Grève à la SNCF, enquête sur les ingérences étrangères, loi immigration, réforme des retraites... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Jean-Philippe Tanguy
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bienvenue si vous nous rejoignez sur France Info, la radio ou sur France Info, canal 27. Bonjour Jean-François Aquili. Bonjour Céline Asselot. Et bonjour Jean-Philippe Tanguy. Merci d'être avec nous député Rassemblement National de la Somme. Alors hier soir, la direction et les syndicats de la SNCF ont repris les négociations pour tenter de mettre fin à la grève des contrôleurs qui commence aujourd'hui. La direction a mis sur la table des mesures supplémentaires. Les syndicats ont jusqu'à midi pour donner leur position. Est-ce que le gouvernement a eu raison de faire pression d'appeler un règlement de crise rapide ? Est-ce que vous saluez l'action de l'exécutif dans ce conflit social ?
Non, je ne salue pas leur action puisque dans cette crise comme dans les autres et d'ailleurs notamment dans le transport, visiblement il y a quand même un problème avec Clément Beaune. L'exécutif passe son temps à subir les événements. Il ne les anticipe pas de la même manière qu'il n'était pas capable d'anticiper la grève dans le secteur pétrolier qui a quand même eu de très graves conséquences sur le quotidien des Français. Il ne l'a pas encore anticipé. Mais on pouvait l'anticiper selon vous ? Mais moi je pense qu'on peut l'anticiper.
Vous savez, il y avait pendant des années, il y avait des services de renseignement qui étaient aussi au courant de ce qui se passait dans les mouvements sociaux. Donc soit le gouvernement a perdu totalement la main sur, est à l'aveugle sur ce qui se passe dans les mouvements sociaux, y compris dans les très grandes entreprises parce qu'il s'agissait quand même de Total, première entreprise de France et la SNCF qui par ailleurs est une entreprise contrôlée par l'État.
Par ailleurs, il faut comprendre que ce mouvement est né sur les réseaux sociaux. La SNCF semble surprise elle-même de l'ampleur de ce mouvement.
Oui, enfin, tous les syndicats n'avaient pas l'air, j'ai écouté hier, la CFDT n'avait pas l'air si surpris. Par ailleurs, visiblement, il est né sur les réseaux sociaux, donc il devait donc y avoir des discussions. Mais au-delà de ça, la grève-là, il faut la résoudre. Donc tant mieux si on a réussi à ouvrir des négociations, tant mieux si ça aboutit pour que les gens puissent partir autant que possible voir leur famille ou leurs proches pour Noël. Après, le mécanisme lui-même de cette grève me semble vraiment très inapproprié, pour ne pas dire scandaleux, parce que faire grève, c'est une chose.
Choisir sciemment de faire grève pour que les gens ne puissent pas partir en week-end de Noël ou en vacances de Noël pour que la pression soit plus efficace sur le gouvernement et sur l'entreprise, je trouve que c'est vraiment scandaleux. Donc vous la condamnez ? Ah oui, moi je la condamne dans le sens où la grève doit être entre une direction, entre des salariés et une direction. Elle ne doit pas être entre des salariés et les Français.
Vous diriez, pardonnez-moi Céline, vous diriez qu'il y a un début de gilet jaunisation, pardon pour ce néologisme, des luttes sociales, parce que ce groupe des contrôleurs échappe finalement à tout contrôle des syndicats.
Oui, mais c'est vrai qu'il y a maintenant une autonomisation effectivement des luttes sociales où les syndicats, comme les partis politiques du système, ne semblent pas parfois retranscrire, défendre suffisamment les salariés, en tout cas à leurs yeux. Mais au-delà de ce problème-là, c'est un problème aussi de conscience professionnelle, de ce qu'on voit, la SNCF est un monopole. Donc moi j'ai toujours défendu, et vous savez qu'au Rassemblement National, on a toujours défendu le service public, le monopole, mais le monopole entraîne des responsabilités.
