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interviewLe Média· 2 avril 2020 10 min

COVID-19 ET CONFINEMENT : LE GOUVERNEMENT À LA RAMASSE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard sur la prise de décision s'agissant du confinement. Un consensus scientifique et politique s'est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales. Nous n'avons pas été consultés sur le maintien de ce scrutin.

Nous atteindrons les 50 000 tests par jour par PCR, d'ici la fin du mois d'avril. Attendez-vous d'avoir le nombre de tests de dépistage nécessaires pour entamer la stratégie de la sortie du confinement ? Nous ne nous acheminons pas vers un déconfinement qui serait général et absolu.

Toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre, sont irresponsables. Faute de masques et de tests en quantités suffisantes, le gouvernement ne sait pas comment organiser la sortie du confinement. On en parle tout de suite dans le numéro 71 du P’tit coup de Bourbon.

Depuis la maison confinée du chat, bien sûr. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez.

Retrouvez aussi ce sens de l'essentiel. Jusqu’à quand allons nous rester confinés ? Le gouvernement a prolongé la réclusion du pays jusqu‘au 15 avril.

Mais il y a fort à parier que celle-ci aille bien au-delà de cette date. La stratégie du gouvernement est illisible. Les derniers sondages le confirment : que ce soit l’IFOP ou Elabe, la confiance envers Édouard Philippe et Emmanuel Macron pour affronter la pandémie dégringole.

Plus de 15 points perdus en une semaine. Un vrai Trafalgar. À vrai dire, l’exécutif navigue à vue.

Écoutez Édouard Philippe mardi à l’Assemblée. Les conditions dans lesquelles nous allons pouvoir déconfiner sont encore à l'étude et dépendent très largement de l'efficacité du confinement, de la capacité d'accueil dans les services de réanimation puisque je renvoie à la stratégie globale qui est la nôtre : nous voulons veiller à ce que le virus ne circule pas à un rythme tel qu'il déborderait les capacités nationales d'accueil dans les services de réanimation. Personne n'accepterait non plus que le déconfinement se traduise immédiatement parce qu'il n'aurait pas été accompagné d'une bonne politique de tests, parce qu'il n'aurait pas été accompagné d'une bonne politique de préparation, par une augmentation immédiate, renouvelée, du nombre de cas sévères qui devraient être accueillis dans les hôpitaux.

Entendu hier soir par la mission d’information que l’Assemblée a mise sur pied, le Premier ministre a évoqué une sortie progressive. Nous ne nous acheminons pas vers un déconfinement qui serait général et absolu, en une fois, partout et pour tout le monde. Trois scénarios sont envisagés par Matignon.

Nous avons demandé à plusieurs équipes de travailler sur cette question du déconfinement en étudiant l'opportunité, la faisabilité d'un déconfinement qui serait régionalisé, ou d'un déconfinement qui serait sujet à une politique de test, et si oui laquelle ? Ou un déconfinement qui serait en fonction, qui sait, de classes d'âge. Le chef du gouvernement évoque une politique de tests.

Mais la France est-elle en mesure de tester l’ensemble de sa population ? Samedi dernier, le ministre de la santé a fait le point sur la question. Nous atteindrons les 50 000 tests par jour par PCR d'ici la fin du mois d'avril.

Les tests par PCR, ce sont les tests avec un écouvillon que l’on glisse dans le nez. Des tests plus rapides et plus simples devraient venir s’ajouter à cette panoplie. Je vous annonce que la France a déjà passé une commande pour 5 millions de ces tests rapides qui arriveront prochainement sur le territoire national et nous permettront d'augmenter nos capacités de dépistage de l'ordre de plus de 100 000 tests par jour au mois de juin.

La France compte 67 millions d’habitants. Au mieux, les autorités sanitaires pourront tester 150 000 personnes par jour. À ce rythme, il faudrait plus d’un an pour tester tout le monde.

C’est irréaliste. Dès lors, à quoi vont vraiment servir ces tests ? C’est la question que la députée communiste Elsa Faucillon a posée au ministre de la Santé.

Attendez-vous d'avoir le nombre de tests de dépistage nécessaires pour entamer la stratégie à la sortie du confinement ? Votre objectif est-il encore d'atteindre le seuil de l'immunité de groupe en vous assurant d'ici là de minimiser le nombre de victimes ? La réflexion d’Elsa Faucillon est pertinente.

Car le gouvernement, sans vraiment le dire et faute de mieux, a opté pour une stratégie d’immunité collective. Olivier Véran le reconnaît au détour de sa réponse. A partir de quelle proportion de Français immunisée contre le virus, c'est à dire ou vaccinée, quand le vaccin existe, ou déjà confrontée au virus de façon symptomatique ou non, à partir de quelle proportion de la population on peut considérer que le virus aura terminé de circuler ?

