Budget : la guerre va nous coûter 6 milliards !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
de se retrouver à l'apéro. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". La France va devoir payer le coût et la facture de la guerre de D.Trump.
Le coût estimé pour les finances publiques est de 6 milliards d'euros au moins. Le gouvernement réunit ce matin un comité d'alerte des finances publiques à Bercy alors que les prévisions de croissance ont été revues à la baisse. Avec nous pour en parler, A.Minc.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes économiste, essayiste et auteur de "Somme toute". Le gouvernement doit manoeuvrer en urgence pour faire face aux conséquences d'une guerre que la France n'a pas voulue.
On dit merci Trump? Ca va coûter au moins 6 milliards aux finances publiques. - A.Minc: Et d'autres conséquences qui ne sont pas chiffrées.
C'est comme ça. On a affaire au premier chef d'Etat un peu fou depuis Néron. Avant, il y avait des dictateurs, qui n'étaient pas fous.
Il faut vivre avec. Les marchés nous tiennent à portée de fusil. Le budget sera à peu près tenu.
La réalité, c'est que le prochain budget sera assez conservateur. Il faut donner le sentiment qu'on ne fait pas de grosses bêtises. - C.Roux: Vous dites "à portée de fusil des marchés financiers".
L'impact de la guerre sur la charge de la dette représente 300 millions par mois. Chaque jour qui passe, c'est une somme de plus...
La France est endettée et les taux d'intérêt montent. - A.Minc: C'est vrai pour tout le monde.
Le prix de la guerre en termes du taux d'endettement vaut pour tous les pays. Notre problème est de ne pas nous éloigner trop du peloton. Jusqu'à présent, les marchés ont été indulgents avec la France.
Si vous comparez l'écart des taux d'intérêt entre Macron en pleine gloire et Macron en pleine décrépitude, c'est 0,1 %. C'est rien. Du jour au lendemain, ça peut basculer.
L'attitude plutôt conservatoire du Premier ministre est bienvenue, mais le vrai débat budgétaire, c'est le débat de la présidentielle. - C.Roux: Il va devoir trouver 6 milliards.
On dit 4 milliards sur les comptes de l'Etat, 2 milliards sur les comptes de la Sécu. On sait faire? - A.Minc: La dépense de l'Etat, on sait la tenir.
On peut regretter qu'il y ait moins d'enseignants et moins d'infirmiers. La dépense de la Sécurité sociale, c'est plus compliqué à tenir. Les dépenses médicales sont difficiles à contrôler.
Les dépenses de retraite, on a subi un recul avec le renoncement aux 64 ans. Le vrai débat, ce sera le moment où il faudra porter atteinte à certains droits acquis pour remettre la machine debout. Depuis le covid, les arrêts-maladies se sont envolés.
Les transports sanitaires se sont envolés. Les arrêts-maladies longue durée se sont envolés. Alors que la situation sanitaire française ne s'est pas dégradée dramatiquement.
Il faudra donner un coup de rabot, mais il sera pour 2027. - C.Roux: Quand on est à la place du Premier ministre, il faut faire face aux urgences.
Les conséquences de cette guerre pèsent directement sur le portefeuille au quotidien des Français. Avec l'état des finances publiques, vous dites qu'on ne peut rien faire de plus? On ne peut pas avoir des mesures d'aide et d'accompagnement? - A.Minc: Pour la 1re fois, les Français sont confrontés au fait que l'endettement du pays va empêcher de mettre les rustines comme d'habitude.
Les Italiens l'ont fait, les Espagnols l'ont fait, les Allemands, qui ont un taux d'endettement faible, l'ont fait. C'est la première constatation qui touche les Français: il y a un niveau de dette telle qu'il n'y a plus un sou en caisse. Ca participe d'une pédagogie collective. - C.Roux: Il y en a un qui estime qu'il faut faire quelque chose, D.de Villepin. - D.de Villepin: Le gouvernement n'a pas anticipé cette crise, qui est le devoir de tout gouvernement.
Nous nous retrouvons à faire ce que nous pouvons faire, c'est-à-dire aider les professions les plus touchées. Nous allons devoir faire plus, en particulier pour les ménages qui sont dans des zones rurales et qui ont besoin de la voiture pour travailler. - C.Roux: Il dit que si ça va au-delà de 2,50 le litre pour l'essence, il faudra baisser les taxes de toute façon.
Sa formule: "Il faudra créer une caisse de compensation avec une capacité d'écrêtage." - A.Minc: C'est du Villepin dans le texte: l'éloquence mais le vide des solutions.
On n'a pas les moyens de ce qu'il dit. Il croit que parce que sa personnalité éblouira le monde entier, on pourra endetter la France à 75 %? On est dos au mur.
Il ferait bien de dire ça s'il veut participer à la pédagogie du pays, et non pas se préparer une campagne électorale démagogique. - C.Roux: Il ne faudrait pas taxer ceux qui profitent de cette guerre?
