Macron : fin d'état de grâce ? #cdanslair 22.07.2017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 29 %Attaque 50 %Défensif 21 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 68 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:43OuverteRéponse partielle
Est-ce la fin de l'état de grâce pour Emmanuel Macron ?
- 1:30OuverteRéponse directe
Mathieu Croissandeau, cette semaine a-t-elle été compliquée pour Macron ?
- 2:38OuverteRéponse partielle
Est-ce que c'est trop tôt pour décréter la fin de l'État de grâce ?
- 9:08OuverteRéponse directe
Dominique de Montvallon, est-ce que vous aussi vous considérez que c'est trop tôt pour décréter la fin de l'État de grâce ?
- 11:28RelanceRéponse partielle
Pourquoi Christophe Castaner remet-il de l'huile sur le feu avec cette déclaration ?
- 15:59OuverteRéponse directe
Macron s'est-il mis à dos une partie de son électorat de droite avec cette crise des armées ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:02Invité politiqueFait
« Je suis votre chef, et quand je dis quelque chose, je ne souffre pas tellement de contestation. »
- 18:00PrésentateurFait
« Pierre Devilliers dit « ça n'est pas normal que le budget des armées soit mis à contribution pour la réduction des déficits en 2017 ». »
- 18:28PrésentateurPromesse
« Emmanuel Macron dit « rassurez-vous, ça va augmenter puisque je maintiens l'engagement de porter le budget à 2% en 2025 ». »
- 31:35PrésentateurFait
« Aucun de mes assistants n'a jamais exercé aucune responsabilité politique ni à l'intérieur du parti de gauche ni pour la France insoumise. »
- 42:10Invité politiqueFait
« Elle va passer, mais il est difficile de se réformer soi-même. »
- 43:29Invité politiqueFait
« Je ne voudrais pas que les Français s'imaginent que tous les députés français, tous les députés européens s'arrangent avec le système. »
- 44:31Invité politiqueChiffre
« Au Parlement européen, je crois qu'on avait recensé 20% de députés qui pouvaient être un petit peu en délicatesse avec le règlement. »
- 59:01Invité politiqueFait
« Il a permis à Emmanuel Macron, qui était à l'intérieur du système, de se rendre compte du délabrement, de l'inertie, de la paralysie de la machine. »
- 59:22Invité politiqueFait
« De fait, il a démissionné, il s'est présenté et on a vu ce qui s'est passé. »
- 1:03:47Invité politiqueFait
« Il a eu le marché en main. Je ne pense pas qu'il ait été nommé avec l'idée qu'il allait lui aussi se mettre à contester immédiatement les économies qu'on avait demandé au général de Villiers. »
- 1:03:45Invité politiqueFait
« Il a eu le marché en main. »
- 1:03:56Invité politiqueFait
« Il est nommé, mais il a bien compris sa feuille de route. »
- 1:04:20InvitéFait
« il y a la marge de manœuvre de quelqu'un qui a été choisi par son chef. »
- 1:04:22InvitéFait
« une confiance du général par rapport à Macron. »
- 1:04:24InvitéFait
« Macron qui l'a choisi, contrairement même s'il avait renouvelé dans ses fonctions, contrairement à Villiers. »
Temps de parole
- Présentateur51 %
- Invité20 %
- Emmanuel Macron18 %
- ?3 %
- Invité 23 %
- Invité 32 %
≈ 21,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonsoir
à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. Le week-end est sans doute bienvenue pour Emmanuel Macron. Un peu de repos après une semaine particulièrement agitée. Ça a commencé dès lundi avec la colère des élus locaux contre les économies imposées aux collectivités. Mais c'est surtout la crise avec le chef d'état-major des armées qui a occupé les esprits ces derniers jours. Le général Pierre de Villiers a démissionné avec fracas. Ça n'était jamais arrivé sous la Ve République. Et cet épisode a semblé fragiliser le président qui a pourtant tenté de rassurer les militaires en fin de semaine. Est-ce la fin de l'état de grâce pour Emmanuel Macron ?
Il est sûrement trop tôt pour le dire, même si plusieurs sondages enregistrent une baisse de popularité du chef de l'État. Ces derniers jours ont montré que les choses sérieuses avaient commencé pour l'exécutif comme un brusque retour à la réalité. On en parle ce soir avec nos invités. Mathieu Croissandeau,
vous
êtes directeur de la rédaction du magazine L'Obs. Et votre une est consacrée à la charge mentale cette semaine. Virginie Leguay, vous êtes chef adjointe du service politique de Paris Match qui fait sa une sur Trump-Macron, l'amitié en marche. Jannique Halimi, vous êtes rédactrice en chef adjointe au service politique du Parisien aujourd'hui en France. Et Dominique de Montvallon, vous êtes journaliste et éditorialiste politique. Bonsoir à tous les quatre et merci beaucoup de participer à cette émission en direct. Nous attendons bien sûr vos questions par SMS et Internet. Nous sommes le 22 juillet.
Est-ce que c'est une date qui marque, ou une semaine, qui marque la fin de l'État de grâce pour Emmanuel Macron
?
Mathieu Croissandeau. Il est trop tôt pour le dire. C'est une semaine qui a été compliquée pour lui parce qu'il a subi la crise qui a été déclenchée par Pierre Devilliers, le chef d'État-major. Parce qu'en fait, la crise a démarre. On y reviendra sans doute. Mais dans les propos qu'il tient à l'Assemblée nationale, lors de la commission qui examine le budget de la défense. Et c'est là que naît la crise. Et Emmanuel Macron riposte le 13 juillet, la veille du défilé. Et puis voilà, la relation évidemment se distante. Et puis arrive ce qui est arrivé mercredi. Après, est
-ce
que c
'est
la fin de l'État de grâce pour autant ? Ça me paraît un peu prématuré pour le dire. D'abord parce que si on regarde, si on dézoome un peu et qu
'on
ne regarde pas forcément ce qui se passe avec l'armée, on s'aperçoit que la loi travail, elle a été adoptée à l'Assemblée en première lecture.
Elle
est désormais au Sénat. Donc ça, c'est dans les clous. C'est dans le calendrier. C'était fait. La loi de moralisation de la vie publique aussi suit son cours. Et donc après, il reste la question du rapport avec les Français. C
'est
les sondages auxquels vous faisiez allusion. Emmanuel Macron est un homme paradoxal qui, pour l'instant, avait laissé glisser sur lui toutes les critiques. Aujourd'hui, on voit qu'il
y a
des choses qui se cristallisent parce qu'un style se dessine. Un style présidentiel se dessine auquel on n'était pas forcément habitué ou en tout cas qu'on n'attendait pas forcément d'un personnage comme lui. Souvenez-vous, il y a trois mois seulement, les gens se demandaient seulement s'il avait le costume, s'il avait les épaules pour embrasser la fonction présidentielle. Aujourd'hui, on découvre un président de la République tout dans la verticalité.
À
l'opposé de la campagne qu'il avait menée, qui était censée être très horizontale en rassemblant tous ses marcheurs. Et puis, un style présidentiel autoritaire, de l'autorité à l'autoritarisme. C'est la question qu'on se pose et c'est la question qui s'est posée cette semaine. La fin de l'état de grâce, ce n
'est
pas forcément une catastrophe.
D
'ailleurs, un état de grâce, c'est par définition, en général, éphémère. Ça dure quelques semaines, quelques mois. Il s'y est préparé, non ? Probablement.
Je
ne
sais
pas s'il s'est préparé parce que jusqu'à présent, tous les signes qu'il donnait et qu'il recevait étaient tout à fait positifs. Et tous les premiers jours, mais même la cérémonie du Louvre, la remontée des Champs-Elysées, toutes ces images-là, la venue de Poutine à Versailles, l'arrivée de Trump pour le 14 juillet, sa relation avec Angela Merkel, tout ça montrait, et les Français en étaient extrêmement satisfaits, montrait un président de la République actif, très heureux d'être président de la République et habitant parfaitement bien le costume présidentiel. Et puis,
il
est arrivé cette semaine un peu plus délicate, où il a montré une susceptibilité, une irritabilité, un petit tempérament peut-être un petit peu trop nerveux, qui a surpris, parce que finalement, le général Pierre de Villiers, on l
'a
déjà dit, mais on le rappelle, s'était exprimé devant la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, où les propos sont libres, il était auditionné, et il est de coutume d'interroger les responsables dans une commission de la Défense pour avoir des renseignements, pour avoir leurs sentiments sur ce qui se passe. Donc je pense que, conformément à son caractère, il y a répondu avec franchise, mais il y a répondu pensant, peut-être naïvement, mais pensant que ses propos resteraient confidentiels. Il y a eu des fuites, et le président Macron les a fort mal prises.
