Ayda Hadizadeh : «Le peuple iranien a tout pour construire une grande démocratie»
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:03OuverteRéponse directe
Avez-vous un outil de prédilection ?
- 1:50FerméeRéponse directe
Vous êtes née en Iran. Fin 81 ou début 82 ?
- 2:50FerméeRéponse directe
C'est votre état civil officiel. Mais la vérité, c'est que vous êtes née fin décembre ?
- 3:22OuverteRéponse directe
Est-ce que pour elle, la vie était devenue encore plus insupportable sous les Mollahs ?
- 6:01OuverteRéponse directe
Votre père a sacrifié sa famille pour la cause politique. Comment l'avez-vous vécu ?
- 6:27OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez compris ou toujours pas ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:17InvitéFait
« Adizadeh n'est pas mon vrai nom. C'est le nom du faux état civil qu'on a donné à ma mère pour pouvoir se cacher et fuir l'Iran de manière clandestine. »
- 3:37InvitéFait
« Le problème de la révolution, c'est qu'un pouvoir arrive et veut libérer le peuple. Et peu de temps après, il amène une nouvelle dictature. »
- 4:17InvitéFait
« Le régime des Mollahs a été à bien des égards plus dur que le régime du Shah, puisque sous le Shah, il n'y avait pas de liberté d'expression, mais il y avait une forme de liberté des mœurs. »
- 5:05InvitéFait
« C'était la condition des passeurs, c'est que si vous vous faites arrêter pour ne pas vous faire torturer et finir par livrer sous la torture les passeurs, le réseau et finalement mettre des gens en danger, il fallait se donner la mort plutôt que d'être torturée et d'être tuée à la fin. »
- 6:38InvitéFait
« Est-ce que la fin justifie les moyens ? Et je crois que non. »
- 7:18InvitéFait
« Je pense que précisément quand on emprunte un chemin, si ce chemin est amoral, on arrivera à une fin qui sera dévoyée. »
- 11:01InvitéFait
« Je n'ai pas une goutte de sang français, mais c'est toute la France qui coule dans mes veines. »
- 24:54InvitéChiffre
« On parle de 15 000 à 30 000 exécutions. »
- 27:50InvitéChiffre
« Si la fortune de Khomeini, feu Khomeini mais son fils maintenant qui en a hérité, si elle était publique, il serait dans la liste des 10 plus grandes fortunes du monde publiées par Forbes. »
- 31:39InvitéFait
« C'est un scandale d'État. »
- 32:28InvitéChiffre
« 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite. »
- 36:02InvitéChiffre
« ça concerne 300 000 enfants, grosso modo »
- 37:57InvitéChiffre
« 2% peut-être des enfants mentent pour décrire une agression sexuelle mais qu'ils ont connue par ailleurs. »
- 35:50InvitéPromesse
« le texte sera définitivement adopté et pourra être promulgué quelques jours après par le Président de la République et entrera en vigueur le 2 janvier prochain. »
Temps de parole
- Invité65 %
- Présentateur26 %
- Invité 27 %
≈ 4,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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L'Atelier politique, avec Frédéric Rivière. Bonsoir et bienvenue dans l'Atelier politique. Dans cette émission, nous essayons de prendre le temps dont parfois le tumulte de l'actualité nous prive, le temps de la réflexion, de l'analyse, de la mise en perspective, avec l'ambition de comprendre ce qui nous arrive et peut-être aussi ce qui s'annonce. Ce soir, nous sommes avec Aïda Adizadeh, députée socialiste de la deuxième circonscription du Val-d'Oise, membre de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, membre également de la délégation aux droits des enfants et enfin présidente du groupe d'amitié France-Iran. Bonsoir.
Bonsoir Frédéric Rivière.
Cette émission est enregistrée, je vous le précise, dans les conditions du direct. Nous sommes donc ensemble pour à peu près 40 minutes et vous allez par conséquent avoir du temps pour développer vos idées. Cette émission s'appelle l'Atelier politique et donc je vais vous soumettre à la question rituelle de cette émission, partant de l'idée que généralement dans un atelier on peut trouver des outils. J'aimerais savoir si vous avez un outil de prédilection.
Un outil de prédilection ? Est-ce que les ustensiles pour manger sont des outils de prédilection ?
Oui, je pense.
Alors ça doit être la cuillère.
La cuillère ? Entre la fourchette, le couteau et la cuillère ?
Alors pourquoi ? Parce que ça va me permettre de faire un petit point culturel. En Iran, on mange avec la cuillère et la fourchette. Parce qu'on n'a pas de morceaux de viande à découper.
Ils sont pré-découpés. Ils sont dans des ragouts, dans des sauces. Oui, comme dans les plats éthiques.
Exactement. Et on se sert de la cuillère pour manger. Puis la cuillère, c'est quelque chose de doux. La petite cuillère, c'est comme ça qu'on nourrit les enfants aussi. Je dirais la cuillère. Je ne suis pas très manuelle. J'aime bien cuisiner. Et comme je suis d'origine iranienne, j'ai grandi dans la culture iranienne, j'aime manger.
Alors justement, vous êtes née en Iran. Fin 81 ou début 82, il y a une incertitude sur ce point ?
Alors, il n'y a pas une incertitude. Mon histoire de vie est un petit peu complexe de ce point de vue-là. Mes parents ont dû prendre un état civil de clandestin, un faux état civil, des faux papiers. Exactement, si on veut faire le parallèle avec les juifs qui devaient fuir l'Allemagne nazie, quand ils sont rentrés dans la clandestinité pour échapper à la répression du régime de Khomeini. Adizadeh n'est pas mon vrai nom. C'est le nom du faux état civil qu'on a donné à ma mère pour pouvoir se cacher et fuir l'Iran de manière clandestine. Et donc, ce faux état civil s'accompagnait d'une fausse date de naissance pour elle et pour ses deux enfants.
Aïda est mon vrai prénom, mais Adizadeh est mon nom.
Mais alors, votre vraie date de naissance ? Parce que moi, j'ai lu que votre mère vous affirme que c'était fin décembre 81.
Alors, c'est pas un firme, on le sait.