Vous ne pouvez pas, quand vous êtes fier de ce monopole, utiliser le fait que vous êtes la seule personne à pouvoir transporter publiquement les Françaises et les Français pour faire pression. Ce n'est pas correct, sinon les Français à juste titre vont dire, écoutez, le monopole ce n'est plus possible. Donc il faut aussi que ceux qui défendent le service public fassent attention à ce que ce soit vraiment un service public et que ce ne soit pas perçu comme une prise d'otage.
Mais vous dites, Jean-Philippe Tanguy, la date est mal choisie, mais est-ce qu'il faut sanctuariser le week-end de Noël ? Et puis si c'est Noël, pourquoi pas le Nouvel An ? Ou d'autres dates, le 15 août ? Comment on fait en fait ?
Oui, mais vous savez, ça ne ferait pas tant de dates que ça. Moi, que pour les grands jours où les Français ont besoin de leur service public, oui, il y a une garantie supérieure de qualité de service et de constance du service, moi ça ne me choquerait pas. Vous savez, la liste, elle est facile à faire. C'est les grands départs en vacances des Français. Vous savez, moi, ce qui m'étonne aussi, c'est que quand on défend les valeurs du travail, on les défend pour tout le monde. Pourquoi est-ce que les Français ont besoin de partir en vacances ? C'est qu'on a eu des années difficiles avec le Covid.
Les gens sont fatigués, à juste titre, d'efforts qu'ils ont faits, dans un contexte difficile avec l'inflation. Ils ont donc beaucoup économisé pour partir cette année, prendre un billet de train, ou c'est un choix, c'est un sacrifice économique. Donc vraiment, ne pas respecter les Français là-dessus, je trouve que c'est très grave pour ceux qui l'ont fait.
Jean-Philippe Tanguy, vous êtes ministre des Transports. Qu'est-ce que vous auriez fait à la place de Clément Beaune, que vous avez un petit peu piqué au vif tout à l'heure ? Vous êtes ministre, vous faites quoi dans cette histoire ?
Mais sincèrement, moi, je pense que...
Comment est-ce que vous auriez fait si vous aviez été au gouvernement ?
Vous savez, un ministre, ce n'est pas juste quelqu'un qui réagit aux événements. Un ministre, c'est quelqu'un qui maîtrise son secteur. Qu'est-ce que vous auriez fait ? Mais déjà, moi, je pense que j'aurais été au courant. Voilà, moi, je vous le dis. C'est-à-dire que l'incapacité... Parce que moi, je prends la grève du pétrole, que je connais un peu. L'incapacité du gouvernement, et de M. Beaune en particulier, à avoir entendu les signes annonciateurs, même au début du mouvement, à l'avoir sous-estimé, et à avoir réagi uniquement, parce que ça prenait une proportion grave dans l'opinion publique, c'est un non-gouvernement. Mais c'est de manière générale.
On a un gouvernement qui ne fait que subir. Qui vient constater, qui vient déplorer, qui vient pleurnicher.
Donc vous, vous êtes au courant, tout le monde, ou vous faites quoi ensuite ?
Vous préparez les négociations s'il faut le faire, vous les anticipez, vous désamorcez les conflits sociaux. Sincèrement, les renseignements... Une fois plus, je reparle des renseignements généraux, il n'existe plus sous cette forme-là. Mais le renseignement intérieur, ça ne sert pas à espionner les Français, ou encore heureux. Ça sert à être au courant que le gouvernement puisse anticiper. Parce qu'une fois plus, un gouvernement qui ne fait que réagir aux événements ne peut pas protéger les Français.
Mais quand on entend, il y a certaines dates qui sont inappropriées pour la grève, c'est pas le bon moment, etc. Ça peut être vécu, ces condamnations publiques, qu'on entend de la part d'une partie de la classe politique depuis quelques jours, comme une restriction du droit de grève.
