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interviewbsmart· 17 juin 2026 28 min

ÉMISSIONS SPÉCIALES - Emission du mercredi 17 juin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bienvenue sur Bsmart for Change, sur le salon Eurosatory, rendez-vous des acteurs de l'industrie de la défense. Bsmart accueilli par Ametra Group, un acteur dans l'industrie et dans l'ingénierie industrielle, et notamment dans le secteur de la défense, nous allons le voir avec la présidente d'Ametra Group. Bonjour. Bonjour. Anne-Charlotte Fredenucci, merci déjà de nous accueillir ici. Merci, merci à vous. 40 ans d'histoire dans l'ingénierie industrielle, vous avez repris le flambeau de votre papa en 2009. Qu'est-ce qui vous a attiré pour reprendre cette affaire familiale ?

0:45
Invité

Eh bien, ça a été un coup de cœur, en fait, rentrer dans ce groupe Ametra. Depuis toujours, j'aime les objets techniques, j'aime ceux qui roulent, ceux qui volent, ceux qui se démontent, ceux qui se remontent. Finalement, même si je n'ai pas fait une école d'ingénieur, je crois que j'avais ça dans mon ADN. Et quand j'ai vu ce que faisaient les équipes d'Ametra, à quel point les projets complexes sur lesquels elles travaillaient étaient passionnants et à quel point étaient impliquées toutes les équipes, je me suis dit que je ne pouvais pas rater à côté de ça, je ne pouvais pas passer à côté de ça et j'ai repris le groupe Ametra.

1:16
Présentateur

Se dire que c'est une affaire familiale, c'est important pour vous ? C'est quelque chose que vous mettez en avant ?

1:21
Invité

Oui, c'est vraiment quelque chose d'important dans le groupe Ametra parce qu'une affaire familiale, ça veut dire une affaire dans laquelle l'actionnaire a un visage, dans laquelle l'actionnaire et aussi la présidente qui est en face de vous se bat aux côtés des équipes pour faire en sorte que nos développements, notre innovation soit la mieux perçue possible par les clients, pour faire en sorte de gagner des marchés, pour faire en sorte de se positionner au bon endroit dans un beau salon comme celui de Rosatory.

Bref, tous ces combats-là qui sont des combats opérationnels, des combats du quotidien, ils ne sont pas menés par un fonds d'investissement de l'autre côté de l'Atlantique qui d'ailleurs ne mènerait sans doute pas ces combats, ils sont menés conjointement, tous ensemble, en équipe, on est dans le même bateau et ça change vraiment la culture d'entreprise, ça change les valeurs de l'entreprise.

2:04
Présentateur

Vous êtes dans le même bateau et vous avez quelle résilience, j'ai envie de dire, vous avez eu de la résilience parce qu'en 2009 quand vous reprenez l'affaire, ce n'était pas évident ?

2:11
Invité

Non, ce n'était pas évident mais toute société a des moments difficiles, c'est vrai qu'en 2009, la partie usine qui ne fait plus partie du groupe aujourd'hui, on y reviendra peut-être tout à l'heure, traversait une forte crise, donc on a dû faire plan social, procédure de sauvegarde, mais ce qui est important, ce n'est pas la crise qu'on a traversée, c'est la stratégie qu'on a mise en place collectivement pour sortir de cette crise et puis assurer plus qu'un doublement derrière non seulement de l'activité mais aussi des emplois sur les territoires français. Et cette stratégie, elle était très simple, c'était la robustesse.

La robustesse avant tout, la robustesse s'appuyant sur deux pieds, un pied de diversification. Aucun client, aucune industrie ne doit représenter, aucun client ne doit représenter plus de 15% de notre chiffre d'affaires, aucune industrie ne doit représenter plus de 30% de notre chiffre d'affaires. Aujourd'hui, Ametra, c'est 30% défense, 25% aéronautique, 25% nucléaire et le reste dans le ferroviaire et diverses industries. Et le deuxième pilier de cette stratégie, c'était la remontée dans la chaîne de valeur. Il y a quelques années, il y a 20 ans, 40 ans, on faisait un tout petit bout de développement produit pour notre client.

