Vente d'essence à perte: l'interview intégrale d'Agnès Pannier-Runacher sur BFMTV
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On l'a dit, il faut une loi, puisque c'est interdit depuis 1963. Quelles seront les principales modalités ? Pour combien de temps cette opération sera mise en place ?
Et puis, qui ça va concerner précisément ? D'abord, je vais remettre les choses dans leur contexte. Pourquoi le prix du carburant augmente ?
Parce que nous ne produisons pas de pétrole, et parce que des pays comme l'Arabie Saoudite et la Russie s'organisent pour augmenter le prix du pétrole sur les marchés internationaux. Et donc, nous agissons pour protéger le pouvoir des Français. Nous l'avons fait avec une ristourne à la pompe l'année dernière.
Nous l'avons fait encore en début d'année avec une indemnité carburant qui a concerné 4,2 millions de Français. C'est énorme. Et nous continuons à agir, main dans la main, avec les industriels.
On considère que l'État a pris ses responsabilités, agit, et nous agissons avec les industriels. Ceux-ci ont accepté de faire des opérations à prix coûtant ou de plafonner le prix du carburant suivant leur fonctionnement. C'est le cas de Total, qui prolonge à ce plafonnement.
Total a annoncé qu'il prolongerait le plafonnement du prix du carburant au-delà du 31 décembre 2023. La grande distribution a annoncé qu'il ferait des opérations à prix coûtant. Je veux les remercier, c'est vraiment une marque de responsabilité.
Et avec cette loi, nous leur donnons un degré de possibilité d'agir supplémentaire puisque nous leur donnons la possibilité d'aller plus loin sur les opérations coût de poing qu'ils pourraient faire pour baisser le prix des carburants. À partir de quand est-ce que cette opération va être passée ? Alors la loi va être présentée dans les prochains jours au Conseil des ministres, puis à l'Assemblée nationale, en octobre, pour l'Assemblée nationale.
Et nous espérons un vote de cette loi courant novembre, ce qui permettrait aux industriels d'utiliser ce levier supplémentaire pour baisser les prix du carburant. Alors on a entendu les petites stations essence, notamment les stations traditionnelles qui ne sont pas arrimées aux grandes surfaces, qui s'inquiètent en disant « ce ne sera pas possible pour nous ». Est-ce qu'on ne risque pas finalement de voir ces plus petites stations pénalisées ?
C'est aussi un sujet que nous avons dans le viseur, évidemment. J'étais au téléphone avec Francis Pousse encore il y a quelques heures et je lui ai dit que la Première ministre prenait très au sérieux cette situation. Donc nous allons les accompagner.
Je le verrai demain avec Bruno Le Maire pour voir à la fois sur le sujet de l'urgence, puisque il y a comment on fait face et on leur permet de résister à cette concurrence. Et puis, de manière plus profonde, ce que m'a demandé Francis Pousse il y a une semaine, puisque j'avais déjà réuni l'ensemble de la profession pour prendre toutes les mesures et pour les inciter à faire des opérations de baisse de prime, c'est « nous devons être accompagnés dans la transition énergétique ». Très concrètement, c'est « nous devons pouvoir nous équiper en borne de recharge rapide parce que c'est l'avenir, ça coûte cher, comment fait-on nous qui sommes des petites stations ? » Et sur ces deux sujets-là, l'urgence et penser l'avenir, nous allons travailler et effectivement contribuer à financer ces transformations.
Et autoriser cette vente à perdre, vous estimez que ça pourrait faire baisser le prix ? Ceux qui nous regardent évidemment s'intéressent à ça, ça pourrait baisser le prix de combien ? Alors ça, je vais laisser la distribution faire ses propositions.
C'est un équilibre commercial en fonction de ce que vous vendez par ailleurs, puisque à la fin de la journée, il faut pouvoir équilibrer évidemment le chiffre d'affaires avec les charges. Mais néanmoins, je vais être très claire, tout ce qui peut permettre de redonner du pouvoir d'achat aux Français est bon à prendre. Et c'est ce que nous faisons.
Et s'il faut bouleverser une loi qui a 60 ans, s'il faut remettre en question certains totems et tabous pour rendre du pouvoir d'achat aux Français, nous le ferons et c'est très exactement ce que fait la Première Ministre avec cette décision. Mais l'inquiétude, c'est que les grandes surfaces, par exemple, reprennent ce qu'elles donnent en augmentant les prix dans les grands magasins. Est-ce que là, il y aura un contrôle ?
Alors, je crois d'abord que les grandes surfaces sont tout à fait au fait de la situation de leurs clients. Et d'ailleurs, elles se font une concurrence sur les prix très forte. Moi, je le vois sur mon territoire à Lens, vous avez des gens qui changent d'hypermarché parce qu'ils savent qu'ils vont pouvoir aller chercher 1 euro, 2 euros, 3 euros de plus sur le caddie.
