Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France Insoumise à l'Assemblée - 20/09
Audio original de l'émission.
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– BFM Politique avec Edwige Chevrillon, BFM Business avec Henri Vernet du Parisien, notre invité, le député des Bouches-du-Rhône, la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Bonjour, merci d'être avec nous. Demain, deux ministres, Agnès Pannier-Runacher à l'Industrie et Elisabeth Borne au travail, se rendent à Béthune à la rencontre des salariés de Bridgestone. Le fabricant de pneus japonais annonce la fermeture de l'usine, 863 salariés. Emmanuel Macron dit qu'il faut se battre, se battre, se battre. Ce sont ces mots. Comment est-ce qu'on se bat, Jean-Luc Mélenchon ? Comment on évite ce type de situation ?
– Oui, oui, on commence déjà par réaliser l'ampleur des dégâts. Je parle sous le contrôle d'économistes chevronnés. On a donné à tous ces gens 20 milliards par an, c'est M. Hollande qui avait découvert ce truc-là, pour le crédit, impôt, compétitivité, emploi. C'est ICE, 20 milliards par an. 20 milliards, 6 fois l'impôt sur la fortune. Alors, un économiste entend pour la compétitivité et l'emploi, et il dit où sont passés les 20 milliards. Est-ce qu'il y a eu plus d'investissement ? Non, l'investissement a baissé. Ah ben, on doit le retrouver dans les salaires. Non, les salaires ont stagné. – Dans les marques des entreprises. – On doit le retrouver dans l'emploi.
Le patron Gattaz avait dit qu'il donnerait un million d'emplois. Non, il y a plus de chômeurs. Donc, ces 20 milliards sont passés de la poche des Français, via les impôts, aux entreprises, et ont été recyclés, et l'essentiel a été distribué en dividende.
– Alors, comment on fait maintenant, Jean-Luc Mélenchon ?
– Alors, voilà. – Pour sauver ces emplois. – Non, mais quand même, on commence par dire ça, parce qu'il y a un bilan, d'accord ? On m'a assez échanté, Manon, que ça allait être la joie et le bonheur avec les 20 milliards en question. Donc maintenant, plus un euro sans une contrepartie et sans une garantie. Regardez, Xavier Bertrand, qui n'est pas de mon bord, alors il est très fâché maintenant. Pourquoi ? Parce que la région a, elle aussi, donné de l'argent. Je me dis, c'est donc qu'il n'a rien contrôlé. Je m'apprêtais à l'accuser devant vous de n'avoir rien surveillé comme l'État. Mais non, j'ai lu l'interview et je m'aperçois qu'il a rencontré les patrons et tout.
Donc les autres lui ont menti. Donc ces gens-là prennent, mentent et licencient.
– Oui, c'est pas tout le patronat, vous êtes d'accord ? C'est pas tous les chefs d'entreprise, Jean-Luc Mélenchon ?
– Non, mais d'abord, chef d'entreprise, ça ne veut rien dire. – Exactement. – Le chef d'entreprise du CAC 40 et le gars ou la fille qui est à 1500 euros par mois avec sa petite entreprise, ça n'a rien à voir. C'est comme quand on dit un paysan, entre le paysan qui plante des subventions et le paysan qui s'arrache la peau pour survivre, c'est pas la même paysannerie. Dans le patronat, c'est la même chose, de la même manière. – Donc vous dites, pardon Jean-Luc Mélenchon, plus en euros sans contrepartie ? – Oui, plus en euros sans contrepartie et sans contrôle, parce que, non mais à la fin, on leur donne des sous en leur disant que c'est pour la compétitivité et pour l'emploi.
Il n'y a ni augmentation de la compétitivité. – Il y a eu des emplois qui ont été créés. – Là, le cas est particulièrement criant. Il dit maintenant qu'ils fabriquent des pneus qui ne servent plus à rien, ben il fallait y penser avant. C'est eux les chefs d'entreprise, non ? Et ça revient à une autre idée, c'est celle de la planification. C'est ça le reproche que je fais à beaucoup de gens qui ont des solutions économiques à l'emporte-pièce. Ils ne prévoient rien. Alors à la fin, eh ben on se trouve devant des situations ingérables. Peut-être que ces pneus ne valent plus un clou, mais alors il fallait le prévoir avant, et qu'est-ce qu'on fait des 800 personnes qui sont là ?
Elles ont eu confiance, elles ont gagé leur maison sur leur paye, leur voiture, il faut donc respecter tout ça, ce n'est pas des pions.
Et puis il y a 4000 emplois qui sont effectivement dans le bassin, qui sont menacés. Mais Jean-Luc Mélenchon, il y a quand même de l'emploi qui a été créé, un petit peu moins d'un million, il y a quand même eu beaucoup d'emplois qui ont été créés. Cela dit, lorsque Xavier Bertrand... Ah non madame, pardon.
Non, vous dites beaucoup d'emplois, pardon, je ne vais pas dire qu'il y a eu zéro emploi. Il paraît qu'il y en a eu 100 000. Figurez-vous que chaque emploi nous a coûté 900 000 euros. Donnez-les-moi, je vous garantis que j'en fais plus.
Jean-Luc Mélenchon, Xavier Bertrand l'a dit ce matin, il faut que l'État, c'est à l'État d'investir massivement dans l'usine de Bridgestone pour recréer des emplois, comme ce qui avait été fait en Italie, je crois, en 2013 à Bari. Est-ce que vous dites, oui, c'est à l'État de mettre beaucoup d'argent dans cette entreprise ?
Non mais c'est une mauvaise plaisanterie. Je ne sais pas ce que dit Xavier Bertrand. Alors donc, c'est à l'État d'aller nationaliser une usine qui fabrique des pneus dont le propriétaire dit qu'ils ne sont pas adaptés. Non, la discussion qu'on doit... Et qui est japonais ? Ah ben alors, d'abord, il commence par nous rembourser. Il paraît que c'est le libre-marché, il faudrait savoir. Il y a des lois. L'argent n'est pas jeté par la fenêtre. Il est donné contre quelque chose. Donc on commence d'abord par demander la contrepartie. Ensuite, il faut discuter dans cette industrie comment on planifie, comment on réorganise les productions.
