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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 30 septembre 2025 26 min

Loïc Hervé : « Le RN et LFI veulent faire trébucher le gouvernement et nos institutions »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Louis Carvey. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous, sénateur centriste de la Haute-Savoie, vice-président du Sénat. Vous avez organisé notamment hier un colloque sur l'intelligence artificielle ici au Sénat. On va en parler dans quelques instants. Et on va revenir sur l'actualité, sur l'actualité internationale, sur Sébastien Lecornu. Mais d'abord, on va regarder ensemble trois titres de presse régionale. D'abord, la une de la dépêche, les salaires pour sortir de la crise.

Le Premier ministre qui voudrait résoudre la difficile équation du budget, éviter la censure en accompagnant son plan d'économie de mesures destinées à revaloriser les salaires et à rapprocher le net du brut. La deuxième une, c'est celle du Télégramme. Sommet au Danemark, le spectre des drones. Emmanuel Macron qui se rend jeudi dans le pays pour un sommet de la communauté politique européenne alors que le pays est survolé depuis plusieurs jours par deux mystérieux drones. Et puis la dernière une, c'est celle de la Provence. L'enfer du krach. Les associations qui viennent en aide aux consommateurs de drogue tirent la sonnette d'alarme. Le krach est désormais omniprésent en ville.

Quelle une avez-vous envie de commenter ?

1:12
Loïc Hervé

Je prends celle de la dépêche du midi parce que la question des salaires est une question absolument centrale dans notre pays sous deux angles. L'angle d'abord du pouvoir d'achat. On sait que c'est aujourd'hui quelque chose de très important pour nos compatriotes, notamment pour les bas salaires. Donc l'augmentation des salaires, c'est le préalable à toute augmentation du pouvoir d'achat. Et aussi pour les entreprises, puisque vous savez qu'il y a une vraie différence entre le brut et le net. Il s'agit de rapprocher les deux.

Et donc ça va avec ces mesures évoquées par Sébastien Lecornu auprès des dirigeants de ce qu'on appelle le socle commun, d'être en capacité de baisser un certain nombre d'impôts et de charges, surtout de charges, qui répondraient aussi à une demande importante dans le pays. La question salariale est une question absolument centrale. Dans la période politique actuelle, on a du mal à aborder des sujets de fond, autre que des sujets polémiques, mais celui-là me paraît un sujet absolument essentiel.

2:09
Présentateur

Concrètement, hier, il s'est dit ouvert au débat sur plus de justice fiscale. Il veut ne pas abîmer la croissance et l'emploi. Alors, est-ce que ça veut dire qu'il faut taxer les plus riches et les plus grandes entreprises ?

2:20
Loïc Hervé

Qu'il y ait une mesure qui consiste à faire participer à l'effort de désendettement vis-à-vis de ceux qui se sont le plus enrichis ces dernières années, soit de manière structurelle, au long cours depuis 20 ans, soit pendant même la période Covid, me paraît quelque chose de tout à fait juste. Vous savez, quand la taxe Zoukman a été présentée ici, je me suis posé la question de savoir si je la voterais ou pas. Et ensuite, je me suis adressé à des collègues qui étaient plus spécialistes que moi de cette question-là, qui m'ont expliqué ce qu'il y avait réellement dans la taxe Zoukman. La taxe Zoukman est une mauvaise idée, c'est un impôt confiscatoire qui va pénaliser l'outil de travail.

En revanche, sur les patrimoines et sur l'enrichissement, qui n'est pas en commune mesure avec la vie des Français, je pense qu'une mesure significative serait une mesure de justice sociale. Mais c'est surtout ce que Sébastien Lecornu prévoit sur la baisse des charges de manière massive sur l'ensemble des salaires, notamment les bas salaires, qui me paraît plus important encore…

3:17
Présentateur

Donc mieux rémunérer le travail, c'est ça que vous attendez dans ce budget.

3:19
Loïc Hervé

Bien sûr, on a souvent parlé du fait que les Français ne travaillaient pas assez, c'est faux. Les Français qui travaillent, travaillent beaucoup et travaillent bien. Mais il n'y a pas assez de Français qui travaillent. Donc il faut récompenser celles et ceux qui se lèvent le matin pour aller travailler. Et je crois que c'est vraiment une piste extrêmement importante que le Premier ministre a dégagée. Et j'espère qu'il aura le temps d'aller jusqu'au bout et d'aller jusqu'au budget pour permettre d'avoir des mesures qui soient ressenties par les Français.

