Résultats des élections européennes, dissolution de l'Assemblée nationale, élections législatives du 30 juin... Le "8h30 franceinfo" de Clément Beaune et Jean-Philippe Tanguy
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Bonjour Clément Beaune. Bonjour. Bonjour Jean-Philippe Tanguy. Bonjour. Il était exactement 21h02 précisément hier soir quand Emmanuel Macron a pris la parole pour s'adresser aux Français. Après avoir procédé aux consultations prévues à l'article 12 de notre Constitution, j'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale. Clément Beaune, Jean-Philippe Tanguy, vous n'êtes donc plus officiellement député de l'Assemblée nationale. Clément Beaune, cette décision du Président de la République, est-ce que c'est un acte de courage ou alors un suicide collectif de la majorité ?
Non, c'était un acte nécessaire. On a vécu hier une soirée qui, de mon point de vue, est un choc. On en reparlera peut-être d'ailleurs français et européens. On va rentrer dans les détails, oui. Avec notre pays, une extrême droite à 40%, avec une participation qui a été élevée, donc les Français ont participé à cette élection en réalité, et une majorité présidentielle, disons-le, qui a subi une très lourde défaite. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls, parce que j'entends beaucoup de partis politiques aujourd'hui faire comme s'ils avaient gagné, quand on regarde la droite traditionnelle, et même le bloc de gauche, ce ne sont pas des résultats positifs. Je ne m'en réjouis pas d'ailleurs.
Vous dites « nécessaire », mais rien n'obligeait Emmanuel Macron juridiquement, institutionnellement, à dissoudre.
Il y avait plusieurs options. Soit on ne fait rien, je pense que c'était impossible, et qu'on voit bien dans le système du quinquennat. Il y a toujours un moment, finalement, à mi-parcours de ressourcements, de rafraîchissements nécessaires. On l'a vu avec des crises dans chacun des quinquennats depuis les années 2000. Soit on ne faisait rien, je pense que c'était impossible. Soit on faisait, on nous l'aurait reproché à juste titre, des ajustements. Un remaniement, un petit changement ici ou là dans le gouvernement, ou dans la majorité, je pense que ce n'aurait pas été à la hauteur de la crise que l'on vit. Donc il fallait un changement nécessaire et rapide.
Vous donnez raison au Rassemblement National, Jean-Philippe Tanguy, qui demandait...
Non, on tire les conséquences de ce résultat.
Oui, sauf que c'était une demande particulière, cette dissolution.
Ce n'est pas la raison pour laquelle ça a été fait. Je vous explique pourquoi je pense qu'il fallait le faire.
Jean-Philippe Tanguy ?
Non mais le résultat est le même. Nous nous avions dit que si le peuple se mobilisait, si l'écart était important, alors il faudrait en tirer les conséquences. C'est ce qui a été fait. Et je crois que c'est la première victoire du peuple français, c'est d'avoir fait céder ce système qui les épuise, qui les mène vers l'impasse. Et je crois qu'il n'y a que M. Macron a dû se rendre à l'évidence. Il n'avait plus la confiance des Français. Donc nous allons revoter. Nous allons voir quel destin choisissent les Françaises et les Français. Ce n'est évidemment pas, s'ils accordent leur confiance à Jordan Bardella, un destin d'extrême droite. M.
Beaune, il n'y a pas 40% d'extrême droite dans notre pays, loin de là. C'est un choix populaire, souverain, pour une alternance. On sort d'une campagne qui a été difficile, qui a suscité l'intérêt des Français avec une participation élevée pour une élection européenne. Maintenant, parlons sur le fond des vrais projets. Moi, je ne vous dis pas que vous êtes d'extrême centre ou je ne sais quoi. Il faut rester sur le fond. C'est aussi d'ailleurs ce qu'ont dit hier nos compatriotes en disant « On n'en peut plus de ces mensonges, de ces campagnes pas très intéressantes. Parlons de fond. Qu'est-ce qu'on va proposer aux Françaises et aux Français ? »
Ça tombe bien parce que j'entendais hier, depuis hier, le Rassemblement national se comporter comme s'il avait gagné les élections législatives. Il y a des élections législatives. On commence, vous et moi et d'autres partis politiques, ce matin une campagne. Et rien n'est joué dans cette campagne. Ce sera projet contre projet, en effet, dans les prochains jours. Je le dis, je suis peut-être un point d'accord avec vous, ça va vous surprendre, M. Tanguy. Je pense en effet que les 40% de Français qui ont voté, et pour la liste Rassemblement national, et pour la liste de Marion Maréchal, ne sont pas des gens d'extrême droite.