Ah bah alors voilà, mais sur l'état civil, c'est février 82.
Alors, l'état civil, la France me connaît comme Aïda Adizadeh, même Bouroujani, née le 12 février 82. Donc, c'est la date que je donne sur tous mes papiers. Parce que c'est la date sur mes papiers.
C'est votre état civil officiel.
Exactement.
Mais la vérité, c'est que vous êtes née fin décembre ?
Je suis née le 21 décembre 81, le même jour qu'Emmanuel Macron, pas la même année. Et c'est un jour très important en Iran, c'est le solstice d'hiver qui correspond à une fête iranienne. C'est le Shabay Yaldor, la nuit la plus longue qui est célébrée par les Iraniens qui se réunissent, qui mangent ensemble jusqu'à tard dans la nuit, qui récitent de la poésie. Et c'est symboliquement la nuit où le jour va gagner du terrain et va progressivement gagner du terrain sur la nuit.
Alors, vous n'avez finalement passé qu'assez peu de temps en Iran, puisque votre mère a décidé de fuir le pays. Elle était une opposante au régime du Shah. Mais c'est la révolution islamique qui la pousse à partir. Est-ce que ça veut dire que, pour elle, la vie était devenue encore plus insupportable ? Enfin, le pays était encore moins viable sous l'autorité des Mollahs qu'auparavant ?
Alors, le Shah, c'était une dictature. Il y avait des prisonniers politiques, il y avait une police secrète, il y avait de la répression. J'ai de la famille qui a fait de la prison à cause du Shah. Mon père a fait de la prison sous le Shah d'Iran. Le problème de la révolution, c'est qu'un pouvoir arrive et veut libérer le peuple. Et peu de temps après, il amène une nouvelle dictature. Il y a un roman qui est absolument fabuleux, La ferme des animaux de George Orwell, qui décrit ça. Et moi, je me souviens d'avoir vu ce dessin animé, c'était un dessin animé qui est un peu vieilli, mais qui est inspiré du livre, qui explique ça.
Les animaux se liguent pour chasser le fermier et les porcs prennent le pouvoir et mettent une dictature encore plus dure que celle du fermier. C'est l'histoire de l'Iran. Et le régime des Mollahs a été à bien des égards plus dur que le régime du Shah, puisque sous le Shah, il n'y avait pas de liberté d'expression, mais il y avait une forme de liberté des mœurs. Les femmes étaient libres de s'habiller comme elles voulaient, mais cette liberté des mœurs a disparu et la liberté d'expression n'est pas revenue. Ma mère a fui l'Iran parce que sa vie était en danger, parce qu'elle militait pour une véritable liberté, une véritable démocratie en Iran.
Alors, j'ai lu une chose qui en dit long sur la tension et le caractère un peu dramatique de la situation lorsque votre mère décide de quitter l'Iran, à cheval, je crois, dans les montagnes enneigées. Et à ce moment-là, les passeurs, ceux qui vont l'aider, lui proposent des capsules de cyanure pour le cas où elle serait capturée. Ça, c'est elle-même qui vous l'a raconté ?
Oui, oui, oui. Il propose comme un menu au restaurant.
J'ai bien compris. Précisons que le cyanure est un poison mortel en quelques secondes.
C'était la condition des passeurs, c'est que si vous vous faites arrêter pour ne pas vous faire torturer et finir par livrer sous la torture les passeurs, le réseau et finalement mettre des gens en danger, il fallait se donner la mort plutôt que d'être torturée et d'être tuée à la fin. Et ma mère, elle nous raconte, c'est vrai que c'est des histoires qui marquent enfants, qui marquent même adultes, qu'elle a refusé parce qu'elle ne voulait pas ne pas savoir ce qu'on allait faire à ses enfants. Elle ne voulait pas aussi nous donner la mort.
Et pour ça, elle dit « je ne prendrai pas ces capsules de cyanure » et comme elle avait des enfants en très bas âge, moi j'avais 15 mois, ma soeur avait 15 mois de plus que moi, on a 15 mois d'écart. Je pense qu'on lui a laissé ne pas prendre ces capsules.
Alors votre père va lui presque complètement disparaître de votre vie car il a donné la sienne totalement au moudjahidine du peuple, on peut dire les choses comme ça. Tout à fait, tout à fait. Vous avez dit « un jour, mon père a fini par se souvenir de notre existence et nous a appelés. J'avais 15 ans, je lui ai dit « comment as-tu pu sacrifier ta famille sur ordre politique ? » Il a simplement répondu « j'aime mes enfants autant que tous les enfants d'Iran, un jour tu comprendras. » Vous aviez 15 ans, bon c'était il y a quoi, une petite trentaine d'années. On va dire ça. Toute petite. Un petit peu plus. Est-ce que vous avez compris ou toujours pas ?
Non, toujours pas. Et d'ailleurs ça pose des questions philosophiques très profondes. Est-ce que les moyens peuvent être utilisés, n'importe quels moyens, pour arriver à ces fins ?
Est-ce que la fin justifie les moyens ?
Est-ce que la fin justifie les moyens ? Et je crois que non. Et c'est des questions que se sont posées des penseurs, des écrivains, des hommes et des femmes qui ont fait de la politique leur métier, leur combat. Je pense que précisément quand on emprunte un chemin, si ce chemin est amoral, on arrivera à une fin qui sera dévoyée. Et lui ce qu'il voulait dire c'est « j'ai accepté cet ordre de divorce idéologique que le parti leur a demandé d'obéir, divorcer de sa femme et de ses enfants pour pouvoir se consacrer uniquement à la cause de la libération de l'Iran ».
Et lui le justifiait en disant « comme j'aime tous les enfants d'Iran de la même manière que j'aime mes enfants, j'ai accepté pour délivrer les enfants d'Iran ». Le problème c'est qu'en tuant toute empathie, puisque c'est ça à la fin, on tue toute empathie, puisqu'on n'a plus le droit d'éprouver des sentiments filiaux pour ses propres enfants, je crois que quand on arrive au pouvoir, et j'espère qu'ils n'arriveront jamais au pouvoir en Iran, je le dis très clairement, je pense que ce serait une catastrophe pour l'Iran et le peuple iranien, mais si jamais on arrive au pouvoir, ce manque d'empathie dans lequel on a entraîné ses soldats, ses membres, se ressortira dans l'exercice du pouvoir.
