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interviewFrance Culture — Sens politique· 22 octobre 2022 43 min

Aurélien Pradié :"Les seuls qui donnent le sentiment d'y croire, ce sont les plus extrémistes. Cela m'effraie"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Bonjour. Ça commence à bien faire, cette petite musique à la mode, telle une lambada estivale qui, à intervalles réguliers, vient nous lanciner de son refrain sur le débat politique qui tombe bien bas et que, franchement, quand on voit le niveau des élus, il ne faut pas s'étonner d'eux, etc. Car il est temps de remettre un peu d'objectivité au milieu de la vindicte et tenter de réhabiliter l'honneur de la classe politique actuelle. Je vous l'accorde. Un ministre exigeant des excuses, une chef de groupe parlementaire qui répond à ces termes devant des dizaines de micros, qu'il aille planter des fraises, ça risque d'être un peu juste pour être édité dans la pléiade.

Mais évitons d'en conclure qu'il s'agit d'un mauvais signe des temps. Ce n'est pas parce que Marine Le Pen se hasarde à cette image horticole que tout le personnel politique se placera des pâquerettes. Ou alors, ce n'est pas nouveau. Rappelons-nous ce dialogue ciselé en direct à la télévision, plus proche d'une cour de collège en France que d'un cours du Collège de France. Jean-Marie, vous êtes un pitre. Ne me menacez pas, il vous en cuirait. Bernard, vous rigolez enfin, regardez-vous. C'était en 1989, vous voyez que les descendants de cette génération-là n'ont rien inventé en matière de tartagueule à la récré.

Il y a 30 ans, d'ailleurs, le style, c'est celui qu'il dit qu'il y ait, respectait déjà l'égalité homme-femme. Car pendant que Jean-Marie et Bernard se donnaient des coups de pied dans le vestiaire des gars, Edith, devenue première ministre, expliquait à la presse que la chute de la bourse, elle n'en avait rien à cirer. Ah, c'est sûr que côté verbe chez les anciens de Matigny, on a pris un peu de distance avec Georges, qui citait une fois devenu président, Paul Éluard, en conférence de presse. Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfants perdus, celles qui ressemblent aux morts qui sont morts pour être aimés.

C'était en 1969, mais je voudrais vraiment que nous croyions tous en cette nouvelle génération d'élus qui fait des efforts pour rehausser au Parlement le niveau des références philosophiques et littéraires. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre aujourd'hui à l'Assemblée le lyrisme des envolées d'Hugo. Oui, Hugo Bernal ici, le député France Insoumise. Et on s'affronte avec panache entre rousseauiste et non-rousseauiste. L'homme est bon par nature. Non, l'homme n'est pas bon par nature. C'est le débat autour de la pensée de Rousseau. Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie Les Verts de Paris. Et puis, vous le savez, les digues idéologiques cèdent les unes après les autres au Parlement.

Les Céliniens ne se cachent plus. Vous verrez que bientôt, on citera Céline au perchoir. Et après tout, peut-être que les mots de Céline nous feront du bien. S'il suffisait qu'on s'aime, s'il suffisait d'aimer, je ferais de ce monde un rêve, une éternité. Notre invité aujourd'hui sur France Culture aimerait, je crois, davantage s'inspirer de Pompidou que des autres noms cités plus haut. Déjà un point commun, le département du Lot. Georges Pompidou en était tombé tellement amoureux qu'il y avait établi sa résidence secondaire à Cajar. Le Lot, notre invité, y est né, voilà 36 ans, il en est l'élu, député de la première circonscription.

Par ailleurs, conseiller régional d'Occitanie, Aurélien Pradié, bonjour. Bonjour. Et soyez le bienvenu dans Sens Politique. Nous allons vous découvrir au long de cette émission, 36 ans, dont 14 avec un mandat électif. Un parcours déjà conséquent sur lequel on va s'appuyer pendant trois quarts d'heure pour comprendre, Aurélien Pradié, le sens de votre engagement et de votre nouvel objectif, devenir le président de votre parti politique, Les Républicains, dans quelques semaines élections, le premier week-end de décembre. Quel sens, Aurélien Pradié, voulez-vous donner à ce parti, à ce RPR devenu UMP en 2002, puis LR en 2015 ?

3:36
Aurélien Pradié

Un mouvement populaire. Je sais que le dire, ça paraît une facilité. Tout le monde doit sûrement dire qu'il veut que son mouvement politique soit populaire. Mais compte tenu des chemins que la droite a pris depuis quelques années, je crois que dire aujourd'hui que nous voulons refonder, et que je souhaite refonder une droite populaire, c'est une véritable exigence. La droite populaire, c'est celle qui parle à tout le monde.

Moi, je me suis engagé dans cette famille politique tout jeune, parce que j'étais convaincu que nous étions capables, que la droite était capable de respecter les plus fragiles, les plus humbles, de les aider à s'élever, à se redresser, à reprendre le chemin, et parler à ceux pour qui la vie était plus facile. Et donc, être un mouvement populaire, c'est pas si simple, en réalité.

C'est-à-dire pouvoir regrouper l'ensemble de nos concitoyens dans une ambition commune, c'est sûrement ce qui ressemble le plus au gaullisme, c'est sûrement ce qu'il y a de plus difficile en politique, être capable de parler à tout le monde sans créer des catégories, vous savez, des parts de marché électorale que je déteste au plus haut point. Et puis, c'est difficile pour la droite, parce que ça fait 10 ans qu'on ne fait plus ça.

4:35
Présentateur

Et vous, qui revendiquez un coup de jeune pour les Républicains, que vous appelez parfois la droite Ehpad, pourquoi vouloir garder cette enveloppe, cette structure LR ?

4:44
Aurélien Pradié

D'abord, je n'ai jamais dit que la droite était un Ehpad. J'ai fait une blague un jour sur ce sujet. Un jour, il faisait très chaud au siège des Républicains. Nous étions dans la seule salle climatisée du siège des Républicains. J'ai fini en disant, vous voyez, ici, c'est comme dans les Ehpad, il y a toujours une salle climatisée. Et à l'époque, ça avait fait rire tout le monde, avec du recul un petit peu moins. Mais il n'y avait pas pour moi de guerre de génération. Non, je pense qu'il faut qu'on tourne des pages. Est-ce que la génération suffit à tourner des pages ? Peut-être pas. Pas seulement, mais ça y contribue.