3:46
Présentateur

Parce que vous vous doutez, il y a un risque qui ne puisse même pas aller jusqu'au budget.

3:48
Loïc Hervé

Évidemment, il y a un risque permanent qu'ils ne puissent pas aller jusqu'au budget. Donc c'est une question de responsabilité de l'ensemble des responsables politiques en France. Le socle commun, les Républicains, le Parti Socialiste. Du côté du RN et de LFI, on sait très bien qu'ils veulent faire trébucher le gouvernement, le Président de la République, nos institutions. Donc la question, c'est une question de responsabilité politique à l'instant que nous vivons actuellement de pouvoir mettre un centre de mesure.

4:17
Présentateur

– Mais est-ce qu'il a la bonne stratégie, Sébastien Lecornu ? Quand ce week-end, dans le Parisien, il dit non au rétablissement de l'impôt sur la fortune, il dit non à l'attaque Zuckman, il dit non à un retour sur la réforme borne. Est-ce qu'il n'est pas en train de fermer trop de portes à la gauche ?

4:29
Loïc Hervé

– C'est sûr que les sujets qui ont été mis sur la table par le Parti Socialiste, mais aussi par nos collègues, les Républicains, qui quand même sont un groupe significatif à l'Assemblée nationale, et qui sont le premier groupe au Sénat, vont demander des arbitrages à Sébastien Lecornu. Parce que quand vous devez faire 30 à 40 milliards d'économies sur le budget, et que d'autre part vous voulez faire des mesures significatives en faveur du pouvoir d'achat, il y a un moment donné, il y a quand même une espèce de difficulté à trouver le point d'équilibre. – Donc, les discussions se poursuivent cette semaine, à son initiative, à Matignon, les socialistes sont reçus vendredi après-midi.

Je ne souhaite qu'une seule chose, c'est qu'on arrive à doter le pays d'un budget, parce qu'on a vu l'année dernière… – Mais il faut trouver un accord avec les socialistes. – On a vu l'année dernière ce que ça représentait de voter un budget en février et mars. Ça a des conséquences beaucoup plus importantes qu'on ne le croit. Et je pense que les socialistes doivent aussi accepter un certain nombre de compromis.

5:30
Présentateur

– Et vous aussi, vous allez accepter des compromis que demandent les socialistes ?

5:32
Loïc Hervé

– Mais nous devons tous accepter des compromis.

5:35
Présentateur

– Qu'est-ce que vous êtes prêt à accepter, qu'ils demandent ?

5:39
Loïc Hervé

– Je pense par exemple que la ratification parlementaire du non-accord de la CFDT sur la question des retraites, notamment sur la question des pénibilités, serait une piste intéressante. C'est dommage que ce conclave des retraites ait avorté, alors qu'on était vraiment très près d'un accord. Et cet accord qui a été travaillé avec la CFDT, qui est quand même le syndicat réformiste, qui est un interlocuteur de choix intelligent, constructif, ce point-là doit être, à mon avis, remis sur la table. Alors, ce n'est pas l'abandon de la réforme borne, mais c'est un amendement significatif.

Et c'est surtout un point qu'on avait peu travaillé ici, ici au Parlement, j'entends, cette question de la pénibilité des travailleurs eu égard à la réforme des retraites. Et je pense que c'est vraiment un élément qui pourrait être un élément de compromis.

6:32
Présentateur

– Sébastien Lecornu, qui est en plus de la pression du Parlement et sous la pression des syndicats, il y aura des nouvelles mobilisations dans la rue jeudi. Est-ce que là, il faut répondre à leurs demandes ?

6:43
Loïc Hervé

– De toute façon, il faut discuter avec tout le monde et il faut discuter avec ceux qui sont le plus constructifs, ceux qui veulent faire tomber le gouvernement et qui souhaitent qu'on aille.

6:51
Présentateur

– Oui, mais pourtant, il les a reçus deux fois. Le problème, c'est que visiblement, il ne leur donne pas de gage.