Aujourd'hui, on est architecte système, on est beaucoup plus en amont dans la chaîne de valeur, on co-développe avec le client des systèmes de défense notamment puisqu'on est à Eurosatory en s'appuyant sur des métiers de la mécanique, de l'électricité, de l'électronique, du soft embarqué. Bref, Ametra est un ingénieriste aujourd'hui de 450 collaborateurs, robuste parce que diversifié et haut dans la chaîne de valeur auprès de ses clients.

3:37
Présentateur

Et vous le disiez, vous le disiez, dualité, c'est au cœur de votre activité, à la fois du civil, du militaire et je suppose que les deux se nourrissent en fait.

3:48
Invité

Exactement, les deux se nourrissent. Chez Ametra, nous sommes du haut depuis toujours en fait. En 82, à une époque où certains ne voulaient pas travailler dans la défense, nous, nous avions des activités auprès d'un ascensoriste et en même temps, notre plus gros client était à l'époque le GIAT, devenu Nexter, devenu KNDS France. Donc chez nous, la défense et la dualité, puisque vous avez bien compris que nous ne faisions pas que de la défense, c'est vraiment dans nos croyances, dans nos valeurs depuis toujours.

Nous sommes depuis toujours convaincus que s'engager en tant qu'ingénieriste pour le développement des nouveaux systèmes de défense, c'est protéger nos frontières, protéger nos valeurs, protéger nos armées.

4:26
Présentateur

Eurosatory 2026 est inscrit dans un contexte assez particulier, le retour des conflits à haute intensité, à la fois sur le théâtre ukrainien, le Moyen-Orient, même s'il semblerait qu'il y ait un accord de paix. Néanmoins, le sujet militaire est redevenu une priorité politique. Et quel impact ça a du coup au niveau des industriels ?

4:46
Invité

Alors le premier impact, moi je le vois au-delà d'Ametra, je le vois quand je discute avec des amis de ce que je fais. Il y a dix ans, certains me regardaient un peu de travers en chuchotant, ah bon, tu travailles vraiment pour la défense ? Oui, oui, oui, j'en étais très fière il y a dix ans, mais aujourd'hui, je vois que le regard de la population civile a changé, le regard de ceux qui ne travaillent pas dans la défense a changé. Travailler dans la défense aujourd'hui, c'est une fierté pour l'ensemble des entreprises qui sont ici, mais ça j'ai envie de dire, c'était depuis toujours. Mais le regard que me renvoient les autres, c'est bravo, tu travailles pour la défense, c'est formidable.

Et on le voit très concrètement auprès des candidats, puisque chez Ametra, on a un gros enjeu, on en reparlera peut-être tout à l'heure, on doit embaucher à peu près 120 personnes cette année, des ingénieurs, des techniciens, pour rejoindre nos équipes et contribuer à ces projets innovants et complexes qu'on évoquait tout à l'heure. Eh bien, il y a cinq ans peut-être, avant le conflit en Ukraine, certains jeunes ingénieurs et techniciens nous disaient, « Moi, je veux bien venir chez vous pour vos projets magnifiques dans le nucléaire, dans l'aéronautique, mais la défense, je ne veux pas y toucher. »

5:48
Présentateur

C'est quoi, c'était de la culpabilité ? C'était « Ah, je me sens coupable de construire des armes ? »

5:53
Invité

C'était certainement ça, alors qu'aujourd'hui, nous n'avons depuis trois ans plus aucun ingénieur ou technicien qui nous dit, « Je vous rejoins, mais je ne veux pas travailler dans le secteur de la défense. » Il y a une vraie prise de conscience du rôle clé de la défense pour protéger nos frontières, nos valeurs. La défense est aussi le bras armé de notre diplomatie. La défense, ça ne veut pas dire qu'on va aller bombarder tout le monde à travers la planète. Ça veut dire qu'on se protège, ça veut dire qu'on se défend.

Et ça veut dire aussi qu'on innove au service d'autres secteurs, puisqu'on sait très bien que presque toutes les industries qui sont présentes ici, à Eurosatory et à Metra en fait partie, sont des industries duales. Donc lorsque vous poussez une innovation financée par le secteur de la défense, cette innovation servira ensuite dans un secteur civil.

