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interviewLe Média — Podcasts· 19 mai 2022 66 min

Contre-matinale #143 | Un trouble fête à la NUPES, violences sexuelles et pouvoir

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Salut à toutes et à tous et bienvenue sur le plateau du Média TV. Nous voici partis pour environ une heure d'info et d'analyse. D'info et d'analyse se voulant différente de ce qu'offrent les géants publics et privés du paysage audiovisuel français. Si vous vous retrouvez ici par hasard, le Média est la première coopérative médiatique de France, libre de toute influence de milliardaires ou de mécènes et financé exclusivement par les abonnements et les dons de ceux qui l'aiment. Pour nous permettre de survivre aujourd'hui et de nous développer demain, impliquez-vous, engagez-vous, devenez sociaux, abonnez du Média en allant sur le mediatv.fr slash financé je crois.

La contre-matinale du Média, épisode 143, c'est parti. Le Média TV.fr slash soutien soutenez-nous en allant donc sur cette URL. Aujourd'hui, mon confrère et camarade Jemil prendra ma suite pour évoquer une question fondamentale qui rebondit de manière particulière durant cette campagne en vue des législatives. Je vais y arriver. C'est la question des violences sexuelles et sexistes, surtout dans les milieux politiques, une question qui pose la problématique du pouvoir et des passe-trois qu'il donne aux humains de sexe masculin généralement. Avant de lui céder mon micro, je recevrai un candidat aux législatives. Raphaël Arnaud, qui candidate dans la deuxième circonscription du Rhône.

Raphaël Arnaud, qui est le porte-parole de la jeune garde de Lyon. Il est une figure des luttes antifascistes, de cette tendance-là qui n'a rien contre des convergences avec la gauche parlementaire. Il a même fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Mais voilà, il va affronter, entre autres, le candidat officiellement investi par la nouvelle Union populaire, écologique et sociale. On lui demandera pourquoi. On évoquera sa démarche politique et citoyenne, mais aussi la profusion des violences d'extrême droite ces derniers jours, en France, mais aussi aux Etats-Unis. Mais commençons par la titrologie.

Ce n'est pas tous les jours que deux quotidiens français mettent des porte-conteneurs à leur une. Ce matin, la croix et les échos ont des illustrations qui se ressemblent, mais des angles différents. L'angle du quotidien catholique est plutôt inquiet. Mondialisation vers un monde plus fragmenté, titre le journal. Désolé, aujourd'hui, ça ne va pas avec la gorge. Après une globalisation débridée, l'économie mondiale va-t-elle ? Va peut-être se reconstruire autour de grands blocs commerciaux. La guerre en Ukraine et la logique des embargos qui la suivent n'aideront pas, en effet, les partisans d'un marché sans frontières.

La croix cite Larry Fink, le très puissant patron du non moins puissant groupe BlackRock, spécialisé dans la gestion d'actifs, qui a récemment écrit à ses actionnaires, selon Larry Fink, c'est la fin de la mondialisation telle que nous l'avons connue ces 30 dernières années. De leur côté, les échos célèbres l'envol du groupe français CMA-CGM, qui devient actionnaire de Air France-KLM, et les deux entreprises construisent ensemble une alliance qui leur permettra de devenir un poids lourd du fret aérien et, plus généralement, de la logistique et du transport. Bon, pour l'écologie, vous repasserez. La guerre en Ukraine fait la une de l'humanité et du Figaro.

Luma met en valeur à sa une un reportage d'Honeltsk, la guerre au quotidien, titre le quotidien, de tendance communiste. Pilonné, la ville prend des airs de refuge malgré tout, explique le reporter de Luma. Un reporter qui écrit, et je lis, Au terme de 85 jours de combat, la ville séparatiste de l'Est abrite une partie des populations du Donbass. Les habitants de Mariupol et d'autres agglomérations assiégées, épuisés par les violents affrontements, y font également étape avant de rejoindre la Russie ou l'étranger.

Toujours dans la veine du reportage, le Figaro raconte la ville de Kharkiv, théâtre, et je cite, « De nouvelles atrocités russes, un enfer de tueries et de viols commis dans la déroute », indique le Figaro, qui raconte aussi le premier procès à Moscou d'un soldat russe accusé de crime de guerre en Ukraine.

Et pendant ce temps, en France, nucléaire, la moitié des réacteurs français à l'arrêt, c'est le titre un tantinet alarmiste du quotidien Le Monde, sur 56 réacteurs en exploitation, 29 sont à l'arrêt, les uns pour des contrôles prévus, mais d'autres pour un état de corrosion inattendu, écrit Le Monde, ce qui pose un vrai problème de sécurité des approvisionnements, notamment alors que l'Europe tente de se défaire des hydrocarbures russes.

Autre problème de fond, grave et préoccupant, faute de personnel difficile d'organiser, les admissions de nuit et de week-end dans nos hôpitaux, et ça pourrait s'aggraver pendant l'été, c'est un problème bien plus grave que le burkini et les piscines municipales, mais bon, à chacun ses priorités. Du côté de la presse indépendante en ligne, j'ai retenu deux titres ce matin. D'abord, Frustration Magazine, de notre ami Nicolas Framont.

Elisabeth Borne va nous mettre la misère, car elle l'a déjà fait, titre Frustration Magazine, qui revient sur le bilan d'Elisabeth Borne, dans les différents ministères où elle est passée, notamment au ministère du Travail, où elle a parachevé la réforme indécente de l'assurance chômage. Frustration écrite, et je cite, « En bonne techno-macroniste, Borne a su défendre cette réforme injuste avec la mauvaise foi et l'aplomb, donc il faut croire qu'ils sont enseignés dans un séminaire à Polytechnique, un séminaire qui s'intitulerait prendre les Français pour des cons, théorie et pratique.

» Cite encore, « Frustration », comme tout bon macroniste, Borne a en permanence nier la dimension politique de cette réforme, priver les chômeurs de droits et réduire la protection sociale, au profit d'explications techniques, réduire le chômage, pérenniser, entre guillemets, les finances de l'assurance chômage, etc. C'est à cela qu'on reconnaît une bonne techno de la bourgeoisie, quelqu'un qui est capable, sans sourciller, de faire passer pour technique un choix politique. Aujourd'hui, on a également lu avec intérêt tout un dossier de Mediapart dénommé « Inflation ». On va prendre cher en particulier un article intitulé « Inflation, l'effet domino mondial ».

Un effet domino qui est d'abord européen et ou alors aussi européen, avec une monnaie qui dévisse face au dollar. Mediapart écrit « L'inflation est déjà à plus de 11% aux Pays-Bas, 9,8% en Espagne, 7,4% en Allemagne. En moyenne, elle s'élevait à 7,5% dans la zone euro en avril, du jamais vu depuis 30 ans. » A l'origine de tout ça, la guerre en Ukraine qui dure, mais aussi la paralysie de la Chine, prise dans les taux de sa politique zéro Covid. On passe désormais à notre premier invité du jour. Raphaël Arnaud est déjà venu sur ce plateau en tant qu'activiste, activiste antifasciste, porte-parole de la jeune gare de Lyon. Aujourd'hui, il vient en tant que candidat aux législatives.

Candidat certes, mais indépendant. Il nous expliquera pourquoi. on laisse à Raphaël le temps d'arriver. On me laisse aussi le temps de prendre un peu mon souffle parce que j'ai un chat dans la gorge. Alors, peut-être que c'est un problème d'allergie parce que j'ai Emile qui va bientôt prendre ma suite. Lui aussi, il a de vrais problèmes de voix. Raphaël, peut-être aussi ? Peut-être un petit peu. Allez, comment tu vas ? Ça va. Et toi ? Ça va. Alors, tu es un militant antifasciste. Tu as fait campagne lors de la dernière élection présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon, assez activement, on peut dire. Oui, tout à fait.

8:54
Raphaël Arnault

Après, j'ai fait quatre meetings présidentiels. Je suis allé aux deux de Philippe Poutou et aux deux aussi de Jean-Luc Mélenchon.

9:01
Présentateur

Et au final, bref, on ne demandera pas pour qui tu as voté. Bref, tu as fait campagne lors de la dernière élection présidentielle, mais tu es candidat à la députation dans la deuxième circonscription du Rhône en opposition au candidat officiel de la NUPES. Pourquoi ?

9:19
Raphaël Arnault

Oui. C'est une décision pas facile à prendre. Déjà parce que c'est nouveau. C'est-à-dire pour nous, pour moi aussi, c'est la première élection à laquelle je vais participer en tant que candidat. Et puis, on était toutes et tous heureux de cette initiative d'unité à gauche, de cette volonté d'imposer une gauche de rupture à la politique de Macron ces cinq prochaines années. Et ça passe notamment par des luttes à l'Assemblée nationale. Ça passera aussi évidemment par des mobilisations dans la rue. Ça va de soi. Mais si on arrivait à avoir une majorité combative à l'Assemblée, ça n'aurait que plus de poids pour imposer notre politique face à Emmanuel Macron et ce prochain quinquennat.

