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interviewyoutube.com· 5 avril 2018 28 min

Le grand entretien avec Edouard Philippe

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Le 7-9 de France Inter, première matinale de France, à suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr. Avec Léa Salamé, 8h18, notre invitée ce matin pour le grand entretien de France Inter est le Premier ministre de la France. Auditeur d'Inter, vous avez la parole au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux, l'application France Inter et sur le Facebook Live d'Inter, où vous pouvez suivre cet entretien en direct. Bonjour Edouard Philippe. Bonjour Nicolas Demorand. Deux questions, Monsieur le Premier ministre, avant d'entrer dans le cœur de la réforme, le mouvement social était annoncé à la SNCF, ces modalités exposées par les syndicats. Les deux premiers jours de grève ont été massivement suivis.

Est-ce que vous nous dites ce matin que quelle que soit la durée de ce mouvement, quelle que soit la durée de cette grève, vous ferez cette réforme ?

0:50
Édouard Philippe

Je vous confirme que nous sommes déterminés à mettre en œuvre cette réforme. Je préférerais que le mouvement social, que la grève, qui est respectable au sens où une liberté constitutionnelle doit être respectée. Je préférerais qu'elle soit la moins longue possible. J'observe que dans ces modalités de construction et d'organisation, elle a été pensée et assumée d'ailleurs par ceux qui l'organisent pour avoir l'impact le plus gênant, le plus perceptible possible pour les clients et les usagers de la SNCF.

1:22
Présentateur

Vous redoutez qu'elle dure ?

1:24
Édouard Philippe

Je préférerais qu'elle ne dure pas. Parce que je pense à tous ceux qui ont besoin du train pour aller travailler, pour aller retrouver leurs proches, pour se déplacer, être libre d'aller et de venir. Je vous fais observer du reste que c'est une autre liberté constitutionnellement garantie. Et je pense à eux parce que vous avez vu comme moi beaucoup d'images de Françaises, de Français qui hier et avant-hier ont singulièrement souffert pour pouvoir se déplacer et aller à leur travail. Donc je respecte bien entendu les grévistes, mais vous comprendrez, je crois que je respecte au moins autant ceux qui ne font pas la grève et qui en subissent les effets.

1:58
Présentateur

Un sondage publié dimanche indiquait que 46% des Français trouvaient ce mouvement de grève justifié. Chiffre en augmentation. En dépit des désagréments, une autre enquête publiée hier montrait que 56% des sondés estiment que le gouvernement doit modifier sa réforme en tenant compte des contestations. Vous annulez par ailleurs un déplacement prévu au Mali pour rester en France ce week-end. Il semble y avoir urgence. Redoutez-vous que l'opinion se retourne ?

2:24
Édouard Philippe

Non, je ne redoute pas ce genre de retournement. Je sais que les perceptions des mouvements sociaux peuvent fluctuer, changer, parfois être très positives, ensuite être très négatives ou l'inverse. Moi ce qui m'intéresse, ce n'est pas tellement de commenter et de regarder l'opinion.

2:38
Présentateur

C'est un baromètre, au moment où on entre précisément dans un conflit qui peut durer.

2:42
Édouard Philippe

Justement, je ne suis pas fasciné par le baromètre. Ce qui m'intéresse, c'est plutôt le cap. Vous voyez la différence ? Et ce qui m'intéresse, c'est d'essayer de faire en sorte que nous trouvions une solution pour garantir un fonctionnement efficace, de qualité, de la SNCF et de l'ensemble du monde ferroviaire dans les années qui viennent. Ça, c'est une vraie question. Indépendamment de tous les baromètres de la Terre, ça c'est une vraie question. Mais ce baromètre dit peut-être que la réforme n'est pas comprise encore ou peu lisible. Elle est d'abord compliquée. Il faut l'expliquer, vous avez parfaitement raison. On va y venir. Elle est en plus ouverte à la discussion.

Il y a des choses qui sont ouvertes à la discussion dans cette réforme. Nous l'avons dit dès le début, d'ailleurs nous l'avons montré puisque nous avons intégré un certain nombre de remarques qui nous ont été faites dans le calibrage de l'ouverture à la concurrence qui a été présentée à l'Assemblée nationale à partir de lundi dernier.

3:31
Présentateur

Qu'est-ce qui est ouvert désormais sur la table ?