6:39
Présentateur

Pour revenir justement au recentrage du politique sur la défense, du coup, quel est l'impact direct sur votre activité, au-delà de ce que vous m'avez dit sur le côté psychologique, disons, et le regard que peuvent avoir les Français sur le domaine ?

6:57
Invité

Alors l'impact très concret, c'est ce que le président Macron a appelé ici, il y a quatre ans, l'économie de guerre. C'est-à-dire que le politique attend de la BITD, la Base Industrielle et Technologique de Défense française, un profond changement, une profonde transformation. On doit se préparer à ce qu'on appelle le conflit de haute intensité. Évidemment, personne ne souhaite que ce conflit arrive, mais comme le disait l'adage romain, si tu veux la paix, prépare la guerre. Et donc, c'est ce qui nous est demandé aujourd'hui. L'économie de guerre, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire développer des systèmes en boucle courte, beaucoup plus rapide.

Développer ces systèmes de manière plus économique et accompagner le ramp-up, c'est-à-dire l'accélération, la montée en volume des grands industriels de la Défense. Et c'est vrai qu'une société comme Ametra, qui est à la fois agile, en tant que PME, ETI de 450 collaborateurs, qui est à la fois dans la conception, mais aussi dans la fabrication, puisque nous n'avons pas évoqué ce point-là, mais nous fabriquons des bandes aises, des PC industriels, et depuis toujours, nous aidons nos clients à piloter la fabrication des systèmes que nous avons conçus.

Donc, une société comme Ametra, à la fois agile, à la fois présente en études et en fabrication, et bien placée pour répondre aux enjeux d'économie de guerre.

8:06
Présentateur

Et du coup, est-ce qu'il y a un rythme d'économie de guerre pour vous ? C'est-à-dire accélérer les études, accélérer les tests ? Je vois très bien de quoi vous parlez. Quand vous parlez de bandes tests, c'est du test électromagnétique, peut-être ?

8:19
Invité

Tests électriques, électroniques, différents types de tests. On fait même de la conception et de la fabrication de bandes tests mécaniques, mais à travers notre supply chain, des bandes tests de façon générale. Mais pour répondre à votre question, qu'est-ce que ça veut dire concrètement chez nous ? Ça veut dire que les clients ont augmenté les besoins en volume d'ingénieurs, de techniciens. Et donc, nous, notre problématique, c'est d'embaucher, de former, de fidéliser les équipes qui vont répondre aux besoins de ces clients. Ça, c'est une première problématique. Ensuite, on a parlé du raccourcissement des cycles de développement.

Ça veut dire, chez Ametra, une autre façon d'aborder les projets. On se doit d'être plus agile, plus rapide, de commencer à dialoguer avec les fournisseurs dès la phase de conception, avant on concevait un produit. Et ensuite, quand on avait le cahier des charges issu du bureau d'études, on allait voir les fournisseurs. En tout cas, certains faisaient ça. Nous, chez Ametra, nous nous concevons depuis l'origine, depuis la création de l'entreprise comme des industriels, alors que nous sommes sociétés d'ingénierie. Et ce dialogue permanent avec les fournisseurs, nous l'avons depuis toujours. Mais c'est vraiment une demande renforcée maintenant des clients.

On n'attend pas la fin du développement pour commencer à dialoguer avec les fournisseurs. Ça implique d'autres conséquences qui sont peut-être moins visibles pour le grand public, cette économie de guerre. Nous avons une très forte pression sur le renforcement de la sécurité, évidemment. Donc, une société d'ingénierie comme Ametra se doit d'investir beaucoup plus en cybersécurité, en protection de ces données. Voilà.

9:45
Présentateur

Cybersécurité, ça peut être aussi de... Vous craignez l'espionnage, être ciblé aussi potentiellement. On a vu la Russie. Alors, ça reste une menace plutôt sur les fabricants de drones et des drones qui sont envoyés, produits en Europe mais envoyés en Ukraine. Mais ça reste une menace. Vous craignez ce genre de menace ou même anticiper ce genre de menace, peut-être d'être un jour une cible d'un potentiel compétiteur ?