Mais, vous savez, quand vous avez une fois plus un service public, on a l'impression qu'on parle d'un secteur comme un autre. Vous avez des entreprises qui sont concurrentielles. S'il y a une entreprise qui fait grève, vous pouvez aller à côté. Ça ne prend pas en considération, ça n'attaque pas les clients, ou là, en l'occurrence, les usagers. Là, on a affaire à un monopole. Donc, quand les personnes qui sont, soi-disant, défenseurs de ce monopole de services publics font le choix de ces dates-là, elles le font sciemment. Moi, c'est ça que je condamne. Elles peuvent très bien faire grève avant ou après. Il y a 365 jours par an.
S'ils le font ce jour-là, c'est qu'ils savent bien, d'ailleurs, c'est très cynique, c'est-à-dire que ce sera plus efficace, et qu'ils obtiendront ce qu'ils veulent. D'ailleurs, ils l'ont obtenu.
Jean-Philippe Tanguy, faut-il réquisitionner les personnels non grévistes, comme l'a réclamé Christian Estrosi, le maire de Nice ? Voici ce qu'en a dit Clément Beaune, justement, le ministre des Transports, qui était invité ici même à votre place hier matin sur France Info. La réquisition, c'est très stricte. C'est un dernier recours. C'est encadré juridiquement. Il faut qu'il y ait un trouble grave à l'ordre public. On a bien vu dans la question des raffineries que c'était un dernier recours pour quelques personnes, quand il y avait une atteinte très grave au fonctionnement vital du pays.
On n'est heureusement pas, même si c'est la grosse galère dans cette situation, si on faisait une réquisition qui, dès demain, était annulée par le juge, parce que ne respectant pas la loi, ce ne serait pas sérieux. Alors, vous êtes d'accord avec lui ?
Je suis d'accord, oui, c'est la loi, donc on est tous d'accord sur la loi. Moi, je ne suis pas d'accord avec Estrosi, qui est pourtant macroniste, qui fait de la démagogie en demandant quelque chose qui n'est pas possible. Donc, nous, au Rassemblement National, on n'a pas l'habitude de... Vous dites aussi, pas de réquisition. Mais parce que ça n'existe pas. On peut demander, mais c'est illégal, donc ça ne sert à rien. C'est ridicule comme demande. C'est pour se faire plaisir dans les médias, en faisant des propositions qui ne servent à rien pour les Français.
Moi, je pense, par contre, que ce qui existait avant, et ce qui existe de moins en moins à la SNCF, c'était la possibilité de transférer rapidement les gens de poste à poste et de pouvoir, parfois, dans les situations d'urgence, renvoyer des gens qui étaient dans les bureaux qui avaient été cheminots, les renvoyer sur le terrain. En forme de service minimum, c'est ça ? Oui, il y avait le service minimum aussi, mais c'est encore en place. Mais c'était une capacité des agents à être de plus en plus mobiles. Mais j'aimerais quand même revenir sur la question de fonds.
Ce qui se passe aussi, parce qu'on l'a sur la SNCF, on l'a sur les TER, on l'a sur les métros parisiens, et on l'a de ménager dans le transport public en France. Là aussi, ils n'ont rien anticipé. Le problème des contrôleurs aussi, c'est qu'ils ne sont pas assez nombreux pour faire leur travail, il n'y a pas assez de conducteurs, il n'y a pas assez d'argent d'une manière générale. Ça fait des années qu'on n'a pas formé les gens nécessaires. J'entendais hier M. Beaune aussi sur votre antenne, qui expliquait, ah bah oui, maintenant, la RATP est en train de former, je crois qu'il l'a dit hier, en train de former deux fois plus de personnes que d'habitude. Mais ça n'a pas été anticipé.
Quand on nous explique en Ile-de-France, mais aussi dans les TER des Hauts-de-France, puisqu'il en a aussi parlé, effectivement, la situation en Picardie et en Orpac-de-Calais est dramatique pour des gens. Moi, je prends le TER ou le transport public tous les jours depuis 20 ans. Je suis totalement dépendant, comme des millions de Français, des transports publics. Je n'ai jamais vu une telle situation. On nous dit, ah oui, il faut le temps qu'on forme. Mais ils n'ont pas anticipé. Aux élections de 2015 au Régional, on avait proposé, avec le Rassemblement National et moi, à l'époque de Boula-France, un plan de formation pour les transports publics. Donc on le savait, ils ne l'ont pas fait.
