Jean-Raymond Hugonet : « Le cas d'Aulas à Lyon nous montre que la politique c’est aussi un métier »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et on commence avec les repères de l'actualité. Bonjour Clémentine Louise.
Bonjour Auriane.
À la une de ce mardi 24 mars, le revirement de Donald Trump qui évoque des négociations avec l'Iran.
Oui, il y a 48 heures, le président américain menaçait encore de frapper les centrales électriques iraniennes. Mais à la surprise générale, Donald Trump annonce désormais des négociations avec Téhéran.
Comme je l'ai annoncé plus tôt, à la suite des discussions préliminaires qui ont eu lieu ces deux derniers jours entre les Etats-Unis et l'Iran, j'ai ordonné au ministère de la guerre de reporter temporairement les frappes prévues contre des cibles énergétiques et électriques majeures en Iran. Ils en ont en effet de très, très grosses installations et leur construction coûte extrêmement cher. Il faut des milliards de dollars pour fabriquer un seul de nos puissants missiles et celui-ci s'abat sur le sol comme s'il était fait de poussière.
Et face à la hausse des prix du carburant, le gouvernement annonce des mesures.
Oui, soulager les pêcheurs et les entreprises de transport avec des dispositifs de soutien à la trésorerie. Concrètement, le gouvernement prévoit un échelonnement des cotisations sociales accordées aux entreprises de pêche qui en feront la demande, un étalement des échéances fiscales et des prêts de trésorerie garantis par BPI France. Les TPE, très petites entreprises, pourront également profiter de prêts de court terme exceptionnels. Mais face à ces annonces, les professionnels dénoncent des mesurettes et réclament des réductions à la pompe. Et on passe aux municipales. Et quelques heures après la fin de cette élection, cap sur la présidentielle.
Oui, l'heure est au bilan pour les partis politiques. Et tous les regards se tournent désormais vers 2027. On en parle avec Jérôme Rabier.
C'est l'heure du bilan dans tous les camps politiques. Avec un même mot d'ordre de la gauche à l'extrême droite, éviter la dispersion pour 2027. Dans un paysage politique fragmenté, seule l'Union, au-delà des partis, offrira une chance aux différents camps de se qualifier au second tour et d'éventuellement l'emporter. Au PS, ils sont nombreux à vouloir couper tous les ponts avec LFI, à l'image de François Hollande. Il faut qu'il y ait une candidature socialiste, social-démocrate, comme on voudra. C'est-à-dire avec le parti socialiste, avec Place Publique, avec la Convention, avec la société civile.
Tous ceux qui veulent qu'il y ait cette offre-là doivent présenter un candidat à l'élection présidentielle. Au sein du socle commun qui unit la droite et le centre, les municipales ont offert une perspective. Là où ils étaient unis, les résultats ont été plutôt bons. Mais pour le patron des LR, cela ne peut se faire à n'importe quel prix.
Il y a une possibilité de victoire en 2027, à deux conditions. Il faut à la fois être capable de se rassembler, mais sur un projet qui sera puissant.
C'est ce que je veux porter. À l'extrême droite, deux stratégies émergent. Une union des droites qui appellent de leur vœu reconquête et l'UDR d'Éric Ciotti. Ou une stratégie plus large, voulue par le Rassemblement national.
Il ne faut pas ouvrir à droite, il faut ouvrir à tous les Français. Il faut arrêter avec ces considérations. Je crois vraiment que l'élection présidentielle, c'est l'élection précisément où il faut s'adresser à l'ensemble des Français.
La course à la présidentielle est lancée avec des partis comme LR et le PS qui doivent trancher sur les modalités de départage des nombreux candidats annoncés.
Sébastien Lecornu a fait parvenir une lettre aux maires nouvellement élues. Dans cette lettre, il les alerte sur une participation trop faible. Il appelle les maires de France également à l'unité, à ne céder ni aux fractures ni aux postures, mais de rester fidèle à l'esprit de responsabilité qui fait tenir la République. Un hommage national sera rendu jeudi à Lionel Jospin. Oui, Lionel Jospin décédé ce week-end à l'âge de 88 ans. Chef de gouvernement de 1997 à 2002 sous Chirac. Il s'était retiré de la vie politique après sa défaite à l'élection présidentielle en 2002 qui avait offert le second tour à Jean-Marie Le Pen.