Peut-être que ce ne sont plus des pneus de voiture qu'il faut faire. Les gens qui sont là... Oui, ils sont trop petits par exemple. Non, mais ils ont un haut niveau de qualification. C'est un peu comme les gens de Cargill, c'est pas si loin que ça, hein ? Ou que je suis allé voir. Ces gens-là, ils savent faire des produits à partir du maïs. Il y a même des produits de lait pour les prématurés, etc. La boîte qui possède ça, qui est une multinationale, décide de couper tout ça en petits morceaux. C'est une aberration. C'est des camions qui vont amener le maïs au lieu que ce soit, le train, etc.
Tous ces gens qui sont là, je ne vous dis pas, il faut fabriquer ceci ou cela, qui suis-je moi Mélenchon, pour savoir ce qu'on doit fabriquer. Mais je dis qu'ils savent travailler, ils ont un haut niveau de qualification, et on peut leur demander de produire ceci ou cela si on organise. Mais si on n'organise rien, je vais vous donner un autre exemple immédiat. Les centrales nucléaires, on est en train de les mettre... On va en parler. Attendez, là voilà un exemple, on va les mettre à l'arrêt. Vous et moi, nous savons tous que comme la flotte manque et que la température monte, ce n'est pas demain que ça va s'arrêter de fermer. Bon, mais je parle juste de l'emploi. Qu'est-ce qu'on prévoit ?
Rien ! C'est-à-dire, si on doit fermer les centrales, on doit en fermer, que vont devenir les gens ? Est-ce qu'on va les mettre au chômage partiel ? Quels vont être leurs revenus ? Et si on leur fait faire autre chose, quoi ? Si on ne prévoit rien, il ne faut pas s'étonner d'aller d'une catastrophe à l'autre. Et vous savez, comme moi, dans le nucléaire, il n'y a pas de plaisanterie possible. Ça va marcher, nickel-chrome, sinon ça ne marche pas.
Alors sur l'emploi, sur la crise, il y a un plan européen également, outre le plan français. Justement cette semaine, il y a un sommet qui doit se tenir. Ça a consacré à la mise en vigueur du fameux plan européen qui a été décidé, les 750 milliards d'euros qui ont été décidés en juillet. Mais certains, et dont la France devrait bénéficier, au moins à hauteur de 40 milliards. Mais certains parmi les insoumis, il y en a qui disent mais attention, la France ne touchera de l'argent en réalité que si elle fait des réformes, et notamment la réforme des retraites. C'est vrai ça ou parce que le gouvernement dit non, non, tout ça sont des fake news ?
Alors, bon, je vais vous répondre dans l'ordre. D'abord, oui, c'est vrai parce que toutes les dépenses européennes sont engagées dans le cadre du semestre européen, c'est-à-dire du contrôle qui a lieu a priori par la commission européenne du budget du pays. Et il a été confirmé à l'intérieur de la commission des finances, par le ministre concerné, que oui, c'était en échange de, comme ils appellent, réformes. – La France, elle est mal liée, pour être clair.
– Ah ben évidemment, attendez, ce n'est pas seulement mal liée, c'est qu'elle va passer à la caisse, parce qu'on vous annonce 40 milliards, mais voilà tantôt au moins deux mois que je suis en train de vous mettre en garde pour vous dire, 40 milliards en subventions, on ne parle pas des prêts qui vont être consentis par l'Europe, c'est un autre sujet. 40 milliards en subventions, très bien. Qui va les payer ? Parce que l'argent ne tombe pas du… hein, ils ont refusé de mettre en route la Banque Centrale Européenne pour financer les États. Donc ces 40 milliards, par qui vont-ils être payés ? On dit par l'Europe. Qui est l'Europe ? C'est nous.
Soit l'Europe a des ressources propres, c'est-à-dire qu'on se met, on met des impôts à l'entrée de l'Europe pour qu'il y ait des sous. C'était le cas au début de l'Union Européenne. 60% de l'argent de l'Union venait des impôts que l'Union imposait à la frontière, et puis 40% venait des États. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Donc, les Français, comme il n'y a pas de ressources propres, comme les pays égoïstes et voyous refusent de payer et de mettre des impôts supplémentaires, c'est donc la contribution des États qui va augmenter. Comme les Français, nous payons presque 20%, d'accord ? Pour avoir 40 milliards, nous allons payer 67 milliards. Pourquoi ?
Parce que le plan est global, 750 milliards, et qu'on va se répartir cette charge entre les pays et les contributeurs. Les Français payant plus que les autres, nous allons payer 67 milliards pour recevoir 40. Il y a autour de nous, sur le moment, vous n'êtes peut-être pas en état de me répondre, et je ne fais pas ça pour vous piéger, mais je pense qu'il y a plein de gens qui écoutent et qui vont vérifier si ce que je dis est vrai ou pas.
– Et oui, parce que c'est étonnant, c'est-à-dire que c'est un marché de dupes que vous présentez, ça paraît… – Merci de le dire. – Non, mais si j'ai raison… – Si vous avez raison, ce sera un marché de dupes.
– Si j'ai raison, c'est un marché de dupes. Je redis que la France perd à plus qu'elle ne recevra. Et je termine en vous disant que cette somme, de toute façon, est insuffisante. Regardez bien, nous autres Français, nous avons perdu quelque chose comme 12% de la richesse produite avant la crise Covid. La somme que nous allons remettre, c'est à peine 2 points de cette richesse. 12 d'un côté en moins, 2 en plus. Les Allemands, ils ont perdu entre 6 et 10 points et ils remettent 20. C'est-à-dire que l'écart entre les deux pays va se creuser au plan économique. Et M. Bruno Le Maire, qui n'est pas non plus un ami politique, même si c'est un homme charmant, et bien M.
Bruno Le Maire avait dit que si les écarts d'économie se creusent trop entre l'Allemagne et la France, parce que ce sont les deux grandes économies, si vous y ajoutez l'Italie et l'Espagne qui sont la troisième et la quatrième économie du continent, si l'écart se creuse, la zone euro sans aucun Mélenchon risque d'exploser toute seule, tout simplement parce que ça ne peut pas fonctionner. Donc, nous sommes dans un moment où l'Union européenne et ses dirigeants ne sont même pas foutus de défendre l'institution qu'ils ont en charge. Le commissaire français breton avait dit qu'il fallait 2 000 milliards mis sur la table par l'Union européenne. M. Breton n'est pas un communiste échevelé.
S'il a dit ça, c'est qu'on n'a pas 2 000 milliards, on en a à peine 700, et sur les 700, seulement 400 sont des subventions.