Je pense, en revanche, que le projet que vous portez, de manière peut-être nuancée entre M. Mardela et Mme Maréchal, mais enfin, à la fin, c'est la même chose, est un projet dangereux, est un projet extrémiste pour le pays et pour l'Europe. Ça, je le pense. Et c'est la confrontation qu'on aura dans cette élection législative. Parce qu'on va voir aussi le projet de gouvernement que vous voulez porter devant les Français. Parce que pour l'instant, vous avez fait la somme des démagogies et la somme des colères. Ce n'est pas pareil de proposer quelque chose de construit et d'être en responsabilité, de proposer de l'être pour les Français.
M. Bonne, depuis deux ans, nous sommes à l'Assemblée nationale. Les Françaises et les Français nous ont vu travailler, ont vu nos propositions. Ils ont vu nos échanges quand vous étiez ministre. Ils en ont tiré les conséquences. C'est ce qu'on verra, ne se préjugez pas, M. Tanguy. Non, mais ils en ont tiré les conséquences hier, M. Bonne. Vous avez raison. L'élection législative commence. Elle reste à faire. Des projets vont s'opposer. Les Français trancheront. Mais ils ont quand même envoyé un signal hier. Et moi, ce qui me désole, si vous voulez, c'est que vous recommencez cette campagne, où vous nous agressez, où vous cherchez à faire peur aux Françaises et aux Français.
Ne commencez pas à victimiser alors qu'il ne s'est rien passé. Je ne me victimise pas, si vous voulez. C'est que moi, j'ai entendu le message de mes électeurs. J'entends le message de nos électeurs. Un message comme sur presque tout le territoire français, où des dizaines de milliers de communes ont mis Jordan Bardella en avance, voire avec beaucoup d'avance. Et donc, c'est aussi un cri du cœur de nos compatriotes, qui veulent qu'on s'occupe de leurs problèmes, qu'on parle de leur vie. Et je crois que le succès de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, c'est aussi que nous parlons de la vie des Français. Ce n'est pas de la démagogie. Excusez-moi.
Ce n'est pas de la démagogie de parler de leur vie. On est en désaccord soit. Nous respectons tout le monde,
mais il va falloir respecter les électeurs avec des propositions claires. Moi, je me réjouis qu'on puisse discuter, on peut peut-être commencer ce matin, de quelques propositions. Je prends un seul exemple. Monsieur Bardella va devant les représentants des petits patrons des petites entreprises en leur disant le Rassemblement National est là pour vous. Et il leur dit, il faut réformer notre assurance chômage. Il faut qu'on puisse licencier et recruter plus facilement. Et le Rassemblement National, je crois que vous l'avez dit vous-même, nous dit, c'est de la casse sociale ensuite la réforme de l'assurance chômage. On ne peut pas dire A et B, blanc ou noir, matin, midi et soir.
Donc, à un moment donné, il y a aussi une épreuve de vérité, de cohérence gouvernée. Je ne dis pas qu'on a tout bien fait. Moi, je suis humble ce matin. Je ne fais pas partie de ces responsables politiques qui, depuis hier, expliquent qu'on n'a aucune responsabilité. J'ai été ministre, je suis député, je prends mes responsabilités. Mais évidemment, c'est plus facile, quand on ne les a pas exercées, de dire qu'on fera la révolution tranquille pour tout le monde, avec aucune incohérence, aucune contradiction, dès demain matin. Et donc, il faudra aussi, dans cette campagne, dire la vérité.
C'est-à-dire, vous ne pourrez pas dire aux petits patrons une chose le matin et aux salariés une autre chose l'après-midi. Vous ne pourrez pas dire que vous êtes contre le nucléaire et contre le nucléaire.
Il n'y a pas de double discours, M. Beaune. C'est juste que vous confondez la réforme avec votre réforme. On peut être en désaccord avec votre réforme et voter quelque chose. On attendra la vôtre. D'ailleurs, les Français, par exemple, ont vu que nous votions certaines mesures qui allaient dans le bon sens. Quand vous avez proposé qu'une personne qui est en CDD à qui on propose un CDI ne puisse pas le refuser sans conséquence sur son assurance chômage, nous l'avons voté, voilà.
