Alain Krivine - Campagne présidentielle 1969 | Archive INA
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Alain KrivineFait
« Si je peux m'exprimer aujourd'hui devant vous, c'est grâce à l'extraordinaire mouvement de 10 millions de travailleurs en mai 1968. »
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« On nous a expliqué pendant des années qu'il n'y avait plus de classe ouvrière, que le régime capitaliste néoccapitaliste avait résolu toutes ces contradictions. »
- 3:00Alain KrivineFait
« Les travailleurs ont réussi à imposer ce qu'aucun bulletin de vote n'avait pu faire auparavant, c'est-à-dire faire reculer le pouvoir. »
- 3:30Alain KrivineFait
« Nous ne faisons absolument aucune confiance au bulletin de vote. »
- 4:30Alain KrivineFait
« Les travailleurs ont pris conscience que le problème n'était plus de se battre pour telle ou telle réforme pour 2 ou 3 % d'augmentation immédiatement reprises par le patronat. »
- 5:30Alain KrivineFait
« Ce socialisme aujourd'hui n'est pas incarné par Brejnef ou Kossigin, mais beaucoup plus incarné par Che Gevara. »
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[Musique] Pour la première fois, un militant révolutionnaire a la possibilité de s'exprimer devant vous. Cette possibilité n'est pas le résultat d'une quelconque élection. Cette possibilité n'est pas non plus le résultat de la bonne volonté de l'officine de propagande gouvernementale qui est aujourd'hui l'ORTF. Si je peux m'exprimer aujourd'hui devant vous, c'est grâce à l'extraordinaire mouvement de 10 millions de travailleurs en mai 1968. Récemment, Monsieur Marcelin, le ministre de l'intérieur, nous expliquait que le pouvoir était dans les urnes et qu'il n'était pas dans la rue.
En fait, lorsque l'on sait comment monsieur Marcelin est devenu ministre de l'intérieur, lorsque l'on sait que le pouvoir gauliste s'est institué à l'issue d'un coup d'état militaire le 13 mai 1958, nous pouvons calmement demander à monsieur Marcelin si ce pouvoir il l'a pris par les urnes, il l'a pris par les élections ou si au contraire il n'a pas utilisé la violence pour devenir ministre de l'intérieur. Il est clair que pour nous, jamais la gauche socialiste ne peut envisager de prendre le pouvoir d'imposer ces solution à l'aide des élections ou à l'aide d'une quelconque consultation électorale.
Toutes les expériences vécues en France ou dans d'autres pays montrent que soit la gauche développe un programme de droite et à ce moment-là bénéficie des voil de droite et peut effectivement obtenir une majorité gouvernementale, ce qui est aujourd'hui le cas de monsieur Wilson en Angleterre, ce qui fut le cas de Guimolet ou Mitr en France. Mais lorsque cette gauche développe un programme beaucoup plus avancé, un programme qui ne peut plus bénéficier du soutien de la bourgeoisie, alors cette bourgeoisie est prête à violer sa propre légalité et à imposer ses solutions par des coups de force militaires. On connaît l'exemple de la Grèce et du régime fasciste qui règne aujourd'hui.
On connaît l'exemple de l'Indonésie. On connaît aussi l'exemple de l'Espagne républicaine. En fait, nous ne faisons absolument aucune confiance au bulletin de vote. Nous pensons, et mai 68 l'a montré, que les travailleurs possèdent leurs propres moyens de lutte en mai 68 par des manifestations, par des occupations d'usine. Les travailleurs ont réussi à imposer ce qu'aucun bulletin de vote n'avait pu faire auparavant, c'est-à-dire faire reculer le pouvoir, faire reculer l'état fort qu'était l'état gauliste. En quelques semaines, l'État gauliste a donné ce qu'il n'avait jamais accordé en 10ant de pouvoir.
