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interviewBFMTV· 19 juin 2024 21 min

"Le Front de la honte": l'interview de Bruno Retailleau en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Retailleau.

0:04
Bruno Retailleau

Bonjour Apolline de Ballère.

0:05
Présentateur

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes, vous, toujours président du groupe Les Républicains au Sénat, puisque le Sénat n'a pas été dissous. Et au fond, lorsque l'on regarde depuis l'annonce de dissolution, les premières tendances, et notamment ce que disent les sondages, c'est qu'il y a trois blocs, et en réalité sans doute deux, deux blocs qui émergent. L'un du côté du RN, l'autre du côté de LFIPS et du Front Nouveau Front Populaire.

Et lorsque l'on regarde vos électeurs, alors on ne sait plus très bien où ils sont, si une partie est partie avec Éric Ciotti, si l'autre est resté autour de vous et d'un refus d'une alliance avec le RN, mais ce sont peut-être vos électeurs qui ont la clé sur la question d'une majorité pour constituer précisément une majorité. On va y venir, mais d'abord justement pour savoir de quoi on parle. Alors, c'est qui les Républicains aujourd'hui ?

0:56
Bruno Retailleau

Les Républicains, c'est nous. Les choses sont très très claires, puisque les candidats d'Éric Ciotti en préfecture, qui se sont déclarés, n'ont pas utilisé ni le mot LR, ne se sont pas rattachés à LR, et ils ne se sont pas rattachés non plus pour le financement, à notre association de financement, mais aux amis d'Éric Ciotti, au micro-parti d'Éric Ciotti. Donc, par eux-mêmes, vous voyez, ils n'ont pas revendiqué l'étiquette LR, tout simplement parce qu'ils savent que la position juridique est fragile.

1:29
Présentateur

Elle est fragile, mais elle est compliquée. D'ailleurs. Parce que si on en croit juridiquement, Éric Ciotti est toujours, au moment où on se parle, officiellement le président du Parti des Républicains.

1:37
Bruno Retailleau

Provisoirement, bien sûr, mais heureusement, on est en démocratie. Et dans une démocratie, une association, vous savez qu'un mouvement politique ressorti des statuts associatifs, eh bien, un homme seul ne peut pas entraîner des milliers, des milliers, des dizaines de milliers d'adhérents, de militants, là où on ne l'a pas autorisé à le faire, de façon contradictoire, avec la ligne qu'on a toujours affichée. On n'est pas la Corée du Nord, on n'est pas une dictature. Le principe démocratique régit à LR nos statuts. C'est notre règle.

2:09
Présentateur

Mais vous avez sans doute vu hier, Éric Ciotti s'est exprimé dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Et vous avez sans doute distingué que derrière lui, il y avait aussi le logo des Républicains. Lui-même se présente et continue à se présenter comme le président des Républicains.

2:25
Bruno Retailleau

Mais c'est paradoxal, je vous le disais, puisqu'en même temps, ces candidats n'ont pas osé afficher la couleur et se revendiquer de LR parce qu'ils savent que très vite, en quelques jours, la justice réglera et clarifiera les choses. Nous nous y attachons au point final. Et j'observe du reste que le ministère de l'Intérieur qui fait ce qu'on appelle un nuançage, vous savez que dans chaque préfecture, les gens s'inscrivent, les candidats s'inscrivent, ils se déclarent, ils se rattachent, comme je le disais.

2:50
Présentateur

Et on voit où est-ce qu'ils sont rattachés, dans quelle couleur ?

2:52
Bruno Retailleau

Le ministère de l'Intérieur a décidé, pour son nuançage, de rattacher les candidats de M. Ciotti à la catégorie UXD, c'est-à-dire Union de l'extrême droite. Union de l'extrême droite.

3:05
Présentateur

C'est sous cette appellation-là que le ministère de l'Intérieur parle de la coalition RN et a mis M. Ciotti, comme vous dites.

