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Podcast / conversationGaspard G· 2 juillet 2026 42 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalTravail & emploiÉducation & recherche

Gabriel Attal face à ses dossiers

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 10 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    C'est quoi cette boîte ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Vous rêvez toujours d'être un acteur célèbre ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Comment on reste connecté quand on évolue dans un milieu privilégié ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ce mélange d'identité (aristocratie russe, 68) vous a transmis ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Vous étiez de gauche en 2012, vous défendez le mariage pour tous. Aujourd'hui, vous êtes dans un autre parti. Comment expliquez cette évolution ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Votre ennemi, c'est la finance ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 12:00Gabriel AttalFait
    « Je me suis engagé en politique à la recherche du parti, du candidat ou de la candidate qui défendait le plus la liberté. »
  • 16:00Gabriel AttalFait
    « La finance purement spéculative qui fait du rachat d'action de ses propres actions pour faire monter le cours et cetera. Évidemment que c'est pas ça moi en quoi je crois. »
  • 20:00Gabriel AttalFait
    « C'est l'idée que on peut défendre à la fois la liberté d'entreprendre, les libertés économiques et en même temps les libertés individuelles, les libertés sociétales. »
  • 24:00Gabriel AttalFait
    « Il y a aussi d'autres partis politiques qui était entre les deux. Le Parti socialiste, les LR qui ont pas été capables eux-mêmes de construire une alternative crédible pour les Français. »
  • 32:00Gabriel AttalChiffre
    « 6 ans après l'élection d'Emmanuel Macron, les inégalités ont augmenté. Le nombre de personnes vivants sous le seuil de pauvreté a augmenté en passant de 13,8 à 15,4 % des Français. »
  • 36:00Gabriel AttalChiffre
    « Cette année, 150 établissements sur les 11000 collèges et lycées de France ont connu des atteintes à la laïcité. »
  • 40:00Gabriel AttalChiffre
    « Le taux de chômage est au plus bas depuis 40 ans. Le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans. »
  • 56:00Gabriel AttalFait
    « Toute la journée, je cherche à joindre le président, il répond pas à mes messages, il répond pas à mes appels. Je suis quand même premier ministre. »
  • 1:00:00Gabriel AttalFait
    « Moi, j'ai toujours considéré que la défense des valeurs de la République, les questions d'autorité, de laïcité était au moins aussi importante que le reste et que les questions économiques. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

J'ai rencontré Gabriel Atal et j'ai voulu me plonger avec lui dans ses dossiers pour mieux comprendre son parcours et la construction de sa pensée politique. Depuis plusieurs années, je fais des portraits sur YouTube et à l'approche de la présidentielle, j'ai décidé de recevoir les figures qui pourraient faire l'élection. D'abord, c'est un fait L et le RN ont progressé depuis 10 ans et donc quelque part, il y a forcément un lien avec ce qui s'est passé.

À 37 ans, Gabriel Atal est le secrétaire général du parti Renaissance fondé par Emmanuel Macron. Je pense que quel que soit votre âge, quand tout d'un coup on vous dit que vous devenez chef du gouvernement de la France, forcément il y a une forme de vertige. Membre du gouvernement entre 2018 et 2024 est longtemps perçu comme l'un des fidèles du président de la République, Gabriel Atal prend ses distances depuis la dissolution de 2024 et déclare sa candidature à l'élection présidentielle.

Toute la journée, je cherche à joindre le président, il répond pas à mes messages, il répond pas à mes appels. Je suis quand même premier ministre. C'est un jour d'élection, je me dis hm bizarre.

Et puis là, il finit par m'appeler. Euh à 18h45, je pensais avoir une relation de confiance suffisante avec le président. Je suis consterné.

Alors, quelle est son histoire et quel est son ADN politique ? Voici les dossiers de Gabriel Atal. Bonjour Gabriel Atal.

Bonjour. Vous allez bien ? Ça va.

Et vous ? Ouais, super. C'est quoi [raclement de gorge] cette boîte ?

Alors, vous allez voir, j'ai préparé quelques [musique] archives que j'espère vous avez pas revu depuis longtemps. On est allé chercher un peu loin, ça fait des souvenirs. On va plonger ensemble dans certaines de vos archives ces moments qui ont marqué votre parcours politique.

Mais d'abord, Gabriel Atal, qui êtes-vous ? Je veux dire, au-delà du CV, un homme libre, j'espère, parce que c'est ce qui compte pour moi le plus, c'est la liberté. Être libre de faire ses choix, de tracer sa route, de proposer ce qu'on veut proposer, de faire ce qu'on a envie de faire.

Et puis euh j'espère quelqu'un de de fidèle en amitié avec ma famille, avec mes proches. Je vous propose qu'on commence à remonter votre parcours avec une première cassette. On est en 1998 et vous avez 9 ans.

Ces élèves de CM2 sont pour la plupart issus de milieux sociaux privilégiés. L'école alsacienne forme 1600 élèves de la maternelle au baccalauréat. Beaucoup de ministres et de nombreux acteurs célèbres sortent de cette école privée.

À 9 ou 10 ans, ces élèves ont déjà de l'ambition. Gabriel a 9 ans et demi. Ici, il peut pratiquer sa passion en toute liberté, le théâtre, considéré comme n'importe quelle autre matière.

Les pièces de Molière n'ont plus de secret pour lui et chaque année, il participe à un spectacle. Oh, voilà ma fille qui prend l'air. Elle ne me voit pas, elle soupire, elle lève les yeux au ciel.

Papa travaill dans le cinéma et il m'a dit que si on voulait être un acteur célèbre, il fallait commencer par le théâtre. L'année avant dernière, j'ai fait le chat beauté et j'étais le chat. Et l'année dernière, j'ai fait le médecin volant et j'étais le médecin.

Vous rêvez toujours d'être un acteur célèbre [rires] ? Non. Comment on reste connecté quand on évolue, quand on grandit dans un milieu pareil ?

Bah forcément, quand vous êtes euh enfant et que vous avez la chance de d'être dans un milieu privilégié, euh c'est sûr euh que vous êtes dans une réalité qui est celle qui est différente de celle de français et de jeunes qui grandissent dans des milieux plus modestes. Et quand après quand je me suis engagé en politique, évidemment que pour moi ça a toujours été un enjeu très important que d'être connecté à tous les Français queles que soient leurs origines sociales géographiques. Quand je suis devenu élu local conseiller municipal dans ma dans ma commune, j'avais 25 ans.

J'ai demandé à être administrateur au centre communal d'action sociale pour être au contact et aider les familles qui étaient les plus en difficulté, les plus modestes. Pour moi, la politique, c'est ça. La question c'est pas de savoir d'où vous venez mais où vous voulez aller.