Et Lionel Jospin, il était indissociable de la ville de Sainte-Gabelle, commune du Sud-Toulousain, son fief électoral. Et on va aller justement en Haute-Garonne. Bonjour Monique Courbière, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes la maire de Sainte-Gabelle. Lionel Jospin, il avait été parachuté dans votre territoire. C'était devenu son fief électoral depuis 1986. Vous l'avez côtoyé. Quel souvenir vous gardez de lui ?
Alors, parachuté, oui, si on veut. Mais parachuté, il était très ami avec l'ancienne maire, avec Jacques Pic. Donc le parachutage, je me gêne un peu. Oui, effectivement, il n'était pas de chez nous. Quel souvenir je garde ? Je garde un souvenir d'un homme droit, d'un homme loyal, d'un homme intelligent, qui a apporté beaucoup au conseil départemental, à la commune, mais qui a apporté aussi énormément au Parti Socialiste.
Il était revenu il y a quelques années sur votre commune pour inaugurer le collège qui porte son nom. Comment ça s'est passé ?
Ça s'est passé qu'il allait de soi, étant donné qu'il était ministre de l'Éducation nationale, que le collège soit nommé Lionel Jospin. C'est un travail qui avait été fait avec les enfants et notre conseiller départemental, c'est José Messini. Et du coup, il est venu inaugurer, il était très heureux d'inaugurer ce collège. Pourquoi ? Parce qu'il était très attaché à l'éducation, Lionel Jospin.
Un dernier mot, un dernier mot, Madame le maire. Comment ont réagi les habitants de Sainte-Gabel ? Et on l'a vu, Emmanuel Macron a annoncé un hommage national jeudi. Comment la commune de Sainte-Gabel va rendre hommage à Lionel Jospin ?
Alors, ça va s'organiser ce matin. On va organiser quelque chose ce matin en accord avec la famille. Voilà, on en saura un peu plus dans la journée. Mais on va rendre hommage à Lionel, qui était proche des habitants de Sainte-Gabel. Alors, plus trop maintenant, parce qu'il est rentré sur Paris. Mais oui, tous les anciens sont affectés. Tous les anciens, et notamment, je pense aux anciens coincés municipaux qui ont travaillé avec lui. Tout le monde est affecté. C'est un grand homme, Lionel Jospin.
Merci beaucoup, merci Monique Courbière. Merci, maire de Sainte-Gabel, d'avoir été avec nous. Et la classe politique a rendu hommage hier à l'ancien Premier ministre. On va écouter quelques-unes de ses réactions recueillies par Cécile Sicsou.
Il était à la fois une référence, un repère et un inspirateur. Et je souhaite qu'un hommage national puisse lui être rendu à la hauteur de ce qu'il a apporté à ce pays. Lui qui avait emmené la gauche plurielle au pouvoir en 1997, qui avait été l'auteur de grandes réformes qui ont changé la vie des Françaises et des Français. La diminution du temps de travail, les 35 heures, les emplois jeunes, la CMU.
C'était un homme qui était d'abord un militant. Vous savez qu'il a assisté à Paris aux réunions de section jusqu'à une date récente. Et il avait la délicatesse souvent de nous envoyer un petit message, de nous passer un petit coup de téléphone dans les moments difficiles pour à la fois venir aux informations et avec beaucoup de justesse, de bienveillance, nous donner son analyse.
Je le connaissais depuis le début des années 80. J'avais appris à connaître la rigueur de son propos quand il était Premier secrétaire du PS. Et puis encore récemment, nous parlions de la Nouvelle-Calédonie. Voilà, donc c'est une vie qui compte, je crois, pour les Français et pas seulement pour la gauche, mais qui est énormément pesée aussi pour moi.
