Élections européennes, dette, insécurité, agriculture... Céline Imart est l'invitée du 17 avril 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Et bonjour, c'est Célimar. Merci d'être avec nous dans les 4V sur France 2. Célimar. Célimar. Bonjour Jean-Baptiste. Je commence à accrocher votre prénom. On va commencer effectivement par parler de cet enjeu. Vous êtes numéro 2 sur la liste LR pour ces européennes. Comment on fait pour tenter d'intéresser les Français ? Pour un scrutin, il faut le dire, qui tous les 5 ans a du mal, comme ça, à susciter un intérêt très important. Et surtout quand votre liste plafonne à 8% dans les sondages. On fait comment pour stimuler, intéresser les Français ?
Et je trouve que la chronique de votre invité, juste à l'instant, sur le problème de cette Europe qui réglemente, qui réglemente, là où les États-Unis ou d'autres puissants sont dans l'incitation pour la transition écologique, pour faire face au décrochage économique, est un excellent exemple. Aujourd'hui, l'Europe est très éloignée des Français et notamment des gens qui travaillent, des retraités, de la vie quotidienne, parce qu'elle réglemente des choses très détaillées, mais elle n'est pas dans l'incitation et elle n'est pas une politique avec une vision.
On l'a vu sur la partie agricole, on le voit sur les sujets qui, sur nos vies quotidiennes et sur finalement notre destin collectif, sur la partie migratoire, sur la partie économique, sur le pouvoir d'achat, sur le pouvoir de transmettre. Exactement. L'Europe est très loin des citoyens et c'est pour ça aussi qu'on a du mal à intéresser les Français à deux mois des élections, à ces échéances européennes.
Vous allez tenter de le faire. En tout cas, votre principal adversaire du côté droit de l'échec et politique semble toujours Jordan Bardella, la liste Rennes qui est donnée à plus de 32% dans le dernier sondage IFOP. Comment vous arrivez à convaincre vos électeurs que le vote utile pour battre la majorité présidentielle, ce serait plutôt la liste R que Jordan Bardella qui caracole en tête des sondages ?
Aujourd'hui, ils caracolent en tête des sondages aussi parce qu'en fait, ils cristallisent un vote de rejet du macronisme et de la politique désastreuse qui a été menée depuis 2017. Et c'est vrai qu'on a tendance à américaniser un petit peu la politique et à faire de ces élections des sortes de midterms. Et donc, on essaie de cristalliser ce rejet. Mais en réalité, la seule liste de droite, et de droite, je parle sur le plan économique, qui soit libéral, qui propose vraiment des choses extrêmement concrètes pour faire face aux problématiques qu'on traverse, qu'elles soient économiques, sociétales, sur l'insécurité, sur l'immigration, c'est aujourd'hui la liste LR.
Mais sur le fond, quel est votre principal désaccord, Jordan Bardella ?
Déjà, sur l'économie, aujourd'hui, on a vu que le RN, par exemple, a soutenu la grève des cheminots, qui sont quand même une caste d'ultra-privilégiés aujourd'hui, qui bloquent les Français, alors que quand on voit le décalage de trains de vie ou le décalage de privilèges qu'on peut avoir avec des gens comme nous, des agriculteurs, les artisans, les commerçants, et quand on voit qu'ils bloquent les Français et que le RN les soutient, quand ils soutiennent aussi la retraite à 60 ou 62 ans, on n'a clairement pas la même vision économique. Ce sont des différences très importantes.
On rappelle que vous êtes agricultrice de profession, on va en parler dans un instant de l'agriculture. D'abord, le sujet de l'immigration, parce que quand je regarde, effectivement, Jordan Bardella, François-Xavier Bellamy, votre tête de liste, mais aussi Marion Maréchal, toutes ces trois listes ont inscrit comme priorité numéro un la lutte contre l'immigration de leur programme. Malgré, c'est vrai, vos efforts pour vous différencier, il y a quand même ce point commun qui reste. On se dit, bon, ils proposent la même chose.