3:13
Bruno Retailleau

– Par ailleurs, sur le plan politique, j'observe qu'Éric Ciotti a été lui-même dissous dans le bloc du Rassemblement national. Vous ne vous alliez pas…

3:23
Présentateur

– Pardon, mais j'avais l'image. Alors attendez, donc il a été lui-même dissous, il faut que vous m'expliquiez ça.

3:27
Bruno Retailleau

– Je vous l'explique. On ne s'allie pas avec le Rassemblement national, on se soumet. – Ce n'est pas une alliance qui a été faite entre égaux, entre le RN de M. Bardella, de Mme Le Pen, et puis le micro-parti de M. Ciotti.

3:42
Présentateur

– Il a renoncé, ce que vous voulez dire, c'est qu'il a renoncé à ses propres convictions.

3:45
Bruno Retailleau

– Bien sûr, la preuve, regardez sur la réforme de la retraite, sur France 2, au journal télévisé, il dit non, non, mais je l'ai voté, donc j'y tiens. Et on apprend que le jour même, le lendemain même, au matin, dans un… – Le Parisien, d'ailleurs, que M. Bardella dit non, non, non, après l'Égio, nous abrogerons cette réforme que M. Ciotti pourtant avait votée. Donc la ligne est claire, ce n'est pas M. Ciotti qui fait cette ligne-là, il l'a apporté comme un supplétif, pourrait le faire, c'est quelque force à M. Bardella.

4:14
Présentateur

– Bruno Retailleau, la question c'est aussi, au-delà de ce qui se passe pour ce premier tour, ce qui se passe pour le deuxième tour, François-Xavier Bellamy, dont vous avez toujours été très proche, à la question de savoir pour qui il voterait s'il se retrouvait face à un deuxième tour avec l'alliance de gauche et le RN, il a répondu qu'évidemment il voterait RN.

4:35
Bruno Retailleau

– Et alors ?

4:35
Présentateur

– Il n'y a pas une incohérence chez vous ?

4:38
Bruno Retailleau

– Non, mais François-Xavier a exprimé une position personnelle. – Qui est la vôtre ? – Je vais vous dire, cette question, je l'ai à chaque fois. – C'est normal ? – À chaque élection. – Et c'est un double piège. C'est un double piège parce que quand vous me posez cette question, avant le premier tour, si j'y réponds, ça veut dire que je m'enferme et que je considère que nos candidats échoueront avant même le premier tour. Non, je peux vous dire que j'en ai eu une petite dizaine hier pour faire le point, et les choses se passent beaucoup mieux pour eux qu'ils ne le craignaient. Donc un premier piège, celui qui est considéré par le défaitisme, que nos candidats ne seraient pas au second tour.

Or, nous aurons des candidats au second tour. – Mais est-ce qu'il n'a pas été juste plus honnête que vous ?

5:19
Présentateur

– Est-ce que François-Xavier Bellamy n'a pas juste été plus honnête que vous ? Alors certains diront peut-être plus naïf ou plus nouveau ou plus frais dans la politique.

5:25
Bruno Retailleau

– Et l'autre piège, c'est de commencer une polémique, c'est de commencer une polémique en répondant par telle ou telle réponse qui n'a pas lieu d'être maintenant. Je vais vous dire, je vous propose, vous me réinviterez après le 30 et je vous dirai très clairement.

5:38
Présentateur

– On vous reposera cette question et d'ailleurs, moi si je vous pose cette question-là, j'aimerais aussi savoir si en cas de deuxième tour LFI et majorité sortante, vous, laquelle des deux vous choisiriez ? – Voilà. – C'est important aussi. – Absolument. – Et pourquoi je vous pose cette question-là ? Parce que précisément, quand on le regarde et quand on regarde ce que donnent les sondages, il y a au milieu cette… Alors vous n'êtes pas bien, vous n'êtes plus aussi nombreux que vous n'étiez du temps du RPR ou du début de l'UMP, mais tout de même, il reste une poignée d'électeurs qui sont derrière vous et qui seront sans doute une sorte de force pivot.