Alors votre père aime aller plus loin, puisque quelques années plus tard, enfin oui, pas mal d'années plus tard, en 2024, il a adressé une lettre à tous les députés du groupe socialiste, dans l'intention de vous discréditer en disant, je le cite, « Aïda ment et mène depuis des années une propagande mensongère contre l'organisation des Moudjahidines, du peuple iranien », j'ai vu que vos passages médiatiques sont souvent suivis d'une réaction de communiqués, de correctifs parfois interminables.
Vous allez y avoir droit, donc préparez-vous.
Je m'y attends, mais ça a dû être terrible pour vous quand même.
Non, parce que je connais leurs méthodes, je connais les mensonges, c'était même plutôt… Non, ce n'était pas terrible, je n'ai pas de relation avec mon père, il n'a pas vécu avec nous, il ne nous a pas élevés, c'est plus un géniteur qu'un père, je ne comprends pas le choix qu'il a fait, on peut respecter sa mémoire avant qu'il ait rejoint l'organisation des Moudjahidines, je ne suis même pas fâchée contre lui, mais je n'ai jamais compris ce choix-là, et même je le combats politiquement, c'est-à-dire que je maintiens qu'on ne doit jamais sacrifier la fin au moyen, jamais. Et c'est précisément le sens même de mon engagement politique.
Je pense même que je suis entrée en politique pour faire la démonstration à mon père qu'on pouvait garder ses idéaux, sa moralité, ne jamais sacrifier la fin au moyen. Quand il envoyait ce mail-là, pour moi, c'était plutôt une démonstration faite à mes collègues députés, que vous voyez bien que ce n'est pas un mouvement comme les autres, quand un père est capable d'écrire à des gens qu'il ne connaît pas pour discréditer sa fille. Il ne l'a fait que parce qu'il a appris que j'avais dit aux députés de mon groupe de ne pas signer les communiqués de l'organe de lobby qui a été créé à l'Assemblée pour soutenir le combat des Moudjahidines.
Et je leur ai dit, si vous ne me croyez pas, lisez, renseignez-vous, demandez au préfet, demandez au président de la République, demandez à l'ancien président de la République, j'ai l'honneur d'être à côté de François Hollande dans l'hémicycle, donc j'ai dit demandez à notre ancien président de la République. Tous ceux qui ont eu à connaître du dossier des Moudjahidines, au plus haut niveau de l'État, savent qui ils sont et savent ce qu'il faut penser d'eux.
Alors vous êtes devenue française, vous aviez 20 ans, comment vous l'avez vécu ce moment ?
Alors c'est marrant parce qu'il y a quelques jours de ça, la semaine dernière, ou il y a deux semaines, j'ai participé à une cérémonie de naturalisation et j'ai pu prendre la parole pour m'adresser à ceux qui allaient devenir français et alors ça m'arrive rarement. Vous avez été submergé par l'émotion ? Oui, j'ai failli verser ma larme parce que je leur ai dit que moi ça m'était arrivé, mais je n'avais pas eu de cérémonie de naturalisation et je voulais qu'ils sachent à quel point la France, c'est un grand pays.
Nous sommes les fils et les filles adoptives de la France et parfois moi je souffre d'entendre les Français de souche comme on dit, ceux qui sont nés en France, qui n'ont pas été naturalisés, se complèrent dans la médisance de la France. La France doit être améliorée, on doit se battre pour faire de la France un encore plus beau pays, encore plus grand pays. Mais enfin, la France quand même, la terre des droits de l'homme, la terre de ceux qui sont tombés pour défendre des idéaux tels que la liberté, l'égalité de tous les hommes, puis après de toutes les femmes, il a fallu attendre un peu. Et c'est aussi un pays où il y a une sorte de miracle qui se produit.
Et je suis le fruit de ce miracle. Je m'explique. Peu de pays arrivent en moins d'une génération à donner le sentiment à des personnes qui vivent sur leur sol, le sentiment qu'ils appartiennent à la nation. C'est mon cas. Et mon premier discours à la tribune de l'Assemblée nationale, j'ai redit cette phrase de Romain Garry. Je n'ai pas une goutte de sang français, mais c'est toute la France qui coule dans mes veines. Et c'est exactement ce que je ressens pour la France. Et je voulais leur communiquer ça. Et moi, à 22 ans, quand j'ai été naturalisée, il n'y a pas eu de cérémonie. Donc, je n'ai pas ressenti cette émotion particulière.
Mais je voulais leur partager ça en disant, vous avez la chance de devenir français et vous avez la chance de participer à cette belle cérémonie. S'avourez ce moment, participez à la vie publique, votez. Le préfet leur a dit, vous pouvez voter. Moi, je leur ai dit, vous devez voter parce que pendant de longues années, vous avez payé des impôts sans pouvoir donner votre voix pour dire comment vous souhaitez que vos impôts soient dépensés. Là, vous avez la chance de le faire.
C'est même à vous de montrer l'exemple à des Français qui sont nés, Français qui n'ont fait aucun effort pour acquérir la nationalité puisqu'ils sont nés ainsi, pour leur dire, voilà, il faut se battre pour préserver la démocratie, nos idéaux, l'égalité, la fraternité. Tout ça, ce ne sont pas des vingt mots. C'est des valeurs extrêmement fortes et on a la chance de vivre en France. C'est une chance par rapport à plein de pays dans le monde. Moi, je suis très heureuse, par exemple, que ma mère n'ait pas émigré aux Etats-Unis ou en Angleterre. Je suis très heureuse qu'elle ait émigré en France et d'avoir cette nationalité française auquel je donne tout un sens.
Et regardez, aujourd'hui, je suis députée de la République française. Et ça, par contre, ça, ce jour-là, c'était quand même une forte émotion pour moi que de faire mon entrée à l'Assemblée nationale.
Oui, j'imagine. Et pour votre mère aussi ? Oui, je pense. Elle est venue, devenue députée, parce que j'ai vu qu'on en parlera plus tard, mais elle vous a félicité avec une forme d'économie dans le compliment à propos d'une loi. Mais c'est peut-être une question de nature aussi.