Et effectivement, il a dit à l'hôtel de Brienne, le 13 juillet, là où l'ensemble des militaires étaient réunis la veille du 14 juillet,
«
Je suis votre chef, et quand je dis quelque chose, je ne souffre pas tellement de contestation. » Et l'escalade n'a cessé de grimper jusqu'à, y compris, à la surprise d'ailleurs générale, les propos de Christophe Castagnère hier, alors que le président de
la
République avait organisé un déplacement à Istres, semblait vouloir fermer la parenthèse de ce qui est quand même un incident, un incident diplomatique avec le général de Villiers, ou diplomatique avec l'armée tout entière, mais un incident. Je ne sais pas si c'est la fin de l'état de grâce, mais c'est un incident. Et donc il a essayé de clore cette
séquence
à Istres, en utilisant des mots assez louangeurs à l'égard de l'armée. Certains ont parlé de calinothérapie, je ne sais pas si c'est exactement ça. Mais il a maintenu aussi également les économies qu'il avait fixées, il a dit qu'elles seraient réalisées, tout en annonçant pour l'année prochaine une hausse peut-être un tout petit peu plus importante que ce qui était initialement prévu. Donc on pouvait penser que l'affaire était réglée. Et puis il y
a
eu ces nouveaux propos plutôt violents et plutôt malvenus du porte-parole.
– On va y
revenir, juste pour terminer sur cette notion d'état de grâce, parce que c'est quelque chose, bon, c'est quand même très abstrait. Pour François Hollande, je crois que ça s'était terminé à la fin du mois d'août, non ?
Il
y avait eu comme ça une
rupture de l'avance. – Même au juillet, il y avait
eu ces fameuses vacances, entre guillemets, calamiteuses avec sa compagne de l'époque, alors qu'il avait été élu quand même sur une quadrature un peu tragique, quoi, la crise, la lutte contre la finance. Et puis on le voit un mois ou un mois et demi après son élection partir sur les plages. Donc bon, enfin, l'état de grâce s'était terminé assez vite. Moi, sur l'état de grâce d'Emmanuel Macron, il y
a
une chose quand même qui m'a frappée, c'est que sa cote de popularité s'est mise à s'effriter au moment de la volte-face d'Edouard Philippe, la volte-face fiscale au moment du discours de politique générale. Je traduis la popularité d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe, un peu moins, mais d'Emmanuel Macron s'est mise à baisser lorsqu'il était revenu sur les promesses de campagne qui étaient les siennes, notamment le programme fiscal et d'économie et de baisse d'impôts. Donc moi, je pense que c'est très important. D'ailleurs, Emmanuel Macron a recadré immédiatement son Premier ministre.
Ça
pose des questions sur la cohérence entre les deux, peu importe. Mais je pense que c'est ça qui est très important. Et la semaine qui vient de s'écouler pour faire court au-delà du psychodrame qui s'est passé avec M. De Villiers, il y a eu effectivement Castaner, Christophe Castaner, qui en a remis une couche alors qu'on pensait que l'épisode s'était terminé. Moi, je pense que ça veut dire qu'Emmanuel Macron est un, métaphoriquement parlant, un tueur. Que quand il a quelqu'un qui va à l'encontre, non seulement de ce que lui, Emmanuel Macron,
a
dit, mais que lui, Emmanuel Macron, président de la République, incarnant la République, va à
l
'encontre de Doussa, il est capable de lui couper la tête, métaphoriquement parlant.
Et
juste pour terminer, cette semaine a été aussi très chargée positivement. Je veux dire par là qu'il
y a
eu les États généraux, avec le Sénat des collectivités, la Conférence nationale des territoires, il y a eu de la grogne, mais il a lancé le processus. Il y a effectivement le processus législatif sur la moralisation, les ordonnances et le début des négociations avec les organisations syndicales et patronales sur la loi travail qui se mettent en branle. Il y a eu les assises de l'alimentation qui ont été lancées. Donc il y a aussi énormément de choses qu'Emmanuel Macron met sur le métier. Il en jette les bases. Donc c'est aussi ça, je pense qu'il faut retenir, de cette séquence qui peut-être se termine, je ne sais pas.
Dominique de Montballon, est-ce que vous aussi, vous considérez que c'est trop tôt pour décréter la fin de l'État de grâce ? Ou au contraire, vous avez le sentiment que quelque chose s'est joué cette semaine
? Je
ne
veux
pas être insolent,
vous
me le pardonneriez. Mais je ne pense pas qu'on puisse parler de la fin de l'État de grâce, parce que je pense qu'il n'y
a
pas eu d'État de grâce. Il y a eu une situation après son élection, et elle persiste encore jusqu'à un certain point, qui était marquée à la fois par de la bienveillance et au meilleur sens du mot, de la curiosité. Qui est cet homme ? Est-ce qu'il va pouvoir apporter des solutions pour débloquer ? Parce qu'au fond, il est mandaté pour débloquer une société complètement bloquée. Et par exemple, premier objectif, pour essayer de faire reculer ce chômage de masse, qui est quand même ce qui met les Français dans un désarroi psychologique et politique général. Alors, si vous acceptez au moins 30 secondes
ma
rectification par rapport à l'État de grâce, ce
n'est
pas exactement ça. Ce qui vient de se passer, c'est que c'est quand même quelque chose, me semble-t-il, cette semaine, d'important. Je n'oublie pas ce qu'a dit Jeannick Alimi, mais
c
'est-à-dire que les Français avaient commencé à se faire une idée sur l'homme Emmanuel Macron.
Qui
est cet homme qui va nous diriger pendant cinq ans, etc.
? Je
ne dis pas. Et ce qui s'est passé, c'est que, brusquement, il y a un petit doute, mais pas une marche in arrière. Mais
on
ne comprend pas. Qu'est-ce qui s'est exactement passé, y compris d'ailleurs à la fin, pour que hier, Christophe Castagnère, s'il est un homme qui est proche du président, c'est bien lui, puisse avoir cette cinglante interview visant à nouveau le général de Villiers. Et donc, la semaine, pour moi, est marquée
par
le retour d'une interrogation sur la personnalité réelle d'Emmanuel Macron, lui-même sachant que s'il ne fait pas preuve d'autorité, s'il ne fait pas preuve de fermeté, tout le monde l'attend au tournant.
Tout
le monde l'attend au tournant. Toute la semaine, en effet, on a assisté à un affrontement, pour ne pas dire une guerre, entre l'Elysée et l'armée, avec en point d'orgue la démission du chef d'état-major Pierre de Villiers. Mais alors qu'on pensait à la polémique enterrée vendredi, vous l'avez rappelé, le porte-parole du gouvernement a violemment critiqué l'attitude du général. Retour sur cette crise dont la gestion a été contestée. Romain Leclerc.
Emmanuel Macron est en mission spéciale sur le tarmac de la base aérienne militaire
125 d'Istre. Jeudi, au lendemain du départ fracassant du général Pierre de Villiers, le président salue une dernière fois l'ancien chef d'état-major des armées.
Aux
côtés du chef de l'État,
le
nouveau numéro 1 de l'armée française, le général François Lecointre.
Le
général
de Villiers
a
souhaité hier passer la main.
C
'est son choix
et
je le respecte entièrement.
Je
tiens à lui rendre un chaleureux hommage car il a été un grand soldat, aimé et admiré de ses subordonnés
et
il vous a brillamment commandé pendant un peu plus de trois ans.
Face
à des militaires peu habitués à ce que leur polémique s'étale sur la place publique
et
pour beaucoup attaché au général Pierre de Villiers, le président doit aussi rassurer. Le budget de la défense sera bien porté à 2% du PIB en 2025
et
augmentera même dès l'année prochaine. Dès 2018,
nous
augmenterons notre effort de défense. Le budget du ministère des Armées,
qui
est sous la responsabilité de la ministre,
sera
porté à 34,2 milliards d'euros de crédit budgétaire.
Cette
augmentation du budget,
dans
une année
où
aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté, est inédite.
Et
je veux que vous en mesuriez
l
'importance.
Sur
la base militaire d'Istre, Emmanuel Macron est venu tenter d'enterrer l'âge de guerre
après
une semaine de polémique.
Au
même moment où presque pourtant, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, est très proche du président, se livre au Figaro.
Le
ton est radicalement différent.
Le
chef d'état-major a été déloyal dans sa communication. Il a mis en scène sa démission.
Il
s'est comporté
en poète revendicatif.
On
aurait aimé entendre sa vision stratégique et capacitaire, plus que ses commentaires budgétaires.
En
cause pour le porte-parole du gouvernement, la propension du général De Villiers a livré ses états d'âme.
Lors
de la campagne présidentielle, il avait publiquement enjoint les différents candidats à augmenter le budget de la défense. Après ces violentes critiques à propos des économies annoncées par Emmanuel Macron, le président avait très sèchement recadré le général, sans même citer son nom, devant l'ensemble de la hiérarchie militaire.
Je
suis votre chef.
Les
engagements que je prends devant nos concitoyens
et
devant les armées, je sais les tenir.
Et
je n'ai à cet égard besoin de nulle pression
et
de nul commentaire. J'aime le sens du devoir.
J
'aime le sens de la réserve,
qui
a tenu nos armées où
elles sont aujourd'hui.
Après
six jours de crise avec la présidence,
le
général Pierre De Villiers finit par quitter son poste, très applaudi par les fonctionnaires du ministère des Armées.
Après
avoir dénoncé un abus de pouvoir d'Emmanuel Macron, l'opposition s'en prend désormais à Christophe Castaner, coupable à ses yeux de relancer la polémique.
Et
en plus, le gouvernement en rajoute, mesquin, indécent et déplacé.
Et
ils continuent de l'humilier, enfin ils n'ont pas honte au bout d'un moment, ils n'ont pas honte qu'il y
ait
M. Castaner par rapport au général De Villiers.
Il
n'est rien, il n'est rien, je suis désolé de lui rappeler.