C'est pas qui vous êtes, mais ce que vous faites. Et donc c'est chercher en permanence à rompre l'isolement dans lequel la fonction peut vous amener, dans lequel un milieu peut vous mettre pour être connecté à tous les Français. Votre père est un 68 qui votre socialiste, je crois.

Votre mère est descendante de l'aristocratie russe. Qu'est-ce que ce mélange là d'identité vous a transmis ? Enfin, aristocratie russe, c'est ils ont été trucidés au moment de la révolution et c'est des gens qui sont repartis de rien quand ils sont arrivés quand ils sont arrivés en France.

Qu'est-ce qu' vous ont transmis vos parents dans leur éducation ? Qu'est-ce qu'on lisait chez vous ? Est-ce qu'on débattait à table ?

Alors oui, moi mes parents ont divorcé, j'étais très jeune hein, j'avais 7 ans à peu près quand ils se sont séparés. Le divorce est arrivé plus tard mais euh donc voilà, c'est j'ai grandi quelque part dans une famille mais dans deux cellules avec ma mère et avec mon père et c'était des rapports qui étaient différents. Euh ma mère était très euh très prise parce qu'elle travaillait beaucoup.

Elle avait pas travaillé avant d'épouser mon père. Ils se sont mariés, elle était très jeune, elle a pas fait d'études, elle s'est occupée de nous pendant toute notre enfance et au moment du divorce, elle a dû évidemment se mettre à travailler. Elle a commencé en bas de de l'échelle comme assistante dans des salles de montage, dans l'audiovisuel et elle faisait des doubles journées parce qu'elle devait à la fois travailler, s'occuper de nous.

Et donc moi le souvenir que j'ai c'est que le soir était très fatigué, donc il y avait pas de grandes discussions politique ou métaphysique à table. Mon père c'était un peu différent. Lui, il était très pas du tout engagé politiquement.

Il a jamais été militant. Il a jamais voulu être élu ou quoi que ce soit. 68 quand même, ça donne une impulsion.

Non. Ouais. C'était plus culturel que politique.

C'était un 68 au sens où il m'a transmis mais comme ma mère avec des choses différentes. Mais mais le fait que la liberté c'était la chose la plus importante. Il fallait absolument jamais renoncer à sa liberté, jamais accepter de rentrer dans une case, dans un dogme et et toujours chercher à cultiver ça.

Je vous propose qu'on passe au dossier suivant. Gabriel Atal, vous poursuivez vos études quelques rues plus loin seulement à Sciencepo et on a retrouvé, je pense, une sacrée archive. Je sais pas si vous l'avez vu depuis qu'elle a été tournée.

Vous avez 23 ans, vous faites partie de ces jeunes engagés au Parti socialiste. On est en avril 2012 à quelques semaines de l'élection présidentielle. J'ai l'honneur d'accueillir donc Gabriel Atal pour le PS et Maxime Cordier pour l'UMP.

François Hollande, il l'a dit, son objectif c'est la jeunesse. Il veut que les jeunes dans 5 ans vivent mieux qu'il ne vivent aujourd'hui et demandent d'ailleurs à être jugés là-dessus. Sarkozi demanda à être jugé sur le taux de chômage à la fin de son mandat.

On voit ce qu'il en a été. C'est dommage parce que le partialiste, on a toujours un peu de mal à se repérer dans leur projet parce que ça change un peu tous les jours. Mais mais mais aussi enfin bon c'est ton projet il est là.

Je vois pas ton projet à toi. Tu es venu avec ton téléphone portable peut-être pour l'appel à un ami, je sais pas. On parle pas de mariage homosexuel, on parle de mariage tout court parce que pour nous le mariage c'est deux personnes qui s'aiment et c'est pas forcément un homme et une femme.

On va pas faire un mariage spécialisé pour les homosexuels. Si tu parles de statut de coparent, pourquoi est-ce que tu parles pas de deux parents ? Je comprends pas je comprends pas pourquoi est-ce qu'il y a cette différence.

C'est bon, c'est bon. Là c'était un léger Ouais mais bien sûr mais j'attends que tu finis de parler pour répondre. C'était un léger passage en force quand même parce que sur le modèle allemand il parle du modèle allemand en terme économique et non pas en terme sociétaux.

Euh le statut de coparent quoi donc le statut statut moi ça me désespère parce que je comprends que vous soyez dommage on peut avoir une discussion sur TF mais bien sûr justement bon là on est un peu sur TF1 un peu sur YouTube Gabriel Atal dans ce débat pour Sciencepo TV c'est la web téléétudiante de ScienceP vous défendez la candidature de François Hollande à l'élection présidentielle de 2012 face à un autre étudiant Maxime Cordier qui lui est un représentant de l'UMP le parti de Nicolas Sarkozi dit, "On vous voit un peu presque singer ou en tout cas jouer à ce débat de l'entre de tours. C'est assez marrant. Alors, il se trouve que Maxime Cordier qui deviendra plus tard votre chef de cabinet." C'est pour ça que je riais beaucoup parce que c'est hilarant de se revoir avec Maxime qui est devenu mon principal collaborateur.

Il est directeur général de votre parti politique renaissance. C'est bien ça. Absolument.

Ouais. Ou alors moi il y a quand même un truc qui me frappe dans cet archive, c'est je me dis les mecs abordaient deux prismes complètement différents sur le plan idéologique et aujourd'hui ils se retrouvent dans le même parti. Ouais.

Bah je pense qu'il a fait plus de chemins que moi d'abord parce qu'on voit dans les dans Ah donc c'est lui qui a bougé, c'est pas vous. Bah on voit dans la vidéo, je défends le mariage pour tous. À l'époque c'était pas du tout la ligne qui était défendue par euh par son parti.

Ça, c'est le moins qu'on puisse dire. Une bonne partie de la droite, l'UMP en tête, ne voit pas du tout le mariage pour tous d'un bon œil. Le mariage pour tous, c'est une promesse phare du candidat socialiste François Hollande durant sa campagne.

Et quelques mois après son élection, sa ministre de la justice, Christian Tobira présente le projet qui ouvre le mariage et l'adoption au couple de même sexe. Nous proclamons par ce l'égalité de tous les couples, l'égalité de toutes les familles. Les milieux religieux et conservateurs s'y opposent et à droite, c'est surtout l'adoption qui met le feu au poudre.