Jean-Luc Mélenchon, je voudrais qu'on avance et revenir à la question des centrales. Edwige, avec vous, une info... Mais là, on a avancé quand même, parce que j'ai donné plein d'informations. Non, mais continuons d'avancer. Continuons d'avancer. Avec une info qui est un peu passée inaperçue d'ailleurs, mais qui est importante.
Oui, vous parliez à l'instant des centrales nucléaires, Jean-Luc Mélenchon. Il y a un point qui est étonnant, c'est qu'on a vu qu'avec notamment la fermeture de Fessenheim, mais pas que, il y a des travaux dans certaines centrales. Il n'y a aussi pas eu beaucoup de vent, donc les énergies renouvelables, elles n'ont pas fonctionné. Bref, la France, c'est ce qui s'est passé en Allemagne, du reste, a fermé Fessenheim, mais en train de remettre en marche des centrales à charbon. Qu'est-ce que ça vous dit, Jean-Luc Mélenchon ?
Ah ben, ça me fait beaucoup réfléchir, parce que les responsables politiques... Est-ce qu'on a pris le problème à l'envers ? Non, mais vous avez raison de soulever la question. Les responsables politiques français doivent se préoccuper du nucléaire comme du lait dans une casserole. Pourquoi ? Parce que nous avons 59 réacteurs nucléaires, et qu'il suffirait d'un incident et nous serions très très très très mal. Les incidents se multiplient. Pourquoi ? Alors là, pardon, mais vous avez fait un peu court. Oui, parce qu'on a peu de temps. Pardon, 27 réacteurs sont en train d'être fermés. Et pourquoi ?
Les uns pour maintenance, les autres parce que les conditions du refroidissement ne sont plus acquises. C'est-à-dire que l'eau que l'on sort du fleuve est trop chaude pour refroidir le circuit nucléaire. Cette situation d'eau trop chaude ou d'eau insuffisante, c'est le cas, je crois, dans la Meuse, hein, d'eau insuffisante, nous allons voir cette situation se répéter. Pardon, ça me permet moi, je suis venu ici pour répondre à vos questions et aussi pour lancer quelques défis intellectuels. La question de l'eau va devenir une question cruciale dans notre pays. À l'heure à laquelle je vous parle, les capitalistes ont décidé que puisqu'il manquait d'eau, c'était donc un bon marché.
Et ils ont créé un marché à terme de l'eau aux États-Unis d'Amérique. C'est-à-dire que chaque fois que l'eau coûtera plus cher, ils se rempliront les poches. Je viens à votre question. Que doit-on faire ? Comme on n'a rien prévu, rien organisé, rien anticipé, alors quand on arrête des centrales nucléaires, il faut réouvrir celles qui sont disponibles, c'est-à-dire des centrales à charbon. Mais, écoutez-moi bien, même si vous et moi après nous êtes disputés pendant une heure, on décidait qu'on rouvre quand même les centrales nucléaires, ni vous, ni moi, ni pourrions rien, on ne les réouvrira pas parce qu'il n'y a pas l'eau pour refroidir la centrale nucléaire.
Donc, c'est une faute de planification, c'est une faute d'organisation qui nous amène à cette situation. Si au lieu d'enlever les machines hydroliennes qu'on avait mis dans la mer, on les avait laissées ou si on avait expérimentées, si nous, Français, qui savons tout faire dans ce pays, on s'y était mis, on aurait la solution. Donc, il n'est pas trop tard pour s'y mettre. – Vous parlez de l'eau, alors je voudrais donner ces chiffres parce qu'ils sont étonnants, c'est le moins que je puisse dire.
En France, les chiffres de l'OMS de l'UNICEF pour l'année 2019, il y a 2% de la population métropolitaine qui n'a pas accès à une eau sécurisée. Ça représente quand même 1 400 000 personnes. Je ne vous parle pas des dom-toms où c'est une catastrophe. Mayotte, 68% de la population seulement a accès à une eau sécurisée, 85% en Guyane. Une fois que j'ai dit ça, très bien. Qu'est-ce qu'on fait ? Comment on résout ce problème ?
– Bien sûr. Mais déjà, moi, je vous remercie de le dire. Et je suis sûr que les populations des DOMS et des TOMS vont être heureux de savoir qu'il y a au moins une émission de télé où un journaliste dit qu'il y a une situation qui pose un problème, car les gens n'en peuvent plus. Je reçois des messages, je ne sais pas si c'est votre cas, de Guadeloupe, de Martinique. Je reçois des messages de la Guyane, de Mayotte. La situation est insupportable. Les pauvres gens s'en vont à la rivière quand il y en a une qui coule pour aller chercher l'eau. Ou bien on se réveille en pleine nuit pour essayer de remplir la citerne. Les gens n'en peuvent plus. Alors, que s'est-il passé en Guadeloupe ?
L'argent qui était destiné à ça n'est pas arrivé jusque dans les réseaux. Que s'est-il passé en Guyane ? Les réseaux n'existent pas ou sont mal desservis. Que se passe-t-il à Mayotte ? Ils n'ont pas été construits. Alors, mobilisation générale. Nous savons creuser des trous, nous savons mettre des conduites, et bien il faut s'y mettre. Il faut mettre de l'argent, organiser, planifier, discipliner et faire le boulot. Parce qu'il n'y en a pas pour des années à rétablir une circulation normale. Mais il faut prendre le problème, je pense que si je gouvernais, je ferais une loi d'état d'urgence sur cette question. Etat d'urgence à propos de l'eau.
Nous autres, les Insoumis, on a décidé de prendre l'eau, comme symbole de notre organisation. Écoutez-moi bien. Ça va être le grand problème des deux décennies qui arrivent. La France est en train de plus en plus de manquer d'eau. Est-ce que vous savez qu'il y a un bras du Doubs où il n'y a plus d'eau ? Le Doubs est une rivière qui circule dans le département du même nom, et c'est une rivière très chère puisque j'ai passé une partie de ma jeunesse au bord du Doubs. C'est incroyable ! Eh bien, aussi incroyable que ce soit, je lance l'alerte. L'eau est un bien commun fondamental. Un, on ne doit plus pouvoir se l'approprier d'une manière privée.
