puisqu'elle appelle très souvent à plus de fermeté, justement, de la part de la justice et là, qui dénonce un certain laxisme et là, pense que la justice serait orientée. Est-ce qu'il n'y a pas dans ce balancier dont tu parlais une perte d'équilibre de la part de cette droite, de cette extrême droite qui ne s'offusque que des décisions qui lui sont défavorables, finalement ?
Mais je renvoie exactement cet argument à la gauche qui est également dans un paradoxe incroyable vis-à-vis de son rapport à la justice et son rapport au droit. Dans un même temps, la gauche appelle à davantage de répression, des délits d'opinion, notamment tout ce qui concerne le négationnisme, l'antisémitisme, qui ensuite se retournent contre la gauche. Et donc, cette gauche, elle est prise aussi dans un paradoxe en appelant à davantage de répression et ensuite à s'offusquer des résultats de ces législations qui, en effet, criminalisent de plus en plus la liberté d'expression.
Et la droite est exactement dans le même paradoxe en appelant à davantage de répression pénale et ensuite à se retrouver victime de cette répression pénale. Donc, je pense qu'on peut renvoyer dans une certaine mesure dos à dos la gauche et la droite dans leur naïveté et leur étroitesse de vue vis-à-vis du droit.
Bélique, tu as envie de réagir ?
Oui. Alors, j'entends bien les arguments avancés par Eugénie, mais quand même, là, ce qui est en cause, ce ne sont pas les idées, les idéologies ou les discours soit du parti, soit des cadres ou élus du parti. Donc, ce n'est pas l'illibéralisme qu'il pourrait incarner qui est mis en cause. Ce sont des comportements relevant du droit pénal. Ce sont des incriminations pénales. Donc, c'est ça qui est sanctionné, en fait. Il y a un système de détournement de fonds publics qui est sanctionné, tout simplement, qui était condamnable au vu et au regard de la loi et qui a été condamné. D'ailleurs, peu de commentateurs,
si ça me permet, ont vraiment consulté dans le fond le jugement de ce procès qui fait plus de 150 pages. Je le rappelle, les juges évoquent la gravité des faits de 2004 à 2016, quand même, assez pharonique. Alors,
l'arrêt fait 150 pages. On peut comprendre que tout le monde ne l'ait pas lu in extenso, mais il suffisait de suivre quand même l'essentiel ou une majeure partie du procès pour constater effectivement, premièrement, la gravité des faits dans la mesure où ce n'était pas des incidents, des incohérences ou des pratiques qui pourraient relever d'une forme de désorganisation ou de naïveté. Non, non. C'était pensé, conçu, mis en place. Premièrement, et qui n'a pas eu, deuxièmement, de volonté de rompre avec un système qui, effectivement, n'avait pas été initié par Marine Le Pen mais par son père.
Et troisièmement, j'allais dire presque surtout un déni puisque le détournement de fonds publics, alors que les faits sont implacables et complètement rejetés par Marine Le Pen et tous ses bras droits. C'est-à-dire, il y a un système de défense judiciaire qui a consisté à ne pas reconnaître les faits et à ne pas reconnaître finalement la matérialité de l'incrimination. Et c'est ça qui a convaincu les juges d'ajouter l'exécution provisoire. Parce que c'est ça qu'on aurait pu discuter. Pourquoi l'exécution provisoire de la peine d'inéligibilité ? Tout simplement parce que, face au déni, les juges ont considéré qu'il y avait un risque de récidive.
Quand tu dénis le fait que tu as commis un acte répréhensible, bien sûr que tu risques de le reproduire puisque tu considères que ce que tu as fait ne relevait pas d'une incrimination. Donc voilà. Je veux dire, moi, j'entends le raisonnement très brillant de Génie qui procède de ses travaux et de ses réflexions qui méritent pour le moins d'être lues et connues. Mais là, en l'occurrence, en l'espèce, comme on dit, je ne crois pas que ce soit l'enjeu. Vraiment, là, ce qui s'est passé relève d'un ensemble de faits matériellement constatables et qui ont été condamnés à juste titre.
Génie, avant de te redonner la parole, j'aimerais qu'on écoute Marine Le Pen qui était sur le plateau de TF1 hier pour son opération de communication de crise, évidemment. Écoutons Marine Le Pen.
La magistrate a assumé très clairement de mettre en œuvre l'exécution provisoire de l'inéligibilité, c'est-à-dire en réalité de rendre mon appel inutile sur ce sujet pour m'empêcher de me présenter et d'être élu, dit-elle, à l'élection présidentielle. C'est donc une décision politique qui était en train d'être rendue. Il ne m'en fallait pas plus, j'avais compris. La présidente dit « Je vais rendre votre inéligibilité immédiate contrairement à l'État de droit. » Parce qu'en France, lorsque vous faites appel, l'appel est suspensif. L'appel annule en réalité le jugement de première instance, vous remet dans la situation d'être présumé innocent et l'affaire est rejugée.