Quand vous entendez hier, Jordan Bardella qui dit, « Si je n'ai pas la majorité absolue, je n'irai pas ». Mais cette majorité absolue, il pourrait éventuellement l'obtenir en s'alliant sur des programmes avec certains de vos élus. Est-ce que c'est envisageable ?

6:29
Bruno Retailleau

– Je vais vous dire, nous sommes partis sous nos propres couleurs dans cette élection qui est difficile, vous venez de le souligner, parce qu'il y a l'effondrement du Nouveau Monde bâti par Emmanuel Macron. Ce Nouveau Monde, c'est quoi ? C'est le tripartisme. C'est-à-dire ces trois blocs. Un bloc central, incarné par lui-même, avec deux ailes radicales. Et ça, c'est un poison pour la démocratie, c'est un poison pour la Ve République.

6:52
Présentateur

– Et vous habitez où, vous, là-dedans ?

6:54
Bruno Retailleau

– Je m'explique. Justement, nous, on se bat parce qu'il va falloir relever, vous savez, il n'y aura vraisemblablement pas de majorité absolue dans quelques semaines. Et il faudra rebâtir une force politique qui soit une force politique d'alternance qui ne s'inscrive pas dans ce tripartisme. Voilà. Parce que le tripartisme, encore une fois…

7:13
Présentateur

– Est-ce que cette force pourrait être autour de vous ? C'est-à-dire, encore une fois, l'expression de partis pivots, voire même de partis croupions, c'est une expression de Gilles Richard dans le journal Le Monde hier, qui dit que les LR qui restent pourraient être ce parti croupion, c'est-à-dire qui, d'un côté ou de l'autre, en fonction des politiques proposées.

7:33
Bruno Retailleau

– Moi, je pense qu'on sera un bouclier. On veut être un bouclier. Un bouclier, si jamais, ce que je n'espère pas, parce que c'est, pour moi, le pire pour la France, si le Front populaire, qui est le Front de la Homme, pour moi, allié à l'extrême-gauche, parvenait à être la première force du pays au niveau de l'Assemblée nationale, sans avoir pour autant la majorité absolue, nous devons être, nous, une force protectrice, un bouclier contre tous les errements de l'extrême-gauche en matière économique, en matière d'immigration, en matière de sécurité, en matière d'identité. Et si c'est le Rassemblement national, nous devons aussi être un bouclier.

Parce que si c'est le Rassemblement national qui veut, par exemple, un peu d'ailleurs comme l'extrême-gauche, abolir les retraites, c'est la ruine pour notre pays. Et je pense qu'on sera ce parti raisonnable, du sérieux, capable sur les deux fronts. Le régalien, M. Macron a échoué sur le régalien. La réforme sur l'immigration que nous avions écrite au Sénat, il a fait détricoter par le Conseil constitutionnel.

8:41
Présentateur

Mais précisément, si on s'arrête à cette loi, c'est un excellent exemple. C'est une loi que vous avez proposée, elle sort vraiment, et quand je dis vous, c'est vous personnellement, c'est vous et votre groupe au Sénat, vous avez écrit cette loi. C'est finalement celle qui a été dans un premier temps adoptée avant d'être détricotée par le Conseil constitutionnel. Et cette loi, elle a été votée par le Rassemblement national, qui s'est accordée aussi sur votre texte. Est-ce que ça veut dire que sur une question comme l'immigration, vous pourriez travailler ensemble ? Vous l'avez déjà fait, au fond.

9:10
Bruno Retailleau

On l'a déjà fait de façon paradoxale, parce que figurez-vous que dans ce texte-là, j'étais moi-même, je m'étais inscrit, c'était la première fois comme président de groupe, à la commission mixte paritaire, qui réunit sept députés. On s'en souvient bien et je vous avais reçu à ce moment-là. Exactement. Et j'avais vu le représentant du Rassemblement national lutter pied à pied contre mes mesures, contre mes propositions. Et ensuite se dédire, changer d'avis. Le Rassemblement national, j'avertis les Français, c'est trompeur. Il est d'abord un parti démagogique. C'est la chanson du feu et époux, malheureusement, de François Zardy.