Plus
surprenant, le député Philippe Vigier,
pourtant membre du groupe constructif, généralement conciliant à l'égard d'Emmanuel Macron, exige même le départ de Christophe Castaner.
Les
propos de Christophe Castaner engagent le gouvernement, dont il est le porte
-parole.
Il
doit par conséquent démissionner.
Une
dizaine de jours après son déclenchement, Emmanuel Macron n'en a peut-être pas encore fini avec la première polémique d'ampleur
de
son quinquennat.
Mais
pourquoi Christophe Castaner remet-il de l'huile sur le feu avec cette déclaration et cet interview au vitriol dans le Figaro hier, en effet, alors que le président, la veille, semblait vouloir apaiser la situation ? Comment est
-ce
que vous analysez cela, Mathieu Croissando ? Il y a un sentiment de revanche à prendre, parce que c'est noué entre les deux hommes, Emmanuel Macron et Pierre De Villiers, une espèce d'antagonisme un peu surréaliste. Si on reprend les choses à la base, Emmanuel Macron n'avait pas le choix que de faire un acte d'autorité et probablement de sortir Pierre De Villiers. Il faut rappeler que Pierre De Villiers, moi je ne partage pas tout à fait l'analyse de Virginie, en commission, à propos du budget de la défense, au lieu de tirer la sonnette d'alarme et de dire « attention, on ne peut pas rogner sur les budgets, attention, l'armée est dans un sale état », il porte une attaque politique.
Il dit « je ne
vais
pas me faire baiser ». Et quand on dit « je ne vais pas me faire avoir » pour parler correctement, ça veut dire que quelqu'un est en train de vous avoir. Et qui est en train de vous avoir
?
C'est au mieux Darmanin, le ministre du Budget, au pire le président de la République qui est au-dessus de Darmanin. Donc quand un militaire, chef d'état-major des armées, quelqu'un qui sait parfaitement de quoi il parle, porte un propos politique comme ça devant des élus, il sait que ça va sortir, la réponse ne peut être que politique. On n'est vraiment pas du tout dans une revendication habituelle des chefs d'état-major. Donc Emmanuel Macron doit le sortir, doit poser un acte d'autorité. Le problème, c'est qu'Emmanuel Macron, qu'on a connu plus habile par le passé, il fait des fautes et des erreurs majeures. D'abord, il l'humilie. On ne gagne rien à humilier ses adversaires en politique.
On peut très bien le sortir. Il n
'y a
rien à gagner à humilier. Il le fait devant les militaires. Donc il prend le risque, alors qu'il avait construit toute son image sur une espèce de jeune président plus militaire que moi, tu meurs, qui avait remonté évidemment les champs aux commandes, car qui est allé voir les soldats à Persil le jour de son investiture, qui s'était fait litreiller, bref, tout ça. Il prend le risque de casser ce fil. Et puis, en plus, il n'explique pas le fond de la polémique. Parce que le fond de la polémique, c'est que les deux hommes parlent de choses différentes. Pierre Devilliers dit « ça n'est pas normal que le budget des armées soit mis à contribution pour la réduction des déficits en 2017 ».
Vous
savez qu'il faut trouver de quoi ramener les déficits en dessous de 3%. La Cour des comptes a montré qu'il y
avait
8 milliards dans la vue après le quinquennat Hollande. Et donc, on met les armées à contribution. Emmanuel Macron, lui, parle de son objectif qui est de porter le budget de la défense à 2% en 2025. Donc, les deux hommes parlent de choses différentes. Pierre Devilliers dit « non, pas tout de suite, il ne
faut
pas baisser le budget en 2017 ». Emmanuel Macron dit « rassurez-vous, ça va augmenter puisque je maintiens l'engagement de porter le budget à 2% en 2025
».
Et donc, il y a cette espèce de cafarnaum ou plutôt de bruit contraire et il n
'y a
pas de parole présidentielle qui suffit à siffler la fin de la récré. Alors, l'autre faute majeure que comme Emmanuel Macron devant les militaires, c'est de dire « je suis votre chef ». On sait bien que la politique, c'est de l'explicite et de
l
'implicite. Quand vous êtes obligés de dire « je suis votre chef », c'est que ce n
'est
pas évident pour tout le monde. Donc, tout ce qu'il avait construit en deux mois,
c
'est
un peu
désarticulé.
Et
alors, l'idée après d'envoyer Castaner au front pour remettre deux euros dans le jukebox, d'une certaine façon, et remettre une claque à Pierre de Villiers, là, on est vraiment dans une pratique de pouvoir qui est humiliation contre humiliation. Le pouvoir a très très mal vécu la mise en scène de la sortie de Pierre de Villiers avec, sous les applaudissements, postés sur les réseaux sociaux, les adresses Facebook. Il aurait mieux fait de le sortir et de ne pas commenter. Et il y a un côté « réponse du berger à la bergère », mais qui n
'est
pas digne de…
– Non, mais c'est intéressant.
Parce qu'effectivement, on essaie de comprendre est-ce qu'il y
a
quelque chose qu'on ne voit pas, j'allais dire, Génie Le Gué. Est-ce que cette réponse cinglante de Castaner, c'est une ultime riposte à quelque chose qui aurait froissé ? Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Ils ne
se
sont pas mis d'accord sur le timing de la démission, sur les mots, je ne sais pas. Enfin,
en
fait, on ne comprend pas.
–
Il semblerait que le général de Villiers ait devancé l'annonce de sa démission et qu'il en est lui-même, était non seulement l'annonciateur, mais le metteur en scène. Et ceci, malgré les efforts qu'a fait l'Élysée pour le retenir, parce qu'il devait se voir. Et finalement, il a annoncé deux jours plus tôt qu'il démissionnait et il l'a annoncé lui-même. –
Et
c'est vrai que les images où on voit les militaires applaudir, qui ont été des images filmées par les militaires eux-mêmes et qui ont été postées et mises en valeur, c'est une forme de provocation. On ne peut pas dire le contraire. L'armée est réputée pour être la grande muette. Elle est soumise à un devoir de réserve. Le chef d'État-major démissionne. Il choisit de le faire. Peut-être qu'il n'avait pas le choix, mais il choisit de le faire à son heure et à son moment. Il le met en scène d'une façon un peu, j'allais dire arrogante, pour ne pas dire autaine.
Emmanuel Macron, qui n'aime pas ce genre de comportement et qui lui-même peut avoir des côtés arrogants, là on est vraiment dans un combat de coq, dire « Ah ben ça, je ne
peux
pas le supporter ». Donc il va effectivement à Istres, il essaye de calmer les choses, il le fait, il maintient les coupes, il annonce le budget de 2018, il sanctuarise d'une certaine façon les 2% du PIB pour 2025, mais
il
ne peut pas s'empêcher de dire, parce que Christophe Castaner ne l'a pas fait sans lui, de
dire « Allez, vas-y,
remets-en une couche, parce que finalement, moi, il m'agace horriblement, ce général de Villiers, qui le prend de haut et qui me prend de haut ». C'est un peu comme deux écoliers en classe qui n'en finissent pas de se bagarrer, on les sépare, ça recommence, on les sépare, ça recommence. Et là, il faudrait peut-être que ça s'arrête.
J'ai dit qu'à l'hémis, ça vous paraît crédible, en effet, il est en service commandé, Castaner, il
n'y
a pas de doute là-dessus. C'est
une interview
écrite,
donc
c'est évident que ça a été lu, relu, et c'est en service commandé, ça va s'en dire. Oui, moi,
je
suis d'accord avec tout ce qui vient d'être dit, juste quand même une nuance par rapport à ce que vous disiez, Virginie, c'est plus que des combats entre deux écoliers, Emmanuel Macron a voulu montrer qu'il était le maître, le maître d'école, le maître de l'armée, le maître de la République. Je reviens à ce que je disais tout à l'heure, Emmanuel Macron, il ne veut pas la moindre faille dans son armure et dans ses habits de président de la République. Comme le disait tout à
l
'heure Dominique de Montvallon, je crois que
c
'est effectivement encore un personnage, une personnalité, un caractère qu'on connaît peu. Donc les premières semaines, les premiers mois, on le sait pour tous les nouveaux présidents, mais notamment pour ce nouvel homme politique, quand même, il y a trois ans, peu, même deux, on était peu à vraiment le connaître, il y a encore quelques mois, on ne connaissait pas qui est cet homme, il est rationnel,
il
est messianique, il est christique, on ne sait pas. Donc pour Emmanuel Macron,
c
'est très important, ces premières semaines, pour montrer les limites, le profil de sa personnalité, mais surtout les limites de l'exercice de ses fonctions. Quand je dis les limites, ce n
'est
pas dans le sens restrictif du terme, bien évidemment. Donc oui, effectivement, Emmanuel Macron a senti qu'il
y
avait une partie de l'armée qui continuait à soutenir pour de bonnes raisons le général de Villiers. Donc il a sorti, si je puis dire, la Kalachnikov ou la Grosse Bertha à travers Christophe Castaner pour utiliser des termes qui portent aux valeurs de l'armée, c'est-à-dire la loyauté. L'armée doit être loyale avant tout. On ne lui demande rien d'autre, on lui demande à la limite, j'allais dire une bêtise, je ne la dirai pas. Je vais me retenir. Non,
non,
j'en dirai. Donc la loyauté. Donc vous voyez les propos de Christophe Castaner au-delà du poète revendicatif, M. de Villiers a été déloyal dans sa communication. Vous voyez, il a mis, évidemment, il n
'a
pas été déloyal sur le fond, il n
'y a
pas eu... Donc encore une fois, Emmanuel Macron est là pour dire qu'il est le président et ses semaines et ses premiers mois sont extrêmement importants. Il l'a dit vis-à-vis de l'armée, il l'a dit vis-à-vis des parlementaires et de l'Assemblée nationale et des sénateurs, il l'a dit vis-à-vis des élus locaux qu'il a rencontrés lundi, qui lui demandaient surtout ne supprimez pas la taxe d'habitation, messieurs, dames, je la supprime et puis on va discuter après entre nous le pacte girondin, merci beaucoup. Voilà, on discute, mais il reste droit dans ses bottes sur ses promesses de campagne.