Le souci qu'on a eu, c'est que dans notre circonscription, on a un représentant de la Nouvelle Union Populaire qui s'appelle donc Hubert Julien Laferrière, qui est en fait un ancien du PS, le PS plutôt bien à droite de Gérard Collomb, qui en 2017 se présente sous la bannière d'Emmanuel Macron, sous la bannière En Marche, qui va se faire élire sous cette bannière-là et qui, pendant trois années consécutives, va participer au groupe parlementaire La République En Marche, va voter les lois de La République En Marche, dont la loi Asile et Immigration. Donc pour nous, c'était impossible que ça soit notre représentant.

Et quand je dis pour nous, ce n'est pas seulement la jeune garde, seulement moi, c'est-à-dire qu'on est nombreux et nombreuses à se connaître sur le terrain, notamment sur cette circonscription avec un quartier de la Croix-Rousse qui est fort de son tissu associatif, militant, politique, etc. Et pour nous, c'était une évidence qu'il fallait proposer autre chose, une alternative pour réparer un peu cette anomalie dans notre circonscription et proposer une vraie candidature de la gauche de rupture. C'est pourquoi je me suis lancé dans cette aventure avec le soutien de toutes ces personnes. Sinon, ça n'aurait pas de sens.

11:08
Présentateur

Alors donc, le principal problème, c'est le profil du candidat officiel de la NUPES et c'est finalement, quelque part, les frictions que peuvent provoquer cette alliance, notamment le fait que des militants de la gauche radicale ne se retrouvent pas dans des candidats qui sont appelés à soutenir mais qui finalement sont du centre-gauche voire de droite. C'est ça ?

11:36
Raphaël Arnault

Oui, c'est ça. C'est que nous, on se retrouve avec quelqu'un qui est censé s'opposer à un président libéral qui finalement a mené sa politique pendant trois ans et qui de fait est toujours resté un libéral. C'est dans son ADN politique. C'est-à-dire qu'on ne vienne pas nous faire croire que d'un coup d'un seul, il va changer en quelques mois et puis il va participer à la majorité parlementaire de gauche de rupture comme s'il ne rien n'était. Au bout de combien de temps il va partir ? Je ne sais pas, quelques mois, quelques années, on n'en sait rien.

Quoi qu'il arrive, c'est sûr que c'est quelqu'un qui ne va pas appliquer le programme puisqu'il ne l'a jamais souhaité, il ne l'a jamais revendiqué. Même tout au long de la campagne présidentielle, il n'a jamais revendiqué le programme qui est l'avenir en commun, qui est plus ou moins les bases de la Nouvelle Union Populaire. Donc oui, nous, il nous fallait une candidature qui promette et qui par ses actions au jour le jour prouve qu'on est capable d'appliquer ce programme-là.

12:29
Présentateur

En gros, tu as quelque chose pour dire les choses avec un problème avec la NUPES telle qu'elle est construite, c'est-à-dire un arc qui va du PS et qui aurait dû arriver jusqu'au NPA. D'ailleurs, est-ce que tu comprends le choix du NPA de ne pas participer à la NUPES parce que justement le PS notamment, il s'y trouve ?

12:49
Raphaël Arnault

Oui, je comprends. Je comprends ce choix du NPA et d'ailleurs, le choix du NPA, ça a été de dire que ce parti soutiendrait les candidatures de la Nouvelle Union Populaire qui rentrent dans le cadre de cette gauche de rupture, typiquement des candidats qui s'inscrivaient déjà dans l'Union Populaire, on va dire ça comme ça, et tous les candidats libéraux type ceux qu'on a sur la circonscription, le NPA soutiendrait des candidatures de la gauche de rupture, de la vraie gauche de rupture. C'est pourquoi d'ailleurs le NPA me soutient dans cette candidature.

Ensuite, vous savez, ça se joue à un tel niveau, ces accords-là nationaux qui nous dépassent en fait, nous les militants et militantes de terrain. Et nous, on le sait, c'est que les militants et militantes de terrain de toutes les organisations finalement qui représentent la Nouvelle Union Populaire étaient déçus de ce candidat, nous sur notre circonscription. Et ouais, effectivement, après, très sincèrement, nous, on n'est pas dans un esprit revanchard vis-à-vis de la Nouvelle Union Populaire. On n'y va pas parce qu'on est dégoûté, parce qu'on veut une revanche vis-à-vis de la Nouvelle Union Populaire, de ces accords-là, pas du tout.

On pense que c'est important de s'inscrire dans cette dynamique unitaire et d'imposer cette majorité. Par contre, si nous, les militants et militantes de terrain, les acteurs associatifs, on peut réussir à réparer un peu ces anomalies du fait de ces accords nationaux, on va tout faire en notre pouvoir pour réparer ces anomalies et imposer une vraie gauche de rupture partout où c'est possible.

14:12
Présentateur

Si tout le monde fait ça, il n'y aura plus de NUPES. En gros, c'est-à-dire que si les sociolibéraux de la Nouvelle Alliance estiment que ils ne vont pas voter pour des gens trop à gauche et qu'ils vont se reporter sur le candidat macroniste et que les gens ayant un profil comme le tien se défilent pour une candidature indépendante, finalement, la majorité qu'espère la NUPES, on ne la verra jamais. Oui,

14:41
Raphaël Arnault

alors après, tout dépend de notre curseur, c'est-à-dire à partir de quel moment on définit un candidat comme social libéral ou non, c'est complexe. Ce qui était sûr, c'est qu'un candidat qui quand même s'est fait élire sous la bannière En Marche, qui a voté les lois En Marche pendant trois ans, il n'y avait pas de doute.

Du coup, là, on s'est dit, il faut y aller et il y a une chose, c'est que nous, lorsqu'on décide de se présenter aux élections législatives officiellement, c'est lundi, du coup, voilà, ça laisse quand même peu de temps à d'autres candidatures dissidentes de se mettre en place dans des endroits où nous, on estime qu'il n'y a pas forcément la nécessité qu'il y a déjà des représentants plutôt qui sont capables d'assumer ce programme de rupture vis-à-vis de la politique de Macron. Nous, on pense que ce candidat-là dans cette circonscription n'est pas capable de le faire.

15:27
Présentateur

Est-ce que tu penses que c'est une circonscription qui est gagnable ?

15:32
Raphaël Arnault

Oui, très sincèrement, oui, elle est gagnable.

15:34
Présentateur

Quels sont les arguments qui te font le dire ?

15:36
Raphaël Arnault

Elle est gagnable parce que déjà on a eu des scores assez élevés dans la circonscription pour justement un candidat de la gauche de rupture qui est Jean-Luc Mélenchon qui présente un programme qui vise à amener toutes ces questions en rupture avec le néolibéralisme, etc. et puis comme je le disais c'est quand même une circonscription qui a une forte histoire de lutte, de résistance notamment sur le quartier de la Croix-Rousse mais aussi du 9ème et que nous, on va s'appuyer là-dessus. C'est-à-dire, je ne suis pas un candidat qui sort de nulle part, qui est parachuté ou qui sort des gros appareils politiques. Non, non, je suis quelqu'un qui travaille sur cette circonscription.

Je le dis d'ailleurs dans ma présentation, j'ai toujours travaillé, j'ai toujours habité, j'ai toujours grandi, j'ai toujours milité et évidemment, ça sera un appui fort pour cette candidature et surtout, on a du monde derrière. Je sais que ça peut être un peu peut-être difficile à comprendre mais encore une fois, je le répète, beaucoup de militants et militantes qui auraient dû participer à cette campagne de la Nouvelle Union Populaire ont été tellement déçus qu'ils sont venus nous chercher aussi et qu'on a commencé à discuter de cette candidature. Encore une fois, elle ne sort pas de nulle part.

Il y avait une histoire un peu de dignité derrière cette candidature mais au-delà de notre simple dignité, c'est qu'il y a aussi la volonté d'aller chercher la victoire et très sincèrement, c'est possible d'aller la chercher parce qu'il y a beaucoup de monde qui nous soutient.

16:48
Présentateur

Alors imaginons que le 12 ou le 19 juin, finalement, Raphaël Arnaud devienne député de gauche, d'une gauche radicale et indépendante. Est-ce qu'il va se mettre dans le groupe, s'associer au groupe du PES ? Que sera son attitude par rapport à ce groupe parlementaire ou à cet intergroupe parlementaire ?