Et puis, cela vaut autant pour la droite que pour les autres partis politiques. Moi, j'ai un sentiment, et il faut que nos auditeurs aient pas le sentiment que lorsque je dis ça, il y a une forme d'arrogance ou de supériorité. Mais je trouve qu'on s'ennuie affreusement dans cette vie politique. Je trouve qu'on n'y croit plus. Quand je dis « on », c'est à peu près tout le monde. Que les seuls qui donnent le sentiment d'y croire, ce sont les plus extrémistes. Et ça, ça m'effraie. Et je veux que la droite républicaine, comme peut-être la gauche, même si ce n'est pas tout à fait mon affaire, puisse y croire encore.

On a, je ne sais pas à quel moment dans notre vie politique, considéré que le plus facile, c'était de ne plus avoir aucun idéal. C'est plus confortable de ne porter aucun espoir, parce qu'au fond, vous ne décevez personne. Mais je pense qu'on est à un moment de tournant, peut-être même générationnel, où il faut retrouver des idéalistes dans notre vie politique. Et peut-être que ça passe par un changement de génération. Ce n'est pas exclu.

6:04
Présentateur

Quelle que soit l'identité du nouveau patron, Éric Ciotti, Bruno Retailleau ou vous, Aurélien Pradier, l'air repartira d'une feuille presque vierge, moins de 5% la présidentielle pour votre candidat de Valérie Pécresse, trois quarts d'adhérents au moins entre 2015 et 2019, ça remonte. Sensiblement depuis trois ans, mais on reste à moins de la moitié par rapport à 2015. Et à peine, ai-je lu, 1% de vos adhérents à moins de 35 ans. Quel électrochoc de fond et de forme vous prescrivez aux malades pour qu'ils soient sur pied en 2027 ?

6:35
Aurélien Pradié

Le mouvement populaire dont je parlais, c'est non seulement celui qui parle à tout le monde, mais c'est celui qui parle de tous les sujets. Qu'est-ce que la droite a à dire aujourd'hui sur les questions d'environnement ? Qu'est-ce qu'elle a à dire sur les questions culturelles ? Qu'est-ce qu'elle a à dire sur l'éducation ? Plus grand-chose. Et redevenir un mouvement populaire, c'est être capable de parler aussi de tous ces sujets, autant que de parler d'immigration et de sécurité et de questions régaliennes. Pourquoi est-ce que je vous dis ça ?

Je vous dis ça parce que j'ai observé dans ma propre famille politique, depuis maintenant un peu plus de 6 ans que j'ai responsabilité nationale, qu'on s'était dit au fond que ce qui traversait le plus profondément l'épiderme du pays, cette question de perte d'identité, elle était liée seulement aux questions régaliennes, aux questions d'immigration, de sécurité. Je crois que c'est faux.

Je crois que ce qui fait la plus grande perte d'identité pour nos concitoyens, ce sont ces petites blessures du quotidien, qu'on a un peu négligées presque par supériorité, comme si s'occuper du handicap, des violences conjugales, de la question des salaires, de la question du pouvoir d'achat, c'était au fond négligeable, ce n'était pas à la hauteur du politique. Et c'est ce chemin que je souhaite que nous retrouvions. C'est changer la vie de nos concitoyens. La politique ne change plus la vie concrète de nos concitoyens. Et vous fondez une idéologie quand vous êtes capable concrètement de changer la vie des Français.

7:47
Présentateur

Alors on ne va pas aigrener votre programme parce que ça ne serait pas équitable vis-à-vis de vos concurrents, messieurs Retailleau et Ciotti, mais on va s'arrêter sur ce qui s'est passé à l'Assemblée. Vous êtes élu depuis 2017. Vous emmenez le débat, et parfois même jusqu'à la loi, sur des thématiques, vous l'avez dit, qui ne sont pas forcément les plus fréquentes dans votre camp. L'inclusion de jeunes en situation de handicap. La déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé. La lutte contre les violences au sein de la famille. Une question simple. Est-ce qu'il s'agit d'un nouveau sens de l'action que vous souhaitez imprimer à droite ?

Ou alors on est là sur des thèmes de société qui tout simplement vous touchent, vous ont touché d'abord personnellement ?

8:24
Aurélien Pradié

Un peu des deux. D'ailleurs, en politique, on est aussi la construction de sa propre vie. Moi, je ne crois pas, vous savez, à tous ces politiques qui prétendent exercer une mission politique comme on exerce un job. Déconnecté de tout, de toute empathie, de toute histoire personnelle. Moi, je fais de la politique avec mes propres blessures. Mais d'ailleurs, qui fait vraiment de la politique sans ses propres blessures ? Des mercenaires de la politique ? Des intérimaires de la politique ? Non. Vous faites de la politique avec vos propres faiblesses. Le handicap, c'est l'histoire de ma vie, ou plutôt celle de mon père.

Je crois que je n'aurais jamais imaginé, d'ailleurs, en faire un combat politique lorsque je suis rentré en politique. parce que c'était tellement imprimé en moi que je ne ressentais pas le besoin d'en faire un combat public. Et puis, les violences conjugales, c'est non pas une histoire personnelle, mais c'est ce que j'ai compris, vécu dans mon premier mandat de maire qui m'a le plus marqué, peut-être même traumatisé, lorsque j'ai eu à régler ces questions-là autour de moi lorsque j'étais un jeune maire d'une vingtaine, d'une trentaine d'années à l'époque. Au-delà, j'en fais aussi un sujet stratégique pour la droite.

Je pense que lorsque la droite républicaine est capable de s'intéresser aux fragilités de notre pays, aux plus grandes fatalités, le handicap et les violences au sein de la famille en font partie, elle retrouve un chemin qui est un chemin vers la dignité. Ce combat pour la dignité de nos concitoyens, nous l'avons perdu.

Et en prenant ces sujets qui peuvent paraître être des sujets de niche, parce qu'on se dit au fond que ça ne concerne pas tous les Français, même si c'est une erreur parce que ça concerne de plus en plus de Français, je pense qu'en prenant ces sujets-là, on part à la conquête de la dignité pour chaque Français et que c'est au fond ce qui fait le cœur de l'engagement politique.