Deux, les usages doivent être consentis et payés suivant qu'ils sont des usages indispensables ou des mésusages. L'argent que vous mettez dans votre piscine, c'est pas pareil que l'argent qui coule au robinet. Pardon, l'eau qui coule au robinet. Pareil pour la piscine. Et ainsi de suite. Et nous devons surtout arrêter de perdre l'eau en cours de route. Nous avons une très bonne usine pour faire ça. Elle appartient à Saint-Gobain. Elle est à Pont-à-Mousson. Je leur fais encore de la pub. Mais Saint-Gobain ne doit pas vendre ça à des Chinois ou à des Américains. Ça doit rester français.
Et si Saint-Gobain vend, eh bien alors la Caisse des dépôts et consignations doit racheter cette boîte en priorité pour ne la lâcher à personne.
Un mot, un mot quand même sur la 5G, parce que vous faites partie des 70 signataires de ces tribunes qui parient dans le journal dimanche la semaine dernière. Qu'est-ce qui se passe autour de la 5G ? Parce que ça veut dire que vous êtes réfractaire au progrès technique, Jean-Luc Mélenchon, vous qu'on a vu avec des hologrammes magnifiques pendant votre campagne présidentielle, vous êtes réfractaire à la télémédecine. Il y a des enquêtes...
Ah oui, oui, j'ai été repas en Amiche, il paraît. Alors me voilà avec un petit chapeau en train de pousser mon fiacre. Non, bien sûr que non. Mais vous savez, la légende de départ de l'humanisme, c'est Prométhée et Epiméthée. Epiméthée distribue tous les talents aux animaux et quand arrivent les êtres humains, il ne reste plus rien. Donc Prométhée leur donne le feu et les arts qui vont avec le feu. Et le feu, c'est la 5G ? Eh bien, non, non, vous allez voir, c'est très bien, moi je suis pour ça. Et puis à partir de là, les êtres humains deviennent créateurs d'eux-mêmes en créant leurs instruments. Mais aussitôt la pagaille commence, les êtres humains se disputent.
Donc il nous reste, les dieux sont obligés de revenir et disent, ici c'est la pagaille, donc on va vous donner un moyen de vous sortir d'affaire, la discussion et la démocratie. Bon, voilà. Comment peut-on faire face au problème qui résulte du déchaînement de la technique qui ne sait pas où elle va ? Eh bien, c'est en en discutant. Les 70 personnes qui ont signé une pétition parlementaire demandent un moratoire, c'est-à-dire une pause pour qu'on ait le temps de réaliser...
Mais la France est déjà très en retard par rapport à l'Allemagne, par rapport à la Chine, par rapport à d'autres pays.
On est très en retard aussi pour les machines à donner des gifles, on est très en retard pour... bon, enfin, c'est absurde.
Mais la télémédecine, c'est pas bien.
Mais attendez, nous sommes en retard par rapport aux Chinois pour toutes sortes de pollution et ainsi de suite. Non, il faut essayer de réfléchir et se dire qu'est-ce qui est bon, qu'est-ce qui est utile, puisque vous évoquez les Chinois. Eux, on leur disait, vous êtes en retard avec le téléphone filaire, ils ont dit, on s'en fout, on attend d'avoir le smartphone. Ben, ils ont bien fait, hein, parce qu'ils n'ont plus besoin de téléphone filaire. Eh bien, nous, c'est pareil, la 5G, il faut d'abord regarder l'impact que ça a. Est-ce que tout le territoire est déjà couvert avec le précédent deuxiaux ?
Vous êtes d'accord pour qu'on installe une antenne de 5G au-dessus de chez vous, dans votre immeuble ? Vous, ben, moi je vous dis non, donc je me méfie. Et si je me méfie moi, ben, je pense que je ne suis pas le seul. Donc, nous voulons connaître l'impact, et c'est ça qu'on demande de faire. Et puis, je trouve absurde qu'on aille privilégier, alors là, vous venez de dire, il y a un instant, on rouvre les centrales à charbon parce qu'on n'a rien organisé. Maintenant, on va faire la 5G, qui bouffe encore plus d'énergie, c'est pas sérieux. Alors, à quoi ça sert de faire de grands discours ?
Pour dire, on va épargner l'énergie, en consommer moins, avoir une société plus sobre, et puis déchaîner les moyens techniques qui nécessitent encore plus d'énergie.
On marque une très courte pause, Jean-Luc Mélenchon, on revient dans BFM Politique. Nous parlons Covid et politique pure. C'est des échanges qui arrivent, évidemment, prochainement. Politique pure, j'attends de voir ça. C'est comme l'amour propre, ça reste pas propre longtemps. La suite de BFM Politique, Jean-Luc Mélenchon est notre invité ce midi. Jean-Luc Mélenchon, les taux d'incidence augmentent un peu partout en France. On parle évidemment de la pandémie Covid-19. Situation alarmante à Marseille, à Bordeaux, en Guadeloupe également. Ce matin, le patron de l'ARS Île-de-France dit, je le cite, « tout peut s'embraser ». Est-ce qu'on est dépassé par l'épidémie ?
Je n'ai pas envie de vous dire oui. Moi, je n'aime pas rajouter au sentiment qu'il étreint les gens. Mais ce que j'observe, c'est que, pratiquement, quand on nous a dit que ça allait mieux, il y a eu un certain nombre de gens, dont moi, pour dire, faites attention, ce qu'on peut lire, c'est qu'il y a toujours une deuxième vague dans une épidémie. Il nous a dit, ah là, vous peignez tout. Très bien, on a arrêté et on a parlé d'autre chose. Mais la vérité, c'est que rien n'a été organisé non plus. Ça se voit. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de lits supplémentaires, il n'y a pas le personnel dont on aurait besoin.
Un exemple qui n'est pas directement lié, c'est les gosses qui sont déscolarisés, ils sont partis de l'école pendant 3-4 mois, ils ne sont jamais revenus. Alors bon, après, au déconfinement, il y avait de la crainte, mais là, à la rentrée, bon, en Seine-Saint-Denis, il nous en manque 3900. Le préfet des Bouches-du-Rhône, avec qui j'ai parlé l'autre jour, m'a dit qu'il avait aussi des craintes dans ce domaine, peut-être de chiffres plus importants. Donc bref, rien n'a été organisé. Et on espérait que ça se passe. Je comprends le raisonnement de ceux qui se disent, bah, la population va s'auto-immuniser à force de l'attraper.
Elle va générer des anticorps et donc l'épidémie va baisser, comme c'est le cas pour la grippe ici à Paris.
Ce n'était pas la doctrine française, hein, c'était le cas dans d'autres pays.