17:10
Raphaël Arnault

Oui. Du coup, dès ma présentation, j'ai souligné le fait que je demanderais à rentrer dans l'Union Populaire parce que pour nous, s'il est important de réaffirmer certaines pratiques à gauche, notamment liées à la gauche de terrain, c'est très important, sinon on pense qu'elle est déconnectée et à nouveau, elle va trahir. Il a été important quand même pour nous de nous inscrire dans cette dynamique nationale et de ne pas être isolés, ça ne sert à rien. Le but, c'est d'essayer de construire toutes et tous ensemble avec une majorité parlementaire et je suis certain qu'on y arrivera.

17:40
Présentateur

Alors, ça a un peu jasé sur les réseaux sociaux parce qu'on estime que tu as utilisé les codes couleurs de la NUPES dans le cadre de ta communication de campagne. C'est voulu ?

17:51
Raphaël Arnault

Alors, je vous avoue que moi, d'un point de vue très technique, déjà j'ai du mal un peu avec des filtres sur des photos donc construire une affiche graphiquement c'est très difficile pour moi, je les ai trouvées très jolies par ailleurs ces affiches. Après, j'ai pu voir effectivement quelques commentaires là-dessus. Si la seule chose, je vous avoue qu'on a à nous reprocher, c'est d'imiter le code couleur ou très proche de celle de l'Union Populaire ou de la NUPES, ça me va. Moi, ce qui est important, c'est qu'on défende des idées. Ce qui est important, c'est qu'on nous interroge sur les idées de ce qu'on veut défendre et ce qu'on représente.

Si effectivement, voilà, la seule chose qu'on a reprochée, c'est ça, ça va. Nous, ce qu'on reproche aux candidats actuellement de la Nouvelle Union Populaire sous notre circonscription, c'est bien plus grave que des affiches, que des couleurs sur une affiche.

18:33
Présentateur

Alors, en parlant des idées, justement, certains observateurs estiment que les militants de terrain ne doivent pas se corrompre, se corrompre l'esprit en entrant dans le jeu politique institutionnel, doivent rester dans une forme de radicalité qui les oblige à se situer en dehors des institutions. Or, par cet acte de candidature aux législatives, en fait, tu entres dans le jeu institutionnel. Ils peuvent te le dire.

19:01
Raphaël Arnault

Oui, c'est vrai. C'est vrai qu'il y a cette question-là. Est-ce que, si on rentre dans le jeu institutionnel, on perdrait un peu de notre radicalité politique, de notre sincérité politique ? Et je pense que tout se joue sur la question démocratique en interne aussi. Quel rapport de force on arrive à imposer à nos candidats ? Là, par exemple, les candidats qu'on a sur notre circonscription, je ne sais pas quel rapport de force il y a en interne. Nous, par exemple, lorsqu'on mène notre campagne, il y a aussi un enjeu politique à mener une campagne. Typiquement, on a des assemblées générales où un comité directionnel va proposer des choses, mais qui sont votées ensuite en assemblée générale.

On va discuter du programme. Et je pense que tout au long de la campagne, on va continuer à en discuter, se réadapter toutes et tous, etc. Ce n'est pas seulement une candidature personnelle d'un candidat. C'est une candidature portée par plusieurs personnes qui ont un contrôle dessus. Et nous, on estime que, oui, il faut un contrôle de la population sur ses élus. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on défend le référendum révocatoire avec le but d'avoir un contrôle sur les élus, de peser, et que s'ils ne respectent pas le mandat pour lequel ils ont été élus, qu'ils puissent être évoqués.

C'est quelque chose à un moment donné, oui, il faut qu'on arrive à faire le lien entre le pouvoir parlementaire et ce qui se passe dans la rue, dans nos syndicats, dans nos associations et dans nos partis. On pense que c'est possible. Il y a eu un espoir un peu qui s'est levé pendant cette présidentielle avec une mobilisation de la gauche qui ne s'était pas mobilisée depuis longtemps parce que cet espoir, il est concret. C'est de dire, à un moment donné, la gauche, elle a trahi sans cesse pendant des années et elle a la possibilité de refaire du lien entre cette gauche institutionnelle et cette gauche de terrain.

20:34
Présentateur

Est-ce que tu penses qu'une voix antifasciste au Parlement, à l'Assemblée nationale, au Palais Bourbon, ça aurait du sens ? Et disons, quelle tonalité, en fait, tu entends avoir dans les travées de l'Assemblée ?

20:53
Raphaël Arnault

C'est marrant parce que je repense à une interview sur BFM que j'ai faite il n'y a pas longtemps. Le journaliste m'a posé la question mais vous n'avez pas peur d'être attaché un peu à cette image d'antifasciste ? Mais de quelle peur ? C'est une fierté d'y aller avec ce parcours militant, d'y aller avec cette image justement au vu de la situation. Il y a à peine quelques semaines, j'ai l'impression que tout le monde l'a déjà oublié, il y avait quand même l'extrême droite aux portes du pouvoir. Peut-être qu'on y reviendra plus tard mais il y a eu une actualité brûlante encore à nouveau de la part des violences de l'extrême droite très récemment.

21:22
Présentateur

Oui, justement, pendant la campagne électorale, il y a eu un militant d'extrême droite qui a tué un ancien international de rugby argentin. s'est passé, enfin, on aurait pu en parler plus et ce week-end, il y a eu encore un crime perpétré par quelqu'un qui avait des liens avec la galaxie d'extrême droite en France. On a vu aussi aux États-Unis le terrorisme d'extrême droite qui a semé la mort et finalement, on se dit, effectivement, en 2022, peut-être, pour des raisons évidentes, il faut être antifasciste mais on n'a pas l'impression que quelque part, ce soit la priorité de ceux qui nous racontent l'actualité et qui ont les plus grands ou les plus puissants porte-voix.

22:12
Raphaël Arnault

Oui. Il y a eu aussi, je rajoute un peu à la liste, mais ces derniers jours, il y a eu un attentat des jours en Allemagne. Hier, il y a 11 militants d'extrême droite qui ont été arrêtés, notamment pour des questions terroristes. C'est un groupe qui s'appelle Vengeance Patriote et des histoires comme ça, on en a toutes les semaines, malheureusement, toutes les semaines.

Et effectivement, nos dirigeants politiques, vous savez, Emmanuel Macron, soi-disant, le rempart contre l'extrême droite, aucun mot dans les médias, aucune déclaration publique sur le fait que, à quelques semaines de la présidentielle, effectivement, un rugbyman international se fait abattre dans les rues de Paris avec une arme à feu par des militants d'extrême droite.

22:48
Présentateur

Qui ont des liens objectifs avec Marine Le Pen, peut-être qu'il fallait protéger Marine Le Pen.

22:52
Raphaël Arnault

Bien sûr, parce que je pense, on ne va pas se mentir, Emmanuel Macron, ça l'arrange d'avoir l'extrême droite au second tour à chaque fois, ça l'arrange d'avoir comme opposition des gens qui sont nuls, des gens qui nous font croire qu'ils défendraient le social, alors qu'en fait, c'est faux. C'est des candidats qui sont issus des classes bourgeoises, qui défendent les classes bourgeoises, lorsqu'il y a des mouvements sociaux qui tapent dessus, qui disent qu'on est des preneurs d'otages, etc.

A l'inverse, d'avoir une majorité combative, d'avoir une opposition de gauche véritablement en rupture avec les politiques libérales, ça le ferait nettement plus peur et ça le ferait nettement moins rigoler. Donc oui, quelque part, ça l'arrange, il joue un jeu trouble entre le fait qu'au second tour, tout à coup, il sonne l'alarme parce qu'il y a un risque que Marine Le Pen passe, n'empêche que pendant 5 ans, il ne s'est rien passé. Et on peut être quasiment sûr, on peut parier sur le fait qu'il ne se passe rien.

Il n'y a encore eu aucune déclaration sur le fait, tu l'as rappelé il y a quelques instants, il y a quelques jours, un homme est à nouveau tué par un militant d'extrême droite dans les rues de Paris, à nouveau avec une arme à feu, toujours aucune déclaration. Ils n'en ont rien à fiche. Donc oui, nous, qui connaissons le terrain, qui les connaissons, qui arrivons à suivre un peu l'actualité d'extrême droite, je pense qu'il y a toute sa nécessité d'aller amener ça dans le débat public, notamment dans un Parlement et de discuter de toutes ces problématiques-là qu'il cherche à cacher.

24:11
Présentateur

Alors, il y a un fait, c'est que Marine Le Pen, son électorat est constitué de personnes qui te ressemblent, de personnes souvent jeunes. Comment ça se fait et comment, justement, comment renouveler, en fait, les pratiques de l'antifascisme pour faire baisser le vote rassemblement national, le vote d'extrême droite, le vote reconquête au sein de la jeunesse ? Alors, c'est plus un vote rassemblement national qu'un vote reconquête, mais comment, justement, pourquoi on se retrouve avec des jeunes qui votent quand même pour une partie significative pour le rassemblement national et comment combattre cette tendance ?