6:56
Loïc Hervé

– Mais enfin, Aurélien de Nancy, c'est quand même le Parlement qui fait le budget. Donc Sébastien Lecornu est en train de construire la trame du budget et du PLFSS, donc du budget de la Sécu. Donc c'est nécessaire que cette construction de la trame se fasse en discussion avec les forces politiques et les forces syndicales et le dialogue social, c'est normal. Mais c'est ici que tout va se construire et à l'Assemblée nationale. C'est ça qui est important aussi à ne pas oublier. Ce n'est pas Sébastien Lecornu qui va voter le budget à la fin de la semaine. Il va présenter le budget qui sera examiné par les deux chambres parlementaires.

7:32
Présentateur

– Emmanuel Bonpart, le leader de LFI, souhaite aller plus loin que la mobilisation de jeudi.

7:36
Invité

– Oui, hier sur LCP, il a appelé à ce que la grève se massifie. Il y avait 800 000 personnes dans les rues jeudi dernier. On écoute ce qu'il disait hier chez nos confrères de LCP. – Je souhaite qu'on puisse en arriver à une situation de grève générale. Ce n'est pas à moi de décréter à la place des gens. Mais s'ils en arrivent là, je les soutiendrai, je les appuierai.

7:54
Présentateur

– Quand dites-vous le gars ?

7:56
Loïc Hervé

– Classique, classique. De toute façon, ils n'ont pas de mots assez durs contre les institutions, pas de mots assez durs… Enfin, quand on parle, vous savez, de bordélisation du pays, vous en avez un exemple là. Au lieu de dire, moi, je souhaite qu'on discute, qu'on avance, qu'on construise, il dit, moi, je veux la grève générale. Voilà l'état d'esprit de LFI à l'instant T. Moi, je plaide, mais c'est normal, je suis un modéré, et puis j'aime mon pays. Je plaide plutôt pour des solutions de construction, plutôt que ça.

8:30
Présentateur

– À la une de l'actualité, on l'a vu dans le journal, c'est ce qui s'est passé aux États-Unis cette nuit. Vous êtes membre de la Commission des Affaires étrangères, ici au Sénat. Donald Trump, qui a donc reçu Benjamin Netanyahou à la Maison Blanche, il a obtenu son soutien sans condition. Est-ce qu'il va réussir, selon vous, Donald Trump, à mettre fin à la guerre à Gaza ?

8:46
Loïc Hervé

– Je le souhaite du fond du cœur. Je le souhaite pour les Israéliens, qui depuis le 7 octobre sont plongés dans une situation extrêmement difficile. Je le souhaite pour les Palestiniens, et notamment pour les habitants et les civils de Gaza. Il faut vraiment qu'on en sorte. Cette région du monde, que je connais bien, est une région du monde dans laquelle des perspectives de paix avaient été posées il y a quelques années. Alors, on peut citer les accords d'Abraham, on peut citer d'autres initiatives de normalisation entre les nations arabes et l'État d'Israël, qui pouvaient trouver son existence dans un Proche-Orient pacifié.

Et puis sont arrivées les attaques du 7 octobre, et puis cette intervention militaire à Gaza. Donc, on sait que celui qui peut arrêter la guerre, c'est Donald Trump, on le sait depuis longtemps. Il prend une initiative importante, qui est soutenue d'ailleurs par la France. Et moi, je souhaite vraiment qu'on arrive à trouver une paix, et qu'on sorte de cet affrontement extrêmement violent sur le terrain, et d'ailleurs qu'il y a des conséquences très importantes dans la société française.

Donc, je pense que ce plan, en 20 points, présenté par le président Trump hier à la Maison-Blanche, c'est quelque chose de très important, et vraiment, il faut que tout le monde concourt à ce que ce plan soit mis en œuvre.

10:12
Présentateur

– Vous pensez que le Hamas va suivre ce plan ?

10:13
Loïc Hervé

– Mais ils n'ont pas le choix. Et s'ils ne le font pas, à ma foi, ils seront les seuls responsables de la situation. Ils sont déjà les seuls responsables de la situation. Et donc, je crois vraiment qu'il faut que cette guerre s'arrête, dans l'intérêt évidemment des populations locaux. Je pense vraiment que tout le monde en a un peu marre et sature de cette situation-là. Et donc, je souhaite vraiment… Et que tout le monde contribue. Je pense que les discussions qui ont été faites aux Nations Unies la semaine dernière, avec les nations arabes, notamment les monarchies pétrolières, sont des gages très importants de pouvoir mettre cet accord en œuvre.

