À PROPOS DES MANIFESTATIONS DE POLICIERS - MÉLENCHON
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:45MélenchonFait
« Des nuits dans lesquelles nous sommes toujours sous l'état d'urgence. »
- 1:30MélenchonFait
« On a partout, partout, détruit l'État, miné toute l'estime publique et le consentement à l'autorité. »
- 3:00MélenchonFait
« Comment voulez-vous qu'on prenne au sérieux un État dirigé par des gens qui sont capables d'installer, dans toutes les forces armées, des logiciels d'emploi du matériel militaire qui est placé sous contrôle d'un État étranger ? »
- 4:30MélenchonFait
« Des policiers ont été attaqués et grièvement blessés par des gens qui, délibérément, ont voulu les assassiner. »
- 5:30MélenchonFait
« C'est le crime organisé qui a attaqué cette voiture de police. »
- 7:00MélenchonFait
« Je ne suis pas d'accord pour qu'on dise que ces manifestations seraient manipulées, voire dirigées, par un parti d'extrême droite. »
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Depuis plusieurs nuits maintenant, nous assistons à des manifestations d'un genre totalement inhabituel. Ce sont des policiers, parfois cagoulés, ce qui est assez surprenant, qui expriment une colère qui n'a rien de feinte, dont on sent qu'elle est ancrée en profondeur. En voyant ça, je me suis dit qu'il n'était pas possible qu'on regarde ailleurs ou qu'on fasse comme si tout ça était de l'ordre habituel des événements dans notre pays.
Ce n'est pas vrai. C'est quelque chose d'absolument inouï : il s'agit d'un corps de fonctionnaires qui incarne le maintien de l'ordre public, celui qui est décidé par les lois. Et on les voit eux-mêmes manifester sans autorisation une nuit d'état d'urgence.
Des nuits dans lesquelles nous sommes toujours sous l'état d'urgence. Je suis absolument certain qu'ils savent exactement ce qu'ils font. Et, s'ils le font, c'est donc que leur ras-le-bol a atteint la limite à partir de laquelle tout est emporté.
Ce n'est pas la seule corporation essentielle à la vie quotidienne qui craque. On peut dire que dans les personnels de santé, les gens ont déjà franchi la limite au-delà de laquelle tout est possible parce qu'ils sont en état d'épuisement complet. Mais c'est vrai dans bien d'autres métiers.
Je prends cet exemple mais je pourrais prendre celui des enseignants. Ce n'est pas par hasard si tout d'un coup, après avoir créé un immense désordre, le gouvernement décide de recruter en urgence des enseignants pour remplacer ceux qui sont malades. On a partout,, partout, détruit l'État, miné toute l'estime publique et le consentement à l'autorité.
Parce que quand vous allez au travail et que vous avez peur ou bien que vous pensez que le travail que vous allez faire ne sera pas bien fait parce que vous n'êtes pas assez nombreux pour pouvoir le faire et pour pouvoir accorder aux gens que vous allez rencontrer l'attention qu'ils méritent. Eh bien clairement, morceau après morceau, c'est l'État qui s'en va. Là nous avons vu ces policiers manifester en direction de l'Elysée.
Ce n'est pas un petit événement. C'est tout à fait exceptionnel. Ça s'est déjà produit dans le passé, mais c'est exceptionnel.
Et voyez comment l'incurie gouvernementale aboutit à ce résultat. Pourquoi est-ce que ces policiers éprouvent le besoin de faire des manifestations de nuit et jusqu'à l'Elysée ? Ce sont des policiers républicains.
C'est eux qui s'occupent de maintenir les lois de la République le reste du temps. S'ils le font c'est parce que, comme beaucoup, d'autres ils ont le sentiment que plus personne ne les écoute. Dès lors, l'Etat n'est plus respecté quand il n'est plus respectable.
Et les plus hautes autorités, le président de la République le premier, ont miné cette autorité. Comment voulez-vous qu'on prenne au sérieux quelqu'un qui s'épanche pendant des pages et des pages d'un livre dans lesquelles il raconte que tout ce qu'il ne devrait pas raconter comme chef d'État, et où il montre des décisions inacceptables dans notre droit ? Comment voulez-vous qu'on prenne au sérieux un État dirigé par des gens qui sont capables d'installer, dans toutes les forces armées, des logiciels d'emploi du matériel militaire qui est placé sous contrôle d'un État étranger ?
Et ainsi de suite. Si bien que, d'une façon ou d'une autre, on a l'impression que notre société s'approche de ce point que j'avais décrit dans le passé en disant : «ça s'appelle le point “qu'ils s'en aillent tous”», c'est-à-dire un ras-le-bol généralisé contre toute autorité. Je ne suis pas d'accord pour qu'on dise que ces manifestations seraient manipulées, voire dirigées, par un parti d'extrême droite.
Peut être qu'il y a, en effet, des membres de parti d'extrême droite parmi les policiers, mais il y en a aussi qui sont membres d'autres partis et qui participent à ces manifestations. Ce n'est pas l'étiquette de parti qui compte. Et je ne suis pas d'accord pour qu'en s'exprimant de cette manière on ait l'air de leur dire «votre colère ne peut pas être entendue par des gens comme nous».
Moi je suis un homme qui vient de la gauche. Je suis profondément républicain et j'entends ce que disent les policiers. J'ai déjà dit dans le passé sans fioritures ce que je pensais du fait que certaines formes d'usage de la force étaient totalement disproportionnées.