24:51
Raphaël Arnault

Je pense qu'il y a plusieurs raisons qui expliquent ce vote pour Marine Le Pen. Déjà, le fait que, pendant des années, on a une gauche quand même qui a trahi, qui ne nous représentait plus, déjà parce qu'il y avait très peu de travailleurs et travailleuses. c'est tout bête. Moi, je travaille, je suis payé au SMIC, j'arrive dans cette élection, je ne sais pas combien il y a de travailleurs et de travailleuses qui se présentent. Je pense très peu, en tout cas, qui peuvent accéder à l'Assemblée nationale. Donc déjà, ça, il y a ce premier combat, c'est la question de la représentativité.

Et ça a tout son sens, ça a toute son importance parce qu'au-delà de juste une histoire de représentation, c'est qu'au bout d'un moment, nous, on sait ce que c'est quand on nous parle de blocage des prix. On sait ce que c'est que l'augmentation de l'essence. On sait ce que c'est que l'augmentation du SMIC. Ça nous parle parce que ça nous touche directement, déjà. Donc, il était important, je pense, qu'à un moment donné, la gauche réaffirme la défense des classes populaires, mais vraiment, véritablement, pas une gauche qui trahit, comme François Hollande et compagnie qui nous ont mis cher pendant cinq ans, qui ont participé à cette montée de l'extra-droite.

Et la deuxième chose quand même très importante, c'est la question du racisme. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, en France, le racisme, ça apparaît normal. Là, il y a encore un débat sur le burkini qui devient central, alors que, mon Dieu, il y en a des choses à défendre dans cette société. Voilà, la question du racisme, je pense, qui est centrale et qu'il va falloir prendre à bras le corps plutôt que cette gauche qui est fuyante, qui essaye d'éviter le débat, voire même qui justifie les thèses racistes amenées par des groupuscules comme Génération Identitaire, etc., islamophobe. Nous, le combat, ça va être tout simplement de combattre le racisme.

Et je pense que plutôt de se cacher et de faire comme si ça n'existait pas ou voire même de valider ces thèses racistes, il faut y aller et il faut combattre ces idées racistes, les faire reculer et petit à petit, forcément, ça va dégager de l'espace pour nos idées, pour notre camp politique et réaffirmer quelque chose de fort face à Marine Le Pen. Je pense qu'on ne peut pas être faible face à l'extrême droite. Je pense qu'il faut être fort, affirmer nos convictions, les regarder droit dans les yeux et dire on n'a pas peur. Ouais, on est antiraciste. Moi, on est pour la régularisation des sans-papiers. Oui, on va combattre les violences policières et toutes les autres exactions racistes.

26:54
Présentateur

Merci Raphaël Arnaud, militant antifasciste et candidat à la députation dans la deuxième circonscription du Rhône. C'est quelles villes qui sont concernées ? Alors du coup, c'est à Lyon.

27:05
Raphaël Arnault

C'est du coup le neuvième arrondissement dans lequel il y a la Duchère, il y a Vèse, il y a Sarambert, la Croix-Rousse qui comporte le premier arrondissement et le quatrième arrondissement, notamment avec les Pentes, très fort de son caractère associatif et politique. Et il y a toute la partie presqu'île, du coup de Cordeliers jusqu'à PRH.

27:22
Présentateur

Voilà,

27:22
Raphaël Arnault

rendez-vous, oui ? Juste un petit détail si je peux me permettre parce que vous m'avez présenté comme ça au début, comme porte-parole de la jeune garde, du coup j'ai quitté mon poste, ma fonction de porte-parole à partir du moment où je me suis présenté à cette élection.

27:35
Présentateur

Ok, rendez-vous le 12 et le 19 juin si vous voulez voter pour un jeune antifasciste et lui donner un porte-voix qui lui permettra de s'exprimer à l'Assemblée nationale au Palais Bourbon. On va bientôt se lancer dans la seconde partie de cette matinale avec mon camarade Gemil qui va recevoir la militante féministe Geneviève Fresse et la journaliste Léa Chamboncel dans le cadre d'un plateau qui va revenir sur une thématique qui fait beaucoup parler d'elle durant cette campagne, les violences sexistes et sexuelles, une thématique qui a rebondi hier avec une interview désastreuse de Stanislas Guérini, le boss de l'ex-République En Marche au sujet de l'ex-futur député s'y rompera.

On regarde un petit magnéto.

28:20
Invité

Stanislas Guérini a un candidat condamné pour avoir frappé sa femme a été investi par votre parti dans la foulée de cette condamnation. Il avait quitté son poste de conseiller à l'Elysée. Est-ce qu'il peut rester candidat aujourd'hui ? Oui, c'est très difficile de répondre en une seconde à cette question-là parce que je crois et bien sûr je suis conscient du caractère symbolique et par mes propos je ne veux jamais donner l'impression qu'on pourrait empêcher la libération de la parole des femmes qu'on pourrait empêcher la judiciarisation des affaires et quand il y a des violences intra-conjugales évidemment.

Et en même temps je veux qu'on puisse regarder les choses dans leur complexité et parfois les choses elles sont un peu plus complexes que simplement un jugement en une seconde chrono sur un réseau social. En l'occurrence cette affaire-là elle est complexe. C'est la justice qui l'a condamnée c'est pas les réseaux sociaux. Oui bien sûr ce candidat il a été condamné à une amende avec sursis c'est ça la condamnation qu'il a eue. Son ex-compagne a elle aussi été condamnée dans cette même affaire. Et donc voyez bien qu'il y a une affaire qui est complexe. Il n'a pas été condamné à l'inéligibilité. Vous voulez dire quoi ? Il va pouvoir...

Je dis que c'est parfois un peu plus complexe de la façon dont sont présentées les choses. Si j'avais la conviction ou même le soupçon qu'on ait affaire à quelqu'un qui puisse être violent et coupable de violence sur les femmes jamais j'aurais accepté cette investiture-là. Il y a eu une affaire complexe il n'a pas été condamné à l'inéligibilité. Il s'est d'ailleurs représenté dans sa mairie où les gens le connaissent extrêmement bien. Il a été réélu au premier tour. Il se soumettra au jugement des électeurs. Mais ça ne fait pas un peu tâche quand on fait son quinquennat l'égalité homme-femme grande cause du quinquennat. C'est pour ça merci de me laisser la minute qu'il faut.

Je dis qu'à la fois il faut évidemment toujours permettre la libération à la parole des femmes et jamais de donner l'impression qu'on masque on dissimule etc. Et puis regarder les choses dans le détail cette affaire-là il y a eu une dispute il y a eu deux condamnations de part et d'autre et je crois qu'on peut respecter ça. Encore une fois je respecte totalement la décision de justice qui n'est pas une décision d'inéligibilité mais dans ce cas-là pourquoi il a quitté

30:23
Raphaël Arnault

son poste de conseiller à l'Élysée ?

30:25
Invité

Parce que le procès n'était pas rendu.