Parce que la question de la reconstruction de Gaza, la question de la sécurité à Gaza, à la question du statut de la Palestine, c'est des questions qui sont vraiment des questions essentielles, qui peuvent être construites uniquement avec des garanties apportées par le monde arabe.

11:10
Présentateur

– Mais vous pensez que ça va aboutir à une solution à deux États, dont Benjamin Netanyahou ne voulait pas jusqu'à maintenant ?

11:15
Loïc Hervé

– C'est une solution, à mes yeux, une solution de moyen terme qui est inévitable. Si vous devez avoir un statut pour la Palestine, qui soit un statut qui lui permette d'avoir une action telle qu'elle a été prévue dans les différentes discussions. Donc, à terme, oui, je pense que c'est nécessaire.

11:34
Présentateur

– On va passer à l'actualité dans votre département, avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Annecy, on retrouve Julien Estrangin. Bonjour Julien, merci beaucoup d'être avec nous. Ravi de vous retrouver, directeur des éditions du Dauphiné libéré, de Savoie et de Haute-Savoie. Julien, avec vous, on va parler municipale. C'est en mars prochain, et ces municipales, elles suscitent beaucoup d'intérêt chez les parlementaires.

11:54
Invité

– Mais oui, on a déjà en Haute-Savoie au moins deux parlementaires qui se sont manifestés. L'un à Annecy, le député Armand, puis un à Chamonix, le député Roseraine. Monsieur le sénateur, qu'est-ce que ça dit de la politique locale, cet intérêt des parlementaires pour les municipales qui se profilent ?

12:12
Loïc Hervé

– Bonjour Julien Estrangin. C'est l'intérêt des députés pour les municipales. – Oui, je dis sénateur ? – Non, les parlementaires. – Les parlementaires, les députés, c'est ça. – Non, voilà, chacun a dans son parcours politique la liberté d'être candidat à des élections. Je suis moi-même conseiller municipal, et c'est mon seul autre mandat dans la commune dont j'étais le maire. On ne peut pas reprocher à des élus de vouloir faire de la politique. C'est sûr que vouloir devenir maire, c'est le cas pour Antonin Armand, c'est le cas pour Xavier Roseraine, ça change votre quotidien. Parce que l'un n'a jamais été maire, l'autre l'a été. Xavier a été maire desouches.

C'est sûr qu'avec le non-cumul des mandats, c'est une évolution significative de leur quotidien. Après, moi je respecte complètement les choix des uns et des autres de vouloir être candidat à des élections. Je suis même pour que des parlementaires s'engagent dans la vie locale, comme le fait que des élus locaux viennent siéger ici. c'est nécessaire. Et cette espèce d'hybridation qu'on a perdue avec le non-cumul des mandats, finalement c'était une erreur. Et il faut qu'on arrive à retrouver ça d'une manière intéressante.

13:20
Invité

C'est la question que j'allais vous poser. Ça nous raconte donc quelque chose des difficultés qui sont engendrées par cette absence de cumul des mandats. Et peut-être cette coupure entre les élus locaux et les élus nationaux, en tout cas les parlementaires, qui doivent voter la loi.

13:36
Loïc Hervé

Ah oui, c'est certain. On oublie de dire que la loi de non-cumul des mandats, elle interdit aux parlementaires d'être maires, on l'a souvent présenté comme ça, en fait en réalité elle interdit aux maires d'être parlementaires. Et si on prend le problème sous cet angle-là, on se rend compte de la difficulté que ça pose aux 925 députés et sénateurs de pouvoir être des membres d'exécutifs de plein exercice. Après, je vous avoue que l'ambiance à l'Assemblée nationale doit faire qu'un certain nombre de nos collègues se posent aussi la question de leur vocation professionnelle.

Quand vous avez connu un parlement fonctionnel, comme on peut le connaître ici au Sénat, c'est-à-dire avec des règles de respect mutuel, et quand on voit l'espèce d'évolution absolument dramatique du spectacle à l'Assemblée nationale, je comprends que certains de mes collègues députés se posent la question d'aller peut-être faire autre chose.

14:35
Invité

– Vous le soutenez ? – Mais ça veut dire qu'un jour il faudra revenir sur ce non-cumul.