Ce qu'elle fait là, c'est qu'elle dit « Je vais vous rendre inéligible » tout de suite et je le fais précisément pour vous empêcher de pouvoir être élue présidente de la République. Si ça, ce n'est pas une décision politique, je ne sais pas ce que c'est. Rapidement, Bélir, je le répète, l'application immédiate de l'inéligibilité, elle est due d'abord et avant tout au déni de Marine Le Pen.
Le fait qu'elle ne reconnaisse pas le fait que son comportement, ses actes étaient juridiquement, j'ajouterais moralement répréhensibles, c'est ça qui a motivé la décision de l'exécution provisoire, pas la perspective d'une élection de Marine Le Pen, encore que si tu permets l'élection d'une personne qui n'a pas conscience de ses actes, tu permets l'élection de quelqu'un de corrompu tout simplement.
Alors justement, Génie, selon les juges, permettre à une personne condamnée en première instance pour des faits aussi graves de se présenter à une élection présidentielle, créerait selon eux un trouble majeur à l'ordre public. Est-ce que tu es d'accord avec cela ?
Alors je n'ai pas spécialement envie de commenter sur le fond, même si je pourrais le faire en privé, parce que finalement, oui, on peut s'interroger en tout cas sur cette question de l'exécution provisoire, prévention de troubles à l'ordre public ou possibilité de récidive, mais en fait, je voudrais plutôt revenir à une critique sur la méthode d'interprétation du droit et la réflexion qui doit traverser le juge quant aux conséquences possibles des décisions de justice et donc la nécessaire intégration d'une forme de raisonnement conséquentialiste, en tout cas dans une certaine mesure, par le juge pour justement éviter ce qui est en train de se produire, c'est-à-dire une délégitimation de l'ensemble de l'institution judiciaire auprès de nos concitoyens et en fait, cette question du gouvernement des juges, si on revient sur la généalogie, aujourd'hui, cette notion, elle est reprise beaucoup par Marine Le Pen, mais en fait, au départ, le gouvernement des juges, c'était pour critiquer le tropisme judiciaire contre les législations sociales aux Etats-Unis.
C'est-à-dire qu'aux Etats-Unis, on a une Cour suprême qui est très, très activiste depuis très longtemps, depuis la fin du XIXe siècle et cette Cour suprême ne cessait à la fin du XIXe siècle d'invalider pour inconstitutionnalité toutes les législations sociales qui étaient adoptées par les différents Etats comme l'Etat de New York, par exemple, la limitation du nombre d'heures hebdomadaires des boulangers à New York. Bon, eh bien, la Cour suprême considérait que c'était inconstitutionnel parce que ça violait la liberté du contrat.
Et en fait, ce que nous dit Édouard Lambert en 1921 lorsqu'il prévient, lorsqu'il dit il faut absolument qu'en France, nous évitions d'avoir les juges, de donner aux juges trop de pouvoir, c'est parce que à partir du moment où les juges fondent la politique, tout s'écroule. et Roosevelt avait répondu en essayant de changer la composition de la Cour, le Cour de Packing et finalement, les juges, c'était dans une certaine mesure plié.
Mais aujourd'hui, si on a Trump aux Etats-Unis, c'est un retour direct de l'activisme judiciaire qui s'appelle l'offert et je pense que c'est à raison que dans le monde entier, il y a, que ce soit le New York Times qu'on ne peut pas taxer d'être pro-Marine Le Pen ou d'autres journaux, il y a quand même une émotion très très forte vis-à-vis de ce qui est en train de se produire parce qu'à partir du moment où la justice est produit des décisions qui ont des effets aussi politiques, ce qui se produit en retour de bâton, c'est justement du Trumpisme.
C'est justement une forme de remise en cause de l'ensemble de l'édifice extrêmement fragile sur lequel la séparation des pouvoirs avec cette indépendance du judiciaire est fondée.
Est-ce qu'il faudrait une justice d'exception pour éviter de se retrouver dans des cas pareils ? On ne peut pas, pour les citoyens, pour les justiciables ordinaires, j'ai envie de dire, ce serait difficile à entendre que la justice n'aille pas au bout de la lecture du droit et de la loi sous prétexte qu'elle aurait affaire à des politiciens ?
Alors ça soulève un autre enjeu qui est celui du financement de la vie politique. Et ça, c'est un enjeu beaucoup plus large qui pose question pas seulement au Rassemblement National mais à l'ensemble des formations politiques en France et puis dans toutes les démocraties représentatives. Ce financement de la vie politique, il se produit tout de même quasiment dans toutes les démocraties représentatives par des moyens qui sont extrêmement contestables et qui sont souvent à la limite de la légalité.
