Application provisoire du Mercosur : «La France est devenue le paillasson de l’Europe» souligne Céline Imart
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Effectivement, Céline Imard, bonjour. Bonjour Charles Huillier. Trahison, bras d'honneur, passage en force, les mots utilisés depuis hier par les syndicats agricoles sont durs. On parle bien sûr du Mercosur. Alors Céline Imard, en plus d'être eurodéputée, vous êtes exploitante agricole dans le Tarn. La question, elle est simple, Céline Imard. La France s'est-elle fait balader par Ursula von der Leyen ?
La France est devenue le paillasson de l'Europe. C'est le pays sur les intérêts desquels on peut s'asseoir allègrement et puis continuer à donner un cap à l'Europe sans la France. Parce que la France est beaucoup trop affaiblie, encore une fois. Elle a une trajectoire budgétaire délirante, encore une fois. Et finalement, aujourd'hui, quand la France n'arrive pas à trouver des alliés et souhaite poser ses intérêts stratégiques, elle n'est plus écoutée. Donc Ursula von der Leyen a agi, malheureusement. D'abord, c'était le mauvais moment. En pleine semaine du salon de l'agriculture, effectivement, sur le plan symbolique, c'est quand même très violent.
Et puis, elle a agi aussi pressée, poussée par le chancelier Mertz, poussée par d'autres chefs d'État. Et donc, nous, on savait dans la bulle bruxelloise, on savait que dès que deux ou trois pays du Mercosur auraient ratifié cet accord, elle ferait entrer l'accord de manière provisoire.
Alors, pardonnez-moi, Céline Imar, quand Emmanuel Macron déclare hier que c'est une surprise pour lui, du coup, il se moque de nous ?
Alors, peut-être que c'était une surprise qu'elle annonce aujourd'hui plutôt que la semaine prochaine, que lundi ou mardi en plein salon. Mais pour quiconque travaille un petit peu dans les couloirs à Bruxelles, le murmure, le bruissement était quand même assez clair. On savait que dès qu'elle aurait obtenu la ratification par l'Argentine, par l'Uruguay, elle le mettrait en vigueur de manière provisoire et poussée aussi par d'autres chefs d'État.
Bon, je rappelle, Céline Imar, quand même, que cette application aurait dû être suspendue tout simplement parce que la Cour de justice européenne avait été saisie par le Parlement européen. Y a-t-il, en plus de tout ce que vous décrivez, une sorte d'atteinte à la démocratie ?
Oui, complètement. Je pense qu'il faut distinguer deux choses. La première, c'est la légalité et la deuxième, c'est le respect de l'esprit de la démocratie. Sur la légalité, aujourd'hui, la Commission européenne bénéficie en fait du fait qu'elle a la compétence totale, exclusive sur le commerce extérieur. Donc, légalement, ce qu'elle a fait, mettre en vigueur le traité de manière provisoire comme cela avait été fait pour le Canada, légalement, elle en avait le droit. Mais politiquement, démocratiquement, c'est une faute très très lourde.
On a aujourd'hui le Parlement européen qui est seulement le Parlement européen qui a pu s'exprimer par un vote, puisque les parlements nationaux, je le rappelle, ont été sortis de tout le processus de ratification par une scission artificielle. Et on a quand même ce vote des députés européens où on arrive à bloquer un petit peu le traité à dix voix près. Et là, elle passe complètement par-dessus le vote du Parlement européen. Donc, démocratiquement, politiquement, c'est très violent, encore une fois. C'est une faute démocratique très très lourde.
On a énormément de sujets à aborder avec vous, Céline Imard. Et je rappelle que vous êtes eurodéputée en direct ce matin sur Europe 1. Le salon de l'agriculture s'achève demain. On n'a pas encore les chiffres définitifs, mais on sera sur une baisse d'environ 20% niveau fréquentation. C'est du jamais vu. Certains exposants ne rentreront même pas dans leurs frais. Comment vous l'expliquez, vous, l'agricultrice du Tarn ? Faut-il y voir un désintérêt du public pour la cause agricole ? Est-ce que je ne pense pas ? Est-ce dû à l'absence de bovins ? Faut-il y voir un problème dans l'organisation ? Comment vous lisez ce phénomène, Céline Imard ?