Mais quand même, ça en a l'allure. Quand rien n'est organisé, vous vous dites, pourquoi ? Vous ne pouvez pas partir de l'idée que ce sont des incapables. Vous vous dites, ils ont une idée dans la tête, peut-être.
C'est-à-dire, selon vous, c'est la stratégie actuelle du gouvernement qui, sans le dire, jouerait cette stratégie qu'il avait essayé...
Bah, d'avoir à ce point rien prévu pour ce problème. Un autre exemple, les masques gratuits, c'est quand même pas... On est capable de mettre 5 milliards dans l'industrie automobile, on peut peut-être bien mettre quelques millions, d'une part à fabriquer des masques en quantité suffisante pour qu'ils soient gratuits, et d'autre part, pour demander aux gens ingénieux, malins, de nous inventer des masques où on ne s'étouffe pas avec, ou qu'ils ne soient pas si désagréables à porter, ou qui... Pardon de faire cette incise, mais il faut bien la faire un jour. Les masques en permanence, et notamment chez les jeunes gens, abaissent le niveau des contacts sociaux.
Donc, on est dans une société où on ne peut plus se saluer, et où, avec le masque, on ne sait pas ce que vous dites ou pensez, on ne voit que vos yeux. Or, la communication extra-langagière est extrêmement importante dans la sociabilité. C'est vrai, pour les singes comme pour les êtres humains. Et donc, tout ça crée une société tendue, et je redoute la manière avec laquelle la population prendrait de nouvelles mesures d'extrême rigueur de confinement. Je rappelle que le confinement n'a pas pour objet de soigner les gens ou de les empêcher d'être malades.
Il a pour objet d'empêcher la circulation du virus, de manière à ce que les gens très malades n'aillent pas à l'hôpital et que se soient engorgés. Quelles mesures ont été prises dans les endroits où nous savons que c'étaient les foyers les plus importants de contamination ? Je pense aux EHPAD et ailleurs. Je crains, hélas, de pouvoir dire ici que rien. Et je suis très malheureux de ça, parce que ça ne profitera à personne, et l'ambiance d'angoisse n'est bonne pour personne. Ce pays ne peut pas vivre dans des querelles exagérées permanentes, plus l'état d'angoisse sur sa propre santé.
— Mais ce que vous dites, c'est que la stratégie du gouvernement, qui actuellement, par exemple, est beaucoup basée sur les tests. Or, les tests, on voit que les labos sont débordés, qu'il faut du temps pour les avoir. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que sa stratégie est flottante, qu'il faudra reconfiner, ou bien, comme vous le laissiez entendre, qu'il y a une stratégie délibérée...
— Je pèse mes mots. J'essaye d'éviter de faire monter la température, hein. — Oui. — Bon. Mais honnêtement, tout ça sans la pagaille. L'improvisation... — Les pagailles organisées ? — Mais organisées, non. Mais que voulez-vous que je vous dise ? Comment on fait, en France, pour payer 73 euros facturés à la Sécurité sociale, qu'on va ruiner en 2,3 mouvements avec une méthode pareille, pour donner des résultats au bout de 7 jours, qui, à partir de là, ne servent plus à rien, puisque vous ne savez pas pendant les 7 jours si vous ne l'avez pas chopé ?
Et que j'apprends au même moment par le journal Alpaïs, qui n'est pas une feuille communiste en Espagne, qu'en Espagne, pour tout Madrid, ils vont faire un million de tests supplémentaires, enfin, je crois que ce n'est pas par jour ou par semaine, et que ça leur coûte 3 euros ou 4 euros et demi. Alors nous, 73 de l'autre côté, qu'est-ce que c'est que ce truc ? Comment voulez-vous qu'à la fin, tout le monde ne finisse pas par se dire qu'il y a une arnaque quelque part ? Ça coûte trop cher, ça arrive trop tard, ça mobilise un tas de monde pour rien. Et rien ne s'arrange. Je ne dis pas que le gouvernement soit responsable du Covid, je n'ai pas cette sottise.
— Non, non, mais de la stratégie pour combattre qu'il se passe aujourd'hui.
— Demain, Jean-Luc Mélenchon, vous allez faire un discours sur la République.
— Vous savez que c'est le jour anniversaire, c'est aujourd'hui, c'est l'anniversaire. 228 ans, parce que monsieur le chef de l'État a dit que c'était le 150e anniversaire de la République. Il se trompe lourdement. Il y a 228 ans que la République est proclamée en France. Elle le fut au lendemain de la bataille gagnée contre l'invasion allemande à Valmy. Et la nouvelle assemblée avait proclamé la République le lendemain, puisque le roi avait essayé de s'enfuir et a été collaboré avec l'ennemi.
— Vous avez donc écouté évidemment le discours d'Emmanuel Macron sur la République. Lui dit, je le cite, elle n'est jamais acquise, elle est toujours à protéger, à reconquérir. Est-ce que ce sont des mots que vous, vous pourrez prononcer demain ?
— Quand ils ne veulent pas dire grand-chose, pourquoi pas ? Bon, il faut... Mais non, la République, elle a un compte... La République n'est pas un régime neutre. Je pense que si c'est ça qu'il a voulu dire, alors nous serons d'accord sur ce point. La République a un contenu politique qui s'appelle liberté, égalité, fraternité, et chaque gouvernement, chaque parti politique doit essayer d'atteindre ses objectifs, parce que c'est très difficile d'avoir les trois, et les trois en équilibre. Donc la République est un régime politiquement engagé sur la ligne de l'égalité absolue entre les citoyennes et les citoyens, de la liberté, etc.
— Ça, c'est la théorie, mais ce que veut dire Emmanuel Macron, c'est que dans la pratique, on est très très loin de cette ligne politique. — Ah ben clairement ! Oui, on en est de plus en plus loin, et lui-même aggrave singulièrement les choses, parce qu'il favorise le séparatisme des riches en leur permettant de s'enrichir toujours plus. Il favorise une ambiance épouvantable en montrant du doigt une partie de la population du fait de sa religion. Tout ça est affreux, c'est pas ça qu'il faut faire. La République, si vous voulez, le mot République, c'est dire « res publica », la chose commune.
