Jean-Luc Mélenchon et Dieu | INA adn
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
D'abord, je suis extraordinairement respectueux de toute religion. Je pense que la religion est ce qu'il y a de plus important. Il y a une formule qui n'est ni catholique, ni protestante, que j'aime infiniment, c'est la formule d'un rabbin. Ce qu'il y a de plus important, c'est Dieu, qu'il existe ou qu'il n'existe pas. Ça, je le crois profondément. Donc, je crois que plus que toute politique, évidemment, que toute littérature, évidemment, mais plus même que l'art, probablement, ce qui élève l'homme, c'est ce qu'il croit.
Votre commentaire. Je dois faire un commentaire ? À votre guise. Moi, j'ai connu Jean-Dormesson à un moment particulier de sa vie, donc je n'ai pas connu l'éditorialiste réactionnaire qu'il a été pendant des années. Je l'ai connu à une époque où il s'était détaché de beaucoup de choses et il s'est créé entre nous un petit lien de sympathie, amusé, de sa part. Et pour être franc, oui, j'ai conçu tout de suite beaucoup d'affection pour lui, mais je crois qu'il y a plein de gens comme moi. Et puis, il avait un tel humour. Mais c'est la question, vous verrez que je parle de Dieu. Je ne préfère pas. Je suis entouré de gens croyants. Je comprends quelle fonction joue la foi.
La foi n'a pas besoin de raisonnement. C'est une forme de certitude à laquelle accèdent les gens par des canaux affectifs et pensés qui sont très spécifiques. Si vous voulez que je me fasse comprendre plus simplement, quand vous écoutez de la musique, dites-moi de quoi parle la musique. Vous ne le savez pas, mais vous avez la certitude que ça parle. Ça dit quelque chose à propos d'une réalité que seule la musique va exprimer. De la même manière, si vous regardez un tableau abstrait, le tableau abstrait vous parle, alors qu'il ne représente rien. Mais il vous suggère une harmonie, un jeu, des couleurs, des formes, et votre cerveau l'interprète dans un registre que d'habitude il n'utilise pas.
Les mots ne sont pas tous. Les mots sont beaucoup. Il n'y a pas de pensée sans les mots. Mais il y a d'autres aspects de la réalité à laquelle on accède par d'autres fonctions intellectuelles et mentales. Ceux qui accèdent à la foi n'ont pas besoin de nos raisonnements. Étant entouré de gens qui croient, que j'aime et que je respecte, je ne ferai plus les mauvaises blagues de ma jeunesse, où nous étions assez grossièrement anticléricaux, au point d'être offensants pour ceux qui croyaient. Non, ça je ne le ferai plus. Et j'ai adoré tout ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon pour essayer de se sortir de l'impasse dans laquelle vous voyez bien que moi aussi je suis enfermé.
Est-ce que ça s'apparente un peu ce que vous venez de dessiner, Jean-Luc Mélenchon, aux forces de l'esprit évoquées par François Mitterrand lors de ses derniers voeux aux Français ?
Oui, ça ne m'a pas choqué. On m'a dit « Ah, vous croyez aux forces de l'esprit ? » Oui, de toute façon, vous savez, j'admets que j'ai eu un côté un peu, et j'ai toujours un côté un peu inconditionnel à l'égard de François Mitterrand. Je m'en amuse parce que, si vous voulez, dans le monde politique, les gens sont extrêmement frivoles. Ils passent d'une mode à l'autre. Ils brûlent ce qu'ils ont adoré. Ils adorent ce qu'ils ont brûlé. Donc, si vous voulez, quand vous tenez tête sur la mémoire de François Mitterrand, il y a toujours des moments agréables. C'est que parmi une poignée de lâches qui ne disaient rien, tout d'un coup, il y en a un qui dit « moi aussi ». Bon, bref.
Alors, quand il a parlé des forces de l'esprit, je me suis reconnu dans ce qu'il disait. Je suis incapable de vous dire ce que ça peut bien vouloir dire, mais je pense comme lui. Je t'aurais pas alors fini.
Je t'ai fait du tout. Je t'ai fait du tout. Je t'ai fait du tout. Je t'ai fait du tout.
Jean-Luc Mélenchon