Bir ta mère est-ce qu'elle s'appelle Rè c'est dans ce contexte qu'un mouvement d'opposition d'ampleur émerge la manife pour tous et début 2013 plusieurs centaines de milliers de personnes défilent à Paris mais le gouvernement socialiste ne cède pas et la tension monte un climat électrique on s'exaspère de part et d'autres incident dans la rue et incident dans l'hémicycle chaque camp accuse l'autre d'être responsable de la radicalisation et finalement le 23 avril 2013 l'assemblée nationale a adopté le projet de loi ouvrant le mariage au couple de personnes de même sexe. La France devient le 14e pays au monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe. Et vous, vous êtes toujours de gauche, Gabriel Tal ?

Moi, je me suis engagé en politique à la recherche du parti, du candidat ou de la candidate qui défendait le plus la liberté. Quand je me suis engagé en politique, je trouvais que la droite représentait bien la liberté économique, la liberté d'entreprendre, mais mal les libertés individuelles, les libertés sociétales. Exemple, [musique] le mariage pour tous, l'égalité euh entre euh euh les les personnes LGBT et les autres, euh l'égalité entre les femmes et les hommes.

Et je trouvais que la gauche représentait mal les libertés économiques et la liberté d'entreprendre, mais bien les libertés individuelles, les libertés sociétales. En fait, quand Gabriel Atal s'engage en politique au milieu des années 2000, le Parti socialiste est traversé par un vieux clivage. D'un côté, un courant de gauche traditionnel qui revendique une vraie rupture avec le libéralisme et de l'autre le courant des réformistes.

En gros, ce qui considère qu'il faut accepter l'économie de marché mais qu'il faut la réguler. Et parmi eux, un jeune militant, Gabriel Atal. [raclement de gorge] Et donc j'ai rejoint le Parti socialiste plutôt sur la ligne, certains appellent ça réformiste deè gauche, social-démocrate, social libéral, mais en tout cas sur la ligne de ceux qui partageaient l'idée que le capitalisme était pas un ennemi, que l'économie de marché c'était quelque chose qu'il fallait accepter, réguler bien sûr.

C'est pas contraire ça à l'esprit de ce que ça veut dire être de gauche. Je veux dire, la gauche se construit dans le marxisme, dans la lutte contre le capitalisme, dans la lutte des classes. Enfin, ça dépend quelle gauche.

Je veux dire, il y a enfin historiquement la gauche, je vous parle pas de la gauche de partie est devenue bien sûr, mais je veux dire les choses ont bougé, les choses ont évolué et elle continue à évoluer. D'ailleurs, regardez les gauches, les parties de gauche en Europe, il continuent à évoluer notamment sur les questions régaliennes, les questions de sécurité parce que le monde change et que le monde évolue. En tout cas, moi à cette époque-là, je me dis j'ai envie de m'engager.

Pour moi, la droite c'est encore une fois très loin de ce que je crois en matière de société, droit des minorités, d'égalité femme-homme. La gauche, c'est plus proche de ça. Et je me dis finalement dans l'aile droite entre guillemets du PS, bah ça se rapproche le plus de ce que je de ce en quoi je crois moi.

Le Hollande de 2012, Gabriel Atal son ennemi c'est la finance quand même. Cet adversaire c'est le monde de la finance. Est-ce que vous votre ennemi c'est la finance ?

Non, moi je dirais pas ça aujourd'hui. Euh et moi aussi j'ai évolué forcément parce que la finance on en a besoin. La finance c'est ce qui permet de d'innover et d'ailleurs on aurait besoin que davantage on puisse financer l'innovation, la recherche euh l'intelligence artificielle, faire monter nos start-ups pour avoir des géants du numérique et des géants de l'IA en France.

Donc on en a besoin de la finance. Ça dépend en fait la finance au service de quoi, c'est sûr. La finance purement spéculative qui fait du rachat d'action de ses propres actions pour faire monter le cours et cetera.

Évidemment que c'est pas ça moi en quoi je crois. La finance en revanche qui vient permettre l'innovation de rupture, la prise de risque, l'innovation sur le long sur le long terme. Ça oui, on en a besoin.

Et d'ailleurs, c'est ce qui nous manque en France par rapport aux États-Unis notamment qui eux sont beaucoup plus en avance que nous sur ce sujet. Alors, je vous propose qu'on passe à une autre archive, Gabriel Atal. On est à la fin du quinquena de François Hollande et François Hollande doit composer avec les infidélités de son propre ministre de l'économie un certain Emmanuel Macron.

On est en 2016, vous avez 27 ans et Macron lance son mouvement en marche et nous parle dans ces meetings d'un certain projet. Moi, je le porterai dans la durée, je le porterai jusqu'au bout. Mais maintenant, votre responsabilité, c'est d'aller partout en France pour le porter et pour gagner.

Ce que je veux, c'est que vous partout vous alliez le faire gagner. parce que c'est notre projet. Vive la République !

Vive la France ! Qu'est-ce qui vous plaît dans ce projet ? J'y étais à ce meeting mais j'entendais rien en fait.

La sono était horrible. J'entendais juste des hurlements mais on comprenait pas ce que on comprenait pas ce qu'il disait. Ce qui me plaît à l'époque, c'est c'est ce que je viens de vous dire.

C'est l'idée que on peut défendre à la fois la liberté d'entreprendre, les libertés économiques et en même temps les libertés individuelles, les libertés sociétales. C'est l'idée que la liberté prime sur tout le reste. Je peux pas vous dire qu'à l'époque c'est le programme économique qui m'a le plus emballé, même si pour moi ça allait quelque part dans le bon sens que de dire qu'il fallait réduire la fiscalité en France.

Et en ça évidemment que j'avais évolué. Trop de droite pour vous. Non, c'est pas ce que je dis mais enfin c'était pas dans la hiérarchie de ce que je mettais en premier dans mon choix mais j'avais évolué par rapport à 2012 effectivement à l'époque où avec François Hollande c'était la taxe à 75 % qui était qui était proposée et cetera, c'est certain.

Bah ouais, parce qu'en 2012, quand François Hollande arrive à l'Élysée, il est élu sur un programme fiscal très à gauche avec une boussole, faire payer davantage les plus riches et les grandes entreprises. Et la mesure qui fait le plus de bruit, c'est l'ajout d'une tranche imposant à 75 % les revenus de plus d'un million d'euros. Bon, elle aurait concerné qu'à peu près 1500 personnes.

En fait, c'est surtout un symbole, mais elle sera quasiment pas appliquée. Forcément, vous découvrez des choses, vous apprenez des choses, vous prenez conscience, vous vous murez aussi. Et puis cette idée qui allait avoir un grand souffle de transformation, de rénovation de la vie politique, de manière de faire de la politique euh auquel tout le monde allait pouvoir participer.