Et puis maintenant qu'il est rendu le procès et donc la lumière qui a été faite sur l'affaire moi j'ai pris du temps pour lire les attendus pour comprendre pour savoir si au fond on pouvait avoir affaire à quelqu'un qui pouvait être capable de violence volontaire je crois et j'en suis même infiniment convaincu que ça n'est pas le cas sinon jamais jamais j'aurais permis cette investiture ça n'est pas le cas c'est un honnête homme je ne crois pas capable de violence sur les femmes et donc il se soumènera au jugement des électeurs vous dites pardon on est en retard mais on va encore vous dites je ne crois pas qu'il soit capable de violence sur les femmes si il a été condamné pour sur sa femme en l'occurrence assez précise c'était la vérité judiciaire en tout cas il y a une vérité judiciaire il faut lire les choses dans le détail qui a reconnu la complexité de l'affaire il y a eu une dispute il y a eu des condamnations de part et d'autre je le rappelle dans cette affaire là il n'a pas fait appel mais sa femme n'est pas candidate au législatif bien entendu lui-même s'est déjà représenté à une élection a été réélu dans sa mairie au premier tour il le fera à nouveau et il se soumettra au jugement des français le seul qui vaille à travers une élection merci c'était Stanislas Guérini patron d'En Marche rebaptisé Renaissance qui au calme défendait hier l'investiture de Jérôme Perra pourtant coupable d'avoir frappé son ex-femme lui infligé en 14 jours d'ITT en 2020 un homme honnête bon bonjour à toutes et à tous c'est Jemil accompagné de mon rhume des foins désolé par avance si ma voix comme vous le voyez fait des siennes aujourd'hui vous allez vous habituer on n'a pas le choix en tout cas très heureux de vous retrouver comme chaque semaine sur ce plateau le plateau en direct de la contre-matinale du Média il est 8h35 et c'est l'heure de la dernière heure alors que le tapage médiatico-politique contre la France insoumise se poursuit un peu près partout avec la délicatesse d'un marteau-piqueur un traitement de faveur manifeste et indécent disons-le est réservé au parti macroniste nous venons de voir son patron Stanislas Guérini prendre hier la défense hier matin de Jérôme Perra pourtant condamné par la justice pour violences conjugales avant que celui-ci lui-même retire finalement sa candidature hier soir néanmoins le parti présidentiel se montre à l'aise pour défendre des profils soit problématiques soit condamné pour faits de violences notamment sur les femmes ce qui fait tâche pour le parti d'Emmanuel Macron qui se targue d'être exemplaire et féministe jusqu'au bout des ongles et de faire de l'égalité homme-femme sa grande cause j'ai voulu ce matin inviter sur ce plateau deux femmes pour creuser une question de fond loin du commentaire politicien immédiat et souvent futile se demander ce que ces nombreuses accusations d'une part et affaires pénales d'autre part racontent de notre société si cette question si cette question est vaste c'est que le problème l'est plus encore il touche des hommes et non pas tous les hommes par exemple dans le milieu politique où la quasi-totalité des partis de droite Éric Zemmour en tête lui-même présente des candidats au profil visé par des accusations des plaintes parfois même des condamnations par la justice dans une autre mesure et avec un autre impact on l'a vu la gauche elle aussi est concernée mais au-delà du cercle politique il s'agit aussi de celui des médias du cinéma de la musique des vedettes d'internet aussi etc aucun milieu ne semble être épargné des milieux d'hommes certes mais des milieux surtout de pouvoir de domination y a-t-il alors un lien de corrélation entre le pouvoir et les violences sexuelles chez les hommes et peu importe si oui ou si non comment remédier à ce fléau pour tenter de répondre à cette question à ces questions j'ai accueilli sur ce plateau mes deux invités tout d'abord Léa Chamboncel podcasteuse politique féministe notamment avec le projet Popol et autrice aussi d'un sacré bouquin que j'ai juste ici voilà plus de femmes en politique point d'exclamation autant vous dire que ce n'est pas une question ni une demande discrète mais une injonction on va voir si c'est la solution salut Léa

34:27
Présentateur

bonjour Gemille

34:28
Invité

très heureux de te recevoir pour cette seconde fois sur ce plateau merci beaucoup et ma deuxième invitée ce matin à ma gauche c'est Geneviève Fresse bonjour philosophe de la pensée féministe tout simplement elle est aussi directrice de recherche émérite au CNRS et autrice d'une vingtaine d'ouvrages notamment celui qu'on voit à l'écran du côté du genre sexe et philosophie de l'égalité aux éditions Puff alors bonjour madame et merci d'avoir accepté l'invitation ce matin alors je vais commencer par vous puisque vous êtes là mais aussi à toutes les deux je ne peux pas commencer cette émission sans vous demander votre avis sur la nomination de cette première ministre Elisabeth Borne vous qui avez fait un passage un peu éclair dans la politique en étant élue à la toute fin des années 80 notamment pour servir la question féministe au Parlement européen quel est votre ressenti sur le fait qu'une première ministre enfin pour la seconde fois mais arrive au pouvoir en France c'est un non sujet c'est un non sujet oui j'ai fait une parenthèse d'abord comme déléguée interministérielle puis députée européenne on est venu me chercher je n'étais pas j'ai jamais appartenu à quelconque parti politique c'est pas la montée de votre part c'était voilà société civile on est venu me chercher c'est important de le dire notamment face à une spécialiste actuelle de ces questions là c'est un non sujet il y a quoi 7 ou 8 femmes chefs de gouvernement en Europe voilà c'est un non sujet alors c'est un sujet français puisque c'est un non sujet alors rapidement d'une part il y a une question spécifiquement française on est en monarchie républicaine enfin c'est mon expression en tout cas monarchie républicaine ça veut dire qu'on descend de la monarchie de droit divin française et ça veut dire qu'il y avait ce qu'on appelait la loi salique qui n'était pas une loi écrite dans les textes sauf qu'en octobre 89 1789 on avait bien envie de le mettre dans la loi décret donc la loi salique c'est qu'on transmet le pouvoir de mâle en mâle donc on en est là et c'est peut-être pour ça que c'est un sujet en France alors que pour moi c'était un sujet ce n'est plus un sujet par ailleurs mon dernier point c'est que à quoi ça sert c'est un cache-sexe aussi si je me permets cette expression c'est à dire que c'est aussi pour cacher peut-être la continuité peut-être pour que ça lisse ce qui se passe par ailleurs qui est la continuité du pouvoir de la Macronie et que ça fait ça fait un peu de diversion bien sûr Léa donc c'est là où juste encore une phrase c'est là où la question des femmes en politique c'est aussi un moyen d'échange on parle d'autre chose en parlant de ça tu vois c'est d'accord Léa peut-être que

37:06
Présentateur

je ne peux être que d'accord et abonder dans votre sens en effet c'est un moyen de faire diversion après c'est aussi je pense un moyen de répondre à une attente de la part de membres de la République en marche et de renaissance désormais il y a beaucoup de femmes qui se sont senties très frustrées et qui ont fait face au plafond de verre des femmes qui sont à nouveau dans la course pour législatives et qui sont montées au créneau récemment en disant ça ne va pas vous nous présentez une photographie du pouvoir et des proches d'Emmanuel Macron qui ne montrent que des hommes où sont les femmes c'était vraiment une demande aussi très forte donc je pense qu'Emmanuel Macron à un moment donné s'est retrouvé aussi dans la nécessité pour renforcer sa base et sa base électorale aussi je pense de nommer Elisabeth Borne qui par ailleurs a certainement toutes les qualités nécessaires pour mener un gouvernement néolibéral

37:57
Invité

c'est bien de le préciser alors revenons maintenant alors bon c'est une bonne nouvelle quand même mais c'est un sujet on l'a bien compris revenons maintenant donc au coeur de la question philosophique pour le coup qu'on se pose ce matin dans mon introduction comme vous l'avez entendu malgré ma voix désolé encore une fois j'observe que le phénomène des violences sexuelles semble être interdisciplinaire alors qu'en dites-vous Geneviève est-ce que vous êtes d'accord avec ça ou alors que c'est quelque chose qui est très précis à la politique ou pas parce qu'on l'a vu quand même ça touche les médias vous l'avez dit vous-même c'est la question de l'impunité la question de l'impunité ça veut dire il y a le mot punir dans l'impunité ça veut dire que c'est hors du judiciaire et que c'est pour ça qu'on peut avoir les discours qu'on a mais non enfin tout va bien mais jamais mais ça va de Pera à PPDA c'est la même chose dans le quotidien quand il dit j'aime les femmes et qu'est-ce que je les respecte c'est formidable etc et par ailleurs aussi vous l'avez aussi énoncé ça traverse les partis politiques c'est-à-dire il n'y a pas qu'à droite et c'est pas la même question qui se pose à gauche et à droite avec les deux affaires de la semaine avec les deux retraits d'un côté la France Insoumise et de l'autre ensemble c'est-à-dire que bon alors d'une part on est dans la question de l'impunité alors quelle est l'importance des violences sexuelles par rapport au fait de effectivement d'avoir un mandat et de porter des sujets politiques on va tenter de dire que c'est pas important alors on a à la fois l'impunité mais en même temps c'est pas le même sujet c'est-à-dire que la droite elle va dire circuler il n'y a rien à voir mais ce qu'il y a dit l'interview l'interview du député Pera qui vient de se retirer c'est pareil mais moi je n'ai jamais de la vie donc on est dans circuler il n'y a rien à voir à l'extrême gauche donc la France Insoumise c'est pas circuler il n'y a rien à voir c'est comment on traite cette question prise dans le filet ou dans la complexité de l'intersectionnel c'est-à-dire à la fois un homme qui est pris dans le racisme et qui en même temps peut être violent et ça ça débouche sur quelque chose de plus intéressant que ce qui est à droite deux choses premièrement comment se construit moi je n'utilise jamais le terme intersectionnel j'avais parlé à une époque jadis où avec Jacques Rancière et Jean Borail nous avions fondé une revue dans des temps immémoriaux on avait chacun écrit un texte où il y avait la pensée ouvrière la pensée féministe la pensée de l'exil on était dans la contiguïté parce que l'intersectionnel nous oblige à une structure ce qui est important c'est de voir comment ça se croise et comment ça se décroise et avec l'histoire de la France insoumise on vient de le voir le deuxième point que j'ajouterais sur la France insoumise c'est que c'est la question aussi de la tradition d'extrême gauche de gauche pour le coup j'insiste pardon vous avez raison de gauche et d'extrême gauche mais pourquoi je dis d'extrême gauche parce que je remonte à la révolution française excusez-moi c'est mes travaux très anciens etc et où c'est l'extrême gauche révolutionnaire c'est-à-dire les babouvistes qui vont poser la bonne question mener en mauvaise réponse à savoir ah ben oui mais si c'est l'égalité attendez c'est l'égalité homme et l'égalité femme tout le monde est égaux ah non non non ça c'est pas possible donc c'est parce qu'ils se rendent compte que l'égalité va être pour tous et pour toutes qu'ils vont bloquer et on a 200 ans de ce que j'appelle ce qu'on a appelé en langage marxiste la contradiction secondaire ouais ouais ouais on fait la révolution et puis on s'occupera des histoires de femmes après et dans ce qui se passe là sur les débats de la France insoumise quelle est la chose la plus importante est-ce que c'est la question de la race est-ce que c'est la question du genre ou du sexe c'est ça qui va c'est aussi ça le deuxième enjeu et voilà c'est ça ma lecture donc il faut pas il faut voir que c'est deux histoires complètement différentes à droite et à gauche à partir de violences qui sont sans doute semblables bien sûr et puis il y a aussi peut-être cette toi qui as rencontré dans ton livre beaucoup de femmes et pas qu'à gauche alors tu t'es tu t'es juste interdit je crois d'aller voir l'extrême droite mais tu as rencontré des dizaines et des dizaines de personnes qu'est-ce qu'elles te racontent ces femmes justement de ces violences dans les partis politiques peu importe est-ce que ça se partage avec la droite la gauche c'est différent ou pas