Lionel Jospin, c'est quelqu'un qui nous a porté haut. Nous étions une équipe de gauche rassemblée, socialiste, bien sûr, vert et communiste. Il y avait une parfaite entente, des débats, etc. Mais on travaillait d'abord pour les Françaises et pour les Français. Et lui était bien loin des égaux et des ambitions personnelles. Il travaillait pour la France. Jean-Rémo Gogné, on a vu ces quelques réactions politiques. Qu'est-ce qu'il représentait, Lionel Jospin ? Pour vous, quelle gauche incarnait-il ?
Alors, avant d'incarner la gauche, c'est un homme public important de cette Ve République. C'est un homme, ça a été dit par Madame la maire de Saint-Gabel, qui donnait l'impression d'être quelqu'un de loyal, avec des principes. C'est quelque chose qui, aujourd'hui, n'est plus vraiment monnaie courante. Donc voilà, et au moment où il décède, un homme comme lui, forcément, moi je pense à ceux, Madame la maire l'a très bien dit tout à l'heure, qu'ils l'ont apprécié, qu'ils l'ont aimé. Et c'est forcément une tristesse. Maintenant, sur le plan politique, je parle bien du plan politique uniquement, c'est différent.
Alors, il représente pour moi, si je prends trois exemples de ces réformes, ce qui a précipité notre pays, là où il en est aujourd'hui, c'est-à-dire d'abord les 35 heures, bien évidemment, que des entreprises décident de travailler 35 heures, ça les regarde, mais qu'on impose. Ça a été le début du déclin de notre pays. Un second, même s'il était porté par le président de la République à l'époque, Jacques Chirac, c'est le quinquennat. Et il l'a défendu, ce qui est une erreur majeure et un coup porté à la Ve République important.
Et puis le troisième, il correspond plutôt aux collectivités, c'est la loi SRU, qui a commencé aussi à montrer la mise sous tutelle des communes et des erreurs majeures.
Qui impose des quotas de logements sociaux.
Voilà, voilà.
Pour vous, c'est la mise sous tutelle des communes, cette loi ?
Ah bah oui, et la contrainte. Jamais, au contraire, pour quelqu'un qui se targuait de force de progrès, là, c'est un recul, à mon avis, pour les collectivités. Et même si le Premier ministre actuel envoie des lettres au maire pour leur dire qu'il représente la petite République dans la Grande, tout ça, Gambetta l'a dit avant, et la réalité est tout autre. Mais voilà, pour Lionel Jospin, c'est triste de voir quelqu'un disparaître qui a fait partie du paysage politique et qui, je le rappelle, était loyal et avait, je pense, une notion de la morale pointue.
Et Lionel Jospin, qui fait la une de plusieurs quotidiens régionaux, on va regarder trois unes, notamment ce matin, la une de la dépêche du midi de la Voix du Nord et de l'union consacrée à la disparition de Lionel Jospin. Et puisqu'on parle des unes de la presse régionale, on va regarder trois autres sur le thème des municipales et qui concernent plus particulièrement la droite. On va les regarder ensemble, la une de Nice matin. Éric Ciotti, pourquoi il a gagné, décryptage de la méthode qui lui a permis de battre Christian Estrosi et de devenir le nouveau maire de Nice. La deuxième une, c'est celle du Maine Libre, la victoire du RN, ce qui va changer à La Flèche.
La Flèche, c'est une commune de la Sarthe gagnée par le Rassemblement National, symbole de ces nouveaux territoires conquis par le parti. Et puis la dernière une, c'est celle du Dauphiné, une figure de la droite Alain Carignan. Je passe la main au lendemain de sa défaite à Grenoble face à la candidate de la gauche Laurent Ruffin. Alain Carignan, 77 ans, a annoncé quitter la vie politique. Il ne siègera pas dans l'opposition au Conseil municipal. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Alors, vous ne m'en voudrez pas si je vous reparle une fois de plus de football avec moi, c'est impossible, mais parce que Nice a pour moi un sentiment et l'OGC Nice est profondément ancré chez moi, je choisirais celle de Nice matin.
Et cette victoire d'Éric Ciotti, pourquoi il a gagné, selon vous ?