Par contre, réduire indéfiniment l'indemnisation pour des personnes qui ne trouvent pas d'emploi, par exemple, chez moi, dans la Somme, alors qu'ils veulent trouver un emploi, comme s'il y avait 5 millions d'emplois libres. Je prends là un autre exemple. Non, mais attendez, c'est comme s'il y avait 5 millions d'emplois libres, alors qu'il y a aujourd'hui 300 000 emplois à pourvoir et 5 millions de chômeurs. Là, il n'y a pas de cohérence, M. Beaune. Donc, quand ça va dans le bon sens, on a pu voter certaines choses, mais sur la philosophie générale, on ne partage pas cette philosophie d'injustice. On pense qu'il faut former les gens, qu'il faut leur faciliter, par exemple, l'habitation.
Excusez-moi, je vous ai écouté, M. Beaune, le fait d'habiter dans les centres-villes en réservant les HLM aux travailleurs françaises et aux travailleurs françaises, parce que quand vous n'avez pas accès au HLM et que vous avez un salaire à Paris, vous savez de quoi je parle, puisque vous êtes député de Paris, entre 2000 et 2500 euros, vous ne pouvez pas vous loger sans HLM, à part prendre les transports en commun de manière très difficile. Donc, effectivement, il y a de la cohérence, et nous, qu'on propose la priorité nationale au logement, effectivement, c'est lié aussi à la capacité d'occupation.
Là, c'est vrai que c'est juste là-dessus, vous n'avez pas changé, vous réglerez tous les problèmes en stigmatisant les étrangers. Ça règlera tous les problèmes de nos services publics et tous les problèmes des Français. C'est donner la priorité aux Françaises et aux Français. Ça n'a rien à voir avec la stigmatisation des étrangers. Moi, je veux bien comprendre notre exemple. On a discuté plusieurs fois des sujets de finances publiques, par exemple. Je veux dire quelque chose de très simple. On aura ces discussions approfondies pendant trois semaines, même si c'est court. Vous dites à la fois, c'est terrible, la dette a beaucoup augmenté.
Néanmoins, il fallait soutenir les commerçants, les entreprises. Je pense que vous en conviendrez. On n'était pas obligé de fermer les petits commerces. Et votre propre programme, il prévoit entre 120 et 150 milliards d'euros. 150 milliards d'euros, le dépense supplémentaire.
Vous allez nous sortir les autoroutes à 30, 50 milliards d'euros. Vous avez le parti du programme, ça coûte 50 milliards d'euros. Sauf que ça ne coûte pas 50 milliards d'euros, compte tenu des contrats.
Donc, la baguette magique, moi je veux bien. Mais il n'y a pas de baguette magique, il y a le droit, monsieur. Ce que vous proposez, parce qu'en fait, vous êtes confronté à ce qui vous terrorise, c'est-à-dire la perspective de gouverner. Moi, je me battrai contre, mais ça va vous obliger. Et c'est la seule chose qui est positive dans cette soirée, dans cette matinée. Ça va vous obliger à dire ce que vous voulez vraiment faire pour gouverner la 5e puissance mondiale. Nous l'avons toujours dit, monsieur.
Pardonnez-moi, mais à tous les deux. Et c'est quand même très intéressant que vous commenciez par le fond. C'est important, puisque les Français nous écoutent et nous regardent. Grâce à notre partenaire, l'Institut Epsos, on sait pourquoi les Français ont décidé de voter pour telle ou telle formation politique lors de ces dernières élections européennes. Et ce qui ressort, c'est que ceux qui ont choisi le Rassemblement National l'ont fait pour les thèmes d'immigration et de pouvoir d'achat, Clément Beaune. Là où, du côté de la majorité présidentielle, c'est le soutien à l'Ukraine qui a prévalu.
Seule la liste Renaissance a emporté une adhésion aussi forte sur la guerre en Ukraine qui ne se retrouve chez aucun autre parti. Pour le dire clairement, Clément Beaune, est-ce que vous n'avez pas fait campagne à côté des préoccupations des Français ? C'est la question qui se pose aussi ce matin.
Écoutez, ça a été difficile quand le président de la République a évoqué les perspectives de cette guerre en Ukraine qui va durer et qu'il a été courageux. On nous a reproché parfois d'être, je cite, électoraliste en parlant de l'Ukraine. La preuve, vous le dites, c'est que c'était courageux parce que ce n'est pas évident dans l'électorat que ce soit une préoccupation partagée. Mais la réalité, c'est que ce n'est pas déconnecté de notre pouvoir d'achat et de la vie quotidienne. Les prix de l'énergie sont directement liés à ce qui se passe en Ukraine et à l'agression russe.