Non, ce n'était pas ça. C'était, en fait, ma mère considère que... Non, mais on l'expliquera, parce que sinon, là, on est un peu allusifs
et les auditeurs ne vont pas y comprendre grand-chose. Je vais vous l'accompagner. Non, non, mais je termine, parce que vous avez cité la phrase de Romain Garry, mais vous avez dit aussi, alors ça, ce n'était pas à la tribune de l'Assemblée nationale, mais vous avez dit, je peux m'asseoir à la table de l'extrême droite et leur dire, j'aime la France plus que vous.
Tout à fait.
Mais d'où tenez-vous cette certitude ?
Parce qu'en fait, j'ai le sentiment...
Parce que vous savez combien vous aimez la France. Personne ne peut vous faire ce procès. Mais comment pouvez-vous dire, je l'aime plus que vous à quelqu'un que vous qualifiez d'extrême droite ?
Regardez comment l'extrême droite parle de la France. Toujours en mal, toujours en la rabaissant, toujours en pointant, les pires atrocités qui se passent en France, surtout venant de la population immigrée. Moi, je dis que l'extrême droite aime la France comme le mari violent aime la femme battue. Il la rabaisse, il l'humilie, il lui dit...
Elle est de vous, cette image ?
Oui, elle est de moi. Et parce que c'est vraiment l'image qu'il me donne, en fait. Il la rabaisse, il l'humilie et il dit, voilà, je suis ton sauveur, c'est grâce à moi que tu pourrais t'en sortir. Ce n'est pas ça, aimer. Aimer, c'est prendre quelqu'un comme il est et agir de manière résolue et positive pour l'augmenter, l'améliorer et lui permettre de s'épanouir. Et c'est comme ça, le véritable amour. Le véritable amour d'un père ou d'une mère pour ses enfants, ce n'est pas lui dire, t'es nul, t'es nul et espérer qu'il s'en sorte et espérer que ses paroles-là le tirent vers le haut.
Non, c'est lui dire, je t'aime, j'ai confiance en toi, je sais que tu es capable du meilleur et on va le faire ensemble. Et je pense que c'est ce discours qu'il faut tenir en ce moment à la France, lui témoigner notre amour et lui dire, on va le faire ensemble, on en est capable. Regardez ce qui s'est passé après la Seconde Guerre mondiale. Le pays ravagé, quatre années d'occupation, le nazisme, la collaboration, une collaboration atroce, on a donné la liste des enfants juifs alors que les nazis ne la demandaient même pas. Et bien des hommes, des femmes se sont réunis ensemble et ont reconstruit la France en faisant quoi ? La sécurité sociale. C'est ça la France.
C'est dans les moments durs, on se réunit, on fait encore quelque chose de plus grand pour l'ensemble du pays sans mettre personne à la porte. Évidemment, à cette période, il y avait aussi la colonisation. Rien n'est parfait dans l'histoire. Et Rome ne s'est pas construite en un jour. Je ne suis pas en train d'idéaliser les situations.
Mais on pourrait ajouter que la France s'est réconciliée très rapidement avec l'Allemagne aussi d'ailleurs.
Et quelle grande œuvre. Et quelle grande œuvre après tant d'années de guerre. Parce qu'il y avait la Deuxième Guerre, mais il y a eu la Première Guerre, puis il y a eu Sedan aussi. Enfin, il y a eu des années et des années de conflits entre ces deux pays.
On va marquer une respiration musicale, Aïda et Dizadeh, avec quelque chose que vous avez choisi, un titre que vous avez choisi. Je vais vous laisser l'annoncer, comme ça, ça sera correctement prononcé.
La chanson s'appelle Deyor et elle est chantée et écrite par Shahram Shafari. Elle a été écrite en 1979. Je l'explique maintenant ou je l'explique maintenant ?
Non, on en dira quelques mots après.
Alors, je vais vous laisser, parce que vous voulez faire un autocorrectif.
Pas suffisamment bien prononcé le nom de l'artiste.
Du tout bien prononcé, pas le nom de l'artiste. Le nom de la chanson, c'est Deyor.
Alors, vous savez ce quoi ? On va être complètement transparent. Il se trouve que cette émission est réalisée par Mathias Golchani, qui est né en Iran et qui a grandi, et dont vous dites qu'il parle mieux, Farsi, c'est comme ça grandit, que moi.
Moi, c'est l'émotion, Frédéric.
Voilà, et donc, alors, on vous écoute, vous le dites bien, c'est comment alors ?
Deyor, ça veut dire Patelin, et c'est Patelin, c'est un petit village. En fait, cette chanson, c'est une chanson qui raconte la douleur de l'exil, des exilés, et c'est une ode à la terre natale. Et cette chanson, en fait, elle a été immortalisée dans un film fait par Panor Panoyi, qui est un film qui est réalisé en 2021, et une scène absolument sublime d'un petit garçon qui est dans une voiture avec des gens de sa famille. Je ne vais pas spoiler le film, mais puisqu'il faut le voir, le film s'appelle Hit the Road. Et cette scène, elle est bouleversante, parce que le petit garçon se lève et il roule vers la terre natale, et il danse dans la voiture. Pourquoi j'ai choisi cette chanson ?
C'est parce que quand il y a eu le soulèvement en Iran, en décembre et en janvier, un soulèvement qui malheureusement a été réprimé dans le sang, sur les réseaux sociaux, beaucoup d'Iraniens postaient cet extrait de film et disaient, voilà comment moi je vais rentrer en Iran dans un peu de temps, en écoutant cette chanson et en dansant comme ce petit garçon.
C'était un peu un symbole de liberté.
C'est le symbole de la réunification avec la terre natale que beaucoup d'Iraniens ont quitté, la majorité des Iraniens ont quitté leur terre natale et ont dû s'exiler.