Je pense qu'il y a à un moment un phénomène d'usure, un phénomène d'hypermédiatisation et de sensibilité du public par rapport à ça. Éric Ciotti n'a pas ménagé sa peine dans la campagne qui a été, au dire des deux candidats d'ailleurs, une campagne terrible. Voilà, Nice a choisi. Je crois qu'il y a aussi, derrière tout ce phénomène, l'usure. Après, les analyses politiques, elles vont aller dans tous les sens. On avait déjà vu qu'au premier tour, il y avait une avance quand même très importante et on avait senti monter pendant la campagne un élan pour Éric Ciotti. Voilà, donc, c'est une victoire qui n'est pas forcément une surprise.
Éric Ciotti qui était investi par les Républicains et puis dans l'entre-deux-tours, Bruno Retailleau a... Pardon, Christian Estrosi qui était investi par les Républicains et puis dans l'entre-deux-tours, Bruno Retailleau a refusé de soutenir Christian Estrosi en ne soutenant pas non plus Éric Ciotti. Vous avez compris ses propos ?
Alors, les comprendre, ça serait faire injure de dire que le président Brune Retailleau n'est pas clair. Il y a à l'évidence et depuis longtemps une problématique et les deux sont résumés puisque Christian Estrosi est quand même étiqueté comme étant un soutien d'Emmanuel Macron et Éric Ciotti, lui, était Républicain et a basculé dans l'extrême droite. Donc, au milieu de tout ça, je pense que c'est surtout les Niçois qui ont décidé, les États-majors politiques, je ne sais pas s'ils ont vraiment influé sur le vote des Niçois. Et c'est ce qu'il faut comprendre.
On va revenir sur Nice, sur les conséquences pour les sénatoriales dans quelques instants avec Clémentine. Mais d'abord, un mot plus large, quel enseignement vous tirez de ces municipales ?
Alors, le premier enseignement, c'était assez drôle si ce n'était pas à pleurer de voir dans les différents plateaux télévisés dimanche soir, c'est que tout le monde dit qu'il a gagné. Voilà. Pour moi, le grand gagnant, et ça c'est malheureux, c'est l'abstention. Et il faut se rendre compte qu'y compris sur des scrutins locaux qui, traditionnellement, ont une participation plus importante, eh bien là, la participation est en baisse. si on compare, pas avec 2020, puisque 2020, il y avait l'effet Covid, encore une fois, il faut être très prudent, mais avec 2014, là, on est à 6 à 7 points en retrait, et c'est quelque chose d'extrêmement préoccupant de voir que dans notre démocratie...
C'est quoi, c'est un signe de fracture ? Parce que jusque-là, les municipales étaient plutôt épargnées par l'abstention, les gens allaient voter pour leur maire. Bien sûr. Là, ça veut dire quoi, selon vous ?
C'est un désintérêt. C'est un désintérêt et un mécontentement, puisque ce désintérêt, ce n'est pas uniquement on va aller à la pêche aujourd'hui parce qu'il fait beau et on ne va pas aller voter. C'est plus parce que les gens y croient de moins en moins. Et ça, croyez-moi, c'est extrêmement important sur un scrutin comme celui des municipales. Et c'est grave.
Autre enseignement, avant de parler de la droite des Républicains, sur ce qui s'est passé à gauche et ces alliances entre la France insoumise et le PS qui ont beaucoup fait parler. Pour vous, elles ont échoué ?
Non seulement pour moi, mais si on ne prend que les Toulousains, par exemple, la Ville Rose, bien entendu, ça a échoué. Ça vous satisfait
qu'elles aient échoué ?
Vous avez commencé ce plateau en parlant de Lionel Jospin. Je pense que malheureusement, vous voyez ce que je veux dire, quand je parlais de constance, de principe, de loyauté et de morale, Lionel Jospin n'aurait pas trempé là-dedans. Et ça, ce sont les accords de la honte. Et ça ne concerne pas que la gauche. Vous voyez ce que je veux dire ? Je pourrais avoir aussi cette réaction vis-à-vis de la droite.
Il y a eu des accords de la honte à droite aussi ?