Donc moi, je le dis, je sais que c'est parfois difficile à dire, c'est ça aussi gouverner, même si on ne nous remercie pas toujours, c'est la vie. Mais dire que la situation en Ukraine nécessite un soutien budgétaire qui est coûteux parce que sinon, c'est bien pire. Et le Rassemblement National, là-dessus, on parlait d'ambiguïté, ça a été plus que l'ambiguïté, ça a été la complaisance. Bon, et bien moi, je le maintiens, si on ne soutient pas l'Ukraine aujourd'hui, même si ça nous coûte de l'argent, on aura des prix de l'énergie, on aura le prix de la baguette du pain, on aura les prix de la vie quotidienne qui vont continuer à flamber.
Et on a vu d'ailleurs que c'est directement au moment où la guerre a commencé que les prix de l'énergie ont complètement flambé. Donc je sais que c'est parfois compliqué parce que, moi aussi, quand je suis député, on me parle logement, on me parle transport, on me parle difficulté de recrutement dans un café ou dans la restauration. Mais la réalité, c'est que ces sujets-là, et c'est ça gouverné aussi, ils sont connectés au sujet européen et au sujet international.
La nature du soutien à l'Ukraine, ce sera l'un des thèmes de cette campagne législative qui commence ?
Bien sûr, c'est un thème fondamental. Nous en avons parlé, nous avons expliqué notre position, nous avons été beaucoup attaqués de manière injuste. Les Français ont donné raison, visiblement, à la vision que nous avions. Et M. Beaune, prenons l'exemple de l'énergie. Effectivement, vous avez dû gérer l'invasion et l'agression russe en Ukraine. Vous avez pris des mauvaises décisions. Le rapport de la Cour des comptes sur le bouclier énergétique dit que, selon les indicateurs, il y a entre 23 et 27 milliards d'euros qui ont été payés en trop sur les factures ou attribués au surprofit des énergéticiens. C'est un mauvais choix que vous avez fait.
On n'était pas obligés de donner entre 20 et 30 milliards d'argent public à des gens qui ne le méritaient pas. Sur le pain, vous avez raison, sur le poids du blé, mais on a découvert au cours de cette campagne, M. Beaune, qu'il n'y avait pas de sanctions sur le blé russe, qu'on n'avait pas mis de mesures pour sanctionner le blé russe, alors que nous sommes autosuffisants, et vous le savez. Vous avez voté contre les sanctions. Non, mais sur les mauvaises sanctions. Mais par exemple, nous sommes dépendants pour le gaz et le pétrole. Vous l'avez dit, vous avez mis des sanctions. Je finis, nous sommes autonomes sur le blé, en particulier pour l'alimentation. Vous n'avez pas mis de sanctions.
Donc, il n'y en a pas de cohérence. On aurait très bien pu sanctionner le blé, où on est autosuffisants, et le gaz et le pétrole, où ça fait exposer les prix. Donc, ce sont des mauvaises décisions, et ce n'est pas une question de soutien ou pas à l'Ukraine, en fait.
Moi, je veux bien qu'on discute mesure par mesure, je n'ai aucun problème, mais là aussi, il faut un peu d'honnêteté, de cohérence. Quand il y a eu des votes sur les sanctions, vous n'avez jamais voté. Je parle au Parlement européen, les sanctions, vous avez dit qu'il y en avait déjà trop. Je n'ai jamais entendu le Rassemblement national, maintenant vous nous dites ça ce matin, expliquer qu'en fait, il fallait mettre les sanctions sur le blé russe. Vous avez proposé ça une seule fois ? Oui, oui, je l'ai dit à plusieurs reprises. Pas au Parlement européen, là où ça se passe. Parce qu'on ne savait même pas qu'il n'y avait pas de sanctions. Non, mais c'est là aussi le double discours.
C'est que vous dites ce matin, moi j'ai les bonnes solutions, vous avez tout fait mal. Mais il faut vous expliquer ce que vous feriez. C'est quelque chose qui n'a pas été dit. Je finis, si vous permettez. Je vais vous répondre à votre question. Vous nous dites, vous avez voulu qu'on dépense davantage, en réalité, sur les boucliers tarifaires et sur le souci en prix d'énergie. Vous êtes opposé quand les prix sont remontés, quand le cycle a changé. Et maintenant, vous nous dites, vous n'avez pas fait assez, vous n'avez pas mis au bon endroit. Moi, je veux bien, moi je n'ai aucun problème à discuter de votre mesure.