3:34
Édouard Philippe

L'organisation de l'entreprise. Quand nous avons annoncé notre méthode et notre objectif, nous avons dit qu'un certain nombre de choses n'étaient pas négociables. Nous allons ouvrir à la concurrence le domaine ferroviaire. Nous allons transformer l'organisation de l'entreprise. Nous allons mettre fin au recrutement, au statut. Ça, ce sont des décisions qui ont été prises. Ce sont des axes qui sont assumés. Mais à l'intérieur de ce cadre, il y a beaucoup de choses qui peuvent être discutées. Les conditions dans lesquelles on ouvre à la concurrence, les conditions dans lesquelles est organisée l'entreprise. Je voudrais vous en donner un exemple, pardon s'il est un peu technique.

Aujourd'hui, la SNCF, c'est trois établissements publics. Un établissement public dont on dit qu'il est l'établissement public de tête. Et puis, la mobilité et le réseau. On a l'impression qu'il y a un patron à la SNCF. La vérité, c'est qu'il y en a trois. Et quand vous avez un problème, comme à Montparnasse, il y a quelques mois, vous vous demandez si c'est un problème de mobilité ou un problème de réseau. Et qui vous devez appeler et qui va régler le problème ? Moi, ce que je veux, c'est faire en sorte que la SNCF soit une entreprise unie, unifiée.

Il faut revenir à l'unité du groupe, souple dans son organisation, car on en a besoin dans un monde qui sera ouvert à la concurrence, et à capitaux publics. Et à l'intérieur de ce triptyque, unité, souplesse, capitaux publics, on peut discuter de la meilleure façon d'organiser l'entreprise. Et les syndicats savent parfaitement, parce que nous avons des discussions en la matière. Mais ce n'est pas tellement qu'ils pourraient, Nicolas Demorand.

4:57
Présentateur

C'est qu'il y en aura. C'est qu'il faut. Il faut qu'il y ait un seul patron. J'aimerais que vous nous expliquiez en quoi la fin du statut social des cheminots va permettre aux trains d'arriver à l'heure.

5:07
Édouard Philippe

La question comme ça, c'est la poser avec l'idée que nous nous attaquerions, entre guillemets, à des choses qui seraient sans importance. La vérité, c'est que...

5:15
Présentateur

Non, non, sans rapport, peut-être.

5:16
Édouard Philippe

Non, non, mais la vérité, c'est que si nous faisons cette réforme, c'est pour faire en sorte que la qualité du service public, que la qualité du service ferroviaire, s'accroisse. Mais qu'est-ce que ça va voir avec le statut social des cheminots ? Et vous savez parfaitement, vous savez parfaitement, M. Demorand, parce que je crois que l'ensemble des Français le savent, que cette qualité du service public, que cette qualité du service ferroviaire, à laquelle ils sont attachés, j'ai aucun doute là-dessus, elle se dégrade.

5:38
Présentateur

Elle se dégrade à cause du statut social des cheminots ?

5:41
Édouard Philippe

Non, elle se dégrade pour un ensemble de causes. Un sous-investissement, une incapacité de l'entreprise, d'ailleurs parfois presque désincité par l'État à s'organiser opérationnellement de façon plus efficace, des lourdeurs dans la gestion, un coût opérationnel de fonctionnement du train français qui est excessif, pardon pour tous ces mots, pour tous ces concepts, mais la vérité c'est que l'entreprise n'est pas à la hauteur de ce que les Français sont en droit d'attendre d'elle, ni dans son fonctionnement financier, ni dans son fonctionnement opérationnel.

Et pour améliorer tout cela, il faut régler la question de la dette, il faut régler la question des investissements, et il faut aussi retrouver des leviers de transformation de l'entreprise. Ça passe par le respect du statut pour ceux qui en disposent déjà, mais c'est vrai, pour ceux qui entreront dans l'entreprise dans les années qui viennent, le fait de ne plus être recrutés au statut.

6:46
Présentateur

Mais est-ce parce que les cheminots aujourd'hui ont trop de droits que les trains arrivent en retard ? C'est ma question, elle est simple. C'est pour toute une série de raisons que les trains n'arrivent pas à l'heure. Non mais là, c'est sur le statut des cheminots.