La question c'est, au fond, est-ce que cette crise a un impact direct sur l'opinion ? Et pour préciser encore la question, voici une question SMS. Macron s'est-il mis à dos une partie de son électorat de droite
avec
cette crise des armées ? Dominique de Montballon.
Il
a troublé une partie de l'électorat de droite et je le dirais aussi, une partie de l'électorat de gauche parce qu'on n'a pas compris le ton qui avait été le sien et le pourquoi de sa démarche. D'ailleurs, cette interview de Christophe Castaner m'a effectivement, moi aussi, sidéré. Alors j'ai évidemment écarté l'idée d'une initiative personnelle dans un mouvement d'humeur parce que c'est évidemment tout à fait l'inverse. Alors pourquoi ?
Et
je pense qu'il y a deux raisons plausibles. Enfin, j'ai imaginé ça. La première, c'est qu'au sommet du pouvoir, ils se sont rendus compte que dans le micmac de la dernière semaine, les Français mettaient plutôt l'attitude d'Emmanuel Macron sur le compte d'un mouvement d'humeur, d'un autoritarisme assez incompréhensible et pas respectueux d'ailleurs des galons du général de Villiers. Autrement dit, il n'avait pas su se faire comprendre des Français sur les motifs. Alors on les apprend maintenant de façon extrêmement brutale, après coup, par l'intermédiaire de Christophe Castaner. Mais il
y
a un deuxième motif, c'est qu'Emmanuel Macron est élu,
et
Dieu sait qu
'il
nous le fait comprendre, dans cette société bloquée, déjà évoquée, comme un homme du pouvoir vertical. il fait écho à l'attente de beaucoup de Français, de gauche et de droite d'ailleurs, désir d'autorité. On tranche, on n'est pas toujours en train de dire il y
a
un peu de ceci, un peu de cela, après on fait la synthèse. On tranche, on désire. Or, il s'est rendu compte, à mon avis, Emmanuel Macron, dans cette affaire, que brusquement, il y avait un doute, il était possible d'ébranler Jupiter, d'écorner Jupiter, il n'était peut-être pas inattaquable. Alors là, c'est dramatique. Ce n'est pas possible pour lui de laisser accréditer l'idée que finalement, son autorité ne serait que de l'autoritarisme et que son autorité pourrait, le cas échéant, être battue en brage. Parce que ce qui se profile derrière, c'est le débat du Code du travail.
C'est des choses au moins aussi graves, d'une certaine manière, sans mésestimer ce qui vient de se passer, que ce à quoi on vient d'assister. Donc j'ai l'impression qu'après coup, pas de façon très habile,
de
façon extrêmement brutale, il y a comme un rectificatif pour dire « Attendez, moi je suis toujours Jupiter ». Mathieu Croissandeau. Il faut ajouter qu'Emmanuel Macron est un traumatisé du quinquennat Hollande. Il a vu la question d'autorité sous le quinquennat Hollande gravement mise à mal. Il faut rappeler qu'il était là quand François Hollande se faisait tanser par Léonarda, vous vous souvenez d'elle, par caméra interposée. Il n'allait pas se faire tanser, lui, par le général de Villiers. Donc tout ça va évidemment dans le sens de ce que disait Dominique.
Après, dans la riposte de Castaner, ce qui est absolument incompréhensible, au-delà du style Fleury, c'est même les arguments qui sont donnés par Christophe Castaner. Puisqu'en gros, Christophe Castaner reproche au général de Villiers d'être intervenu pendant la campagne en faisant des adresses aux candidats, d'avoir posté plusieurs messages sur Facebook pour défendre son « boot ground ». D
'avoir mis
en scène sa démission. Oui, et mis en scène sa démission. Si on ne retient pas celui-là, les deux premières choses, elles auraient dû être reprochées au général de Villiers. Quand
il a été
prolongé, il vient
d'être prolongé. Donc, si
on jugeait que c'était un style ingérable parce que c'était un hussard, un cavalier, au verbe Fleury, encore une fois, il fallait le sortir à ce moment-là. Donc, ce ne
sont
pas les arguments que dit Castaner, ne sont pas les bons. Et c'est évidemment un problème d'affirmation d'autorité qui se joue cette semaine. Jeannick Alimi.
Juste, comparaison n'est pas raison et toutes choses égales par ailleurs, Emmanuel Macron, pour le coup, dans sa personnalité, s'est montré également aussi violent avec quelqu'un comme Manuel Valls lorsqu'il a été élu. Et réciproquement, parfois. Mais bien sûr. Non, non, mais absolument. Non, mais je suis d
'accord.
Manuel Valls, l'ayant été, selon Emmanuel Macron, extrêmement, lui aussi violent vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Vous vous souvenez qu'il avait traité de microbe lorsque Emmanuel Valls était Premier ministre et Emmanuel Macron avait quitté le gouvernement.
Oui,
c'est ça, avait quitté le gouvernement. Bon, donc là, c'est sur un plan plus personnel. Quand Emmanuel Macron veut aller au bout de ce que vous voulez, de son mépris, de sa vengeance, il va jusqu'au bout. Emmanuel Valls, il ne lui a pas accordé, vous vous souvenez, l'imprimature de La République en marche. On ne savait pas trop. Emmanuel Valls devait se demander, entre guillemets, où il habitait. à un certain moment, jusque d'ailleurs, une fois qu'il a été élu,
il
ne savait plus dans quel groupe aller. Bon, il a trouvé place au sein de La République en marche. Mais enfin, voilà, Emmanuel Macron, encore une fois, est capable d'aller jusqu'au bout de ses, pour le coup, de ses sentiments.
Est-ce qu'on peut dire aussi qu'il est confronté au réel pour la première fois de son quinquennat ? Après la fin de la séquence longue, la séquence régalienne, entre le 7 mai et le 14 juillet, la séquence internationale, je le disais en début d'émission, les choses sérieuses commencent
? – Je
ne sais pas si c'est des choses sérieuses. Je pense que ce qui s'est joué cette semaine est plutôt de l'ordre psychologique. Et je pense que les retentissements sur l'opinion publique seront psychologiques. Je pense que les Français, même ceux qui n'aiment pas l'armée, sont malgré tout assez sensibles au fait qu'Emmanuel Macron ait pu s'adresser sur ce ton à l'hôtel de Brienne, la veille du 14 juillet, devant l'ensemble des militaires, à finalement des militaires qui n'avaient pas démérité. Et pour en revenir à Pierre de Villiers, il était très connu, Pierre de Villiers, pour son franc-parler, pour ses mots rudes, pour ne pas dire parfois grossiers, pour ses revendications permanentes.
Il a fait pression sur François Hollande quand François Hollande était président de la République. Et il était appuyé pour cela par le Drian et le Vendoski avec qui il formait un trio très actif. Là, il se retrouvait peut-être un peu démuni avec des ministres de l'armée, puisque ce n'étaient plus des ministres de la Défense, qui étaient, somme toute, d'abord l'une est partie assez vite en raison de
l
'affaire du Modem, mais la seconde n'avait pas l'air de connaître très bien son affaire. C'était une budgétaire, mais ce n'était pas quelqu'un qui connaissait bien. Donc je pense qu'il a peut-être haussé le ton un peu trop fort et peut-être un peu trop vite. Et Emmanuel Macron, lui, s'est senti psychologiquement en but à quelque chose qu'il ne contrôlait plus. Et c'est peut-être ça la faille. Je ne sais pas si c'est l'arrivée au réel, mais c'est une faille. Ça montre quelque chose de son caractère qui n'est peut-être pas aussi solide que ce qu'il a bien voulu montrer ces dernières semaines.
Bien. Un dernier mot sur eux. Vous connaissez la phrase du psychanalyste Jacques Lacan. Le réel, c'est quand on se cogne. Eh bien, Emmanuel Macron s'est cogné cette semaine.
Je ne suis pas sûre, moi.
Pendant l'été, les affaires continuent. On a appris cette semaine que l'enquête sur les emplois fictifs du Parlement européen était élargie à Jean-Luc Mélenchon. Le parquet de Paris cherche à savoir si des fonds européens ont été détournés pour payer des cadres employés à d'autres tâches. Julien Lounet.