Et ce en même temps, ce ni de droite ni de gauche, est-ce que Gabriel, il a pas contribué aussi à une fragmentation de notre paysage politique, peut-être à une polarisation des idées les plus extrêmes, d'avoir en fait facilité euh la montée en puissance de LFI, du RN ? S'il y avait eu plus de socle idéologique, est-ce qu'il y aurait pas moins d'instabilité ? Bon, d'abord c'est un fait LFI, le RN ont progressé depuis 10 ans et donc quelque part il y a forcément un lien avec ce qui s'est passé.

Et même si la tendance débute avant l'élection d'Emmanuel Macron, elle s'accélère nettement sous ces deux quinquenas. À la présidentielle, ça se compte en millions de voix. Entre 2017 et 2022, Marine Le Pen gagne 2,7 millions d'électeurs au second tour et Jean-Luc Mélenchon connaît aussi une forte progression.

Mais le plus parlant, c'est ce qui se passe à l'Assemblée. Le Rassemblement national de Marine Le Pen passe de 8 députés en 2017 à 126 en 2024 et devient le parti avec le plus de députés. Et sur la même période, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon passe de 17 à 71 députés.

Une progression largement nourrie par la défiance envers les partis qui gouvernaient jusqu'ici le Parti socialiste, les Républicains et depuis bientôt 10 ans le parti d'Emmanuel Macron. Quelle analyse vous faites de ça ? En tout cas, je dirais pas que l'intégralité de la responsabilité incombe ni au président de la République, ni à ceux qui l'ont accompagné.

Il y a aussi d'autres partis politiques qui était entre les deux. Le Parti socialiste, les LR qui ont pas été capables eux-mêmes de construire une alternative crédible pour les Français. Vous avez contribué au fait que que cela disparaisse ?

Alors, c'est là c'est là où j'allais venir. C'estd que moi, je crois au dépassement politique. C'est ce qu'a fait le président en 2017.

C'est-à-dire l'idée que les défis que le pays a relevé sont tellement importants que ça justifie qu'on fasse travailler ensemble des gens qui viennent de la gauche, de la droite, du centre, de la société civile. Et je crois que les défis sont encore plus importants aujourd'hui, ça le justifie encore plus. Mais à l'époque euh ce dépassement politique, c'était une espèce de d'absorption des autres.

En gros, pour bosser avec nous, il fallait devenir nous. euh vous quittiez votre famille politique d'origine, euh votre identité politique d'origine et il fallait rejoindre En marche et quelque part épouser euh cette nouvelle identité qui rassemblait tout le monde. Mais rétrospectivement, je pense que le dépassement, ça aurait pu être travailler des gens ensemble de la gauche, de la droite, du centre, mais avec chacun qui garde son identité politique, voir même son parti politique d'origine et donc aller plus vers une logique de coalition avec d'autres partis plutôt que d'absorption comme ça a été le cas.

Peut-être effectivement que ça aurait contribué à ce que il y ait d'autres alternatives à nous qui restent en dehors des extrêmes. En juin 2017, juste après l'élection d'Emmanuel Macron comme président de la République, vous êtes élu, vous aussi euh député des Hautes SCES à 28 ans dans cette vague de nouveaux visages à l'Assemblée nationale. Vous pouvez nous raconter un peu c'est quoi cette assemblée des débutants ?

Il y a plein de nouveaux visages qui qui apparaissent à ce moment-là parce qu'avec les législatifs de juin 2017, c'est un big [musique] bang à l'assemblée qui est renouvelé au 3/4. Près de trois élus sur qu n'avaient jamais été député. C'est du jamais vu sous la 5e République.

Le moteur principal de ça, c'est la République en marche, le tout jeune parti d'Emmanuel Macron. Porté par la vague de la présidentielle, ses députés sont en grande partie des novices de la politique issu de la société civile, infirmière, agriculteur, chef d'entreprise. Plus de neuf députés de la majorité présidentielle sur 10 n'avait en fait jamais siégé.

Mais enfin, il faut malgré tout nuancer. Les cadres supérieurs [musique] et les professions libérales restent largement surreprésenté à l'Assemblée par rapport au reste de la population. C'était incroyable.

C'est-à-dire qu'en fait euh avant 2017, il y avait une seule députée qui avait moins de 30 ans à l'Assemblée nationale, c'était Marion Maréchal Le Pen. Les partis traditionnels, le PS, l'UMP et cetera, n'avaiit jamais permis à des jeunes d'être présents à l'Assemblée nationale. Moi, je suis pas pour qu'il ait que des jeunes à l'Assemblée nationale, mais les moins de 30 ans, ça représente une partie importante de la population et donc je considère qu'il doivent représenter à peu près la même proportion à l'Assemblée nationale et globalement dans les assemblées délibérantes.

En 2017, on est passé de une députée de moins de 30 ans à 30 députés de moins de 30 ans qui ont été élus. Ça a été un changement énorme et il y avait cette idée pour ma génération, on était une bande à l'époque, bah il y avait l'idée que on défrichait en fait un peu des contrées qui n'avaient jamais été exploré par des gens de notre génération et avec l'idée que tout était possible, qu'on allait faire des choses extraordinaires et qu'on allait tout révolutionner. 10 ans plus tard, est-ce que le pays et nos institutions fonctionnent vraiment mieux ?

Je vous prends ces chiffres Gabriel Atal de l'INC. 6 ans après l'élection d'Emmanuel Macron, les inégalités ont augmenté. Le nombre de personnes vivants sous le seuil de pauvreté a augmenté en passant de 13,8 à 15,4 % des Français.

Vous avez été dans ce gouvernement et c'est aussi euh une part de votre bilan bien sûr. Moi, je Comment est-ce que vous ferez mieux ? D'abord, je pense que il y a un progrès par rapport à 2017 qui est indéniable, c'est le taux de chômage.

Vous avez beaucoup moins de chômage en France aujourd'hui qu'il y en avait en 2017. Malheureusement, depuis la dissolution, ça remonte un peu. Et enfin euh le taux de chômage est au plus bas depuis 40 ans.

Le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans. Taux d'emploi est au plus haut depuis qu'il est mesuré. Le problème qu'on a aujourd'hui en France, c'est que vous avez beaucoup de gens qui travaillent qui ne s'en sortent pas.

Oui, le travail ne paye plus. y compris des gens qui bossent et qui sont sous le seuil de pauvreté, ce qui est insupportable parce que ça désincite à travailler certains et puis surtout ça crée de la désespérance parce que les gens ils font des efforts, on leur demande toujours plus d'efforts, ils peuvent pas payer euh leurs courses à la fin du mois, ils peuvent pas emmener leurs enfants en vacances, payer des loisirs et cetera. C'est ça pour moi le vrai problème aujourd'hui.