10:09
Invité

Alors, comme disait le patron d'Intel il y a quelques années, « Only paranoyers can survive », seuls les paranoïaques survivent. Donc, moi, j'essaie d'être suffisamment paranoïaque pour protéger mon entreprise. Évidemment, quand on travaille dans le secteur de la défense, on se doit de se préparer à des attaques. Mais vous savez, même sur un salon comme celui d'Eurosatori, nous sommes sensibilisés, tous, tous les exposants, à ce qu'il faut faire et ne pas faire sur un salon. Ne pas laisser traîner des informations confidentielles sur son stand. Essayer dans la mesure du possible d'éviter d'utiliser le Wi-Fi du salon et ainsi de suite.

En fait, toutes ces précautions sont des précautions que chez Ametra, nous sommes habitués à prendre depuis toujours. Et ça ne nous met pas à l'abri de manière certaine de quoi que ce soit, mais ça contribue à prémunir, à nous prémunir, à prémunir nos clients de ce type d'attaque.

10:56
Présentateur

On a parlé aussi, vous en parliez, du recrutement, source potentielle de développement parce que c'est ce qui permet de répondre en tout cas à ces obligations, à ces commandes de vos clients, à l'augmentation des cadences. Comment vous faites face à ce défi du recrutement, du besoin de recrutement ? 120 collaborateurs embauchés cette année, c'est ça ?

11:18
Invité

À recruter cette année. Alors, ils ne sont pas encore tous embauchés, on n'a pas fini l'année. Mais effectivement, chez Ametra, on a un besoin d'embaucher 120 collaborateurs cette année. Comment est-ce qu'on fait ? Eh bien, on travaille de plus en plus avec les réseaux sociaux pour communiquer auprès des jeunes ingénieurs, des jeunes techniciens, pour leur expliquer ce que sont nos projets. Chez Ametra, on est très fiers de la complexité, de la qualité, de la technicité des projets sur lesquels nous intervenons. Pour une société de 450 personnes, nous sommes référencés chez tous les grands acteurs de la défense terrestre, de l'aéronautique, du nucléaire.

Et ça, c'est assez remarquable et ça permet à des jeunes ingénieurs et techniciens qui nous rejoignent de passer d'une problématique à une autre de façon beaucoup plus variée que s'ils rentraient directement chez les grands clients pour lesquels nous travaillons. Donc ça, on en fait énormément de publicité sur les réseaux sociaux, sur notre site Internet. Je suis d'ailleurs heureuse d'annoncer que cette semaine sort le nouveau site ametragroup.com. Donc, ceux qui sont intéressés par les projets d'Ametra peuvent aller se renseigner et voir ce que nous proposons comme emploi.

Mais on a la chance aussi chez Ametra, parce que nous sommes une société à taille humaine, de pouvoir être agile dans les grands groupes. Il existe parfois des carcans. Vous sortez de telle société, vous sortez de telle société, vous sortez de telle école, on vous met dans telle case. Chez Ametra, à 450, on est hyper agile, hyper flexible. On prend vraiment les compétences et les qualités de la personne qu'on a en face de nous et on essaie de les faire batcher avec le meilleur poste possible dans notre entreprise. Et ça, c'est une vraie force, je pense, pour continuer à recruter.

12:47
Présentateur

Donc, on a bien compris que tout ingénieur peut postuler chez vous et il sera potentiel tant qu'il a les compétences.

12:52
Invité

Tant qu'il a les compétences, oui, oui. Mais nous sommes assez remarquablement dotés de belles écoles d'ingénieurs en France et donc, nous avons beaucoup d'ingénieurs et de techniciens de très grande qualité.

13:04
Présentateur

Merci beaucoup, Anne-Charlotte Fredenucci.

13:07
Invité

Merci à vous.

13:07
Présentateur

Présidente d'Ametra Group, Ametra Group, spécialiste de l'ingénierie industrielle, notamment engagée dans la défense, mais pas que. Voilà, c'est 30% de l'activité.

13:16
Invité

30% de l'activité en défense terrestre, mais si on prend l'ensemble des secteurs souverains, c'est plus de 50% de notre activité.