Jean
-Luc Mélenchon est connu pour ses grands numéros d'indignation. Depuis quelques jours, son nom apparaît dans l'affaire des assistants parlementaires européens, épinglé à son tour. Pourtant, devant la presse, en réaction à ses soupçons d'emplois fictifs, il surjoue l'étonnement plutôt que la colère. Moi
? Pourquoi
? Effet de surprise plus ou moins sincère, puis démenti. Aucun de mes assistants n'a jamais exercé aucune responsabilité politique ni à l'intérieur du parti de gauche ni pour la France insoumise. Jamais aucun. Jean-Luc Mélenchon se veut tiré prochable avec ses assistants. Mais il y a quelques mois, sur le plateau de France 2, il tenait un autre discours plus ambivalent.
Les
assistants, ils travaillent à faire ce que je décide qu
'on
fait. Parce que c'est moi qui oriente l'équipe. Par conséquent, il ne faut pas aller leur demander à eux des comptes.
C
'est à moi qu
'il
faut les demander. Et moi, je décide que quand un jour je veux une manif, il me prépare la fiche sur la manif pour que je sache exactement ce qu
'on
fait.
Même s'ils sont payés par le Parlement européen
?
Évidemment, encore
heureux. Alors que vous faites la manif en France ?
Bien sûr. Dans les rangs de la France insoumise, on y voit une manœuvre du FN à l'origine de cette accusation.
Le
FN apparemment est en difficulté tant sur le plan politique que sur le plan judiciaire.
Il
cherche à ouvrir des contrefeux, comme on dit. Pour notre part, ça nous amuse et en quelque sorte, c'est presque un honneur pour nous d'être attaqué par le FN.
Si
Jean-Luc Mélenchon se retrouve dans le collimateur de la justice, c'est à cause de Sophie Montel, l'eurodéputée du FN, a récidivé. En mars dernier, elle avait déjà signalé au procureur une vingtaine de collègues de tous bords. Michel Eliaumari, Marielle de Sarnez ou encore Yannick Jadot. Sa liste s'allonge dans une nouvelle lettre de dénonciation dans cette fois-ci Jean-Luc Mélenchon.
Nous avons fait des recherches sur Internet et nous avons étayé nos propos.
C
'est-à-dire que le courrier est accompagné d'un tableau avec des éléments.
Avant de pointer du doigt les irrégularités dans les autres parties, le FN a été le premier à faire l'objet de soupçons. Empêtré dans cette affaire d'assistants parlementaires européens, il dénonce un système généralisé.
Ce
que vise Sophie, clairement, c'est de mettre fin aux deux poids,
deux
mesures. C'est-à
-dire
que la justice doit se prononcer sur cette pratique-là dont nous, nous estimons en ce qui concerne les eurodéputés du France-François qu'elle n
'a
rien d'illégal. Demander à ses assistants d'être en même temps militants, bon ben voilà, je ne
vois
pas très bien ce que ça a de choquant ou d'illégal, mais si on le fait pour un parti ou pour certains, il faut le faire pour tout le monde.
Rien d'illégal aux yeux de Florian Philippot dans le fait d'être payé par l'institution en travaillant aussi pour le parti. Mais récemment, Marine Le Pen, enfin auditionnée au pôle financier de Paris, a été mise en examen. Elle, qui conteste la compétence des magistrats français dans ce dossier, minimise les charges.
Vous
savez, je suis avocat, je sais très bien qu'une mise en examen n'est pas une déclaration de culpabilité, même si je reste la seule à le savoir parce que nous sommes aujourd'hui dans une gestion médiatique de ce type d'affaires qui fait fi, il faut bien le dire, de la présomption d'innocence. Voilà.
Donc, je suis mise en
examen, je m'expliquerai lorsqu'un certain nombre de problématiques juridiques seront vidées devant les magistrats et je leur expliquerai et je leur démontrerai que je n'ai absolument rien commis d'illégal.
Vous avez...
A l'heure d'une loi sur la moralisation de la vie publique, cette affaire provoque des remous dans toute la classe politique. Au Modem, la pression s'intensifie après les démissions de François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Jeudi, une information judiciaire contre X a été ouverte
pour
abus de confiance, recel d'abus de confiance et escroquerie.
C
'est une enquête compliquée et une affaire un peu compliquée parce que les gens qui nous regardent et si on n'est pas vraiment familiarisés à ce type de travail et à cette... C'est pas simple à comprendre comme ça au premier instant comme l'a été l'affaire Fillon ou d'autres affaires qui ont été retentissantes ces derniers mois. Néanmoins, c'est une affaire qui continue de prendre de l'ampleur et s'il y a, même si Jean-Luc Mélenchon veut porter plainte pour dénonciation au calomnieux, si l'enquête est élargie, c'est qu'il y a au moins des soupçons, des doutes. C'est en même temps assez simple, Bruce, puisque l'idée, c'est des assistants parlementaires, ils sont là pour assister les députés.
Donc là, ça se passe au Parlement européen
et
donc ils les assistent soit dans leur fonction d'eurodéputé à Bruxelles ou à Strasbourg quand ils siègent et quand ils ne siègent pas pour travailler sur les dossiers, soit parfois en France dans leur pays d'origine, ce qu'on appelle les assistants parlementaires locaux, mais pour travailler sur ces dossiers européens.
Il
se trouve que
pour
ce qui est du Front National, un certain nombre d'entre eux ont exercé des mandats, enfin, brigué des mandats, exercé des fonctions dans le parti, donc fait autre chose que le boulot d'assistants parlementaires. Ça,
c
'est démontré en tout cas dans les accusations qui sont portées contre le Front National. C'est la même chose pour le modem de François Bayrou et la question se pose aujourd'hui pour Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon est quand même le seul à attaquer pour dénonciation calomnieuse cette Sophie Montel, ce qu'on n'avait pas fait à ses petits camarades des autres partis. Donc peut-être se sent-il suffisamment sûr de lui en tout cas pour pouvoir les attaquer pour dénonciation calomnieuse. Après, on sait bien qu'on est dans une zone de gris. C'est ça.
Parce que comment dans un emploi du temps d'assistant parlementaire, ce que vous lui demandez de faire pour votre carrière d'eurodéputé, ce que vous lui demandez de faire pour votre carrière d'homme politique national, c'est un
peu
ce que dit Mélenchon dans sa pirouette qui dit « Ben oui, quand je manifeste à Paris avec les infirmières, c'est peut-être contre l'austérité européenne. » Elle a bon dos l'Europe. On lui fait déjà porter beaucoup de choses. Là, c'est se moquer du monde. Donc les juges élargissent. C'est quand même assez insensé de se dire que toute cette affaire naît d'une dénonciation faite par une élue du Front National qui est le parti qui, pour l'instant, semble en avoir le plus profité de ce système-là. Mais c'est évidemment pas fini parce que passer d'une préliminaire à l'ouverture d'une information judiciaire, c'est que la mécanique judiciaire se met en branle pour ce qui est le cas du Modem.
On sait que le Front National est déjà au stade de la mise en examen. Et Jean-Luc Mélenchon, pour l'instant, l'enquête est élargie aux agissements du Front de Gauche de l'époque. Mais on verra ce que ça donne. Oui, on a le sentiment de Dominique de Montballon que finalement, c'est une pratique et que tous les partis pourraient être à terme éclaboussés par cette affaire. Peut-être. En tout cas, ce qu'on constate, c'est qu'il
y
en a déjà beaucoup qui le sont, éclaboussés. Moi, j
'ai
le sentiment qu'il y avait dans le dit et surtout dans le non-dit un consentement à des accommodements déraisonnables auxquels, de façon inégale, les uns et les autres, enfin, dont se servaient les façons inégales et les uns et les autres. C'est intéressant de voir quelle est l'explication qui est donnée, non pas par Jean-Luc Mélenchon, parce que là, ça reste à clarifier cette situation, la dernière délation. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi quand il y
a
délation, on ne
l
'appelle pas délation. Il paraît qu'au Front National, on n
'a
pas le droit d'appeler l'attitude de Sophie Montel délation. Non, c'est une délation, c'est un fait nouveau dans la vie publique. Bon, je ferme la parenthèse. Mais ce qui est intéressant, c'est le motif qui est donné. Je caricature, nous n'avions pas les moyens dans une phase XY de faire vivre notre parti dans l'intérêt de la démocratie globale. Bon, ben d'accord,
on
a, alors il l'avoue plus ou moins, on a trouvé un moyen d'utiliser pour parti, tout ou partie, ces députés, ces assistants des députés européens pour nous aider à ce que le parti ne meure pas sur pied. Bon, tout ça, c'était des accommodements assez déraisonnables, mais enfin, pas scandaleux dans l'intention. Après, ils ont pu atteindre des extrémités discutables. Et donc, on est dans une situation où il y a deux choses qui me frappent. La première,
c
'est qu'aujourd'hui, plus rien n'est toléré. il y a une demande des électeurs telle que ce type d'accommodement dont tout le monde s'est accommodé pendant si longtemps ou à peu près, c'est plus possible. Et donc, la justice s'en saisit. La deuxième chose,
c
'est que, je dirais, mais sans justifier quoi que ce soit, ce qui me frappe, c'est qu'on est véritablement maintenant dans une judiciarisation de la vie publique que je qualifierais un peu à l'américaine. D'une certaine manière, en forçant un peu le trait, moins il y a de débats idéologiques, et débats idéologiques, ce n
'est
pas un gros mot idéologique, enfin des débats de fond, moins il y a des... Plus on règle ses comptes par à coup de délation et en faisant appel aux avocats et à
la
justice. Non pas qu'il n'ait pas à regarder s'il
y
a des transgressions de la loi, mais
c
'est quand même assez extraordinaire. Ça s'intensifie par rapport à ce qui a prévalu. Alors, comme on dit chez Emmanuel Macron, dans l'ancien monde pendant 50 ans. Question SMS. Jean-Luc Mélenchon risque-t-il d'être mis en examen dans l'affaire des assistants parlementaires au Parlement européen ? Ça va être long, là. L'enquête... On est
juste
à un élargissement du début
de l'enquête. Elle est
préliminaire. D
'une enquête préliminaire.