Et ça c'est vrai que là-dessus, on n pas réussi. Si le chômage a globalement baissé depuis l'élection d'Emmanuel Macron, la question c'est aussi celle de la qualité [musique] de l'emploi entre les contrats courts, le temps partiel subi, les périodes de chômage entre deux missions, les revenus irréguliers, de nombreux français travaillent mais non pas de stabilité. Ainsi, travailler ne protège pas toujours de la pauvreté.

Le dernier rapport de l'observatoire des inégalités mettait en évidence qu'il y a en France plus d'un million de travailleurs qui vivent sous le seuil de pauvreté. Gabriata, je vous propose qu'on passe à un autre dossier. On avance un peu dans le temps.

Vous faites votre trou au gouvernement après avoir été successivement secrétaire d'État puis ministre des comptes publics. Vous devenez ministre de l'éducation nationale à seulement 34 ans. Vous êtes le plus jeune à avoir occupé ce poste.

La rentrée 2023 arrive et une de vos premières mesures, c'est ça. Je vous annonce, j'ai décidé qu'on ne pourrait plus porter la baaya à l'école. Il s'agit d'une robe longue, ample, couvrant le corps des poignées aux chevilles.

Est également concerné son équivalent masculin, le Camis, sorte de tunique, des vêtements désormais prohibés par l'éducation nationale. Pourtant, pour ces deux jeunes femmes, à la différence du voile, la Baya n'a rien de religieux. C'est pas un vêtement religieux.

C'est vraiment une robe ample qu'on met en été quand il fait chaud parce qu'on a pas forcément envie de montrer notre corps. Cette année, 150 établissements sur les 11000 collèges et lycées de France ont connu des atteintes à la laïcité. L'éducation nationale Gabriel Atel à la rentrée 2023 c'est 2900 profs qui manquent.

C'est des manques de moyens, des résultats scolaires en baisse dans les classements internationaux et les atteintes à laïcité concernent seulement 150 établissements sur les 11000 collèges et lycées. Est-ce que c'était vraiment une priorité ou c'était plutôt un coup de com dans le cadre de la droitisation de la vie politique française ? D'abord, ma priorité c'était évidemment aussi l'élévation du niveau et le recrutement des enseignants.

D'ailleurs, j'ai présenté des mesures sur un signal votre première mesure sur la B. Mais j'ai aussi présenté le choc des savoirs avec des mesures pour élever le niveau, des mesures pour faciliter le recrutement d'enseignant avec le le la réforme de la formation et cetera. Derrière ce choc des savoirs lancé à l'arrivée de Gabriel Atal à l'éducation nationale, il y a plusieurs mesures.

Déjà, des groupes de niveau en français et en math au collège pour répondre à la chute historique des résultats. Et puis il y a aussi le retour du redoublement décidé par les enseignants et non plus par les parents ou encore le fait de rendre le brevet obligatoire pour rentrer en classe de seconde. [musique] Mais plusieurs de ces mesures ne dureront pas.

Les groupes de niveau, d'abord jugés inefficaces par le Conseil supérieur de l'éducation, difficile à appliquer faute de professeur, ils deviennent facultatifs. Pour ce qui est de l'idée du brevet obligatoire pour rentrer en seconde, c'est abandonné début 2025. Du côté des postes d'enseignant maintenant, Atal protège le collège et le lycée avec plus de 1000 emplois sauvés ou créés.

Mais le primaire, lui, perd 650 postes. Et en toile de fond, une crise du recrutement des enseignants, près de 3000 postes non pourvus au concours, ce qui va pousser Gabriel Atal à lancer une réforme en ramenant le concours de prof de bac + 5 à bac + 3. Et puis donc cette mesure phare prise peu après son arrivée, l'interdiction de la baia et du Camis à l'école.

Et oui, c'était une priorité, mais c'était une priorité d'abord parce que les chefs d'établissement nous le demandaient. Ça faisait des années que les chefs d'établissement, les principaux, les proviseurs nous disaient "La règle n'est pas claire. On se retrouve avec des élèves qui portent la Baya ou le Camis.

On ne sait pas si on doit l'autoriser ou pas." Certains l'interdisaient considérant que c'était un vêtement religieux et à ce moment-là, ils avaient des contestations des familles. Ça ça devenait très tendu.

D'autres l'autorisaient mais il se retrouvaient à avoir des contestations de certains enseignants ou d'autres familles qui disaient ça devrait être interdit. Ils étaient en première ligne avec un ministère qui ne leur donnait aucune règle. Donc moi, j'ai pris mes responsabilités, j'ai dit "On va vous donner une règle claire parce que la moindre des choses qu'on doit au personnel de l'éducation nationale, c'est de leur donner des règles claires pour qu'ils puissent les appliquer." Et donc j'ai clarifié la règle.

Vous aviez donné aussi une forte impulsion au SNU, le service national universel. Ce SNU, pour ceux qui voient pas ce que c'est, c'est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron censé renforcer la cohésion nationale et l'engagement des jeunes français. Il vise les 15- 17 ans et concrètement c'est un séjour de 2 semaines en internat avec uniforme et levée du drapeau tricolore autour de la citoyenneté, du sport et de la défense.

Gabriel Atal porte le projet et lance l'expérimentation du SNU en 2019 lorsqu'il entre au gouvernement comme secrétaire d'État à la jeunesse. Début 2024, alors qu'il est devenu premier ministre, il annonce même sa généralisation pour la rentrée 2026. Sauf que bah ce sera jamais.

Faute de budget, le gouvernement renonce à la généralisation du SNU et en 2026, il est carrément mis en extinction. Elle manque d'ordre cette jeunesse française, je pense de cadre, de repères et de rythes de passage. Euh le le service national universel, c'est quoi ?

C'est d'abord un cadre effectivement avec une forme de discipline, le lever des couleurs le matin, le respect d'un certain nombre d'horaires, l'apprentissage dans certain nombre de codes. Mais c'est pas en de semaines ou en un mois que vous allez apprendre ça. Ça doit évidemment commencer beaucoup plus tôt à l'école.

Ensuite, c'est un repère et c'est un repère pour moi très important qui est la République avec la possibilité de rencontrer des jeunes qui viennent de territoires totalement différents, d'horizons sociaux totalement différents autour de ces valeurs de la République. Et puis enfin, c'est un rit de passage parce que moi je crois qu'on a besoin de rit de passage dans la vie. Et finalement l'humanité, la société, elle s'est toujours construite avec des rites qui faisaient que vous passiez de jeune à adultes mais qui en réalité se sont beaucoup affaiblis.