10:04
Présentateur

Il y a deux ans, vous avez défendu une proposition de loi à l'Assemblée en faveur de l'inclusion des enfants et adolescents en situation de handicap, une proposition de loi rejetée par La République En Marche et vous avez reçu, vous, le député Les Républicains, le soutien de l'insoumis François Ruffin qui s'en est à leur prix au sectarisme de la majorité. Donc à la fois le refus des marcheurs et le soutien d'un insoumis. Est-ce que ça a donné un sens nouveau à votre conception du travail de parlementaire ? Est-ce que depuis ce jour, vous n'êtes plus tout à fait le même député ?

10:34
Aurélien Pradié

Oui, sûrement. C'était d'abord ma première expérience, vraie expérience parlementaire. Il faut comprendre que quand j'arrive à l'Assemblée, je n'ai jamais mis les pieds à l'Assemblée nationale, même pour y faire du tourisme. Et donc c'est ma première grande expérience de combat politique où j'écris le texte, où je le porte, où je le défends et où je vois qu'il y a des moments inattendus dans l'hémicycle qui sont des moments où on est capable de se mettre d'accord au-delà de nos convictions politiques. Pour tout vous dire, ça m'a un peu perturbé sur l'instant. Parce que je me suis dit est-ce que tu ne fais pas une erreur au fond ?

Avoir le soutien d'un insoumis, est-ce que ça ne va pas être un problème politique ? Et puis très vite, je me suis rendu compte que c'était une manière de mettre un peu de noblesse dans l'engagement politique, dans une parenthèse. Ça ne nous a pas empêché, d'ailleurs je l'ai dit à François Ruffin publiquement, de nous re-questionner les uns les autres, même de batailler très fortement après sur d'autres sujets. On s'est accroché assez souvent, avant, après, mais pas pendant. Et je crois au fond que ça, c'est ce qui a fait la noblesse de la vie parlementaire aussi pendant des décennies.

Des moments de suspension où on est capable de se mettre en accord, sans abandonner pour autant nos convictions et nos particularités.

11:43
Présentateur

Vous vous êtes prononcé également contre le recul de l'âge légal de départ à la retraite, estimant que quand on commençait à travailler à 20 ans, on ne pouvait pas tenir jusqu'à 65 ans et prétendre que c'était possible, ça équivalait à ne respecter ni le travail ni l'effort. Première question là-dessus, ça ressemble davantage à un programme présidentiel pour la République que pour un parti politique. Est-ce que le chef de LR peut ou doit être le candidat à la présidentielle ?

12:09
Aurélien Pradié

Est-ce qu'il peut ? Sûrement. Est-ce qu'il doit ? Non, ce n'est pas une obligation. Et on voit bien que le paysage politique, aujourd'hui, il est configuré de manière différente. Et donc, probablement, le futur président des Républicains ne sera pas le candidat à la présidentielle de 2027. Mais je refuse catégoriquement, dans cette campagne interne, qui pour moi est une étape absolument passionnante et constructive, au sens de ma propre construction, je refuse de parler aux adhérents différemment de ce que je peux dire aux Français. Les adhérents, si on veut les respecter dans un parti politique, on ne leur parle pas de manière différente du discours qu'on peut tenir à nos concitoyens.

Et lorsque je vais sur cette question de la retraite, je vais sur des questions de dignité, je vais sur des convictions auxquelles je crois depuis des années, et je parle aux adhérents comme je parle aux Français, c'est la meilleure manière de les respecter. J'ajoute un point, je pense qu'en politique, vous n'émergez, vous n'êtes respecté que lorsque vous prenez des risques. Au fond, lorsque l'on voit que vous croyez en quelque chose.

Et c'est vrai que quand je suis allé sur cette question de la réforme des retraites, alors que ça fait 10 ans que la droite dit qu'il faut bosser jusqu'à 65 ans, certains y vont jusqu'à 68 ans, c'est une espèce de cynisme, de ceux pour qui la vie est assez facile, nous les politiques, qui vont expliquer aux Français pour qui la vie est plus difficile qu'il faut les punir. Ce que font les Français vont bien profiter du système. Tout ça est insupportable à mes yeux. Et lorsque je le fais, mes équipes me disent attention, prenez un risque politique. Et je pense que c'est au moment où on prend un risque politique qu'on est respecté y compris par ses propres adhérents.

Et dans toutes les réunions publiques que je fais avec les adhérents, oui, il me fallait les chercher très loin, parce que je vais les chercher depuis 10 ans de rengaine répétées sur ce sujet. Mais je vous assure, j'arrive à les amener sur des terrains parfois un peu inhabituels et avec une forme de soulagement. Le nombre d'adhérents qui viennent me voir à la fin d'une réunion en me disant « Monsieur le député, ce que vous avez dit, ça nous a fait du bien », ça fait quand même longtemps qu'on ne dit pas à un politique que ça fait du bien de l'entendre.

14:01
Présentateur

Sur cet exemple intéressant, je trouve, sur l'hostilité qui est la vôtre à l'éventualité du recul de l'âge légal de départ en retraite, c'est donc un euphémisme si on dit que tous les militants et responsables à l'air ne sont pas forcément de votre avis. Sur cet exemple comme point de départ, quel sens vous comptez donner au débat et à la discipline de parti si vous, Aurélien Pradié, devenez le président des Républicains ?

14:25
Aurélien Pradié

Quelle est la discipline lorsqu'on fait moins de 5% à la présidentielle ? Enfin, si on fait moins de 5% à la présidentielle, si on perd depuis 10 ans les élections nationales, c'est quand même qu'on n'a pas tout fait parfaitement. Donc, l'irresponsabilité dans un moment comme celui-ci, ce serait de ne remettre rien en question.

14:43
Présentateur

Mais ensuite, une fois que vous êtes président, comment ça va se passer ? Est-ce qu'il y aura des débats ? Est-ce qu'on pourra vous dire que non, le départ légal en retraite doit être à 65 ans ? Comment vous voyez

14:55
Aurélien Pradié

cette vie interne ? Bien sûr que nous aurons des débats et que le rôle du président des Républicains, ce sera de poser des débats, de bousculer les choses. Sur la réforme des retraites, en l'occurrence, on nous dit depuis près de 10 ans que l'allongement de l'âge légal est la seule mesure financière solide. Ce n'est pas vrai. J'ai passé près de 3 ans à travailler sur le sujet pour me rendre compte qu'on avait des espèces de chimères. On nous disait que ça permet de rendre le système plus rentable à hauteur de 20 milliards d'euros. Lorsque je fais le calcul très précisément, j'arrive plutôt à 8 milliards d'euros.