Donc la République a pour vocation de rendre possible la vie commune avec un objectif, la liberté pour chacun, l'égalité pour tous et la fraternité dans la société. Bon, j'essaye d'être aussi synthétique, je ne vais pas vous dire mon discours de demain, d'abord ce que je n'ai pas encore écrit. Mais je vais faire une réponse qui va être à la hauteur du débat qui nous sépare. Lui et moi, et pas que lui et moi, ce que lui incarne, une certaine vision de droite libérale, c'est pas toute la droite, et la mienne qui est la vision républicaine assez traditionnelle des premiers jours de la République.
Alors, justement, le gouvernement poussé par Emmanuel Macron prépare une loi sur le séparatisme. Est-ce que pour vous c'est important, peut-être, de réactualiser, de revisiter la loi de 1905 sur la laïcité ?
Non, il ne faut surtout pas y toucher. Ceux qui veulent y toucher sont ceux qui n'ont pas lu les débats de 1905.
Et vous pensez que là, il va y toucher avec la loi sur le séparatisme ?
Non, il va faire comme d'habitude, des phrases, des mots, tout ça. Bon, il va afficher une ambiance épouvantable. Il nous a parlé, je ne sais pas combien de fois, il va nous faire un discours sur la laïcité. Pour finir, il n'en faisait pas. Pourquoi ? Parce qu'entre temps, il s'est renseigné. Il a fait ce que je viens de vous dire. Il a été voir les débats de 1905. En 1905, on a parlé de tout, y compris, est-ce que les curés avaient le droit d'aller en soutane ou pas dans les rues ? Ça a été discuté à l'Assemblée nationale. Et alors, quelqu'un a eu le bon sens de dire, écoutez, par pitié, ne faisons pas ça. N'allons pas interdire ça, ça va être une pagaille indescriptible.
La laïcité n'est pas un athéisme d'État. La laïcité, c'est la séparation des Églises et de l'État. Et la laïcité proclame que l'État est indifférent aux religions, pas parce qu'il les méprise, mais parce que ce n'est pas à lui de se prononcer, ni sur le contenu des religions, ni sur leurs pratiques, au moins tant qu'elle respecte les lois concernant l'ordre public. Voilà tout. C'est assez simple à comprendre. Il a tort de faire ça. La dernière fois, il a fini par nous faire un grand discours à Mulhouse, là. Et à la fin, qu'est-ce qu'il y avait à la fin comme mesure concrète ?
L'interdiction des cours en arabe donnés par des professeurs payés par des pays étrangers, égale 0,04% des cours qui étaient donnés en France. Tout ça est ridicule. Là, il affiche la pagaille inutilement. Que veut-il dire ? Allez, allons-y. Franchement et directement. Ce qui est visé, c'est l'Islam. C'est pas autre chose. Alors, je veux bien admettre que dans son esprit, c'est l'Islam intégriste ou politique. Et dans ce cas, je suis d'accord pour dire que que ce soit l'Islam, le catholicisme ou le judaïsme, la religion n'a rien à faire dans la politique. Et la politique, attendez, pardon, je veux le dire aussi pour les croyants. Et la politique n'a rien à faire dans les religions.
C'est-à-dire que c'est pas au gouvernement de dire aux gens comment ils doivent prier. On peut leur dire où ils ne peuvent pas prier, dans la rue, sur les trottoirs. Mais on ne doit pas leur dire ni comment, ni pourquoi. Voilà. Alors, une fois qu'on a posé ce principe de séparation de l'Église et de l'État, et si on veut combattre des, comment dire, des excès, des fondamentalismes, mais la loi le permet déjà. La loi permet la possibilité de fermer un lieu de culte pour cause de radicalisation. L'obligation pour toutes les associations de déclarer qu'elles se comporteront conformément à la loi et à l'esprit de la République, y compris en matière de discrimination.
Il est également possible de dissoudre judiciairement ou administrativement des associations, écoutez le texte exact de la loi, en raison d'un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes mœurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l'intégrité du territoire national ou à la forme républicaine du gouvernement. Qu'est-ce que vous voulez de faire de plus ? À quoi ça sert de montrer du doigt ? Je termine par une... J'adjure le Président de bien comprendre ça. Cet homme, sans doute, a de bonnes intentions. Ce ne sont pas des intentions dont on va discuter. Je lui demande de comprendre l'histoire de la France. Nous avons eu trois siècles de guerre de religion.
Il ne faut pas mettre le doigt là-dedans. Il ne faut pas rallimer ça, si peu que ce soit. Et je lui dis, en ce moment, on a besoin que tout le monde se sente au coude à coude pour faire face à la crise sanitaire. Justement, Henri, cette semaine... Donc, pas de guerre de religion, pas de gens montrés du doigt. Après, s'il y a des dingos, on saura les arrêter et les limiter quelle que soit leur religion.
Monsieur Mélenchon, cette semaine, à l'Assemblée nationale, des députés ont quitté une audition parce que s'exprimait une jeune femme voilée, en l'occurrence vice-présidente de l'UNEF. Qu'est-ce que vous comprenez, cette réaction de ceux qui sont partis ? Ou est-ce que, comme Éric Coquerel, député insoumis, vous dites, ah non, non, non, le séparatisme, séparatisme dangereux, dit-il, c'est celui des députés LREM ?
– Bon, alors, commençons par dire que les députés, au bien droit, quittaient la salle quand ils veulent... – Vous, ça vous choque, une jeune femme voilée dans l'ensemble de l'Assemblée ? – Si j'quittais la salle, des fois, ça ne me plaisait pas ce qu'ils disaient. Mais là, je crois qu'ils ont commis une double erreur, et même une triple. – La première, c'est que la loi ne prévoit pas telle ou telle tenue. – Le règlement intérieur de la salle, il n'y a pas de police du vêtement. – Pour quelqu'un qui est auditionné. – Oui, il est tout à fait clair que le voile qu'elle a sur la tête, plus le masque, bon, on a l'impression qu'on ne sait pas à qui on parle.
Mais bon, ce n'est pas ça le sujet, elle n'est pas obligée. Deuxièmement, c'est le syndicat qui désigne ses dirigeants, ce n'est pas nous. Et donc, ils choisissent qui ils veulent, j'imagine qu'elle l'a fait comme ça. Alors, les collègues députés ont commis une erreur. Pourquoi ? Parce qu'ils ont tué le contenu de la commission. De quoi parlait-on ? De la condition des jeunes gens qui font des études, et qui est une condition socialement dramatique. votre intérêt, quelles que soient vos opinions politiques, c'est qu'on ait le plus de membres possible, qui aillent le plus loin possible dans leurs études. Bien.