Et M. Beaune n'est pas ministre depuis six mois. Il est ministre, lui, depuis... Pardon, il est dans un gouvernement macroniste qui dirige les transports depuis plus de cinq ans. Donc quand on nous dit, ah, on découvre des problèmes, non, ils ont une responsabilité énorme dans le fait qu'aujourd'hui, les transports publics sont totalement désorganisés alors qu'on empêche les gens de prendre leur voiture. Parce que ça, il faut le dire aussi. On dit aux gens, il faut arrêter de prendre votre voiture, il faut sauver la planète, certes, mais les transports publics ne marchent pas.
Le 8.30 France Info, Jean-François Aquili, Céline Asselot.
Nous sommes avec Jean-Philippe Tanguy, le député Rassemblement National de la Somme. Vous avez obtenu la création d'une commission d'enquête parlementaire, c'est le droit de tirage du Rassemblement National, sur les réseaux d'influence étrangers et le financement des partis politiques. C'est un peu fort de café, sachant que vous êtes quand même au RN, régulièrement critiqué pour avoir contracté un pré-russe. Pourquoi ce choix, qui suscite d'ailleurs des remous ?
Oui, je suis très content que ça suscite des remous, parce qu'effectivement, on secoue un sujet très grave. Et oui, je comprends votre question, mais c'est au contraire, on veut montrer au contraire que ces accusations ne reposent sur rien. Donc on va faire une commission d'enquête où d'ailleurs, les responsables du RN... Donc c'est pour vous laver ? Non, mais c'est évidemment pour nous laver. Moi, je dis que les accusations qui ont été faites contre Marine Le Pen et contre le Rassemblement National étaient extrêmement graves, n'étaient étayées par rien. C'était des insinuations, des remarques sans fondement, quand vous parlez à Vladimir Poutine,
vous parlez à votre banquier... Oui, mais c'est très grave ce qu'il a dit,
mais c'est très grave ce qu'il a dit, M. Macron, parce que soit effectivement, ce qu'il avait dit est vrai, et dans ce cas-là, le RN ne devrait pas pouvoir se présenter au suffrage des Français, parce que si on a un parti qui est la première opposition qui soit disant soumis à la Russie ou à toute autre puissance étrangère, on n'a aucune légitimité à se présenter, et donc dans ce cas-là, l'État ne protège pas les Français, soit c'est faux. Or, c'est faux ! Et si on a demandé cette commission d'enquête, parce que... Je vous remercie de me poser cette question. La commission d'enquête, ce n'est pas une commission d'enquête RN. Je préside la commission d'enquête.
Mais après, tous les membres de la commission d'enquête, c'est à due proportion de l'Assemblée. Donc moi, je suis en minorité dans la commission. Donc ce n'est pas moi qui vais faire ce que je veux. Ça va être une vraie commission d'enquête où on va entendre ce que les oppositions veulent, ce que la majorité veut. Les macronistes pourront convoquer les personnes qu'ils veulent s'ils veulent étayer leurs accusations.
Est-ce que ce n'est pas une manière d'insinuer qu'il y a justement des ingérences ? Il y a des ingérences. Des soupçons dans d'autres partis politiques que le vôtre.
Détourner le regard, en tout cas. Non, pas détourner le regard, c'est de régler le problème. Moi, je pense, et j'en ai parlé avec plusieurs, notamment journalistes qui viennent du monde arabe puisque ça a détruit les démocraties naissantes du monde arabe. Le poison de l'ingérence étrangère est quelque chose de très grave en démocratie puisque les citoyens, face à ces accusations, perdent à juste titre confiance dans ceux qui sont censés les défendre. Donc le but de la commission, c'est oui, je le dis, de nous laver d'accusations qui sont infamantes et fausses, mais c'est aussi de faire le point sur cette question. Est-ce que oui ou non ?