Bref, le rôle du futur président des Républicains, ce sera de mettre un coup de pied dans la fourmilière et parfois d'évacuer des idées qui traînent dans le fond de l'air comme des évidences. Il n'y a plus d'évidence lorsqu'on fait moins de 5% à la présidentielle et sur ces sujets comme sur les autres, il faut que nous sortions des slogans. Vous voyez, cette question de la réforme des retraites est devenue une espèce de slogan où tout le monde répète les mêmes choses, les mêmes chiffres et on ne va plus au fond des choses.

15:48
Présentateur

Sur le risque en politique, là, vous avez évoqué le fond des choses, venons-en à la forme. Vous vous définissez comme un rebelle, tout ce qui relève de la discipline vous ennuie. Je ne reproduis pas la citation exacte pour ne pas froisser les oreilles. Vous assumez une parole libre et certains de vos adversaires appellent ça de l'arrogance et de la brutalité. Est-ce que vous voyez quand même cela comme un risque, le risque d'être victime de vous-même et que la parole libre devienne un jour dérapage ? Vous avez ça en tête ?

16:20
Aurélien Pradié

Oui, je l'ai évidemment en tête. Mais quel est le plus grand risque en politique ? De rester libre dans ses convictions, dans ses propos, dans ses mots ou de rentrer dans le moule ? Moi, je ne me suis pas engagé en politique pour être un clone. Le plus grand risque, c'est celui-ci. C'est de ne plus être soi-même. Et vous savez, je passe plus de temps depuis le début de mon engagement politique à lutter contre une forme de lissage, une forme de moule dans lequel on rentre assez mécaniquement en politique. Ça, il faut une énergie folle pour cela.

Vous observerez aussi que ceux qui me disent que ma liberté de parole, ma franchise, est une forme d'arrogance, sont ceux qui, généralement, se sont comportés d'une manière épouvantable depuis des années. Sûrement que si j'avais 55 ans, on considérait que cette liberté de parole est une forme de tempérament. Mais comme j'ai 36 ans, on considère que c'est une forme d'arrogance. En tout cas, j'y tiens, je la travaille, pas par forme politique, pas par marketing politique, mais parce que je pense qu'on a perdu un goût du tempérament en politique parce que sûrement on a perdu un goût des convictions. On a toujours le tempérament de ces convictions.

17:31
Présentateur

Et on reviendra tout à l'heure à ceux qui vous ont inspiré, y compris au niveau du tempérament. Deux minutes sur votre proposition de loi baptisée Agir contre les violences au sein de la famille, quand même. En 2019, adoptée par l'Assemblée à la quasi-unanimité. Plus personnellement, Aurélien Pradier, quel regard vous posez aujourd'hui sur ce qui se passe à l'intérieur même des groupes parlementaires ? Le débat autour de Julien Bayou parmi les écologistes, cet débat autour d'Adrien Catenens parmi les insoumis. C'est bon pour la démocratie qu'on vienne enfin, pour reprendre votre expression, donner un coup de pied dans la fourmilleur ?

18:07
Aurélien Pradié

Sûrement. Même si je n'ai pas le sentiment que tout cela règle quoi que ce soit, que j'ai le sentiment qu'on est en train de politiser des sujets qui ne devraient pas être politisés. La question, ce n'est pas comment est-ce qu'on règle à l'intérieur d'un parti des affaires qui sont des affaires judiciaires. La question, c'est comment la justice peut agir plus vite sur ces sujets. Et moi, je ne crois pas à toutes ces cellules internes à un parti politique. D'ailleurs, on le voit bien, qui ne règlent rien, qui font retarder les choses, qui surpolitisent souvent les sujets. Je suis très mal à l'aise par l'attitude de Mme Rousseau.

Je ne comprends pas sur l'affaire Bayou qu'on n'ait pas demandé des comptes à Mme Rousseau qui a expliqué promptement qu'elle avait reçu une femme, qu'elle l'avait laissée partir alors qu'elle savait qu'elle risquait de faire une bêtise et d'attenter à sa propre vie. Où était sa responsabilité de citoyenne à ce moment-là, etc. Moi, ce que je veux, c'est que la justice de mon pays soit capable de régler ces questions, pas d'avoir en interne des bidules et des machins qui, en réalité, ne règlent rien.

19:09
Présentateur

Et donc, quelles règles internes au parti demain sur ce sujet avec vous à la tête des Républicains ?

19:15
Aurélien Pradié

Les règles de la justice de la République, dès qu'il y a un signalement, il doit être porté devant la justice et c'est à la justice de trancher. Voilà pourquoi, dans la suite de la proposition de loi dont vous parliez et qui a été adoptée, j'en ai déposé une nouvelle la semaine dernière pour la création d'une juridiction spécialisée parce que c'est le seul moyen comme en Espagne de traiter vite ce genre de situation et d'y apporter des réponses concrètes. C'est à la justice de la République d'agir. Ce n'est pas parce que la justice est incapable d'agir aujourd'hui que les partis doivent faire semblant d'agir à la place.

19:47
Présentateur

Aurélien Pradié, c'est le moment d'ouvrir avec vous notre moisson de la semaine d'archives sonores en commençant par vous écouter, si j'en juge par le nombre d'extraits radio ou télé retrouvés de vous pour la seule année 2022. Vous êtes, me semble-t-il, ce que les journalistes appellent un bon client. Donc on avait le choix, d'autant que vous n'avez pas attendu 2022 pour passer sur les ans certaines. Allez-vous identifier ce passage, Aurélien Pradié ? On ne vous dit rien pour l'instant. Si vous le retrouvez, vous nous donnerez le contexte et ensuite vous nous expliquerez le sens que vous avez voulu donner à vos mots.