Il y a... Alors, encore une fois, je crois que les États-majors sont toujours un peu dépassés par ce qui se passe localement. Parce que localement, vous aurez le personnage, un LFI ou un personnage du Rassemblement national qui peut avoir un profil plus doux que celui qu'on affiche au niveau national. Donc, parler d'alliance ou autre, non, les alliances, l'alliance de la honte entre le PS et l'FI qui n'a pas de sens, elle n'a pas fonctionné. Ça, c'est très clair.
Mais à droite, vous craignez qu'elles arrivent ?
Mais à droite, ce n'est pas un secret. Il y en a qui prônent le rassemblement des droites. Donc, si, par exemple, un parti comme LR prônait le rassemblement des droites, il se dissoudrait automatiquement, alors que depuis des années, depuis Jacques Chirac qui l'avait bien instauré, on a dit, et très clairement, les Républicains ont dit, la marche à suivre, nous n'avons pas d'alliance à faire. Parce que, encore une fois, le pouvoir est une chose, ensuite, qu'il faut l'exercer.
Et justement, on va parler de la droite des LR. Quels enseignements tirés de ce scrutin pour le parti ? D'abord, ce chiffre. Les candidats soutenus par les Républicains remportent 638 villes de plus de 9000 habitants, soit 57,6% d'entre elles. Et Clémentine, les Républicains qui remportent des bastions symboliques de la gauche, mais peine à rivaliser dans les grandes métropoles.
Oui, et première en liste, la capitale qui est intronisée dimanche soir, l'héritier d'Anne Hidalgo, pardon, le socialiste Emmanuel Grégoire infligeant une défaite cinglante à la candidate des Républicains, Rachida Dati, qui s'incline 9 points derrière son rival alors que les protestiques les donnaient au coude à coude. Deuxième défaite, mais beaucoup plus serrée, à Lyon, où Jean-Michel Aulas, ancien président de l'OL, soutenu par LR, récolte 49,33, dévoile, laissant donc la mairie à l'écologiste Grégory Doucet et puis à Nantes, le candidat LR espérait le hold-up du siècle comme il le disait, mais l'hôtel de ville restera bien rose avec la mère Johanna Roland.
Alors malgré ces défaites ou ces non-victoires dans les métropoles, les Républicains, ils raflent des villes à la gauche.
Oui, et pas n'importe lesquels, ils raflent des bastions historiques de la gauche comme par exemple à Brest où les socialistes régnaient depuis 37 ans. Stéphane Roudot, maire d'Hiverdroite, s'empare donc de la capitale du Finistère et puis encore plus symbolique, Clermont-Ferrand, ville de gauche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, passe à droite. Le maire sortant socialiste avait misé sur une alliance avec le candidat de la France insoumise et puis dernière conquête remarquée à droite, Besançon, où la gauche et les écologistes remportaient habituellement les scrutins.
Eh bien, Ludovic Fagot défait la maire sortante avec 53,29% des voix et puis plus petite mais tout aussi importante, Cherbourg et Tulle, ville de François Hollande, bascule également à droite. Clémentine, vous avez une question ? Oui. Quel bilan vous tirez de ces résultats des Républicains quand on voit les villes que vous avez prises, que vous avez perdues ?
Alors, au niveau national, c'est un ancrage plus important dans le pays, confirmant que, comme l'a dit Bruno Rotaillot, que LR est la première force politique locale et ça, c'est très important. Après, la difficulté, c'est l'ombre au tableau, c'est qu'aucune des grandes métropoles, que ce soit Paris ou Marseille, n'ont basculé, vous l'avez rappelé fort justement, et ça, ça pose quand même un problème parce que c'est toujours la partie immergée de l'iceberg que l'on voit et ça, quelque part, c'est un problème, que ce soit l'échec de Rachid Haddati.
Je veux revenir aussi, ce sera un clin d'œil, vous le savez avec moi, mais vous avez, on a parlé un petit peu football, mais le président de l'OL, ça dit une chose aussi parce que cette victoire était annoncée depuis le début. C'était un raz-de-marée et puis en fait, c'est une défaite. La politique, et je ne dis pas ça dans un sens péjoratif, c'est aussi un métier. Et là, c'est l'exemple même où vous avez un candidat en face qui est complètement, enfin, que Lyon soit quand même reparti dans cette direction-là est une indication, c'est un vote démocratique, mais ça dit beaucoup aussi sur ce qu'est devenu la politique.
