CURE DE DÉSINTOX CONTRE LA LANGUE DE BOIS - FRANCK LEPAGE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Franck LepageFait
« L'éducation populaire, ça n'est pas l'éducation du peuple. L'éducation populaire, c'est une forme d'éducation dont la forme est populaire. »
- 3:00Franck LepageFait
« L'Éducation nationale, précisément, c'est l'éducation du peuple. C'est-à-dire qu'on prend une population, on considère qu'elle ne sait rien, et on va lui expliquer ce qu'elle est supposée savoir. »
- 5:30Franck LepageFait
« Une compétence, c'est notre ennemi absolu. Une compétence, c'est le contraire d'un métier. Ça sert à empêcher de pouvoir penser en termes de métier. »
- 7:30Franck LepageFait
« On est tous à se dire qu'on en a ras-le-bol du projet et de la méthodologie de projet. Tous. On ne veut plus de ce truc-là. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
[musique] Je m'appelle Franck Lepage. J'ai travaillé pendant quelques dizaines d'années dans le champ de l'animation socioculturelle et dans le champ de l'éducation populaire. Et puis, à la suite d'un licenciement, je me suis demandé ce que j'allais devenir, ce que j'allais faire.
J'ai ramassé tout ce que j'avais vécu depuis des années et des années, et j'en ai fait une espèce de conférence vaguement théâtrale. Et ça a donné la première conférence gesticulée. Une conférence gesticulée, qu'est-ce que c'est ?
Une conférence, qu'est-ce que c'est ? Une conférence, c'est un expert qui nous délivre son savoir. Ce qu'il a compris, ce qu'il a travaillé.
Et puis nous, on est là et on reçoit ça, et ma foi, on en fait ce qu'on peut. Voilà… Une conférence gesticulée, c'est tout, sauf un expert. C'est-à-dire que c'est M. tout le monde ou Mme tout le monde, qui a été assistante sociale pendant une trentaine d'années, qui décide de ramasser ses 30 ans d'expérience et d'en faire un objet public, politique, partageable.
Et de nous dire : "voilà ce qui s'est passé dans ce que j'ai fait pendant 30 ans." Le fait de décider de transformer ce qu'on a vécu en un savoir politique, le fait de décider qu'on a tous un savoir politique, c'est ce qui enfreint la séparation entre ceux qui sont supposés savoir, et ceux qui sont autorisés à recevoir ce savoir. Et donc, "conférence gesticulée", voilà c'est ça, "gesticulée" étant une blague.
L'éducation populaire, ça n'est pas l'éducation du peuple. L'éducation populaire, c'est une forme d'éducation dont la forme est populaire. C'est une éducation qui est populaire dans sa forme, dans sa manière de faire.
Et en l'occurrence, c'est la façon de s'instruire mutuellement, politiquement. C'est-à-dire de partager nos expériences de la vie, de ce que nous avons compris, de la façon dont on nous opprime, dont on nous domine, et d'échanger là-dessus, un certain nombre d'informations et de fabriquer entre nous de la culture utile pour l'action collective. C'est ça l'éducation populaire.
On pourrait dire "éducation politique", mais les deux termes sont malvenus. On voit tout de suite la différence avec l'Éducation nationale. L'Éducation nationale, précisément, c'est l'éducation du peuple.
C'est-à-dire qu'on prend une population, on considère qu'elle ne sait rien, et on va lui expliquer ce qu'elle est supposée savoir. L'EN, c'est la démocratisation des valeurs de la bourgeoisie. C'est tout à fait différent.
On a tous vécu cette chose-là. On sait tous le nombre d'heures totalement inutiles qu'on a passées sur des bancs à s'ennuyer du matin au soir, en attendant le prof un peu différent des autres qui d'un seul coup, nous a réveillés. Parce qu'il ne faisait pas un cours, parce qu'il ne suivait pas le programme, parce qu'il nous parlait de la société comme un adulte normal.
Et là, d'un seul coup, on trouvait ce type absolument extraordinaire. On trouvait que c'était un bon prof. Je crois que tout est dit sur ce qu'est l'école, sur ce qu'est la pédagogie Freinet, sur ce que devrait être l'école, sur ce qu'elle n'est pas, voilà.
La prophétie de George Orwell se trouve réalisée aujourd'hui. C'est-à-dire qu'on nous à peu un peu supprimé tous les mots négatifs du vocabulaire qui nous permettaient de nommer négativement le capitalisme. Et donc de le penser négativement.
Et qu'on nous les remplace par des mots positifs. À partir du moment où on n'a plus que de la pensée positive, on n'est plus en démocratie. Puisque on ne peut plus penser les contradictions du capitalisme.
À partir du moment où on ne peut plus nommer quelqu'un "un exploité", mais qu'on est obligé de l'appeler "un défavorisé", cette personne n'est plus victime d'un exploiteur. C'est juste quelqu'un qui n'a pas eu de chance. Et donc on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on commence à se défendre.
Sauf que nous n'avons pas les moyens aujourd'hui, nous n'avons pas encore inventé les moyens de nous défendre contre du langage positif. Comment est-ce qu'on se bat contre la démarche qualité ? Vous êtes contre la qualité vous ?
