De Rugy contre-attaque #cdanslair 24.07.2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 14 %Attaque 53 %Défensif 33 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 71 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
François de Rugy s'estime lavé de tout soupçon après deux enquêtes internes. Que pensez-vous de cette contre-attaque ?
- 0:41OuverteRéponse partielle
Pourquoi ces excès de dépenses sont-ils si mal vus dans l'opinion ?
- 1:43RelanceRéponse directe
François de Rugy a-t-il eu raison de s'exprimer immédiatement après les conclusions des enquêtes ?
- 2:14RelanceÉludée
Les enquêtes internes diligentées par des proches du pouvoir sont-elles fiables ?
- 3:26OuverteRéponse directe
Les deux enquêtes ont-elles le même statut ?
- 5:36OuverteRéponse directe
Philippe Moreau-Chevrolet, est-ce un grand classique de dire « moi je vais bien » et d'attaquer la presse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 12:43Invité politiqueChiffre
« 64 523 euros de travaux de rénovation de l'appartement de fonction du ministère de la Transition écologique seraient justifiés par l'usure de certains revêtements. »
- 12:58Invité politiqueFait
« Les règles de la commande publique globalement respectées, à l'exception du fameux dressing à 17 000 euros. »
- 13:41Invité politiqueFait
« Les travaux entrepris dans les logements de fonction des ministres, dont le montant est supérieur à 20 000 euros, devront être soumis à l'approbation du secrétariat général du gouvernement. »
- 13:58Invité politiqueFait
« Rapport le plus attendu, celui de l'Assemblée nationale, sur les réceptions de François de Rugy quand il était au perchoir. »
- 14:05InvitéFait
« 3 des dîners étudiés présentent à la fois un caractère familial ou amical et un niveau manifestement excessif par rapport à ce qui peut être considéré comme raisonnable. »
- 15:50Invité politiqueFait
« Richard Ferrand a annoncé de son côté la création d'un groupe de travail et de nouveaux outils pour renforcer les règles et procédures budgétaires de la présidence de l'Assemblée nationale. »
- 17:04PrésentateurFait
« Depuis maintenant une dizaine d'années, on passe beaucoup moins ce genre de choses du côté de l'opinion quand les personnalités politiques débordent. »
- 32:44PrésentateurFait
« La riposte d'un homme épinglé pour son train de vie et l'utilisation de l'argent public. »
- 34:25InvitéFait
« Sinon, ça devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, je dise deux choses sur vous, sur n'importe qui, et ça devient les 10 petits nègres. »
- 34:32InvitéFait
« les 10 petits nègres »
- 35:15InvitéFait
« Mediapart n'a pas pratiqué un journalisme d'investigation, ils ont pratiqué un journalisme de calomnie »
- 35:24InvitéFait
« Il y a eu une manipulation des propos et visiblement, la démarche n'était pas une recherche de la vérité mais une volonté de déformer »
- 35:36InvitéFait
« Mediapart est en quelque sorte une officine de la police et des juges »
- 47:50Invité politiqueFait
« Je n'ai rien fait qui soit en dehors des clous »
- 48:00Invité politiqueFait
« En France, le modèle n'est pas la barre chocolatée de la ministre suédoise »
- 48:23Locuteur non identifiéFait
« J'ai acheté des couches-culottes, du Toblerone et un paquet de cigarettes »
- 48:32Locuteur non identifiéChiffre
« Montant de la facture, 5 000 euros »
- 57:44PrésentateurFait
« un employé lambda pris en train de voler une pomme, est-ce qu'on lui laisse la possibilité de rembourser pour se dédouaner ? »
- 1:00:26PrésentateurFait
« qui avait été qualifié de social à Nantes et des cotisations versées à Europe Écologie Les Verts »
- 1:01:06PrésentateurFait
« il a remboursé en 2013-2014 et que, d'ailleurs, il a eu les papiers que lundi et que s'il les avait eus avant, il n'aurait peut-être pas démissionné. »
- 1:01:17PrésentateurFait
« Ça peut potentiellement tomber aussi sur le sot de la prescription fiscale donc ça peut aussi très vite se dégonfler aussi. »
- 1:01:40PrésentateurFait
« c'est-à-dire qu'effectivement on perd la vertu comme De Rugy. »
- 1:02:04PrésentateurFait
« Si c'est de l'argent public on peut être comme cette dame en train de consulter le registre. »
- 1:02:38PrésentateurChiffre
« il a perdu 7 points de popularité en un mois. »
- 1:04:01PrésentateurFait
« il a été victime d'une fatwa contre lui on l'a vu »
- 1:05:13InvitéFait
« Non, à chaque fois ce sont les scandales c'est l'affaire Cahuzac qui décide François Hollande à lancer une nouvelle procédure de contrôle. »
Temps de parole
- Présentateur66 %
- Invité19 %
- Locuteur non identifié4 %
- François De Rugy3 %
- ?3 %
≈ 21,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonsoir
à toutes et à tous. Je me présente en homme blanchi. François de Rugy s'estime lavé de tout soupçon après la publication de deux enquêtes internes qui affirment que globalement les règles ont été respectées, alors à quelques exceptions près toutefois. Mais l'ancien ministre de la Transition écologique ne compte pas en rester là. Il poursuit Mediapart en diffamation et dénonce un journalisme de démolition. Alors la presse en fait-elle trop ? Emmanuel Macron parle de République de la délation. Pourquoi ces excès de dépenses sont-ils si mal vus dans l'opinion ? Et faut-il prendre comme modèle l'Europe du Nord où une ministre peut démissionner pour une affaire de bar chocolaté ?
C'est le sujet de cette émission de ce C'est dans l'air que nous avons décidé d'intituler ce soir « Rugy contre attaque ». Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir Olivier Beaumont. Vous êtes grand reporter au service politique du Parisien aujourd'hui en France, auteur de « Pêché capitaux de la politique », c'est chez Flammarion. Nous accueillons Swazik Kemener, vous êtes rédactrice en chef du service politique à Marianne, auteur de « L'irrésistible ascension, les dessous d'une présidentielle insensée » chez Flammarion. Philippe Moreau-Chevrolet, vous êtes président de l'agence MCBG Conseil, professeur en communication politique à Sciences Po Paris.
Et enfin, Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d'art, en homme blanchi de toutes les accusations portées contre moi. Oui, on a vu un François de Rugy tenace, déterminé, combatif. 24 heures après, je m'interroge encore sur l'utilité qu'il avait à se précipiter le soir même des conclusions de ces deux enquêtes internes sur le plateau d'une grande chaîne d'informations pour livrer sa vérité, ou en tout cas celle qui a été livrée par ces deux enquêtes.
On sait toujours, et là vous serez mieux placé que moi pour le dire, mais en termes de communication, le fait de s'auto-proclamer comme ça, de laver soi même plus propre, plus blanc que blanc, en disant « vous voyez bien, je suis innocent, je suis honnête, je suis plus blanc que blanc », on voit bien que la réception pour le français, pour l'image, c'est toujours un petit peu très risqué, j'ai envie de dire, et c'est une question que se pose aussi son entourage.
Les jours qui ont précédé, il y avait eu des fuites, les jours qui ont précédé sur le compte-rendu de ces deux enquêtes internes, fallait-il réagir tout de suite ou laisser passer, pourquoi même, pourquoi pas attendre la rentrée de septembre ? François de Rugy a décidé de contre-attaquer immédiatement, alimentant du coup le feuilleton que le chef de l'État voulait de lui-même arrêter, suspendre dès la semaine dernière avec la démission que Rugy a rendue lui-même. Donc voilà, quelque part, il remet une petite pièce dans la machine.
Quand on apprend qu'il va faire le 20h de France de tout de suite, Mediapart tweet pour dire « dès ce soir, on aura des nouvelles photos », donc on voit bien que ce feuilleton… Parce que Mediapart, on est encore sous le pied, c'est ça
?
On a un feuilleton qui dure quand même depuis le début, et surtout, j'ai envie de dire, la conclusion de cette journée d'hier et de cette prestation d'hier soir, c'est un partout la balle au centre, puisque lui se considère dédouané, mais en même temps, Mediapart, et ce que disent aussi les conclusions internes, c'est que ce qu'ils ont avancé dans leur enquête n'est pas totalement faux non plus. Voilà, il y a deux choses, c'est que, un, c'est pas toutes les accusations, il y en a certaines qui sont vraies, et puis alors deux, ce matin, il y
a
eu une polémique en disant « mais au fond, ces enquêtes internes, elles sont diligentées par des proches du pouvoir, c'est pas la justice qui les mène, et donc elles ne révèlent jamais rien, elles sont toujours gentilles avec le pouvoir en place, ces enquêtes internes. »
Est
-ce que c'est un argument qu'on peut entendre, ça ?
Moi,
je pense que
les deux enquêtes, elles n'ont pas du tout le même statut. C'est-à-dire qu'on a une enquête qui a été diligentée par le secrétaire général du gouvernement, qui a été effectuée, c'est une mission d'audit en fait, qui est effectuée par une contrôleuse générale des armées. Le rapport est plutôt solide,
c
'est-à-dire 66 pages, sur le logement de fonction à l'hôtel de Roclore du ministre de la Transition écologique. Ils mettent d'ailleurs en avant cette histoire de dressing, c'est
-à
-dire qu
'ils
ne cachent pas,
ils
ne camouflent rien.
C
'est-à-dire qu'ils ne posent pas la question de savoir s'il fallait vraiment faire des travaux au début.
Ils
disent « bon, l'appartement n'avait pas été rénové depuis 2003-2009 », mais ils mettent bien le doigt sur les sujets qui fâchent,
c
'est-à-dire le
dressing à
17 000 euros.
Sans
doute parce que les décisions étaient prises trop vite dans l'urgence.
Ça
a été demandé des travaux qui ont été demandés dans l'urgence. Ça, c'est le premier rapport qu'on a connu en fin de matinée hier. Ensuite,
il
y
a
le second rapport. Le second rapport qui est lui diligenté par le secrétariat général de l'Assemblée, à la demande de Richard Ferrand. Et là, il y a une véritable
question. Ça porte sur les dîners.
Alors ça porte sur les dîners et c'est un rapport qui n
'est
pas du tout de la même épaisseur. Là, on n'est pas sur 66 pages, on est sur plusieurs feuillets simplement, avec beaucoup moins de détails. Alors, ils ont poussé le détail dans le premier rapport jusqu'à donner la liste des meubles qui avaient été achetés, certains meubles chez Ikea, le lit chez Ikea.
Ça, c
'était pour le premier rapport. Deuxième rapport, c'est beaucoup plus flou.