Et c'est la raison pour laquelle, si vous prenez les interdictions de partis politiques, les dissolutions de partis politiques, les peines d'inéligibilité dans le monde entier, elles se fondent généralement sur la violation des règles de financement des partis politiques parce que vous avez très souvent en effet une inflation normative excessive ou en tout cas extrêmement grande sur ces sujets-là qui crée une forme d'insécurité juridique pour les partis politiques qui est très très difficile en effet à respecter et qui peut ensuite être instrumentalisée sous forme de guérilla juridique pour interdire ces partis politiques-là.
Alors je sais bien que ce n'est absolument pas ce que vous voulez entendre et que vous aimeriez plutôt entendre peut-être qu'il n'y a là que vraiment une application du droit sans aucun équivoque possible mais ça soulève des enjeux beaucoup plus larges et beaucoup plus importants. C'est ça que j'essaie vraiment de vous dire ce soir. Bélie, réaction ? Moi, j'aurais préféré carrément que tu nous rappelles l'article 6 de la déclaration du 1789 qui pose le principe de l'égalité de tous devant la loi tout simplement. Pour moi, c'est là l'enjeu. C'est là l'enjeu.
Nous sommes tous égaux devant la loi depuis la déclaration de 1789 et si on comprend un peu le message subliminal d'un certain nombre de responsables politiques, c'est un retour à l'ancien régime d'une certaine manière qu'il souhaiterait. C'est-à-dire un système de privilèges, en tous les cas un régime dérogatoire qui existe déjà pour un certain nombre de politiques, notamment les ministres qui ont un régime particulier particulier puisqu'il y a une cour de justice particulière à leur égard. Le président de la République, je n'en parle même pas puisqu'il bénéficie d'un régime d'immunité durant l'exercice de son mandat, etc.
Donc il y a déjà une part de système dérogatoire à leur égard, mais il voudrait finalement que ça soit généralisé d'une certaine manière, ce qui renvoie fondamentalement à une représentation du politique. En vérité, c'est ça qui est en retour aujourd'hui à travers les prises de parole d'un certain nombre de responsables, y compris du Premier ministre lorsqu'il exprime son trouble. Il est troublé par le fait que des juges puissent poursuivre des politiques.
Fondamentalement, c'est ça qui revient en force avec l'idée en filigrane non seulement d'un primat du politique sur le droit, des politiques sur l'institution judiciaire et donc finalement une remise en cause fondamentalement de l'État de droit lui-même puisque l'État de droit, au-delà des différentes conceptions qui existent à son endroit, c'est l'idée que finalement nul n'est au-dessus de la loi. C'est encore une fois l'idée d'égalité devant la loi qui est vraiment en jeu aujourd'hui.
Et c'est ça que l'on pensait être acquis et qui en réalité est régulièrement remis en cause, y compris, et tu l'as dit, tu l'as évoqué à l'occasion de l'une de tes questions, y compris de la part de ceux qui en appelaient à une sévérité particulière à l'endroit des délinquants en général et des politiques en particulier. Et l'ERN avait construit une partie de son identité politique à travers ce discours particulièrement sévère à l'endroit de la corruption politique en considérant que lui était vertueux par définition et par exception. Aujourd'hui, finalement, c'est ça aussi qui est en jeu pour l'ERN lorsqu'on parlait de la portée politique de cette décision.
Il y a non seulement le nouveau statut de Marine Le Pen en tant que candidate empêchée ou a priori en vue de l'élection présidentielle de 2027, mais c'est aussi tout un discours du ERN qui s'effondre sous nos yeux, celui de la vertu politique.
Alors, juste une information qu'on vient d'apprendre. La Cour d'appel s'engage à rendre sa décision sur l'appel de Marine Le Pen d'ici l'été 2026, donc avant 2027, on vient de l'apprendre. J'aimerais juste avant de te redonner la parole qu'on écoute Marine Le Pen, tu parlais d'état de droit, elle parle clairement d'une décision qui arrive en violation de l'état de droit, ce que dit Marine Le Pen qu'on va écouter tout de suite.
Je crois que l'état de droit a été totalement violé par la décision qui a été rendue. D'abord, parce qu'encore une fois, elle empêche un recours effectif, ce qui est un droit qui est garanti par la Convention européenne des droits de l'homme. Deuxièmement, parce qu'elle considère que le fait de se défendre justifie l'exécution provisoire. C'est-à-dire que les droits de la défense, je le rappelle à ceux qui nous écoutent, c'est précisément le droit de se défendre.