D
'une enquête préliminaire, comme le disait Mathieu Croissando, on n'est pas encore suffisamment... Le dossier n'est pas suffisamment alimenté par des soupçons et des faits concordants suffisamment lourds pour qu
'on
confie cela à un juge d'instruction, des moyens de police renforcés. Donc, alors, le passage de la préliminaire à la judiciaire, à l'information judiciaire, est allé relativement vite pour l'affaire du Modem. Maintenant, pour aller jusqu'à la mise d
'un
examen, on voit le temps qu'elle a mis pour le Front National. Mais juste pour compléter, effectivement, on voit les trois parties, là, pour le moment, qui sont dans l'œil du cyclone. Ce sont effectivement trois, entre guillemets, bien sûr, petits partis qui n'avaient pas suffisamment, jusqu'à présent, à raison de plus dans la période qui est couverte, d'élus, aussi bien européens, nationaux que locaux, qui, vous savez, eux, génèrent les financements publics. Donc, c'est vrai que ça faisait partie de ces accommodements à condition qu'ils soient tolérables et qu'ils
ne tombent pas quand même...
C'est toute la question. Voilà, parce que si
c'est... Ça ne justifie rien, mais c'est un fait. Voilà,
s'il y a quand même des règles qu'il faut surveiller, il ne faut pas qu'il
y ait
d'enrichissement personnel, je crois que ce n
'est
pas le cas, des emplois réellement fictifs dans des opérations qui n
'ont
rien à voir avec la politique, parce qu'il paraît qu'il
y
a certains éléments dans certains dossiers là-dessus. Donc, toutes choses égales, par ailleurs, ça reste des accommodements
Tout ça arrive au moment où les députés vont examiner la loi de moralisation de la vie politique qui a passé à partir de lundi. Et ça s'annonce beaucoup plus compliqué qu'on l'avait imaginé, parce que les députés, visiblement, ont du mal à renoncer à certaines pratiques. On a beaucoup parlé des notes de frais, par exemple. Cette semaine, les députés ont du mal à comprendre qu'on leur demande de justifier. Donc, elle va passer, quand même, cette loi de moralisation ? Oui.
Elle va passer, mais il est difficile de se réformer soi-même. Là, on leur demande de renoncer à des privilèges qui étaient les leurs depuis, finalement, assez longtemps. Et tout d'un coup, ils trouvent ça pas si agréable que ça. Y compris les nouveaux députés, parce que c'est ça qui est très frappant, c'est que cette Assemblée nationale, cette nouvelle Assemblée nationale est composée pour quasiment les deux tiers de nouveaux députés qui pourraient se dire « Bon, ben moi, les pratiques anciennes, j'en fais pas mon affaire, je suis prête à repartir sur de bonnes bases. » Eh bien, les résistances, elles viennent de tout le monde.
Et tout le monde se rend compte que moraliser un système qui, dans le fond, est pratique, qui permet des arrangements, qui permet des choses qui ne seraient permises dans aucune entreprise privée. Bien sûr. Dans aucune entreprise privée, on ne pourrait fonctionner avec des dépenses pas justifiées, avec des emplois qu'on accorderait, parce que toute l'affaire Fillon,
c
'était déjà ça. C'était un emploi qui aurait été accordé à Pénélope Fillon et qui ne l'aurait pas exercé. Donc, ce n'était pas le fait qu'il ait fait travailler quelqu'un de sa famille, c'est toléré en France. Ce
n
'est pas toléré au Parlement européen, mais c'est toléré en France. Mais c'est le fait qu'il ait fait travailler quelqu'un de sa famille qu'il n'aurait pas travaillé. Mais un emploi fictif dans une entreprise privée, ça ne marche pas. Enfin, il y en a, bien sûr.
C'est rare.
C'est plus rare. C
'est peut-être... Il y en a peut
-être. Ça finit par faire
couler l'entreprise. Oui, c'est ça. C'est ça le problème.
Mais
je voudrais quand même revenir sur ce qu'a dit tout à l'heure Dominique de Bonvallon. Je ne voudrais pas que les Français s'imaginent que tous les députés français, tous les députés européens s'arrangent avec le système. Il y en a qui ont des assistants parlementaires qui travaillent et qui sont rémunérés à la hauteur de leur travail. Là, ce qui est reproché finalement et au Front National et au Modem et pour l'instant à la France Insoumise, c'est d'avoir fait payer par le Parlement européen des collaborateurs qui n'auraient pas du tout travaillé pour le Parlement européen, qui n'y auraient parfois même pas mis les pieds. Parce que dans le cas du Modem,
il
y avait notamment une secrétaire de François Bayrou qui n
'a
visiblement jamais été au Parlement européen. Et il y
a
eu un témoignage de quelqu'un qui aujourd'hui travaille chez Mme Hidalgo à la mairie de Paris qui était attaché à un député européen et qui n'y a jamais travaillé ni de près ni de loin, ni physiquement, ni même à Paris. Donc, je ne suis pas sûre que ces pratiques soient aussi généralisées qu'on le dit. Par exemple, au Parlement européen, je crois qu'on avait recensé 20% de députés qui pouvaient être un petit peu en délicatesse avec le règlement. Ce qui veut dire que 80% des autres
sont
réglos. Enfin, 20%, c'est beaucoup quand même. Yannick Halimi, vous voulez ajouter
quelque chose ? Pour
revenir
sur la loi de moralisation, c'est aussi un des éléments de la méthode Macron. Vous vous souvenez, tout le monde s'en souvient, que la loi sur la moralisation
était
la clé de voûte du programme d'Emmanuel Macron avec François Bayrou puisque cette loi devait être portée par François Bayrou et François Bayrou en avait fait une des conditions pour soutenir Emmanuel Macron pendant la campagne. Je vous prie de m'excuser. On va passer les péripéties qui sont arrivées à François Bayrou. Mais ce que je voulais dire, c'est que là encore, il n
'est
pas question pour Emmanuel Macron de revenir sur des promesses clés. Il s'est fait élure il n'y
a
pas longtemps, il y a deux mois, sur certaines promesses très importantes, dont la loi sur la moralisation et dont certaines mesures sont effectivement aujourd'hui contestées par soit des sénateurs, soit des députés, y compris de la République en marche, comme par exemple la suppression de la réserve parlementaire.
Bien sûr.
Cette enveloppe qui est à l'aide de plusieurs dizaines de milliers d'euros, qui est à la discrétion du député pour investir dans des associations ou des PME2, ça circonscription, mais qui sont faits
dans
toute discrétion, enfin en tout cas à la discrétion du député. Là, donc, la loi, le projet de loi veut la supprimer. Il y a une petite grogne, grosse grogne même des parlementaires et Emmanuel Macron, par le biais de la commission, des lois, ne reviendra pas là-dessus. Pour lui, c'est un engagement et il ne reviendra pas là-dessus.
Mathieu Croissant. Juste un mot sur Bruxelles. Ce qui se passe, c'est quand même assez caractéristique, c'est peut-être pas généralisé, mais c'est caractéristique de la façon dont la France considère le Parlement européen. On sait bien que c'est
tous
les losers de la vie politique française qui se font élire
au Parlement
ou tous ceux qui n'arrivent pas à obtenir un poste national qui, pour survivre dans le concert des voix, se font élire à Bruxelles. Donc Bruxelles n'est jamais été valorisé comme un Parlement actif, en gros, par
la majorité des Français. Alors que dans les autres pays, dans
les autres pays, ce n
'est
pas le cas.
Et juste
un mot sur la moralisation de la vie publique en France, pour le coup. Les débats qui agitent l'Assemblée nationale aujourd'hui sont quel niveau de rémunération pour les parlementaires. Pas juste pour qu
'ils
s'en mettent plein les poches, pour qu'ils puissent exercer leur fonction de parlementaire.
C
'est-à-dire aussi s'entourer, payer pour le coup des assistants, des études, des travaux. Et ce débat est inaudible. On ne peut pas le mener aujourd'hui parce que, compte tenu de la campagne prône aux Etats-Unis.
D'où
la diminution
du
nombre de
parlementaires que prône Emmanuel Macron.
Ça va avec ça. J'aimerais vous donner des nouvelles de François Hollande. Ah ! Au cœur de l'été, l'ancien président rompt le silence qu'il s'était imposé depuis son départ de l'Elysée. Hier soir, il a prononcé un discours à Arles, dans les bouches du Rhône, pour lancer sa fondation. Et il n'a pas pu s'empêcher de commenter entre les lignes l'actualité politique. L'orère peut.