Un mot sur Rachid Haddati, vous avez travaillé avec elle sur la réforme de l'audiovisuel. Sa défaite à Paris, c'est quoi ? C'est une défaite de la droite ou c'est une défaite personnelle de Rachid Haddati ?
C'est les deux, si vous le voulez, parce que quand on parle de la droite, je n'ai jamais cru que M. Bournazel était à droite, par exemple. Et l'ensemble de sa liste, dire que c'est une liste de droite, ça interroge, vous voyez ce que je veux dire.
Mais il est où, Pierre Bournazel ?
Je ne sais pas. Voilà, il est à un endroit…
Il est membre d'horizon pour les téléspectateurs qui…
Il est à un endroit et c'est une excellente question parce que tout le monde parle de 2027, ça y est, la page est tournée, pour que 2027, pour que la droite gagne, elle ne pourra pas gagner toute seule. Ou alors, qu'est-ce qu'on appelle la droite ? Il faudra que ça soit la droite et le centre et peut-être un peu plus largement. À un moment donné, ça a été appelé le socle commun. Est-ce que ces forces-là sont capables, aujourd'hui, de trouver un candidat, un seul, pour réussir à battre les extrêmes qui sont une honte pour notre pays ? Encore une fois, les gens qui votent pour les extrêmes, c'est une chose, mais par rapport à l'histoire de notre…
et il faut les respecter, mais par rapport à l'histoire de notre pays, c'est quand même incroyable qu'on en soit arrivé là.
On entendait dans le journal Bruno Retailleau dire qu'il faut se rassembler autour d'un projet puissant. Ça vous paraît possible ? Et on se rassemble de où à où ? Parce que là aussi, les choses divergent selon les ténors de la droite.
Bien sûr. Alors, se rassembler, on sait très bien qu'on va avoir deux blocs extrêmes. Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces blocs extrêmes vont devoir converger. Parce qu'à un moment donné…
On se rassemble des Républicains au PS ?
On se rassemble
de là où ?
Vous pensez que le PS ne va pas aller avec LFI à un moment donné ? La gauche, on sait exactement ce qui se passe à chaque fois. La gauche se rassemble. C'est l'accord de la honte qu'on a vu sur les municipales et je vous annonce que ça sera exactement la même chose. Le tout orchestré par celui qui est le plus… d'abord le meilleur tribun, le plus intelligent et le plus habile dans tout ça qui est M. Mélenchon. Voilà. Et qui représente pour moi véritablement le danger pour notre pays. Voilà.
Donc, si on veut qu'au deuxième tour des élections, on parlait de Lionel Jospin et il s'est retiré de la vie politique quand il a vu cet échec qu'il avait eu en 2002, si on veut qu'il se passe la même chose et qu'on ait le choix entre deux extrêmes en 2027, il faut se réveiller et d'une façon ou d'une autre que les hommes et les femmes de bonne volonté qui ne se reconnaissent pas dans les extrêmes arrivent à converger, je pense, je fais partie de ceux qui pensent que c'est tout à fait possible.
L'IDR a vocation à remplacer les Républicains, c'est ce qu'a dit Éric Ciotti dimanche soir après sa victoire. Est-ce qu'il a tort ?
Alors, avec tout le respect pour Éric Ciotti, quand on est en période électorale, on peut sortir quelques balivernes. Celle-ci en est une. Que ça soit son souhait, voilà, on se rappelle de l'épisode quand même terrible où il avait trahi sa famille politique. Lui qui dit être un homme droit, là, c'était l'exemple d'une trahison totale. Quand on trahit une fois, on peut trahir plusieurs fois. S'il veut rêver que les LR rejoignent l'UDR, il peut le rêver encore une fois, je ne pense pas que ça soit.
Est-ce qu'il n'a pas un peu raison quand on regarde les résultats ? Est-ce que dans les bastions, en tout cas dans des villes où il y a un électorat de droite, vous n'êtes pas mangé par les LR ? Nîmes qui était la plus grande ville détenue par les Républicains. Le RN fait quasiment 15 points de plus. Marseille, 5% pour Martine Vassal, 25 points de plus pour Franck Alizio. Cannes-sur-Mer, perdu par les LR, Menton qui passe au RN.
