Le choix d'Apolline : Constance de Pélichy - 11/02
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC.
Si vous aviez pu, est-ce que vous auriez eu plus d'enfants ? Et qu'est-ce qui vous a retenu d'en avoir davantage ? Désormais, le gouvernement et les politiques veulent tout faire pour relancer les naissances en France. Et vous avez des propositions très concrètes, Constance de Pédichy, bonjour. Vous êtes députée UDI du Loiret, vous présidez cette mission d'information parlementaire sur la baisse de la nastalité en France et vous remettez cet après-midi les conclusions de votre mission. Vous avez une série de propositions, lesquelles pour vous pourraient vraiment faire la différence ?
Alors déjà, remettre les choses dans leur contexte. L'idée n'est pas d'avoir une injonction à faire des enfants, mais plutôt de permettre aux Françaises et aux Français qu'ils désirent de pouvoir en avoir. Aujourd'hui, on a un désir d'enfant qui s'établit autour de 2,3 enfants par femme et pourtant on est tombé à 1,5 enfants par femme en indice de fécondité. Donc l'idée, c'est bien de trouver des mesures qui permettent à ces Françaises et ces Français qui veulent des enfants de pouvoir les faire.
Qu'est-ce qui les retient justement d'avoir l'enfant en plus qu'ils auraient aimé peut-être avoir ?
Alors, il y a une multitude de facteurs. Il y a des facteurs financiers et matériels et d'ailleurs ça se voit très bien sur les courbes de fécondité. Les classes moyennes sont celles qui font le moins d'enfants parce que ce sont celles pour lesquelles la pénalité financière est la plus élevée. Mais si on interroge au sens global, et ça ressortait énormément dans les auditions qu'on a pu faire passer, ça ressortait aussi dans la consultation citoyenne. 30 000 personnes ont répondu. La question du congé est fondamentale. Aujourd'hui, on a cinq congés. On bricole. Il y a le congé maternité, il y a le congé de naissance du père, il y a le congé paternité, il y a le congé parental.
On ne sait même plus ce qu'on a comme congé, combien de jours on a, comment on les indemnise, comment on gère ça avec son employeur, etc. Donc il faut une mesure simple, claire, lisible, un congé universel de naissance, répartissable entre le père et la mère, comme il le souhaite, sans injonction. L'idée c'est d'être sur de la flexibilité, de la souplesse et une bonne rémunération. Moi je propose neuf mois, il y a différentes propositions sur la table.
Neuf mois qui seraient à répartir, par exemple, moitié pour la mère, moitié pour le père, ou est-ce que ça peut être neuf mois plus neuf mois ?
Non, neuf mois à répartir entre les deux parents. C'est d'ailleurs la durée de la totalité des congés parentaux en Espagne. Eux, ils sont à 19 semaines pour la mère, 19 semaines pour le père.
On ne peut pas dire que l'Espagne soit un modèle en termes de natalité.
L'Espagne est un pays qui tente de relancer sa natalité et de réinvestir ses politiques familiales après les avoir largement abandonnées pendant longtemps.
Ils font face à des grandes difficultés, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie, et effectivement désormais nous la France qui pendant longtemps, au contraire, est un pays où les femmes et les hommes avaient beaucoup d'enfants, plus en tout cas que la moyenne européenne. Je voudrais qu'on accueille Marie qui voudrait témoigner. Elle nous appelle du Lot et Garonne. Bonjour Marie. Oui, bonjour. Marie, vous êtes vous-même infirmière, infirmière libérale. Je crois que vous êtes maman de deux grands enfants et vous vouliez justement nous dire comment eux y vivent cette question.
Eh bien, assez compliqué. Disons que faire un des enfants, c'est prévoir, c'est prévoir son budget. Bon, voilà, comme on prend un appartement, on sait que des enfants, ça va coûter cher. Mais au-delà de l'aspect financier, il y a le côté psychologique où ils ne savent pas trop dans quel monde ils vont les élever, dans quel monde ils vont pouvoir les laisser quand ils ne seront plus là. Et ça, ça les angoisse énormément en fait. Et donc, pour l'instant, ils n'osent pas ou ils ne veulent pas d'enfants, vos propres enfants, donc Marie qui ont, je crois, 30 et 28 ans. 30 et 28 ans et pour le moment, je pense que j'en aurai un et puis ça s'arrêtera là, quoi.
Il y en a une, elle n'en veut pas et parce qu'en fait, ça la stresse de faire un enfant dans le monde dans lequel on vit où on a des politiques qui ne savent pas se tenir, qui ne donnent pas l'exemple et ensuite où il y a de la violence un petit peu partout qui n'est pas forcément chez nous très importante. C'est un petit village de 4 000 habitants, c'est pas... Mais bon, les gens sont... En fait, c'est l'angoisse. Oui, c'est l'angoisse. C'est l'inquiétude. Oui.
