Assurance-chômage : "Ce n'est pas le moment de réduire la durée d'indemnisation", ni "de faire des économies sur le dos des chômeurs", affirme Pierre Ferracci
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir à toutes et à tous ce soir dans l'invité éco, je reçois Pierre Ferracci, bonsoir. Vous êtes à la tête du groupe Alpha du Paris FC également, vous venez d'entamer des négociations exclusives avec la famille Arnaud concernant le rachat du club de foot de la capitale en vue de le faire monter en Ligue 1. Vous vous êtes déjà largement exprimé sur ce sujet, ce n'est pas celui qui nous intéresse ce soir. On vous a invité pour avoir votre regard d'expert du monde, de l'entreprise et des partenaires sociaux. Sur des sujets d'actualité, le budget évidemment, mais avant cela, la négociation qui s'ouvre aujourd'hui sur l'assurance chômage.
Les syndicats et le patronat sont désormais au centre du jeu pour trouver un accord. Est-ce qu'il a raison, le Premier ministre Michel Barnier, de leur faire confiance pour parvenir à un accord plutôt que de reprendre la main ?
Oui, je crois qu'il a raison. Moi j'avais dit avant l'été que la réforme qui était proposée par Gabriel Attal était trop rude et inadaptée. et que du coup j'ai été ravi qu'elle soit un petit peu remisée avec le résultat des élections en plus. Ça me paraissait tout à fait nécessaire. Donc c'est bien de redonner la main aux partenaires sociaux. Ça ne va pas être facile parce que patronat et syndicats ne sont pas sur la même longueur d'onde. Je pense qu'il faut prendre en compte le fait que la situation de l'emploi se tend, qu'il y a beaucoup de restructuration, qu'il y a une remontée des procédures collectives assez impressionnante.
On s'aperçoit que les remboursements de PGE suite à la pandémie aujourd'hui sont très difficiles pour certaines entreprises. Donc il faut faire attention et ce n'est pas dans ces moments-là par exemple, puisque ça faisait partie d'un des éléments de la réforme du gouvernement à l'époque, ce n'est pas le moment de réduire la durée d'indemnisation. C'est au contraire le moment d'aider un peu plus de certaines manières les chômeurs, les demandeurs d'emploi à retrouver le plus rapidement possible le chemin du marché du travail.
Sauf que vous le savez Pierre Ferracci, le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux de trouver 800 millions d'euros sur l'assurance chômage. Est-ce que c'est le moment de faire des économies sur le dos des chômeurs ?
Alors ce n'est pas le moment de faire des économies sur le dos des chômeurs. Je sais que la situation budgétaire est assez catastrophique, il faut bien le dire. Bon, le gouvernement qui avait annoncé dans un premier temps un peu moins de 5% de déficit annonce aujourd'hui plus de 6%, et avec des mesures drastiques un petit peu partout. Il est bien évident qu'il va falloir être sélectif. Et quand on essaye de trouver 40 milliards de baisse des dépenses publiques et 20 milliards de relèvements d'impôts, il faut veiller à ne pas accroître les inégalités sociales. Et la situation dans ce pays est parfois un peu difficile.
Donc je crois que du côté des demandeurs d'emploi, il faut les aider en période... Il ne faut jamais oublier que le gouvernement, dans les réformes qu'il avait faites et qui avaient attiré l'attention positive des syndicats à une certaine époque, avait dit que sur le plan conjoncturel, quand la situation s'améliorait, il fallait peut-être durcir les positions sur l'assurance chômage. Quand elle devient plus difficile, il faut faire extrêmement attention. Je crois qu'elle est en train de devenir difficile. Et dans certains secteurs de l'économie, on le voit bien, je pense notamment à l'industrie automobile, il y a des tensions extrêmement vives.
Et encore une fois, la remontée des procédures collectives, le nombre de plans sociaux qui sont déjà à l'œuvre aujourd'hui, est un élément de préoccupation qu'il faut prendre en considération.
Et donc ce n'est pas le moment de faire 800 millions d'euros d'économies sur l'assurance chômage ?
Ce n'est pas le moment de faire autant d'économies sur l'assurance chômage. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas à faire, mais en tout cas pas de cette importance. Il y a peut-être d'autres terrains sur lesquels les possibilités de faire d'économie sont plus importantes.
Alors vous le savez, en parallèle de cette discussion qui s'ouvre sur l'assurance chômage, il y a le débat parlementaire sur le budget. Celui en commission des affaires sociales examine le budget de la Sécu. Le gouvernement a prévu de baisser les exonérations de cotisations sur les entreprises, de l'ordre de 4 milliards d'euros. Mais cela fait hurler le patronat qui dit que cela augmente le coût du travail et qu'au final ce sont des centaines de milliers d'emplois qui sont menacés. Est-ce qu'il a raison, le patronat, de s'inquiéter ?
Alors des centaines de milliers d'emplois, c'est peut-être un peu exagéré.