On va parler de l'Iran dans quelques instants. Là, il faut qu'on fasse place à la formation. On se retrouve dans quelques minutes. Vous le savez, cette émission est réalisée par Mathias Golchani. On se retrouve dans quelques minutes pour la deuxième partie de l'Atelier politique. L'Atelier politique avec Frédéric Rivière L'Atelier politique avec Aïda Adizadeh, députée socialiste du Val-d'Oise, membre de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, membre de la délégation aux droits des enfants, et on va en parler, et présidente du groupe d'amitié France-Iran.
Et nous allons en parler aussi, puisqu'on viendra dans quelques instants à vos combats prioritaires, donc la protection de l'enfance, mais qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec votre histoire iranienne. Mais d'abord, donc, précisément à propos de l'Iran. Voilà des semaines maintenant qu'un fragile cessez-le-feu émaillé tout de même de quelques opérations militaires est en vigueur entre l'Iran d'un côté, les États-Unis, et Israël de l'autre. Mais en fait, on ne voit pas vraiment se profiler un scénario rassurant de sortie de crise, à brève ni même d'ailleurs, à vrai dire, à moyenne échéance.
Certains spécialistes disent aujourd'hui que l'Iran est même encore plus fort maintenant qu'avant le début de la guerre, notamment sous la férule des gardiens de la Révolution. Est-ce que vous partagez cette analyse ?
Ce n'est pas l'Iran qui est plus fort. Oui, le régime. Tout à fait. C'est le régime qui a raffermi son pouvoir autour du corps des gardiens de la Révolution. Certains spécialistes disent même qu'il ne faut plus parler de régime des Mollahs. Dans les faits, c'est les gardiens de la Révolution qui ont vraiment pris le pouvoir en Iran. Et qu'est-ce qui se passe quand il y a une agression extérieure ? Parce qu'il faut dénoncer l'attaque américaine et israélienne comme une agression illégale. Il faut le dire. Parce qu'elle n'a pas été faite sous le couvert du droit international avec toutes les précautions. Et on voit bien en quoi c'est une agression.
C'est que là, à l'heure actuelle, l'accord qui est en négociation ne prévoit aucunement plus de liberté pour le peuple iranien. Par exemple, ne prévoit pas dans l'accord que les prisonniers politiques en Iran soient libérés, que les manifestants arrêtés en janvier soient libérés. C'est un accord pour le monde économique et nucléaire.
On a l'impression que ce qui apparaîtrait aux Etats-Unis comme un accord satisfaisant, c'est juste le retour à la situation d'avant la guerre.
C'est même pire que ça. C'est-à-dire que Donald Trump a toujours été jaloux de l'accord signé par son prédécesseur Obama en 2015 avec la France, France et Hollande et l'Angleterre et d'autres pays européens. Il dit « Moi, j'aurais fait un meilleur deal ». Obama s'est fait rouler. Et les Israéliens l'ont poussé à déchirer l'accord en 2018 et s'en retirer unilatéralement. L'accord, si jamais il arrive à en signer un qui mettrait fin à la guerre, sera moins bon que l'accord de 2015. Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a fait prendre conscience au régime iranien qu'il pouvait contrôler le détroit d'Hormuz et donc bloquer 20% de l'économie mondiale.
Le détroit n'est pas aux Iraniens, mais les Iraniens peuvent le bloquer. Et donc, merci à Donald Trump et à son égo démesuré de nous avoir mis dans cette situation-là.
Alors, vous disiez, aujourd'hui, ce ne sont plus tant les Molas que les gardiens de la Révolution qui contrôlent et dirigent le pays. Est-ce que, sur le plan théocratique, ça change quelque chose ou pas ?
Alors, moi, j'ai toujours dit qu'il faut faire très attention parce que l'Iran, même avant cette guerre-là, est moins une théocratie au sens où les talibans l'ont mis en place qu'un régime mafieux aux mains d'une oligarchie qui se sert de la religion pour imposer son pouvoir et surtout se distribuer les prébandes que le pouvoir leur accorde. Les gardiens de la Révolution, c'est un corps mafieux qui s'organise pour faire main-bas sur la majorité de l'économie. La majorité de l'économie iranienne est contrôlée par le corps des gardiens de la Révolution.
Mais avec l'outil religieux, eux aussi, au même degré que les Molas.
Les corps de gardiens de la Révolution, c'est garder la Révolution islamique, donc garder la République islamique, la loi de la Sharia. Mais qu'est-ce qui se passe ? Et les Iraniens sont au courant, il y a une corruption totale. Quand je dis totale, c'est que cette corruption est économique et morale. Un peu avant, c'est en novembre, donc avant les manifestations qui ont commencé dans les bazars iraniens, il y a une vidéo qui a beaucoup circulé en Iran où on voyait la fille d'un très haut dignitaire du corps des gardiens de la Révolution, on voyait son mariage.
Et le mariage de cette fille, de ce dignitaire-là, il était présent sur la vidéo, c'était hommes et femmes ensemble, toutes les femmes ont décolleté, cheveux au vent. Cette vidéo a beaucoup circulé en Iran parce que les Iraniens ont dit « Regardez, ils nous tuent, ils tuent nos enfants pour une mèche de cheveux dévoilée et regardez, eux, dans quelle corruption ils se vôtrent. » Corruption morale et économique. C'est de ça dont il s'agit. Ce n'est pas une théocratie, c'est un régime d'oligarques, mafieux, corrompus, qui s'organisent pour s'enrichir avec les sanctions. Un certain nombre d'entre eux se sont enrichis grâce notamment aux relations économiques qu'ils ont établies avec la Chine.
C'est de ça dont il s'agit. C'est pour ça que eux, sur leurs atouts de montrer leur muscle et de tenir tête au régime de Trump, les négociations ne sont jamais interrompues et s'ils peuvent parvenir à un accord, ils y parviendront, si ça peut permettre de les sauver. L'agression américaine et israélienne, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a donné une assurance vie quelque part à ses dignitaires du régime. Alors, la seule chose qu'on peut se dire, c'est que le régime est tellement corrompu économiquement que ça ne tiendra pas dans le temps. Contrairement à la Chine où il n'y a pas de liberté d'expression, l'Iran n'a pas réussi à apporter de la croissance économique à son peuple.
Donc il n'y a pas de liberté d'expression, il n'y a pas de liberté des mœurs, il n'y a pas de croissance économique, ça ne peut pas tenir.