13:21
Présentateur

50%, voilà. Merci beaucoup de nous avoir suivis. Émission à retrouver en replay, bien évidemment, sur bsmart.fr. Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue sur Bsmart au salon Eurosatory, le salon qui rassemble de nombreux industriels de la défense du monde entier. Et pour parler de ce sujet, nous sommes avec Sylvain Maillard. Bonjour. Bonjour. Député de Paris et membre de la commission défense nationale et des forces armées. Forcément, c'est un passage obligé pour vous qui êtes dans cette commission

13:58
Sylvain Maillard

à l'Assemblée nationale. D'abord, c'est une incroyable réussite française. Eurosatory est devenue vraiment une référence mondiale. On y voit une délégation incroyable, un succès fou. Et ça veut dire aussi beaucoup de choses sur notre industrie de défense. Évidemment, l'appétence au développement de l'industrie de la défense dans le contexte que nous connaissons tous. Mais ça veut dire aussi que nous avons notre carte à jouer sur les territoires pour faire en sorte que l'ensemble des acteurs, des PME de la défense, mais aussi des grands groupes, puissent canaliser et faire de l'économie, nous sécuriser, mais aussi faire de l'économie. Je crois que c'est important.

14:34
Présentateur

Alors, réussite française sur l'événement, mais réussite aussi des industriels français. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans vos passages, dans les allées du salon par rapport aux industriels français ?

14:44
Sylvain Maillard

Le monde et la diversité des personnes, des spectateurs ou des personnes qui viennent visiter le salon. Une diversité, on a l'impression que c'est un monde en petite réduit et c'est assez impressionnant avec des exposants qui viennent du monde entier. On voit que Rosatory est devenue la référence, en tout cas, une des références dans le monde et je pense que au moment où, dans l'époque que nous vivons, je crois que c'est un moment important.

15:13
Présentateur

Concrétisation aussi de plusieurs programmes, on pense notamment au programme Scorpion qui a débuté en 2014, 2024, on a fait les 12 ans de ce programme, mais il n'est pas terminé parce qu'on peut encore ajouter de nouvelles technologies dans ce programme.

15:25
Sylvain Maillard

On apportera évidemment des nouvelles technologies et puis on voit bien à travers le front ukrainien à quel point tout change et donc pour que tout change, il faut que l'économie autour de notre défense puisse changer, évoluer, s'adapter. Le programme Scorpion, il a été conçu, comme vous l'avez dit, dans les débuts des années 2000. Maintenant, il faut qu'on passe aussi à autre chose, beaucoup de dronisation, rendre plus autonome et aussi dans une bataille plus collective. Il y a vraiment du travail à faire et je crois que les entreprises françaises sont bien placées sur ce secteur-là.

16:00
Présentateur

Et vous êtes essentiel, vous, en tant que parlementaire, dans le développement industriel parce que vous votez les lois et notamment la loi de programmation militaire 2024-2030, plus de 400 milliards d'euros par rapport à ce projet de loi de programmation. Quel est votre regard sur ce projet de loi ? Est-ce qu'on va suffisamment loin par rapport à ce texte-là ?

16:20
Sylvain Maillard

C'est un effort considérable. On a une loi de programmation militaire. On la réactualise. Nous sommes en train de finir le vote et on espère qu'on aura tout terminé l'examen avant le 14 juillet, donc c'est bientôt. Mais on rajoute presque 36 milliards supplémentaires à l'effort pour tout simplement revenir dans les clous. Depuis que le président de la République est aux manettes 2017, nous avons considérablement augmenté le budget de l'armée. Il faut continuer parce que les technologies ont changé. Il faut de l'argent, du développement technologique, et c'est ce que nous apportons dans les années précédentes mais aussi dans les années qui arrivent.

C'est un effort considérable de l'ensemble de la société française et je veux le saluer.

17:01
Présentateur

Et puis il faut suivre aussi la cadence de nos partenaires, de nos partenaires européens parce que l'Allemagne fait beaucoup, a augmenté énormément son budget alloué à la défense. C'est pareil pour d'autres pays qui sont plutôt situés vers l'Est. Il y a un phénomène aussi par rapport à la peur de la Russie ?