Je viens un peu plus décontracté que les autres années.
Le
teint allé et sans cravate, François Hollande savoure ses retrouvailles avec les Français. À Collade, selfie, petit mot, l'ancien chef de l'État prend son temps.
En
déplacement à Arles, il est venu présenter sa fondation. La France s'engage.
Pour
la première fois depuis qu'il a quitté l'Elysée, l'ancien chef de l'État rompt le silence. Mais il l'assure, pas question de parler politique.
Je
voulais m'exprimer non pas sur l'actualité. De ce point de vue-là, vous savez que j'ai une réserve, une retenue, parce que je considère que mon successeur doit avoir la liberté de pouvoir trouver son style, sa méthode, faire ses choix. Mais la tentation est trop forte. Quelques instants plus tard, il ne résiste pas à défendre son bilan. Le temps de la récolte, je pense, arrive. On le voit bien. J'avais encore sous les yeux des statistiques sur les créations d'emplois au cours du premier semestre. Je laisse une situation qui, je crois, peut être utile à mon successeur. François Hollande en profite également pour lancer une pique à Jean-Luc Mélenchon.
Il
dénonce
une
forme de radicalité politique qui voudrait que l'on puisse faire du renvoi des dirigeants à tout moment un principe fondateur.
Je
ne suis pas sûr que ce soit le bon moyen.
Dans
les arènes de la ville, un mot d'ordre, l'engagement. François Hollande a prononcé hier un discours devant les membres d'un réseau dédié à l'innovation.
L
'ancien chef de l'État joue les VRP pour sa fondation.
C
'est une idée que j'avais lancée quand j'étais président
et qui consistait à susciter un appel à projets de beaucoup d'initiatives qui n'étaient pas forcément connues et qui avaient vocation à être labellisés, distingués et à être financés et accompagnés. Plus d'une centaine l'ont été à travers ce grand chantier présidentiel et j'ai voulu qu'au-delà de mon quinquennat il puisse y avoir un prolongement.
Une
façon pour François Hollande de pérenniser son héritage et de garder un pied dans la vie publique.
Depuis
qu'il a quitté l'Élysée en mai dernier, l'ancien président s'est fait discret tout en gardant un œil sur le parti socialiste.
S
'il ne souhaite pas siéger au Conseil constitutionnel, François Hollande bénéficiera d'un bureau en plein cœur de Paris
et
d'une équipe de 7 personnes payées pendant 5 ans par l'État.
Pour
le moment, l'ancien chef de l'État profite des vacances avant la rentrée de septembre.
L
'ancien
président, par définition, il faut considérer que sa mission étant terminée, il aspire un repos bien légitime. Mais je n'ai pas encore l'âge de me retirer de la vie de notre pays. Donc moi, je fais en sorte à travers cette fondation d'être utile aux autres et puis aussi de poursuivre une réflexion sur les grands enjeux internationaux notamment. François Hollande souhaite également rédiger un livre, une réflexion sur l'expérience acquise, un témoignage pour l'histoire dont il espère qu'elle lui rendra un jour justice.
Oui,
cette phrase-là, elle est très importante. J'espère que l'histoire me rendra justice. Vous y croyez, Mathieu Croissando
? On
revisitera, c'est sûr, le bilan de François Hollande parce qu'il ne méritait pas toute l'indignité qui a été déversée sur lui et des choses ont été accomplies durant ce mandat. Après, cet homme-là n'a pas changé parce que l'inventeur du «
et
en même temps » c'est lui, c'est « je ne parle pas et en même temps je parle, j'ai mon devoir de réserve et en même temps je commente ». Il faut se souvenir qu'il a quand même tenu son discours d'adieu le jour de
l
'investiture du président, c'était il y a moins de deux mois donc pour un homme très silencieux c'est quand même juste qu'il y a moins de deux mois et que là, il a besoin de tenir un second discours. Donc, voilà, c'est François Hollande, il ne quittera pas donc il n'y
a
aucune raison qu'il fasse autre chose. Qu'est-ce qu'il fait depuis le 14 mai, depuis son départ de l'Elysée ? Vous avez des informations sur…
Il
cherche des biens immobiliers, il cherche un appartement, une maison à Tulle pour s'installer,
il
cherchait des bureaux à Paris, il les a trouvés.
Est-ce qu'il s'active d'une façon…
Il reçoit, il a
reçu beaucoup de dirigeants, d'élus socialistes pendant cette période donc je pense qu'effectivement il n'abandonnera pas sa volonté de rester sinon sur le devant de la scène en tout cas dans la coulisse de la vie politique et notamment dans la refondation du Parti socialiste.
Virginie Legay
?
Moi je dirais qu'il prend du bon temps. On le voit là, il est souriant, bronzé, détendu et il dit, il a dit d'ailleurs dans les apartés qu'il a fait hier aux journalistes « J'ai une famille, des proches, des amis, je lis, j'observe et on voit mieux
que
de l'extérieur que de l'intérieur. »
Moi
j'ai envie de dire avec un soupçon d'ironie « Chapeau l'artiste » parce que c'est quand même le premier président qui a été empêché de se représenter par la faiblesse de son, de son, de son, j'allais dire de sa capacité politique, par la bassesse de sa cote de popularité, par le nombre d'ennemis qu'il avait fait, qu'il avait suscité à
l
'intérieur de son... Il a été empêché, ça ne s'était jamais produit et il a renoncé de lui-même et probablement poussé par une série d'événements et là tout d'un coup il apparaît en disant «
Mais
écoutez, c'est formidable, mon successeur est en train de récolter les fruits de mon travail, la récolte est là et c'est moi qui l'ai semé. » Chapeau, c'est une transformation radicale. On a vu partir un François Hollande un peu la tête basse et on le voit revenir rayonnant, ravi et très très finalement attaché à sculpter, comme il l'est d'ailleurs depuis quelques semaines, à sculpter sa postérité, ce qu'il aura fait, ce qu'il n'aura pas fait.
Comme dit Jean-Michel Croissandeau, peut-être qu'on l'a trop critiqué mais malgré tout quand même, quelqu'un qui ne se représente pas et qui aujourd'hui dit d'un petit air mi-figue, mi-raisin mais assez fier, c'est formidable, je lis les statistiques, toutes ces statistiques sont bonnes mais c
'est
grâce à moi, moi je dis chapeau, chapeau, c'est un double salto arrière, je ne
sais
pas comment, on opère ça en deux mois qui va finir par le faire apparaître très sympathique aux yeux des Français.
C'est vrai que la phrase qu'il prononce, le temps de la récolte arrive, je laisse un bilan qui peut être utile à mon successeur alors qu'on a expliqué il y a encore quelques semaines qu'il y avait un déficit terrible,
qui manquait 8 milliards dans
les caisses. Emmanuel Macron ne dira sûrement rien parce que je l'ai un comble mais là, il a dû apprécier. Il a dû apprécier. Moi j'avais dans ma naïveté l'idée que peut-être l'ancien président de la République qui n'a pas fini son itinéraire politique, loin s'en faut, parviendrait à attendre la fin des vacances, 7 ans, figurez-vous, avant de s'adresser à nouveau aux journalistes et au travers des journalistes, il le pense aux Français. Bon, ben c'est raté. Vous savez, ça me fait penser à une chose assez ancienne d'avant 2012, c'est pas Mathieu Zalem quand même, à l'époque où Laurent Fabius et François Hollande avaient des relations très médiocres pour ne pas dire plus.
Et pour se moquer de François Hollande de façon sarcastique, Laurent Fabius l'avait surnommé culbuto. C'était quand même quelque part, au-delà du sarcasme, une forme d'hommage. Il a déjà été vérifié et on le vérifiera, je ne sais pas de quelle façon, qu'il a une capacité incroyable, incroyable, à rebondir
et
je pense qu'il ne sait pas aujourd'hui, enfin je m'aventure, mais je pense qu
'il
ne sait pas aujourd'hui de quelle façon, sous quel angle, à quel moment, mais il est sûr que ça viendra et quand ça surgira,
il
s'emparera de ce segment qui lui permettra de s'exprimer au-delà de sa fondation qui est la Libye du moment. Au point d'être un recours ? Non. C'est une question ? Moi, je... Quand
on part
sur un bilan au moins politique qui est un parti socialiste réduit
aux
aquais,
il veut s'en occuper, il veut
s'en occuper, une non-présence au second tour à la présidentielle qui est une première depuis des décennies, alors effectivement, un bilan économique et de réduction des inégalités un peu plus positif parce que ce qu'il a fait à partir de 2014-2015 en matière d'allègement de charges sociales, de baisse de l'impôt sur le revenu d'allègement des charges des entreprises commence à apporter ses fruits. C'est vrai, il a seulement fait perdre
deux ou trois
ans en termes économiques à la France et puis surtout, encore une fois, je répète, le bilan politique est quand même catastrophique pour au moins sa famille. Il a failli quand même, et pardon, je termine, il l'a dit d'ailleurs, il a reconnu en tout cas dans la coulisse parce qu'une de ses principales préoccupations, ça a été qu'après lui, il y a eu le Front National au second tour de la présidentielle. Il en avait pris une part de responsabilité dans la coulisse quand il avait décidé de ne pas se présenter. Mais ce n'est pas rien.