14:39
Loïc Hervé

– Oui, je pense qu'il faut revenir sur ce non-cumul, et oui je soutiens Antoine Armand à Annecy bien sûr, et je souhaite de tout cœur qu'il soit élu maire d'Annecy.

14:45
Présentateur

– Julien, une dernière question, c'est bon ?

14:48
Invité

– Et Xavier Rodrenne, vous le soutenez aussi ?

14:50
Loïc Hervé

– Xavier est un collègue, ils n'en sont pas exactement au même point dans la construction de leur liste, donc Xavier est mon député, et évidemment j'attends de voir ce qui se construit avec l'équipe sortante de Chamonix. Julien Estrangin, le maire de Chamonix est également un proche, Éric Fournier, il a décidé de ne pas se représenter, donc j'attends de voir comment tout ça converge à Chamonix, mais toutes ces personnes-là sont des proches.

15:16
Présentateur

– Merci Julien Estrangin, merci beaucoup, la une du Dauphiné libéré à Annecy, c'est l'université Savoie-Montblanc qui est sur tous les fronts, et puis la une du Dauphiné libéré dans les autres départements, c'est ce que va nous coûter l'intelligence artificielle. Et justement, on va en parler ensemble de l'intelligence artificielle, Loïc Hervé, puisqu'hier vous organisiez un colloque sur ce sujet de plus en plus présente dans nos vies, est-elle un progrès ou une menace pour nos libertés et notre sécurité ? C'est l'objet de votre éclairage, Stéphane, vous revenez sur ce colloque.

15:45
Invité

– Tout à fait, parce que ce colloque vous l'avez introduit hier, Loïc Hervé, ont participé donc des experts, des membres d'autres parlements européens, des chercheurs aussi. Ce sujet de l'intelligence artificielle, c'est un sujet qui est évidemment d'actualité, les sénateurs y ont consacré plusieurs rapports thématiques. Auriane, si je vous dis intelligence artificielle, vous pensez à quoi ?

16:04
Présentateur

– ChatGPT ?

16:05
Invité

– ChatGPT, on peut aussi citer Mistral ou Gemini, des services d'intelligence artificielle générative, mais concrètement, comment ça fonctionne, une intelligence artificielle ? Eh bien, l'IA, ce sont des modèles algorithmiques, des modèles mathématiques qui, à partir d'un océan de données, proposent des solutions à partir de ces mêmes données. Bon, si on résume, c'est des maths, en gros, l'IA, et ça existe depuis un peu plus longtemps que ChatGPT qui est arrivé en 2022.

16:29
Présentateur

– Alors, si on parle beaucoup d'intelligence artificielle aujourd'hui, c'est parce que ça pose tout un tas de problématiques.

16:33
Invité

Au premier rang desquelles, une problématique juridique. L'Union européenne a commencé à y répondre avec l'IA Act, en bon français, le règlement établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle. Cette régulation, elle a commencé à entrer en vigueur début 2025, avec notamment un code de bonne pratique que doivent respecter les fournisseurs d'intelligence artificielle. Certaines IA, jugées inacceptables pour les droits humains, comme les notations sociales, par exemple, comme celles qui existent en Chine, sont aussi interdites par ce règlement. Un cadre législatif ambitieux, mais perfectible.

Écoutez, Mapietra Kumpulanatri, elle est vice-présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et députée finlandaise.

17:15
Présentateur

– La loi n'est jamais parfaite. Nous essayons de rendre l'utilisation de l'IA plus sûre. C'est très important que chaque Européen soit éduqué

17:27
Locuteur 8

au fonctionnement de l'IA. – Ne faites jamais confiance à 100% à une IA

17:37
Présentateur

parce qu'elle se base sur Internet, dont 30% des contenus sont inexactes ou biaisés.

17:43
Invité

– 30% des contenus sur Internet inexactes ou biaisés, ça fait beaucoup. Et selon elle, ça peut se régler avec de l'éducation à l'information, notamment en vérifiant les sources des informations données par les intelligences artificielles.

17:56
Présentateur

– Et ces modèles d'intelligence artificielle, ils se développent aussi très rapidement.