17:18
Sylvain Maillard

Bien sûr, mais il y a aussi un gros retard les Allemands étaient très en retard. D'ailleurs, on le voit sur beaucoup de leurs matériels qui n'étaient pas efficients, qui n'étaient pas capables d'être opérationnels. Donc il y avait un gros process de rattrapage des armées allemandes. Dans la mentalité aussi, je vois sur mes homologues allemands, il y a quelques années, l'armée, ça passait vraiment après tout. Maintenant, ce n'est plus le cas parce que la menace est là. Et la menace est russe. Nous recevons régulièrement le CEMA qui nous le dit, il faut que nous soyons prêts pour une possible attaque possible avant 2030. Et donc il nous faut nous réarmer.

Si nous sommes puissants, nous sommes craints. Si nous sommes craints, nous serons protégés.

17:58
Présentateur

Et est-ce qu'aujourd'hui, les armées françaises sont suffisamment équipées ? On voit peut-être une pénurie de munitions par rapport à ce qui s'est passé au Moyen-Orient ?

18:07
Sylvain Maillard

D'abord, l'armée française est la première armée européenne. Il faut regarder toutes nos forces. Nous avons une armée de mer, de l'air, de terre qui sont sur tous les secteurs. Et ça, c'est très heureux. La seule chose, c'est que nous avons besoin de nous muscler, de nous épaissir, comme disent les militaires, faire en sorte d'avoir plus de munitions, d'avoir plus de profondeur qui nous permettent de pouvoir tenir un conflit dans le moyen terme et long terme. Ça veut dire aussi que notre BITD, c'est nos ensembles des industriels, et ils sont ici, doivent être capables d'accélérer les produits de la production rapidement, mais aussi de tenir un rythme élevé.

Et donc, c'est ça, notre travail, depuis plusieurs années, faire en sorte, évidemment, d'envoyer des commandes, mais de faire en sorte d'augmenter la production si nous avons besoin dans le temps court et dans le moyen et long terme.

18:56
Présentateur

Alors, augmenter la production, ça passe aussi peut-être par les compétences. Est-ce qu'il y a suffisamment de personnes qui peuvent accéder à ces postes-là dans le secteur de la défense ?

19:05
Sylvain Maillard

Ça passe par les compétences, vous avez tout à fait raison, ça passe par l'organisation, ça passe aussi par les capitaux, l'accès à l'argent, tout simplement. Pour investir, il y a quelques années, vous étiez une entreprise militaire, c'était compliqué parce que les prêts bancaires, ce n'était pas à la mode. Les investisseurs extérieurs ne voulaient pas investir dans le militaire. Tout a changé, le principe de souveraineté est devenu très important et donc ça devient, au contraire, le cœur de l'investissement, c'est sur la souveraineté, donc sur les entreprises militaires.

Donc je pense que c'est très important, tout a changé, nous accompagnons ce changement, nous à l'Assemblée nationale, mais faire en sorte que, à travers les mesures que pousse le gouvernement, il y a Catherine Vautrin qui est aujourd'hui au salon, de faire en sorte de dire que l'effort va être sur le moyen et long terme et donc il faut que les industriels se mettent au diapason.

19:54
Présentateur

Un effort qu'il faudra suivre jusqu'à la fin de la session parlementaire, comme vous l'avez dit, courant juillet,

20:00
Sylvain Maillard

le vote de la loi de programmation militaire, c'est de voter pour le 13 juillet, vous savez qu'il y a un rendez-vous avec l'ensemble des militaires à l'hôtel de Brienne, donc l'objectif c'est que vous ayons voté l'actualisation de la loi de programmation militaire au 13 juillet.

20:14
Présentateur

Actualisation de 36 milliards d'euros, voire plus, parce qu'on a vu les sénateurs qui voulaient pousser jusqu'à 50 milliards. Merci beaucoup.

20:20
Sylvain Maillard

Merci à vous.