Mais pour nous, mai 68 ne sera pas un anniversaire que nous fêterons comme d'anciens combattants, ni un enterrement ce que s'efforce de faire aujourd'hui la totalité des parties de la gauche officielle. mais fut pour nous un immense espoir. Et ce que nous nous efforcerons de faire à travers cette campagne que nous voulons avant tout une campagne militante, c'est d'expliquer ce qui s'est passé durant ces journées. c'est d'en tirer tous les enseignements, de montrer toutes les carences aussi du mouvement de mai de façon à armer les étudiants, les travailleurs pour les prochaines luttes qui ne seront pas qui ne peuvent pas être des luttes électorales.
Les enseignements sont extrêmement nombreux. On nous a expliqué pendant des années qu'il n'y avait plus de classe ouvrière, que le régime capitaliste néoccapitaliste avait résolu toutes ces contradictions, que aujourd'hui il était capable d'augmenter de façon permanente le niveau de vie. Or, que voyons-nous ? et les travailleurs d'ailleurs l'ont vu en mai 68. Il existe des centaines de milliers de chômeurs. Il existe aujourd'hui des dizaines de milliers de jeunes sans emploi où lorsqu'ils trouvent un emploi dans une usine, généralement le trouvent pour des tâches qui ne correspondent pas à leur qualification professionnelle.
Aujourd'hui, dans les entreprises, les cadences augmentent avec la perspective d'augmentation du profit. En mai par million, les travailleurs ont pris conscience que le problème n'était plus de se battre pour telle ou telle réforme pour 2 ou 3 % d'augmentation immédiatement reprises par le patronat, mais qu'il était nécessaire pour faire aboutir leur principales revendication de transformer radicalement la société et de prendre en main eux-mêmes les centres de production. C'est ce qui a commencé à être fait par les occupations d'usine, par la mise en route par les travailleurs eux-mêmes dans certaines localités des usines mais sans les patrons.
Une période de véritable liberté araignée sur la France pendant ce mai, ce mois de mai 1968. À cette époque, nous disions que tout était possible et on nous a traité de gauchiste, d'enraés.
Mais lorsque l'on regarde de près la situation, lorsqu'on lit tous les ouvrages qui paraissent aujourd'hui sur cette période, lorsqu'on voit la panique qui régnait dans les bureaux ministériels désertés pour la plupart, lorsqu'on voit dans quel état d'isolement se trouvait cette grande bourgeoisie, coupée des travailleurs, coupé des étudiants, coupé des couches moyennes, coupé de la petite paysannerie, on peut comprendre qu'effectivement à cette époque si les partis ouvriers avait donné une véritable alternative politique, une alternative socialiste permettant d'offrir la perspective d'un gouvernement des travailleurs et donnant au travailleurs les moyens de lutte pour obtenir un tel but, alors la situation aurait complètement changé.
Alors, nous ne nous prononcer pas aujourd'hui dans cette période électorale pour savoir si nous devons avoir un pompidou ou un poer à la tête de l'État. Aujourd'hui, en l'absence de lutte ouvrière, la bourgeoisie a pu restabiliser provisoirement son système. Elle s'est même permis le luxe de renvoyer de Gaulle à Colombé les deux églises. Il est clair que De Gaul a permis en mai 58 d'assurer un changement décisif dans les institutions. Mais après mai, l'instabilité du régime est apparue.
De Gaul avait perdu énormément de prestige et face aux nouvelles luttes possibles et prévisibles, la bourgeoisie a compris qu'il était nécessaire de se séparer de deux Gaullees pour envisager un régime capable de d'affronter la classe ouvrière dans les mois à venir. Deux candidats s'offrent à nous, Poer et et Pompidou. Chacun présentant un programme extrêmement différent comme vous pouvez en juger. L'un est pour le mouvement dans la continuité, l'autre est pour la continuité dans le mouvement. Voilà la démocratie, voilà le choix décisif qu'on nous impose aujourd'hui. Mais ceci est possible parce que face à ces candidats, la gauche officielle n'offre aucune alternative.