Là, on nous dit le fait de vous défendre, le fait de faire état potentiellement de la prescription qui serait intervenue, eh bien, va faire en sorte que je vais aggraver de manière considérable votre peine au point de vous empêcher de pouvoir être... Mais madame, l'inéligibilité immédiate, elle est prévue par les textes. Vous-même, dans votre programme, deuxième point du programme de l'élection présidentielle, vous dites, il faut de la fermeté, il faut des peines planchées. On vous applique à vous ce que vous plaidiez hier. Non, monsieur. La loi Sapin 2, contrairement à ce que j'ai entendu beaucoup aujourd'hui, ne s'applique pas à cette affaire.
La loi Sapin 2 qui entraîne l'application automatique de l'exécution provisoire à l'inéligibilité a été écartée par la magistrate car cette loi est postérieure au fait qu'ils nous sont reprochés. Mais la magistrate... Tout à fait. Il y a une vingtaine de jours de recouvrement durant lesquels ce qui vous est reproché a été appliqué. Nous sommes en décembre 2016. Non.
Réaction, Eugénie ?
Oui, alors en effet, la loi Sapin 2 et les différentes lois de moralisation de la vie politique se sont accélérées, renvoyant à ce que je disais précédemment sur cette inflation normative qui peut-être aussi a été une forme d'escalade dans la répression et allait trop loin. C'est une possibilité que je soulève. Mais je voudrais qu'on prenne à nouveau un petit peu de recul. En fait, l'éléphant dans la pièce, si on traduit de l'anglais en tout cas, c'est la question du rôle que le droit doit jouer dans la prévention de la montée de l'autoritarisme et en particulier de l'arrivée au pouvoir de certains partis d'extrême droite. C'est ça.
On est vraiment dans un questionnement qui est celui-ci et c'est un questionnement extrêmement complexe. C'est une question extrêmement délicate parce qu'en effet, en général, le remède produit le mal. Et c'est ça que j'essaie de dire depuis tout à l'heure. Si on sort de l'affaire et qu'on pense à ce qu'on appelle la démocratie militante, c'est l'idée que la démocratie doit pouvoir se défendre par le droit. C'est-à-dire, il faut mettre en place des moyens juridiques pour qu'un certain nombre de partis politiques anticonstitutionnels, extrémistes, liberticides, etc., n'arrivent pas au pouvoir. C'est ça l'idée de la démocratie militante.
Donc, par exemple, on va donner à une cour constitutionnelle ou à une cour spéciale des moyens d'empêcher certains partis politiques d'arriver au pouvoir par la dissolution ou par l'inéligibilité. Et ce qu'on voit en règle générale, c'est que cette démocratie militante, quand elle est appliquée, donc l'idée, elle nous vient de l'expérience nazie, c'est-à-dire, est-ce qu'on aurait pu empêcher les nazis d'arriver au pouvoir ?
Cette démocratie militante-là, partout où elle est appliquée, elle produit exactement les effets inverses et au contraire, elle produit un retour de balancier avec des aventures de plus en plus populistes et une escalade vers davantage d'autoritarisme et davantage de détricotage de l'État de droit. S'il n'y avait pas eu une bataille judiciaire extrêmement importante aux États-Unis entre Trump et les juges fédéraux plutôt que la Cour suprême, on n'en serait pas là aujourd'hui avec un Trump qui décide de faire fi de l'ensemble de l'édifice juridique.
Donc, il faut savoir, je pense, dans le moment historique qui est le nôtre, il faut savoir prendre un petit peu de hauteur de vue et ne pas s'engager dans une forme de bataille binaire sur le rôle du droit qui nous emmène tout droit vers une remise en cause de part et d'autre, de la part de la gauche et de la part de la droite, de l'ensemble de l'édifice du consensus extrêmement fragile dans lequel nous vivons aujourd'hui.
Vous avez Jean-Éric Schuttel qui est l'ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel qui propose de sortir complètement de l'État de droit, c'est-à-dire sortir des traités européens et qui, là, a fait tribune sur tribune dans Le Figaro et dans Marianne pour dénoncer une décision contraire à l'État de droit dans la mesure où, selon lui, ça a été repris par Jordan Bardella ce matin, selon lui, le tribunal correctionnel n'a pas suivi la QPC du Conseil constitutionnel qui disait qu'il fallait que le juge pénal prenne en cause, prenne en considération les conséquences possibles de cette décision, en particulier sur la liberté de l'électeur.
