La Méditerranée brûle et nous regardons ailleurs
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La mer Méditerranée est-elle en train de devenir une mer tropicale ?
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Qu'est-ce qu'on appelle une canicule marine ?
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Est-ce qu'elles vous ont surpris ?
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Vous aimez bien utiliser l'image de la fièvre, c'est-à-dire le symptôme d'une maladie bien plus grave.
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La mer Méditerranée est un laboratoire du réchauffement climatique.
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Le réchauffement en mer Méditerranée n'est pas le même au large de la côte d'Azur ou au contraire sur le détroit de Gibraltar ?
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« L'eau de la Grande Bleue a atteint en moyenne près de 26 degrés en surface, du jamais vu, grimpant à 31 degrés le 1er juillet dernier au large de l'Espagne. »
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« Les eaux de surface de l'océan se sont réchauffées de près d'un degré depuis qu'on les mesure de manière précise. »
- 2:20InvitéFait
« La Méditerranée, c'est un hot spot, ce qu'on appelle un hot spot de réchauffement. »
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« Vous savez que la mer Méditerranée, c'est seulement 1% de l'océan global. »
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« C'est tout petit, et ça abrite une énorme biodiversité de l'océan. Par rapport à cette petite surface, c'est presque environ 7% de la biodiversité marine mondiale. »
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« On parle d'environ 0,4 degré par décennie. Ce qui est un réchauffement qui est environ deux fois plus rapide que la moyenne globale. »
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« L'océan nous a protégés du réchauffement climatique en emmagasinant un quart de nos émissions de CO2 et 90% de l'excédent de chaleur. »
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« Entre 1990 et 2018, le niveau de la mer s'est élevé de 2,8 millimètres par an. »
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« 1,5 sur lequel nous alertait la COP de l'accord de Paris en 2015. »
- 36:50InvitéChiffre
« L'objectif, c'est d'avoir 30% d'aires marines protégées à l'échelle mondiale. »
- 36:58InvitéChiffre
« sur ces 9%, il n'y en a que 0,1% qui sont véritablement protégées. »
- 38:52InvitéChiffre
« 2024 était l'année la plus meurtrière sur les routes migratoires marines. »
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C'est un mois de juin record qui s'est achevé sur les rives de la Méditerranée. L'eau de la Grande Bleue a atteint en moyenne près de 26 degrés en surface, du jamais vu, grimpant à 31 degrés le 1er juillet dernier au large de l'Espagne. La mer Méditerranée est-elle en train de devenir une mer tropicale ? Quelles sont les conséquences de ces canicules marines ? Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir ici en studio à Paris Marina Lévy. Bonjour. Bonjour Astrid. Merci d'être là. Vous êtes océanographe, directrice de recherche au CNRS et conseillère océan pour l'Institut de Recherche pour le Développement, l'IRD. Et à distance, j'accueille Thibaut Guinaldo. Bonjour. Bonjour.
Merci d'être avec nous. Vous êtes chercheur au Centre National de Recherche Météorologique de Météo France, le CNRS. Alors peut-être pour commencer, qu'est-ce qu'on appelle une canicule marine ?
Marina Lévy. Alors une canicule marine, c'est un peu comme une canicule terrestre. C'est vraiment la même chose. C'est quand les eaux de surface atteignent des températures qui dépassent largement les moyennes saisonnières.
Thibaut Guinaldo, c'est Météo France, là où vous travaillez, qui a révélé, qui a mesuré ces températures. Est-ce qu'elles vous ont surpris ?
Surprise, on ne peut pas dire qu'on est surpris. C'est vrai que ces trois dernières années sont quand même assez exceptionnelles en termes de température au niveau de la Méditerranée. On a vraiment un cadre physique qui est aujourd'hui assez bien compris sur les circonstances qui amènent à battre ces records. Après, c'est aussi une surprise à moindre échelle quand même de voir que les moindres conditions atmosphériques qui sont un peu élevées, un peu fortes en termes de température, amènent à battre des records dans la Méditerranée.
Et ça, ça s'explique notamment par le fait qu'on a du réchauffement climatique derrière qui vient aussi réchauffer les océans et qui donne une tendance de fond au réchauffement.
Oui, Marina Lévy, je crois que vous aimez bien utiliser l'image de la fièvre, c'est-à-dire le symptôme d'une maladie bien plus grave.
Oui, exactement. C'est-à-dire qu'on va avoir une fièvre qui augmente progressivement. Ça, c'est le réchauffement climatique qui réchauffe progressivement les eaux de surface. Alors, les eaux de surface de l'océan se sont réchauffées de près d'un degré depuis qu'on les mesure de manière précise. Et la Méditerranée, c'est un hot spot, ce qu'on appelle un hot spot de réchauffement. C'est-à-dire que le réchauffement est encore plus prononcé en mer Méditerranée qu'ailleurs. Et ces canicules marines, c'est vraiment des poussées de fièvre. Des poussées de fièvre qui vont conduire à des événements de mortalité des espèces qui vivent dans l'océan, qui sont assez intenses pendant la fièvre.
Quand vous dites hot spot, on pourrait dire point chaud. C'est en effet un terme utilisé par la plupart des scientifiques qui s'intéressent à ces questions. Et on dit souvent, Marina Lévy, et vous nous direz, Thibaut Guinaldo, ce que vous en pensez, que la mer Méditerranée est un laboratoire du réchauffement climatique.