17:59
Invité

– Oui, tout progresse très vite. Et sur cette question, Loïc Hervé, il y a un débat important. Est-ce que les parlementaires peuvent s'adapter aussi vite que les IA se développent ? J'ai demandé ce qu'il en pensait à Étienne Grasse qui participait aussi au colloque hier. On l'écoute et j'aimerais savoir ce que vous en pensez après. – Les parlementaires, ils ne seront jamais battus parce qu'ils sont parlementaires. Arrêtons de parler d'IA souveraine ou de technologie souveraine. Les seuls souverains sont les parlementaires. On obéit tous à la loi. C'est eux qui la définissent. Et une technologie sera souveraine si elle obéit à la décision des parlementaires. Ça s'appelle la démocratie.

– Alors, est-ce que vous partagez son avis, vous, en tant que parlementaire ? Est-ce que vous vous sentez puissant face aux IA pour les réguler ?

18:37
Loïc Hervé

– D'abord, il faut avoir en tête que la régulation de l'IA ne peut pas se faire seulement au niveau national et que c'est vraiment un enjeu international et d'abord européen. C'est pour ça que dans ce colloque que nous avons organisé hier, nous avions des représentants du Parlement européen, du Conseil de l'Europe, pour travailler avec eux à ces questions-là. Bien sûr que les parlementaires, y compris nationaux, ont un rôle très important pour définir le cadre de régulation de l'intelligence artificielle. Non pas pour interdire l'innovation, non pas pour être B.A.

et tout permettre, mais pour garder la main sur ce qui va, et ce qui d'ores et déjà change notre quotidien dans tout un tas de domaines. Donc l'intérêt de ce colloque d'hier, c'était de montrer aussi combien le Sénat s'intéresse à ces sujets-là. Nous sommes un certain nombre de parlementaires. Moi-même, j'ai signifié à la CNIL pendant une dizaine d'années, à nous intéresser à ces questions numériques et à avoir comme obsession qu'elles soient au service de l'être humain et sur la question des finalités d'avoir une... Alors, c'est vrai, une intelligence artificielle souveraine, parce que les sujets de souveraineté sont majeurs, et je partage assez ce qu'a dit M.

Grasse sur votre antenne à l'instant, mais également d'avoir une forme d'IA humaniste, c'est-à-dire que cette technologie qui se développe à une vitesse incroyable se fasse au service de l'être humain et pas à son détriment.

20:07
Invité

– Ce règlement européen, l'IA Act, est-ce qu'il est suffisant, selon vous, ou alors que pourrait-on encore améliorer ? Ça s'intéresse à énormément de sujets, cet IA Act, c'est très vaste, mais qu'est-ce que, selon vous, il est perfectible ?

20:22
Loïc Hervé

– Alors, déjà, le droit européen, avec le DMA et le DSA, avait déjà posé un certain nombre de briques de régulation du numérique, en général, pas spécifiquement sur l'intelligence artificielle. La position de l'administration Trump sur l'IA Act européen, qui est une position ultra hostile, démontre que peut-être qu'on est dans le vrai.

Et donc, je pense que l'IA Act a le mérite d'exister, il pose une ambition européenne dans le domaine de l'intelligence artificielle, et c'est vrai que le sujet de l'évolution du droit, en parallèle de l'évolution de la technologie, qui est une évolution vraiment extrêmement rapide, mérite peut-être qu'on adapte, nous, notre manière d'écrire la loi au niveau du Parlement européen, la Commission, et aussi au niveau interne, parce que ça va vraiment très vite.

21:16
Présentateur

On va voir comment les élus locaux utilisent cette intelligence artificielle. On va aller dans l'Essonne. Bonjour François Durot-Vray, merci beaucoup d'être avec nous. Vous présidez ce département de l'Essonne. Comment le président de département que vous êtes utilise pour sa collectivité l'intelligence artificielle ?

21:32
Invité

Bonjour, je pense que nous ne sommes qu'au début, et je partage totalement les propos de Loïc Hervé, notamment l'idée que l'économie de la connaissance qui arrive, grâce au digital, soit une économie au service de l'homme, et pas contre lui. Pour un département comme l'Essonne, nous avons d'ores et déjà deux applications majeures. La première concerne le traitement des dossiers des personnes handicapées.