C
'est-à-dire que… On
n'a pas la liste des invités, on n'a pas le module. On n'a pas la liste
des invités. Et surtout, on n'a pas d'informations comme quoi le secrétaire général de l'Assemblée, qui a effectué cette enquête à la demande du président actuel de l'Assemblée, aurait demandé à parler à quelques-uns des invités. C'est-à-dire qu'on a l'impression que François de Rugy a été entendu pendant deux heures, c'est ce qui est indiqué dans le rapport. Mais il n
'y a
pas de contradictoire dans ce qui est fait par le secrétariat général de l'Assemblée. Donc, à mon avis, les questions, elles se posent plutôt sur cette enquête
-là. Sur le rapport qui concerne les dîners, plutôt que sur les travaux au ministère de l
'Assemblée.
–
Néanmoins, hier, il est arrivé en disant « je suis blanchi », il affirme ça d'entrée. Et après, Philippe Moreau-Chevrolet, il attaque violemment les journalistes de Mediapart. Est-ce que ça,
c
'est vous, en termes de communication, vous qui êtes un spécialiste de la communication, c'est un grand classique, ça, de dire « moi, je vais bien », c'est la presse
qui
est déviante ?
–
Oui, c'est devenu un classique. On l'a vu dans l'affaire Fillon. Le premier réflexe de Fillon, c'était de nier ce qui était en train de se produire. Donc, c'est le déni. Et le deuxième réflexe,
c
'est d'attaquer la presse. Donc, à l'époque, il disait que le canard enchaîné attaquait son épouse Pénélope parce que le canard enchaîné était misogyne. Je crois que c'était son argument. Donc, c'est classique. Ça aide à gagner du temps. Et en fait, les Français sont devenus tellement méfiants, adverses des médias qu'ils peuvent aussi entendre cette musique-là. Mais moi, je mettrais quand même des limites à ça. Je trouve que c'est très dangereux parce que, un, ça ne produit pas tant d'effets positifs que ça. Ça ne peut pas en produire. Et deux, si on attaque tout le temps les médias, ce que la classe politique, dans son ensemble, commence à faire.
Avant, c'était juste l'extrême droite qui attaquait les médias. C'était Jean-Marie Le Pen. On s'est habitués à ce que ce soit Jean-Marie Le Pen. C'est devenu François Fillon. C'est devenu des figures. Maintenant, tout le monde attaque les médias. C'est très bien. On les accuse de ralentir le processus. On les accuse de mentir, d'attaquer des ministres, alors qu'ils font en général juste leur travail. Et c'est un travail qui n'est pas plaisant. Moi, je suis bien placé pour le savoir. Je suis communiquant. Ça n'est pas toujours plaisant. Le problème,
c
'est que si on enlève ça en démocratie, qu'est-ce qui va rester
?
Donc là, c'est la responsabilité individuelle des ministres de se demander si, pour un tout petit gain, ils peuvent alimenter un immense torrent qui est en train de se créer, qui est qu'un jour, on va se dire qu'on n'a plus besoin de la presse en démocratie. De Régis, c'est vrai que c'est injuste ce qui lui arrive. Ça fait des années et
des siècles qu'en
France... Bon, jusqu'ici, ça s'était bien passé. Aujourd'hui, ça n'est plus possible. Et c'est vrai qu
'il
doit se sentir ça comme une injustice. Mais ce n
'est
pas la faute de Mediapart, si les Français changent. Et Soisic Kéménère, alors, surtout que c'était un perle à morale. Il avait été à l'Assemblée nationale, il était connu pour son discours anti-dépense. Enfin, très austère, c'est ça ?
Oui, et c'est sans doute cela qu'il paye en partie aujourd'hui. C'est-à-dire que quand on met... C'est toujours pareil avec les hommes politiques. Vous parliez de François Fillon tout à l'heure. Pourquoi ça a été si compliqué pour lui pendant la campagne présidentielle ? Parce que c'est lui qui dit cette fameuse phrase, qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? Et ensuite, il arrive devant les Français mis en examen. Donc il y
a
un hiatus, il y
a
quelque chose qui ne va pas. Et pourquoi l'affaire démarre si vite à propos de François de Rugy ? Parce que tout le monde, dans la majorité, même à l'Assemblée, a entendu, pendant que François de Rugy était président de l'Assemblée nationale, l'a entendu répéter, on contrôlera tout, on va réduire ce qu'il a fait d'ailleurs.
On va
réduire les dépenses de la présidence. Il les a réduites effectivement de 13%. On va être très transparents. Et il le dit depuis des années, depuis 2009, où il avait montré sa déclaration de revenus à l'époque, ça ne se faisait pas du tout. C'est-à-dire qu'il avait enclenché un mouvement, François de Rugy. Donc c'est vrai que quand on communique beaucoup sur un thème, il faut
être
irréprochable.
Et
c'est ça en partie qu'il a payé.
Jean
-Daniel Lévy, ce qui est très surprenant, c'est qu'à la fin de l'interview de Julien Bugier, il lui dit « maintenant que vous êtes blanchi, est-ce que vous demandez à revenir au gouvernement ? » Et là, on s'attend à ce qu
'il
dise non. Et il ne dit pas non. Il dit « oui, il a l'air de laisser la porte ouverte et d
'y
croire. Est-ce que ça vous semble crédible ? » Et quelle est son image ? Est-ce que c'était quelqu'un d'important dans la Macronie, François de Rugy ? Il a fait clairement acte de candidature à la fin de l'interview, sans pour autant dire qu'il était, après en parler, candidat. Ce qui est intéressant, quand on regarde dans l'entourage d'Emmanuel Macron, il y a peu de responsables politiques qui vraiment ont émergé au cours de ces deux dernières années. Et même le président de l'Assemblée nationale qu'il était n'a pas été un personnage, qui a été un personnage extrêmement marquant dans les différentes enquêtes d'opinions qu
'on
pouvait réaliser. Il n'était pas toujours très clairement identifié de
la
part des Français et des Français. Et depuis qu'il est même ministre numéro 2, en tout cas quand il était ministre numéro 2 avec le titre de ministre d'État, ce n'était pas une des personnalités qui était les plus identifiées de la part des Françaises et des Français, notamment parce qu
'il
n
'y
avait pas de prise de position extrêmement claire, extrêmement identifiée, ou de combat qui donnait le sentiment d'avoir mené en son nom et qui avait par la suite débouché soit sur un débat, soit sur une loi, soit sur une orientation politique et qui apparaissait comme étant relativement honnête. Et même préalablement, il n'avait pas forcément été clairement vu par son parcours précédent. Il n'avait pas été extrêmement marquant lors même de la primaire, on se rappelle, organisée par le Parti Socialiste en 2017. Donc c'est un personnage qui n'était pas forcément celui qui était le plus identifié de la part des Françaises et des Français. Et c'est peut-être la raison pour laquelle
le
poids politique qui est relativement faible, qui l'avait préalablement, n'a pas pu lui permettre de supporter cette crise qui est une crise plutôt de gestion à caractère personnel. Donc parfois on sait qu'il
y a
des responsables politiques qui ont un contenu politique tellement fort qu'ils peuvent
avoir
des écarts de comportement à caractère individuel et qu'au final on va leur passer en disant De toute façon, vu le rapport politique, ce n
'est
pas grave. Là, il
n
'y
avait
même pas, en dehors des appuis politiques qui pouvaient avoir par ailleurs, un rapport à l'opinion qui était suffisamment fort qui lui a permis. Et puis surtout, ce qui est le plus intéressant, c'est que la question principale, il n'y a pas vraiment répondu hier. C'est-à
-dire
que quand nous on pose la question de Rugy, la réponse c'est Omar. Donc ce n
'est
pas sur le fond de l'affaire, ce n'est pas sur le côté vertueux en tant que tel, ce n
'est
pas sur le fait qu'il aurait ou pas réduit les dépenses de la part de l'Assemblée nationale, etc. C'est un côté qui est un côté terriblement emblématique,
qui
est dans un même temps accessible et éloigné aux yeux des Français. Accessible parce qu'on voit très bien ce qu
'il
y
a
à Omar et puis on se dit qu'en certaines occasions, on peut s'offrir soi-même son propre Omar et qu'en même temps, c'est éloigné parce que l'immense majorité française n'imagine pas pouvoir dîner, même avec ses amis, autour de ce crustacé qui renvoie justement à cette dimension de luxe. Donc il
y
a une dimension où, quelle que soit la rationalité des éléments qui peuvent être apportés, il y
a
une dimension de symbolique extrêmement forte dont il est très difficile de pouvoir se départir. Alors François de Rugy s'est donc exprimé hier pour la première fois depuis sa démission sur le plateau de France 2. Pendant une douzaine de minutes, il s'est défendu et a contre-attaqué en s'en prenant à plusieurs reprises au travail des journalistes de Mediapart. C'est un sujet de Barbara Stec et Laura Radeau.
Je
me présente devant vous ce soir en homme blanchi. Blanchi de toutes les accusations qui ont été portées contre moi. Et Dieu sait s'il y en a eu des accusations.
Une semaine après sa démission, François de Rugy contre-attaque. Conforté selon lui par les différents rapports d'enquête, il s'en prend violemment au journal en ligne Mediapart.
Soit on est dans le journalisme d'investigation. Et moi je crois aux vertus du journalisme d'investigation pour la démocratie. Enquêter sur un sujet. On s'empare alors d'un sujet. Et ensuite on va recouper, on va interroger, on va demander à des responsables politiques comme je le suis de rendre des comptes. Et c'est normal. Mais on va s'en tenir à la réalité des faits.
Et
puis il
y a un
journalisme de démolition. Et
c'est
ce que pratique Mediapart.
Hier
soir, Mediapart persiste et signe. Et met en avant de nouveaux éléments sur le caractère amical des dîners à l'hôtel de la Sey.
Si
François de Rugy se dit blanchi, les deux rapports rendus hier ne donnent que partiellement raison à l'ancien ministre.
Selon
l'enquête du gouvernement, les
64 523 euros de travaux de rénovation de l'appartement de fonction du ministère de la Transition écologique seraient justifiés par l'usure de certains revêtements, les règles de la commande publique globalement respectées, à l'exception du fameux dressing à 17 000 euros.
Force
est de constater que
la
commande semble avoir été passée avec une relative urgence et que le devis n'a pas été ajusté en envisageant par exemple un degré de finition moindre.
Dans
la foulée, Edouard Philippe sonne le rappel à l'ordre général. Matignon met à jour la circulaire relative au train de vie des ministres.
L
'exemplarité est le fondement de la confiance accordée par les Françaises et les Français au gouvernement. Chacun de ses membres doit traduire cette exigence dans son comportement et exercer ses fonctions avec intégrité, dignité et probité. Désormais, les travaux entrepris dans les logements
de fonction des ministres, dont le montant est supérieur à 20 000 euros, devront être soumis à l'approbation du secrétariat général du gouvernement. Rapport le plus attendu, celui de l'Assemblée nationale, sur les réceptions de François de Rugy quand il était au perchoir. Et sur les 12 dîners incriminés, 3 sont épinglés.