Oui, tout à fait. C'est marrant parce que cette idée de laboratoire, pour la mer Méditerranée, on en parlait même avant le réchauffement climatique. Moi, quand j'ai commencé à travailler sur la mer Méditerranée, c'était dans les années 90. Donc évidemment, on connaissait déjà... On savait que le changement climatique allait arriver, puisque les émissions de gaz à effet de serre étaient déjà là, et puis tous les arguments physiques de l'augmentation des températures étaient là. Mais effectivement, on n'était pas encore en mesure de l'observer.
Et à ce moment-là, la Méditerranée, c'était déjà un petit laboratoire, parce qu'on appelait ça un océan miniature, la mer Méditerranée, parce que ça concentre dans une toute petite surface. Vous savez que la mer Méditerranée, c'est seulement 1% de l'océan global. Moi, j'étais étonnée quand j'ai découvert ce chiffre. C'est tout petit, et ça abrite une énorme biodiversité de l'océan. Par rapport à cette petite surface, c'est presque environ 7% de la biodiversité marine mondiale. Et c'est un océan miniature qui est relié à l'océan Atlantique.
C'est une mer semi-fermée, c'est pour ça que le réchauffement est plus élevé qu'ailleurs, qui est ouvert sur l'océan par le détroit de Gibraltar, donc par un détroit assez étroit. Et puis, il y a une circulation, ce qu'on appelle la circulation des eaux. Donc, elle va rentrer dans le détroit, elle va se promener à l'intérieur de la mer Méditerranée et ressortir avec des transformations. Et toutes ces transformations des eaux, on les a à l'échelle de l'océan global. Donc, tout ce qui affecte la Méditerranée, toutes ces transformations qu'on va observer en Méditerranée, de manière plus rapide que dans l'océan, ça va pouvoir nous servir pour comprendre ce qui se passe aussi dans l'océan global.
Thibault Guinaldo, en effet, le réchauffement en mer Méditerranée n'est pas le même au large de la côte d'Azur ou au contraire sur le détroit de Gibraltar ?
Non, effectivement. Pour compléter, je suis tout à fait d'accord avec ce que dit Marina. Pour compléter, il y a aussi, au niveau de la mer Méditerranée, vraiment des zones où on va avoir l'influence des vents régionaux. Notamment, on connaît très bien le Goff du Lion, la côte d'Azur avec le Mistral et la Tramontane. Mais on a vraiment différents climats ou du moins différents systèmes météorologiques qui peuvent affecter la Méditerranée. Et donc, on a vraiment une discrétisation. On peut aller vraiment voir comment l'océan est influencé par l'atmosphère.
Et en plus de ça, on a aussi un bon maillage d'observation, que ce soit des bouées, alors des bouées de météo-france, des bouées dérivantes, plein de programmes satellites. Dont la Méditerranée est une zone de validation assez courante. Et des grandes campagnes de mesure. On vient d'avoir une grande campagne de mesure, la campagne Mouze, que ce soit en Auturier ou en Côtier. Donc, on a vraiment ce laboratoire. Et en même temps, la Méditerranée, elle se réchauffe. Elle se réchauffe à un rythme. Alors, on parle d'environ 0,4 degré par décennie. Ce qui est un réchauffement qui est environ deux fois plus rapide que la moyenne globale.
Donc, on a vraiment cet effet-là où la Méditerranée se réchauffe plus vite, mais de façon un peu hétérogène avec des zones, notamment la partie est du bassin, donc les côtes grecques autour de la Chypre, qui va se réchauffer encore plus rapidement. Et des zones plutôt sous l'influence de l'Atlantique, donc la mer d'Alborand, proche du pétrole Gibraltar, ou le golfe du lion, qui vont se réchauffer un peu plus lentement. Et donc, on a vraiment, un peu chaque année, l'un ou l'autre des bassins qui va amener à ces vagues de chaleur marine à l'échelle de la Méditerranée. Mais on voit vraiment qu'il y a des symptômes qui peuvent être un peu différents sur les conditions atmosphériques.
Marina Lévy, Thibaut Guinaldo nous disait à l'instant qu'en période de canicule marine, il y a moins de vent. Pourquoi les mers et les océans ont besoin du vent ?
Alors, vous pouvez imaginer que l'océan, c'est un peu comme un millefeuille. Vous avez des couches d'eau posées les unes sur les autres, qui sont de plus en plus lourdes. Et les eaux de surface, c'est des eaux qui sont généralement plus chaudes et plus légères. Et c'est vraiment important d'entretenir le mélange de ces eaux, parce que c'est ça ce qui va être important pour le climat, en particulier pour faire pénétrer la chaleur et le CO2 dans l'océan. Vous savez que l'océan nous a protégés du réchauffement climatique en emmagasinant un quart de nos émissions de CO2 et 90% de l'excédent de chaleur. Et tout ça, c'est freiné. Quand ça se réchauffe, on peut moins faire pénétrer.
Et puis ce mélange vertical qui est provoqué par le vent. Ça arrive tous les hivers quand il y a du vent, quand il y a des pertes de chaleur. Et ça, ça permet aussi à la vie d'exister, parce que c'est ça ce qui va fertiliser l'océan de surface. Sauf que Thibaut Guinaldo, la Méditerranée, est également trop chaude en hiver. Oui, effectivement. Souvent, on se focalise un peu sur les records d'été et sur ce qui se passe en été. C'est normal. Il y a aussi les conditions atmosphériques ce qu'elles sont, notamment les canicules qu'on vit sur les continents.