6:57
Édouard Philippe

La rigidité opérationnelle de la boîte est un problème. La rigidité opérationnelle de la boîte est un problème. Le sous-investissement de l'État dans la boîte est un problème. Le fait que cette entreprise, qui chaque année touche un montant de plus en plus important d'argent public, qu'il vienne de l'État ou des collectivités territoriales, chaque année, vous connaissez les chiffres, M. Demorand, ils sont importants, il faut les avoir en tête. Nous payons, globalement, le contribuable public paye 22% en plus d'il y a 10 ans pour le fonctionnement de la SNCF. Et alors même que chaque année, nous mettons de plus en plus d'argent public, la dette s'accroît. Le déficit est réel.

Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous devons réparer l'entreprise si nous voulons faire en sorte que demain, elle puisse repartir.

7:45
Présentateur

On va revenir tout de suite à la question de la dette. Mais sur la question de l'ouverture à la concurrence de la SNCF, est-ce que les bienfaits de cette concurrence, Edouard Philippe, c'est pour vous une certitude ? Les trains rouleront mieux ? Ils seront plus ponctuels ? Plus confortables ? Moins chers ? C'est une certitude ou un pari ? C'est une conviction. Oui, donc... C'est une conviction. Elle n'est pas étayée sur autre chose qu'un sentiment personnel.

8:12
Édouard Philippe

Non, elle est étayée sur l'expérience et sur la comparaison. L'expérience, c'est le fait qu'il y a un bon nombre de domaines économiques où nous avons ouvert à la concurrence et où la qualité de service pour l'usager s'est améliorée. C'est vrai dans le transport aérien. C'est vrai dans la téléphonie. Bah oui, c'est vrai dans le transport aérien. Les coûts ont baissé, les offres se sont multipliées. C'est vrai dans la téléphonie.

8:34
Présentateur

On peut particuler le rail ?

8:35
Édouard Philippe

Très bien. Vous dites le rail, c'est un peu particulier. C'est là que je ne vais plus m'appuyer sur l'expérience, mais sur la comparaison. En Allemagne, je ne crois pas qu'on soit plus intelligent que les Allemands, mais je ne pense pas qu'on soit beaucoup plus bête. En Allemagne, vous avez un système avec une entreprise publique, avec des investissements publics importants, dans un monde concurrentiel où la qualité de service s'accroît, la diversité des offres s'accroît, la ponctualité des trains s'accroît. Il y a des contrées d'exemple, vous le savez bien, M. le Premier ministre.

9:03
Présentateur

Il y a autant de contre-exemples qu'il y a d'exemples. Traitons cet exemple-là. Et donc, il y a une conviction que la concurrence est positive chez vous, mais pas une preuve.

9:13
Édouard Philippe

Je vous dirais bien de traverser le Rhin, d'aller voir comment fonctionne le train allemand. On peut traverser la Manche aussi. Oui, mais ce n'est pas l'organisation que nous avons retenue. C'est-à-dire que vous pouvez me dire, l'Angleterre, ce n'est pas bien, ce n'est pas le modèle que nous avons retenu. Nous avons retenu un modèle qui s'inspire de ce qui existe déjà. Et franchement, si ça marche là-bas, pourquoi voudriez-vous que ça ne marche pas ici ? Je vous pose la question. Alors, comme les Allemands... À laquelle vous ne répondez pas.

9:40
Présentateur

Moi, je pose les questions, en fait. C'est vrai, c'est vrai. Et je vous les pose. C'est vous qui ne répondez pas, d'ailleurs, à un certain nombre d'entre elles. Vous citez les Allemands, la Deutsche Bahn, qui est née après la réunification des deux Allemands. L'État fédéral allemand avait repris la dette des entités fusionnées à l'époque. Est-ce que l'État français va reprendre tout ou partie de la dette de près de 47 milliards d'euros de la SNCF ? C'est une question qui est devant nous.

10:06
Édouard Philippe

On l'a d'ailleurs, je l'ai moi-même évoqué au moment où j'ai annoncé le contenu de la réforme, en disant qu'il y avait cette question de la dette considérable. On parle de 40... Vous dites 47, d'ailleurs, ça dépend un peu comment on compte. Enfin, on va dire entre 47 et 50 milliards. C'est 3 milliards de plus tous les ans, de toute façon. Donc, c'est considérable. C'est beaucoup d'argent. Pour un pays, la France, qui est déjà lourdement endettée, La question, c'est de savoir comment est-ce qu'on va traiter ce fardeau qui pèse sur l'entreprise et qui est une des raisons de ses difficultés. Une des raisons, pas la seule. Vous allez la reprendre alors ou pas, cette dette ?