41:53
Présentateur

alors il y a effectivement je pense que les partis de gauche ont tout de même fait un effort avant les partis de droite par exemple et encore que ces efforts ont été faits qu'à partir de scandales au PS on a attendu un scandale pour ouvrir une cellule au Parti communiste on a attendu un scandale pour ouvrir une cellule chez ELV on a attendu un scandale etc etc à droite il n'y a même pas de cellule c'est-à-dire chez LR il n'y a pas de cellule pour traiter des violences sexuelles et sexistes chez LROM il y en a une mais c'est aussi partie d'un scandale donc en fait il faut toujours qu'on soit au pied du mur qu'il y ait un scandale ce qu'on appelle un scandale mais derrière le mot scandale il y a quand même des femmes qui sont agressées et qui pour beaucoup n'ont pas le droit de parler on le sentiment que si elles parlent on va jeter l'opprobre en fait sur le parti ça va faire tâche c'est jamais le bon moment il y a des élections à venir il vaut mieux quand même pas mettre le parti dans la tourmente bref il y a toujours des excuses pour que les femmes se taisent et ça c'est quand même ça reste un véritable problème la question aussi du fait que souvent les partis politiques décident de faire des commissions d'investigation qui sont des commissions internes ça complique beaucoup les choses c'est pas le cas chez LFI qui fait appel à une association extérieure qui vient justement pour traiter pour traiter de ces questions il y a aussi un enjeu de formation en fait ça s'improvise pas exactement il faut nécessairement je pense que déjà il faut ne pas présenter évidemment des personnes qui sont auteurs ou accusées mis en cause je pense que vraiment mis en cause dans des affaires parce que si on n'a pas on n'est pas sûr à 100% que la personne que l'on présente qui représente quand même le peuple qui a un enjeu d'exemplarité quand même ce qu'on peut admettre de certaines professions c'est pas possible de l'admettre des députés c'est pas possible ou des élus de la nation il y a des choses il y a un devoir d'exemplarité qui est fondamental je dis pas que les autres ont droit d'agresser des femmes pas du tout mais je pense que là on est à un degré où déjà il y a un devoir d'exemplarité qui n'est pas respecté c'est irrespectueux à l'égard des électrices et des électeurs et que par ailleurs on est dans un rapport de pouvoir qui se confond avec la domination le problème ici et je pense que c'est le nœud du problème c'est qu'il faut nécessairement distinguer pouvoir et domination et nous sommes dans une démocratie où finalement les règles du pouvoir les codes du pouvoir sont excessivement liés à la virilité à la domination et à la violence lorsqu'on traite de politique on convoque toujours un imaginaire violent de combat on parle de joute verbale ou de séduction on est dans des rapports très particuliers je pense qu'il est nécessaire de sortir aussi de cette conception et vraiment de dissocier ce qui relève de la politique du pouvoir du vivre en sorte de faire société et de la domination et du fait vraiment d'essayer d'écraser les personnes qui sont socialement dominées ce sont les femmes ce sont les personnes racisées ce sont les personnes en situation de handicap et tant qu'on en sera encore là je pense qu'il y a encore beaucoup beaucoup beaucoup de chemin à parcourir

44:56
Invité

alors posez-nous peut-être la question franchement puisque l'on a prononcé le mot de pouvoir vous qui avez derrière vous des nombreuses années de recherche est-ce que le pouvoir serait le problème le lit du problème alors il y a plusieurs choses à dire d'abord les violences sexuelles et le viol en particulier c'est pas une affaire de sexualité c'est une affaire de pouvoir voilà premier point donc toute violence sur le corps des femmes c'est d'abord du pouvoir qu'on soit en politique ou qu'on soit ailleurs qu'en politique et moi j'ai tendance comme ça à faire le lien entre donc ça c'est la première chose la deuxième chose c'est que le pouvoir politique moi j'avais trouvé qu'il avait aussi un intérêt c'est qu'il était alors là explicite tandis que le pouvoir intellectuel que je fréquente puisque je suis au CNRS depuis un bail ou dans les académies etc c'est que le pouvoir symbolique dans le milieu intellectuel et académique je l'ai dit à plusieurs reprises parfois moi il peut me paraître pire qu'en politique parce qu'en politique il y a une espèce de mise à plat on l'exprime pousse-toi de là que je m'y mette comme je dis moi j'ai bien vu ça à la fin du pousse-toi de là que je m'y mette là moi c'est clair jamais vous n'aurez ça dans le monde académique c'est beaucoup plus torve donc ça c'est aussi le rapport au pouvoir symbolique parce que vous parliez d'exemplarité moi ma phrase ça a toujours été que quand on est élu on ne représente pas que soi-même on représente une portion de la nation et c'est ça qui m'a moi ça me paraît très important donc on est là en fonction d'une portion de la nation et non pas de sa propre personne parce que c'est pas l'enjeu du politique après que le politique soit un lieu de pouvoir sans limite yes bien sûr mais si vous voulez je le relis quand même de manière générale à ce que c'est que le pouvoir sexuel qui est en fait non pas un pouvoir pour la jouissance sexuelle mais pour la jouissance du pouvoir donc on voit là du coup que si c'est le pouvoir le fil conducteur on voit aussi comme tout à l'heure je le disais que ça concernait des hommes et pas tous les hommes et pas que les hommes on va y venir juste après il y a un côté du coup qui n'est pas systématique mais un côté qui est systémique on est d'accord là-dessus je pense comment s'attaquer alors à la racine de ce problème puisqu'il est systémique c'est un système on retombe juste une phrase c'est que on retombe sur ce qu'on a dit au début c'est que jusqu'à présent il y avait ce qu'on appelle de l'impunité l'impunité ça veut dire être hors du judiciaire ce qu'a fait le mouvement MeToo c'est de passer dans l'espace judiciaire c'est-à-dire d'en faire une chose publique au sens de res publica au sens de choses publiques et donc de le mettre comme ça c'est ça le grand événement et la grande révolution de MeToo donc là les comportements des hommes que j'entends à droite comme à gauche c'est encore dans le ah ben c'est comme ça où est le problème ben oui mais sauf que c'est devenu depuis 5 ans non pas un problème mais une évidence que c'était une affaire publique donc voilà c'est par là que ça passe après on est encore on l'a vu aussi bien pour l'affaire je sais pas PPD à Hulot que jusqu'à hier donc les candidats aux législatives qui est de droite ou de gauche c'est attendez mais c'est beaucoup moins important que donc ça n'a pas d'importance ben si mais là ils ont raté une marche parce que ça fait quand même 5 ans que Mitou est là donc ils ont là il y a moi je viens de faire un petit texte pour la réédition du consentement que j'ai intitulé non oui c'est ça que j'ai intitulé et la libération de l'écoute non pas la libération de la parole mais la libération de l'écoute on en est là on en est vraiment là donc on voit là du coup que le pouvoir est un lien conducteur que ça sort du milieu politique ça touche tout plein milieu là où il y a du pouvoir et donc de la domination alors et la régissant le spectre des violences sexuelles aux violences tout court et là on voit que par exemple la maltraitance le harcèlement par exemple les femmes de pouvoir n'en sont pas exemples non plus que ce soit dans la politique ou en entreprise les deux exemples par exemple que j'ai noté d'Esther Benbassa c'est l'atrice Europe Écologie Les Verts accusée de harcèlement en 2021 par des ex-collaborateurs mais aussi de Laetitia Avia elle députée La République En Marche elle aussi accusée avec des preuves énormes à l'appui d'humiliation de sexisme de racinophobie et de violence même physique on se souvient du taxi en question sont souvent assez emblématiques et il y en a d'autres alors ma question est simple est-ce que ces violences féminines là pour le coup font partie de la même problématique qu'on essaye de soulever