Démarche qualité, c'est des gens qui se suicident aujourd'hui dans un certain nombre d'entreprises. Puisque c'est pas une démarche qualité, c'est une démarche productivité, bien sûr. Comment est-ce qu'on se bat contre l'harmonisation des diplômes ?
Contre l'autonomie des universités ? Tous ces jolis mots qui sont en fait des horreurs extraordinairement oppressives. Comment on se bat contre l'excellence ?
Comment se bat… voilà. Eh bien, on ne sait pas. On ne sait pas et donc les syndicats sont complètement coincés dans des effets de langage.
Quand un licenciement collectif s'appelle désormais un "plan de sauvegarde de l'emploi", allez vous battre contre un plan de sauvegarde de l'emploi quand vous êtes un syndicat. Et donc voilà. Donc on s'est dit qu'il fallait rapidement qu'on mette en place des ateliers pour inventer la façon de se défendre contre ce vocabulaire.
Et c'est ça que sont les ateliers de désintoxication de la langue de bois. Je pense que le grand danger vient de la façon dont ce langage est en train de transformer nos métiers, nos façons de ne plus pouvoir nous représenter nos métiers. Quand une infirmière doit faire de la traçabilité, la transversalité, suivre des protocoles, des process, peu à peu elle n'a plus de métier.
Elle a, à la place, une horreur qui s'appelle des compétences. Une compétence, c'est notre ennemi absolu. Une compétence, c'est le contraire d'un métier.
Ça sert à empêcher de pouvoir penser en termes de métier. Un métier, c'est du savoir-faire. Une compétence, du savoir-être, autrement dit une saleté.
C'est un truc qui sert uniquement à se faire évaluer sur son comportement. Ça sert à obéir à une autorité, une compétence, ça sert à rien d'autre. Et donc voilà, oui, je pense qu'on peut se défendre, parce que nous en souffrons tous individuellement.
Mais quand on fait les ateliers de désintoxication de la langue de bois, on se rend compte collectivement, qu'on est tous des experts de ce truc-là. On est tous tout à fait à l'aise. Et le fait de s'en rendre compte à 50 dans une salle, ça crée une puissance tout à fait incroyable.
On est tous à se dire qu'on en a ras-le-bol du projet et de la méthodologie de projet. Tous. On ne veut plus de ce truc-là.
Pourtant, on est dans un système d'idéologie dominante, où c'est le projet qui est actuellement le maître-mot de l'idéologie capitaliste. Et donc individuellement, on est obligés de continuer à faire des projets. Mais on sait tous qu'on ne devrait pas.
Et donc la question, enfin… ce qui est intéressant dans un atelier de désintoxication de la langue de bois, c'est d'être tout un tas à valider ensemble qu'on se fout de nous et qu'il va être temps de se défendre. Alors le petit exemple de langue de bois, il est très facile. Vous prenez des mots qui ne veulent strictement rien dire, mais qui ont l'air de dire quelque chose.
Vous les mélangez dans n'importe quel sens, et puis avec une simple structure de phrase, vous vérifiez, vous faites croire que vous dites quelque chose. En réalité, vous ne dites strictement rien. Vous ne dites rien d'autre que ce qui est, est, voilà.
C'est à peu près aussi intelligent que ça. Donc là, je les ai mélangés. Alors voilà.
Donc comme ils glissent pas, je suis obligé de me mouiller les pouces. Donc on pourrait dire un truc du genre : Mesdames, Messieurs, je voudrais revenir sur une question tout à fait essentielle aujourd'hui, qui est celle du diagnostic partagé. Que je voudrais mettre en relation, en lien, avec la question du lien social.
Pourquoi aujourd'hui faut-il penser un diagnostic partagé autour de la question du lien social ? Au fond, pour une raison extrêmement simple. C'est qu'à l'heure de la décentralisation, c'est désormais dans la décentralisation et à partir d'un diagnostic partagé que nous pouvons relever le défi de la mondialisation.
Alors, inscrire le défi de la mondialisation dans une relation de proximité, cela suppose plusieurs choses. Cela suppose de repenser la citoyenneté sous l'angle des relations interculturelles. C'est-à-dire de l'inscription, si vous préférez, de la mondialisation dans l'espace désormais incontournable du local.
Alors, à cette condition, je crois qu'on peut repenser d'une façon beaucoup plus adéquate la question, un peu vague finalement, de la démocratie, sous la forme d'une procédure de participation avec les habitants. Voyez, ça marche tout seul. Ça vient tout seul.
Je ne sais pas quelle est la prochaine, mais je veux dire ça va marcher. Parce que si on veut faire… Je sais pas ce que c'est. Si on veut faire la participation avec les habitants, j'appelle cela du partenariat.
Et ça veut dire qu'on prend les habitants pour des acteurs. Alors des acteurs, ça suppose d'être sérieux avec eux. Ça suppose de passer avec eux un véritable contrat de développement local.
Et au fond, quand on est à gauche, quel plus beau projet ?
Corinne Lepage