Je vous l'ai dit tout à l'heure, gagner une élection, c'est une chose. Ça demande une certaine stratégie, une combination à un moment donné. Exercer le pouvoir ensuite et faire avancer les choses, c'en est une autre. C'est forcément quelque chose qui amène à l'échec parce qu'on n'est pas d'accord sur des choses fondamentales. Voilà.
Et les résultats municipaux, ils préfigurent déjà
l'élection sénatoriale. C'est en septembre prochain, Clémentine. Oui, et pour rappel, les sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs composés à 95% d'élus locaux et surtout de conseillers municipaux. La composition des conseils municipaux influence donc directement celle du Sénat et parmi les départements renouvelables cette année, les départements notamment du Sud-Est où les cartes ont été rebattues dimanche soir. Et c'est dans les Alpes-Maritimes que le Mercato s'annonce particulièrement renversant. Les LR peuvent perdre certainement des sénateurs pour laisser la place à des élus du Rassemblement national.
Cela est dû à la victoire d'Éric Ciotti à Nice et du Rassemblement national à Menton. Et puis, les LR cèderont peut-être aussi quelques sièges dans le Gard avec la victoire de la gauche à Nîmes. Dans les Bouches-du-Rhône, a priori, peu de changements à prévoir puisque Marseille reste à gauche, Aix-en-Provence à droite. Et puis, dans le Var, qui compte aujourd'hui trois sénateurs LR et un sénateur RDSE, eh bien, Toulon reste à droite. Mais la deuxième plus grande ville du département, la Seine-sur-Mer, passe aux mains du Rassemblement national, faisant donc espérer un autre sénateur peut-être au mouvement.
Et l'enjeu est de taille pour le Rassemblement national qui a aujourd'hui trois sénateurs et qui espère passer la barre des dix, car à partir de dix sénateurs, eh bien, on peut former un groupe politique au Sénat. Monsieur Higonnet, est-ce que vous pensez qu'au vu des résultats des municipales, le Rassemblement national peut atteindre cet objectif de dix sénateurs ?
Vous l'avez dit tout à l'heure dans l'analyse globale, le Rassemblement national, sans qu'il y ait vraiment de coups d'éclat, le Rassemblement national est implanté partout, avance, continue sa progression. Dans mon département, ce n'est pas le cas, par exemple, en Essonne, mais quand même, il n'y a pas forcément de gens qui sont inscrits au parti du Rassemblement national, mais qui sont de sensibilité, qui sont maintenant dans des exécutifs et forcément, ça aura des répercussions. Tout le monde sait ici, au Sénat, et on s'y attend qu'à un moment donné, puisque c'est l'image de nos territoires, le Rassemblement national soit représenté plus qu'il ne l'est aujourd'hui.
J'allais dire, malheureusement, c'est la démocratie qui veut ça, donc il faut encore une fois le respecter et s'y plier et écouter et débattre et c'est dans le débat qu'on fera valoir les idées.
Et vous parlez de votre département de l'Essonne, on va s'y rendre à Evry. Bonjour Teddy Vaurie, merci beaucoup d'être avec nous rédacteur en chef du Républicain de l'Essonne. Teddy, on va revenir avec vous sur les municipales en Essonne. La droite est plutôt confortée ?
Bonjour Auriane, bonjour Jean-Rémane Hugonnet. Oui, effectivement, dans notre département, la droite a eu des résultats extrêmement favorables, des victoires significatives à Corbeil-Essonne, à Risse-Orangis notamment, donc ça augure bien des prochaines échéances, qu'elles soient cantonales ou sénatoriales, qui sont un peu plus loin dans notre département. Mais justement, comme toujours, quand on est en position favorable, le danger, c'est d'aiguiser les appétits individuels. Et monsieur le sénateur, est-ce qu'il n'y a pas un risque là de voir la machine à perdre se remettre en route sur des prochaines échéances ?
Est-ce qu'il ne faut pas que la droite soit vigilante à ce sujet pour assurer des victoires qui semblent plutôt probables à venir ?