Et la guerre a apparemment des effets économiques assez lourds aussi. Assez lourds.
Donc, dans la durée, je l'espère de tout mon cœur, ça ne pourra pas tenir.
Vous l'avez évoqué tout à l'heure, il y a eu plusieurs tentatives de soulèvement ces dernières années, dont la dernière en janvier, en effet, 2026, toutes ont été très violemment réprimées et la dernière peut-être encore plus durement que les précédentes.
On parle de 15 000 à 30 000 exécutions. Oui, c'est ça,
les bilans sont très incertains, mais très impressionnants dans tous les cas. Qu'est-ce qui pourrait, selon vous, créer des conditions favorables à un véritable changement de régime vers quelque chose qui ressemblerait, peu importe le terme, enfin, un peu plus de liberté ?
Alors, le plus de liberté, les Iraniens, et surtout les Iraniennes, l'ont arrachée elles-mêmes. Depuis la révolution femme-vie-liberté, révolution féministe, au sens où elle a été menée sous un slogan féministe et elle a rangé derrière elle des femmes et des hommes qui voulaient de l'égalité entre les femmes et les hommes, les Iraniens en Iran ne portent plus le voile. Elles l'ont fait quasiment tout ensemble à leurs risques et périls, mais on ne peut pas mettre 50 % d'une population en prison. Aujourd'hui, vous allez en Iran, les femmes sont dévoilées dans les grandes villes, à Téhéran. Très majoritairement ? Oui, de manière très étonnante.
Cette révolution-là, elles n'ont pas eu besoin de bombes pour la faire et elles l'ont faite au prix de leur sang. Et ça, le régime ne l'a pas remis en place parce qu'ils savent que s'ils resserrent la vis du point de vue des mœurs, c'est comme une cocotte minute, ça va exploser. Et donc, ils laissent cette liberté-là. Et même, je vais aller plus loin, dans sa propagande récemment durant la guerre, le régime a lui-même utilisé des femmes dévoilées pour montrer que même des femmes dévoilées, donc même des femmes occidentalisées, soutenaient le régime dans sa riposte à l'agression américaine-israélienne. C'était des actrices.
D'ailleurs, ça a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux iraniens, mais ils ont mis en scène, il faut voir ce que c'est, le régime a lui-même du pays, derrière son régime. Donc, tout ça est assez sidérant. Donc, cette fameuse liberté-là de sortir dans la rue dévoilée, les Iraniens l'ont arrachée d'elles-mêmes. Moi, ce que je dis, c'est que le peuple iranien est un très grand peuple, épris de culture, de poésie. Ils ont la volonté de vivre en paix. C'est des hédonistes, c'est des gens qui apprécient la bonne chair. Voilà, ils ne sont pas à l'image... Ce sont des gens qui aiment vivre. Ce sont des gens qui aiment vivre. Et les Iraniens adorent leur pays.
Ils font la différence entre cette terre pour laquelle ils pourraient mourir et ce gouvernement qui les enferme comme s'ils étaient en prison de l'intérieur. Et c'est pour ça que le peuple iranien a beaucoup de ressources. Il y a une société civile organisée, il y a des intellectuels, il y a des journalistes, il y a des femmes qui sont allées à l'université, qui ont étudié et qui sont érudites. On a, dans les prisons en Iran, des prisonniers politiques qui sont l'élite politique de la nation. Il suffirait que ces prisons s'ouvrent pour que demain, l'Iran puisse construire une grande démocratie.
Donc, vous pensez que seul le peuple iranien pourra lui-même se libérer de ce régime ? Il faut le soutenir. Il faut le soutenir. Mais le soutenir comment alors ?
Alors moi, j'étais pour qu'on inscrive le corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Ce qui a été fait par la France il y a peu de temps, après les exécutions qui ont été faites. C'est une résolution qu'on a votée à l'Assemblée et qu'on a portée aussi au niveau européen. J'étais pour le faire avant la répression sanglante de janvier 2026 parce qu'il faut qu'on traîne cette mafia qui s'enrichit et qui détourne On parle parfois
de fortune astronomique pour un certain nombre de dignitaires.
Si la fortune de Khomeini, Feu Khomeini mais son fils maintenant qui en a hérité, si elle était publique, il serait dans la liste des 10 plus grandes fortunes du monde publiées par Forbes. On n'a pas idée. D'ailleurs, ces gens-là envoient leurs enfants à l'étranger pour suivre les meilleures études. Évidemment, les filles sont dévoilées et les garçons ont des mœurs dissolues. Mais à l'intérieur du pays, c'est la pauvreté pour la majorité du peuple iranien.
Un mot encore avant d'en venir à la protection de l'enfance. Vous êtes présidente, je l'ai dit, du groupe d'amitié France-Iran à l'Assemblée nationale. Comment pouvez-vous agir dans cette fonction avec ce groupe ?
Alors, je vais vous annoncer quelque chose qu'on va mettre en place. Je soutiens une coalition d'opposants politiques au régime iranien qui se sont réunis à Londres et qui ont mis en place l'Iran Freedom Congress, l'IFC. C'est le premier réseau d'opposants politiques iraniens en exil structurés qui représentent différentes forces politiques opposées. Donc, c'est des gens de gauche, des minorités, mais aussi des gens plus à droite, conservateurs, et qui s'unissent pour faire porter une voix, pour faire entendre aux chancelleries ici, aux régimes ici, la voix du peuple iranien à partir de l'étranger.
Et le 29, à l'Assemblée nationale, nous allons organiser un rassemblement pour lancer une opération de parrainage. Nous souhaitons qu'un responsable, une responsable politique parraine un manifestant à l'heure actuelle en prison et en passe d'être exécuté. Il y a des exécutions qui ont lieu tous les jours de ces manifestants et nous souhaitons de nouveau attirer l'attention de la communauté internationale en commençant par la communauté française sur ces exécutions.