20:21
Présentateur

Sylvain Maillard, député de Paris et membre de la commission Défense nationale et des forces armées à l'Assemblée nationale. Be Smart for Change est présent au salon Eurostatory 2026, le rendez-vous des acteurs de l'industrie de la Défense et parmi ces acteurs, il y a forcément les acteurs financiers avec l'Argillière Finance et je suis avec le cofondateur Paul Bouniou. Bonjour.

20:50
Invité

Bonjour Nicolas.

20:52
Présentateur

Cofondateur, Banque d'affaires créée en 2005.

20:54
Invité

L'Argillière Finance a fêté ses 20 ans il y a quelques mois. On a effectivement été créé, enfin j'ai cofondé l'Argillière avec Tanguy Mandelin en 2005 et aujourd'hui nous sommes 50 professionnels, on réalise une trentaine d'opérations par an et on a, notre cœur est bien à Eurostatory aujourd'hui.

21:13
Présentateur

L'Argillière Finance, spécialiste du M&A, fusion acquisition, mais aussi de la transmission d'entreprise, un fort enjeu, on en entend beaucoup parler en ce moment.

21:21
Invité

Absolument, on va en entendre de plus en plus parler. Alors les métiers de l'Argillière Finance, il y a quatre métiers, c'est très simple, la cession d'entreprise, le LBO qui est souvent une alternative sous sa forme majoritaire. On intervient également sur le buy-side, les opérations d'acquisition pour des grands groupes ou pour les fonds d'investissement et puis du debt advisory, c'est du montage de dettes LBO. Voilà nos quatre métiers et on a trois types de clients, comme ça vous aurez une vision à 360 degrés de nos activités.

On travaille pour les familles, les dirigeants, les fondateurs, nous travaillons pour les fonds d'investissement également sur les opérations secondaires et pour les grands corporates, en particulier sur les opérations de carve-out ou sur les opérations d'acquisition.

22:03
Présentateur

Question très simple, est-ce que l'Argillière Finance a attendu la guerre en Ukraine pour s'intéresser au secteur de la défense parce que finalement, c'est la guerre en Ukraine qui a remis, disons, le sujet défense au cœur des questionnements à la fois dans la société mais aussi au niveau politique ?

22:19
Invité

Alors la guerre en Ukraine est un événement dramatique. Néanmoins, nous avons souhaité nous intéresser aux acteurs du secteur de la défense bien avant. Je suis en particulier ancien auditeur de l'IHEDN en session nationale armement et économie de défense donc très proche de la DGA, des forces bien sûr et de la BITD. La raison est simple, on s'en montait, en particulier en M&A puisqu'on a une vision économique assez large et internationale assez large.

on s'en montait à la fois une situation fin des années 2010, début des années 2020 de blocage du financement et en même temps des besoins avec une polarisation du monde et puis post-Covid, en février 2022, cette terrible guerre qui a constitué une prise de conscience très forte dans l'esprit de tous les Européens principalement mais aussi auprès de nos politiques et au niveau européen de manière très forte pour faire un peu évoluer une situation qui était complètement bloquée. Je me souviens en fin 2020, début 2021, rapport flash parlementaire avec notre ministre Thuriot qui était intervenu pour montrer les blocages dans le secteur de la finance et apporter des solutions.

Aujourd'hui, tous ces blocages ont sauté, que ce soit le nucléaire ou la défense. On a été exclu des éléments de taxonomie bloquant au niveau européen et on voit aujourd'hui une forte appétence des financiers, des prêteurs, des investisseurs pour les acteurs de la défense.

23:49
Présentateur

Vous parlez des normes ESG. Je suppose que vous faites référence à ces normes-là qui finalement sont ouvertes. Disons qu'il y a eu une ouverture d'esprit dans le monde financier en tout cas par rapport aux normes ESG.

23:59
Invité

Il y avait un blocage qui était un blocage dogmatique qui correspondait à une vision du monde et aujourd'hui, on s'est aperçu que cette vision du monde n'était plus réaliste et qu'au contraire, il était important de permettre aux pays européens de se réarmer afin de défendre les valeurs de la démocratie, de la République et une forme des valeurs qu'on retrouve de fraternité, de liberté, d'égalité de la République française.