Voilà, c'était une QPC du 28 mars dernier et donc, Jean-Éric Schuttel a mobilisé cet argument-là un petit peu partout. Ça a été repris par le Rassemblement national. En tout cas, on voit bien que même chez des personnes qui sont des praticiens du droit qui ont été vraiment les chevilles ouvrières du Conseil constitutionnel, on remet en cause complètement l'édifice exactement comme Bruno Retailleau l'a fait. Donc là, on est dans un moment très très dangereux et très glissant et c'est la raison pour laquelle je pense cette décision de la Cour d'appel, ce qu'on vient d'apprendre de rendre cette décision avant l'élection présidentielle est extrêmement importante et bienvenue. Bienvenue.
Oui, c'était l'une des solutions en fait pour le coup politiques, même si elle est judiciaire. Mais c'est finalement un compromis de nature politique qui vient d'être trouvé dans le calendrier qui nous est annoncé. Et c'était l'une des deux portes de sortie de cette crise qui s'annonçait. Donc garantir un procès en appel à l'été 2026, donc bien avant l'élection présidentielle. Et la deuxième hypothèse, qui était possible au moins théoriquement, c'est l'adoption par le législateur d'une loi pénale plus douce et donc rétroactive et qui aurait remis en cause finalement alors pas l'inéligibilité mais l'exécution provisoire.
Mais Vélis, je me permets de me faire un peu le relais parce que je sais à peu près quels vont être les commentaires. Est-ce que ce n'est pas d'une certaine façon aussi un traitement de faveur ? On sait que cet affaire s'inscrit dans le sillage de d'autres précédents judiciaires impliquant des partis politiques, des individus. Je parlais en début d'émission du cas Nicolas Sarkozy. On voit quand même qu'il y a cette même ligne de défense de l'injustice ou de la politisation de la justice. Est-ce que du point de vue du citoyen, est-ce que cette façon d'arranger le droit et la loi n'est pas problématique ?
Là, il n'y a pas de distorsion du droit ni des procédures. Il y a juste une volonté d'accélérer le calendrier. Alors effectivement, c'est peut-être un avantage reconnu ou statut de Marine Le Pen et surtout de la partie politique de la décision qui vient d'être rendue. Mais il y a aussi un avantage pour le citoyen lui-même de voir finalement définitivement clarifier cette situation. Donc on retombe un peu sur nos pieds de démocrate également sans rompre avec l'état de droit dans la décision ou l'engagement qui vient d'être pris. Donc non, je n'y vois pas de problème.
Je trouve que c'est une preuve de pragmatisme au regard de la crise politique et institutionnelle qui risquait de s'ouvrir avec cette décision encore une fois fondée en droit mais qui méritait eu égard à sa portée politique qu'il faut reconnaître aussi de manière objective peut-être un effort du point de vue du calendrier judiciaire. Donc ce pragmatisme-là il est de bonne alloi et je ne crois pas que ça soit propice à une quelconque polémique contraire.
Eugénie, je te pose la même question. Est-ce qu'un ancien président de la République tout Nicolas Sarkozy soit-il est-ce qu'une candidate à la présidence de la République arrivée deuxième à la dernière élection est-ce qu'ils sont des justiciables est-ce qu'ils doivent être traités comme des justiciables comme tout justiciable ?
C'est une question qui la manière avec laquelle elle est posée je n'ai pas beaucoup d'options pour y répondre autrement qu'en disant évidemment que ce sont des justiciables comme les autres mais encore une fois il y a des décisions qui ont des portées politiques importantes si vous avez demain dans la rue des millions de manifestants je ne dis pas que c'est ce qui va se produire en France mais c'est ce qui s'est produit au Brésil c'est ce qui s'est produit en Thaïlande c'est ce qui s'est produit dans de nombreux pays où vous avez des candidats qui ont favori à la présidentielle ou à l'élection parlementaire qui ont été rendus inéligibles peu avant l'élection vous avez eu en effet des manifestations avec ensuite un conflit extrêmement fort à l'égard des institutions parfois des violences et ça n'est jamais bon pour une démocratie d'avoir une partie de la population qui est en conflit frontal avec ces institutions d'autant plus c'est déjà le cas en même temps la défiance en France est telle vis-à-vis des institutions elles-mêmes qu'en vérité ça ne dépend pas ni de cette décision ni du destin de Marine Le Pen alors le RN était