Mais dites-nous ce que vous auriez fait, plutôt que de simplement dire, nous, on a la réponse à tout parce qu'on est géniaux. Parce que c'est ça qui va se passer dans la campagne. Maintenant, je le dis gravement, parce que pour moi, c'est très préoccupant que le Rassemblement national a fait un très bon score hier. C'est un fait qu'il veut, c'est, je crois, ce que vous direz, M. Tanguy, gouverner le pays. Il va falloir dire concrètement, mesure par mesure, en levant toutes ces contradictions sur les finances publiques, le soutien au pouvoir d'achat, ce que vous allez faire. Vous ne pouvez pas juste dire aux Français, on vous comprend, on vous entend.
Il va falloir faire des propositions précises, chiffrées, juridiquement solides, budgétairement solides. C'est ça, gouverner. Gouverner, c'est choisir et c'est prendre ses responsabilités. Je pense que les Français vont comprendre dans cette campagne que j'entends aussi un cri de colère, et je le respecte parfaitement, et les électeurs du Rassemblement national compris, mais maintenant, c'est un projet qu'il faut présenter aux Français.
Jean-Philippe Tanguy, on va vous laisser répondre à Clément Beaune, juste après le fil info, puisqu'il est 8h46, Mathilde Romagnon.
J'ai confiance en la capacité du peuple français à faire le choix le plus juste, Emmanuel Macron le dit ce matin, au lendemain de la dissolution de l'Assemblée nationale. Il y aura donc deux nouvelles élections législatives, premier tour le 30 juin, le 2nd le 7 juillet. Décision prise face au score du RN aux élections européennes, près de 31,4% des voix, 14,6% pour la majorité présidentielle, menée par Valérie Hayé. Raphaël Glucksmann et sa liste PS Place Publique obtient 13,8% des suffrages. Le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, rappelle ce matin, la gauche a constitué, je cite, un front populaire contre l'extrême droite.
En Israël, Benny Gantz, ministre au sein du cabinet de guerre, démissionne du gouvernement, après des tensions avec le Premier ministre israélien. Hier, les Etats-Unis ont demandé un vote du Conseil de sécurité de l'ONU pour appeler à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Match nul, zéro partout hier soir pour l'équipe de France de football face au Canada pour son dernier match de préparation avant l'Euro. La première rencontre des Bleus, ce sera le 17 juin face à l'Autriche. France Info Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis, Salia Brachia
Et autour de nous, Clément Beaune, Jean-Philippe Tanguy, l'un était député Renaissance de Paris et l'autre député RN de la Somme dans cette assemblée qui est dissoute depuis hier soir sur décision du président de la République. On a entendu Marine Le Pen affirmer hier que le RN était prêt à exercer le pouvoir. Jean-Philippe Tanguy, qui sera Premier ministre si le RN remporte la majorité absolue le 7 juillet prochain ?
Si les Français et les Français nous font confiance, ce sera Jordan Bardella, ce qui a toujours été annoncé par Marine Le Pen. Et pourquoi pas Marine Le Pen ? Elle l'a dit plusieurs fois, les institutions de la 5e sont très claires, vous avez une présidente de la République si les Français nous font confiance à la prochaine présidentielle et un Premier ministre. On ne confond pas les rôles et je crois aussi que nos institutions sont fatiguées de cette confusion permanente des rôles. Il est vrai qu'hier, il faut le reconnaître, nous sommes revenus à une des sources de la 5e République avec des décisions politiques qui sont tirées des scrutins populaires. Donc c'est important.
Et donc il faut revenir à ce qu'avait prévu le général de Gaulle, ce qui avait quand même redressé la France et protégé la démocratie. Donc vous n'êtes en train d'expliquer
à ceux qui ont voté pour Jordan Bardella hier qu'il ne va peut-être pas mettre un pied au Parlement européen puisque son ambition
c'est d'être Premier ministre ? Mais ça, c'est les institutions. Écoutez, c'est comme qu'on est élu député. Non, Mme Borne avait été élue députée du Calvados. Elle a été immédiatement Premier ministre. Vous avez été élue députée de Paris pour la première fois, il me semble, en 2022. Vous êtes prévu pour député ministre ? Non, non, vous le savez en plus parce qu'en France, ce n'est pas la 3e République où effectivement il y avait un lien nécessaire ou au Royaume-Uni... Non, je veux dire, c'est organisé... Fini, parce que peut-être que les gens qui nous écoutent ne savent pas.