Donc, c'est une erreur de masquer le contenu de la commission en déclenchant ce genre d'incident, dont ils savent très bien que ça va faire un buzz. Ça, c'est pour mes collègues députés. Après, je n'ai pas de conseils à donner, ni de leçons à faire au syndicat, et je m'en garderai bien. Mais, je veux juste faire connaître un point de vue personnel. J'ai été membre du bureau national de l'UNEF, c'était une autre époque. Bon, on avait d'autres problèmes, peut-être qu'on affichait là des convictions politiques, avec une violence qu'on ne ferait plus aujourd'hui. Mais bon, voilà ce que je veux dire.
Quand on représente tous les autres, et le syndicat, il est dit dans ses statuts qu'il accueille tout le monde. C'est dans les statuts, quelle que soit la religion, la philosophie et le reste. Il me semble qu'il faut faire l'effort de ne pas donner le sentiment, comment dire, d'afficher quelque chose d'aussi intime que la conviction religieuse. Mais je donne seulement un point de vue personnel. Pour ma part, je ne porte aucun autre emblème que celui-ci, qui est le triangle rouge des déportés communistes et socialistes de la guerre. Vous ne saurez jamais quelles sont mes convictions religieuses, si j'en ai, ou mes convictions philosophiques.
Philosophique, tout le monde le sait, je suis un humaniste. Je ne suis pas un franc-maçon, contrairement à ce qu'il se raconte, mais je suis un humaniste, ça c'est vrai. Alors, voilà la situation, il ne faut pas en rajouter. Les collègues ont tort de faire ça. D'accord, c'est un bon coup pour eux. Tous les escrogneugneux de la Terre sont contents.
– Mais les séparatistes dangereux, c'est eux, comme dit Coquerel ?
– Ben, je pense que d'une certaine manière, Coquerel a raison de dire que c'est eux qui créent une situation ingérable. Parce qu'à la fin, vous voyez, là, le temps qu'on perd à parler de ça… – Non, justement, passons autre chose Jean-Luc Mélenchon.
Il ne vous aura pas échappé, bien évidemment, que nous sommes en forme de pré-campagne présidentielle, ça a déjà démarré. Il y a une forme de consensus à gauche pour dire la gauche doit se rassembler le plus largement possible pour s'imposer dans cette élection. Je vais être clair, est-ce que vous serez candidat ? Est-ce que vous voulez rassembler la gauche ?
– Alors, bon d'abord, ce qui est clair à mon sujet, n'essayez pas de me tordre le bras, je suis un caractère extrêmement rebelle. Ce que je ferai, nous vous le verrez à la fin du mois d'octobre. Mais après, vous avez raison. Alors, il y a une sorte de refrain qui dit la gauche doit s'unir. Très bien, parfait, examinons la question. Je commence d'abord par dire que les Insoumis ont fait une proposition pour les régionales et les cantonales dont le résultat est suivant à cette heure. Nous proposions qu'on ait un cadre national et que tout le monde se mette d'accord. Pourquoi ?
Parce que les gros sujets qui fâchent, ils ne sont pas en cause dans les régions et dans les départements, c'est-à-dire l'Europe, c'est-à-dire la constitution de la VIème République, c'est-à-dire la planification écologique, c'est-à-dire les plans de nationalisation d'un certain nombre de secteurs. Ce sont des questions qui nous séparent d'Europe Ecologie Les Verts ou des socialistes. Par exemple, la loi El Khomri n'est pas concernée par les départements. Par conséquent, on pourrait s'entendre avec des socialistes, si vous voulez bien être raisonnable, puisqu'on ne leur demande pas au département d'abolir la loi El Khomri.
Et évidemment, on peut leur demander d'abroger certains travaux inutiles qu'ils ont engagés. Ça, c'est la discussion locale. Et quelle réponse nous a été faite à ça ? Comme d'habitude, les mêmes qui jaspinent, qui caquettent sur l'Union, sont les premiers à dire, pas d'histoire, voyez ça à la base. Les Verts nous ont dit, nous ne voulons pas de cadre national, tous discutent dans les régions. Et quand on va les voir dans les régions, ils nous répondent, ah ben on est d'accord pour faire une liste, si nous sommes tête de liste. Donc nous allons devoir nous adapter à ça. Maintenant, je viens sur le plan national. Je le redis, l'Union n'est pas un programme.
Si nous devrions nous accorder à la faveur de je ne sais quel concile, pour avoir une candidature commune, sans préciser les points qui sont en débat, nous trahirions le devoir de la démocratie en France, et les gens ne viendront pas voter pour des gens dont ils ont l'impression qu'ils cachent la vérité. Si les gens votent pour un insoumis ou une insoumise, ils auront une constituante et la 6ème République. Ils auront la planification écologique, ils auront l'abolition des lois sur le code du travail, etc. Nous ne voulons pas biaiser avec ça. Donc que faisons-nous ? J'achève.
Nous leur disons, vous parlez sans arrêt du programme, nous vous en posons un sur la table pour discuter, pas pour l'imposer. Il a eu déjà 7 millions de voix, ça mérite qu'on le respecte. Voilà, c'est le programme, l'avenir en commun. Nous croyons qu'il faut construire une majorité d'adhésion, pas une coalition de refus.
Tiens, le maire vert de Grenoble était à votre université d'été. Est-ce qu'il y a un côté écolo-bashing vis-à-vis de ce maire de Grenoble, ou alors c'est Europe École Gilles Vert et le mouvement qui a un petit problème avec Éric Piolle ?
Je ne comprends pas la question. Moi je connais Éric Piolle qui est un homme charmant.
Il est pointé du doigt, on voit bien, il est un peu ostracisé.
Oui, il est pointé du doigt peut-être parce qu'il s'entend trop bien avec nous. Par ses amis verts. Oui, d'accord, mais enfin Grenoble a été gagné la première fois par une coalition d'insoumis et d'Europe Écologie Les Verts. C'était un cas unique en France et d'ailleurs ni les communistes ni les socialistes n'ont participé à cette première coalition. Et là il vient de regagner la majorité dans sa ville assez confortablement. D'accord, il n'y avait pas beaucoup d'électeurs mais il n'y en avait pas moins là qu'ailleurs. Et il l'a fait avec des insoumis et des communistes, les socialistes n'y étaient pas. Donc je pense que ça doit agacer.