20:19
Aurélien Pradié

La manière dont les politiques se comportent depuis plusieurs années, dont ils trahissent leur famille politique avec autant de facilité, dont ils jouent les girouettes avec autant de banalité, cette idée que tout se vaut, c'est la grande idée macroniste. La Macronie est faite de traîtres de droite et de traîtres de gauche. Alors je sais que, quand je prononce ce mot, on hurle en me disant « mais enfin vous êtes durs ». Excusez-moi, mais on est quand même dans une époque où on n'ose plus dire les choses. Quelqu'un qui est capable de passer d'une famille politique en une autre pour avoir un poste ministériel, ça s'appelle un traître politique.

Gérald Darmanin en est la plus grande incarnation. Oui, il n'est pas le seul. Et je pense que tout cela a banalisé, a dégradé l'idée que l'on se fait de la politique. Et je pense que c'est une des raisons pour lesquelles plus de la moitié de nos concitoyens ne vont plus voter.

20:59
Présentateur

Est-ce que vous avez identifié ce moment, Aurélien Pradié ?

21:02
Aurélien Pradié

Je crois que c'était chez LCP. Ça devait être au début de mon mandat, à la grande époque des trahisons faciles, il me semble.

21:09
Présentateur

2021. Donc c'est plutôt à la fin de votre premier mandat. Mais c'était effectivement sur la chaîne parlementaire. On vous interroge sur les raisons de l'abstention au régional. Abstention de 62% des électeurs dans votre région en Occitanie, 65% au niveau national. 16 mois plus tard, Aurélien Pradié, est-ce que vous êtes sur la même ligne ? Et pour être encore plus précis, le sens que vous donnez au passage du parti Les Républicains à un gouvernement sous la présidence d'Emmanuel Macron, est-ce que vous voyez toujours cela comme de la trahison ?

21:40
Aurélien Pradié

Oui. Et je l'assume totalement. Je n'ai pas changé d'avis. Je redis que ça peut paraître dur de l'exprimer ainsi, mais je le pense profondément. Moi, je suis effrayé de voir à quel point on banalise des comportements politiques qui, pour moi, sont des comportements politiques détestables. celles et ceux qui, pour un poste gouvernemental, sont passés d'une famille politique à une autre, sont presque érigés en héros. J'ai vu ça. Et eux-mêmes, d'ailleurs, expliquent qu'au fond, ils ont du courage politique à le faire. Il y aurait désormais du courage politique à trahir sa propre famille.

Moi, j'ai admiré plus jeunes, peut-être comme certains de nos auditeurs, des responsables politiques qui n'avaient pas eu de grand destin ministériel, mais qui étaient restés fidèles à leurs convictions, à droite comme à gauche. Et il me semble que tout ça dégrade de manière assez latente, mais assez réelle, le comportement politique. Voilà. Et donc, je ne retire pas un mot à ce que j'ai dit. Et en le disant, pour être très honnête, j'essaie de me vacciner moi-même. Plus je cultive une forme d'antipathie pour celles et ceux qui trahissent facilement leur famille politique, plus je me dis que je me préserve moi-même un jour de me comporter pareil.

22:49
Présentateur

Un exemple, pendant cinq années, donc la législature précédente, vous avez essayé d'obtenir la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé, c'est-à-dire pas d'allocation minorée. Si la personne handicapée vit en couple, la majorité en marche s'y opposait alors. Et en juillet dernier, donc deux mois après la réélection du président et à peine les législatives passées, quasi unanimité à l'Assemblée pour cette loi. Est-ce que c'est un tournant malgré tout dans vos relations avec la Macronie ? Est-ce que quelque chose a changé avec Emmanuel Macron ?

23:23
Aurélien Pradié

Non, rien n'a changé. On peut tout à fait, sur des combats aussi essentiels, avoir des forces communes et pour autant ne pas appartenir à la même majorité politique. D'autant que si Emmanuel Macron a fait un pas, c'est parce que pendant des années, nous n'avons pas lâché ce dossier-là et qu'il a fini par y être interrogé lors des élections présidentielles et que donc il a été poussé par la bataille parlementaire qu'on a menée depuis des années à céder sur ce terrain-là.

Ce qui m'avait le plus marqué d'ailleurs dans l'opposition qu'Emmanuel Macron et son gouvernement avaient à la déconjugalisation de l'allocation à lutte handicapée, c'est qu'il l'abordait comme une mesure technique alors même que c'était une mesure de dignité. Et ça m'a pour moi beaucoup enseigné aussi ce qu'était la Macronie qui pour moi n'a pas de conviction politique, n'a pas d'idéal politique, c'est une somme d'opportunités, d'opportunisme et de vision technique voire technocratique du pays.

24:19
Présentateur

Parmi les caractéristiques dont vous affublez Emmanuel Macron et sa politique, il y a ce que vous appelez le fatalisme. Quel est le sens de cette étiquette que vous posez sur les macronistes ?

24:29
Aurélien Pradié

Je ne crois pas qu'Emmanuel Macron ait envie de véritablement changer les choses, changer la vie de nos concitoyens. Je l'observe, lui et son gouvernement, passant plus de temps à expliquer aux Français qu'il va falloir accepter la fatalité des choses, expliquer que c'est trop compliqué de changer. Au fond, j'ai le sentiment qu'il n'est pas un de ceux qui veut bousculer la destinée y compris les plus grandes difficultés de notre pays mais les faire accepter. Et d'ailleurs, ce qu'on voit encore aujourd'hui sur les questions énergétiques, sur tous ces sujets-là, démontre cela. Ce sont des pédagogues.

Et donc, il nous explique qu'au fond, si le plus grand enjeu pour un ministre aujourd'hui, c'est de faire de la pédagogie. Et derrière ce mot de pédagogie, il y a une sorte d'abandon de ce que la politique peut faire pour changer la vie de nos concitoyens. Je l'ai beaucoup vu dès le début et c'est ce qui me différencie le plus d'ailleurs de sa vision du pays. Je pense qu'il n'a pas profondément envie de corriger les injustices. parce que lui-même a une vision du monde et du pays. Il considère qu'au fond, il y a ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien pour le citer.

25:35
Présentateur

Vous êtes né, Aurelien Pradié, dans une famille non politisée, sur une terre traditionnellement créée à gauche, le Lot, ce département entre la Corrèze, l'Aveyron, la Dordogne, le Midi-Toulousain. C'est un terreau jadis fait de radicaux socialistes. Vous avez, dès l'adolescence, été confronté, vous l'avez dit, à des drames personnels générant des situations où vous ressentiez ce qu'est l'injustice sociale, que l'on place à tort ou à raison comme une préoccupation prioritaire des parties de gauche. Question simple, pourquoi à 21 ans vous prenez votre carte à l'UNP ?