L'opportuniste, c'est-à-dire de Jacques Dutronc, on retourne sa veste. Surtout, ils ont retourné leur veste. Donc, moi, je pense, et vous avez un premier exemple qui est sur le régalien, l'immigration où nous avons été fermes, nous les LR. Vous avez un autre exemple que le Rassemblement national n'a pas voté, la réforme des retraites. Sans nous au Sénat, sans les LR, il n'y a pas de réforme des retraites. Pourquoi nous l'avons voté ? Je sais que c'était une réforme impopulaire, mais je sais que pour mon pays, c'était important. Pour donner du pouvoir d'achat aux retraités, et aussi pour mettre sur la table plus de travail.

Parce qu'en France, on est en train de s'appauvrir, parce que de toute l'Europe, on est le pays où on met le moins de travail sur la table dans la machine économique.

10:27
Présentateur

Bruno Retailleau, vous avez employé un adjectif, vous avez dit « pire ». Je crois même que c'est un adverbe. Vous avez parlé de « pire » à propos du programme du nouveau Front populaire. C'est aussi le mot qui a été utilisé ce matin par François Fillon, dans le journal Le Figaro. Il parle d'un double péril, mais il dit, après avoir parlé de l'extrême droite, « pire encore, l'extrême gauche qui menace l'unité nationale doit être implacablement sanctionnée par les urnes. Je reste convaincu que notre pays a besoin d'une droite républicaine forte et libre. » Pire encore, l'extrême gauche.

Encore une fois, vous ne souhaitez pas à ce stade, pour des raisons, j'allais dire, presque stratégiques, électorales, répondre aujourd'hui à cette question. Si vous êtes face à un choix entre l'alliance autour du RN et l'alliance autour du nouveau Front de Gauche, vous ne souhaitez pas dire pour qui vous choisissez. Mais vous dites déjà, vous dites, c'est pire. Vous dites, c'est pire.

11:29
Bruno Retailleau

J'endose totalement.

11:30
Présentateur

Et François Fillon dit, c'est pire.

11:31
Bruno Retailleau

J'endose totalement la tribune qu'a écrite mon ami François Fillon hier. Je l'ai d'abord eue hier soir au téléphone pour le féliciter. Que dit-il dans cette tribune ? Vous l'avez rappelé. Que le pire, c'est le front de la honte, c'est le front de la gauche, mais que le RN n'est pas la solution pour la France. Et que ce qu'il appelle, lui aussi, c'est le relèvement d'une droite aujourd'hui qui est très affaiblie. C'est ma famille politique, mais dont la France a besoin. Elle en a eu besoin dans son histoire. Elle en aura besoin dans son avenir. Il faudra qu'on refonde tout. Nous-mêmes, on doit se remettre en question. Je le pense très profondément.

C'est d'ailleurs le projet que j'avais voulu porter contre Éric Ciotti. Puisque vous étiez candidat à la présidence des Républicains.

12:12
Présentateur

Vous étiez arrivé au deuxième tour. Et c'était devenu un duel entre vous deux. Vous avez obtenu 46% des suffrages des militants LR. Mais il se trouve que c'est Éric Ciotti qui en est sorti. J'ai d'ailleurs une question. Éric Ciotti, il a toujours dit que son candidat à lui, c'était Laurent Wauquiez. Il est où, Laurent Wauquiez ?

12:31
Bruno Retailleau

Je peux vous dire qu'il est en ligne. Il est au combat.

12:36
Présentateur

Il est en ligne. Il est au téléphone, vous voulez dire ?

12:37
Bruno Retailleau

Il est sur le terrain. Pourquoi il ne s'exprime pas ?

12:42
Présentateur

C'est marrant quand même.