Mais on se rend compte que le refroidissement hivernal de la Méditerranée, il est quand même beaucoup moins efficace avec le réchauffement climatique. Et notamment le fait que les trois dernières années, si on regarde la période automnale-hivernale, donc plutôt d'octobre à mars-avril, on a le top 3 des hivers les plus chauds ces trois dernières années. Et avec des records qui sont systématiquement au-dessus de un degré d'anomalie de réchauffement. Alors ça peut paraître beaucoup, mais si on compare à l'atmosphère, avec des anomalies qui sont plus grandes, mais dans l'océan, un degré d'anomalie, c'est quand même énormément d'énergie qui est accumulée au sein de l'océan.
Et donc ces hivers-là sont beaucoup plus chauds, et ça a des symptômes, enfin ça a des conséquences, notamment sur les événements de convection profonde qu'on peut observer dans le coffre du Lion, et notamment qui permettent ce mélange vertical, cette remontée de nutriments et l'apport d'oxygène dans les profondeurs.
C'est ce qu'on appelle parfois la stratification de la mer,
c'est ça ? Des couches ? C'est ça, c'est exactement ça. Et on se focalise beaucoup sur les symptômes visibles, ces canicules, ces températures extrêmes, parce qu'on les voit, parce qu'il y a des effets immédiats qui sont importants, mais en fait, les effets après la canicule, les effets de long terme, on peut comparer ça, on en a parlé tout à l'heure des fièvres, on peut comparer ça à un Covid long, les effets d'après. Qu'est-ce qui se passe après la canicule ? Et après la canicule, par exemple cette année, il y a eu un coup de vent juste après la canicule, et les températures qui étaient à 30 degrés, elles ont chuté d'un seul coup.
Alors on s'est dit, c'est bon, mais en fait, pas du tout, parce que cette chaleur, elle s'est propagée à l'intérieur de l'océan. Donc ce qu'il faut voir, c'est qu'en surface, ça ne se voyait plus, mais par contre, la chaleur, elle rentre. Et ça va réchauffer les couches internes de l'océan, avec exactement ce qu'a expliqué Thibault, des conséquences sur l'ensemble du fonctionnement de l'océan, du cycle saisonnier entier, et de la production entière de cette machine océan. Donc les conséquences à long terme, elles sont presque plus importantes, je dirais, que ce qu'il y a pendant la canicule. Thibault Guinaldo, il y a aussi des conséquences sur l'air, la température de l'air.
Oui, effectivement. Alors, on ne connaît pas encore bien tout le cadre et les interactions qu'il y a entre l'océan et l'atmosphère dans ces extrêmes-là. Ce qu'on voit, c'est quand même que l'océan, donc il y a une certaine inertie, c'est-à-dire qu'il y a un délai entre le signal qui est reçu par l'océan et sa réponse. Et ça, ça se voit bien, notamment la nuit. Alors, pas forcément en période d'extrême de chaleur. On a vraiment les océans qui sont des régulateurs, comme le disait Marina, ils absorbent de l'énergie et ils en restituent une partie, soit par transfert de chaleur, soit par humidité.
Je pense qu'on a tous en tête des cartes météo où en hiver, les villes côtières sont généralement un peu plus chaudes que les villes à l'intérieur des continents et inversement l'été. Et en période extrême de chaleur, ce chauffage qui va être très fort dans la journée du fait de l'atmosphère qui va être très chaud, on va avoir un décalage de la réponse de l'océan au cours de la nuit, où l'océan va restituer une partie de la chaleur, il va finalement limiter le refroidissement nocturne de l'air.
Et ça, ça conduit à ce qu'on appelle des nuits tropicales avec des températures dans l'atmosphère qui ne descendent pas en dessous de 20 degrés, donc des températures assez élevées, un apport d'humidité conséquent. Et ça, ça a des vrais effets sur la santé. Marina Lévy ? Oui, ça a des effets. Alors moi, je suis moins un météorologue, donc je connais quand même plus ce qui se passe à l'intérieur de l'océan. Mais effectivement, les réchauffements des eaux, ça a des effets météorologiques importants, aussi bien dans la Méditerranée qu'ailleurs, où on peut voir le développement de cyclones tropicaux, par exemple, ailleurs, qui sont plus intenses.
Justement, sur cette expression, mer tropicale, comment vous la voyez, vous, cette expression ? Est-ce que c'est une expression pour alerter, ou est-ce que c'est, d'un point de vue scientifique, avéré ?
Alors, d'un point de vue scientifique, ce qui est avéré, c'est qu'on voit une transformation des espèces marines qui sont en Méditerranée, et ce qu'on appelle tropicalisation, c'est l'arrivée d'espèces tropicales qui commencent à prendre le dessus par rapport à des espèces qui sont beaucoup plus habituées aux eaux froides. Je parle en particulier pour les poissons, qui sont des espèces qui peuvent se déplacer, et on voit arriver des espèces tropicales qui prennent avantage, parce qu'à ces températures-là, ils sont mieux, alors que les espèces qui ont besoin d'eau plus froide pour leur métabolisme perdent l'avantage.
Ça, on va largement parler tout à l'heure après le journal à 8h20 avec Joachim Garabou, qui est biologiste, qui va nous rejoindre. En effet, il y a des espèces qui disparaissent et d'autres qui arrivent, des espèces parfois invasives. Vous nous raconterez. Thibault Guinaldo, il y a aussi des conséquences sur les populations qui vivent en bordure de Méditerranée ?