Il y a des ingérences en France et il faut surtout les punir. Le but, ce n'est pas de faire des polémiques. Vous pensez à qui ? Vous savez, il y a plusieurs accusations. Par exemple, vous avez un ancien ambassadeur de la France en Russie qui a dit sur une antenne, je crois que c'était sur France Inter, qui nous expliquait, oui, quand j'étais en poste à Moscou, il y a des partis politiques et des personnalités politiques qui ont reçu des malettes et qui ont reçu de l'argent. Écoutez, si c'est vrai, c'est quand même un ambassadeur de France. Mais ça, c'est à la justice
de régler ce genre de question, pas une commission d'enquête parlementaire.
Mais si, mais c'est complémentaire. Vous savez, par exemple, vous prenez l'affaire Alstom et les grandes ventes de multinationales françaises quand M. Macron était ministre. Eh bien, la commission a soulevé des lièvres et ça a été transmis au parquet national financier. Nous, ce qu'on a dit dans cette résolution, on ne va pas remplacer la justice, mais si nos enquêtes, nos auditions nous permettent de soulever des problèmes, des ingérences, nous les transmettrons à la justice immédiatement. Et c'est la justice, évidemment, qui fera son rôle. Ce n'est pas moi qui vais être le tribunal ou le fou qui est un ville. Nous, on va essayer de soulever des problèmes.
Il y a un petit côté maccartisme, quand même, non ? Vous allez chercher les agences étrangers. Quelle est l'idée ? Il y a un côté un peu paranoïaque derrière cette commission parce que l'objet est compréhensible, mais il est assez large. Où est-ce que vous allez taper, si je puis dire ?
Mais ça, c'est le travail. Comment ça marche ? On va réunir un bureau, ce sera collégial et on va voir comment on travaille. Moi, j'ai des idées. Moi, je pense qu'il faut travailler, par exemple, par zone géographique. On pourrait très bien commencer par le Qatar ou par la Russie et s'inquiéter de toutes les formes d'ingérence. Pourquoi c'est large ? Parce qu'effectivement, on nous a dit oui, c'est large. Mais l'ingérence, aujourd'hui, est large. Moi, il se trouve qu'on n'a pas le temps d'en parler aujourd'hui, mais j'ai assez bien connu ces problèmes-là quand je travaillais dans l'industrie. L'ingérence, c'est toujours croisé.
C'est-à-dire, vous avez à la fois des cabinets de lobbying, des multinationales, des personnalités politiques qui agissent de manière croisée, c'est important. Et moi, ce que je regrette, parce qu'il y a quand même une introduction là-dedans, c'est qu'au début, on a proposé que cette commission soit soutenue de manière consensuelle. Parce que ça devrait concerner tout le monde, de savoir si, oui ou non, il y a des ingérences en France. Eh ben non, on a dû utiliser nos droits de tirage parce que les autres partis politiques ne voulaient pas de cette commission.
Jean-Philippe Tanguy, vous avez certainement vu, comme nous tous, les grandes lignes du projet de loi immigration présenté notamment dans le Figaro par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt, ministre de l'Intérieur et ministre du Travail. Créer un visa métier en tension, est-ce que c'est une bonne manière de répondre aux problèmes de recrutement de certains secteurs ? Je pense aux bâtiments ou la restauration par exemple.
Non, pour ces deux secteurs-là, ce n'est pas une bonne solution. On a entre 5 et 6 millions de chômeurs en France. On a des dizaines de milliards d'euros consacrés à la formation. Il serait temps, parce que c'est déjà Nicolas Sarkozy qui le disait en 2012, que les crédits à la formation soient alignés avec les besoins en emploi en France. Quand vous avez 5 à 6 millions de chômeurs, pour des métiers qui sont assez rapides à former, il n'y a pas besoin de recourir à l'immigration. Pourtant, ça répond aux attentes des intéressés, des restaurateurs par exemple.