49:32
Présentateur

absolument parce qu'en fait très souvent ce qu'on constate c'est que finalement c'est pas lié au genre c'est lié à comment quel code on utilise pour exercer le pouvoir et en l'occurrence dans les exemples que tu cites je pense que ce sont des femmes qui ont à tort ou à raison et par contrainte ou non d'ailleurs de manière consciente ou inconsciente aussi décider d'embrasser un certain nombre de codes d'exercice du pouvoir actuel c'est très difficile de faire sans c'est très difficile de faire sans parce qu'en fait le pouvoir politique depuis des millénaires a été codifié par les hommes et pour les hommes donc lorsqu'une femme qui est considérée encore une fois comme une intruse arrive en politique soit elle fait le choix d'embrasser ses codes et de se fondre un peu et d'embrasser les codes virilistes de l'exercice du pouvoir et donc des enjeux de domination etc.

dont on est en train de parler et les violences qui finalement sont aussi corrélées à tout ça soit elle décide de ne pas embrasser ses codes et dans ces cas là c'est très difficile pour un certain nombre d'entre elles et j'ai des exemples très concrets aussi dans le livre et dans les témoignages que j'ai pu avoir des entretiens que j'ai menés avec ces femmes certaines me disent moi je me suis interdit par exemple de faire un certain nombre de choses c'est le cas de Manon Aubry qui s'est écrit une lettre à elle-même qu'elle a transmise à des amis et qui leur a dit là c'est mon fil rouge alertez-moi lorsque vous voyez que je dépasse ses limites parce qu'elle ne voulait pas justement être transformée par le pouvoir par l'exercice du pouvoir et je pense que la seule solution en fait pour dégenrer cet exercice du pouvoir et déviriliser le pouvoir c'est effectivement d'avoir plus de femmes en politique mais des femmes féministes qui sont là pour renverser la table et pas des femmes qui sont finalement des auxiliaires du patriarcat et qui sont là uniquement pour réaffirmer des codes existants depuis des millénaires donc je pense qu'une des solutions c'est aussi de passer par là mais c'est aussi d'être parfaitement intraitable c'est à dire qu'il faut aussi que déjà les violences soient traitées par des cellules externes et plus particulièrement dans les lieux de pouvoir là je pense à l'Assemblée nationale ou au Sénat au Sénat il faut encore que le dossier passe par Gérard Larcher avant qu'il se passe quoi que ce soit n'est-ce pas et il est lui-même visé par un certain nombre d'affaires donc étonnamment aucune plainte n'a été transmise au procureur bon donc il y a quand même des choses à revoir et je pense qu'il faut une véritable volonté politique et que si le quinquennat d'Emmanuel Macron sera effectivement consacré à la grande cause du quinquennat je pense qu'il devrait déjà commencer par faire en sorte qu'il y ait des instances au sein des assemblées qui soient vraiment en capacité de traiter de ces problèmes

51:57
Invité

bien sûr bien sûr Geneviève non mais j'ai juste oui je suis tout à fait d'accord mais je prendrai aussi les choses à l'envers je me souviens dans le débat sur la parité donc qui remonte maintenant à 20, 25 ans et même 30 c'est qu'il y avait moi j'étais tout à fait contre celle qui disait les femmes en politique ça fera de la politique autrement et c'était le grand débat et moi j'avais trouvé comme formule que la parité c'était vrai en pratique mais faux en théorie c'est à dire que je n'allais pas discuter de savoir si les femmes allaient faire de la politique autrement biologiquement même historiquement non les femmes politiques sont des hommes politiques comme les autres on pourrait dire ça comme ça donc du coup si on est libéré de cette question ça devient intéressant parce qu'on peut passer à la suite c'est à dire non il n'y a pas de façon féminine de faire de la politique ouf parce que ça a été un débat qui nous a bien encombré à la fin du 20ème siècle donc voilà et donc maintenant c'est pour ça que c'est aussi un non-sujet la nomination de la première ministre parce que elle va faire elle va faire voilà elle est libérée de ça elle mais voilà c'est donc quelque chose qui s'est modifié en termes de débat et maintenant je souscris la suite je souscris à ce que vient de dire ma collègue justement avec son livre plus de femmes en politique derrière tu dis de manière cash je vais lire le début de ton la quatrième couverture imaginez une société plus inclusive plus égalitaire plus solidaire une société réellement représentative et donc réellement démocratique utopie point d'interrogation pas forcément la solution existe elle est très simple laisser davantage de place de femmes en politique de femmes féministes c'est bien de l'avoir précisé pas juste de femmes oui c'est vrai voilà c'est ça qui est intéressant sinon ça ne marche pas

53:43
Présentateur

sinon ça ne marche pas et j'irai même encore plus loin de femmes féministes avec une approche intersectionnelle il faut vraiment que tout le monde soit embarqué dans cette promesse qui est notre démocratie dans cette promesse de faire société si on sait que

53:54
Invité

l'interrogation sectionnelle c'est quand même hyper compliqué ah oui mais non mais hyper compliqué parce que ça sous-entend c'est ce que je disais tout à l'heure ça sous-entend une structure quand je pense que c'est déstructuré par exemple entre nommer nommer les dominations on peut les croiser et quand on est du point de vue de l'émancipation on vient encore de le voir avec l'histoire de la France insoumise ça peut se désolidariser si on raisonne en termes de catégorie et d'identité à mon avis quelque chose du politique est mis en difficulté

54:22
Présentateur

vous pensez ? je pense qu'il faut cette approche intersectionnelle quoi qu'il en soit et qu'elle est nécessaire justement pour peut-être englober toutes les formes de domination il y a autre chose qui est très importante

54:32
Invité

non mais intersectionnelle c'est le mot lui-même que je conteste d'accord pas l'approche pas l'approche et pas l'effet mais le mot lui-même parce que ce mot ce mot rigidifie quelque chose alors que si on pense domination ou si on pense émancipation ce qui est aussi une chose qui m'importe on va pas avoir les mêmes la même rencontre avec le croisement et la multiplication et c'est pour ça que je terminais sur la question si on fait que de l'identité on va se retrouver coincé à mon avis il faut voir quels sont les problèmes plus que les identités

55:02
Présentateur

aussi dans cette logique que la proposition est de faire en sorte que lorsque les femmes seront en politique et qu'il y en aura beaucoup elles ne reproduisent pas elles-mêmes ces codes de domination sur des classes qui sont socialement considérées comme étant dominées et c'est pour ça que j'insiste sur l'approche intersectionnelle pour que finalement personne ne soit laissé de côté et qu'il y ait plus de forme de domination au sein du pouvoir politique mais je pense que on en est relativement loin

55:27
Invité

on n'est pas obligé d'employer le mot intersectionnel dans cette démonstration on peut employer le mot on peut voir qu'elles sont aussi je pense que nous sommes absolument d'accord sur le fond mais je me fie parce que je pense que c'est un terme qui étouffe la pensée plus qu'elle ne la stimule mais je ne suis pas contre ce à quoi ça renvoie évidemment alors là on a fait un lien du coup entre la position sociale notamment en politique et pas que et celle de domination la violence etc une des dernières questions l'avant-dernière question que j'ai envie de vous poser comment questionner premièrement et comment combattre au quotidien cette domination pour essayer d'en sortir il faut faire feu de tout bois les féministes font feu de tout bois tout est possible on peut prendre du judiciaire à l'humour il faut tout utiliser et je trouve que dans les débats post-me too puisqu'on est quand même 5 ans après maintenant c'est intéressant parce qu'on se pose la question ça a été critiqué pourquoi on va que à la justice donc on a expliqué tout à l'heure que c'était à cause de l'impunité on est bien d'accord mais toutes les formes de subversion mais c'est ça le féminisme en tout cas le féminisme que j'ai fréquenté quelques décennies durant c'est qu'il faut faire feu de tout bois et du plus ironique au plus militant au plus cash au plus direct il faut tout utiliser moi je suis très empiriste qu'est-ce que peut-être sans doute puisque de nombreuses femmes ont subi ou vont subir malheureusement des violences certaines d'entre elles nous regardent peut-être ce matin un message pour terminer que dites-vous aux victimes qui pourraient nous regarder ce matin Léa