Oui, effectivement. Au-delà des nuits tropicales et de l'inconfort thermique qu'on a en lien avec la concurrence entre vagues de chaleur atmosphériques et océaniques, il peut y aussi y avoir une influence sur tout ce qui est événements extrêmes hydrométéorologiques. Donc, la Méditerranée, il faut quand même garder en tête qu'elle ne joue pas le rôle dans l'apparition des événements type épisodes méditerranéens. Ce sont vraiment les conditions atmosphériques qui pilotent ces événements et ces phénomènes de pluie diluvienne.
Par contre, comme tout système orageux, ces épisodes vont nécessiter ce qu'on appelle une instabilité, c'est-à-dire une différence de température forte entre la surface qui va surchauffer et l'atmosphère ou le sommet de l'atmosphère qui va être assez froid. Et ces systèmes orageux, ils ont besoin d'énergie, d'humilité pour se développer et pour perdurer, pour persister. La Méditerranée, en fait, va jouer un rôle de carburant et va donc amplifier, intensifier ces phénomènes. Pour autant, ce n'est pas vraiment une condition nécessaire. Le cas de Valence, avec ces épisodes dramatiques qu'on a observés, le montre.
On avait seulement la Méditerranée avec seulement des anomalies de plus d'un degré. Par contre, on s'attend à une augmentation du nombre de ces événements à intensité égale. Et que ce soit aussi des événements de pluie diluvienne mais aussi de sécheresse puisque, finalement, la Méditerranée et le pourtour méditerranéen vont avoir augmenté les événements de pluie mais aussi de sécheresse et aussi l'alternance entre ces événements. C'est-à-dire qu'on va pouvoir passer d'événements de sécheresse durable sur plusieurs mois voire d'une année sur l'autre à des événements extrêmement pluvieux et ça dans un temps très court.
Entre 1990 et 2018, le niveau de la mer s'est élevé de 2,8 millimètres par an. Ça, Marina Lévy, qu'est-ce que ça a comme conséquence pour les populations ?
Ça, ça a des conséquences immédiates pour les populations. L'érosion des côtes, des submersions qui sont plus fréquentes en cas de tempête, donc des inondations. Ce qu'il faut voir, c'est ce qui va se passer dans les années à venir. Et ça, ça, c'est pas encore écrit et ça, c'est vraiment important de le dire. On sait que la Méditerranée va continuer à se réchauffer et que ces phénomènes vont s'aggraver. Il y a le plan bleu qui a étudié différents scénarios pour la Méditerranée en 2050. Les chercheurs travaillent jusqu'à des scénarios qui vont jusqu'à 2100. On sait que l'élévation du niveau de la mer futur va dépendre de nos futures émissions de gaz à effet de serre.
Et donc, pour limiter cette élévation et donc limiter les conséquences pour les populations, parce que cette élévation, elle s'accélère actuellement. Il faut vraiment limiter ces émissions le plus rapidement possible. Ça, tout le monde le dit, mais je réinsiste parce que quand on parle de la Méditerranée et quand on parle des conséquences de cette élévation du niveau de la mer pour les populations, c'est important de dire que le plus grave, ce n'est pas aujourd'hui. Le plus grave, il est à venir. En 2050, en 2100, ça peut paraître loin, mais pour arriver à limiter les choses en 2100, il faut vraiment s'y prendre aujourd'hui.
Oui, parce qu'en fait, pour bien comprendre, on pourrait presque parler d'un double phénomène, c'est-à-dire que les océans, la mer Méditerranée absorbent la chaleur liée aux émissions de gaz à effet de serre et ensuite rejettent la chaleur de la mer
dans l'atmosphère, c'est ça ? Alors, c'est différent de ces échelles de temps. La mer Méditerranée absorbe l'excédent de chaleur, une partie, 90 %, c'est une grosse partie de l'excédent de chaleur qui est lié à l'effet de serre. Ça, c'est parce que la capacité calorifique de l'eau est bien supérieure à celle de l'air. Et après, ça se superpose à des échanges naturels de chaleur entre l'été et l'hiver, entre l'océan et l'atmosphère qui sont des phénomènes naturels. Thibaut Guinaldo ? Oui, oui, tout à fait. Il y a vraiment ces effets-là. Après, en termes de projection, il faut aussi voir qu'en lien avec... Enfin, à l'origine de cette hausse du niveau de la mer, on a vraiment...
C'est le phénomène aussi de dilatation thermique, c'est-à-dire qu'une mer plus chaude va prendre plus de volume et donc va avoir son niveau augmenté. En termes de projection sur le niveau de réchauffement de la Méditerranée, ce qu'il faut savoir, c'est qu'importe les scénarios d'émission, aujourd'hui, la Méditerranée ne reviendra pas à son niveau de 1980, c'est-à-dire le début des mesures satellites et où on avait environ un événement par an sur une superficie assez réduite de la Méditerranée. Actuellement, on est plutôt sur quatre événements qui couvrent quasiment l'ensemble du bassin.
Et il faut savoir que c'est dans les scénarios à faible émission que ces événements vont avoir tendance à se stabiliser en fréquence et en intensité. Donc, il y a vraiment un enjeu à comprendre les processus qui amènent à ce réchauffement et les conséquences. Et si on veut limiter, s'adapter, il va falloir aussi aller à l'origine et comprendre et comprendre l'ensemble des processus qui ont lieu dans la Méditerranée. Vous partagez Marina Lévy. Oui, absolument. Il y a deux choses. Quand on parle de canicule marine, en fait, on parle d'une anomalie. Et une anomalie, ça suppose qu'il y a une norme derrière.