Et on le voit, c'est perceptible dans certaines grandes enseignes, je ne dirai pas lesquelles. Mais au-delà de ça, nous, notre objectif, c'est à la fois d'accompagner les Français sur les prix de l'alimentaire. C'est ce que nous faisons en rendant possible les renégociations plus tôt, c'est-à-dire plus tôt que d'attendre le mois de mars, comme chaque année.
Ça aussi, c'est la loi. Il se trouve que nous avons une loi française qui, pour des raisons très légitimes, dans un autre contexte, prévoyait une seule négociation dans l'année sur les prix. Eh bien, à un moment où on s'aperçoit que certains prix sont en train de baisser et qu'on pourrait transformer ces baisses de prix et les donner aux consommateurs, on ne peut pas le faire parce qu'il faudrait attendre le mois de mars.
Eh bien, par la loi, nous allons modifier ça et permettre...
Ce sera aussi dans cette même loi, finalement. Exactement. Donc, vous voyez, c'est sur tous les sujets, l'alimentaire, le carburant, nous agissons.
Et donc, en réponse à votre question, non, il n'y aura pas un rattrapage sur l'alimentaire parce que c'est un ensemble et nous agissons sur ces deux tableaux. Alors, pas de rattrapage sur l'alimentaire, vous le dites, mais peut-être un rattrapage budgétaire. Est-ce que cette mesure ne vient pas comme une bonne nouvelle pour préparer des moins bonnes, en particulier au moment du budget, le fait que les Français constatent que c'est la fin du quoi qu'il en coûte et que, bien évidemment, le budget sera aussi plus compliqué, qu'il y aura peut-être aussi des hausses sur d'autres sujets ?
Alors, ce budget, c'est un budget de combat. C'est un budget où nous renforçons, par exemple, énormément les moyens pour la transition énergétique. Et vous faisiez un reportage tout à l'heure sur des inondations et une tornade en Mayenne.
Je crois qu'aujourd'hui, tous les Français ont compris qu'il y a une urgence à agir et qu'il est important d'accompagner les Français et de leur permettre de renforcer le budget de la transition écologique. 35 milliards en général, disent les experts, pour pouvoir commencer à financer une transition écologique. C'est ce que vous allez mettre dans le budget ou c'est beaucoup moins ?
Alors, aujourd'hui, nous mettons 7 milliards d'euros de plus. Mais je rappelle que ces 35 milliards, c'est de l'argent public, c'est de l'argent privé. Et dans l'argent public, c'est de l'argent de l'État et des collectivités locales.
Nous ne sommes pas les seuls financeurs de la transition énergétique. En revanche, nous sommes les organisateurs de cette transition énergétique. C'est pour cela que la Première Ministre présentera demain à l'ensemble des partis politiques la planification écologique sur laquelle nous travaillons avec l'ensemble des parties prenantes depuis plus d'un an maintenant.
Cette planification écologique, c'est quelque chose de très concret. C'est un plan de bataille, secteur par secteur, l'industrie, l'énergie, l'agriculture, le bâtiment, les transports. Comment fait-on pour baisser les émissions de gaz à effet de serre ?
Avec quels moyens ? Avec quels dispositifs ? Et surtout, comment nous accompagnons les Français ?
On revient à notre sujet de carburant. Quelle est la meilleure façon de baisser la facture de carburant ? C'est de ne plus avoir besoin d'une voiture à carburant.
C'est donc soit d'avoir des transports en commun, mais qui sont fiables, sécures, réguliers, confortables, soit de pouvoir permettre aux Français de s'acheter une voiture électrique. Et c'est ce que nous faisons en renforçant le bonus écologique. Mais vous avez raison.
Une voiture électrique européenne encore chère, avec aujourd'hui une enquête et peut-être une confrontation avec les voitures chinoises qui ont l'air d'être celles de bon marché, qui pourraient justement accélérer cet effet de masse. Oui. Est-ce qu'il n'y a pas là, au fond, une politique contradictoire ?
Pas du tout, parce que l'enjeu, c'est que cette transition énergétique, elle bénéficie aux Français. Elle bénéficie en français en créant de l'emploi. Et donc, une voiture électrique qui est construite en France et en Europe, et pour laquelle on va définir un bonus écologique qui sera peut-être plus important et qui permettra de la mettre à portée du portefeuille des Français, c'est gagnant pour l'emploi.
Ce sont des emplois en France et en Europe. Et c'est gagnant pour le portefeuille des Français. Je rappelle que lorsque vous faites 10 000 km, ce qui est en gros, en moyenne, ce que font chaque année les Français en conduisant, vous économisez 1 000 euros de carburant avec une voiture électrique.