C'est ce qu'a dit Patrick Martin, patron du MEDEF.
Oui, alors Patrick Martin défend les positions du MEDEF et du patronat et je crois qu'Alexandre Sobo dit un petit peu la même chose du côté de France Industrie. Bon, vous savez, moi je suis très nuancé sur cette question parce que ça fait des années que la question du coût du travail est un peu la pierre angulaire de toutes les politiques économiques en matière d'emplois développées en France. et je crois que ça a été très souvent une erreur. Il y a d'autres pays, je pense aux pays scandinaves à l'Allemagne qui ont plutôt investi dans la qualité du travail, dans la formation, dans le relèvement des qualifications.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un problème de coût, y compris dans ces pays-là. Mais nous, on a été trop loin. Et notamment avec des exonérations qui avaient pour objectif, notamment sur les très bas salaires et autour du SMIC, d'améliorer la situation de l'emploi à court terme, ce qui était parfois effectivement la conséquence immédiate. Je crois qu'on a sous-estimé les problèmes de l'industrie notamment qui est aujourd'hui en difficulté et la nécessité d'avoir des qualifications plus élevées, un travail de meilleure qualité et de ne pas se battre tout simplement sur les créneaux qu'occupe l'industrie depuis des années.
On essaie de baisser le coût du travail pour faire face à la concurrence alors que parfois la question c'est plutôt d'élever la qualité du travail, d'élever les qualifications, d'élever du coup la rémunération de l'emploi plutôt que de jouer à fond les exonérations.
Donc ok, pour baisser un peu les exonérations de cotisation.
Je pense qu'en tout cas il faut être sélectif là-dessus et que la trappe à bas salaires ça existe et j'étais presque à un moment donné quand on était d'accord pour développer des exonérations, j'étais plutôt d'accord avec Louis Gallois à l'époque qui voulait en tout cas qu'elle soit étalée et pas seulement concentrée sur les bas salaires parce qu'on se bat sur des terrains où l'industrie n'est pas plus compétitive pour autant et il y a après les problèmes qu'on connaît autour du SMIC qui font qu'il y a beaucoup de conventions collectives aussi aujourd'hui dans les branches qui sont encore au-dessous du niveau du SMIC.
Donc ce n'est pas une mauvaise idée. Si je vous entends bien, dernière question. Budgétaire mais pas que, le gel temporaire des pensions de retraite a provoqué, vous l'avez entendu, une levée de bouclier général et Laurent Saint-Martin, le ministre des Comptes publics, propose d'épargner les petites retraites à condition de trouver l'argent ailleurs. Est-ce qu'il a raison d'ouvrir cette porte ?
Écoutez, le débat sur les retraites n'est pas clos. Il y a eu un vent de fronde et un vent de colère qui s'est manifesté dans le pays. Moi, je pense qu'il faut faire attention plus globalement au-delà des retraites et peut-être que la position du budget là-dessus est saine. Il faut faire attention de ne pas accroître les inégalités sociales. Il y a un enjeu aujourd'hui. Quand je vois une partie, par exemple, du groupe parlementaire, de la majorité, qui part en guerre contre les hausses d'impôts, il ne fallait pas amener le budget à être en déficit de plus de 6% aujourd'hui pour dire qu'il faut porter tout l'effort sur la baisse de la dépense publique.
Et donc, par exemple, sur les retraites et sur tout un tas de choses qui font que le budget de l'État aujourd'hui a du mal à supporter ce déficit.
Mais du coup, ce sera à partir de quel seuil ? 1 200 euros ? 1 400 euros de pension ?
Moi, je pense en tout cas qu'il faut avoir en tête que la fronde qui s'est manifestée sur les retraites est une fronde qui portait sur les questions de pouvoir d'achat. Donc, il faut à tout prix protéger les petites retraites. Et il faut que le débat entre les partenaires sociaux et le Parlement, parce qu'il doit avoir lieu sur les deux terrains, il renvoie à ce débat qui est qu'il ne faut pas aggraver les inégalités sur le terrain des retraites comme sur d'autres terrains qui touchent au pouvoir d'achat des Français.
Et donc, limiter la baisse des pensions de retraite, enfin, le décalage dans le temps...
Si on s'attaque à certains revenus, il faut s'attaquer aux revenus des plus aisés, comme pour les patrimoines, et éviter d'aggraver le problème de pouvoir d'achat que l'on passe par le canal des retraites ou par le canal des rémunérations. Il faut veiller quand même à ne pas aggraver ce problème de pouvoir d'achat. Il était à l'origine, non seulement de la fronde et de la colère contre la réforme des retraites, mais plus généralement contre les problèmes posés par l'inflation galopante qu'on a connue pendant quelques mois et qui n'a pas été partout corrigée par des hausses de rémunération.
Attention au pouvoir d'achat. Merci beaucoup Pierre Ferracci, président du groupe Alpha, invité éco de France Info ce soir.
Marc Ferracci