3 des dîners étudiés présentent à la fois un caractère familial ou amical et un niveau manifestement excessif par rapport à ce qui peut être considéré comme raisonnable.
Alors
que François de Rugy s'engage à rembourser ses repas jugés privés, des voix dans l'opposition s'interrogent sur l'indépendance de ses enquêtes.
Les
enquêtes internes,
excusez
-moi, elles ne voient jamais rien. Elles ne voyaient pas les emplois fictifs de M. Fillon. Elles ne voient pas les situations de harcèlement sexuel. Et donc on est dans une logique d'entre-soi.
Ce
matin à l'issue du dernier Conseil des ministres avant la trêve estivale, peu de questions sur l'affaire Rugy. Le feu semble éteint, la porte-parole se félicite du sérieux des enquêtes.
Elles
ont eu lieu sous l'autorité de personnes à la fois évidemment très compétentes mais aussi de personnes dont la probité, la moralité ne peut être remise en cause. Et donc on a aujourd'hui des résultats qui disent globalement que François de Rugy n'a transgressé aucune règle établie.
Pour Eric Halt, de l'association Anticor qui milite pour plus d'éthique en politique, l'essentiel est avant tout de tirer les leçons de cette affaire.
Il
faut
que l'Assemblée nationale, le Sénat, accepte des contrôles extérieurs.
L
'Elysée est contrôlée par la Cour des comptes.
La
Cour de cassation est contrôlée par la Cour des comptes. Pourquoi l'Assemblée nationale n'accepterait-elle pas un contrôle effectif de la Cour des comptes
?
Deuxième leçon,
il
faut renforcer la déontologie. Peut-être faut-il donner à la Haute Autorité de Transparence de la vie publique
une
fonction de déontologue du gouvernement.
Richard Ferrand a annoncé de son côté la création d'un groupe de travail et de nouveaux outils pour renforcer les règles et procédures budgétaires de la présidence de l'Assemblée nationale, compte rendu attendu à l'automne. La
séance est ouverte. Alors, question téléspectateurs, pourquoi François de Rugy a-t-il démissionné s'il était si innocent, Olivier Beaumont ? D'ailleurs, il y a le canard enchaîné qui affirme qu'il regrette d'avoir démissionné. Oui, c'est ce qu'en effet dit le canard enchaîné. Je pense effectivement que François de Rugy les regrette et quelque part la petite pirouette qu'il fait hier soir à la dernière question au 20h de France 2 prouve qu'il se dit est-ce que j'ai bien fait de quitter le gouvernement à la lecture des deux enquêtes internes ? Pourquoi il démissionne ? Pour plein de raisons. Et ce qui est fou quand même dans cette histoire,
c
'est qu'il démissionne au bout de seulement d'une semaine et que d'un point de vue juridique, rien ne lui est reproché, rien n'est pénalisable. Sauf que l'affaire était déjà intenable du point de vue de
l
'opinion publique.
Il
y a bien sûr ces fameuses images sur ces repas à grands frais avec des homards
géants.
Ça intervient aussi à une époque où il
y a
la crise des gilets jaunes qui est passée et globalement depuis maintenant une dizaine d'années, on passe beaucoup moins ce genre de choses du côté de l'opinion quand les personnalités politiques débordent. Ça avait commencé avec la fameuse affaire des cigares, les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc à l'époque en 2010 sous le quinquennat Nicolas Sarkozy qui avait été obligé de démissionner. Donc voilà, la force de l'image l'a condamné, l'a plombé. Et puis, vous l'avez aussi rappelé un petit peu, François de Rugy, qu'est-ce qui pèse finalement dans ce gouvernement ? Pas grand-chose.
C'est un peu une pièce rapportée au bout du bout, puisqu'il a fait sa carrière au vert, après il a été candidat à la primaire de la gauche, puis finalement il se raccroche à Emmanuel Macron après l'avoir quand même fustigé et attaqué au tout début quand il était candidat. Et donc François de Rugy ne pèse pas grand-chose dans cette majorité, il
n'a pas de relève politique.
C'est le numéro 2, mais regardez bien finalement, Benjamin Griveaux a un petit peu tapé dessus, c'est un peu indigné des images, c'est le seul qui l'a un peu cogné. Mais au-delà de ça,
est-ce
qu
'il
y
a
eu vraiment un soulèvement pour défendre le soldat Rugy au sein du gouvernement de la majorité ? Pas vraiment.
Donc il s'est senti lâché, c'est pour ça en partie ? Et puis dernière
chose, l'affaire éclate quand même le jour où, le mercredi, passe en Conseil des ministres le projet de loi concernant la gestion des déchets au quotidien. C'est une loi très importante quand même, et elle est passée totalement sous silence ce jour-là, parce que c'était le début de la fameuse affaire, donc au
bout
d'une semaine, il décide de démissionner. – Alors Philippe Moreau-Chevrolet, c'est vrai qu'on parlait du poids de l'image, c'est vrai que c'est Omar, on vient de les revoir, c'est ravageur, et toutes les explications rationnelles ont bien du mal à rattraper ces images, mais même hier dans le rapport, on apprend par exemple que pour refaire son logement au ministère, on refait les moulures, alors ça s'appelle, je n'ai plus le nom en tête, champrissage, rechamprissage, il y
en a
pour 16 000 euros.
–
Oui, 17 000 même. – 17 000, vous parliez des gilets jaunes, ça paraît une somme ahurissante de mettre 17 000 euros pour refaire des moulures dans
un appartement. – C'est le paradoxe
de la Vème République, c'est-à
-dire
qu
'on
met dans des apparets extraordinaires des gens qui au fond devraient être ordinaires, c'est
-à-dire
que les hommes politiques, c'est des gens qui servent une fonction, ils ne sont pas là pour jouir du pouvoir. Et en même temps, on leur donne tout cet appart, on leur donne les chevaux, la garde républicaine, quand le président de
l
'Assemblée nationale arrive dans l'hémicycle,
il
y a deux rangs de soldats qui sont au garde-à-vous, il y a une musique,
c
'est quelque chose de très très solennel,
et
donc ils se grisent un peu, ils perdent le contact avec la réalité. Quand on demande aux Français si on doit enlever tout cet apparat, globalement, ils ne sont pas trop d'accord, on aimerait bien quand
même
qu
'il
y
ait
de l'autorité, mais le problème c'est que ça reste des êtres humains. Alors la solution,
c
'est peut-être que tous ensemble on s'interroge, est-ce qu'on a encore besoin de tout ça ?
– Est
-ce
qu'il faudrait les mettre dans des tours
à la défense, à côté
de la société générale ? – Peut-être que d
'origine il n
'a
pas besoin d'habiter à l'hôtel de Lassé, qui est un palais de la République, il n'a peut-être pas besoin d'habiter, il peut y travailler, mais il n
'a
pas forcément besoin d'y habiter, et ensuite je pense qu'il faudrait quand même, ce qui est vraiment central pour les politiques, c'est de s'interroger aujourd'hui sur le fait de savoir si quand ils exercent leurs fonctions, ils exercent leurs fonctions comme un devoir ou comme un plaisir, et quand ils sentent qu'ils vont du côté du plaisir, ça n'est plus toléré aujourd'hui, on ne peut plus jouir du pouvoir, c
'est
ce qu'on a reproché avec Sarkozy, avec le Fouquet ou le Lyot de Bolloré, et c'est ce qu'on a reproché à Hollande quand ils sortaient sans protection la nuit, on a besoin que les politiques se sacrifient à leur travail. – Et là ces images de la Saint-Valentin, alors puisque dans les trois dîners qui posent question, il y a un Noël, un à la Saint-Valentin et un troisième qui
n'est pas identifié. – Je vais vous dire ce qu'a fait
la réflexion de son épouse,
c
'est de dire oui mais je ne pouvais pas faire autrement, il a loupé la Saint-Valentin, il est arrivé très tard, d'accord, ce n
'est
pas une justification pour que ça passe sur frais publics, du point de vue du public je veux dire, juste de ce point de vue-là, ça n'est pas compréhensible et c'est normal que ce ne soit pas compréhensible, moi j'ai une meilleure règle que ça, Justine Trudeau, le Premier ministre canadien, le jour de la Saint-Valentin, il a dit je vais la passer avec mon épouse,
donc
je n
'aurai pas l'agenda officiel. – Il a passé avec son
épouse mais en
utilisant
les ordres de la République pour payer le
dîner. – Oui, ça
n
'est
pas normal, normalement il la passe avec son épouse, il annule son agenda, il consacre sa journée à sa femme, comme beaucoup de Français le font, sa soirée à sa femme,
ou
sa femme passe, l'épouse consacre sa soirée à son mari, comme beaucoup de couples le font ou pas, et il annule son agenda officiel, il se comporte comme un Français plus ordinaire, il n'aurait pas cette affaire sur le dos, et honnêtement, moi en titre citoyen, je me sentirais un peu mieux
si
je pensais que les hommes politiques avaient une vie un tout petit peu plus normale,
parce
que ce n'est pas très normal de tout sacrifier à sa fonction. – Sois-y, Kéméler, du coup le Premier ministre s
'est
senti obligé de ressortir une circulaire, pour bien préciser, ce qui est privé, vous le payez votre poche, et ce qui est public, là vous êtes défrayé. Ça paraît très simple sur le papier,
est
-ce que quand on est ministre, j'imagine 100% de sortant, est-ce que c'est si facile à appliquer cette règle qui paraît élémentaire sur le papier ?