26:09
Aurélien Pradié

Parce que j'admire Chirac. Que mon grand-père est corrézien et qu'il parle du grand Jacques assez souvent. Pour autant, ce n'était pas du tout politique. C'était une admiration très presque physique et de la personnalité. Donc j'ai grandi dans l'admiration d'un Chirac qui pour moi était un Batman. Rien de plus que ça. L'attachement que j'ai eu à Chirac était d'abord, je le confesse, tout à fait irrationnel. Pas plus que ça. Peut-être aussi que je me suis engagé à droite dans un département de gauche parce que je n'ai jamais ni vécu personnellement la facilité ni aimé la facilité.

Et qu'au fond, ce qui pour moi était le plus important, c'était de tracer un chemin là où on me disait que c'était impossible. Voilà. Tout ça un peu mis bout à bout peut-être.

26:56
Présentateur

Et c'est là, Aurélien Pradié, que je vous propose de découvrir la deuxième archive de l'émission, celle que vous avez sélectionnée pour nous. Je vais vous laisser nous en parler. J'aimerais donc juste dire un mot d'introduction. Les petites filles, les petits garçons à 9 ans dans les années 90 regardent des dessins animés à la télé, des documentaires sur les animaux, des cassettes vidéo de Walt Disney. Et vous, vous avez voulu partager avec nous sur France Culture dans le sens politique ce qui a fait battre votre cœur à la télé lorsque vous aviez 9 ans et 2 mois. On vous écoute, Aurélien Pradié, nous présenter cette archive.

27:25
Aurélien Pradié

Oui, c'est pour moi un souvenir immense que j'ai revu, réécouté après. C'est Jacques Chirac, élu président de la République, qui s'adresse pour la première fois aux Français comme président de la République et qui, dans ses quelques mots, dit tout de l'amour qu'il a du pays et des hommes simples. Le soir,

27:45
Locuteur 4

je pense à mes parents. Je pense aux patriotes simples et droits dont nous sommes tous issus. J'aurais accompli mon devoir si je suis digne de leur mémoire.

28:04
Présentateur

Dimanche 7 mai 1995, pupitre installé à l'hôtel de ville puisque Jacques Chirac, à cet instant, est encore le maire de Paris. Il vient d'être élu président de la République. C'est sa première déclaration depuis l'annonce des résultats de sa victoire face à Lionel Jospin. Troisième tentative pour Jacques Chirac après ses candidatures de 81 et 88. Que se passe-t-il, Aurélien Pradié, dans votre âme d'enfant ce dimanche 7 mai 1995 ?

28:28
Aurélien Pradié

Je n'en ai pas un immense souvenir mais je me souviens d'être heureux. Être heureux, être ému, voir les Français heureux et voir un Jacques Chirac qui n'est plus tout à fait le même parce qu'il devient à cet instant président de la République. Cette phrase-là, je ne suis pas sûr qu'à 9 ans je m'en sois souvenu mais je l'ai dans mon bureau aujourd'hui. C'est une phrase que je trouve absolument magnifique parce qu'elle dit tout du fait que devenir président de la République, devenir le représentant de son propre pays, ça vient de très loin. À cet instant, il parle de ses parents parce qu'il sait qu'il en est l'héritier humain.

il parle des Français droits, des Français humbles, des patriotes, il parle de la dignité, il parle du devoir d'être à la hauteur, de leur mémoire. Tout ça me donne le sentiment qu'à cet instant-là, Jacques Chirac qui devient président de la République, qui a toutes les raisons d'être grand, se sent petit. Et pour moi, c'est un message politique passionnant. j'ai cette phrase dans mon bureau et de temps en temps, quand je me sens grand, alors que je ne le suis pas, je relis cette phrase et je me dis que celui qui est devenu président de la République en 1995, s'il lui aussi a cette exigence d'être petit, c'est que nous, nous devons l'avoir aussi au quotidien.

29:42
Présentateur

En quelques phrases, après les années Mitterrand, vous souvenez que Lionel Jospin revendiquait un droit d'inventaire au moment de représenter et de reprendre le PS en 1995. Pour vous, le droit d'inventaire sur les années Chirac et sur les années Sarkozy au moment de tenter de prendre la présidence de ce parti politique, la suite du RPR et de l'UMP qui s'appellent désormais les Républicains.

30:05
Aurélien Pradié

Oui, je ne sais pas si c'est un droit d'inventaire, c'est un devoir de regarder ce que nous avons fait de bien et ce que nous avons fait de mal. Ce qu'il y a de commun entre la campagne et la victoire de 1995 et celle de 2007, c'est que Jacques Chirac comme Nicolas Sarkozy ont porté un mouvement populaire. Les deux étaient capables de parler à tous les Français. Ce qu'ils ont fait de leur mandat après, c'est une autre question. Mais il est quand même resté quelques traces indélibiles.

Je veux bien qu'on ballait d'un revers de la main le mandat de Jacques Chirac, mais quand même, le discours de Johannesbourg, le fait de tenir tête aux Américains dans la guerre d'Irak, tout ça, ce ne sont pas des détails. Et pour Nicolas Sarkozy, la gestion de la crise de 2008, financière, historique, ce n'est pas un détail non plus. À mon sens, c'est après que nous nous sommes perdus. C'est après que nous avons perdu cette âme de la droite populaire. Et c'est là qu'il faut tirer tous les enseignements. C'est ce que je tâche de faire. Sans règlement de compte, sans haine, sans rancune, tourner des pages, ça ne veut pas dire les insulter. Ça veut dire être capable de regarder l'avenir.

Et Jacques Chirac, en 1995, comme Nicolas Sarkozy en 2007, trace une perspective d'avenir en étant aussi sur des éléments de rupture. Il tourne des pages sans les insulter.