Vous savez que nous avons la responsabilité des maisons départementales des personnes handicapées, et grâce à l'intelligence artificielle, nous réussissons, lorsque les usagers adressent leurs dossiers, à les trier en fonction des demandes, et donc à avoir un meilleur suivi de ces dossiers, un meilleur traitement, notamment en termes de calendrier. L'autre sujet sur lequel nous travaillons de façon très bénéfique, c'est sur la restauration scolaire. Dans un département comme l'Essonne, nous fournissons chaque jour 46 000 repas aux collégiens, et malheureusement, nous constatons qu'il y a en moyenne 170 grammes de gaspillage alimentaire par assiette.

Alors, 170 grammes fois 46 000 repas fois le nombre de jours, c'est au total plus de 700 tonnes qui sont gaspillées bêtement dans les assiettes des collégiens. Et donc, nous avons mis en place l'intelligence artificielle, tout simplement pour qu'en fonction de la météo, du menu, des épidémies, nous puissions mieux prévoir la production des repas, ce que les cuisiniers, en fait, vont réaliser pour les élèves. Et grâce à ce système que nous avons testé dans cinq collèges l'an dernier, que nous généralisons cette année à l'ensemble des 100 collèges, nous économisons 30%, nous réduisons de 30% le gaspillage constaté dans les collèges.

23:12
Présentateur

On est Loïc Hervé, on entend François Durovret dans une utilisation très concrète et bénéfique pour la collectivité de cette intelligence artificielle.

23:20
Loïc Hervé

Oui, ce que dit François Durovret est tout à fait intéressant, c'est-à-dire qu'une collectivité importante, un conseil départemental, peut se doter d'outils de gestion au service de la bonne gestion publique, c'est-à-dire des économies budgétaires, on va dans le bon sens. Donc ça, c'est vrai que dans la nouvelle administration de nos collectivités territoriales, c'est tout à fait intelligent et ça permet d'avoir une réponse aussi à des enjeux qui sont ceux qu'on a évoqués sur le handicap, sur la restauration, etc. Donc oui, des outils comme ça, on peut en avoir dans tout un tas de domaines et c'est vraiment une opportunité qu'on doit saisir.

Donc entre l'hostilité au solutionnisme, c'est-à-dire à se dire la technologie, la technologie, la technologie, en fait, ce n'est pas ça, c'est qu'on peut trouver des exemples concrets, utiles à la bonne gestion de nos données publiques.

24:16
Présentateur

François Durovret, est-ce que vous réfléchissez déjà à d'autres utilisations de cette intelligence artificielle pour votre collectivité ?

24:23
Invité

Oui, évidemment, et ce qui m'importe, c'est ce qui vient d'être dit, c'est que nous avons la chance d'avoir une nouvelle technologie, le digital, qui nous permet de résoudre beaucoup des défis que nous avons devant nous et notamment s'agissant de l'exemple que j'ai cité sur la restauration collective, nous pouvons réconcilier l'écologie avec une logique économique et les économies que nous réalisons, nous les réinjectons dans la qualité des denrées que nous fournissons aux élèves. Alors après, il y a quantité d'autres demandes, d'autres secteurs sur lesquels nous travaillons, notamment l'accueil des usagers, l'accueil téléphonique, l'accueil par mail, la capacité à répondre à ces usagers.

Vous savez que dans un département comme l'Essan, nous avons à peu près 300 000 usagers, personnes handicapées, personnes âgées, bénéficiaires du RSA, parents d'élèves des collèges, auxquels nous devons un service public de qualité efficace, de plus en plus efficace, et efficace à la fois dans la réponse qui est apportée, mais aussi dans la gestion des données publiques. Et ça, effectivement, l'intelligence artificielle nous ouvre des champs nouveaux qui sont passionnants.

25:26
Présentateur

Merci François de Rouvray. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin. Un dernier mot très court de conclusion, Louis Carvey, là-dessus ?

25:32
Loïc Hervé

Non, mais un exemple. Ici au Sénat, nous avons déjà des initiatives pour, par exemple, classer les amendements en discussion publique pour la question des comptes rendus. Donc le Sénat est déjà en train de travailler avec une bonne intelligence artificielle au service des travaux parlementaires pour simplifier le travail des fonctionnaires de la maison. Et donc nous sommes aussi ouverts à l'utilisation de l'intelligence artificielle dans nos travaux. Mais une intelligence artificielle loyale et quand on utilise l'IA, on sait qu'on utilise l'IA et tout le monde le sait.

26:05
Présentateur

Merci Louis Carvey. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme publique Sénat.