– Non, ce n
'est
pas facile à appliquer, parce qu'on n'a pas l'habitude de le faire de façon systématique, et d'ailleurs, beaucoup d'anciens ministres ou de ministres le disent aujourd'hui, alors certains font un chèque quand leurs enfants, par exemple, viennent dîner ou déjeuner au ministère. J'ai discuté hier avec un ancien ministre qui dit, un jour on avait un repas, c'était l'anniversaire d'un ami, donc j'ai fait venir un gâteau, mais j'ai fait en sorte de régler la facture du gâteau, mais ça a été très très compliqué, ça a été très compliqué de trouver à qui il fallait payer, comment trouver les justificatifs, ce n
'est
pas fait pour ça. Donc effectivement, on voit bien qu'il y
a
une mutation qui est en train d'intervenir là aujourd'hui. Alors, Edouard Philippe avait commencé avec cette circulaire, avec une première circulaire, ça c'était au tout début du quinquennat, où il expliquait justement qu'il fallait faire bien attention à ce qui était privé, ce qui était public, mais c'est vrai que c'est laissé d'une façon à l'entendement de chacun des ministres. Et là, dans la nouvelle circulaire, il parle justement des travaux, il dit au-delà de 20 000 euros, il faut absolument qu'il y
ait
un
contrôle,
une autorisation du secrétariat général du gouvernement. Et on voit à l'Assemblée, c'est la même chose, parce que ce que dit Richard Ferrand, il dit maintenant, on va avoir un groupe de travail, essayer de travailler justement sur le budget de la présidence de l'Assemblée, auparavant, il n
'y
avait pas de contrôle effectif, il n'y a pas à ce stade de contrôle effectif sur le budget de la présidence. C'est-à
-dire
qu'on a une enveloppe globale, on sait que François de Rugy a fait baisser, on est à 405 000 euros, il y
en
a utilisé, je crois,
28
% là,
pour
l'instant, enfin, pardon, 28% en ont été utilisés pour l'instant par Richard Ferrand sur les chiffres qui ont été donnés, mais à ce stade, au mois de juin, mais on ne sait pas exactement à quoi ça a servi. Alors, il
y
a des réceptions officielles, il y a beaucoup de choses qui rentrent en jeu, ce n
'est
pas seulement pour le bon plaisir du président de l'Assemblée.
Là, on
imagine que Richard Ferrand, qui succède à François de Rugy, à l'Assemblée nationale, il fait très attention à servir des vins ordinaires, à qui il reçoit,
à ce qu'il n'y ait pas de photos non plus.
On va avoir un concours de droit, un concours de sobriété, bien entendu, parce que l'affaire... Ça
va être un petit poil anti.
L'affaire Rugy, effectivement, on voit bien, elle va impacter profondément les comportements, en tout cas, là, maintenant.
La
césure n'est pas forcément publique, privée. Elle peut être aussi, est-ce que c'est là, comme le disait Philippe Mont-Chevrolet, pour se servir ou pour servir ? Il y a un peu plus d'un an, en fait, il y a eu tout un débat sur la vaisselle de l'Elysée, sur la piscine qui était construite au sein du fort de Brégançon, sur la manière même dont le président de
l
'Aplique pouvait avoir recours à l'avion pour ses transports, et notamment un qui avait eu lieu entre Montpellier et le Puy-du-Fou. Et ces trois éléments avaient contribué, un peu d'ailleurs avant l'affaire Benalla, à une très forte baisse de la confiance des Français à
l
'égard du président de
l
'Aplique. Il avait perdu 7 points, autour, justement, de la perception qu'il n'était pas là pour servir, mais pour se servir, et profiter de sa position pour pouvoir, justement, avoir une amélioration, globalement, de ses conditions de vie.
Ce
qui est intéressant,
c
'est que, d'un point de vue purement rationnel, il y
a
des choses qui pouvaient s'expliquer. Sur la piscine de Brégançon, ça avait été expliqué que les moyens financiers qui, au final, étaient mis en place feraient que ça coûterait moins d'argent, globalement, aux Françaises et aux Français. Mais ça n'avait pas suffi pour pouvoir faire en sorte que cette disposition soit acceptée, d'un point de vue d'opinion, et l'immense majorité des Français, notamment ceux qui sont propriétaires d'une maison, rêvent d'avoir une piscine. Ils se disent, le président de
l
'Aplique, lui, peut s'offrir, sur nos propres deniers, une piscine. Donc, on est face à un registre où ce n
'est
pas forcément uniquement est-ce que ça va être de l'espace public, est-ce que c'est de
l
'espace privé, ou est-ce qu'on est dans un entre-deux, où, globalement, on ne sait pas dans quelle mesure les responsables politiques vont pouvoir profiter de leur position institutionnelle. 7 points de moins de confiance à l'égard du président de
l
'Aplique en un mois, c'est la plus forte baisse qu'a connu le président dans une période aussi resserrée au cours de ce quinquennat. Sur donc des accusations de profiter de
l
'argent du contribuable
pour
bien vivre. Absolument. Olivier Beaumont, il
y
a ce sondage. Alors, c'est un sondage, il faut que 77% des Français jugent inefficace
la
lutte contre la corruption des élus. C'est un mot très fort quand même, la corruption des élus. Vous trouvez qu'ils sont sévères, les Français, ou ils font bien d'être vigilants à l'égard du comportement de ces élus qui en profiteraient
? Vous les connaissez bien ? C
'est sévère, c'est
un
petit peu fantasmé. Pour beaucoup, ils les fréquentaient aussi dans le cadre de ma profession. On voit aussi quand même que, naturellement, le niveau de vie général, j'ai envie de dire, des ministres, il est quand même revenu à quelque chose de plus rationnel. On le voit quand on peut déjeuner parfois avec eux, même dans les ministères. Honnêtement,
je
n
'ai
pas le souvenir de repas comme ça qui soient vraiment dispendieux. En plus, maintenant, ils ne boivent quasiment plus d'alcool le midi. C'est de l'eau pétillante très généralement. Et les budgets sont quand même vraiment très serrés. Maintenant, globalement, pour un déjeuner, la cote part, c'est environ entre 8 et 10 euros. C'est ce que ça doit coûter par personne, par tête de pipe, pour le chef cuisinier. Donc, il doit s'adapter avec ce genre de choses. Donc, oui, le jugement, il est sévère. Et c'est ça aussi qui risque aussi de causer, peut-être, on va le voir au moment des élections municipales. Moi, je vous fais le pari, il y avait déjà un sondage qui est sorti il
y
a quelques mois, où un maire sur deux disait qu
'il
ne voulait pas se représenter aussi pour ces choses-là. Parce qu'on voit que, quelque part, aujourd'hui, le faire de la politique, c'est galvaudé. C'est quelque chose, ça devient presque péjoratif. Donc, on est en train, quelque part, de dégoûter de la fonction du politique. Donc, ça devient très, très dangereux. C'est-à-dire que certains politiques vont dire, certaines personnalités qui envisageraient de se lancer en politique vont y renoncer en disant, moi, je n
'ai
pas envie de... Comme Marlène Schiappa ce matin, qui a dit, moi,
je
mange des... Dans mon ministère, on mange des nouilles. Elle a même donné le prix, je crois, à 1,70 € dans la grande distribution. Et ça arrive très régulièrement à Edouard Philippe de sortir de Matignon et d'aller se faire un jambon-beur au Bistro du Coin, rue de Varennes. Donc, c'est quelque chose qui est très, très régulier. Interroger les gens qui avaient dans le quartier, il le fait, il ne le fait pas tous les jours, mais ça lui arrive de le faire, très simplement.
J'ai envie de dire aussi, ce qui est terrible, quand même, c'est que cette fameuse circulaire du 24 mai 2017, elle précisait, en effet, déjà la séparation, le discernement entre, justement, les frais personnels et les frais professionnels et qu
'on
ne doit pas profiter pour soi-même ou pour les membres de sa propre famille. Et donc, les textes, ils sont là. Et c'est vrai que cette photo, ces photos de François de Rugy, on a envie de dire, ils ne
l
'ont jamais lu, cette circulaire, ce n
'est
pas possible. L'autre difficulté aussi, c'est la fameuse transparence sur les frais de représentation dans chaque ministère. Edouard Philippe a communiqué sur ce sujet-là en tout début d'année, en indiquant que les frais de représentation qui comprennent un petit peu tout, en fait, ce soit la réception d'un autre étranger, un point presse, donc c'est grosso modo,
c
'est 150 000 euros pour un ministre, 120 000 pour un ministre auprès d'un ministre et 120 000 et 100 000 pour un secrétaire d'État. Mais dans cette enveloppe-là, nous, on ne sait pas du tout comment c'est ventilé, c'est jamais communiqué, il paraît que c'est contrôlé, mais on ne sait pas exactement. Peut
-être
qu'un peu plus de transparence sur la dépense quotidienne, ça peut-être aussi, ça recollerait un petit peu l'opinion et les politiques. Philippe Moreau-Chevrolet, on parle depuis tout à l'heure du symbole du homard. Et donc, tout est né avec cette photo qui était une vieille photo qui datait de 2017. On n'a pas conscience des ravages que font aujourd'hui ces photos qu'on prend avec son téléphone portable.
Au
fond, tous les ministres, avec ces photos qu'il laisse sur Internet, ont derrière eux des bombes à retardement qui peuvent leur exposer à la figure et ils ne s'en rendent pas compte. Non, parce que c'est dans la culture d'Instagram, en l'occurrence, ou même de Facebook, de montrer qu'on passe un bon moment.
Donc
c'est dans la culture d'Instagram de
partager
des photos de homard parce que c'est ce qui va être liké le plus. Le problème, c'est que ça ne cadre pas du tout avec l'image qu'on a d'un homme politique aujourd'hui.
Enfin,
ça ne cadre plus. Ça a cadré une période. Donc c'est ça qui fait que la culture d'Instagram, elle va bien aux Instagrammeuses, aux Instagrammeurs, elle va bien aux influenceurs. Mais pour un politique, il ne peut pas rentrer dans le concours de « je suis bien, regardez, j'ai ma piscine, je suis… » Enfin, non, ce n
'est
pas possible. On ne peut pas aller là-dedans. Et là, à cette époque-là, peut-être qu
'ils
n'ont pas anticipé ces conséquences. Après, il y
a
une chose quand même. C'est que tout le monde fait des dîners d'influence à Paris. Donc il faut sortir d'une certaine hypocrisie.
Ce
qu'ils ont fait à l'hôtel de Lassé, c'est ce que font tous les politiques un peu ambitieux. On va mettre 10 personnes autour de la table, un chanteur, un musicien, etc. Et on va faire une soirée comme ça. Le truc,
c
'est qu'il va falloir le faire chez soi. C
'est
peut-être même encore plus sympathique que de le faire à l'hôtel de Lassé.
Ça
coûte un tout petit peu plus cher. Mais voilà, les hommes politiques doivent s'aligner là-dessus. Emmanuel Macron le faisait quand il était à Bercy pour faire son réseautage, justement, dans la perspective de la campagne présidentielle. quand il dit « je paye pour les autres ». Je paye
même pour le comportement d'Emmanuel Macron. On est entièrement d'accord, mais il faut
bien que quelqu'un paye pour démarrer. C'est lui, ce n
'est
pas de chance. Quelque part, c'est injuste dans sa logique à lui. Mais du point de vue des Français, c'est bien qu
'il
y
ait
quelqu'un qui commence à payer. C'est triste, quelque part, qu'on en soit là, démocratiquement. Peut-être qu
'il n
'y
aura
pas eu la photo qu'on a vue tout à l'heure avec les homards qui ont été présentés par eux comme étant des homards géants. Peut-être que l'affaire de Rugy aurait été beaucoup moins importante d'un point de vue et d'un point de vue d'opinion.