Non, non, non. Effectivement, je pense qu'il ne faut pas aller chercher midi à 14h sur ce sujet. Je pense que c'est l'absence de bovins. C'est vrai qu'on avait un hall 1 un peu vide. C'était assez... Même visuellement, c'était surprenant. Et je pense que c'est tout simplement le fait qu'on n'ait pas eu les animaux cette année qui fait que le grand public est moins venu. Non, je ne pense pas qu'il y ait... D'abord, ce n'est pas une mauvaise organisation. Le salon était très, très bien organisé. Et ce n'est pas une désaffection, je pense, du grand public avec le monde agricole. On continue à sentir beaucoup d'intérêt, de curiosité pour les problématiques agricoles.
Donc, je ne pense pas qu'aujourd'hui, il y ait une rupture du lien entre les Français et les agriculteurs.
L'un des faits marquants de cette semaine politique a été sans conteste le meeting de Jean-Luc Mélenchon à Lyon. La France insoumise qui, ça y est, s'est confirmée officiellement et classée à l'extrême gauche de l'échiquier politique. C'est le Conseil d'État qui l'a décidé. C'est un message qui, d'un point de vue symbolique, est fort à deux semaines des municipales. Céline Imard ?
Oui, symboliquement, c'est fort. Mais malheureusement, ça ne fait que ratifier qu'aujourd'hui, la violence est devenue le mode opératoire, le modus operandi encouragé par LFI. L'inversion des valeurs et l'inversion du sens du mot résistance, aujourd'hui, fait partie complètement du paradigme mental de LFI. Et je crois qu'il cherche, de manière bien évidemment, à fragmenter la société et à la chauffer à blanc. Donc, c'est une confirmation et malheureusement pas une découverte.
Et alors, ça c'est important. Il nous reste une minute, Céline Imard. Et j'aimerais beaucoup aborder ce sujet avec vous. Les groupuscules satellites de la France insoumise, notamment la jeune garde, auraient-ils leur place dans cette liste noire que vous voulez éditer ? Une liste européenne des groupuscules dangereux, notamment pour l'ordre public ?
Oui, absolument. Et c'est très important qu'ils y figurent, parce qu'aujourd'hui, on a des appels à les classer dans la liste des organisations terroristes. Mais rentrer la jeune garde dans la liste des organisations terroristes, ça va être très difficile, juridiquement, de le prouver, que la jeune garde est l'équivalent et remplie des mêmes critères que Daesh. Donc là, il faut combler un angle mort. Aujourd'hui, entre les organisations terroristes stricto sensu, et les organisations ultra-violentes, extrémistes, comme la jeune garde.
Et aujourd'hui, cet angle mort, il faut absolument le combler par la création d'une liste noire, pour exclure ce genre de groupe de tous les financements, et surtout prévenir, organiser la coopération policière et des services de renseignement, et les mettre sous surveillance accrue. Ce qui s'est passé avec Quentin, il ne faut plus le revivre.
Il y a également tous ces groupuscules éco-terroristes qui vandalisent parfois des exploitations agricoles, tous ceux qui, par exemple, à Sainte-Soline, voulaient, pardon, casser du flic. Est-ce que tous ces gens-là sont au moins aussi dangereux que la jeune garde ? Les éco-terroristes ?
Oui, certainement. Certainement qu'ils sont aussi dangereux, mais dans tous les cas, il faut aussi, on peut partir des dissolutions qui sont fondées sur le Code de la sécurité intérieure. Je rappelle que Bruno Retailleau a dissous la jeune garde, que Gérald Damanin avait tenté, même si ça n'a pas été validé par le Conseil d'État, de dissoudre les soulèvements de la terre. Et donc, il faudrait aussi pouvoir rentrer dans cette liste européenne. Et bien, tous ces mouvements qui ont réuni les critères pour qu'au niveau national, la dissolution soit plus qu'envisagée.
Merci beaucoup, Céline Imard, d'avoir été avec nous sur Europe 1 ce matin. Je rappelle que vous êtes eurodéputée et agricultrice aussi dans le Tarn.
Céline Imart