31:18
Présentateur

Si on dit, Aurélien Pradié, que vous êtes né pour ça, pour la victoire de la droite, vous allez le prendre pour un encouragement, mais en l'occurrence, c'est du premier degré. Vous êtes vraiment né pour la victoire de la droite, deux jours exactement avant les législatives de mars 1986 qui ont vu Jacques Chirac s'installer à Matignon. Vous êtes donc poisson ascendant RPR. Plus sérieusement, comment on vit le fait d'être jeune de droite, de vouloir faire de la politique dans un environnement quasi exclusivement de gauche ?

31:46
Aurélien Pradié

Moi, je l'ai plutôt bien vécu. J'ai été construit dans une forme d'adversité. Ça vaut pour ma vie personnelle avant de valoir pour ma vie politique. Donc je n'ai pas été surpris lorsque je suis arrivé dans la vie politique que les choses soient difficiles parce que c'est ce que j'avais vécu personnellement. Peut-être que si j'avais été construit différemment, j'aurais trouvé tout cela insupportable. L'adversité, c'est à la fois ce qui m'a construit. C'est une force. C'est aussi un problème parce que j'ai parfois un peu du mal à concevoir qu'on puisse construire les choses autrement que dans l'adversité. J'apprends ce qu'est la confiance progressivement. Je n'ai jamais vécu ça difficilement.

Il y a eu des épreuves politiques. On ne m'a jamais fait de cadeau. Ça contribue sûrement à mon tempérament du moment mais aussi à ma détermination. J'ai eu une chance merveilleuse. Je sais qu'on ne va jamais dire en politique qu'on a de la chance. Toujours dire qu'on l'a mérité, mais j'ai quand même une bonne étoile quelque part. C'est que je rentre en politique à 18 ans. Je suis élu à 21 ans contre toute attente face à mon instituteur dans mon département, en mobilette, bref. À ce moment-là, le lendemain de mon élection à 21 ans, je reviens chez moi et je me dis mon petit gars, tu vois en fait, tout n'est pas fait que de fatalité.

J'avais vécu cette fatalité dans ma vie personnelle, familiale. Je m'étais dit au fond, il y a quelque chose comme ça qui vous tombe sur la tête contre lequel vous ne pouvez rien et la politique me permet de me montrer à moi-même qu'on peut changer les choses, y compris sur sa propre vie. Moi, je souhaite à tous les gamins de mon pays de débuter leur vie à 20 ans ou à 21 ans avec cette idée que rien n'est vraiment impossible. J'ai beaucoup de chance.

33:22
Présentateur

Pauvre M. Fouassac. Comment on fait campagne contre son ancien instituteur ?

33:27
Aurélien Pradié

Avec un peu d'arrogance peut-être à l'époque, j'avoue. Je me souviens d'une réunion publique à laquelle il était présent. C'était sa réunion publique. J'étais venu le voir avec beaucoup de provocation et je me rappelle qu'il avait conclu en disant que mon petit gars je t'ai appris à lire et à écrire. Je lui avais répondu que c'était en effet son principal problème. Il m'avait appris à lire et à écrire. J'ai gardé un immense respect pour lui. Ça a été dur, sûrement, le fait que je le batte et que je sois à lui à sa place. Mais j'ai jamais eu de...

33:59
Présentateur

C'était sur des cantonales.

34:00
Aurélien Pradié

Oui, c'était une lecture cantonale très difficile. J'ai fait ça en mobilette. J'avais 21 ans. Et j'ai fait toutes les maisons les unes après les autres. Et il n'a pas vu venir... Moi non plus d'ailleurs, je ne l'avais pas vu venir. Donc j'ai gardé beaucoup de respect pour lui et ça a été le premier moment qui a ressemblé à toute la suite de mon parcours politique.

34:25
Présentateur

Aurélien Pradier, notre dernier archive du jour pour conclure l'émission avec la voix d'une personnalité politique qui a compté pour vous dans votre parcours politique et je crois dans votre vie d'homme. En général, je donne tous ces détails avant l'extrait mais là, je vais faire durer le mystère un tout petit peu plus longtemps. J'aimerais vous laisser découvrir et essayer de deviner où nous sommes. Juste une courte indication. 1971, et ils sont deux à s'exprimer, deux discours qui n'ont peut-être pas changé la face du monde mais qui offrent un sens assez doux à la politique.

34:59
Locuteur 1

Cajard compte parmi les siens une haute personnalité qui a la charge écrasante de diriger un pays et que la grande majorité des Français estiment et respectent. aussi, je peux vous assurer, monsieur le Président, que vous-même et votre famille trouverez toujours dans notre cité le climat que vous aimez y rencontrer. La détente à vos nombreux soucis et la sympathie de toute une population attentive à préserver votre tranquillité.

35:31
Locuteur 5

je voudrais saisir cette occasion de dire toute ma sympathie pour tous les élus de Cajard. Pour vous d'abord, monsieur le maire, bien entendu, mais aussi pour les autres, pour ceux qui ont été jadis mes collègues au sein du Conseil municipal et pour les nouveaux élus, quelle que soit la liste sur laquelle ils se sont présentés. Et c'est ainsi que je suis heureux de me préparer à lever mon verre à votre santé, monsieur le maire, à celle de tous les élus de Cajard et j'ai oublié le docteur Pont, secrétaire d'État, mais conseiller général de Cajard, à qui je tiens à dire aussi ma sympathie, à tous les habitants et à tout votre pays.

36:20
Présentateur

Nous sommes le 12 avril 71 pendant que la salle applaudit. Qui avez-vous identifié, Aurélien Pradié ?

36:28
Aurélien Pradié

Georges Pompidou, le maire de Cajard de l'époque. J'avoue, ne pas me souvenir... Alors c'est Guy Mirabelle.

36:34
Présentateur

Guy Mirabelle. Le tout nouveau maire de Cajard. Il faut imaginer, nous sommes en avril 71 et là, Georges Pompidou, président de la République, vient de perdre les municipales à Cajard, 1000 habitants. Il y était conseiller municipal, mais la mairie vient de basculer à gauche, mais on a entendu le nouveau maire avec un discours quand même tout en amitié. On s'arrête, Aurélien Pradié, sur votre attachement à Georges Pompidou. D'abord le lot. Expliquez-nous le sens de la venue de Pompidou à Cajard en 62 pour établir sa maison de vacances et de repos, alors qu'il n'est absolument pas de la région.