Il
y a aussi parfois la force de l'image, la force du symbole, la force d'un événement. À un moment, qui est un moment donné, vous l'avez rappelé, on est dans une suite du contexte des Gilets jaunes. On est dans un moment où les Français sont interrogatifs autour de la politique en faveur de l'écologie et de l'environnement, face à un ministre qui n'était pas forcément le ministre et qui, si vous permettez l'expression, imprimait le plus d'un point de vue d'opinion. Et donc tout ceci conjugué fait que dans un moment en plus où l'actualité est relativement faible, ça prend une résonance, ce
qui
est une résonance particulière, sachant qu'effectivement, il y
a
des critiques qui ont été effectuées, des papiers qui ont été écrits sur la manière dont d'autres acteurs, dont l'actuel président de la République, lorsqu'il était ministre de l'Économie, pouvaient abercir, recevoir des personnes qui n'étaient pas forcément le strict milieu politique ou entrepreneurial. Mais sur ces photos, Soazie Kémé, quand on rencontre un ministre ou un de ses conseillers, on prend des notes, on prend aussi des photos maintenant, on dit tiens, ça c'est joli, etc. dans un ministère
?
Non, non,
non. Et on va un
jour vous demander de ranger votre téléphone portable avec l'interdiction de le sortir ?
Non, mais là, la clé visiblement de l'histoire, en tout cas, c'est ce que dit Séverine de Rugy et c'est ce qu'on comprend aussi en lisant les articles de Mediapart, on est sur un cercle amical. Donc là, ce ne
sont
pas des journalistes qui prennent les photos, c'est-à-dire, ou bien c'est peut-être des journalistes amis, je ne sais pas, mais en tout cas, là, on est dans un cercle de confiance,
c
'est-à-dire qu
'on
n'est pas dans un... Quand on rencontre des politiques, on est dans un cercle professionnel, c'est-à-dire que tout le monde a son carnet sur la table et d'ailleurs, les gens ne pensent pas à déjeuner, ils pensent plutôt à écrire ce que l'homme politique ou la personnalité est en train de dire. ce n
'est
pas
du tout... Un dîner d'abord.
Là, on est en train de parler d'un dîner, on est en train de parler de photos qui, visiblement, étaient prises par des amis, donc on n'est pas du tout dans ce cadre-là.
Alors, François de Rugy n'est pas le premier homme politique épinglé par Mediapart. Depuis 20 ans que le site d'information existe, plusieurs responsables publics ont été contraints à la démission. Pour son fondateur, Edoui Plenel, ces révélations font partie du intégrante du travail de journaliste, Julien Lhoné et Dominique Lemarchand.
La
semaine dernière, lors de la passation de pouvoir, François de Rugy ne cachait pas son amertume. Une vie d'engagement ne se résume pas à quelques images, déclarait le ministre démissionnaire.
Les
jours passent et la colère ne retombe pas dans son collimateur Mediapart et ce qu'il appelle le journalisme de démolition.
On
ne s'empare pas d'un sujet, on s'empare d'une cible et la cible, on la crible de flèches et on essaye qu'un jour, la flèche passe par la meurtrière et qu'elle finisse par atteindre la cible qui est visée.
C'était
moi comme ça pourrait être quelqu'un d'autre
demain comme ça a été d'autres personnes.
Oui, car il n'y aurait jamais dû y avoir d'affaire de Rugy
et
en revanche, aujourd'hui, c'est sûr, il y a une affaire Mediapart. Et d'ailleurs, cette affaire se réglera au tribunal car j'ai déjà porté plainte la semaine dernière. La riposte d'un homme épinglé pour son train de vie et l'utilisation de l'argent public. Qu'il est loin, le temps où François de Rugy vantait les mérites du site comme en avril 2012.
Fillon qualifie Mediapart d'officine financée par de riches amis de Hollande. Même Fillon persénaire, insulte à la presse.
Et
désormais, François de Rugy considère que le but de Mediapart est de couper la tête à ceux qui gouvernent. Pointé du doigt, Edoui Plenel balaye la critique d'un revers de main, préférant se focaliser sur sa mission d'informer.
Le
journalisme que pratique Mediapart est un journalisme de construction.
Nous
sommes attachés à la vitalité de la démocratie. À
la
démocratie comme respect de l'égalité des droits.
L
'égalité devant l'impôt, l'égalité devant la justice, l'égalité devant le droit commun.
Nous
sommes au service de ce principe-là. Et c'est ce que nous illustrons. La meilleure preuve, encore une fois, c'est que dans cette affaire, le cas Rugy, nous faisons avancer la question d'un meilleur contrôle de l'usage privé par les élus, par les ministres, des moyens qui sont mis à leur service par la République.
Toute
la lumière sur certaines pratiques, jusqu'à en faire le feuilleton de l'été en multipliant les articles. De quoi mettre la pression sur l'exécutif, mais le chef de l'État n'a pas voulu y céder.
Moi, je ne prends pas de décision sur la base de révélations,
mais
de faits.
Il
y a encore dans notre pays
le
respect de la personne individuelle, des droits de la défense
et
de la possibilité de répondre. Sinon,
ça
devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, je dise deux choses sur vous, sur n'importe qui,
et ça
devient les 10 petits nègres.
Faire trembler la République, Mediapart en a fait une marque de fabrique dès son lancement 2008.
La
presse quotidienne, dans la presse papier, c'est un séisme ce qu'il se passe. Jamais on n
'a
vu autant de plans sociaux, autant de plans de cession et autant de liens entre les propriétaires, l'oligarchie qui est au cœur de ce système et l'actuel
pouvoir
politique. Mediapart, incarnation du contre-pouvoir et spécialiste des enquêtes potentiellement lourdes de conséquences. En 2013, c'est Jérôme Cahuzat qui jette l'éponge. Les méthodes d'investigation peuvent déplaire.
Dans
l'affaire Bettencourt, premier gros coup du site en 2010,
la droite crée au scandale.
Ce
qui se passe, c'est que Mediapart n'a pas pratiqué un journalisme d'investigation, ils ont pratiqué un journalisme de calomnie. Il n'y
a
pas eu de confrontation des sources ni de vérification.
Il
y a eu une manipulation des propos et visiblement, la démarche n'était pas une recherche de la vérité mais une volonté de déformer.
Ce sentiment d'exaspération s'exprime aussi à gauche.
Mediapart est en quelque sorte une officine de la police et des juges. Mais vous avez tous compris, c'est du donnant-donnant.
Mediapart ne fait pas l'unanimité mais il a de plus en plus d'abonnés et en revendique plus de 165 000.
Il fonctionne pour plusieurs raisons. D'une part, il y
a
une méfiance de beaucoup de gens de l'information venant du service public ou venant de sites qui sont rémunérés par des grandes puissances d'argent. Donc, Mediapart semble plus indépendant que d'autres sites.
Ce positionnement de Mediapart attire aussi bien les lecteurs que les ennuis. Plus de 150 procédures judiciaires depuis ses débuts et quelques condamnations pour diffamation notamment.
Alors,
question téléspectateurs. En choisissant leurs victimes, ces journaux ne sont-ils pas partiaux ? Soisic-MNR ?
Je ne
pense
pas qu'il y
ait
du tout de choix d'enquêter sur qui que ce soit.
C
'est-à-dire qu'au départ,
il
y a une information en général, c'est toujours comme ça que ça se passe. C'est-à
-dire
que par le réseau, par les connaissances, il y a une information qui arrive dans un journal ou un média et elle est vérifiée tout simplement. Et le travail commence et la pelote se déroule. Donc, il n
'y a
pas le choix. Ce n
'est
pas un matin un journaliste qui dit « Qu'est-ce que je vais pouvoir faire à François de Rugy ? » Ce n
'est
pas comme ça que ça fonctionne. Il se passe quelque chose. On m
'a
dit que le journalisme, ce n
'est
pas des rumeurs. Donc, le journaliste vérifie.
C
'est comme ça que le travail se
fait. Comment ces
informations arrivent-elles sur le bureau de Mediapart ? Quelles sont les sources ? Est-ce que ce ne sont pas des personnes qui auraient intérêt à faire tomber François de Rugy
?
Pour ce qui est de Mediapart, je n'en sais
rien. En tout cas, ce
que je peux vous dire globalement, c'est qu'un journaliste, quand il a une source, il a le devoir évidemment de questionner d'où ça vient, pourquoi ça vient. C'est les premières questions que tout le monde se pose, effectivement. Mais s'il
y
a un fait et qu
'il
y
a
un fait avéré, le journaliste aussi le fasse à sa conscience. Est-ce que ce fait doit être révélé ou est-ce qu
'il
ne doit pas être révélé ? Le journalisme, ce n
'est
pas une science exacte. C'est en permanence, justement, de juger entre le travail qui a été effectué, la pertinence de la source, recouper les informations. Ça prend énormément de
temps.
Moi, je ne suis pas journaliste d'investigation, mais les journalistes d'investigation, des enquêtes,
ça
peut prendre, je ne sais pas combien de temps ça a pris, très grosses affaires.
Alors,
Olivier Beaumont, il
y
a une autre critique qui est faite, c
'est
le feuilletonnage. C
'est
-à
-dire
qu'on va distiller un petit peu comme un supplice chinoise les balles qu'on a contre une personne pour que si elle tente de se
relever, bam,
on lui envoie une deuxième balle.
On l'a
découvert au moment de l'affaire Fillon en 2017, où en effet, entre le canard enchaîné et puis différents médias, il y avait ce feuilletonnage quasiment jour pour jour. Mais là, pour le coup, ça a duré bien plus longtemps qu'une semaine et demie à l'époque pour François Fillon. Il
y a une intention de nuire, là.
Il y a une intention, en tout cas, de s'adapter aujourd'hui à la communication politique telle qu'elle est. C'est-à-dire que les hommes politiques, ils sont entourés de conseillers en communication, d'avocats, de collaborateurs, toute une armée, un bataillon comme ça qui peut très vite riposter sur les réseaux sociaux, dans les grands médias, auprès de l'opinion pour défendre l'homme politique. Donc, quelque part, avec cette petite carotte du feuilletonnage, cette petite menace, en effet, c'est une façon d'avertir aussi le politique sur le fait que, attention, mais on en a encore sous le bras.