Oui, c'est sûr, parce que vous faites rentrer des gens qui ont des exigences salariales et sociales moindres, qui n'ont pas toute connaissance de leurs droits sociaux. Donc effectivement, vous savez, c'est vieux comme l'industrialisation, c'est l'armée de réserve. Vous avez toujours la pression des immigrés pour faire baisser les salaires et les droits sociaux. Ça, c'est vieux comme le monde, ce n'est pas nouveau et à la limite, c'est bien connu. La question, c'est est-ce qu'on va enfin former les gens ?
Est-ce que vous voulez obliger les chômeurs à occuper certains emplois ? D'ailleurs, il faut le dire au passage clairement que parfois, les Français ne veulent plus occuper.
Non, mais ils ne veulent plus occuper. Par exemple, on prend la restauration. Vous savez, il y a plein de Français qui partent faire de la restauration au Luxembourg, en Suisse, même qui partent au Canada, au Royaume-Uni, parce que les conditions de travail leur semblent meilleures.
Pour vous, c'est une question de salaire ?
Pas seulement de salaire, de conditions de travail aussi.
Donc, c'est mettre la pression sur les chômeurs ? Je répète ma question.
C'est mettre la pression sous le secteur pour qu'ils s'entendent. Et puis, les chômeurs aussi. Le chômage n'est pas un droit à la paresse. Le chômage, c'est quand vous êtes dans une situation difficile que vous n'avez pas accès à un emploi, on vous aide. Mais effectivement, il y a un retour à l'emploi. La société française n'est pas vouée à payer des gens, à rester chez eux parce qu'ils veulent rester chez eux. Mais je ne pense pas que ce soit la volonté de la plupart des chômeurs parce que c'est ça. Là où je ne suis pas d'accord, c'est dire oui, les chômeurs sont responsables de leur situation. La plupart du temps, c'est que le secteur n'est pas fait aussi pour s'organiser.
Vous êtes une mère de famille. Vous faites deux services dans la journée et on ne vous paie pas entre 14h et 18h. Il y a un problème. Il faut le prendre en charge. Il faut le régler. Il y a des secteurs qui ne sont pas organisés aussi pour accueillir les salariés.
Est-ce que ces deux mesures ne sont pas compatibles ? D'ailleurs, on pourrait effectivement, comme le souhaite le gouvernement, créer un visa métier en tension pour régulariser quelques milliers d'employés dans les secteurs qui en ont besoin et puis travailler sur le moyen terme voire le long terme avec les questions de formation et de salaire que vous évoquez.
Pourquoi c'est forcément incompatible ? Parce que si vous voulez, ça crée un nouvel appel d'air pour des formes d'immigration. On a déjà régularisé dans le passé des immigrés qui étaient rentrés clandestinement sur le territoire qui étaient souvent encore clandestins s'ils ont été régularisés et après, on a dit on doit le faire encore 5 ans après, 10 ans après. C'est une pompe aspirante. Ça ne règle pas le problème parce qu'à partir du moment où des gens parce qu'aujourd'hui, en plus, le monde est encore plus connecté dans les années 90 entendent qu'en France si on force le système mais si on travaille on finit par être régularisé vous avez une incitation évidemment à venir.
Et ce n'est pas une accusation contre les immigrés. Je serai à leur place peut-être que j'essaierai aussi de venir de travailler et de m'intégrer. Mais on ne peut pas donner si vous voulez de récompense à des gens qui à un moment ou à un autre ont enfreint la loi. Même si ce sont des gens fondamentalement honnêtes travailleurs ils sont rentrés en France de manière clandestine ils ont travaillé de manière clandestine ils ont enfreint la loi. Il n'y a pas de conséquence Même si ça déstabilise
des entreprises ?
Comment ? Je suis désolé il y a un moment la loi est supérieure aussi toujours à l'intérêt économique l'intérêt économique ne peut pas être comment dire le guide de toute décision il y a aussi par ailleurs je rappelle que le taux de chômage des immigrés en France est quand même le double des français donc il y a quand même aussi un problème structurel de la structure de l'immigration en France.
La ministre des PME qui était ici même il y a deux jours a dit je suis pragmatique.