37:08
Aurélien Pradié

Non, d'abord merci pour cette archive que je trouve très belle. Merci de me l'offrir et de l'offrir aux auditeurs. Georges Pompidou ne choisit pas lui-même en réalité le lot et Cajard. C'est plutôt son épouse qui le choisit un peu par hasard. Elle le raconte assez bien d'ailleurs. Il cherchait un endroit calme, rural. Les endroits qui leur avaient été recommandés jusque-là étaient très chers. Et à l'époque, c'est François Sagan, l'histoire qu'on raconte, qui leur dit mais venez à Cajard, c'est assez peu cher, le lot est magnifique et vous y trouverez ce que vous souhaitez. Et l'épouse de Georges Pompidou tombe amoureuse très vite du lot, de Cajard. et les Pompidou s'y installent.

C'est l'époque où Sagan y est installé, une époque assez formidable. Claude Pompidou dit je retrouve à Cajard la lumière de la Grèce. Je retrouve dans le lot la lumière de la Grèce. Les pierres blanches. Oui, les pierres blanches, le soleil magnifique, une lumière assez pure, un ciel étoilé incroyable. Voilà. Et donc, ils s'y installent. Pour eux, le lot et Cajard deviennent un lieu très important. Georges Pompidou était fait de ce qu'on ne peut pas sembler aujourd'hui des incohérences mais qui en fait était une cohérence absolue. C'est celui qui élevait des moutons et qui adorait se retrouver seul à Cajard. Seul.

Dans ces grandes étendues du Cosse où on ne trouve personne et qui en même temps adorait participer ou assister aux expositions d'art contemporain dans les plus beaux lieux de Paris. Georges Pompidou c'est tout ça.

38:33
Présentateur

Ce qui ne plaisait pas trop à Charles de Gaulle à l'époque, la vie un peu bling bling on dirait aujourd'hui de Georges Pompidou la Porsche, la Côte d'Azur les fréquentations mondaines et donc finalement changement d'image aussi avec Cajard. Oui mais il a gardé les deux. Vous savez

38:47
Aurélien Pradié

c'était Georges Pompidou.

38:49
Présentateur

La Porsche à Orvilliers et la 4L à Cajard.

38:52
Aurélien Pradié

Mais au fond tout ça a été très cohérent c'est pour ça que les Français l'ont accepté parce que c'était sincère c'est un homme qui vivait sincèrement ce qu'il était.

38:59
Présentateur

Il a quand même compris avant tout le monde le sens de l'image en politique parce que personne n'est jamais entré à Colombais alors que là les caméras de télé viennent régulièrement à Cajard suivent Pompidou dans sa ferme sa famille à table.

39:10
Aurélien Pradié

Georges Pompidou se construit à la fin de son parcours politique au début de son mandat de président de la République aussi en rupture avec le général de Gaulle et d'ailleurs si les Français font confiance à Georges Pompidou à cette époque c'est parce qu'il tourne une page qui n'est pas totalement celle du gaullisme mais qui est celle du général de Gaulle.

L'époque change aussi donc évidemment Georges Pompidou a fait entrer la France dans la modernité autant sur le plan industriel, économique que sur le plan politique mais pour autant il restait cet homme incroyablement moderne comme vous le disiez roulé parfois en Porsche et qui était capable de citer Éluard sans que ça paraisse faux parce que c'était tout à fait vrai c'est tout ça Georges Pompidou et c'est un être de doute ce qui m'a passionné chez Pompidou et qui me passionne encore c'est que c'est un homme qui doutait profondément et que ce doute était chez lui une immense force.

39:55
Présentateur

Une minute pour une photo un cliché des époux Pompidou à Orvilliers dans leur autre maison de vacances Claude avec un bouquet de tulipes Georges cigarette entre les doigts assis sur le pare-choc de sa 4L c'était la lune de Paris Match en 69 vous avez Aurélien Pradié effectué toute votre campagne électorale des législatives en juin à bord d'une 4L est-ce que c'est un hommage ou est-ce que c'est une sorte de réincarnation que vous voulez provoquer ?

40:17
Aurélien Pradié

En réincarnation non j'en suis bien loin mais moi j'aime les symboles d'abord cette 4L avec laquelle j'ai fait campagne c'est celle que j'ai dans le lot donc je ne l'ai pas acheté exprès c'est aussi mon histoire et puis moi je crois que certains véhicules racontent quelque chose de la liberté vous savez c'est à la fois là aussi ma chance et mon problème j'aime de toutes mes forces la liberté et peut-être même ma propre liberté faire une campagne électorale qui ne sont pas les moments de grande liberté dans une 4L c'est retrouver un peu de liberté

40:46
Présentateur

Et qu'est-ce que vous gardez de ces deux hommes quand vous êtes sur votre territoire comme on dit aujourd'hui ? Est-ce que vous dites c'est loin mais c'est beau ? Non vous ne pouvez pas le viser jusque là ?

40:55
Aurélien Pradié

Non je ne le dis pas mais je garde de Georges Pompidou une double exigence celle de la proximité qu'avait Jacques Chirac aussi et en même temps celle de la hauteur de vue Georges Pompidou était capable d'être un homme d'une grande simplicité et pour autant il n'était pas simple et ça c'est quelque chose qui moi m'a toujours beaucoup traversé et ça valait pour Jacques Chirac aussi ils étaient simples avec les français et pour autant ils ne se sont jamais comportés comme s'ils n'étaient pas responsables politiques il y avait toujours une hauteur de vue et une simplicité

41:30
Présentateur

Aurélien Pradié nous arrivons au terme de votre sens politique une émission que nous pouvons dès maintenant retrouver et réécouter sur le site franceculture.fr et sur l'appli Radio France je vous remercie d'avoir accepté notre invitation à ouvrir votre album politique avec ceux qui vous ont inspiré inspiré à l'instant les pages que vous remplissez désormais puis les feuilles blanches de l'album qui reste à compléter à commencer par le résultat de l'élection à la présidence du parti Les Républicains présidence que vous briguez début décembre merci également à Anne-Claire Bazin qui m'a aidé pour la préparation de cette émission à Florent Bujon à la technique aujourd'hui et à Martin Desclozo pour la réalisation Sous-titrage ST' 501

Aurélien Pradié :"Les seuls qui donnent le sentiment d'y croire, ce sont les plus extrémistes. Cela m'effraie" — Aurélien Pradié · Pourquijevote