Nous avons indiqué que nous voulions que la SNCF, que l'entreprise, transforme son mode de fonctionnement. Qu'elle fasse des réformes opérationnelles qui lui permettent d'être plus efficaces. Et que, c'est la façon dont j'ai indiqué la position du gouvernement, avant la fin du quinquennat, si la SNCF respectait ses engagements, le gouvernement prendrait ses responsabilités. Nous sommes en train de discuter avec la SNCF, avec les organisations syndicales, vous le savez, je crois qu'il y a une réunion qui est prévue aujourd'hui au ministère des Transports. Et donc, cette question, elle est devant nous.

Mais je ne veux pas, monsieur Demorand, je veux le dire clairement, je ne veux pas prendre un engagement, alors même que, à ce stade, rien n'a changé dans le fonctionnement de la SNCF. Ce qui reviendrait à dire...

11:22
Présentateur

Donc, on est encore sur un arbitrage sur le principe même d'une reprise de la dette.

11:26
Édouard Philippe

Pas du tout, puisque vous avez bien compris ce que je viens de dire. Pas du tout, puisque vous avez parfaitement compris ce que je viens de dire. Ce que je veux dire, c'est que je ne veux pas dire aux Français, les Français vont payer cette dette, la reprendre, alors qu'ils n'ont aucun élément leur permettant de penser qu'à l'avenir, on ne va pas retomber dans 3 milliards de déficits annuels, supplémentaires, chaque année. Donc, la question est devant nous. Je suis ouvert à la discussion, mais pas n'importe comment, pas à n'importe quel rythme, et en contrepartie, d'engagement extrêmement clair, extrêmement ferme, et qui transforme le fonctionnement opérationnel de l'entreprise.

11:59
Présentateur

Le calendrier d'une reprise éventuelle de la dette considérant tout ce que vous venez de dire, ça pourrait être quand, Edouard Philippe ? À partir de quel moment vous estimerez que le sujet est mûr ?

12:08
Édouard Philippe

C'est trop tôt pour le dire.

12:10
Présentateur

Donc, il y a un vrai point d'interrogation sur ce sujet. C'est une discussion qui est en cours.

12:13
Édouard Philippe

Je peux difficilement, voyez-vous, donner le point d'aboutissement d'une discussion et d'une réflexion

12:22
Présentateur

avant qu'elle ait eu lieu. Le président de la République, en juillet, avait échangé avec un certain nombre de cheminots en leur proposant un deal, un deal qui était très simple, reprise de la dette de la SNCF contre révision des conditions sociales. La révision des conditions est sur la table, mais la partie de chemin que vous, vous devez parcourir, la dette, ben non, elle, elle n'y est pas. Mais vous, je viens de dire exactement l'inverse, M. Demorand. Non, non, non, non, vous avez dit que vous alliez observer si les transformations de l'entreprise permettaient d'eux. Vous n'avez pas dit, nous reprendrons cette dette.

12:56
Édouard Philippe

Je suis triste si nous donnons le sentiment de ne pas nous comprendre. Peut-être parce que je ne suis pas suffisamment clair. Nous sommes exactement devant cette discussion. Je l'ai dit, en entrée de discussion en janvier, le gouvernement prendra ses responsabilités. Il les prendra avant la fin du quinquennat et il les prendra dans la mesure où l'entreprise prendra les siennes.

13:18
Présentateur

Une dernière question avant de passer le micro et la parole à Léa Salamé. Les images du bain de foule d'Emmanuel Macron au Touquet en tenue de tennis ce week-end, c'est de l'indifférence à la situation que traverse le pays avec cette crise de la SNCF ou c'est le syndrome qui finit par toucher tous les présidents, quel que soit leur âge, éloignement et grande confiance en soi ?

13:43
Édouard Philippe

D'abord, je ne crois pas avoir vu ces images, donc vous me permettrez de ne pas les commenter. Je les ai décrites. Non, non, mais je les entends, mais comme je ne les ai pas vus, je ne me permets de ne pas les commenter. Par ailleurs, si le président pendant un week-end va aller jouer au tennis, ce n'est pas le sujet.

13:55
Présentateur

Vous n'avez pas abordé ce conflit avec une forme de suffisance. Gabriel Attal, porte-parole de La République En Marche, a dit ici même sur Inter qu'il fallait rompre avec la gréviculture française. Est-ce que vous reprendriez ce mot, cette sémantique, vous estimez que c'est déplacé ? J'entends votre question.