Il n'y a pas un lien nécessaire dans nos institutions entre un poste de député ou de sénateur et une présence au gouvernement. Ce n'est pas un lien nécessaire. On peut être député européen, venir au gouvernement. On peut ne pas avoir de mandat et venir au gouvernement. C'était le cas par exemple.
Il y a une différence, c'est qu'au Parlement européen, vous quittez le Parlement européen définitivement, ce qui n'est pas le cas de l'Assemblée nationale. C'est un choix démocratique manifeste de Jordan Bardella de dire le Parlement européen. Je m'en fiche.
Écoutez, il y a eu beaucoup de parlementaires européens qui ont pu être ministres et ça n'a rien à voir avec un mépris du Parlement européen. Ça ne sert à rien de dire ce genre de choses. Les Français veulent qu'on les serve. Donc, ils veulent qu'on les serve et qu'on soit à leur disposition. Ils tireront les conséquences et ils font des choix. Je ne crois pas que ce soit le sujet, M. Beaune, aujourd'hui. Est-ce que les Français veulent changer de destin ou pas ? Et c'est là-dessus. Je suis heureux parce qu'on a un débat sur le fond. C'est intéressant, je pense.
Il y a quand même une campagne express qui s'ouvre pour les législatifs puisqu'il y a un scrutin le 30 juin pour le premier tour, le second tour le 7 juillet. Clément Beaune, du côté de Renaissance, on explique qu'il sera hors de question de présenter un candidat face aux députés sortants qui figurent dans le champ républicain. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire quand il y a un risque d'une élection d'un député du Rassemblement National, qui est notre premier adversaire politique, mais aussi, je le dis pour... J'en suis convaincu pour ce qui me concerne de la France insoumise, eh bien, il est préférable de voter pour une autre personne d'une autre formation politique, même s'il faut faire une forme de sacrifice pour nous-mêmes.
Si le député sortant est de la France insoumise...
On n'aura aucun cas. Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas qu'il y ait un risque d'élection du Rassemblement National ou de la France insoumise. Et pour le dire très clairement, moi, je préfère en effet, je l'assume, qu'à l'Assemblée Nationale, quand il y a un risque d'avoir un député du Rassemblement National, il y ait plutôt quelqu'un de la droite classique ou de la gauche classique. Et je mets aussi la France insoumise, même si moi, je n'ai jamais dit l'égal... Dans le même sac que le REN. Alors attendez, c'est important.
Pas dans le même sac exactement, mais en tout cas, je pense qu'aujourd'hui, dans la période que l'on vit, la France insoumise est un facteur de délitement de la République. Et on l'a vu dans cette campagne qui a été honteuse de la part de la France insoumise. Et je le dis aussi, parce que j'ai cette sensibilité sociale-démocrate, je le dis aussi à la gauche socialiste, à la gauche écologiste, on peut travailler sur des projets ensemble, aujourd'hui et au lendemain des élections législatives. Il faudra qu'on fasse nous-mêmes des efforts pour ce faire.
Mais est-ce qu'ils sont prêts à reconstituer la NUPES, à travailler avec des gens qui les ont parfois insultés, qu'on fait une campagne sur Gaza au lieu de faire une campagne sur le Parlement européen, et qu'on bafouait toutes les règles de l'hémicycle de la République et de la démocratie ?
Il semble en tout cas qu'ils y soient prêts puisqu'ils parlent maintenant plus de NUPES mais de Front populaire. Et Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste qui était sur France Info ce matin, dit qu'il n'est pas question d'accepter cette sorte d'accord qui est proposé, c'est-à-dire vous souscrivez à la ligne du président de la République et on ne présente pas de candidats contre vous.
Pour ceux qui nous écoutent, parce qu'honnêtement le sujet ce n'est pas les accords d'appareil etc. Ce n'est pas l'enjeu. L'enjeu est très grave. Est-ce qu'on est prêt à travailler un peu différemment et à sortir de notre zone de confort ? Si tout le monde dit moi je suis gagnant, moi il n'y a rien à faire, moi je ne veux pas de l'extrême droite au pouvoir mais je ne fais aucun effort, y compris la majorité, on ne va pas y arriver. Et on a vu depuis, parce que c'est ça l'autre fait politique, depuis deux ans, qu'on a une majorité, on a une assemblée, pardon, on a une majorité relative.