Pour moi, le service national universel, ça peut aussi être ce moment de rite de passage entre la jeunesse et l'âge adulte. Vous avez l'impression que la jeunesse, elle veut ce SNU ? Je sais pas si en tout cas, je vous le dis, je pense que je pense que les rites de passage ça compte, le cadre ça compte, le sens ça compte.

Après, je veux dire, ceux qui l'ont fait ont vécu une super expérience, c'était des volontaires. Donc forcément, c'est sûr que Mais vous aviez aussi des jeunes, moi ça m'avait frappé, qui allaient vraiment un reculon, des jeunes dont les parents les avaient quasiment forcés à le faire. Et y compris ces jeunesl, ils ont sont ressortis en disant "C'était une expérience qui m'a énormément appris sur les autres mais aussi sur moi-même." Et oui, je pense que c'était utile.

Après, par ailleurs, on fait pas que ce qu'on veut faire dans la vie. Vous avez plein de jeunes qui vont à l'école, qui ont pas envie d'aller à l'école et pourtant, ils s'y vont parce que c'est obligatoire. Alors, j'ai une autre cassette qui arrive très peu de temps après ce qu'on vient de voir.

Il faut dire que tout va assez vite pour vous. On est en janvier 2024, vous avez toujours 34 ans et vous êtes nommé premier ministre. Un peu à la surprise générale, vous succédez à Ellisabeth Born.

À l'heure où je prends mes fonctions, c'est d'abord au président de la République que j'adresse mes remerciements les plus sincères. Cela a été dit ces dernières heures. J'ai pu le lire ou l'entendre.

Le plus jeune président de la République de l'histoire nomme le plus jeune premier ministre de l'histoire. Je ne veux y voir qu'un seul symbole, celui de l'audace et du mouvement. Plus jeune premier ministre de la 5e République, vous avez 34 ans quand vous franchissez le péron de Matignon.

Qu'est-ce que vous ressentez à ce moment-là ? Je vous l'avez dit, c'était à la surprise générale, y compris de la mienne. Je m'attendais pas du tout.

Comment vous l'avez appris ? Euh une semaine avant euh j'ai eu le secrétaire général de l'Élysée à l'époque Alexis Colè qui m'a appelé. On était le 2 janvier je crois.

Euh moi je pensais qu'il m'appelait un peu pour débriefer euh à la fois les les les dossiers, les vacances et cetera. Donc je racontais mes vacances puis il m'interrom il me dit euh non mais je t'appelle pas là pour qu'on se parle de nos vacances ou des dossiers, je t'appelle pour te prévenir que le président va demander à te voir parce qu'il envisage de te nommer premier ministre. Et là je suis vraiment m tombé de de l'armoire quoi.

Pourquoi ? parce que je pense que il préférait avoir des premier ministres qui étaient peut-être plus en retrait euh qui qui euh comment dire ? Oui.

Qui qui qui mettaient moins en avant leur action et cetera médiatiquement. Et moi voilà parce qu'il parce que quoi ? Il aurait eu peur de se faire voler la vedette.

Non, je crois pas que ce soit une question de peur. Je pense que c'est une question de conception de la gouvernance du pays où euh voilà, je pense qu'il préférait des premier ministres. Je pense que le président préfère avoir des premier ministres discrets euh en retrait.

Qu'est-ce qu'on ressent ? Bah évidemment une forme de une forme de vertige parce que vous vous dites que et c'est j'avais 34 ans, oui, mais indépendamment de là, je pense que quel que soit votre âge, quand tout d'un coup on vous dit que vous devenez chef du gouvernement de la France, forcément il y a une forme de vertige. Quelle mesure vous voulez porter à ce moment-là ?

J'avais fixé plusieurs objectifs. Désmicardiser la France, c'est-à-dire faire en sorte, on en parlait tout à l'heure, que les salaires augmentent. Le problème qu'on a en France, c'est pas le niveau du SMIC qui est en fait plus élevé que la plupart de nos voisins, c'est le fait qu'il y a des gens qui restent quasiment toute leur vie bloqué au niveau du SMIC, qu' y a pas de progression salariale.

Donc d'abord des mesures autour de la désicardisation, ensuite des mesures autour de la débureocratisation et en gros simplifier la vie des gens parce que objectivement aujourd'hui vous êtes un entrepreneur, vous êtes un élu local, vous voulez porter des projets, c'est hyper compliqué. Il y a des formalités administratives dans tous les sens, des recours dans tous les sens. Donc je voulais simplifier tout ça.

Et puis trois, j'avais fixé aussi un objectif majeur qui était la lutte contre la délinquence des mineurs euh avec une réforme que je voulais porter pour durcir notre code pénal pour la justice des mineurs. Sauf que ces réformes, elles vont être bien plus compliquées à faire passer qu'en temps normal parce que l'Assemblée nationale dont hérite le premier ministre Atal est fracturée en quatre blocs depuis 2022. la gauche, le centre, la droite et l'extrême droite.

D'habitude, comme les législatives ont lieu juste après la présidentielle, le parti du président élu décroche dans la foulée une majorité absolue pour appliquer son programme. Au moins 289 sièges sur 577. Mais en juin 2022, le camp présidentiel d'Emmanuel Macron n'en obtient que 245.

Résultat, pour faire adopter une loi, il manque au gouvernement 44 voix qu'il doit aller chercher dans les autres groupes, souvent au prix de compromis. Vous étiez premier ministre mais sans majorité absolue. Qu'est-ce que ça vous apprend à ce moment-là sur les sur les institutions de la France ?

D'abord, moi j'étais ministre auparavant sans majorité absolue et donc notamment quand j'étais au budget, j'avais vécu ce que c'était. Euh ça vous donne envie de les changer ces institutions ? Moi je crois pas que le problème institutionnel en France ce soit entre le président et le premier ministre ou entre le premier ministre et l'Assemblée nationale.

Je pense que le problème il est entre Paris et le reste de la France. C'est le sentiment que toutes les décisions sont aujourd'hui concentrées à Paris et qu'on donne pas suffisamment d'espace de respiration au collectivité locale, aux partenaires sociaux pour partager le pouvoir. Dans mes priorités, il y a ça.

Mieux partager le pouvoir en France. Ça veut pas dire la cogestion, ça veut pas dire la délibération permanente. Ça veut dire qu'il y a une grande partie de ce qui est géré aujourd'hui à Paris, que ce soit à l'Assemblée nationale ou au gouvernement, bah qui devrait pas être géré à l'Assemblée nationale et au gouvernement, qui devrait être géré dans les collectivités locales ou par les partenaires sociaux.