Cette proportion est connue. En gros, l’épidémie s’éteint lorsque 60% d’une population donnée, en contact avec le virus, a développé une résistance à celui-ci. Mais comment déterminer si l’on a atteint cette barre des 60% ?

Les tests actuels ne sont d’aucun secours. Ils nous renseignent sur l’état du patient à l’instant T. Négatif aujourd’hui, ce dernier sera peut-être positif dans une semaine, après avoir croisé un porteur de virus.

Bref, ces tests ne disent pas si l’individu considéré a développé une réponse immunitaire contre la maladie. Il n’y a qu’une sérologie, c’est-à-dire un examen sanguin qui puisse l’établir. C'est tout l'enjeu de la sérologie.

La sérologie qui est capable de déterminer si on a développé des anticorps, des immunoglobulines, en réaction à l'exposition au virus. J'ai très bon espoir que dans quelques jours, peut-être dans quelques semaines au plus tard, nous puissions réaliser des sérologies en population. Et justement, de ce côté-là, il y a une bonne nouvelle.

La société bretonne NG Biotech propose depuis mardi un test sanguin rapide permettant de détecter la présence d’anticorps capables de neutraliser le coronavirus. Ce test a été validé dans plusieurs hôpitaux de la région parisienne. NG Biotech annonce la fabrication de 120 000 tests pour le mois d’avril.

La société serait en mesure de livrer 6 millions d’unités en six mois. Les professionnels de santé seront les premiers servis. Une première commande publique, d’un montant de 500 000 euros, a été passée.

Elle doit permettre de qualifier définitivement le test. Pour la suite, le ministre de la santé se dit preneur de toute la production de NG Biotech. Mais, pour être efficace, le dépistage doit être pratiqué sur les deux tiers de la population, au moins.

Il faudra, par conséquent, trouver des tests équivalents ailleurs. Sur un marché où la demande est extrêmement forte, ce n’est pas gagné. Voilà pourquoi l’option d’une sortie graduelle du confinement est retenue.

La pénurie de masques nous a conduits au confinement. La pénurie de tests va, à présent, nous y maintenir. Quoi qu’il en soit, cet effort gouvernemental de communication ne rattrapera pas le retard à l’allumage.

Car il y a eu du retard dans le confinement, quoi qu’en ait dit Édouard Philippe samedi dernier. Chacun pourra apprécier les moments où les gouvernements ont pris cette décision mais je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard sur la prise de décision s'agissant du confinement. Pas de retard ?

Très bien, reprenons le fil de l’histoire. Le jeudi 12 mars, l’Organisation mondiale de la Santé annonce que le Covid 19 a atteint le stade de la pandémie, c’est-à-dire une épidémie mondiale. Dans ce communiqué, l’OMS recommande aux pays européens de prendre "en temps opportun" des mesures de réduction des rapports sociaux et de quarantaine.

Le principe de précaution aurait voulu que la France reporte les élections municipales. Mais non. On votera le 15 mars, offrant ainsi au virus une dernière opportunité de se répliquer en masse.

Pourtant, le 16 mars, lorsqu’il s’adresse aux Français pour leur annoncer le confinement Emmanuel Macron raconte une tout autre histoire. Dans la journée de jeudi, un consensus scientifique et politique s'est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales. Alors, de deux choses l’une.

Soit le conseil scientifique est peuplé d’irresponsables qui ont délibérément ignoré l’alerte de l’OMS, soit Emmanuel Macron nous raconte des carabistouilles. Quelque chose me dit que la deuxième hypothèse est la plus vraisemblable. Quant au consensus politique, c’est une affabulation.

Écoutez le témoignage de Mathilde Panot, le 19 mars à l’Assemblée, alors qu’elle interpelle le Premier ministre. Vous avez affirmé lors du journal télévisé de France 2 que vous aviez consulté les formations politiques quant au maintien des élections municipales. Vous le savez comme moi, nous n'avons pas été consultés sur le maintien de ce scrutin.

Mais le Président n’aime pas qu’on le chatouille sur ce terrain-là. C’était mardi, à Angers, à l’occasion de la visite d’une usine de masques. Toutes celles et ceux, qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre, sont irresponsables.

Car le Président est au-dessus de ces misérables polémiques. Il parle à l’histoire, il parle au pays. C'est cette France unie à laquelle je crois.

C'est cette France unie dont nous avons aujourd'hui ici le visage mais qui partout en France se déploie avec force et qui nous permettra de gagner contre cet ennemi invisible. La France unie… Ça me rappelle quelque chose. Ah oui, ça : l’affiche de campagne de François Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1988. "La France unie est en marche." François Mitterrand avait été réélu avec davantage de voix qu’en 1981.

Désolé pour la cellule communication de l’Élysée, mais c’est raté ! On n’y croit pas. Voilà donc à quoi songe Emmanuel Macron tandis que des milliers de gens meurent dans les hôpitaux et dans les EHPAD.

À sa réélection à la faveur de cette crise. Cet opportunisme est tout simplement indigne.