Donc, c'est une façon aussi, Mediapart, avec ses petits moyens, quelque part, de s'adapter à ces grosses machines, finalement, que sont les politiques et leur mode de communication actuel. Juste pour revenir sur la question précédente aussi, on ne
peut
pas suspecter Mediapart d'être non plus totalement partisan dans cette affaire, parce que, ça a été rappelé dans le sujet précédemment, on voit que sur les 10-15 dernières années, c'est un petit peu les hommes et les femmes politiques de tous les bords politiques qui ont été attaqués. Mediapart, c'est un site d'information, d'investigation, qui
a
un modèle économique qui est très fragile, puisqu'il ne vit pas de la publicité, il vit des abonnements et donc, son fonds de commerce, c'est la révélation, c'est l'investigation et donc, pour appâter ou pour faire venir de nouveaux lecteurs, il leur faut nourrir le site et le feuilletonnage, on revient aussi là-dessus, ça permet aussi, économiquement, de faire vivre
une affaire
sur plusieurs jours. Philippe Moreau-Chevrolet, Olivier Beaumont nous dit feuilletonner, c'est une façon de se muscler face à ces hommes politiques qui sont bardés de communiquer. Alors ça, on ne le sait pas vraiment, mais en fait, il n
'est
pas seul, François Derugy, il est entouré de gens comme vous, qui sont des spécialistes de la communication et qui sauraient, et qui savent, et qui peuvent faire dégonfler les informations qui vous tombent des journalistes. L'exemple de Derugy est mauvais parce que Derugy, non, il n'est pas entouré, il n'écoute pas ses conseillers, il est
assez réputé pour ça. Et
ça, effectivement, ça ne marche pas. Oui, normalement, il y a une professionnalisation de l'image. Pourquoi ? Parce qu'il y a une multiplication du nombre de supports, il y a énormément de sollicitations de presse tout le temps, et puis quand une crise arrive, aujourd'hui, il y a effectivement ce phénomène de feuilleton
qui
fait que, si on réagit mal au départ, on ne peut plus se relever. Et on est détruit politiquement et ça peut arriver en 24 heures. Regardez François Fillon, déclenchement de l'affaire, il réagit mal, il attaque la presse sous azimut, il est dans le déni total, il s'est fait détruire, mais ça a duré 48 heures. Au bout de 48 heures, c'était déjà terminé. Pour l'opinion, il était coupable, c'était fini, la campagne était terminée. Donc c'est tellement prégnant,
c
'est tellement fort que oui, il faut se muscler en face. Les politiques sont aussi là pour essayer de gouverner dans la durée. S'ils tombent à la moindre affaire, à la moindre problème, on n'a plus de gouvernement.
Il
faut quand même, quand Macron dit l'idée des petits nègres,
c
'est exactement ça ce qu'il a déjà perdu beaucoup de ministres dans cette histoire. La meilleure solution, vraiment la meilleure, c'est un système à l'américaine.
Le
système à l'américaine, avant de nommer quelqu'un, vous vérifiez que ça va bien. Et quand il est nommé, vous le mettez sous pression pour que ça continue à aller bien. Tony Blair a su le faire pendant 10 ans quand il était Premier ministre britannique parce qu'il avait Alastair Campbell qui était son conseiller en com' qui terrifiait littéralement les ministres et qui faisait en sorte que ça fonctionne. Il y a eu beaucoup de scandales quand même, il y en a eu moins. Il faut une discipline, il faut quelque chose de très professionnel. Là, en France, on est à mi-chemin entre deux cultures, donc on a des deux rugies.
Et s'il avait écouté son entourage, je pense qu'il ne serait pas là où il est, il serait mieux. Mais ils sont excessivement conseillés avec des communicants pour réagir face à ce genre de...
En
France, honnêtement, c'est
à
mi-chemin.
C
'est amateur. C'est que les politiques n'écoutent pas parce qu'ils pensent qu'ils sont toujours leurs meilleurs communicants. Parfois,
c'est vrai. Il faut
se méfier des communicants Je vais vous dire ce qu'est un communicant politique. C'est l'esclave sur le char. L'esclave sur le char pendant le triomphe de l'empereur romain, il y disait rappelle-toi que tu es mortel. Un communicant, il est là pour dire à
l
'homme politique rappelle-toi que tu es élu. Rappelle-toi que tu peux... Il est là pour le dégriser. Il est là pour le dégriser. Ça, c'est notre vraie valeur ajoutée. Tout le reste, voilà. Jean-Daniel Lévy, ce qu'a reproché aussi François de Rugy hier, c'est ce côté meute parce que c'est vrai, les journalistes se recopient entre eux, une info est reprise dans un autre journaux. Et ça,
c
'est pour le coup, c'est vrai. Tout le monde a matraqué sur les homards de l'affaire de Rugy, ce qui peut lui donner l'impression, sans être paranoïaque, que tout le monde lui en veut, que toute la presse lui en veut. Oui, après, il peut se demander s'il arrive à avoir des amis, des supports et que parfois, lorsqu'on est en difficulté, on
n'est
pas forcément soi-même son propre vecteur ou son propre avocat en capacité de pouvoir se défendre, mais il
peut
y avoir également des soutiens complémentaires. Ce qui est intéressant dans l'affaire de Rugy, c'est que quand on a essayé de regarder la galaxie, qui peut être la galaxie des proches d'Emmanuel Macron, qui aurait pu être en soutien à l'égard du ministre, qu'on a vu peu de personnes sortir du bois, et on a même vu Benjamin Griveaux qui a, on va dire, relativement critiqué la posture de celui qui était encore ministre. Donc il
y
a cette attitude-là aussi qui est perçue de la part des Français et des Français, c'est-à
-dire
qu'il peut y avoir des critiques qui peuvent être effectuées de la part de journalistes, il peut y avoir une grille de lecture qui est une grille de lecture assez unanime de la part de la presse d'un point de vue général, mais que celle-ci peut être contrebalancée. Là, il n
'y
a pas eu ce mouvement de contrebalancier ou en tout cas d'expression ou de soutien fort de la part du Premier ministre, de la part du président actuel de l'Assemblée nationale, voire même d'autres ministres ou d'autres parlementaires. Donc on a eu une personnalité seule face, effectivement, à une critique qui a pu être rémise. Ce qui est intéressant, si vous permettez juste là-dessus, c'est que parfois, les premiers mots, les premières images peuvent également porter un peu la nature du débat.
La manière dont Mediapart a parlé, Léomar, parler d'Omar géant en tant que tel, une photographie qui était présente, tout ceci a fait en sorte que par la suite, en fait, quand on a écouté les prises de parole et même la manière dont le journaliste pouvait restituer de manière le plus factuelle possible l'affaire, ces termes-là étaient là et donc ils ont fortement ancré les représentations.
–
Soisic et Ménère, Edoui Plenel dit « Mais moi, très bien, qu
'on
m'attaque, etc. » Les journalistes, ils font quand même attention à ce qu'ils écrivent parce qu'ils se savent susceptibles d'être très devant les tribunaux. Ça vous arrive souvent et les journalistes sont souvent condamnés et on fait très attention à ça parce que quand deux, trois fois on est condamné, à la fin, on perd son boulot ?
–
Non mais c'est évidemment quelque chose auquel les journalistes font toujours très attention. D'ailleurs, quand on écrit un article qui peut porter question ou quand on écrit un livre qui peut porter question, c'est relu par des avocats.
C
'est-à-dire qu'il
y
a toujours la volonté de faire très attention et de ne
pas
être dans la diffamation. Donc il faut savoir trouver le chemin pour dire les choses mais pour dire les choses sans être, sans dépasser les clous.
Et
d'ailleurs, ça arrive assez fréquemment, effectivement, il y
a
des audiences très souvent au tribunal de Paris en correctionnel de diffamation, bien sûr. D'ailleurs, souvenez-vous, il y avait une affaire qui est maintenant célèbre qui mettait aux prises Gérard Davé, Fabrice Lhomme, les deux journalistes du Monde qui avaient révélé une rencontre entre François Fillon et Jean-Pierre Jouillet qui était à l'époque à l'Élysée où il aurait dit à Nicolas Sarkozy qu'il fallait accélérer les procédures sur Nicolas Sarkozy. Donc il y avait eu un procès en diffamation qui avait d'ailleurs été très mouvementé. j'y avais assisté et c'était effectivement toute la question de savoir ce qu'on peut écrire jusqu'à quel point et quelle est la couverture juridique.
Mais les étudiants en école de journalisme, ils sont tous envoyés au tribunal pour voir comment ça se passe. C'est la première chose qu'on met dans la tête des étudiants en journalisme.
Faites attention à
ce
que vous écrivez parce que, voilà, donc Mediapart en l'occurrence, ça va être jugé puisque là, il a porté plainte pour diffamation.
Je
reviens juste sur le feuilletonnage et le travail de la presse. C'est aussi parce que les politiques donnent du gras à mou très vite. Pour revenir juste sur le tout début de la séquence, quand les photos sont publiées, tout de suite, dans l'opinion, ça percute et ça s'emballe. Il faut voir comment ça se passe sur les réseaux sociaux, sur les comptes Facebook. Tout le monde relaie ses photos dans l'opinion. On est outré. Et je reviens pour preuve que dès le lendemain, en déplacement dans les Deux-Sèvres, François de Rugy, il a accueilli avec un homard géant gonflable. Donc tout de suite, dans l'opinion, ce sujet-là, il a percuté.
Et là aussi, il ajoute la dramaturgie puisqu'il annule ce déplacement en pleine journée. En tout cas, il le suspend pour
retourner en
urgence
auprès d'avoir Philippe.
Donc voilà, toute l'histoire, elle se construit comme ça aussi. Oui, mais Mediapart aurait pu, dans le premier article, lâcher toutes les infos qu'il avait plutôt
que les
lâcher au compte-gouttes.
Oui, mais ça, il n'y a que les journalistes de Mediapart qui pourraient répondre à cette question. Mais qui nous dit qu'ils avaient toutes les informations ? Parce que
ce qu
'on entend beaucoup, c'est que des informations sont venues après le limogesage de la directrice de cabinet de François de
Rugy. C'est-à-dire
que c'est à ce moment-là, parce que ça a choqué beaucoup, d'ailleurs, au sein du gouvernement, parce qu'elle a
été
très appréciée au sein du gouvernement, mais ça a choqué beaucoup de monde plus
largement. Après, les langues de délits et vos ennuis
donnent des biscuits. Notamment celle sur l'IRFM qui arrive quelques jours après, en effet, et qui a priori est une information que Mediapart n
'avait pas au début. La directrice de
cabinet, c'était vraiment très mal à droit parce que lui-même, on s'interrogeait sur le fait qu'il allait ou pas devoir démissionner et Limoges, c
'est
la directrice de cabinet. Donc, on a envie de penser qu'il a fait payer un lampiste.
C'est
ce qu'elle a dit. Il a offert ma tête
pour sauver la sienne.
Ça, c'est désastreux en termes de communication. Alors, arriverons-nous un jour en France à un système aussi rigoureux que celui des pays scandinaves. On cite très souvent l'exemple de la ministre suédoise Mona Saline, contrainte de démissionner à cause d'une barre chocolatée achetée sur les deniers publics. Retour sur cette affaire avec Myriam Zéard et Emilien David.