plutôt critiqué beaucoup moins les juges avant de la même manière non on voit on voit clairement là depuis depuis quelques temps depuis quelques mois que la remise en cause de l'état de droit c'est une nouvelle fenêtre d'Overton qui s'est ouverte qui n'était pas du tout ouverte auparavant même en 2022 même en 2021 nous n'avions pas un Bruno Retailleau disant que l'état de droit n'était ni sacré ni intangible donc là le glissement il est extrêmement rapide extrêmement rapide exactement comme ce qui s'est passé aux Etats-Unis où de la même manière la remise en cause des institutions elle s'est produite de manière extrêmement rapide par rapport à ce qu'on avait il y a encore deux ans donc je ne suis pas du tout d'accord avec vous ou avec toi en tout cas à dire que cette défiance finalement elle est là depuis très longtemps elle n'est pas accentuée par ce qui est en train de se jouer je pense qu'elle n'était pas associée à l'idée d'état de droit mais en fait elle a toujours été présente dès lors que c'était des hommes politiques ou des femmes politiques qui étaient visées ou ciblées qui faisaient l'objet d'une décision de justice il suffit de rappeler les réactions aux premières condamnations de Nicolas Sarkozy il y a eu la même la même virulence quant aux commentaires de ces décisions de justice si on remonte au cas Fillon alors qu'il n'y avait pas encore de décision de justice il y a eu juste une enquête ouverte et puis des révélations surtout qui ne l'ont pas empêché d'aller jusqu'au bout qui ne l'ont pas empêché alors même qu'il a été in fine condamné par la justice tout cela s'est accompagné également de commentaires politiques assumés de responsables non négligeables lui compris ancien premier ministre contre la justice et finalement la légèreté dont elle ferait montre donc non non je pense que fondamentalement on n'a pas véritablement progressé contrairement à ce qu'on pouvait penser du point de vue du rapport entre le pouvoir politique et du droit ou du régime juridique qui lui serait applicable et derrière bien sûr le rapport entre le politique et la justice sauf qu'aujourd'hui il y a une familiarité en tout cas une vulgarisation du concept d'état de droit qui fait qu'on associe cette problématique à travers la question de l'état de droit mais fondamentalement on en est toujours à cette question fondamentale du rapport du politique au droit est-ce qu'il faut ou non lui reconnaître un statut particulier c'est-à-dire dérogatoire malgré le principe d'égalité devant la loi
en tout cas depuis cette condamnation on a vu des archives refaire sur face des archives assez accablantes pour Marine Le Pen on regarde
moi j'ai entendu le président de la république dire oui ce qu'il faudrait c'est rendre inéligible la vie ceux qui ont été condamnés jusque là j'étais parfaitement d'accord c'était dans mon projet présidentiel pour corruption et fraude fiscale ah bon et pourquoi pas le reste mais alors pourquoi pas pour favoritisme pourquoi pas pour détournement de fonds publics pourquoi pas pour emploi fictif ah bah c'est sûr que là ça ferait tomber un certain nombre de personnes au parti socialiste et y compris le chef du gouvernement qui donc ne pourrait pas être à la place à laquelle il est quand allons-nous tirer les leçons et effectivement mettre en place l'interdiction de l'inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l'occasion de leur mandat
alors Marine Le Pen prise en flagrant délit de contradiction dix ans plus tôt Eugénie comment expliquer que malgré ce contexte et des preuves assez accablantes les électeurs du RN on l'entend continuent de défendre et d'adhérer fortement à cette thèse d'un verdict politique sans faire de critique sur le fond je sais que tu ne voulais pas forcément rentrer dans le fond de cette affaire mais il y a des compromissions claires qui ont été soulevées par ce procès et pourtant le soutien à Marine Le Pen semble toujours aussi fort
Il faut aller lire les commentaires sous les articles au Figaro à Marianne à Valeurs Actuelles etc. et vous verrez que l'argumentaire est sensiblement toujours le même c'est-à-dire que tous les partis politiques trouvent des moyens pour se financer que les assistants parlementaires de Bruxelles sont un moyen un secret de polichinelle depuis très très longtemps alors pourquoi est-ce que c'est uniquement le Rassemblement National alors qu'au Modem on n'a pas eu d'exécution provisoire etc.