Je le dis très humblement, je pense qu'on n'a pas tiré toutes les conséquences de ce choc politique qu'ont été les élections de 2022.
Ça veut dire qu'il aurait fallu une coalition ?
Oui, on n'a pas réussi à la mener, mais les torts sont partagés. Les autres parties de la gauche modérée ou de la droite modérée ne l'ont pas voulu non plus. On ne va pas regarder dans le rétro.
Mais en quoi les conditions d'une coalition qui n'était pas forcément réunie
en 2022 sont réunies aujourd'hui ? Parce que chacun doit prendre la mesure de la gravité de la situation. Ce qu'on vit là, c'est inédit, tout le monde l'a dit. faire comme avant et dire c'est la faute à Macron, c'est la faute à machin, etc. On met la République en grand danger.
Alors, on cherche des alliances du côté de Renaissance, du côté de la majorité présidentielle pour le moment. L'ERN disposait de 88 députés à l'Assemblée nationale. Il en faudrait plus de 200 pour atteindre la majorité absolue, Jean-Philippe Tanguy. Hier, Marion Maréchal, vous a tendu la main, Marion Maréchal de Reconquête. Elle se dit prête à rencontrer Jordan Bardella et Marine Le Pen. Vous lui dites quoi ?
Marine Le Pen, pardon, on l'a dit hier soir on va mener des consultations mais ce qui est clair c'est que par deux fois, que ce soit trois fois même à la présidentielle législative encore hier soir, c'est la ligne politique de Marine Le Pen et Jordan Bardella qui a été choisie par les Français. Donc, le rassemblement, l'ouverture ne peut se faire que sur une ligne politique économique et sociale très claire. Donc, Marine Le Pen et Jordan vont consulter aujourd'hui.
Donc, vous pouvez discuter quand même avec Reconquête ?
Il y a aussi les Républicains. Il y a quelques gaullistes chez les Républicains, quelques personnes qui ne veulent plus du gouvernement de M. Macron avec qui on pourrait parler. Voilà, mais ce qui est sûr c'est qu'il y a une ligne claire qui doit être affirmée. Il n'y a pas de tambour, il n'y a pas ces histoires avec des socialistes qui une fois de plus sont avec l'extrême gauche qui s'est comportée de manière complètement infâme. Donc, quand même une fois de plus les propos à la frontière ou même au-delà dans l'antisémitisme ont été franchis. Donc, moi je pensais hier aux électeurs de M.
Glucksmann qui se sont dit qu'il y avait peut-être un nouvel espoir et qui voient que dès la fin du scrutin ça repart dans des magouilles d'appareil avec des gens qui n'avaient plus rien à voir et qui se retrouvent. Ça, ce n'est pas possible. Ce n'est pas du tout la ligne de Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Il faut que tout le monde soit clair. Moi, parce que c'est un débat je me permets une question. M. Tanguy, si vous travaillez avec Mme Maréchal vous travaillez donc avec quelqu'un qui a soutenu le plan de remigration de l'AFD que vous avez condamné. Vous travaillez avec quelqu'un qui a tenu dans cette campagne plusieurs fois des propos homophobes. C'est ça le projet que vous voulez mener du nom des droits
Je vous l'ai dit il faut absolument que ce soit sur la ligne de Marine Le Pen. Mme Maréchal n'a pas tenu des propos homophobes. Elle a tenu des propos sur la GPA. Je vous rappelle que la GPA est interdite. Ça a provoqué une polémique au sein même de le gouvernement. Elle est interdite en France. On s'est exprimé en disant qu'on ne considérait pas que la façon dont elle avait parlé aux personnes était souhaitable pour un débat apaisé et parlait du fond. Mais elle n'a pas tenu de propos homophobes. Sinon d'ailleurs elle serait devant les tribunaux et vous l'auriez fait. Donc revenons à peu de raison. Oui mais vous ne l'avez pas fait parce que vous savez très bien que ça ne tient pas debout.
Dans ce débat on parle beaucoup des législatives depuis hier soir évidemment mais si on élargit la focale au niveau européen il y a une poussée des partis d'extrême droite, nationalistes, souverainistes ça dépend comment on les appelle mais en tout cas qu'est-ce que ça dit de l'état de l'Europe ? Aujourd'hui je vous pose la question à vous Clément Beaune puisque vous avez été ministre délégué en charge des affaires européennes.