Avant
sa démission, pendant des jours, François de Rugy aura tenté de prouver sa bonne foi. Dans une interview donnée au JDD, le ministre lâchait même cette petite phrase.
Je
n'ai rien fait qui soit en dehors des clous. En France, le modèle n'est pas la barre chocolatée de la ministre suédoise.
Une référence
à un scandale emblématique qui a marqué les Suédois en 1995.
L'affaire dite du Toblerone. A
l'époque, Mona Saline, numéro 2 du gouvernement social-démocrate, pressentie pour devenir premier ministre, se voit contrainte de démissionner. Son crime, avoir réglé des achats privés avec sa carte de crédit de fonction. J'ai
acheté des couches-culottes, du Toblerone et un paquet de cigarettes.
Tout cela a été
remboursé.
Montant de la facture, 5 000 euros. Outre du chocolat, il y avait également des retraits d'argent. Ce faux pas a coûté 10 ans de traverser du désert à la ministre. Preuve qu'on ne plaisante pas avec la transparence et la morale en politique en Suède. Dans ce pays scandinave, à part le premier ministre, les élus ne bénéficient pas de voitures de fonction ni de logement, sauf s'ils habitent à plus de 50 km du Parlement. Employer un membre de la famille n'est pas interdit mais déconseillé. Enfin, un député doit rendre des comptes pour chaque couronne dépensée. Sa situation fiscale doit être connue.
S
'il en fait la demande,
chaque
citoyen
peut
même consulter les factures des responsables politiques au nom du principe de transparence instauré en 1766. Bonjour, j'ai demandé à voir les factures de voyage de Gunilla Carlson. Elles doivent être prêtes.
Cette journaliste examine les frais d'une élue.
Et
ici, c'est normal.
Ici, par exemple, sur les factures de
ce
voyage à Prague,
on
voit que la ministre a
payé
85 euros pour une nuit
d
'hôtel. ce qui n'est vraiment pas spectaculaire. En fait, je vérifie surtout s'il n'y
a
pas de dépenses personnelles qui auraient été payées avec l'argent du ministère.
Et
si ça va, il n
'y a
pas de minibar.
Pas
de minibar aussi chez les voisins danois
qui
seraient les champions du monde de la transparence selon une étude récente.
Ici, les parlementaires se doivent d'être exemplaires.
Ce
n'est pas obligatoire, mais cet ancien ministre et chef de file de la gauche a décidé de mettre en
ligne les dépenses et rémunérations perçues dans le cadre de sa mission d'élu.
Ce que vous voyez ici, c'est une rémunération pour l'émission télé à laquelle je participe. Et ça,
c
'est mon appartement que je loue à ma fille. Et là, c'est un voyage non officiel au Kurdistan irakien.
une transparence totale donc, due à l'héritage culturel de ces pays du Nord.
Ce
devoir d'exemplarité, il vient d'une culture ancienne, d'une culture protestante qui est finalement infusée, qui s'est infusée dans les institutions et ça a induit un certain nombre de choses, notamment une très grande probité vis-à-vis de soi-même. Une probité que souhaitent également les Français, selon cette chercheuse.
On prend souvent en exemple, nous les Français qui sommes quand même très exigeants, les pays du Nord, mais finalement, c'est une culture qu'on a déjà, qui remonte aux philosophes des Lumières comme Jean-Jacques Rousseau et qu'on a peut-être eu le sentiment qu'on a eu du temps à mettre en place mais qui finalement est très prégnante et d'ailleurs, ça se voit dans la culture française puisque c'est quelque chose qu'on réclame, donc c
'est
quelque chose qu'on connaît, auquel on aspire et quand on regarde les mesures dans le détail des différentes lois qui ont été adoptées depuis 2013 et même avant, on se rend bien compte que c'est quelque chose qui est déjà applicable.
Et
malgré la création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, la France a encore du chemin à parcourir. Selon la plateforme d'information Arcadie, en janvier dernier, seuls 61 députés sur 577 étaient totalement en règle quant à leur déclaration d'intérêt.
Olivier
Beaumont, alors est-ce qu'on va vers ça, vers une République scandinave à la Scandinave ? Est-ce qu'on n'est pas attachés aussi aux ors de la République ?
Bien
sûr, je pense qu'on est attachés aux ors de la République, ça fait partie de l'image de la France, les bonnes tables, le décorum aussi.
Je
ne sais pas si on ira un jour jusqu'au modèle scandinave parce que c'est vraiment très culturel et c'est inscrit, en effet, ça a été rappelé dans ce sujet dans la Constitution de 1766. Donc,
on
y va quand même doucement. On a vu ces dernières années, il
y
a
eu
la réforme de l'IRFM, on l'a vu, sur les frais de mandat des parlementaires qui maintenant sont obligés quand même de justifier, alors qu'avant, c'était très opaque, c'était une enveloppe générale. Finalement, les députés disposaient comme ils le voulaient de cette enveloppe qui est de 5 000, 6 000 euros. On voit aussi maintenant que les ministres, avant d'être ministre, justement, leur patrimoine était pluché au peigne fin par cette fameuse haute autorité pour la transparence qui pose aussi un sujet parce qu'on voit dans les nominations, maintenant, c'est beaucoup plus long qu'auparavant.
Avant, on pouvait faire une nomination en quelques heures, maintenant, souvent, ça prend 10 jours quand il y
a
un remaniement. Je sais aussi que certaines personnes qui avaient été approchées, notamment dans le cas des néo-remaniements du gouvernement des Orphilippe, ont parfois refusé, justement, quand ils ont commencé un peu à fouiner dans leur patrimoine, ils n
'ont
pas forcément envie qu'on sache qu'ils sont propriétaires d'un certain nombre de parcelles de terre quelque part en France ou qu'ils ont une résidence secondaire en bord de mer, même s'ils n'ont absolument rien à se reprocher, c'est leur patrimoine, ils ont travaillé pour l'avoir, ils en ont hérité, mais ils n
'ont
pas forcément envie que ça se sache comme ça et qu'on soit vilipendé ou agressé sur les eaux sociaux aussi. Il y a ce phénomène-là aussi en France où la
réussite
est
parfois
plus jalousée aussi par l'opinion, donc c'est très compliqué. Et puis, voilà, ce ne
sont
pas les mêmes références culturelles. Les porcelaines, toute la vaisselle de l'Elysée a été remplacée, la vaisselle de la manufacture de Sèvres il y a un an, il y a un patrimoine, il
y a
un savoir-faire aussi qu'on entretient et quand les responsables étrangers sont reçus, voilà, il
y a
aussi une fierté, il faut le dire, pour les Français de présenter comme ça ce lustre, ces ors qui appartiennent à notre patrimoine et à notre histoire.
On
n
'a
pas envie du plateau repas avec un bout de gouda encore pour recevoir les chefs d'État étrangers. Mais sois-y de Kemener, ça veut dire qu'autrefois les meilleurs qui sortaient de l'ENA ou des grandes écoles, très souvent, ils allaient en politique. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut imaginer que face à cette austérité maintenant attachée à la vie politique, certains pourraient être tentés de dire, je vais aller pantoufler dans les entreprises du CAC 40, finalement, je gagnerai ma vie et personne ne viendrait aller regarder si j
'ai
un 4x4 ou une résidence en Corse.
Oui, mais ce serait une façon de dire que les élus ne veulent être élus que pour ça. Moi, je pense que quand il y a des abus, c'est plutôt un glissement, c'est-à-dire un élu qui a voulu être élu et qui a voulu représenter les Français et qui a voulu porter des politiques publiques et puis qui se retrouve dans cet apparat et sa tête tourne. Je pense, j'ai du mal à imaginer, je ne connais pas en tout cas des élus, des prétendants élus et qui se disent je vais être élu et je vais pouvoir bénéficier.
Non, ça vient beaucoup plus insidieusement que ça, c'est au fil du temps et d'ailleurs, on voit bien l'histoire, vous vous rappeliez tout à l'heure l'histoire politique de François de Rugy, c'est l'histoire de frustration, c'est
-à
-dire, c'est quelle est frustration politique, j'entends, c'est
-à
-dire que c'est quelqu'un qui aurait voulu être ministre sous François Hollande, de la gauche qui fait un petit score même s'il acquiert une petite notoriété et qui se dit il va se passer quelque chose pour moi en Macronie et il devient président de l'Assemblée nationale, ce qui est un des postes les plus importants de notre République. Donc, je pense qu'il faut faire attention à ça,
je
pense qu'il ne faut absolument pas verser dans le tous pourris et tous envie d'être des profiteurs. Non,
ce
n
'est
pas ça, il faut juste qu'il y
ait
simplement des garde-fous et justement, vous parliez tout à l'heure du modèle scandinave, je voulais quand même attirer votre attention sur la Norvège, on n
'a
pas parlé de la Norvège ou le fisc norvégien mais sur son site les données clés de tous les contribuables. Est-ce qu'on a envie nous d'arriver à ça
? Oui, pas forcément. Philippe Moreau-Chevrolet, il y a cette austérité dans le style de vie mais même dans l'affichage, on sait qu'Emmanuel Macron il allait au ski, il aime ça, et bien là, il n
'y
va plus. Est-ce que la vie privée devient impossible quand on est aujourd'hui un homme public ? Et je dis ça parce qu'Edouard Philippe paraît presque subversif, il ne veut pas dire où il va passer ses vacances. Là, il va passer ses vacances, il dit, écoutez, c
'est
ma vie privée et du coup, ça le rend suspect, on a presque l'impression. Ça le rend suspect, ça veut dire que tous les journalistes politiques vont essayer de deviner où il passe ses vacances. C'est un sport national.
On n'a plus de vie privée
maintenant. Non, il n
'y a
plus de vie privée, il n'y
en
a plus, il n'y
en
a pas pour les hommes politiques, il n'y
en
a pas pour les principaux hommes politiques, il n'y
en
a plus pour les présidents de la République. Il n'y a plus de vie privée. C'est la donnée de base. C'est déjà le cas, c'était déjà le cas un peu sous Mitterrand. Mitterrand était obligé de se cacher, il y arrivait encore pour aller voir
les bouquinistes. Il y avait des
semaines.
Il y avait aussi
des maîtresses, il y avait autre chose, mais on va dire les bouquinistes, il s'échappait de sa garde et il s'échappait de l'Elysée parce qu'il aimait bien aller lire des vieux bouquins. Bon, très bien. C'était encore possible aujourd'hui, ça ne l'est plus parce que tout le monde vous surveille tout le temps.
Il
y
a
même eu un drone qui a pris des photos une fois dans la cour de l'Elysée. Donc, ce n
'est
pas des choses qui sont complètement… Ça n'est plus possible de cacher sa vie au fond. Il faut accepter ça parce que tout fait sens. Aux États-Unis, quand le chef
de l'État… Ça devient un
sacerdoce, pardonnez-moi.