Donc c'est intéressant. Mais c'est notre travail de mettre ces solutions très concrètes à portée de main des Français. Et puis, comme on le fait sur le carburant, de mobiliser les industriels, de mobiliser les grands acteurs pour qu'eux soient exemplaires et fassent les efforts, parce qu'ils en ont les moyens.
Mais est-ce que c'est réellement la fin du « Quoi qu'il en coûte ? » dont parlait Mickaël Darman, parce qu'on a entendu le porte-parole du gouvernement qui évoquait des aides ciblées, peut-être, c'est pas encore totalement exclu. Est-ce qu'effectivement, il pourrait y avoir un retour des aides ciblées si ce carburant continue à monter en flèche ?
Mais soyons clairs, nous avons toujours accompagné les Français ces dernières années. Toujours. Nous ne les avons jamais laissés tomber.
Oui, mais on a entendu Bruno Le Maire nous dire que c'était la fin du « Quoi qu'il en coûte ? », de la fin des chèques. Mais la fin des chèques, ce n'est pas la même chose qu'accompagner les Français.
Lorsque nous rehaussons, par exemple, les minimas sociaux, ce n'est pas une question de « Quoi qu'il en coûte ? », c'est une question de justice sociale. Et nous le faisons.
Lorsque nous convoquons une conférence sociale pour discuter des salaires, c'est une question de justice sociale. Lorsque la réforme des retraites, alors mon propos sera peut-être un petit peu clivant, permet à 1,7 million de Français de voir sur leur pension une augmentation au 1er septembre, enfin ça sera à la fin de ce mois, de leur retraite. C'est agir pour le pouvoir d'achat des Français.
Et c'est ce que nous faisons. Pardon, excusez-moi, les 2400 pompes à essence qui sont indépendantes, qui ne pourront pas bénéficier du système de vente à perte, qui sont souvent sur des territoires ruraux, semi-ruraux, avec des populations qui ont besoin aussi de ce pouvoir d'achat, dans quelle mesure vous arrivez à les accompagner ? Vous dites qu'on est très attentifs à leur situation.
Est-ce que ça veut dire qu'elles pourront bénéficier à perte ? Qu'est-ce que vous pouvez dire là ? Je vous le dis, nous allons mettre en place des dispositifs spécifiques pour les accompagner à la fois sur ces quelques mois où cette mesure que nous prenons pourrait affecter leur situation financière et de manière plus profonde.
Donc c'est de l'argent dont on parle et de manière plus durable, leur permettre de passer notamment à l'électrique, ce qui leur permet aussi d'avoir plus de chiffres d'affaires et d'être plus résilientes. Et je verrai demain le responsable de Mobilian, ce qui réunit l'ensemble de ces stations-services avec Bruno Le Maire. Mais du coup, est-ce que ce n'est pas un peu paradoxal ?
L'État va dépenser de l'argent pour compenser le fait qu'il y aura un déséquilibre entre les grosses stations qui pourront vendre à perte et les autres ? Est-ce qu'il n'y a pas moyen plus simple finalement d'aider les Français ? Nous, nous répartissons l'effort.
Et quand on répartit l'effort, on dit que c'est les plus gros qui doivent faire le plus d'efforts. Et pour ceux qui sont les plus fragiles, nous sommes attentifs et nous les accompagnons. Mais par ailleurs, nous préparons l'avenir.
C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas seulement de passer ces quelques mois, c'est de permettre à ces stations-services qui, aujourd'hui, et c'est la conversation que j'avais encore la semaine dernière quand je réunissais l'ensemble de la profession avec le représentant de ces stations-services indépendantes, c'est de dire qu'aujourd'hui, nous n'avons pas les moyens de passer à l'électrique. Et du coup, nous perdons un complément de rémunération. Dans six mois, tout aura changé.
C'est-à-dire qu'on aura une meilleure situation économique, on pourra passer à l'électrique. Pourquoi, au fond, dire que dans six mois, on arrête ce dispositif ? Qu'est-ce qui fait dire que dans six mois, la situation sera économique ?
Écoutez, j'ai la dernière, une réponse assez courte, parce qu'on doit passer à la suite, ce sera la dernière question. Très rapidement, je crois que les parlementaires auront à se prononcer sur la durée de cette mesure, mais en tout état de cause, nous le voyons, nous traversons des crises qui sont de quelques mois. Je pense à l'envolée de certains prix, on a pu voir des grandes envolées, et puis quelques mois après, des redescendes.
Donc, c'est être capable, en agilité, de faire face à une situation qui est variable. Et donc, c'est toujours cette ligne qui nous réunit, protéger les Français, et faire en sorte d'accompagner aussi les grandes transformations, notamment la transmission énergétique et écologique. Merci beaucoup, Madame la ministre, d'être venue sur ce plateau.
Agnès Pannier-Runacher