14:17
Édouard Philippe

Je me permets de commenter ce que je dis, moi.

14:20
Présentateur

C'est La République En Marche, là, quand même.

14:21
Édouard Philippe

Je n'ai jamais, jamais, jamais critiqué ou attaqué les cheminots. Je n'ai jamais contesté à personne le droit de faire gaffe, jamais. Je me suis toujours placé dans une situation où j'entrais dans des discussions, dans une question sociale ou dans un conflit social, en respectant ce qui était de l'autre côté de la table. Toujours. Je le fais avec beaucoup de clarté, avec beaucoup de tranquillité et avec beaucoup de détermination parce que l'expérience que j'ai, c'est que c'est comme ça qu'on avance.

14:51
Présentateur

Et ça, on peut vous le reconnaître, effectivement, au micro d'Inter ce matin. Il est 8h33. Léa Salamé. Monsieur le Premier ministre, autre contestation qui prend de l'ampleur, celle des universités contre la réforme Parcoursup. Une vingtaine de facs sont bloquées. Et alors que les examens de fin d'année approchent, hier, à Lille, les étudiants ont voté l'annulation des examens. Et ils demandent aux professeurs de mettre 10 sur 20 à tout le monde. Vous en pensez quoi ?

15:17
Édouard Philippe

D'abord, je regarde cette situation avec beaucoup de vigilance parce que ça concerne les universités, ça concerne la jeunesse de France, ça concerne la France de demain, celle qui se forme, celle qui s'instruit, celle qui s'élève et celle qui va contribuer à la richesse, au rayonnement et je dirais au bien-être de l'ensemble de la population. Donc, je regarde ça avec beaucoup de vigilance.

15:35
Présentateur

Et puis, vous connaissez l'adage. Les jeunes, c'est comme le dentifrice. Quand c'est sorti du tube, c'est difficile de re-rentrer.

15:41
Édouard Philippe

Oui, c'est une jolie formule, mais c'est une question qui est tellement sérieuse que je ne veux pas m'abandonner à ces jolies formules. Il y a dans ces blocages d'amphi, ou parfois de sites universitaires, beaucoup de violence. Il y a eu beaucoup de violence. Moi, j'ai entendu sur votre antenne, je ne sais plus si c'était hier ou avant-hier, Olivier Besancenot, c'était hier, c'est ça, assumer le fait qu'il était un révolutionnaire et d'une certaine façon, encourager vivement les étudiants à suivre à la fois son inclinaison personnelle et les conseils qu'ils pouvaient prodiguer.

Il y a une très forte mainmise d'une partie étudiante, parfois d'ailleurs pas étudiante, de l'extrême gauche sur le début de ces mouvements.

16:32
Présentateur

Ça vous inquiète ?

16:33
Édouard Philippe

Avec une forme de violence. Vous avez peut-être vu, Madame Salamé, comme moi je les ai vues, les photos des amphis à Paris, à Grenoble, dévastées, taguées, avec des inscriptions qui, dans le contexte dans lequel nous vivons, ne sont absolument pas neutres. Quand je vois sur le mur d'un amphithéâtre un bon flic, c'est un flic mort, aujourd'hui, après la semaine que j'ai passée, que la France vienne passer, je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de neutre là-dedans.

17:00
Présentateur

Vous reconnaissez qu'il y a eu aussi des violences, et notamment à Montpellier, de groupes d'extrême droite,

17:04
Édouard Philippe

M. le Premier ministre. Mais d'ailleurs, elles sont...

17:07
Présentateur

Tout aussi condamnables ?

17:08
Édouard Philippe

Tout aussi condamnables. Tout aussi condamnables. Je condamne toutes les violences contre les personnes et contre les biens.

17:13
Présentateur

Sur les examens, M. le Premier ministre.

17:15
Édouard Philippe

Les examens doivent avoir lieu. L'idée, je vais vous dire...

17:17
Présentateur

Ils auront lieu ?

17:18
Édouard Philippe

Mais bien entendu.

17:18
Présentateur

Dans les meilleures conditions ?

17:19
Édouard Philippe

Mais évidemment. Évidemment. Et l'idée que des étudiants réclament d'avoir, quoi qu'il arrive, soit de ne pas avoir d'examen, soit quoi qu'il arrive, d'avoir la moyenne à leurs examens, me laisse rêveur sur la conception qu'ils ont eux-mêmes de leur travail, de la chance qu'il leur est donnée d'aller à l'université. Je le dis comme je le pense. J'observe que cette vision des choses me semble extrêmement minoritaire chez les étudiants. Heureusement, d'ailleurs.