12:44
Bruno Retailleau

Mais je pense qu'il va s'exprimer. Il aurait très bien pu se la couler douce, entre guillemets, à la tête de la région, d'une des grandes régions de France, au Vingres-Rhône-Alpes. Il a choisi d'aller sur le terrain. Et il a choisi, en réalité, d'abandonner la présence de la région pour être candidat. C'est un acte courageux que je salue.

13:03
Présentateur

Mais c'est à moi qui est assumé, quoi. Parce qu'en même temps, il ne vient pas le dire.

13:05
Bruno Retailleau

Écoutez, on n'a pas toujours été d'accord avec Laurent Wauquiez. Ma parole est totalement libre. Et je pense que le poids de cette parole, aujourd'hui, quand je dis qu'il a eu bien fait et qu'en montant en première ligne, c'est un acte courageux, je pense qu'on peut croire quand même. Précisément parce que j'ai cette indépendance.

13:21
Présentateur

– Vous l'avez souvent critiqué.

13:23
Bruno Retailleau

– Pas souvent, mais en tout cas, il est arrivé qu'on ait un certain nombre de divergences.

13:27
Présentateur

– Bruno Retailleau, dans le programme, et là, je voudrais m'adresser aussi aux sénateurs que vous êtes, dans le programme proposé par le RN, notamment sur toutes les questions, le volet immigration, il y a notamment, par exemple, la question de la fin du droit du sol automatique. Ça ne passe que si le Sénat le vote. Est-ce que vous voteriez cela ?

13:49
Bruno Retailleau

– Non, ça ne passe pas que si le Sénat le vote, ça passe avec une révision constitutionnelle. Et ils en tirent d'ailleurs la conclusion qu'avant 2027, c'est impossible, puisque s'ils n'ont pas les rênes du pouvoir, y compris à l'Élysée, il n'y a pas de révision constitutionnelle possible. D'ici là, nous avons montré au Sénat…

14:07
Présentateur

– Quelle sera votre position sur des questions très précises ? L'AME, je me souviens, vous-même, vous avez participé à ce travail sur l'AME. – Mais nous l'avons écrit nous-mêmes. – Vous avez dit, il faut y mettre fin. – Et le réduire uniquement à ce que l'on donne des soins. L'AME, c'est les soins pour tous, universel. Vous avez dit, on ne l'acceptera que pour l'urgence. Attention, c'est exactement le même programme que l'ORN. Donc ça, vous pouvez voter.

14:32
Bruno Retailleau

– Mais attendez, l'AME, c'est les clandestins qui ont une sorte de sécurité sociale universelle. Voilà, et nous, on voulait, on avait écrit dans le texte contre l'immigration, on avait écrit qu'on voulait revenir simplement aux vrais soins d'urgence. Voilà.

14:48
Présentateur

– C'est exactement mot pour mot, mot pour mot, ce que dit aujourd'hui le RN.

14:53
Bruno Retailleau

– Mais bien entendu, c'est ce que nous, on a voté.

14:56
Présentateur

– Mais est-ce qu'il n'y a pas une forme d'hypocrisie, je veux dire ?

14:58
Bruno Retailleau

– Quelle hypocrisie ?

14:58
Présentateur

– Vous partagez quand même un certain nombre de points de vue.

15:01
Bruno Retailleau

– Mais non, ce que je veux dire par là, écoutez-moi bien, on a besoin aujourd'hui, on est au bout d'un cycle, la France est au bord de l'effondrement, 3 000 milliards de dettes, une note qui vient d'être dégradée, un déficit budgétaire, un déficit commercial, voilà, on en est là.

15:17
Présentateur

– Ce que vous dites sur les questions économiques, vous n'êtes pas d'accord avec eux, mais sur le reste, oui.