57:01
Présentateur

C'est une question compliquée déjà je leur dis d'être accompagnée dans la mesure du possible et accompagnée par des professionnels par des personnes qui ont une approche féministe aussi des violences qu'elles ont pu subir parce que c'est une expertise le féminisme est une expertise et c'est important je pense de le souligner il y a des associations qui existent pour ça il ne faut pas hésiter d'aller voir les centres d'information pour les droits des femmes et des familles typiquement il y a aussi le 39-19 donc je pense que moi je leur conseillerais dans un premier temps d'être accompagnée et ensuite de voir si elles souhaitent ou non d'ailleurs déposer plainte ce n'est pas forcément une démarche facile ce n'est peut-être pas le plus facile non plus pour une femme lorsqu'elle s'engage dans un parcours judiciaire il y en a beaucoup qui en souffrent énormément c'est la justice alors il y a une injonction à porter plainte aujourd'hui en France qui vient d'un certain nombre d'institutionnels mais aussi d'associations féministes qui vraiment enjouignent presque aux victimes d'aller porter plainte moi je ne suis pas toujours convaincue que ce soit le meilleur moyen je pense que la justice doit faire son travail et il y a encore un parcours judiciaire qui est semé d'embûches pour les femmes et il y a aussi un système judiciaire qui est profondément inégalitaire et je pense qu'il y a encore beaucoup de travail à faire 90% des personnes qui sont en prison aujourd'hui sont des personnes racisées ou de situations sociales très très très pauvres donc notre système judiciaire doit être repensé la justice doit être repensée ce n'est pas la seule réponse je pense à des accusations

58:29
Invité

le problème est systémique la réponse de l'être aussi en fait c'est ce que je dis absolument peut-être aussi un mot alors on parle des victimes féminines mais n'oublions pas qu'il y a aussi des victimes masculines des hommes qui s'attaquent à d'autres hommes le mitou gay a aussi fait beaucoup de bruit ces derniers mois même question du coup pour terminer quel message aux victimes de violences je dirais la même chose mais avec un autre mot c'est d'arriver à se représenter que vous n'êtes pas seul donc fabriquer ce vous n'êtes pas seul et ce que je disais aussi quand je disais faire feu de tout bois c'est vrai qu'il y a le judiciaire mais il y a aussi d'autres et les féminines sont en train de chercher d'autres voies pour répondre à ces violences que le judiciaire c'est pas pour quitter le judiciaire c'est juste pour démultiplier les possibilités mais vraiment la seule chose c'est imaginez-vous représentez-vous donc vous allez le fabriquer que vous n'êtes pas seul

59:20
Présentateur

et la nécessité aussi

59:22
Invité

de sortir parce qu'on est toujours seul dans ces affaires de violences on se sent c'est plus que se sentir je ne sais pas si on peut en trouver un mot plus fort

59:30
Présentateur

et là c'est plus un message au pouvoir public la nécessité de sortir d'un traitement purement purement judiciaire et sécuritaire des violences faites aux femmes la nécessité vraiment de concevoir ça effectivement comme un problème systémique comme un problème aussi d'éducation et de travailler à la base et de ne pas apporter qu'une réponse sécuritaire qui est imparfaite par ailleurs

59:53
Invité

c'est vrai et puis je veux peut-être aussi refaire référence à votre livre à côté du genre qui sort dans pas très longtemps qui est ressorti en mars dernier qui est un passage en poche tout à fait voilà je vais bien noter où vous questionnez finalement le rapport au genre et on voit là clairement que ce n'est pas à travers le genre qu'on voit finalement la lutte contre les violences sexuelles ça ne concerne pas que les genres non précisément sinon on tombe dans l'identitaire une fois de plus non non c'est les problèmes qui sont posés et là c'est ce que vous avez fait ce matin en posant le problème par rapport au monde politique mais ce monde politique on a été obligé de l'élargir bien sûr parce que c'est structurel mais si on ramène toujours la question au genre ou au sexe ou aux définitions ou aux catégories on tombe sur la question d'intersectionnel on se prive de la formulation des questions qui sont posées est-ce qu'il ne serait pas plus intelligent intéressant peut-être de parler dans ce cas de classe sociale peut-être pour pouvoir mieux voir mais aussi mais aussi de race mais aussi de non de tout ce qui fait de race ou de raciser je préfère oui mais je dis raciser aussi mais vous savez la question du débat mais en même temps en même temps il faut savoir aussi là c'est quelque chose un message que j'adresse à l'extrême gauche c'est pour avoir travaillé sur ces dossiers un siècle d'extrême de lutte de lutte révolutionnaire c'est qu'il faut quand même remarquer qu'il ne faut pas faire de cette question là ce qu'on appelait dans mon époque de jeunesse et au 19ème siècle la contradiction secondaire c'est une contradiction primaire et non pas secondaire c'est ça qu'on est en train de faire et c'est ça qu'il est difficile de faire même la France insoumise vient de le montrer qu'est-ce qu'on fait avec la question de l'injure raciste et de la violence sexuelle mais cette question on l'a eu déjà à Cologne aussi ah c'est tous les tous les immigrés qui ont violé les filles à Cologne etc je ne sais pas vous rappeler peut-être de cette histoire c'est pas très vieux non c'est pas très vieux mais donc à chaque fois la question c'est que on le fait par rapport à des catégories et ça ça vient de notre histoire et de notre tradition politique donc de gauche c'est que ça m'a été rappelé tout à l'heure et d'extrême gauche à savoir de cacher cette contradiction secondaire en disant de toute façon ça s'arrangera dans le berceau de la révolution je vous assure on fera de l'égalité des sexes ça on a vécu deux siècles avec ça quand même donc il faut et il faut en sortir et c'est difficile parce que ce que je remarque c'est que l'extrême gauche je ne citerai rien mais l'extrême gauche commençait à dire ouais ouais mais on n'était pas si anti-féministe comme le féminisme est à la mode aujourd'hui parce que moi je n'ai pas toujours vécu dans mon parcours donc ah non non mais on n'était pas si anti-féministe que ça non pas du tout et alors il y a des réécritures de l'histoire ponctuelles alors je suis entre rire et pleurs dans ce cas là je suis entre rire et pleurs ça me fait marrer et en même temps je me dis les salauds quand même ils sont en train de gommer ils essayent de gommer il ferait mieux d'être lucide et de dire bah oui et ça remonte à la révolution française des erreurs où en tout cas on a fait des choix qui étaient des choix de domination et puis maintenant bah non ça change mais là il y a plutôt une réécriture de l'histoire en douce qui me...

qui me... alors je ne m'y attendais pas bon bah en tout cas merci toutes les deux d'avoir répondu présente à mon invitation ce matin Léa je rappelle que ton podcast politico-féministe Popol et ton livre plus de femmes en politique audition Bellefond sont dispo un petit mot peut-être pour ton pour la mise en place de Popol

1:03:20
Présentateur

ah oui oui bah c'est gentil merci alors Popol d'abord c'est un podcast c'est un podcast en non-mixité où il n'y a que des femmes qui viennent parler de politique l'idée étant qu'on se réapproprie en fait la politique puisque souvent on a considéré que ce n'est pas vraiment une affaire de femmes les médias aussi d'ailleurs considèrent ça parfois et ça va se transformer en newsletter donc à partir du mois de juin voilà une newsletter bimensuelle que je vous invite à découvrir bientôt

1:03:44
Invité

on mettra les liens en barre de description merci beaucoup avec plaisir merci aussi à vous Geneviève Fresse alors je rappelle que vous êtes philosophe de la pensée féministe directrice de recherche amérito au CNRS et autrice notamment du livre Du côté du genre sexe et philosophie c'est pas du côté ah mais c'était marqué du côté du genre et bien c'est un lapsus autant pour moi c'est un lapsus intéressant qui n'est pas la première fois qu'il a lieu moi c'est à côté c'est vrai c'est un lapsus intéressant effectivement alors à côté du genre sexe et philosophie de l'égalité aux éditions puf alors bonne journée à toutes les deux merci beaucoup et à bientôt merci beaucoup avec grand plaisir alors quant à vous parce que là il y a les gens derrière la caméra là derrière votre écran merci d'avoir suivi cette nouvelle édition de la Contre Matinale en direct ou en replay en vidéo ou nous aussi en podcast et on en fait je vous invite maintenant à vous exprimer librement dans l'espace commentaire mais surtout à opter pour un abonnement sur le media tv.fr slash soutien pour des 5 euros par mois et sans engagement véritablement nous soutenir c'est-à-dire permettre la pérennité d'un tel espace médiatique engagé où les journalistes sont libres d'aborder les sujets qu'ils souhaitent de donner de la voix aux luttes et aux convictions peu entendues ailleurs vous savez tout ça c'est pour ça que vous me permettez d'être d'être rapide de perdurer rendez-vous donc sur le media tv.fr slash soutien pour vous enroger avec nous je vous donne moi rendez-vous demain matin ici même sur l'antenne du Média avec cette même voix je crois bien pour un entretien d'actu avec Philippe Page Le Méron sur la question d'EDF et ensuite rendez-vous mardi prochain pour une nouvelle contre-matinale bonne journée