24:23
Présentateur

Il y a certains blocages psychologiques. Il y a aussi des opportunités, il faut le dire. Après la guerre en Ukraine, il y a de plus en plus d'opportunités en termes d'opérations, en termes de besoins de financement.

24:34
Invité

Je crois qu'il faut distinguer deux situations. La première situation, c'est comme dans tous les secteurs d'activité, on a tout naturellement des dirigeants qui arrivent à l'âge de la retraite. On a des entreprises dont les fonds d'investissement peuvent être présents au capital et souhaitent sortir parce qu'ils ont terminé leur cycle de croissance de valeur et d'investissement. Et là, le fait qu'il y ait des blocages de plus en plus forts début des années 2020 fait que c'était des investissements qui étaient difficiles et il n'y avait quasiment pas d'acquéreurs pour les entreprises de la défense qui étaient à transmettre.

Et puis là, d'un seul coup, on a eu une accélération puisqu'il y a eu ce déblocage sur les opérations de financement, cette prise de conscience, la participation des prêteurs, des banquiers prêteurs. Mais il faut mettre également en regard un deuxième point qui est clé qui est la montée en puissance de la commande publique puisqu'il faut rééquiper les armées et monter très fortement en puissance.

25:28
Présentateur

Monter en puissance, c'est aussi faire correspondre par rapport à la cadence, les besoins de financement pour financer justement la production et l'accélération de la cadence.

25:37
Invité

Exactement. Ça nécessite des investissements et puis ça nécessite également, on s'en aperçoit, des regroupements puisque certains acteurs n'ont pas la taille critique pour attaquer de nouveaux marchés ou bien pour faire face à des investissements pour cette augmentation des cadences. Et tout naturellement, les rapprochements d'entreprises et ces rapprochements accompagnés par des fonds d'investissement peuvent permettre de passer à l'étape suivante.

26:01
Présentateur

Comment vous observez justement ça, vous en tant qu'acteur de la fusion-acquisition ou de la transmission, comment vous identifiez la bonne opération ? Est-ce que, notamment sur le secteur de la défense, vous êtes vigilant notamment à certaines choses, on peut parler de la souveraineté notamment, est-ce qu'on peut faire entrer un étranger dans un capital d'une entreprise française du secteur de la défense ?

26:23
Invité

Bon, la question est un petit peu complexe et je pense qu'on pourrait en parler pendant des heures. Et on a des minutes. D'une manière générale, tous les investisseurs ne se valent pas et l'origine géographique de tous les investisseurs ne constitue pas un blanc-seing ou au contraire une situation de blocage. Donc je crois que chaque situation doit être analysée très finement et chaque situation doit être travaillée de manière à ne pas créer de crispations ou de permettre à notre client de ne pas perdre certains clients, un accès par exemple aux armées françaises.

Mais également, on s'aperçoit que les modèles économiques qui créent de la valeur sont des modèles économiques qui sont bien sûr pour des sociétés françaises l'accès à la commande publique des armées mais également très souvent le développement de leurs solutions auprès d'entreprises civiles et également l'exportation.

27:17
Présentateur

Une dernière question, une réponse très rapide. Est-ce que vous êtes un acteur dual de la finance ? Finalement, vous n'êtes pas uniquement engagé dans la défense je suppose mais ça prend une part importante de votre activité ?

27:27
Invité

Alors on a réalisé cinq opérations dans le secteur aérodéfense sur les douze derniers mois dont une très belle opération il y a quelques semaines pour la société TETIS qui est un acteur de la pyromécanique que nous avons adossé au fonds d'investissement français à Benex pour lui permettre d'aborder un nouveau cycle de développement et d'investissement et effectivement, cinq opérations en douze mois dans ce secteur. C'est un secteur extrêmement important pour l'Argillère Finance et on a de très belles choses à annoncer pour les prochains mois.

27:53
Présentateur

On regardera ce qui se passe du côté de chez l'Argillère Finance dans les prochains mois. Merci beaucoup Paul Bougnot.

27:59
Invité

Merci Décolla.

ÉMISSIONS SPÉCIALES - Emission du mercredi 17 juin — Sylvain Maillard · Pourquijevote