15:20
Bruno Retailleau

– Ce que je veux dire, c'est qu'on a besoin de hauteur, on a besoin de dire quelle est la vision de la France, la vision du Rassemblement National de la France, je ne la connais pas, pourquoi ? Parce qu'il chante chaque jour, et on l'a vu encore hier avec M. Bardella, il chante chaque jour d'avis sur pratiquement tous les sujets. Et on a besoin, dans cette vision globale, d'une vision qui concilie deux choses, l'ordre, l'autorité, la sécurité d'un côté, la liberté, la prospérité sur l'économie de l'autre. Sur l'économie, sur la prospérité, nous n'avons pas les mêmes visions. Et je dis à M.

Bardella, comme à Mme Le Pen, qu'ils ne peuvent pas parler d'indépendance, de souveraineté, de puissance, si on capitule sur le plan économique. Et leur programme est un programme d'affaiblissement, d'appauvrissement de la France. Donc je ne peux pas être d'accord avec le Rassemblement National. Et si par ailleurs, sur des points particuliers, sur l'immigration par exemple, on peut se retrouver, ça ne fait pas comme je me retrouve aujourd'hui, sur un certain nombre de points, d'accord avec les projets parfois portés par M. Macron. Sur la retraite, encore une fois, je l'ai votée. Mais on a besoin, enfin, d'une vraie vision.

Si on veut redresser demain la France, on la redressera en marchant sur nos deux jambes. Le régalien, l'autorité, une révolution pénale. Regardez ce qui s'est encore passé avec une gamine de 12 ans qui se fait, parce qu'elle était juive, qui se fait violer. Voilà, c'est chaque semaine, c'est ce bruit de fond que dénonce Jérôme Fourquier. Chaque semaine, chaque semaine, on a ce genre d'abomination. Donc il faut le régalien, mais il faut aussi l'économique. Et les deux sont liés. Il n'y a pas de liberté sans assumer l'ordre et l'autorité. Et pour avoir l'autorité, il faut aussi une puissance économique.

16:56
Présentateur

Il y a un personnage qui est un peu entre les deux, Bruno Retailleau, qui est Gilles Bourdoulex. Gilles Bourdoulex, il est aujourd'hui avec une investiture RN, mais il a longtemps été LR. Et il avait même dit qu'il avait pris sa carte chez LR pour vous, pour vous, Bruno Retailleau. Vous vous êtes d'ailleurs rendu en 2022 à Cholet, à ses côtés, le remerciant de son soutien. Gilles Bourdoulex, il a dit à propos des gens du voyage, Hitler n'en a peut-être pas tué assez. Et il était votre ami ?

17:27
Bruno Retailleau

Mais il a rendu compte devant la justice. Il a rendu compte devant la justice.

17:32
Présentateur

Il a rendu compte devant la justice, et je vais être même très précis. Il a d'abord été condamné pour apologie de crime contre l'humanité, avant ensuite que la Cour de cassation ne casse ce jugement, mais parce qu'il ne s'agissait pas d'apologie, puisqu'il ne l'avait pas tenu publiquement sur une estrade, mais la Cour de cassation qui disait qu'en effet, il avait bel et bien tenu ses propos. Il le pense donc ?

17:53
Bruno Retailleau

Écoutez, en tout cas, ça n'est pas sous les couleurs de LR, aujourd'hui, qu'il concourt dans une circonscription du Médéloir.

18:00
Présentateur

Ça a mis du temps, quand même Bruno Retailleau, à réaliser ça ? Parce que ses propos, il les a tenus en 2013, et vous vous êtes réjoui de son soutien en 2022.

18:09
Bruno Retailleau

Mais en 2013 et entre 2022, il y a des années et des années, et je connais Gilles Bourdoulette, et je peux vous assurer qu'il n'est pas raciste. Il lui arrive, effectivement, d'avoir des colères, et il a vraiment fait une faute, bien entendu, et il a été sanctionné. Point final, il m'avait soutenu. Depuis, il est passé dans le Canciotti, et nous avons un candidat, notre candidat, qui est Jacques Laligot, qui est le fils de l'ancien Marc de Cholet. Qui se présente contre lui, les choses sont très claires.