Mais ce n'est pas pragmatique quand vous avez deux fois quand vous avez des étrangers qui ont un taux de chômage deux fois supérieur au français c'est bien qu'il y a un problème et qu'on n'est pas dans une immigration qualifiée on n'est pas dans une immigration de travail on n'est pas dans le cas du Canada ou de l'Australie ça fait une fois de plus ça fait plus de 15 ans qu'on promet l'immigration choisie et en fait non la structure c'est qu'on fait venir des personnes généralement sans qualification parce que notre système social est bien trop généreux avec les personnes immigrées.
Le 830 France Info Jean-François Aquili Céline Asselot On évoque avec Jean-Philippe Tanguy député Rassemblement National de la Somme ce projet de loi immigration et la création de visa métier en tension il y a une nouveauté aussi qui a été annoncée ces derniers jours par Gérald Darmanin et Olivier Dussop c'est cette carte de séjour pour les professionnels de santé pour répondre aux attentes des hôpitaux qui manquent de personnel on évoquait tout à l'heure avec le président de SAMU Urgence de France le fait que 20% des lits sont fermés en ce moment dans les hôpitaux est-ce que ça c'est pas une bonne manière d'y répondre ?
Bah c'est pas une bonne manière là pour le coup c'est de manière pragmatique c'est de manière urgente effectivement à chaque fois qu'on a un débat sur l'immigration on parle des métiers soignants en donnant l'exemple du médecin étranger que les français connaissent bien parce que pour les désirs médicaux évidemment on a régulièrement recours à leurs services et on les remercie oui sur ce métier là ça peut être une solution d'urgence mais pourquoi ?
parce qu'une fois plus les gouvernements qui se sont succédés et même celui-ci enfin même Emmanuel Macron n'ont pas formé les professionnels nécessaires aux métiers soignants moi je veux bien qu'on me dise qu'on pouvait pas anticiper le vieillissement de la population bon tout le monde l'avait anticipé le fait que les soins demandaient de plus en plus de professionnalisme de technicité voilà on le savait tout ça donc vous dites restauration bâtiment non mais médecine pourquoi pas ?
tout simplement parce qu'il faut pour faire médecin 10 ans donc si je vous disais aujourd'hui on prend des personnes et on les forme pour être médecin c'est pas sérieux ce qu'il faut 10 ans pour former des personnes dans la restauration dans le bâtiment il faut selon les profils 3, 6, 9, 9 mois un an parfois un peu plus et on peut faire aussi de l'apprentissage on peut faire de l'apprentissage dans le bâtiment les gens peuvent apprendre sur le terrain bon on peut pas faire de l'apprentissage pour être médecin urgentiste
Jean-Philippe Tanguy ce sera le 10 janvier la première ministre Elisabeth Borne va présenter détaillé le projet de loi de réforme sur les retraites cette fois-ci vous avez déjà dit non à la réforme pourquoi ? c'est une posture politicienne parce qu'il faut s'opposer
non parce que c'est une conviction non c'est une conviction de fond premièrement vous savez quand déjà aujourd'hui une majorité de français arrive à la retraite soit dans un système de pré-retraite soit au chômage soit dans des difficultés sociales donc en fait on va transférer un grand nombre de français de la retraite vers les systèmes sociaux donc ce sont des fausses économies nous pensons aussi qu'on sous-estime l'usure la difficulté de beaucoup de métiers physiques en France moi une fois plus je suis représentant de la Somme je suis représentant d'une région où les métiers sont difficiles où la valeur de travail a du sens je peux vous dire que les personnes qui arrivent à la retraite sont souvent déjà fatiguées ont besoin de partir à la retraite et c'est très injuste parce qu'au final ce sont les gens comme moi ou comme d'autres privilégiés qui en fait font cotiser les personnes les plus fragiles les personnes qui font les métiers les plus durs pour pouvoir partir je vous donne un exemple très concret parce qu'il faut être vous avez commencé comme ouvrier à 19 ans ce système va vous faire travailler au minimum 43 à 43 années vous êtes sorti d'une grande école vous avez commencé à travailler à 25 ans vous allez seulement cotiser 42 années donc tout ça est extrêmement et très injuste est-ce qu'il faut
en comprendre que le Rassemblement National va participer à une mobilisation début janvier d'une manière ou d'une autre
nous on laisse toujours les mouvements sociaux depuis toujours de manière indépendante mais nous on a fait des propositions on a fait une proposition différente notre réforme c'est quoi c'est que plus vous partez tôt plus vous avez commencé à travailler tôt plus vous pouvez partir tôt donc vous avez commencé à travailler avant 20 ans généralement ce sont des métiers les plus difficiles vous partez à 60 à 60 ans vous avez commencé à travailler entre 20 et 22 ans vous partez entre 60 et 62 ans et ensuite vous partez après 62 ans j'ajoute que la vraie clé de tout ça c'est la réindustrialisation et c'est le retour des emplois qualifiés vous pouvez financer un système social si vous faites de la valeur ajoutée si vous avez de la productivité l'INSEE a révélé qu'on était dans une grande crise de la productivité la France n'a jamais retrouvé son niveau de productivité des années avant le Covid pourquoi ?