On sait que le régime iranien est très sensible à sa réputation et ces opérations-là ont pu avoir par le passé quelques effets et retenir la main du régime, retenir la corde qu'allait pendre ces malheureux manifestants qui n'ont commis comme seul crime que de demander plus de liberté. Et cette opération, nous allons la lancer le 29 juin prochain à l'Assemblée nationale et j'espère qu'il y aura du monde. La présidente de l'Assemblée nationale a confirmé sa venue. J'attends la confirmation aussi du ministre des Affaires étrangères, tout de très assentif au sort du peuple iranien.
Alors venons-en donc à la protection de l'enfance qui est au cœur de votre action, d'abord militante, puis politique. Votre proposition de loi déposée le 16 septembre 2025 visant à assurer le droit de chaque enfant à disposer d'un avocat dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative et de protection de l'enfance a été adoptée à l'unanimité. 269 voix pour, zéro contre et une abstention. Ça, c'est un motif de fierté pour vous. Alors je le dis parce qu'il faut avoir un peu de suite dans les idées. C'est à propos de cela que je disais que vous racontez que vous avez dit à votre mère que vous aviez réussi cela et elle vous a dit c'est bien ma fille.
Non, elle était très fière. Elle m'a dit ça vraiment ce combat-là. Il est juste, pour revenir sur ma mère, en fait, elle estime que la politique c'est un monde violent et elle veut protéger sa fille ce qui est normal et si demain je lui annonçais que je ne me représenterais pas en 2027, donc scoop, je me représenterais en 2027, elle me féliciterait.
Scoop, c'est-à-dire vous vous représenterez en 2027 ?
Oui, je vais défendre mon mandat. J'ai fait qu'après tout, j'aurais fait que trois ans. Je n'aurais pas fait cinq années. Je vais essayer de me faire élire. On verra bien ce que les électeurs décideront. C'est la démocratie et on verra bien ce que les électeurs choisiront.
Alors ce vote, donc unanimité, c'est un motif de fierté, ça j'imagine ? Oui, tout à fait. Et puis une satisfaction aussi pour faire avancer la cause.
Parce que la cause a avancé et elle va aboutir. Le texte a été examiné par le Sénat parce qu'il faut que j'explique aussi à vos auditeurs. Un texte de loi voté à l'Assemblée, c'est un motif de fierté, mais s'il n'est pas repris par le Sénat pour être examiné, il peut rester dans les cartons de l'Assemblée voire finir dans le cimetière de l'Assemblée nationale. Et l'Assemblée nationale est pleine de belles lois votées mais qui ne sont jamais sorties des murs de l'Assemblée nationale pour être inscrites à l'ordre du jour du Sénat. On a réussi grâce au sénateur Xavier Iacovili notamment, je tiens à le saluer, sénateur des Hauts-de-Seine qui n'est pas du même parti politique que moi.
Il est Renaissance, c'est ça ?
Il est Renaissance, tout à fait. Et il a la même conviction que moi, il faut absolument que les lois qui protègent les enfants placés de ce pays évoluent et qu'on leur garantisse une meilleure protection. À l'heure actuelle, je le dis sans rougir et je le dis partout où le micro m'est tendu, c'est un scandale d'État. Je ne suis plus la seule à le dire. Édouard Philippe, pour citer quelqu'un qui n'est pas de la même famille politique que moi, dans son bouquin pour lancer sa campagne présidentielle, emploie ces mots-là, ce n'est pas normal le sort que la France fait à ses enfants innocent.
Mais comment on est-on arrivé là ? Parce qu'en effet, vous êtes un certain nombre à dire ça, c'est un scandale d'État, vous dites que c'est complètement à côté de la plaque. Comment en est-on arrivé là ? C'est un désintérêt ? On ne s'est pas soucié du sort des enfants les plus précaires ? Parce qu'on parle essentiellement de ceux qui sont placés en foyer ou en famille. C'est ça.
Malheureusement, cher Frédéric, je pense que la France a encore énormément de progrès à faire pour se soucier du sort des plus vulnérables de notre société. Et sans faire de catégorisation, il y a les femmes. Par exemple, on en parle beaucoup en ce moment, mais 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite et il y a les enfants. Évidemment, on a tous en tête Liana, son assassinat, sa disparition tragique, mais évidemment, on a tous en tête Liana aujourd'hui quand on parle de la protection des enfants. Et parmi les enfants les plus vulnérables des plus vulnérables, ce sont les enfants dont les parents sont défaillants, violents ou inaptes à s'occuper d'eux, à les aimer correctement.
Ces enfants-là sont retirés aux parents par décision administrative ou par décision du juge, placés en foyer et famille d'accueil et ce sont des politiques de la pénurie. De manière générale, moi je considère que tous les endroits où on soigne les personnes, où on les élève, où on les éduque, où on s'occupe d'eux, tous ces endroits-là sont insuffisamment financés par notre État. Toutes les mains qui soignent, on n'est pas suffisamment reconnaissante envers eux.
Et les éducateurs qui sont dans ces foyers et les familles d'accueil qui s'occupent de ces enfants-là ne sont pas valorisés ni socialement ni budgétairement, ce qui fait que nous sommes dans des politiques de la pénurie et comme ces enfants ne votent pas et comme ces familles ne sont pas suffisamment importantes pour peser dans une élection, eh bien c'est la dernière roue du carrosse. C'est pour ça qu'on est dans cette situation.
Il faudrait qu'on s'arrête un instant sur cette proposition de loi. Alors vous dites qu'elle va être examinée au Sénat. Donc c'est un avocat pour chaque enfant qui bénéficie d'une mesure de protection. Mais il y a un point que j'aimerais comprendre parce qu'on parle d'enfants de quel âge ? Parce que si c'est un tout petit... Tous les enfants. Oui, mais si c'est un enfant de 4 ans...
Même un nourrisson aura son avocat.
Oui, mais alors à ce moment-là, l'avocat devient comme une forme de tuteur un peu. Non. Parce qu'un enfant de 3 ans ne peut pas expliquer ce qu'il veut, ce qu'il ressent.
Un enfant de 3 ans peut expliquer... Peut dire des choses. Peut dire des choses. La question c'est...
Enfin il n'a pas une conversation avec un avocat quoi.
Un enfant de 3 ans peut avoir une conversation et verbaliser.
Vous voyez bien ce que je veux dire.