Et j'ai toujours dit que la responsabilité en revenait à ceux qui donnent les ordres, pas à ceux qui les exécutent. Et, de la même manière, j'ai toujours montré la plus extrême distance avec tous ceux qui se livraient à des violences à l'égard des policiers. Je l'ai toujours dit.
Je pense que c'est absurde, que nous n'avons rien à gagner à une atmosphère pareille. Mais aujourd'hui, on a affaire à autre chose. Des policiers ont été attaqués et grièvement blessés. par des gens qui, délibérément, ont voulu les assassiner.
C'est intolérable. C'est intolérable. Et je demande qu'on ne se trompe pas sur le sens des actes de ces agresseurs.
Il ne faut pas assimiler ça à je ne sais quoi de la vie des quartiers. Ce sont des bandits. C'est le crime organisé qui a attaqué cette voiture de police.
Et, par conséquent, la répression la plus ferme et la plus déterminée s'impose pour débarrasser les malheureuses personnes qui habitent dans un quartier soumis à l'autorité de telles bandes. Et puis, enfin, avez-vous réalisé l'absurdité de la situation ? Voilà deux policiers dans une voiture qui sont postés à un endroit, pour quoi faire ?
Pour protéger une caméra de vidéosurveillance. Mais on...
C'est un cauchemar, cette histoire. Donc, on met une caméra pour surveiller et des policiers pour surveiller la caméra qui surveille. On nage dans l'absurdité.
Comment des ordres aussi stupides ont-ils pu être donnés ? Qui décide d'un tel usage des personnes humaines que sont les policiers ? Je ne parle pas seulement de la conclusion terrible de cette situation, puisqu'ils sont très grièvement blessés, mais simplement de l'ordre qui est donné.
Quel genre de travail est-ce pour un policier que d'aller surveiller une caméra qui surveille ? Comment quelqu'un peut-il être bien dans sa peau à exercer une activité pareille ? Par conséquent je crois que beaucoup de dégâts sont faits maintenant.
Vous vous souvenez, après l'attentat de Charlie, quand les journalistes avaient été massacrés, ce pauvre policier tué dans la rue de sang-froid par un des des criminels qui avait attaqué la rédaction du journal. Il y avait à ce moment-là une très grande osmose entre la population et sa police, et je trouve que c'était un beau moment de la vie de notre République. Tout ça a été gâché.
En deux temps. Premier temps : un usage systématique, absurde, de la force, de façon disproportionnée, pendant les manifestations contre la loi El-Khomri. Je voudrais rappeler que, si il est exact que des policiers ont été blessés à cette occasion, des manifestants aussi, beaucoup.
Et ça a coupé une sympatie qui existait, une compréhension qui s'était construite dans les moments difficiles de l'affaire de Charlie Hebdo et de l'épicerie casher. Et puis maintenant, on a fini par désespérer tout ce personnel. Et, du fait des incriminations hasardeuses auxquelles se livrent certains en disant : «tout ça, ça ne compte pas c'est pas une manifestation de policiers, c'est une manifestation du Front national».
Mais c'est absurde de parler comme ça ! Parce que ça fini de creuser le fossé entre des gens qui sont voués à devoir s'entendre. La population et la police républicaine, ça doit être une seule et même chose Les uns surveillant les autres pour trouver le point d'équilibre qui permet que force reste à la loi dans des conditions qui sont celles d'une démocratie.
Donc on ne peut pas accepter que dure le divorce entre la police et le pays, ce n'est pas possible. Il faut donc y remédier, et je pense que nous avons tous le devoir de prononcer des paroles mesurées et réfléchies à l'égard des policiers. On ne va pas leur dire que c'est une bonne idée d'aller manifester devant l'Élysée.
Non, ce n'est pas une bonne idée. Je vous le dis franchement, parce que n'importe quelle autre corporation le ferait, on y disposerait tout aussitôt des forces de police, justement, pour l'en empêcher. Mais pour autant, il ne peut pas être question de faire comme s'il ne se passait rien et comme si tous ces policiers ne s'étaient pas conduits jusqu'à cette extrémité sans avoir de solides raisons de l'avoir fait.
En tout cas, moi, je prends ma part. Je viens de dire ce que je pense. Je veux exprimer de la compréhension.
Et je pense que beaucoup de français réagissent comme moi. Et d'ailleurs, je veux dire que j'ai décidé d'organiser une réflexion collective publique sur le sujet. Vous savez que je suis candidat à l'élection présidentielle.
Dans le programme «L'Avenir en commun», qui est dorénavant celui de la France Insoumise que je représente, il y a un chapitre sur la sécurité. Et le 10 novembre prochain, j'organise une journée de réflexion sur le thème qui est destiné à préparer l'édition d'un livret sur ce thème précis de la sécurité et de l'usage de la police républicaine dans notre pays. Voilà.
J'aurais pu aussi bien rester chez moi et ne pas vous parler de tout ça et de faire comme beaucoup qui attendent que ça se passe. Je ne suis pas d'accord. C'est une circonstance importante et grave que celle que nous sommes en train de vivre.
Ce n'est pas rien ce que nous voyons. Et nous devons faire mieux qu'un usage politicien de la situation pour incriminer les uns ou les autres et pour ne pas voir la réalité en face. Voilà, je vous souhaite à tous de pouvoir nous retrouver très rapidement dans des conditions de sagesse mieux que ce que nous vivons là.
Jean-Luc Mélenchon