Or, il n'y a plus de norme, en fait, parce que l'état moyen de l'océan et de l'atmosphère se réchauffe. Donc, ça devient difficile de définir une anomalie. Vous savez, on dit souvent qu'un été normal, aujourd'hui, ça deviendra un été froid. C'est pareil pour la mer. Et un été chaud, ça deviendra un été normal dans les années à venir. C'est pareil pour ces canicules qui, aujourd'hui, apparaissent comme des énormes anomalies et qui seront beaucoup plus près de la norme qu'on a connue dans les années à venir.
Oui, puisqu'on voit bien que ça se rapproche, en fait. Avant, on citait des canicules marines peut-être tous les deux, trois ans. Aujourd'hui, c'est tous les ans. Voilà. Et je rappelle, on l'a appris tout à l'heure dans le journal de 7 heures de Margot Delpierre, qu'aujourd'hui, 1,5 sur lequel nous alertait la COP de l'accord de Paris en 2015. Alors,
on l'a dépassé en 2015, en 2025, en 2024 de manière ponctuelle. Effectivement, pour le dépasser, effectivement, il faut moyenner sur quelques années. Donc, on ne l'a pas encore dépassé de facto, mais on est en train de le dépasser et dans les deux, trois ans, on l'aura dépassé.
Il y a autre chose que vous avez observé, vous, Marina Lévy, c'est la baisse de la chlorophylle Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ? Qu'est-ce que ça doit nous indiquer
en Méditerranée ? Alors, la chlorophylle, c'est le pigment du phytoplancton et le phytoplancton, c'est des micro-algues, c'est vraiment la base de la chaîne alimentaire dans l'océan. C'est quelque chose qu'on observe avec des satellites depuis une vingtaine d'années, donc on est capable vraiment de suivre l'évolution. Et c'est très difficile de suivre la tendance, est-ce que ça augmente, est-ce que ça diminue dans l'océan, parce que c'est très variable. Et la mer Méditerranée, c'est vraiment un endroit où on arrive à détecter une baisse de ce phytoplancton de manière fiable.
Et ça, ce que ça indique, c'est lié au réchauffement, c'est lié à l'augmentation de stratification, c'est lié au fait qu'on mélange moins bien les eaux, c'est lié au fait que ces eaux qui se réchauffent du fait de cette chaleur qui rentre, toutes ces choses dont on a parlé tout à l'heure, empêchent les phytoplanctons de se développer. Et ça, ce que ça va avoir, c'est des conséquences en cascade, c'est-à-dire moins de vie en fait dans l'océan puisque c'est la source de la nourriture du reste de la vie. Thibaut Guinaldo, avant qu'on retrouve Margot Dalpierre
pour le journal.
Alors oui, je suis moi spécialiste de la chlorophylle, mais les conséquences qu'on voit en Méditerranée, il faut quand même garder en tête qu'au-delà de la Méditerranée, c'est tous les océans qui battent des records, qui voient ces phénomènes-là, qui voient ces migrations de populations de communautés de communautés phytoplanktoniques. Et donc, que ce qu'on soit dans le Pacifique, sur les côtes atlantiques ou en ce moment au large de la Norvège, on a vraiment une multiplication de ces symptômes-là et donc des conséquences associées. Et ces conséquences-là, notamment la chlorophylle par exemple, a des conséquences sur l'économie, sur la pêche, sur l'aquaculture.
Et donc, on ne peut pas découpler les conséquences physiques, biologiques de nos cadres de vie et de nos développements.
Eh bien, c'est exactement de cela dont nous allons en parler tout à l'heure, juste après le journal à 8h20, avec Joachim Garabou, biologiste spécialiste en conservation marine. On fera le point sur les espèces qui disparaissent, celles qui arrivent. Alors, est-ce que ça signifie pour la mer Méditerranée et les conséquences sur le dérèglement climatique ? Vous restez avec nous, Marine Alevi, Thibaut Guinaldo. Vous êtes bien sur France Culture. L'heure du journal, il est 8h. 7h09, les matins d'été, Astrid De Vilaine. La mer Méditerranée, seulement 1% des eaux marines mondiales et pourtant 28% des espèces endémiques, celles que l'on ne trouve que sur place et qui y sont concentrées.
Coraux, éponges, oursins, mollusques ou planctons, une véritable réserve pour la biodiversité soumise au choc du dérèglement climatique. La faune marine est en danger et la biodiversité est en train d'être modifiée, voire de s'éteindre sous nos yeux alors que de nouvelles espèces invasives arrivent. La Méditerranée brûle et nous regardons ailleurs sauf ce matin. Grâce à vous. Merci d'être avec nous. Bonjour, rebonjour Marina Lévy. Bonjour, rebonjour Astrid. Océanographe, directrice de recherche au CNRS, conseillère océan pour l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement. Et grâce à vous aussi Thibaut Guinaldo qui êtes resté avec nous. Rebonjour.
Vous êtes chercheur au Centre National de Recherche Météorologique de Météo France et j'accueille Joachim Garabou bonjour. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes biologiste spécialiste en conservation marine, chercheur CNRS à l'Institut Méditerranéen d'Océanologie à Marseille, détaché au sein de l'Institut des Sciences de la Mer à Barcelone. Et on va commencer avec vous Joachim Garabou. Quel est l'impact des canicules marines dont on a parlé longuement en première partie d'émission avec Marina Lévy et Thibaut Guinaldo sur les espèces en Méditerranée que vous connaissez bien ?
Bon, en fait, il y a plusieurs impacts, mais si on doit signaler deux principaux, c'est le changement de distribution des espèces et ça s'affecte des espèces natives de la Méditerranée qu'on a vécues toujours, qu'on était toujours là et des espèces qui ont été introduites par les activités humaines, par exemple, à travers le canal de Suez, les espèces réceptionnelles qui sont en train de décoloniser la Méditerranée. Ça serait l'un des grands impacts que nous sommes témoins en ce moment.