Et dans mon projet que je présenterai aux Français, il y aura cette idée-là de réorganiser la manière dont les pouvoirs publics s'organisent en France. Dans ce contexte de fragmentation politique arrivent les élections européennes. On est le 9 juin 2024.

Le parti présidentiel arrive 3e à cette élection. Peut dire que c'est un échec électoral, je crois. À 21h15, Emmanuel Macron prend la parole dans une allocution télévisée.

Après avoir procédé aux consultations prévues à l'article 12 de notre Constitution, j'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissou donc ce soir l'Assemblée nationale. Alors, je pense que comme beaucoup de français, moi quand je vois ça, je me dis il vient de se prendre une ro électorale.

Qu'est-ce qu'il est en train de faire ? Vous avez compris ce qu'il a voulu faire ? Non, toujours pas.

Je pense qu' aucun français n'a compris ce qu'il a voulu faire. Vous n'êtes pas consulté. Ah bah c'est même pas ça.

C'est que il y a eu un choix délibéré de me cacher cette décision pendant plusieurs semaines puisquelle avait été prise assez en amont. Ah ouais ? Vous pensez que c'était prévu ?

Mais je sais. Ouais. Ouais.

Ça faisait plusieurs semaines si ce n'est plusieurs mois que ça avait été Donc il avait compris que la liste menée par Valérie ça ferait flop. Ou alors en fait ça n'avait absolument rien à voir avec les européennes. Peut-être qu'il aurait fait ce choix-là. indépendamment du résultat des européennes, on en sait rien.

Il a probablement envie de dissoudre l'Assemblée nationale à ce moment-là. Comment est-ce que vous réagissez à ça ? Toute la journée, je cherche à joindre le président, il répond pas à mes messages, il répond pas à mes appels.

Je suis quand même premier ministre. C'est un jour d'élection, je me dis h bizarre. Là, on apprend que une caméra, une équipe de TF1 a été convoquée à l'Élysée pour enregistrer une allocution.

C'était moi qui étais censé parler le soir des élections. Donc bah pu là, on se dit bah c'est bizarre quand même, il va annoncer quelque chose, on n'est pas au courant. Donc ça commence à ressembler à la dissolution.

Et puis là, il finit par m'appeler euh 18h45, en fait, 2h à peine avant euh avant son allocution. Et oui, c'est un choc. Il y a il y a un choc personnel bien sûr parce que euh forcément euh je pensais avoir une relation de confiance suffisante avec le président pour qu'il puisse me faire part de ces de ce type de de projet et de décision.

Et il vous entend à ce moment-là. Non, enfin, il dit "Non, non, je crois pas du tout. On peut retrouver une majorité, on va y arriver.

La gauche va être divisée, ils arriveront pas à refaire la NUPES. Bon, ils ont mis 48 heures à faire le NFP. Euh et puis euh euh Jordan Bardella est fatigué.

Euh il a fait la campagne des européennes, il arrivera pas à faire campagne. Là, j'avoue que j'ai été médusé par cet argument honnêtement. Euh mais voilà, il avait en fait la décision était prise je pense depuis tellement longtemps que c'était trop tard pour le faire changer d'avis.

C'est une décision dont on paye encore les conséquences aujourd'hui parce que l'incapacité aujourd'hui à faire des réformes, à prendre des mesures importante pour le pays, pour l'économie, bah découle de l'instabilité politique qui découle des conditions dans lesquelles cette dissolution a été décidée. Sur cette photo, pris pendant la réunion où Emmanuel Macron annonce sa décision de dissoudre l'assemblée, on vous voit bras croisé, le regard noir. Qu'est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ?

Bah, je suis je suis consterné. Consterné. J'ai toujours fait attention à l'époque où j'étais premier ministre à à pas contredire le président en public et et et devant des caméras, mais je suis consterné parce que en fait je vois se dessiner à l'avance tout ce qui va se passer ensuite.

C'estd que c'était évident que ça allait finir comme ça. C'était évident que disessous de l'Assemblée nationale, comme ça par surprise, en choisissant en plus le calendrier le plus restreint pour éviter qu'il puisse y avoir une vraie campagne pour que les gens puissent se faire une idée, ça pouvait pas se passer autrement. Résultat des élections, une Assemblée nationale encore plus fragmentée.

Le camp présidentiel s'effondre et per près de 90 sièges tandis que la gauche unit sous le nouveau Front populaire et le Rassemblement national progresse fortement et surtout il n'y a toujours aucune majorité claire à l'Assemblée. C'est une déconnexion totale de la réalité ou alors c'est une de l'autosabotage ? Je pense qu'il y a autour du président dans ses conseillers euh et dans ces conseillers de l'époque des gens qui l'ont euh oui entretenu dans une espèce de réalité parallèle euh où certains l'ont convaincu que en faisant cette dissolution comme ça par surprise, il pourrait regagner une majorité absolue, ce qui est déjà une folie et ou d'autres finalement, ça j'ai pu le percevoir autour du président voit la France comme une forme de boule de flipper avec laquelle on peut jouer.

C'était ça chez beaucoup de gens qui ont beaucoup de ceux qui ont poussé le président à faire cette dissolution. Emmanuel Macron, on s'en a un peu parlé mais n'a jamais été vraiment très clair sur sa succession. C'est c'est volontaire pour vous ça ?

J'en sais rien vraiment. Faut faut lui poser faut lui poser la question. Par ailleurs, il est encore président de la République pour un an encore et donc c'est c'est normal qu'il se concentre sur son action. quand on regarde en plus ce qui se passe aujourd'hui dans le monde, euh on est plutôt content que le président de la République soit concentré euh à sa tâche.

C'est pour ça par exemple que malgré tous les désaccords que j'ai pu avoir ou que je peux avoir avec le président de la République, j'ai jamais voulu, contrairement à d'autres, appeler à sa démission. Euh et imaginez si le président avait annoncé sa démission, là on serait en plus en pleine élection présidentielle avec tout ce qui se passe dans le monde, la guerre en Iran, enfin c'est c'est l'Ukraine et cetera. Euh, heureusement que le président est à est à sa tâche et concentré jusqu'au bout.

Qu'est-ce qui vous différencie d'Emmanuel Macron ? Vous comprenez que après 10 ans de macronisme, certains vous voient un peu en en miniui. Oui, on est différent.

Voilà, on est différent sur notre par sur le plan de l'ADN politique. Je pense que dans le macronisme euh il y avait avant tout une doctrine économique. En gros euh la politique de l'offre, une politique pro-entreprise libérale que j'ai totalement soutenu.