car les métiers qui sont créés par la Macronie sont des métiers ubérisés avec une faible valeur ajoutée si on ne crée pas de valeur ajoutée on passera notre vie à reculer vous nous dites en creux
Jean-Philippe Tanguy qu'il faudrait que nos entreprises soient plus compétitives pour qu'elles ne serait-ce que certaines reviennent dans notre pays mais vous demandez aux entreprises de verser 10% de salaire en plus alors que certaines ne le peuvent pas
alors on ne leur demande pas on leur offre la possibilité de le faire c'est-à-dire que le diagnostic qu'a fait Marine Le Pen à la présidentielle c'est qu'il y a beaucoup de secteurs on parlait notamment de la restauration du BTP qui ont besoin d'augmenter les salaires mais qui ne le peuvent pas parce qu'elles n'ont pas les moyens donc justement cette proposition c'est que s'il y a un accord salarial volontaire entre l'entrepreneur et ses salariés que cet accord concerne tous les salariés de manière égale pour une augmentation de 10% l'entreprise ne paiera pas de charge sur ces 10% donc c'est une manière de leur permettre justement de débloquer la situation ce n'est pas une charge en plus et si je peux me permettre monsieur Achille il y a une différence entre être compétitif et être productif être productif c'est quand votre métier de manière intrinsèque crée de la valeur ajoutée et que la façon dont vous travaillez vous permet de créer plus de richesses avec le même capital humain
et le même capital financier c'est un peu différent comment on finance un dispositif comme celui-là ?
ça ne coûte rien parce que c'est sur une hausse qui n'existe pas donc à la limite c'est une perte de chance une perte d'opportunité de recettes mais ça ne coûte rien alors effectivement à proposition de loi on a dû la gager parce que la Macronie avait décidé de nous attaquer sur ça mais ça n'existe pas par définition les hausses elles sont à venir
d'un mot pour conclure Jean-Philippe Tanguy le mois de janvier qui arrive vous le voyez de quelle manière c'est une espèce de grande mobilisation sociale dans la rue ou vous préférez un débat parlementaire de fond sur la réforme des retraites ? Nous on préfère toujours
un débat de fond on préfère toujours échanger mais là la méthode est particulière c'est-à-dire que Madame Borne et le gouvernement disent on va discuter mais de toute façon on a déjà choisi de faire une réforme paramétrique donc on ne comprend pas très bien ce qu'il y a à négocier après nous on n'est jamais dans la politique du pire donc il y a aussi d'autres choses à négocier il y a la pension minimale il y a la défense des agriculteurs la défense des veuves il y a beaucoup de choses ce report de l'âge égal il est vraiment il est inacceptable et moi d'ailleurs je pense qu'il ne passera pas
Merci beaucoup Jean-Philippe Tanguy député Rassemblement National de la Somme merci à vous Merci à vous
Jean-François Achilly bonne fête et restez avec nous
bien sûr sur France Info
Jean-Philippe Tanguy