18:36
Présentateur

Mais est-ce qu'à un moment, au fond, vous n'avez pas forcément fait ce ménage suffisant ? C'est-à-dire qu'on a quand même l'impression, quand on retrouve ce genre de... Gilles Bourdoulette, vous le dites, il a eu des colères, il n'est pas raciste. Mais enfin, pardon, quand on tient ce genre de propos, est-ce que vous pouvez encore dire qu'il n'est pas ?

18:51
Bruno Retailleau

Écoutez, dans un mouvement...

18:52
Présentateur

Je ne comprends pas qu'il n'est pas un malaise au minimum.

18:54
Bruno Retailleau

Non, mais attendez, vous me prenez une histoire. Mais ce n'est pas n'importe quelle histoire, il est aujourd'hui candidat. Mais Gilles Bourdoulette n'était pas LR, lorsqu'il était, d'ailleurs il est présidé, le CNIP, je crois, le Centre National Indépendant et Paysan, etc.

19:10
Présentateur

Il a longtemps été, et encore une fois, je précise...

19:12
Bruno Retailleau

Il avait rendu compte devant la justice, il m'avait soutenu... Je suis touchée par le fait que tu prennes ta carte, Gilles, voilà ce que vous lui aviez dit. Bien sûr, bien sûr, évidemment. Et alors, qu'est-ce que ça change ? Là, on est en train de faire de la politique politicienne. Moi, je vous parle de la France. Et vous me ramenez à des circonstances locales.

19:27
Présentateur

C'est précisément aussi sur ces questions-là que ça se joue, et vous le savez très bien.

19:30
Bruno Retailleau

Mais non, l'important dans la vie, c'est d'être droit. Je suis droit. Voilà. J'ai mes convictions, et vous savez, mes convictions, je ne les ai jamais mises dans ma poche, y compris lorsque ces convictions m'amènent à tenir des positions qui ne sont pas correctes politiquement.

19:44
Présentateur

Et je recevrai demain Jean-Philippe Tanguy du RN, et je lui poserai la question de savoir s'il maintient ou non son investiture RN, Agile Bourdulex, dont on connaît désormais les propos. Merci Bruno Retailleau d'être venu dans ce studio ce matin, président du groupe Les Républicains au Sénat, qui alerte donc, vous alertez ce matin, et vous espérez être une force bouclier, je vous cite.

20:08
Bruno Retailleau

Et de grâce, relevons un peu l'horizon, parce qu'il s'agit vraiment de l'avenir de la France, et on est au bord de l'effondrement. Donc arrêtons de faire de la politique politicienne microscopique.

20:21
Présentateur

Il est 8h52, donc je dois couper maintenant ce micro, mais cependant je trouve que vous ne pouvez pas vous dédouaner de ces questions-là, qui au contraire ont souvent pollué.

20:31
Bruno Retailleau

Je ne m'en dédouane pas à Pauline de Malherbe, simplement moi je me bats tous les jours pour mon pays. Je ne l'ai pas remis en cause. Et on ne peut pas être tiré par le bas en permanence. Mais dites-le à... Parce qu'il y a des enjeux qui sont tellement importants, vous trouverez toujours dans toutes les familles politiques, telle ou telle qui a pu faire des déclarations, ça vous le trouvez.

20:49
Présentateur

Mais vous n'aviez pas besoin de moi pour les trouver, vous auriez pu les trouver tout ça.

20:51
Bruno Retailleau

Mais bien sûr que non, mais simplement, ça ne nous compromet pas. Malgré tout, et moi je me bats aux côtés de candidats qui sont vraiment courageux. Eux, ils sont ce matin sur le terrain, et ils vont porter nos couleurs, nos valeurs et nos convictions. C'est le plus important, c'est ça qui fait la noblesse de la politique.

21:07
Présentateur

Et c'est entendu Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. Merci à vous, 8h53. Merci.

21:12
Locuteur

Merci. Merci.