La question est l'avocat est là pour défendre les droits de l'enfant et apporter dans le bureau du juge une forme de contradictoire pour que le juge puisse être le mieux éclairé possible pour rendre sa décision. Ce n'est pas une lubie française. Cette loi-là, elle existe dans d'autres pays et je ne vais vous en citer qu'un, la Belgique. C'est un pays voisin, c'est un pays francophone. Depuis 1994, ils ont mis en oeuvre cette loi et les juges belges le disent partout où l'avocat est présent, notre décision s'en trouve améliorée.
Parce qu'on a quelqu'un qui peut nous donner des éléments d'information qui sont complémentaires à ceux des services sociaux sur le bien-être de l'enfant quand il est placé par exemple. J'ai des cas très précis où une avocate a pu renseigner le juge en disant que cet enfant-là qui était placé en pouponnière quand il revoyait sa mère, ce bébé, la mère créait une connexion avec ce bébé-là et cet avocat a défendu le fait que cet enfant pouvait retenter le fait qu'il aille revivre chez sa mère parce que quand elle observait l'enfant et sa mère, elle voyait que la mère et l'enfant, à ce moment-là, ce bébé, recréaient une connexion et elle a pu renseigner le juge là-dessus.
Partout où l'avocat est présent, la décision du juge s'en trouve améliorée. C'est avec cette conviction-là qu'on a défendu cette loi-là, votée à l'unanimité, mise en place depuis 1994 en Belgique et qui a montré ses effets positifs sur la protection des enfants.
Alors, quelques questions techniques parce que c'est intéressant ce sujet.
Attendez, je ne vous ai pas dit, elle revient à l'Assemblée. Le 30 juin, le gouvernement avec qui nous avons passé un accord a accepté de dégager du temps gouvernemental pour réinscrire le texte de voter au Sénat. Le 30 juin, nous allons tout faire pour que l'ensemble des députés votent le même texte que le Sénat. Si jamais c'est le cas et on va s'assurer que ça le soit, le texte sera définitivement adopté et pourra être promulgué quelques jours après par le Président de la République et entrera en vigueur le 2 janvier prochain.
Alors, la question que je me pose, ça concerne combien d'enfants et donc ça suppose combien d'avocats ?
Alors, ça concerne 300 000 enfants, grosso modo, mais un avocat peut être l'avocat
d'une fratrie. Oui, d'accord.
Et c'est pour ça qu'il fallait ne pas exclure d'enfants. C'est que l'avocat peut défendre une fratrie et beaucoup d'enfants se retrouvent placés frère et soeur.
ça fait un nombre d'avocats tout à fait considérable. Je ne sais pas, à vrai dire, je n'ai pas la moindre idée de combien il y a d'avocats en France, mais ça fait quand même beaucoup d'avocats. D'une part. Et puis d'autre part, l'exemple que vous citiez à propos de cette mère qui a recréé du lien avec un nourrisson et dont l'avocat était le témoin pour dire qu'on pouvait tenter de les faire revivre ensemble, là, il y a une dimension psychologique. Donc, peut-être il faut des avocats formés d'une certaine manière.
Merci de soulever tous ces points-là parce que là, on touche au cœur de ce que cette loi va faire. Les avocats belges nous disent c'est un nouveau métier. Recueillir la parole d'un enfant pour la traduire devant le juge et pour lui donner une forme juridique, une traduction en termes de droit, c'est un nouveau métier. Et ça nous renvoie même à un débat culturel très profond. Aujourd'hui, nous ne savons pas nous mettre à genoux et recueillir correctement la parole de nos enfants, que ce soit à l'école, dans le périscolaire et dans les lieux de passement. Partout où il y a des enfants.
Et toutes les violences faites aux enfants qui explosent à l'heure actuelle, qui explosent parce qu'enfin on met le projecteur dessus. Ces violences ont toujours existé. Elles étaient encore plus fortes au XIXe siècle. Hugo, le grand Hugo, c'est peut-être celui le premier qui a mis un genou à terre et qui a fait entendre, fait voir, fait lire à tout un peuple la douleur de l'enfant. Cosette était placée chez les Thénardiers qui était une famille d'accueil abusive. Hugo, un million de Parisiens étaient à son enterrement. Pas parce qu'il avait écrit des super poésies, parce que c'est celui qui avait mis un genou à terre et fait voir la misère du peuple.
Les misérables, c'est de ça dont on parle. Notre société doit apprendre à se mettre à hauteur d'enfants, écouter leurs paroles et les croire. Un enfant ne ment pas quand il raconte des scènes d'agression sexuelle. Ça, un enfant ne l'invente pas. Et ça, il faut qu'on se le mette dans la tête. 2% peut-être des enfants mentent pour décrire une agression sexuelle mais qu'ils ont connue par ailleurs. Il faut se mettre à hauteur d'enfants et les avocats français vont apprendre un nouveau métier, se mettre à hauteur d'enfants pour recueillir leur parole.
Voilà, on a terminé. Je suis désolé, on n'aurait plus continué le temps. Je suis bavard. Mais c'est un sujet passionnant, je suis d'accord avec vous. Mais en un mot, les avocats devront quand même avoir développé ces aptitudes. Ils le font.
On travaille avec le Conseil national des barreaux qui a déjà mis en place des formations pour les avocats pour recueillir la parole d'un enfant verbalisant, c'est-à-dire qu'il peut exprimer sa parole comme non-verbalisant.
On n'a pas parlé de l'élection présidentielle. Il faudra 3 heures d'oreille. C'était plus intéressant. Je vous remercie. Parce qu'on risquait de dire des platitudes sur l'élection présidentielle. C'était un écueil qui menace grandement. Absolument. Merci Aïda Adizadeh. Merci d'être passée à l'atelier politique. Cette émission est à retrouver sur le site internet de RFI ou sur l'application Pure Radio. Tout de suite, un nouveau point sur l'actualité. Et ensuite, vous avez rendez-vous avec Laurence Alloir pour Musique du Monde. Bonne soirée. À la semaine prochaine. Retrouvez l'intégralité des podcasts RFI sur l'application RFI Pure Radio.
Ayda Hadizadeh