Et le deuxième grand impact, c'est les événements de mortalité massive, c'est-à-dire des espèces qui, comme la température monte en Méditerranée, ils arrivent à des seuils que les espèces ne résistent plus et ça devient de grands impacts de mortalité. Il y a plusieurs espèces, des dizaines d'espèces qui sont affectées sur des centaines, voire des milliers de kilomètres de côte et c'est une chose qu'on a commencé à voir depuis une vingtaine d'années et qu'en ce moment, c'est un processus qui se répète presque chaque année.
Marina Lévy. Oui, exactement. Je pense qu'il a très bien décrit la situation. Ce qu'il faut comprendre, c'est que la biodiversité en Méditerranée, comme vous l'avez dit, assez exceptionnelle, elle résulte d'un état d'équilibre qui est lié au fait que les conditions environnementales en Méditerranée, elles sont relativement stables depuis plusieurs milliers d'années et ça, ça a permis aux différentes espèces de cohabiter entre elles. Vous savez que les espèces marines, elles se mangent les unes les autres, elles sont en compétition pour différentes ressources et donc le système final, c'est le résultat d'un équilibre.
Et cet équilibre, il est particulièrement lié à la température de l'eau qui est une des conditions environnementales majeures parce que les individus marins, ils ont ce qu'on appelle une niche thermique. Alors une niche thermique, c'est quoi ? C'est un espace de température dans lequel on se sent bien. Une température qui est optimale pour notre métabolisme, pour notre croissance, pour notre reproduction. Alors nous-mêmes, en tant qu'humains, on a aussi une niche thermique mais elle est assez large puisqu'on est capable de vivre à des températures extrêmes aussi bien froides que chaudes.
C'est beaucoup moins vrai dans l'océan parce que dans l'océan, les variations naturelles de température sont beaucoup plus faibles que sur Terre. Donc les espèces qui se sont adaptées et qui sont là aujourd'hui, elles n'ont pas une capacité d'extension de leur niche thermique phénoménale et c'est pour ça qu'elles sont particulièrement sensibles au changement de température.
Thibaut Guinaldo, c'est ce que vous observez aussi. Les espèces, elles sont comme nous, elles n'aiment pas l'eau trop chaude. Ça les met en difficulté pour se reproduire, pour se déplacer, pour se nourrir.
Alors oui, je pense que Joachim et Marina l'ont très bien montré. Elles n'aiment pas donc un réchauffement, elles n'aiment pas non plus les fortes variations, c'est-à-dire avoir des événements comme on peut avoir dans le golfe du Lyon avec des vagues de chaleur marine très fortes et puis des baisses drastiques de température et comme ça, une variabilité assez forte.
Et un point aussi qui est bon de rappeler, c'est que tout ce qui est stratification, avec la possibilité aussi, parfois nous, on perd le signal en surface de vagues de chaleur marine, donc on a l'impression que la température est un peu plus faible, mais finalement, ces vagues de chaleur marine persistent en subsurface, en profondeur, à quelques mètres en dessous de la profondeur et là, elles peuvent perdurer aussi plusieurs semaines, plusieurs mois et ça a des conséquences, même si elles ne sont pas visibles par les satellites, des conséquences dramatiques pour les écosystèmes qui, eux, vivent dans ces eaux-là.
Joachim Garabou, de quelle espèce on parle quand on parle de mortalité massive ?
Bon, en fait, on a commencé il y a 25 années, ou une chose comme ça, dans l'année 1999, c'est le premier événement de mortalité massive qu'on a été témoin, en fait, a affecté la côte de la Provence, ici en France, et la côte de l'Italie, et en ce moment, on a été relié à des anomalies thermiques assez fortes et on a fait la hypothèse que dans le cadre, dans le contexte du changement climatique, on était déjà témoin, ce type d'événement allait se répéter.
Malheureusement, il faut dire que pour une fois, on avait raison, mais pas seulement qu'on avait raison, sinon qu'il y a eu une accélération très forte de ce type d'événement et une chose qui était anecdotique ou sans précédent il était avant 5 ans. À ce moment, c'est une chose qu'on est en train d'observer un peu partout en Méditerranée et presque chaque année à ce moment. Donc, c'est un fait très préoccupant parce qu'il affecte des espèces, plusieurs espèces, des dizaines d'espèces comme des coraux, des algues, des poissons, des éponges, donc, un très divers groupe d'espèces.
c'est à cause que la température augmente et ça dépasse ses limites, ses niches thermiques que vous commentiez tout à l'heure et les espèces ne peuvent pas faire face à cette... Ils n'ont pas évolué, ils n'ont pas développé à ces autres températures, donc ils ne peuvent pas résister, donc ils meurent. Donc, ça, c'est un peu comme à Terre, on observe des incendies forestales, donc ça crame, c'est la figure que parfois on utilise, ça crame vraiment en dessous de la mer et des paysages qui étaient riches, pleins de couleurs, ça devient des espaces qui perdent la couleur, qui perdent leur complexité et qu'il y a vraiment un changement des paysages à niveau sous-marin.
Marianna Lévy, il y a aussi la question du plancton qui est en forte chute.