17:53
Présentateur

30% de parlementaires en moins, 15% de proportionnels. Vous avez présenté hier la grande réforme institutionnelle promise par Emmanuel Macron. Mais alors que vous menez toutes vos réformes tambour battant, vous avez annoncé que vous voulez la voter en 2019 et non plus dès cet été, comme l'avait promis Emmanuel Macron. Est-ce pour vous donner plus de temps, M. le Premier ministre, pour être clair, de convaincre les plus réticents, d'obtenir la majorité des trois cinquières et de ne pas passer par le référendum ?

18:16
Édouard Philippe

Non, c'est simplement parce que quoi qu'il arrive, ça prend du temps. Je veux dire, une révision constitutionnelle, compte tenu des dispositions de l'article 89 de la Constitution, ça prend du temps.

18:24
Présentateur

D'accord, mais Emmanuel Macron avait dit que ce sera traité cet été, été 2018.

18:27
Édouard Philippe

On aura une première lecture à l'Assemblée nationale avant la pause estivale, ça on peut parfaitement le garantir. Compte tenu des délais, on ne peut pas garantir une lecture au Sénat, une première lecture au Sénat avant le deuxième semestre. Elle aura lieu au deuxième semestre. Je ne sais pas encore si l'Assemblée nationale et le Sénat se mettront d'accord au terme d'une première lecture, mais reconnaissez avec moi que c'est peu probable. Il faudra donc avoir une deuxième lecture à l'Assemblée nationale puis une deuxième lecture au Sénat. Là encore, ça prend du temps. Dire que la réforme a vocation à être parachevée en 2019, c'est simplement dire la vérité sur la lenteur du process.

Et je vais vous dire, Madame Salamé, s'agissant de révision de la Constitution, ça ne me choque pas qu'on aille à un rythme sinon de sénateurs, au moins à un bon rythme.

19:06
Présentateur

Oui, j'allais vous dire, vous êtes moins pront à aller vite avec les sénateurs qu'avec les cheminots. Mais est-ce que le référendum est toujours sur la table ?

19:14
Édouard Philippe

Alors là encore, vous savez que l'article 89 prévoit que la question se pose au président de la République de savoir s'il veut privilégier le Congrès au 3e 5e ou le référendum devant les Français après que le texte a été voté dans les mêmes termes à l'Assemblée nationale et au Sénat. Quand le texte aura été voté, s'il est voté un jour dans les mêmes termes à l'Assemblée nationale et au Sénat, ce que je crois, ce que j'espère, ce que je pense possible, alors le président de la République choisira s'il doit passer au Parlement ou devant les Français.

Et tout indique, compte tenu de la méthode que nous avons retenue pour travailler, que nous nous plaçons plutôt, plutôt dans une logique de travail parlementaire et donc de réunion du Congrès. Mais c'est une liberté qui sera offerte à l'appréciation du président après que les textes auront été votés dans les mêmes termes. Vous avez eu des garanties

19:57
Présentateur

du président du Sénat, Gérard Larcher ? Vous avez réussi à l'amadouer avec les concessions ?

20:00
Édouard Philippe

Non, pas de garantie. On n'est pas en train de marchander derrière le comptoir. Il s'agit de discussions, de discussions sérieuses, de discussions où chacun fait part de ses convictions avec une logique de travail qui a été exprimée par le président de l'Assemblée nationale, par le président du Sénat, par l'ensemble des acteurs. Et je m'en félicite.

20:15
Présentateur

Allez, intervenez amis auditeurs 01 45 24 7000. On va rester sur la réforme constitutionnelle, je crois. Bonjour Bernard, vous nous appelez de Toulouse. Bienvenue.

20:24
Auditeur

Oui, bonjour monsieur le Premier ministre. Bonjour monsieur. Bonjour la matinale de France Inter. Bonjour. La question est la suivante. Donc vous avez le résultat du pourcentage proportionnel est de 15%. C'est ce que j'ai lu et ce que j'ai écouté. Et donc, compte tenu du soutien de François Bayrou à Emmanuel Macron pendant la présidentielle, comment avez-vous vendu ce pourcentage proportionnel à François Bayrou ? Merci Bernard

20:54
Présentateur

pour cette question. Le Premier ministre Edouard Philippe vous répond.