Oui, c'est bien d'avoir aussi des points communs. Nous, on n'a jamais empêché personne de penser comme nous et de proposer des choses identiques aux nôtres. Et sur l'immigration, sur la taxe carbone aux frontières, sur des mesures écologiques, si d'autres nous rejoignent, tant mieux finalement. Mais on n'a pas un programme monomaniaque autour de l'immigration. On a des propositions très fortes sur comment reprendre en main nos destins, qu'ils soient de notre destin collectif ou individuel, à travers d'autres propositions que sur l'immigration. Je pense notamment à la sécurité, au trafic de drogue, à la jeunesse, à l'école.
Donc, le programme est un peu plus complet que ce point migratoire qui est très important.
Alors, Céline, en parlant d'abord d'économie, les Républicains ont fait également de la dette des finances publiques. Leur principal angle d'attaque contre Emmanuel Macron ces dernières semaines. Est-ce qu'on peut être crédible sur le sujet quand une grande partie des LR, notamment, les députés LR ont voté, je dis, contre la réforme des retraites, par exemple, il y a quelques mois ? On peut être crédible sur le dossier de la dette des finances publiques ?
Et sur les retraites, la position est très claire. C'est qu'aujourd'hui, il faut absolument que des personnes qui ont cotisé toute leur vie, qui ont travaillé toute leur vie, on ne touche pas, on ne désindexe pas leur retraite.
C'est une des pistes d'économie qui est à l'étude en ce moment ?
C'est une des pistes d'économie qui est à l'étude, et ça, pour nous, c'est clairement une ligne rouge. On a des retraités, enfin, je reprends, excusez-moi, l'exemple agricole, parce que c'est ce que je connais le mieux. Moi, si je prends l'exemple de mon père, ou de tous les agriculteurs qui ont travaillé pendant 40 ans, ils ont aujourd'hui des retraites agricoles à 800, 830 euros, 850 euros par mois.
On ne va pas taper sur les retraités aujourd'hui, qui ont cotisé toute leur vie, qui ont construit, qui ont déjà du mal pour certains à boucler les fins de mois, qui ont du mal à transmettre ce qu'ils ont réussi à acquérir à leurs enfants ou à leurs petits-enfants, et leur faire payer l'incurie de Macron. Ce n'est pas là qu'il faut aller chercher des économies.
Ils vont aller chercher où, du coup ?
Alors, nous, on a identifié, on a proposé un contre-budget au niveau des républicains très chiffrés, de 25 milliards d'euros. Il y a clairement des gisements aujourd'hui. Un, l'immigration, on y revient. Mais aujourd'hui, que ce soit l'aide médicale d'État ou certains dispositifs, des accès à des prestations dès le premier jour où une personne étrangère met le pied sur le sol français, ce n'est pas normal, sans qu'elle ait jamais contribué, qu'elle touche. Donc ici, il y a un gisement d'économie. Il y a un gisement d'économie bien identifié aussi sur les agences d'État. On a une bureaucratie absolument galopante avec des agences qui se superposent et qui coûtent beaucoup d'argent.
Là, il y a des gisements d'économie. Et puis ensuite, il y a toute la réforme, notamment de l'assurance chômage, et le fait qu'aujourd'hui, le travail, ceux qui travaillent, ne peuvent pas financer tout le système social.
Vous parliez d'insécurité. Safi de drogue, Céline Imar, le gouvernement lance une nouvelle opération place nette. Il y en a un petit peu lancé tous les jours. Demain, ce sera en Guadeloupe où Gérald Darmanin doit se rendre. Votre tête de liste, François-Xavier Bellamy, est à Marseille cet après-midi pour parler de trafic de drogue. Justement, en quoi la politique du gouvernement est, selon vous, insuffisante sur ce dossier ?
Parce que ce sont des interpellations qui ont lieu. On a des politiques place nette et puis dès le lendemain, dès le jour d'après, on va voir les habitants des quartiers et ils vous disent eux-mêmes que rien n'a changé. Le vrai question, c'est que derrière les interpellations, c'est bien. Les policiers, aujourd'hui, il faut qu'ils aillent déloger tous ces trafiquants dans leur lit, à n'importe quelle heure du jour de la nuit. Mais ensuite, derrière, il faut qu'ils aillent derrière les barreaux. Parce que s'il n'y a pas de sanction pénale qui est dissuasive et effective, en fait, tout redevient comme avant.