Oui c'est une forte préoccupation. Ça ne me rassure pas de dire que le sujet n'est pas que français qu'il est européen comme si ça nous excusait d'une certaine façon. Non mais la gravité de cette situation est en effet européenne. Alors on nous a annoncé qu'il y aurait une extrême droite qui dirigerait quasiment le Parlement européen. C'était un des arguments du RN et d'autres partis d'extrême droite de dire maintenant on a des alliés, on a des amis donc on peut travailler ensemble. Bon c'est à peu près un quart de l'hémicycle européen qui sera dans ces forces d'extrême droite qui sont par ailleurs divisées.
Je le dis, Renew, mon groupe politique, le groupe du centre reste le troisième groupe politique qu'au Parlement européen et il faut là aussi, c'est une logique de compromis et de coalition, que les forces du centre, de la gauche modérée, de la droite modérée, soient unies au Parlement européen demain sur l'essentiel. Je le dis aussi parce que c'est important. On va parler d'enjeux et ça éclaira nos débats nationaux législatifs d'ailleurs. Jamais, jamais, je vais vérifier, une directive, un texte européen, une réforme européenne, un projet européen n'a été initié, porté par un de ces deux groupes d'extrême droite au Parlement européen. Jamais.
Donc c'est une force de blocage, c'est une force qui empêche un certain nombre de réformes de se faire. Très bien. Mais jamais ils n'ont proposé quelque chose, un texte pour les Européens. Au Parlement européen, on peut faire des choses. Jamais.
Mais monsieur, l'initiative législative, c'est la commission qui l'a. Donc il n'y a pas de raison. Les autres groupes politiques, ils proposent des choses. Mais on a proposé des choses sur l'immigration, sur la fin de la concurrence pure et parfaite, sur le commerce national, on propose des choses. On a une influence considérable. D'ailleurs, par exemple, toutes les thématiques sur l'immigration, c'est nous qui l'avons mis au centre du débat. Mais oui, parce que nous sommes un groupe d'opposition et nous ne sommes pas à la commission européenne. Vous le savez très bien.
Mais il y a quand même une question qui se posent les 31,5% des électeurs
qui ont voté pour... Mais on propose beaucoup de choses, monsieur Bonnet. Les gens sont d'accord avec ce qu'on propose.
Pour le rassemblement national, 31,5% pour le RN, 14,5% pour Renaissance, c'est moitié moins que ce qu'a fait le rassemblement national. Concrètement, votre arrivée en force au Parlement européen, Jean-Philippe Tanguay, elle va changer quoi dans le fond des sujets ?
Eh bien, c'est que ça consolide cette influence déterminante qu'on peut avoir sur les sujets. Nous n'avons jamais dit, monsieur Beaune, que l'on allait avoir une majorité au Parlement européen. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Mais aujourd'hui, nous sommes suffisamment forts pour que le PPE, c'est-à-dire la droite classique en Europe, n'ait plus à choisir avec les socialistes ou avec les centristes ou pire, avec les verts, mais puisse faire avec nous, avec nos demandes, nos exigences. Et au Parlement européen, c'est une logique, évidemment, de compromis. Nous n'avons jamais dit l'inverse. Nous n'avons jamais prétendu qu'on aurait une majorité absolue au Parlement européen.
Il n'y a pas un mot de Marine Le Pen et Jordan Bardella là-dessus. Et la raison pour laquelle il y a ce mouvement en Europe, c'est que les gens ne sont pas d'accord avec l'union fédéraliste, avec le pouvoir qu'a la Commission, avec le pouvoir qu'ont les cours de justice contre la souveraineté populaire. Et ils veulent une Europe des peuples et des nations. Donc il faut arrêter de voir les caricaturer. Il faut arrêter de voir les caricaturer en disant qu'on ne veut sortir de l'Europe. Pas du tout. Ils veulent reprendre en main leur destin au sein de l'Europe. On a quand même le choix de ne pas avoir seulement un chemin, celui du fédéralisme et de la technocratie de Bruxelles.
On a tous les choix,
mais on a une responsabilité quand on est des responsables politiques, c'est de proposer des choses. Mais on propose des choses. Non, ce n'est pas vrai. Il faut déconstruire un projet. Vous avez fait jusque-là la somme des colères. Il va falloir proposer un projet et tant mieux. Je me réjouis qu'on ait cette élection pour échanger là-dessus.
Le ton est donné de cette campagne qui commence ce matin. Clément Beaune, Jean-Philippe Tanguy, merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info.
Christine Pirès Beaune