Bon, c'est trop tôt, Mathieu Croissant.
C
'est trop tôt pour que l'histoire lui rendu race. Vous avez tenté tout à l'heure de lui apporter comme ça
un semblant
de soutien. Non, pas de soutien, mais je pense qu'on revisitera son quinquennat,
forcément.
Des réformes ont été faites, des choses se sont passées pendant ce quinquennat qui ne méritent pas toutes de finir les poubelles de l'histoire.
Il vaut
mieux quand même que revisiter son quinquennat, ce ne soit pas lui qui le fasse,
mais
les
Français. C'est le
drame de François Hollande, il est là.
Il sculpte sa personnalité politique.
À condition qu'il y
ait
encore quelque chose à sculpter.
Exactement, c'est toute la question.
L'autre surnom, c'était Guimauve, le conquérant, que donnait Laurent Fabius à François Hollande. Donc, sculpter une Guimauve, ce n
'est
pas facile. Voici maintenant vos questions SMS et Internet.
Allez,
on revient à Emmanuel Macron et à cette question sur la fin hypothétique de son état de grâce. Question SMS, le président n'est-il pas pour l'instant fidèle à ses promesses de campagne ? Jeanne Calémy, vous l'avez évoqué tout à l'heure.
Oui, oui, je pense que c'est ça. Moi, le principal malaise que m'a provoqué toute cette période, ça a été, je reviens, pardonnez-moi, le discours de politique générale d'Edouard Philippe, où il remettait en cause, il faisait cette fameuse volte-face sur le programme fiscal qui n'était pas rien, de celui qui était candidat d'Emmanuel Macron. Encore une fois, sa cote de popularité du président a baissé à ce moment-là et Emmanuel Macron a recadré immédiatement les choses.
Jusqu'à présent, il fait en sorte, effectivement, d'organiser, de mettre en place sa méthode et de jeter les jalons des réformes qu'il a annoncées, le travail, la loi de la moralisation et puis aussi tout ce qui est structure de l'État, les grandes directions centrales qu'il veut réformer, alléger le poids de l'État, les collectivités locales, il jette les jalons. C'est un organisateur et maintenant, il faut maintenant qu'il soit un bâtisseur. Ça, c'est tout le défi des années prochaines.
François Hollande a-t-il laissé le pays dans une situation favorable à Emmanuel Macron ? Comme il l'a dit tout à l'heure.
Il a permis à Emmanuel Macron, qui était à l'intérieur du système, de se rendre compte du délabrement, de l'inertie, de la paralysie de la machine. Et je ne dirais pas qu'il a permis à Emmanuel Macron d'arriver, mais il a donné à Emmanuel Macron le sentiment qu'il y avait quelque chose à faire et qu'il était probablement l'homme qui était capable de le faire. De fait, il a démissionné, il s'est présenté et on a vu ce qui s'est passé.
Mais je crois que ce sont les mois d'observation d'Emmanuel Macron auprès de François Hollande qui lui ont forgé ce sentiment que décidément, il y avait quelque chose de pourri dans le système, qui n'était pas que celui de François Hollande, mais dans le système qui était en place depuis 40
ans
et que c'était le moment d'y aller.
Et
effectivement, tout est tombé peut-être encore plus facilement que ce qu'il pensait.
Sauf exception, on entend rarement les nouveaux députés de la République en marche. Sont-ils inquiets, heureux ou muselés
? Un
peu détroit. Un
peu
détroit, parce qu
'ils
sont quand même assez tenus par un patron de groupe qui s'appelle Richard Ferrand, qui les tient et qui a fait passer des consignes. On sait qu'un député qui s'est fait élire, ancien journaliste, Gilles Le Gendre, avait même conseillé à ses
collègues
parlementaires de ne pas s'adresser aux journalistes, que les journées étaient là, évidemment, pour les piéger. Donc il y a quand même ce genre de consignes. Ils ne sont pas peureux, mais ils sont novices. Donc ce n
'est
pas évident de commencer à prendre la parole et de s'adresser. Et puis, ils sont dans un moment clé du quinquennat où le premier grain de sable, le premier caillou risque d'être montré du doigt. Donc je pense que tout ça, ça ne tiendra pas nécessairement. on va entendre des... Parce que si des carrières politiques se forment dans ce groupe, si des trajectoires politiques, des personnalités politiques s'affirment, nécessairement, ça va devenir beaucoup plus polyphonique.
Ils
ne sont pas que cela, tout de même. Ils se sont fait élire eux-mêmes sur le programme d'Emmanuel Macron. Les législatives ont profité bien évidemment de la dynamique de la présidentielle. Et pour la plupart d'entre eux, voire pour la totalité d'entre eux, sauf effectivement, quelques grognes, notamment on les a entendus justement sur l'affaire de Villiers. Et après tout, ce ne sont pas des gaudillots. Ça montre bien que ce ne sont pas des gaudillots. Mais la plupart d'entre eux se sont fait lire sur un programme dont ils sont convaincus du bien fondé. Donc quand on est convaincu de la ligne et du sens donné par le président de la République et par le Premier ministre, il n
'y
a pas de raison non plus de devenir des frondeurs au bout d'un mois de législature.
Même s'il reste Jupiter, Emmanuel Macron a besoin d'une majorité qui existe, qui vit et qui puisse relayer à la fois ce que pensent les électeurs et aussi faire vivre sa volonté de réforme. La France,
ça
ne peut pas fonctionner simplement avec un Jupiter, je le dis sans ironie, avec un président qui sait ce que veut dire l'autorité et en finir
avec
le système institutionnel de la synthèse permanente. Mais il faut quand même que ces jeunes gens ou moins jeunes gens passent le moment de probation, d'apprentissage, etc., s'expriment au service du président. Mais il faut quand même qu
'ils
s'expriment. Autre question. Le couple Macron va-t-il prendre des vacances ?
Pourquoi
pas ? À la lanterne. Moi,
je me
tourne vers vous parce que je me souviens des vacances de l'an dernier. Je les ai lues dans Paris Match.
Voilà. Vous les découvrirez probablement dans Paris Match, mais il y a fort à parier qu'ils prendront des vacances à la
lanterne et qu'ils iront peut-être même au
Touquet.
Il y aura moins de mise en scène, ne le prenez pas mal, Virginie ? Il y aura moins de mise en scène ou pas
?
Je dirais, pour revenir un tout petit peu en arrière, que le goût de la mise en scène était aussi une façon d'habituer l'opinion publique à ce couple qui pouvait apparaître transgressif. Il fallait banaliser un peu ce couple auquel personne ne s'attendait. On voit souvent l'inverse. On voit des hommes avec des femmes beaucoup plus jeunes. Là, c'est le contraire. Et je pense qu'Emmanuel Macron avait le souci de le rendre accessible, familier, courant et que les Français soient moins étonnés. Et aujourd'hui, de fait, ils ne sont plus du tout étonnés. On ne sent plus dans leur regard sur le couple Macron de l'étonnement ou du doute. On voit simplement même de l'affection pour Mme Macron.
La destination, a priori ?
C'est ce que je lisais. Pardonnez-moi, c'est la lanterne.
C'est-à-dire le
pavillon...
C'est Versailles. C
'est Versailles. C
'est la
résidence d'été, de vacances
officielles. C'est le Premier
ministre que Sarkozy avait
récupéré et subutilisé François Fillon et son
collaborateur. La fondation de François Hollande va-t-elle bénéficier d'argent public
? Est
-ce que quelqu'un sait ça ?
Elle a le droit, en tout cas, d'en bénéficier. Ça, il n
'y
a pas de
doute.
Si
c'est le cas, ce sera dans le cadre de la loi. Il n'y aura pas d'exception.
Mais
on attend quand même d
'en
savoir un peu plus sur les objectifs. C'est vrai. Jusqu'à maintenant, on a été présenté par l'intéressé de façon assez générale. François Lecointre, c'est le nouveau chef d'état-major des armées. Sera-t-il plus docile que Pierre de Villiers ?
Il a eu le marché en main. Je ne pense pas qu'il ait été nommé avec l'idée qu'il allait lui aussi se mettre à contester immédiatement les économies qu'on avait demandé au général de Villiers. Il est nommé, mais il a bien compris sa feuille de route.
C'est
un militaire respecté par ses troupes
qui a
été
un homme de terrain, qui a combattu sur le terrain et qui a une réflexion intellectuelle sur les forces de
l'effort. Il
dirige
une revue stratégique.
Ce n
'est
pas un pantin de le présenter comme un homme docile parce qu'il endosse la responsabilité éminente du chef d'état-major des armées.
Je dirais qu'au contraire, il
y
a la marge de manœuvre de quelqu'un qui a été choisi par son chef. Donc il y
a
une confiance du général par rapport à Macron. Macron qui l'a choisi, contrairement, même s'il avait renouvelé dans ses fonctions, contrairement à Villiers. Donc il peut s'établir une relation plus équilibrée, j'allais dire.
Un président ne doit pas chercher à être aimé, dit François Hollande, mais ne doit-il pas au moins être compris par les Français ? Parole d'expert. Allez, on s'arrête là. Merci beaucoup à tous les quatre. Merci à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air. Lundi, vous retrouvez Axel de Tarlé. Très bonne soirée sur France 5.
Emmanuel Macron