Et non seulement il faut qu'ils aillent derrière les barreaux, mais il faut qu'ils y restent. Il faut qu'ils y restent sans téléphone, sans télé. Le Club Med, ça suffit. Pour vous, la prison, aujourd'hui, c'est le Club Med ? Attendez, quand on voit qu'on a des trafiquants qui vont derrière les barreaux, un, pour eux, ça fait partie des rites d'initiation. Ils vous le disent clairement, que quelqu'un qui a fait de la prison, ensuite, il se vante d'être passé par la prison. Parce que c'est une case que tout bon caïd doit avoir coché dans son parcours. Et puis deux, on voit qu'ils arrivent aujourd'hui à diriger les trafics de drogue depuis la prison.
Et à organiser les réseaux logistiques d'approvisionnement.
Pour vous, l'administration pénitentiaire est trop laxiste encore aujourd'hui ?
Non, ce n'est pas qu'elle est trop laxiste, c'est qu'elle n'a pas les moyens de faire ce qu'il faut. Quand on voit que sur les 10 premiers milliards d'euros d'économies, le gouvernement a été renié, a été faire les fonds des poches des Français et de l'administration pénitentiaire des forces de police, ce sont précisément les secteurs, et ceux de la santé également, auxquels il ne faut pas toucher. Ce n'est pas là qu'il faut faire des économies.
Céline Imar, vous êtes donc également agricultrice, mouvement de protestation qui, même si on en parle moins, est en pause, il n'est pas complètement terminé. Les syndicats agricoles devaient être reçus par Emmanuel Macron plusieurs fois, les rendez-vous ont été annulés, reportés. Pourquoi ça bloque encore une fois ? Pourquoi on n'arrive pas à solutionner cette crise agricole ?
Parce qu'il y a trop d'écarts entre les annonces politiques et les grands mots qui disent on place l'agriculture au-dessus de tout, l'agriculture c'est hyper important, et derrière les actes. Aujourd'hui on a des choses qui nous empêchent de dormir, qui nous empêchent de travailler, on a des surtranspositions réglementaires, on en a parlé tout à l'heure.
Et pourtant il y a eu beaucoup d'efforts de fait déjà, il y a eu plein de normes qui ont été supprimées, allégées.
Non, il y a eu des choses qui ont été simplifiées, des petits chantiers de simplification, mais aujourd'hui il n'y a pas de... Un, on a besoin d'un choc de compétitivité, la norme non productive a un coût énorme sur les exploitations et pas que sur l'agriculture, sur toutes les entreprises.
On a besoin vraiment de retrouver de l'oxygène au niveau des taxes, au niveau des impôts, et puis on a besoin d'arrêter avec les surtranspositions, et que ce soit sur les phytosanitaires, que ce soit sur l'eau, sur l'accès à l'eau qui est hyper important pour produire l'alimentation, mais aussi l'eau doit être pensée durablement et collectivement, parce que quand on a une véritable politique de stockage de l'eau, elle doit servir aussi pour le tourisme, elle doit servir pour les pompiers, elle doit servir sur un multi-usage.
Et là, vous voyez, sur des choses plus politiques, sur des choses vraiment de vision, où on va donner des outils réels et non surtransposés, et bien il n'y a rien de concret.
Pour filière, Céline Neymar, certains vous diront que l'agriculture a déjà eu beaucoup de choses, il y a eu beaucoup d'annonces, et que d'autres secteurs n'ont pas eu la même attention, on va dire, de la part des pouvoirs publics que le monde agricole.
Oui, mais les annonces, c'est vraiment une chose aujourd'hui, quand elle n'est pas suivie des faits. Et les agriculteurs, on est reparti sur nos fermes et on ne peut pas tenir des manifestations et des blocages indéfiniment. Mais aujourd'hui, il y a une véritable colère qui est là, parce que les attentes sont extrêmement fortes, et la réponse concrète dans les cours de ferme n'est pas à la hauteur des attentes et de la crise.
Céline Neymar, numéro 2 sur la liste LR pour les élections européennes, était l'invité des 4V. Merci beaucoup et bonne journée.
Merci Jean-Baptiste Martin. C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Céline Imart