20:57
Édouard Philippe

Monsieur, moi je ne vends rien. l'engagement du Président de la République,

21:02
Présentateur

comment avez-vous défendu cet arbitrage ?

21:05
Édouard Philippe

L'engagement du Président de la République, il était d'une très grande clarté. Il voulait qu'on réduise le nombre de parlementaires et que dans ce nombre réduit de députés, on introduise une dose de proportionnelle. Pourquoi ? Parce que le scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui prévaut pour l'élection des députés, c'est un bon scrutin. Il permet la définition de majorité stable et donc il est important que notre système reste majoritairement organisé sur le scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Mais il a des inconvénients et notamment il a l'inconvénient qu'on connaît parfaitement en France d'exclure dans les faits une très large partie de l'opinion publique qui s'est exprimée au moment du vote de l'Assemblée nationale. Et donc l'idée de cette introduction d'une dose de proportionnelle 15% des députés 60 sur 405, 61 sur 405, c'est de permettre justement à des courants politiques qui existent, qui sont légitimes et qui ne sont que très peu représentés voire pas du tout représentés à l'Assemblée nationale dans un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, d'y avoir accès.

Ça permet la meilleure représentation des Français à l'Assemblée nationale et je pense que de ce point de vue-là, ça n'est pas une remise en cause du scrutin majoritaire, c'est une correction utile au biais du scrutin majoritaire.

22:16
Présentateur

On retourne au standard. Bonjour Jean-Philippe. Oui, bonjour. Bienvenue.

22:19
Auditeur

Bonjour France Inter, bonjour Monsieur le Premier ministre.

22:21
Édouard Philippe

Bonjour Monsieur.

22:21
Auditeur

J'ai une question. Pourquoi détestez-vous autant les territoires ruraux ? Je peux lister les mesures que vous avez prises et que ce gouvernement a prises depuis son entrée en fonction. C'est la hausse des carburants pour les gens qui sont obligés de prendre leur voiture, c'est la fin des services publics de transport et notamment ferroviaire, c'est les fermetures de classes dans les écoles primaires, c'est la fermeture des guichets des services publics locaux et dans les sous-préfectures, ne serait-ce que pour faire des papiers d'identité ou faire des documents pour sa voiture, c'est aussi le 80 km heure qui pénalise les zones rurales et pas les métropoles.

Alors pourquoi votre politique ne privilégie-t-elle que les métropoles au détriment des campagnes ?

23:01
Présentateur

Merci pour cette question,

23:02
Édouard Philippe

le Premier ministre vous répond. Merci pour cette question qui me permet d'infirmer complètement le postulat sur lequel elle est fondée. Nous ne détestons pas les territoires ruraux. Moi ce qui m'intéresse c'est la France, c'est pas telle ou telle partie du territoire de la France. C'est la France et c'est les Français. Il se trouve que dans les éléments que vous me reprochez, il y a un certain nombre d'éléments qui ont commencé il y a très longtemps, qui ont été très puissants depuis très longtemps. Vous le savez parfaitement par exemple, cet appauvrissement des services apportés dans les sous-préfectures il ne date pas d'il y a six mois monsieur.

Et vous le savez parfaitement, ce sentiment puissant de relégation d'un certain nombre d'habitants de ces territoires ruraux, pas de tous. Je ne suis pas sûr que la ruralité soit aussi homogène que la façon dont vous la décrivez mais je reconnais que vous avez peu de temps pour vous exprimer donc que c'est difficile de faire dans la nuance. Mais ce sentiment de relégation il est ancien, il n'est pas né il y a trois ou il y a six mois ou il y a neuf mois. Il est très ancien. La politique que nous menons elle a des objectifs qui sont clairs. Quand j'instaure le 80 km heure ça n'est pas pour pénaliser tel ou tel Français ça n'est pas pour pénaliser tel territoire plutôt que tel autre.