Et il y a cette question, ça c'est quand même très important ce que vous nous dites, Marie, c'est la difficulté effectivement à se projeter. Je voudrais d'ailleurs en profiter pour vous interroger aussi là-dessus. Constance de Pellichy, vous l'avez peut-être vu, le maire de Cannes publie ce matin une tribune, David Lissnard, dans le Figaro et il met en relation, et c'est vrai que la contradiction moi-même m'était apparue comme folle, le fait qu'on dise désormais aux jeunes, on va vous aider à avoir des enfants, c'est bien d'avoir des enfants.
Et puis, ces manuels de biologie dans lesquels, lorsqu'ils étaient en terminale, on leur disait que pour sauver la planète, il ne fallait pas avoir d'enfants. C'est-à-dire que c'est quand même complètement délirant. On a dit à nos jeunes, quand ils avaient 18 ans, en fait, il ne faut pas avoir d'enfants pour sauver la planète.
Et aujourd'hui, on leur dit, faites des gosses. Non, mais c'est ce qu'il y a dans ce manuel. Sincèrement, moi, je n'arrive pas à le comprendre. On ne peut pas dire que les enfants sont responsables de la crise climatique qu'on traverse aujourd'hui. Et c'est ce que revient à dire ce manuel. Donc, moi, j'ai du mal à comprendre qu'on n'est plus...
Un manuel de SVT des éditions Nathan, qui, graphique à la pluie, indique que la solution, je cite là, plus efficace et de très loin pour réduire son empreinte carbone, c'est de faire un enfant en moins.
Quel message d'optimisme, sincèrement. Après, je rebondis sur les propos de votre auditrice. La question de la confiance, elle est essentielle. C'est la confiance au sens large, la confiance dans les dispositifs qui vont vous accompagner, autant que la confiance dans le monde dans lequel on vit. Ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas les mêmes ressorts entre le premier et le deuxième enfant. La confiance dans le monde dans lequel on vit, avec ces crises climatiques, ces crises géopolitiques, ça joue beaucoup dans la capacité à se projeter tout court dans la parentalité et avoir un premier enfant.
Après, c'est la confiance dans la capacité à subvenir aux besoins de sa famille pour le deuxième.
Cette question précisément, la question notamment de la crise immobilière, l'économiste Maxime Zbailly, qui est spécialiste des questions démographiques, met un lien direct pour lui entre crise immobilière et effondrement démographique. Il dit, au fond, la crise immobilière, c'est la première raison aujourd'hui pour laquelle les parents n'osent pas se projeter, les futurs parents n'osent pas se projeter. Ils n'ont tout simplement pas les moyens de se loger eux-mêmes. Comment ferait-il pour accueillir un enfant ? Mais c'est logique.
Si vous n'avez pas de chambre, pas de bébé. C'est aussi simple et clair que ça. Or, 50% des 20-29 ans vivent encore chez leurs parents, faute de pouvoir se loger. Donc déjà, la construction du couple et de la famille, elle est compliquée. Et le prix des loyers comme de l'achat a doublé en 20 ans. Donc, on n'a plus les moyens de se loger. Comment on peut faire ? Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent qu'il faut un prêt, un prêt spécifique pour les parents ? Ça fait partie des mesures que je propose. Un prêt spécifique de la déclaration de grossesse aux 5 ans de l'enfant à hauteur de 100 000 euros. Pour acheter... Un prêt à taux zéro ?
C'est un prêt à taux zéro, comme on le fait pour la rénovation énergétique et thermique. Ça permet quand même d'économiser des dizaines de milliers d'euros de frais bancaires et d'intérêts. Donc, en termes de pouvoir d'achat, c'est considérable. Et ça permettrait aux gens de pouvoir construire leur foyer au sens propre du texte. Une question aussi sur les modes de garde.
Pouvoir dire aux femmes, vous n'aurez pas à choisir entre travailler et avoir des enfants. On va vous aider à pouvoir faire garder vos enfants. Il y a d'abord le problème de la place et puis le problème du coût. On parle toujours des places en crèche, mais ça coûte une fortune. Non, mais c'est essentiel. Moi, je l'achète... Vous parliez des classes moyennes qui se retrouvent effectivement, c'est-à-dire ces gens qui travaillent et qui ne s'en sortent pas.
Ça, je le comprends parfaitement. Quand j'avais deux enfants gardés en maison d'assistante maternelle, ça me coûtait presque un smic par mois de garde d'enfants. Donc oui, c'est un budget considérable. Moi, je souhaiterais qu'on ait un reste à charge, c'est-à-dire que la famille ne paye que quelques centaines d'euros par mois, tout au plus et par enfant. Et puis qu'on relance vraiment la construction de places en crèche et de maisons d'assistante maternelle. Le département peut être un très bon interlocuteur là-dessus.
Merci Constance de Pellichy d'être venue à défendre vos propositions. Ce matin, vous rendrez votre mission d'information. Cet après-midi, vos conclusions. Constance de Pellichy, députée UDI de Loiret. Merci aussi à Marie pour son témoignage.
Constance de Pélichy