Mais je pense que le macronisme ça se ça se résumait beaucoup à ça avec l'idée finalement que quand l'économie va, tout va et que si l'économie va bien, il y aura suffisamment de recettes pour que les comptes s'équilibrent, que les déficits se résorbent sans avoir besoin de faire des économies. Si l'économie va bien, tout le monde aura un boulot et donc les gens vont bien vivre ensemble un peu par magie entre guillemets. Moi, j'ai toujours considéré que la défense des valeurs de la République, les questions d'autorité, de laïcité était au moins aussi importante que le reste et que les questions économiques.

Ça c'est voilà, c'est quel c'est une différence que j'ai que j'ai probablement avec le président et après dans la personnalité, je pense qu'on est aussi différent mais ça on est on n'est jamais le mieux placé pour juger soi-même sa personnalité. Donc c'est au français de le de le voir. Mais vous comprenez que il y a plein de signaux qui pourraient nous dire que après 10 ans de macronisme, les gens ont envie d'autres choses quoi.

Ils ont peut-être pas envie de revoir un secrétaire d'état, un ministre, son porte-parole qu'ils ont vu déjà depuis presque 10 ans. Si moi les Français, je vais pas les prendre pour des imbéciles qui ne sont pas. Si le fait d'avoir participé à un gouvernement ces 10 dernières années et réditoire pour devenir président de la République, bah ils feront leur choix.

Je vais pas leur faire croire que j'ai rien à voir avec ce qui s'est passé depuis 10 ans. J'ai été ministre, j'ai été secrétaire d'État. Je pense que j'ai être comptable de ce que j'ai fait ou pas fait, bien fait ou mal fait dans les fonctions que j'ai eu à occuper au moment où je les ai occupé. qu'on qu'on voilà qu'on me demande des comptes sur ce que j'ai fait en tant que secrétaire d'État à la jeunesse, en tant que porte-parole du gouvernement, en tant que ministre des comptes publics, en tant que ministre de l'éducation nationale.

Quand je vous dis qu'une de mes priorités, c'est les questions régaliennes, la sécurité, la justice, l'immigration, la laïcité, l'autorité, c'est aussi une évolution par rapport aux dernières années puisque c'était pas dans les priorités qui étaient affichées en 2017. Donc, je vais proposer un programme de changement bien sûr, mais aussi parce que le monde a changé. Les défis qu'on a relevé aujourd'hui sont pas ceux qu'on avait à relever en 2017. 2017, il y a pas l'intelligence artificielle, ça n'existe pas, c'est pas un sujet.

Aujourd'hui, c'est partout, ça va être de plus en plus partout et globalement, vous avez aujourd'hui énormément de français qui se demandent s'ils vont être remplacés par une IA et de parents qui se demandent si leurs enfants vont pouvoir avoir un boulot. Vous souhaitez réguler ? Je pense à Emmanuel Macron qui disait tranquille tranquille quand même.

Globalement, c'est le signal qu'il envoyait à l'Europe en disant il faut pas réguler trop vite l'intelligence artificielle, sinon on va être dépassé par les États-Unis, la Chine. On est déjà dépassé, on est totalement dépassé. Mais en fait c'est c'est pas avec de la régulation qu'on les empêchera qu'on empêchera ça.

C'est en faisant en sorte que tout le monde puisse être formé à l'utilisation de l'IA. Parce que le risque c'est pas d'être remplacé par une IA. Le risque c'est d'être remplacé par quelqu'un qui sait utiliser l'IA.

Ça va être ça la vraie le le remplacement. Et donc pour moi, le fait de former toute notre population à l'IA, c'est un enjeu essentiel pour les Français et pour l'emploi. C'est vrai qu'en Europe, on régule trop par rapport aux États-Unis et à la Chine et donc on met des boulets au pied de nos de nos entreprises euh qui qui qui font enfin qui sont dans une compétition déloyale avec les autres.

Si on prend ces trois images, Gabriel Atal, l'enfant de l'école alsacienne qui rêvait d'être acteur, le porte-parole du gouvernement, le candidat la présidentielle, sur quoi vous avez le plus changé d'avis ? Je pense que j'ai gagné en en gravité euh et que l'exercice du pouvoir m'a changé. Euh d'abord parce que j'ai j'ai fait face à un certain nombre de drames quand vous devez aller quelques heures après l'assassinat d'agent de l'administration pénitentiaire abattus froidement euh auprès de leur famille, de leur épouses, de leurs femmes enceintes, de leurs enfants, je veux dire, c'est des choses qui vous marquent à vie.

Euh quand vous avez des gendarmes qui sont tués en Nouvelle-Calédonie au moment des émeutes que vous êtes avec leurs femmes, leurs enfants quelques jours après, c'est des choses qui vous marquent à vie. Donc je pense que si ce qui m'a changé intimement et intérieurement, c'est aussi d'avoir été confronté à tous ces drames et d'avoir vu la le courage incroyable de ces françaises et de ces Français qui font face au pire et je pourrais parler aussi des parents d'enfants qui se sont suicidés après avoir été victimes de harcèlement. Donc ça ça m'a ça m'a changé.

Quels sont les grands facteurs de votre ADN politique Gabriel Atal ? On dit d'un tel qu'il est gauliste, d'une autre qu'elle a été mitérandienne. Ça voudra dire quoi être atalien ou ataliste ?

Je sais pas comment on dit libéral profondément proeuropéen, intransigent sur les questions de sécurité et progressiste sur les questions sociétales et climatiques. Alors c'est c'est long comme descriptif mais enfin si je devais définir ma ligne et mon identité politique c'est comme ça que je le ferai. Sincèrement le le jeune homme que vous étiez à Sciencep qu'on a vu voterait pour Atal en 2027 ?

Je sais j'espère. Je je je vais je vais me battre pour convaincre tous les jeunes, y compris les jeunes étudiants à science Po un peu à gauche ou très à gauche de voter pour moi. Mais euh en tout cas, si si j'avais dit à ce jeune-là qu'on voyait sur la vidéo tout à l'heure qui se retrouverait premier ministre à 34 ans et candidat à l'élection présidentielle à 38 ans, il y aurait pas cru une seconde.

Merci Gabriel Atal. Merci beaucoup. Et voilà, c'était le deuxième épisode des dossiers, ma série d'entretien politique avec TF1 Info.

J'espère que ça vous a plu. D'ailleurs, je suis très curieux en commentaire de savoir quel personnalité politique vous verriez dans ce format. Surtout, n'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube parce que ça permet vraiment de soutenir mon travail et su de mon équipe.

Au passage, cet épisode est aussi disponible sur TF1 Plus, sur Netflix et sur les plateformes de podcast. J' pas vu qu'il y avait les petits trucs. Même pas parlé mon film.

Ah mais oui alors on a failli le faire mais on avait pas les droits je pense. Ah oui de droit.