Donc ce sont des arguments qui reviennent sans cesse chez les électeurs de Marine Le Pen qui considèrent que nous sommes là face à une accusation politique qui vise à retirer Marine Le Pen leur candidate de la ligne de départ pour l'élection présidentielle parce qu'elle a toutes les chances de gagner et donc ça dans une certaine mesure quand Jordan Bardella ou Marine Le Pen disent que ça va venir renforcer l'électorat RN je pense qu'ils ont quand même dans une certaine mesure raison c'est-à-dire que la défiance qui peut s'exprimer par le vote RN ici va trouver un renforcement très net justement vis-à-vis d'un système que les électeurs considèrent comme profondément politisé et anti-RN mais alors bien sûr j'entends l'argument et je vois poindre le spectre d'ailleurs c'est ce qu'exprime d'une certaine manière Jean-Luc Mélenchon si je l'ai bien compris en disant voilà le RN c'est notre ennemi politique et notre confrontation comme notre victoire devra se traduire d'abord politiquement et on ne doit pas compter sur l'interjection du pouvoir judiciaire et que c'est sur le plan politique qu'il faut combattre et vaincre le RN et pas sur le plan judiciaire
alors il y a une erreur parce qu'il parle de révocation de mandat et qu'il ne faut pas révoquer des mandats d'élus alors que là pour le coup Marine Le Pen garde son mandat de député
oui alors il y a aussi
cet aspect mais de toute façon
il faut faire attention avec ce type de raisonnement parce que malgré tout c'est aussi une manière de poser la question de savoir alors comment on fait face au comportement des politiques enfin je veux dire très bien bien sûr que en tant que politique la bataille se mène d'abord sur le plan programmatique idéologique etc mais ça ne doit pas signifier que leur comportement doit bénéficier d'une forme d'immunité civile pénale etc donc c'est limité en fait comme raisonnement même si on l'entend tous bien sûr qu'il faut d'abord combattre le RN sur le plan politique et idéologique mais ça ne doit pas s'accompagner d'une forme d'aveuglement sur le comportement pénalement répréhensible de ses leaders
en tout cas la Macronie semble avoir trouvé la solution puisque François Bayrou propose de remettre en question l'exécution provisoire il s'exprimait cet après-midi devant les parlementaires
il y a un conflit d'intérêts
et oui et il déclare qu'il faut une réflexion sur l'exécution provisoire qui je le cite fait que des décisions lourdes et graves ne sont pas susceptibles de recours François Bayrou donc suivi par son ministre de la justice de la justice d'Armanin qui en appelle presque la justice à être arrangeante vis-à-vis de Marine Le Pen on l'écoute
hier en effet une décision de justice importante a été rendue elle concerne madame la présidente Le Pen comme de nombreux membres du rassemblement national nous avons à constater dix jours vous le savez pour que l'ensemble des personnes qui le voudraient puissent interjeter appel cet appel est de droit et je veux rappeler ici comme ministre de la justice que tout citoyen que toute citoyenne doit pouvoir faire valoir son droit au recours à être jugé par une cour d'appel et je souhaite personnellement que si madame Le Pen interjette recours ce délai de jugement nouveau à la cour d'appel de Paris puisse être organisé dans un délai le plus raisonnable possible avec l'esprit dans lequel madame Le Pen va interjeter appel
voilà déclaration qui arrivait donc avant la décision de la cour d'appel de statuer sur l'appel avant 2027 on apprend aussi cet après-midi qu'Éric Ciotti veut déposer une proposition de loi pour supprimer les peines d'inéligibilité avec effet immédiat Eugénie est-ce que cette façon d'aménager la loi pour complaire à l'agenda politique n'est pas tout de même dangereuse
alors si on revient sur les lois de 2013 la création de la haute autorité pour la transparence de la vie publique sur la loi Sapin 2 sur la loi de 2017 toutes ces lois de moralisation de la vie publique elles faisaient suite à des affaires donc on peut s'attendre et c'est tout à fait normal à ce que demain nous ayons aussi des propositions de loi et des projets de loi qui visent à répondre directement au moment politique que nous sommes en train de vivre je voulais revenir en fait sur ce qu'a dit monsieur Jean-Luc Mélenchon
on sent quand même un peu un certain embarras à gauche notamment chez les insoumis oui où on semble être un peu mitigé sur cette décision
justement c'est parce que cette question elle est délicate et je pense qu'il faut ici dans une certaine mesure saluer cette réaction nuancée de la part des insoumis sur cette question là parce que cette réaction elle se nourrit en effet des exemples étrangers en particulier des exemples d'Amérique latine où vous avez de nombreux dirigeants politiques très populaires plutôt de gauche qui ont été évincés de la course à la présidentielle pour des motifs que l'on dirait de France volontiers politiquement motivés mais enfin ils ont le même débat là-bas que nous avons que l'on dirait nous en France politiquement motivés mais que par exemple au Brésil en Équateur évidemment sur les plateaux de télévision ils ont les mêmes discussions que nous elles se font des endroits donc on voit très bien que notamment sur la question du financement de l'activité politique financement de l'élection financement de campagne financement de partis politiques c'est toujours très simple finalement de d'avoir de commettre des infractions donc c'est encore une fois cette question de la sécurité juridique