Oui, ça
devient… Mais il faut que ça en soit un pour l'opinion et le jour où ça redeviendra un sacerdoce, on retrouvera peut-être une connexion avec les Français.
C
'est ça qu'il y
a
quand même de l'esprit. Obama, quand il partait en vacances, il y avait un point presse tous les jours C'était comme ça. Est-ce que c'est plus mal ? Je ne
sais
pas. Mais ça évite que, comme en France, on soit en train de chasser le Édouard Philippe pendant les vacances. Ce que peut-être vous ferez autour de cette table, mais ce qui vous malmettrait n
'est
pas une activité très épanouissante. Allez, tout de suite, on passe à vos questions. Alors, un employé lambda pris en train de voler une pomme, est-ce qu'on lui laisse la possibilité de rembourser pour se dédouaner, de rembourser la pomme ? C'est vrai que, Sozique Eménère, il a dit, bon, si j'ai fauté, je rembourserai les trois fameux dîners qui me sont reprochés.
Mais c'est pour ça que cette affaire a une telle résonance dans l'opinion. Alors, on voit, c'est intéressant, pas dans les sondages de popularité d'Emmanuel Macron, ils ont réussi à circonscrire.
C
'est vraiment une affaire de Rugy. Mais effectivement...
Ils ont
bien géré, donc, le gouvernement.
Oui, parce qu'ils ont réagi très vite, en convoquant notamment François de Rugy le jeudi, donc au lendemain des révélations. Mais effectivement, c'est toujours le deux poids,
deux
mesures qui n'est pas acceptées et qui est difficilement audible. Alors, ce qu'il faut savoir, si on fait bien la différence,
c
'est-à
-dire
que voler une pomme, c'est totalement illégal. Tandis que ce qu'a fait François de Rugy, c'est dans la zone grise. C'est pour ça qu'il y
a
besoin de définition et de garde-fou de ce qu'est cette zone grise.
Quel est le rôle exact joué par sa femme ? C'est vrai qu'il a beaucoup dit hier que sa femme avait été énormément accusée, qu'elle en avait souffert. Et c'est vrai qu'on a dit que c'était des amis de sa femme qui avaient participé à ces fameux dîners qui lui étaient reprochés. Oui,
parce
que même elle, dans les questions, elle a été interrogée par Mediapart, elle a reconnu auprès de Mediapart que ces dîners avaient un caractère amical.
Et
qu
'elle lui passait
un filtre amical.
Elle lui sélectionnait ses amis. C
'était des invités qui faisaient partie plutôt de son réseau à elle que de son réseau à lui de prime abord.
Donc,
bien sûr, elle est... Et puis, François de Rugy, enfin, le couple de Rugy,
c
'est quand même beaucoup mis en scène, quelque part, depuis qu'il est entré au gouvernement. Voilà, ils sont un peu people, quelque part. François
de Rugy a
dit, il a affirmé que ces photos avaient été diffusées par une amie de sa femme qui voulait se venger. Oui, mais ça, c'est une erreur fondamentale parce qu
'en effet, on
parlait de ce fameux dîner amical mais qui se fait quand même sous les heures de la République à partir du moment où même des amis, on est ministre, on est dans son ministère, on nous prend en photo, c'est une grenade dégoupillée. Donc, ils se sont laissés prendre à un jeu quand même très risqué. Y aura-t-il une enquête menée par une commission indépendante ? Puisque là, les deux enquêtes ont été menées par des commissions internes, l'une au gouvernement et l'autre à l'Assemblée nationale. Il n
'y
aura pas d'enquête judiciaire ? La boucle est bouclée. C'est avec ces deux enquêtes, on peut encore revenir dessus. Certains considèrent qu'elles ne sont pas d'une probabilité absolue. On ne saura jamais. Ce qui est sûr, c'est que le secrétaire général de l'Assemblée nationale n'a pas ce pouvoir de police donc il n
'a
pas pu convoquer les fameuses personnes qui ont participé à ces dîners. Donc, maintenant, si enquête suivante il y aurait pu y avoir, c'est enquête judiciaire. Mais comme sur le plan judiciaire, il n
'y a
rien à reprocher pour le moment sur ces deux volets-là,
on
n
'est
pas sûr qu'il y
ait
autre enquête. Alors justement, Blanchy, je n'y crois pas vraiment. qui avait été qualifié de social à Nantes et des cotisations versées à Europe Écologie Les Verts.
Ces
deux affaires, où en sont-elles ? Elles se sont dégonflées.
Alors, sur le logement à vocation sociale, François De Rugy a répondu qu'il n'était pas au courant, qu
'il
ne savait pas et c'est possible.
Il était
victime. Donc, pour l'instant, on en est là en l'état. Et pour ce qui concerne les cotisations à ELV payées avec son indemnité de représentation, alors il dit qu'il a remboursé alors maintenant, toute la question est de savoir s'il l'a fait,
est
-ce que des documents vont être présentés pour dire qu'il a effectivement remboursé mais on en est là en tout cas à ce stade-là.
Et puis, il a remboursé en 2013-2014 et que, d'ailleurs, il a eu les papiers que lundi et que s'il les avait eus avant, il n'aurait peut-être pas démissionné.
Oui, alors
ce
qui est
un peu
dur à croire.
Ça peut potentiellement tomber aussi sur le sot de la prescription fiscale donc ça peut aussi très vite se dégonfler aussi. Où s'arrête la transparence et où commence La transparence des hommes politiques elle n'a par définition pas de limite parce qu'on a un problème de défiance.
C
'est-à
-dire
qu'on ne sait pas si on peut faire confiance aux hommes politiques donc on cherche toujours à montrer qu'ils sont incohérents c'est-à-dire qu'effectivement on perd la vertu comme De Rugy. On va toujours chercher la petite bête pour voir s'il ne nous raconte pas des histoires et là, en l'occurrence, il nous en racontait. Pardonnez-moi mais cette image qu'on a vue dans le reportage en Suède de cette dame qui regardait l'hôtel à 85 euros de la ministre à Prague. Il
n'y a pas du
voyeuriste
et où est-ce qu'elle va ? Je vais
vous dire quelle est la limite. Avec son argent privé il fait ce qu'il veut et on n
'a
pas besoin d'être au courant sauf si c'est de l'argent illégal mais voilà on n
'a
pas à être au courant. Si c'est de l'argent public on peut être comme cette dame en train de consulter le registre. Moi personnellement ça ne me choque pas du tout. C'est de
l
'argent public. Sur un autre registre quand on a vu les premières images de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni là c'était des images volées on s'en rappelle à Disneyland et il
n
'y
a
eu aucun impact sur l'expression qui était exprimée de la part des Françaises et des Français à l'égard du candidat à cette époque-là à l'élection du président de
la
République parce qu'en fait il y
avait
le sentiment qu'on avait soi-même cette action qui visait à voir derrière le trou de la serrure. En revanche lorsqu'il s'était exposé quelques semaines plus tard à Petra avec notamment le fils de Carla Bruni sur les épaules il a perdu 7 points de popularité en un mois. Pourquoi ? Parce qu'il y avait soit c
'est
la transparence soit c
'est
une exposition de manière un peu éhontée de ce que peut être un bonheur privé et une instrumentalisation. Donc parfois le regard entre voyeurisme et transparence peut être complètement inversé justement par rapport au regard et que les Français acceptent eux-mêmes d'être voyeurs et donc dans ce contexte-là de ne pas sanctionner politiquement ou d'un point de vue d'opinion les responsables politiques et en revanche lorsqu'elle a transparence au contraire est assez critique à l'égard des responsables politiques. François de Rugy ne ferait-il pas mieux de disparaître médiatiquement pendant un moment ? Sois-y Kéménère. Vous y croyez à son retour ou est-ce que le pouvoir est une drogue telle qu
'on
se voit toujours revenir ?
Oui,
alors c'est un grand classif et qu'effectivement il va revenir à l'Assemblée nationale au mois d'août il sera très intéressant enfin au début du mois de septembre pour la session mais il sera très intéressant de voir
comment Il va revenir en
tant
que
député
et donc
il va être très intéressant de voir comment il est accueilli par les marcheurs parce que vous le disiez tout à l'heure il a quand même été abandonné en race campagne regardez d'autres exemples de ministres qui ont pu avoir des interrogations ils ont été beaucoup plus soutenus que ne l'a été François de Rugy donc comment il va se resituer dans le dispositif politique de La République En Marche ça,
ça
va être très intéressant à regarder à observer et puis ensuite la vie est encore longue pour lui
Il
a quand même le sentiment d'avoir payé en effet pour tout le monde on l'a rappelé plusieurs fois à l
'heure
de cette émission mais il a été victime d'une fatwa contre lui on l'a vu il a des éléments déjà hier
soir Il va pouvoir chercher à
se venger Très probablement mais ce qui
est
c'est que son entourage
lui avait déconseillé
certains de ses collaborateurs lui avaient déconseillé de s'exprimer très vite hier soir sur France 2 plutôt d'attendre à la rentrée moi j'ai eu l'occasion de
l
'avoir au téléphone ces derniers jours il était vraiment dans la tonalité que celle qui était hier soir c'est-à-dire qu'il est remonté vraiment comme une pendule contre ce qui lui est arrivé et voilà donc la séquence de la rentrée va être très intéressante aussi de ce point de vue-là Il y a de la vertu dans le silence parfois Alors presse, réseaux sociaux, etc comment résister à la partialité de la justice populaire quand la justice officielle manque de moyens est-ce qu'on résiste à
une
justice populaire on n
'a
plus besoin de juges maintenant on vous règle votre compte avec une photo
et
deux, trois articles Aujourd'hui les zones politiques sont évaluées en temps réel tout le temps par le biais des sondages par le biais des réseaux sociaux donc oui on regarde en permanence c'est pas une tribunale populaire c'est juste qu'on est de plus en plus exigeants vis-à-vis des zones
politiques On
fait tomber en une semaine Parce qu'ils nous ont beaucoup déçus alors c'est comme un amour déçu après on fait plus attention
Toute
dernière question Sans ces scandales justifiés ou non la vie politique ce serait-elle mise toute seule sur la voie de la moralisation
?
Non, à chaque fois ce sont les scandales c'est l'affaire Cahuzac qui décide François Hollande à lancer une nouvelle procédure de contrôle là regardez une circulaire et puis une décision aussi du président de
l
'Assemblée nationale après cette affaire de RUG
Et bien voilà c'est la fin de cette émission merci beaucoup de l'avoir suivie elle sera rediffusée ce soir à 22h40 bonne soirée sur France 5
François De Rugy