Oui, il y a aussi la question du plancton qui est en forte chute et ça, on en a parlé tout à l'heure du fait de l'augmentation de stratification, que ça va avoir des conséquences sur l'ensemble de l'écosystème et je pense que ce qui est intéressant, justement, si on relie la chute du plancton au changement de température, c'est de vraiment réaliser qu'on a un changement de l'état d'équilibre dans lequel l'ensemble de l'écosystème vivait et donc en perturbant cet état d'équilibre, moi j'aime bien comme image, c'est une image que j'avais trouvée qui n'est pas de moi, mais c'est l'image du jeu de Mikado où si vous voulez, vous enlevez les conditions de survie d'une espèce.
Donc c'est comme si vous commencez à tirer sur une des épines du jeu et puis le reste se déstabilise et en fait, en supprimant comme ça de plus en plus d'espèces, c'est l'ensemble que vous déstabilisez de plus en plus et donc en fait, dans cette déstabilisation, ce que vous avez, c'est qu'à la fin, il y a des espèces qui sont perdantes, qui vont disparaître parce qu'elles n'ont pas le temps de s'adapter et puis il y en a d'autres qui vont gagner au contraire.
C'est pour ça qu'on parlait tout à l'heure de la tropicalisation, il y a certaines espèces qui sont des gagnantes, on voit aussi de plus en plus de méduses par exemple apparaître en Méditerranée, c'est des espèces qui éventuellement vont pouvoir gagner et donc malgré le fait qu'on ait des perdants et des gagnants, il y a quand même globalement un risque de perte de biodiversité globale, c'est-à-dire que ces pertes sont supérieures à ce qu'on va gagner et ça c'est vraiment un problème aussi parce que, et là aussi je reprends les paroles d'un collègue qui disait que la biodiversité c'est le système immunitaire du vivant.
J'aime beaucoup cette expression parce que ce qu'elle exprime c'est que face à des pressions il y a certaines espèces qui vont s'en sortir et pas d'autres et à partir du moment où on a de moins en moins d'espèces, on est de moins en moins capable globalement en tant que communauté d'êtres vivants qui peuplent l'océan de résister à l'ensemble des pressions.
Le plancton, on le rappelle, ça sert à nourrir les mollusques, les baleines, c'est donc la nutrition des espèces sous-marines qui est en difficulté pour eux. Mais il y a aussi la question du corail, Thibaut Guinaldo, et peut-être de la gorgone qui est une sorte de corail qui n'existe qu'en Méditerranée, c'est bien ça ?
Il y a certaines espèces de gorgones qui sont endémiques de la Méditerranée et c'est vrai que contrairement à des communautés de phytoplanctons qui vont suivre les courants, dont on voit par exemple certaines migrations notamment dans les zones atlantiques, des migrations vers les pôles, du moins elles suivent les conditions de leur niche thermique, on a toutes des espèces qui sont non-mobiles en Méditerranée qui vont finalement juste subir les conséquences du réchauffement et avoir ce qu'appelait tout à l'heure Joachim des événements de mortalité de masse.
C'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir de migration, on ne peut pas avoir d'adaptation à des températures dans la Méditerranée qui dépassent leur seuil de tolérance. Donc c'est un stress vraiment pour ces espèces-là.
Joachim Garabou, le corail, la gorgone, ça agit comme une forme de forêt sous-marine, c'est bien ça ?
Oui, bien sûr. Des gorgones, il y a un peu dans toutes les mers, mais comme a dit Thibault, il y a des espèces qu'on trouve seulement des gorgones qui sont des cousins des coraux tropicaux, on va dire, et qu'on trouve seulement en Méditerranée. Et il faut dire que ces espèces, elles jouent le rôle de structurer les habitats, un peu comme on fait les arbres dans les milieux, dans les écosystèmes terrestres. Et il faut dire aussi que ce sont des espèces à longue durée de vie. Il y a parfois le corail rouge, par exemple, que c'est une espèce emblématique de la Méditerranée. Il peut vivre des centaines d'années. D'autres espèces de gorgones aussi de centaines d'années.
Ils ont des croissances très, très, très lentes de l'ordre de moins d'un centimètre en hauteur par an. Donc, c'est-à-dire que quand ce sont des espèces qui ont l'impact de ces mortalités massives, c'est des impacts qu'il faut beaucoup de temps de revenir. Donc, en plus, comme il y a de ces impacts et ils sont répétés dans le temps à cause de la tendance au réchauffement et de l'extension de la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur marine que nous sommes en train d'être très moins, tristement témoins une année après l'autre, ces espèces ne peuvent pas revenir, ne peuvent pas se récupérer.
Donc, ça, ça fait que dans des espaces, dans des écosystèmes où il y avait ces forêts de gorgones ou ces forêts d'espèces à longue durée de vie, maintenant, ils sont replacés par des espèces à courte durée de vie donc ça change complètement. On est en train de voir être témoin des changements de ces paysages sous-marins comme je disais tout à l'heure.
Il y a des conséquences également sur les métiers de la mer. Thibaut Guinaldo, tout le monde est concerné par ça, par exemple, les pêcheurs.
Oui, effectivement. Alors, il y a toute une section du dernier rapport annuel du Conseil pour le climat qui parle des vagues de chaleur marine et qui parle aussi des conséquences en termes de poissons et donc de pêche, notamment tout ce qui est les conséquences sur les sardines en Méditerranée et où on voit des sardines qui, à âge égal, sont plus petites et sont moins grosses. On observe des baisses de masse, de poids qui étaient de l'ordre de 30 grammes il y a 20 ou 30 ans et qui, aujourd'hui, à le même âge, les sardines ne font plus que 10 grammes.