et ensuite la question et vers vers quel parti politique vers quelle formation politique les juges se tournent alors je sais que là je suis en train de marquer est-ce que c'est pas plutôt la marge d'appréciation du juge que tu questionnes ce que je je voudrais juste terminer plutôt que le fait qu'on pouvait facilement commettre des actes répréhensibles par la loi sans le savoir c'était quoi l'expression du cycliste non je l'appelle à l'insu de son plein gré voilà c'est ça donc en tout cas il y a cette expérience internationale qui est appelée décriée comme étant du l'offert qui nous informe sur les dérives possibles de la tentation de donner au pouvoir judiciaire les moyens de s'opposer à l'éligibilité de certains candidats de prononcer leur destitution voire de dissoudre des partis politiques donc je pense que c'est en ce sens là qu'il y a chez les insoumis en effet qui est une position que je partage une forme de nuance vis-à-vis de ce qui est en train de se passer juste un mot juste un mot pour le rappeler même si ça peut paraître évident ce ne sont pas les juges qui ont créé l'incrimination et la sanction absolument l'inéligibilité et l'exécution provisoire c'est le législateur donc les politiques qu'on a vu défiler avec des positions plus ou moins critiques par rapport à la décision mais il n'empêche je veux dire par là et peut-être qu'à cause du brouhaha certains de nos concitoyens ne voient pas la chose aussi clairement mais en fait il faut le rappeler l'inéligibilité ce n'est pas le juge qui a créé cette sanction qu'il aurait sorti de son chapeau non non c'est le législateur donc la loi et donc les politiques qu'on a élus nos représentants qui ont institué cette nouvelle incrimination et surtout l'exécution provisoire
deux questions deux dernières questions et réactions rapides
excuse-moi c'est en cela qu'on ne peut pas opposer aussi automatiquement état de droit et démocratie la loi en question elle procède de la démocratie
Marine Le Pen soutenue à l'international on l'a vu par l'international d'extrême droite entre Orban Trump Poutine Bolsonaro qui ont tous réagi
la dream team
et qui pointent quasiment tous une justice orientée c'est une constance des courants conservateurs Eugénie ?
alors c'est une constance des démocraties illibérales en effet de s'attaquer au juge ça c'est c'est vraiment un élément clé mais comme je l'ai dit j'ai mobilisé l'exemple de l'Amérique latine je peux parler de l'Asie aussi si ça vous intéresse où nous avons des formations plutôt de gauche des formations politiques plutôt progressistes qui sont également victimes de juridiction constitutionnelle de juridiction suprême qui en appellent aussi également à qui dénoncent aussi une forme de politisation de la justice seulement ces formations-là évidemment ne se sont pas fendues d'un communiqué en défense de Marine Le Pen parce que les accointances politiques ne sont pas présentes mais en tout cas vous avez un phénomène qui ne touche pas uniquement si vous voulez les formations politiques de droite et dans les démocraties vous avez des démocraties illibérales qui sont qui s'attaquent aux formations de gauche et des démocraties illibérales qui s'attaquent aussi aux formations de droite donc vous avez finalement dans tous les cas cette question-là qui se pose
rapidement Bélique puisqu'on arrive à la fin de cette émission on a vu un rapprochement assez concret entre la Macronie et l'extrême droite dans un scénario de politique fiction si Marine Le Pen si sa condamnation était confirmée est-ce qu'on peut imaginer une grâce présidentielle d'Emmanuel Macron ?
Oula je pense pas qu'il soit en position politiquement confortable ou en tout cas avec la légitimité que supposerait une telle décision par contre le rapprochement pour reprendre l'expression que tu utilises en question s'explique d'abord et avant tout la dépendance du gouvernement vis-à-vis du RN à l'Assemblée espèce de trouble qu'a exprimé le Premier ministre Bayrou à l'endroit de la décision de justice elle s'explique d'abord et avant tout par son propre sort par son propre destin politique puisque celui-ci dépend en grande partie de la bonne volonté si j'ose dire de Marine Le Pen
le mot de la fin est génie
alors Marine Le Pen a cité Montesquieu ça me peine beaucoup il n'y a pas de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice et ça m'a rappelé toute mon expérience passée dans des démocraties illibérales asiatiques où cette citation était également agitée par tous les candidats malheureux aux élections et donc c'est intéressant de voir à nouveau cette convergence il y a très longtemps j'ai alerté sur le fait que la France prenait cette direction des démocraties illibérales que l'on retrouve plutôt à l'Est et on retrouve en effet ces mêmes discours et ces mêmes défenses qui sont mobilisées aujourd'hui en France donc ça n'augure rien de très bon pour demain
merci beaucoup Eugénie Mériot merci Belir Nabli et merci à vous de nous avoir suivis merci d'avoir regardé au coeur de l'actu sur votre free box sur Molotov ou sur notre chaîne Youtube le média 24 7 et sur lemédiatv.fr n'hésitez pas à nous laisser un commentaire si vous nous avez regardé sur Youtube ou bien à nous envoyer par mail votre réaction si vous nous avez regardé à la télévision si vous en avez les moyens soutenez-nous soutenez notre travail un journalisme indépendant des pouvoirs politiques et de l'argent en allant sur lemédiatv.fr slash soutien restez connectés au média Sous-titrage Société Radio-Canada
Marine Le Pen