Lorsque le 70 km heure a été installé sur le périphérique parisien personne n'a dit il s'agit de pénaliser les habitants parisiens ou les habitants de l'île de France. Il s'agit de prendre une mesure qui produit un effet qui a d'ailleurs produit un effet il y a nettement moins d'accidents sur le périphérique. C'est la même chose s'agissant du 80 km heure c'est une mesure de sécurité publique c'est une mesure de santé publique je ne me résous pas monsieur à 3600 morts tous les ans à 72 000

24:30
Présentateur

donc il n'y a pas de haine des territoires

24:31
Édouard Philippe

donc qu'une façon et au contraire et au contraire le plan ville moyenne portée par Jacques Mézard les accords que nous avons passés sur le développement du numérique sur tous les territoires l'ensemble de ces mesures montrent qu'au contraire nous sommes dans une politique d'aménagement dans une politique de développement moi je ne me résous pas à l'opposition des territoires entre eux. Léa Salamé

24:51
Présentateur

Autre texte capital qui arrive à l'Assemblée la loi Asile et Immigration portée par Gérard Collomb le ministre de l'Intérieur a expliqué hier je cite que certaines régions françaises sont actuellement en train de se déconstruire parce qu'elles sont submergées par le flux de demandeurs d'asile est-ce que c'est vrai ça monsieur le Premier ministre est-ce qu'il y a une submersion et une déconstruction de nos régions françaises en ce moment en France ?

25:09
Édouard Philippe

Ce qui est vrai c'est qu'il y a une concentration de sujets redoutablement difficiles à régler dans les mêmes endroits et qu'il faudrait être aveugle et sourd pour imaginer que ça ne pose pas un problème spécifique dans tel ou tel lieu ou tel ou tel territoire de la République voilà donc le ministre de l'Intérieur il est pénétré par l'idée que nous devons en matière d'asile en matière d'immigration trouver des réponses qui soient équilibrées entre une humanité absolument nécessaire parce qu'elle correspond à ce que nous sommes et une fermeté absolument nécessaire parce que sinon nous sommes débordés et c'est un équilibre qui est difficile à tenir quand j'entends un certain nombre d'opposants politiques on me dit qu'il n'y a rien en termes d'humanité et tout en termes de fermeté quand j'entends d'autres opposants politiques on me dit l'inverse il y aurait tout en matière d'humanité et rien en matière de fermeté il n'y a pas que les opposants

26:01
Présentateur

monsieur le Premier ministre dans votre propre camp beaucoup de députés ont des états d'âme

26:04
Édouard Philippe

non non nous essayons de faire en sorte de porter un texte équilibré qui permettra de mieux accueillir les étrangers qui sollicitent l'asile et qui ont vocation à obtenir l'asile et il y a beaucoup à faire car l'accueil des réfugiés n'est pas bon en France et depuis longtemps mais nous essayons aussi de faire en sorte que dès lors que ces procédures fonctionnent les étrangers qui ne sont pas en situation régulière et qui ont vocation à rentrer dans leur pays puissent y retourner dans de bonnes conditions un dernier mot Léa c'est ça l'équilibre et c'est important de vouloir le respecter on va vous libérer

26:33
Présentateur

mais il y a beaucoup de questions sur le sujet donc je vous la pose c'est une question de Philippe de Paris sur l'appli France Inter il paraît que ce gouvernement veut lutter contre les fake news alors demandez à son chef de nous répondre avec honnêteté, franchise et vérité ces services ont-ils tellement relu, revu et réécrit une interview de la ministre des Transports au point qu'elle n'était plus publiable par le journal Les Echos est-ce que c'est normal ?

26:53
Édouard Philippe

Alors d'abord c'est un fait que Les Echos ont indiqué qu'ils avaient refusé de publier une interview qui aurait été relue par les services de Matignon je crois que la tradition de la relecture des propos qui sont tenus par un ministre dans une interview de presse écrite n'est pas nouvelle et si les échos à ce point et si les échos considèrent que

27:14
Présentateur

vous aviez trop réécrit

27:16
Édouard Philippe

moi je n'ai aucune critique à formuler aux échos en la matière la critique vous est adressée vous êtes premier ministre ou rédacteur en chef non mais c'est un choix parfaitement libre qu'ils font il n'y a pas très longtemps j'ai fait une interview à La Voix du Nord il n'y a pas eu de relecture parce que La Voix du Nord c'était insurgé contre cette tradition ou cet usage moi je n'ai pas de problème avec ça j'ai répondu aux questions de La Voix du Nord et vous remarquerez Madame Salamé et Monsieur de Moran que je suis ici en direct que je réponds en direct et que donc il n'y a pas de relecture et c'est très bien ainsi

27:44
Présentateur

c'est pas réécrit merci Monsieur le Premier Ministre Edouard Philippe d'avoir été au micro de France Inter ce matin depuis 8h20 madame

28:07
Locuteur