Donc, on a vraiment un rétrécissement, finalement, des poissons qui sont beaucoup moins gros et qui vont impacter la pêche puisque, en lien avec tout ça, on va avoir beaucoup moins de poissons ou des poissons plus petits dans les filets de pêche.
Marine Lévy, votre regard sur ce qui vient d'être dit. On n'a pas encore parlé des espèces invasives. J'aimerais bien qu'on en dise un mot avant la fin de cette émission. Et puis, surtout, qu'est-ce qu'on peut faire ? Parce qu'il ne faudrait pas qu'on déprime tout le monde non plus. Est-ce qu'il y a des façons ? On sait bien qu'il faut qu'on lutte collectivement contre le dérèglement climatique, qu'on prenne des mesures d'urgence. Mais face à ça, qu'est-ce que peut-être les populations sur place, nous tous qui sommes concernés, qu'est-ce qu'on a comme moyens d'action ?
D'accord. Si vous voulez bien, avant d'aborder les moyens d'action, j'aimerais bien apporter une vision un peu systémique du système. Allez-y. Parce que c'est comme ça qu'on va pouvoir voir ce qu'on peut faire. Là, on a beaucoup parlé de l'état de l'océan qui est sa température qui augmente, les nombres d'espèces qui sont menacées, etc. On a parlé aussi des opportunités. C'est une opportunité pour les pêcheurs. Vous savez que le littoral méditerranéen, c'est un quart du tourisme mondial. C'est incroyable. Et c'est aussi 30% du trafic maritime. Donc, c'est énormément d'opportunités pour l'humanité d'une certaine manière.
Mais en même temps, ces opportunités, elles sont source de pression importante. Et donc, on a parlé du changement climatique. Mais vous voyez bien que le tourisme, ça va apporter des problèmes de pollution. il va y avoir des problèmes de surpêche, etc. Donc, la première chose à faire, effectivement, c'est de limiter les pressions. Limiter le changement climatique. Prendre des mesures pour éviter les pollutions, pour éviter la surpêche. Et puis, à côté de ça, on a des mesures de protection qui vont être possibles. Et ça, ça répond peut-être plus directement à votre question. Et les mesures de protection, elles sont bien connues.
C'est de mettre en place des aires marines protégées, c'est-à-dire des endroits de l'océan dans lesquels on va limiter au maximum l'intervention humaine. Il y en a pour l'instant 9% en Méditerranée. L'objectif, c'est d'avoir 30% d'aires marines protégées à l'échelle mondiale. On en est loin, d'autant plus que sur ces 9%, il n'y en a que 0,1% qui sont véritablement protégées. Donc, c'est encore très très faible. Qui décide quand est-ce que ça devient une aire marine protégée ? Ça, c'est au niveau des politiques, des gouvernements. C'est vraiment des décisions politiques. Et il peut y avoir...
Donc, il y a une forte pression de la communauté scientifique pour déterminer à quels endroits il vaut mieux positionner ces aires marines protégées, des endroits qui vont être des endroits de nurserie pour les poissons, par exemple. C'est important de les protéger. C'est important d'avoir ces aires. Si vous voulez, il y a un certain nombre de pressions comme le changement climatique, les pollutions. On les contrôle moins bien géographiquement, localement. Donc, c'est important d'avoir des endroits où on minimise le nombre de pressions pour permettre au maximum aux écosystèmes d'exister. Et c'est à ça que vont servir ces aires marines protégées.
Est-ce que vous pouvez nous dire un mot, Marina Lévy,
sur ce baromètre Starfish qui est sorti récemment et qui se veut, me semble-t-il, un outil, un indicateur
destiné au grand public ? Oui, tout à fait. Je vous remercie de me poser cette question. Le baromètre Starfish, effectivement, c'est le premier bulletin de santé annuel de la santé de l'océan. Enfin, le premier bulletin de la santé de l'océan qui est sorti le 8 juin à l'occasion de la journée mondiale de l'océan et qui est destiné au grand public pour justement offrir cette vision systémique que je vous présentais avec l'état, les pressions, les mesures de protection, les opportunités et les risques. C'est un bulletin qui a été décliné à l'échelle mondiale mais qu'on peut parfaitement adapter à la Méditerranée et qui va permettre de suivre les éléments d'une année sur l'autre.
Peut-être sur les risques, si on n'a pas encore beaucoup parlé des risques, il y a les risques de submersion, les risques effectivement de disparition accélérée des écosystèmes. Dans l'édition de cette année et je pense que c'est... On ne peut pas passer sous silence ce point. Dans l'édition de cette année du baromètre Starfish, on a aussi fait le point sur le fait que 2024 était l'année la plus meurtrière sur les routes migratoires marines. Et la Méditerranée, c'est effectivement l'une de ces routes migratoires. Alors, il n'y a pas un lien direct de causalité avec les canicules marines.
mais on sait que l'augmentation des risques climatiques et des inégalités qui en résultent, en particulier dans les pays du Sud qui sont les plus affectés, les moins préparés à y faire face, sont une des raisons qui poussent les jeunes de ces pays à se déplacer dans des conditions dramatiques.
Et on en reparlera de ces réfugiés climatiques, tout comme, j'espère, des espèces invasives. Merci à tous les trois. Je suis désolée, le temps s'est écoulé. Marina Lévy, océanographe, directrice de recherche au CNRS, Thibaut Guinaldo, merci à vous, chercheur au Centre National de Recherche Météorologique, et Joachim Garabou, biologiste spécialiste en conservation marine, détaché au Centre d'Institut des Sciences de la Mer à Barcelone, chercheur au CNRS.
Merci à tous.