L'industrie pétrolière fait des profits, justement par les crispations sur les cours. - A.Minc: Si l'ensemble des pays occidentaux décident de le faire, on peut le faire.
On ne peut pas être les seuls à se battre avec notre propre verge. Est-ce que BP, Shell, Eni, seront dans la même situation? Non.
Il est impossible, dans le jeu où on est, de s'abstraire des règles collectives. - C.Roux: Le détroit d'Ormuz reste fermé par un double blocus.
La situation reste confuse, même si des négociations. Pourraient se dérouler à Islamabad. Cet après-midi, D.Trump a dit qu'il est prêt de nouveau à bombarder.
On se dit que ça peut durer longtemps. Qu'est-ce qui vous inquiète le plus sur l'impact que ça pourrait avoir sur l'économie française, sur l'emploi, sur les défaillances d'entreprises? - A.Minc: Compte tenu du degré d'inquiétude qu'on entend, qu'on voit, le prix du pétrole devrait être beaucoup plus élevé qu'il n'est.
On est passés de 60-70 dollars à 90, une part compensée par le fait que l'euro s'est réévalué depuis l'arrivée de Trump. C'est une histoire de fous racontée par des idiots qui veut dire quelque chose. Ca veut dire que l'inquiétude réelle des acteurs est en deçà de celle qu'on perçoit au premier degré.
Les circuits de réapprovisionnement vont se modifier. Les pays qui exportent du GNL vont accroître leur production. Tous les pays Qui produisent du pétrole vont accroître leur capacité, y compris la Russie.
On sort de 2 crises beaucoup plus graves: la sortie du covid, la guerre d'Ukraine et l'emballement des prix de l'énergie dans des proportions folles. C'est une crise, mais il faut garder raison. Ce n'est pas la pire qu'on ait connue. - C.Roux: Pas de crainte quand vous voyez les baisses des intentions de recrutement dans les entreprises?
Au moins 6,5 % en 2026, selon France Travail. - A.Minc: Les motifs sont indépendants de la crise pétrolière.
Les baisses de recrutement sont liées à l'inquiétude sur l'IA. Est-ce que l'IA est un changement de nature dans la diminution de l'emploi? Il y a un risque sur le crédit privé aux Etats-Unis, oui.
La libération des règles bancaires par le président Trump aggrave ce risque, mais c'est indépendant de la guerre. Trump ajoute un risque à risque. Mais il est là, il faut vivre avec. - C.Roux: Pas d'alerte rouge sur l'économie? - A.Minc: Non.
Un feu clignotant. - C.Roux: Que le gouvernement entend? - A.Minc: Oui, et il essaye de l'anticiper avec les faibles moyens politiques qu'il possède. - C.Roux: Je voudrais terminer avec un mot de ce qu'il s'est passé ces derniers jours.
O.Nora a été remercié des éditions Grasset, qu'il dirigeait depuis 25 ans. Près de 200 auteurs ont annoncé quitter la prestigieuse maison d'édition.
V.Bolloré a répliqué, dénonçant une "petite caste qui se croit au-dessus de tout". Vous faites donc partie de cette petite caste car vous avez décidé de quitter les éditions Grasset. - A.Minc: J'ai été un des premiers à le décider, à la fois par affection et fidélité à O.Nora, et parce que c'est un coup d'Etat idéologique qui est en cours. - C.Roux: Ce n'est pas ce que dit V.Bolloré.
Il dit que les éditions Grasset n'avaient pas de bons résultats. - A.Minc: Je le connais mieux que quiconque.
Nous avons travaillé 20 ans ensemble, avant que je ne le répudie vis-à-vis de son attitude envers les médias. C'est pour ça que j'ai été étonné de sa réaction. Je pensais que tel qu'il est, il allait considérer que c'était des piqûres d'épingle et qu'il n'allait pas réagir.
S'il réagit, ça veut dire quelque chose. Bolloré, jusqu'à présent, croyait qu'il y avait 2 pouvoirs qui régissent le monde: l'argent et la politique. Il vient de découvrir, et c'est plutôt une saine leçon, qu'il y en a un 3e: le pouvoir intellectuel.
Il est en train de buter sur une réalité qu'il avait voulu décider de sous-estimer. A cet égard, son aveu est un aveu de faiblesse. - C.Roux: Vous allez renoncer à vos droits sur vos livres parus chez Grasset?
Etes-vous favorable à ce que défendent certains, l'instauration d'une clause de conscience dans l'édition? - A.Minc: Il y a un vrai problème, je trouve...
Je ne vis pas de mes livres. J'ai une situation particulière, privilégiée. Le problème pour les auteurs, c'est que leur oeuvre soit bloquée pendant des décennies au profit de l'éditeur.
Il faut établir une clause, comme il existe pour la presse, de conscience, qui fait qu'ils peuvent reprendre les droits de leurs livres passés pour ne pas être prisonniers durablement. - C.Roux: Une question rapide.
Est-ce que vous avez été choqué de voir que le Medef recevait J.Bardella?
David Amiel