Bon voilà, mais après sur le cas précis, excusez-moi, je ne suis pas au jour au jour. D'un mot juste, une qui se verrait bien elle aussi. – Mais ce n'est pas lui qui en est, c'est celui de Lyon qui est sur la sellette pour l'histoire… – Ah pour le tour de France, pour le tour de France.
– Oui, oui, et puis les sapins c'est qui ? – Bordeaux pour le sapin de Noël, ça c'est Bordeaux, c'est… – Ça c'est Pernod. – Bordeaux, voilà, ils ont tous un petit peu leur… – Mais non, les pionnes qui ne vous a fait rien du tout. – Non, juste d'un mot, une qui se verrait bien aussi, bon, même s'il ne fait qu'entre-ouvrir la porte en candidate de rassemblement, candidate commune comme vous diriez, à gauche c'est Anne Hidalgo. Qu'est-ce que vous en penseriez ?
– Rien, je pense que moi j'ai une décision personnelle à prendre et je vais la prendre, et d'ici là je ne vais pas commenter les mérites, je suis sûr que tous ces gens sont pleins de mérites, et bon voilà, moi je sais une chose, nous on a intérêt à démarrer tôt, pourquoi ? Parce que nous allons faire une campagne sous Covid, d'accord ? C'est-à-dire qu'on ne sait même pas si on pourra faire des grandes réunions, il va falloir travailler, élaborer plus en profondeur. Avec ce qu'on a à faire nous, pour gagner, il faut qu'on convainque un maximum de gens, c'est le programme qui fera la différence la prochaine fois, ce n'est pas la tête du candidat ni sa cravate, c'est le programme.
Nous avons déjà réuni une fois 7 millions de voix, mettons qu'il y ait eu 1 million ou 2 millions de personnes qui aient voté en disant bon je vote pour lui parce que je ne sais pas pour qui voter d'autre. Bon, ça nous en laisse 4-5 millions qui ont été convaincus à deux reprises de voter avec nous, puisque nous avons fait 4 millions en 2012. Il nous faut donc arriver à 8 millions, c'est un travail qui ne se fait pas sur l'émotion, sur la tête du client. Alors tous ces gens qui sont candidats nous disent qu'ils vont bientôt nous proposer un projet. Très bien, moi j'en ai déjà un à poser sur la table, quelle que soit la candidature insoumise.
Et si c'est la mienne, ça sera encore plus simple, je n'ai même pas besoin de vous dire que j'ai à me préparer, je suis prêt.
Nous allons terminer cette émission, c'est une tradition désormais avec des questions plus personnelles. Des questions courtes qui appellent s'il vous plaît des réponses courtes. Quel est le dernier film que vous avez vu ?
Je ne me souviens pas, cet été j'en ai vu tellement que j'en revois des fois des...
Vous allez au cinéma beaucoup ?
Hein ? Vous allez beaucoup au cinéma ? Dans l'année non, non je ne peux pas. Le dernier... Je ne peux pas parce qu'après l'événement c'est moi là, hélas la perte d'anonymat dans la vie publique. Le dernier album que vous avez téléchargé, que vous avez acheté, la musique que vous aimez écouter ? Oui mais j'écoute tout le temps la même chose donc... C'est quoi ? C'est plutôt du Mozart qui me fait bien partir quoi.
Qu'est-ce que vous possédez de plus précieux Jean-Luc Mélenchon ?
L'amour des miens.
C'est rigolo parce qu'à chaque fois on a les mêmes réponses quasiment, quelle que soit l'étiquette politique, beaucoup de musique classique et rien de matériel concernant le bien précieux.
Bah parce qu'on est tous des êtres humains, c'est pas parce qu'on est de droite ou de gauche qu'on est plus ou moins humain. Bon je connais des types et des filles de droite qui sont absolument charmants et j'ai des copains de gauche qui sont odieux. Et vice-versa je pense. Donc voilà, l'étiquette politique ne définit ni le caractère ni le... Bon voilà. Alors justement puisque vous parlez de ça,
quel est votre meilleur ami en politique ?
En politique mon meilleur ami ? Vous voulez me faire combien d'ennemis ? Il suffirait que j'en nomme un pour que tous les autres soient vexés à mort ? Pourquoi ils seraient jaloux de ne pas être... Bah oui parce qu'ils sont tous tellement, tellement gentils avec moi, tellement prévenants, tellement bienveillants. Ils m'entourent de tant d'aides que bon c'est injuste.
Il n'y a pas une personne à qui vous passez un coup de fil en priorité quand ça va pas bien, que vous avez besoin d'un conseil, que vous réfléchissez sur une décision ?
Je me téléphone à Delapierre, là où il est, il me répond. Delapierre qui est disparu pour appeler... Delapierre est mort il y a quelques années. Mais son souvenir est extrêmement actif dans mon esprit, et son humour grinçant en particulier. Est-ce que vous avez un... Donc quand j'ai tendance à peut-être... J'ai aussi une photo de François Mitterrand, c'est une carte postale, où il a les yeux qui brillent. Je pense qu'il avait envie de rigoler. Et comme je pratique l'autodérision à grande échelle, j'ai mis cette photo dans ma bibliothèque, et je pense que j'aime le regard, rencontrer son regard moqueur. Est-ce que vous avez un livre à nous conseiller ? Comment ?
Alors, en ce moment, je suis dans des piles de livres, je suis revenu à mes amours de jeunesse, je relis tous les bouquins, mes livres de la Renaissance. Mais bon, allez, je vais quand même vous en proposer un, pour faire couleur du temps, parce que j'ai vu que vous posiez la question, donc j'ai un peu réfléchi. Alors voilà, j'ai un ami qui s'appelle Léonard Vincent, et qui a fait un bouquin au seuil, qui s'appelle L'éloge de la grève. Alors, c'est très bien écrit, et puis c'est tellement provocateur que ça m'a plu de me dire je m'en vais à BFM proposer l'éloge de la grève. Ça vous ressemble ? Une dernière question, où serez-vous dans deux ans ?
Alors, si je suis candidat à l'élection présidentielle, dans deux ans, je serai à l'Elysée. Si je ne le suis pas, je serai en train de terminer un livre sans doute, ou de le commencer. Merci beaucoup. Parce que j'aime le faire, ou bien je dessinerai, mais des choses plus apaisées que la vie que je mène actuellement. Mais une vie d'homme engagé.
Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été avec nous aujourd'hui dans BFM Politique. Merci beaucoup Edwige. Merci Henri.
Jean-Luc Mélenchon