Alors d'abord, bonjour Teddy Vaurie et c'est ma petite minute aussi de félicitations à tous parce que dans vos émissions, de mettre à l'honneur la presse quotidienne régionale, c'est quelque chose de particulièrement important, croyez-moi. Donc merci, merci à cela. Oui, déjà, donc confirmer qu'en Essonne, c'est justement une victoire de la droite et du centre en limitant justement l'extrémisme alors qu'on avait eu sur des législatives quand même une poussée de LFI très importante. Là, en Essonne, les résultats sont au-delà des espérances, bien au-delà des espérances. Ça a été rappelé par Teddy Vaurie.
Alors maintenant, la suite, je pense que ça se gère plus et c'est pour ça que ça fonctionne en Essonne sur l'aspect humain et sur ce qu'ont fait réellement les élus, qu'ils soient locaux, départementaux, régionaux ou nationaux. C'est là-dessus que les gens votent et c'est la raison pour laquelle en Essonne, ça a été plutôt un succès, c'est qu'on juge sur des résultats. Voilà, pas parce qu'un tel, parce qu'il y a beaucoup d'élus qui ont été justement qui sont considérés à droite mais qui comme moi par exemple ne sont pas encartés. Je siège, je suis très heureux de siéger au groupe Les Républicains au Sénat mais je suis non inscrit à un parti politique et j'y tiens.
Et c'est ça le succès en Essonne, c'est le succès du travail d'élus qui ont, qui sont ou confirmés. On a passé, pas sous silence mais au premier tour, la préfecture de l'Essonne, Évry-Courcouronne à 57% Stéphane Baudet que certains donnaient perdant à gagner face à une députée LFI et ça il faut le dire, Corbeil est tombé quand même. C'est juste incroyable.
Et on va voir un dernier point Teddy avec vous parce qu'il y a un autre point notable en Essonne, c'est la faiblesse des extrêmes.
Oui, effectivement une grande faiblesse. Vous venez de le dire monsieur le sénateur, les députés LFI finalement n'ont pas eu d'influence majeure sur ce scrutin pour ce qui est des candidats du Rassemblement national ou appuyés par le Rassemblement national également beaucoup d'échecs locaux. Mais malgré tout, ils continuent à s'implanter, ils sont de plus en plus présents. Comment faire pour enrayer cette implantation des extrêmes dans notre département ? Est-ce que c'est juste le travail des élus locaux ou est-ce que ça doit jouer peut-être aussi au niveau national et sur le message national qui est renvoyé par les élus ? Le message national,
je crois qu'il faudrait être aveugle ou sourd pour ne pas le comprendre. Il y a un ras-le-bol de notre population. Ou elle ne se déplace pas pour aller voter ou alors une partie de cette population se déplace pour voter pour des extrêmes. Ça, c'est une chose. Je prends mon exemple personnel dans ma commune de Limours. Je suis conseiller municipal. J'ai été réélu depuis 2001. J'ai été 17 ans maire de cette commune. on a apaisé les choses, on a fait un vrai travail. En face de nous, nous avions un candidat reconquête qui est arrivé un petit peu comme ça. Il a fait 20% des voix. Pourquoi a-t-il fait 20% des voix sur un programme inapplicable qui est un tissu de choses qui sont totalement...
D'abord, qui ne tiennent pas compte de la réalité et pourtant, il y a 600, 611 personnes qui ont voté pour eux. Ça se respecte. Mais ces gens-là, croyez-vous qu'on les fait basculer en... Non, cette ville est une ville apaisée dans laquelle il y a énormément de choses qui se font et je crois que les gens y vivent très bien. Au bout d'un moment, vous n'empêcherez pas des gens qui en ont ras-le-bol, passez-moi l'expression, d'exprimer dans les urnes et de se défouler. Voilà. Le meilleur antidote, c'est le travail et être en proximité vis-à-vis des populations.
Merci beaucoup. Merci d'abord, Teddy Vauri, rédacteur en chef du Républicain de l'Essonne d'avoir été avec nous et merci Jean-Raymond Higonnet d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Jean-raymond Hugonet