Plusieurs candidats se proposent, mais nous pouvons leur poser la question : "Où étiez-vous en mai lorsqu'il ne s'agissait pas de voter, lorsqu'il y avait ces luttes ouvrières, lorsqu'il y avait ses grèves, où était Molet ? Où était de fer ? Où était Mitran ? Cette question mériterait une réponse, mais je crois que tout le monde déjà peut la donner. Ce combat de mai, elle n'a pas su l'amener. Aujourd'hui, elle se présente contre la 4e République, contre le retour à ses mœurs.
Mais demain, de fer, Mitran, Molet et les autres viendront nous dire "Il faut s'opposer, nous sommes contre les mœurs de la 5e République." Ce qu'il faut comprendre, c'est comment avons comment est-il possible d'arriver à une telle situation 1 an après mai 68 ? En fait, la gauche vit sur deux mythes qui la paralysent. la croyance au bulletin de vote et la croyance dans cette fameuse union de la gauche. Pour nous, et nous le disons clairement, nous sommes contre cette union de la gauche car ce terme ne recouvre aujourd'hui absolument plus rien.
Si la gauche signifie une place géographique au Parlement, c'est-à-dire à la gauche du président du parlement, alors bien, c'est une définition géographique. Et si il s'agit d'un programme politique, alors nous pouvons poser la question : est-ce que lorsque Julc était ministre de l'intérieur et faisait matraquer les mineurs, était-il plus à gauche que Marcelin ? Est-ce que Guimolet était un homme de gauche lorsqu'il envoyait les parachutistes à Suède ? Est-ce que Mitr était un homme de gauche lorsqu'il parlait d'Algérie française ? Nous ne connaissons pas nous une gauche, nous connaissons une classe ouvrière.
Nous connaissons des organisations qui défendent les revendications de la classe ouvrière, mais nous ne pouvons pas aller au-delà. L'union qui est nécessaire à l'heure actuelle pour aboutir à une transformation radicale de la société, c'est l'union de tous les travailleurs permettant par la suite une alliance de la classe ouvrière unie sur un programme socialiste avec les couches moyennes. Nous nous refusons quant à nous à rentrer dans ce jeu des politiciens de gauche quel qu'il soit. Mai 68 a fait apparaître en France un nouveau courant communiste. Courant communiste pour qui le socialisme est tout à fait autre chose que la caricature qui existe aujourd'hui en Union soviétique.
Pour nous le socialisme ce n'est pas les camps de concentration. Pour nous, le socialisme ça ne peut pas être un régime qui met comme en Union soviétique les intellectuels en prison, qui empêche toute démocratie ouvrière, qui n'hésite pas à rétablir ce qu'il appelle la légalité d'un pays frère en envoyant des troubles d'occupation comme cela a été fait en Tchécoslovaquie. Ce nouveau communisme, ce nouveau courant d'avant-garde n'existe pas seulement en France. Il existe à l'heure actuelle dans toute une série de pays d'Europe, d'Amérique latine et même aux États-Unis. Ce socialisme aujourd'hui n'est pas incarné par Brejnef ou Kossigin, mais beaucoup plus incarné par Che Gevara.
Et nous pensons que M 68 rend tout à fait actuelle la fameuse phrase de Che Gevara, le devoir de tout révolutionnaire et de faire la révolution. Lorsque l'on voit comment les occasions ont pu être manquées en 36, en 1946 47 et récemment en 1968, nous nous apercevons et il est clair aujourd'hui que le titre de communiste ne se mérite pas en achetant une carte. Ce n'est pas un monopole d'un parti, c'est un titre qui se mérite à travers la participation aux actions de la classe ouvrière. C'est un titre qui se gagne dans la lutte de classe.
En ce qui nous concerne, nous nous envisageons à travers cette campagne électorale de rendre compte du combat mené en mai par 100 millions de travailleurs et de donner les moyens de le poursuivre.
[Musique]
Alain Krivine