Comment la Fondation Kairos cherche à séduire Bolloré et Stérin
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Qu'est-ce que la Fondation Kairos ?
- 0:21OuverteRéponse directe
Quel est son projet et ses objectifs ?
- 1:51OuverteRéponse directe
Dans ton enquête, qu'est-ce que tu as trouvé ?
- 1:53OuverteRéponse directe
Quel est le lien avec le catholicisme ?
- 4:29OuverteRéponse directe
Qui est cette dame, Anne Cofigny ?
- 8:20OuverteRéponse directe
Quelle est sa relation avec Vincent Bolloré ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Ce lobby des écoles privées hors contrat qui flirtent avec une conception réactionnaire de l'éducation inspirée par le catholicisme. »
- 0:08InvitéFait
« Cette fondation créée en 2020 souhaite allier tradition et innovation pour un renouveau éducatif. »
- 0:14InvitéFait
« Elle est dirigée par Anne Coffigny qui se décrit comme une figure de la liberté scolaire en France. »
- 0:39PrésentateurFait
« Le but de cette mouvance, c'est de développer des écoles privées hors contrat, dont beaucoup sont des écoles catholiques dans le pays. »
- 1:02PrésentateurFait
« Le but, c'est vraiment de développer des écoles privées hors contrat, c'est-à-dire avec moins de contrôle administratif, académique. »
- 1:27PrésentateurFait
« il y a derrière, effectivement, un objectif, derrière ce type d'école, il y a très souvent un objectif idéologique. »
- 1:59PrésentateurFait
« Anne Cofigny, c'est une énarque diplomate. »
- 5:35PrésentateurFait
« il y avait en quelque sorte, dans cette mouvance, un mouvement, enfin, plutôt une association qui créait des écoles en banlieue, qui s'appelle Espérance Banlieue. »
- 6:30PrésentateurFait
« elle a été débarquée de la Fondation pour l'école qu'elle avait cofondée, et elle a créé sa propre fondation, Kairos. »
- 8:53PrésentateurFait
« elle écrit à Pierre-Edouard Sterrin pour lui dire qu'elle vient de créer sa nouvelle fondation Kairos. »
- 9:25PrésentateurFait
« elle fait savoir qu'elle a eu connaissance du fait que Pierre-Edouard Sterrin venait d'avoir un cinquième enfant. »
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Qu
'est
-ce que la Fondation Kairos ? Ce lobby des écoles privées hors contrat qui flirtent avec une conception réactionnaire de l'éducation inspirée par le catholicisme. Cette fondation créée en 2020 souhaite allier tradition et innovation pour un renouveau éducatif. Elle est dirigée par Anne Coffigny qui se décrit comme une figure de la liberté scolaire en France. Thomas Le Maillot,
tu
es journaliste d'investigation à l'humanité. Tu as enquêté sur la Fondation Kairos. Quel est son projet et ses objectifs
?
J'ai travaillé sur la Fondation Kairos. C'est aussi un appendice qu'elle a, qui est une association
qui
s'appelle Créer son école. Ce sont deux entités qui sont dirigées par Anne Coffigny. Le but de cette mouvance, c'est de développer des écoles privées hors contrat, dont beaucoup sont des écoles catholiques dans le pays, et d'en implanter un maximum, d'inciter des gens à créer leur école, selon le nom de cette association, Créer son école. Le but, c'est vraiment de développer des écoles privées hors contrat, c'est-à-dire avec moins de contrôle administratif, académique, et de pouvoir en implanter sur tout le territoire, de les démultiplier au nom de la liberté, c
'est
ce qu'ils appellent la liberté scolaire, des écoles libres. Mais le but,
c
'est qu
'il
y a derrière, effectivement,
un
objectif, derrière ce type d'école, il y a très souvent un objectif idéologique. Voilà.
Donc,
en fait, il y a deux objectifs. Il
y a
un objectif idéologique
de
développer ce type d'éducation, et aussi un autre objectif de forme de colonisation, on pourrait dire, du territoire,
de s
'implanter sur tout le territoire pour avoir le plus de relais possible dans tout le pays.
Et
quel est le lien avec le catholicisme
?
Alors, ce sont les personnes, en fait, qui composent cette mouvance, qui sont pour beaucoup des catholiques traditionnalistes. Ce n
'est
pas, encore une fois, tout le catholicisme qui est, en fait, concerné. Il y a un mouvement qui est d'enseignement catholique, souvent sous contrat,
c
'est-à-dire sous contrat avec l'État, qui ont donc une série de contrôles pédagogiques, académiques, qui sont bien, comment dire, installés. Là, ce sont des écoles hors contrat. Donc, ce sont des plus petites écoles, dans la plupart des cas, plus, disons, plus éloignées des regards des autorités, dans lesquelles la pédagogie peut être beaucoup plus dictée par des conceptions morales catholiques, en l'occurrence, qui peuvent être assez radicales, quoi, dans certains cas.
Dans ton enquête, qu'est-ce que tu as trouvé ?
En fait, l'enquête, ça a consisté à exploiter une série d'échanges et de documents internes qu
'on
a réussi à consulter,
on
a réussi à les obtenir et à pouvoir, en gros, rentrer, en fait, dans les coulisses de cette fondation, de ce mouvement. Et donc, l'enquête a consisté, en fait, à essayer de comprendre par quel type de socialisation, quel type d'échanges, de mondanité, parfois, ce mouvement se renforce, essaye de se renforcer, essaye de se financer, notamment. Et donc, voilà, comment tout ça fonctionne, en quelque sorte. On a réussi, c'est ça qui rend cette enquête un peu inédite et un peu exceptionnelle,
c
'est qu'on a obtenu des pièces internes, des échanges
internes
entre les dirigeants de ce mouvement et en particulier sa dirigeante principale, qui est donc Anne Cofigny, et d'autres interlocuteurs qui peuvent être des grands patrons, des gens qui vont donner de l'argent,
soit
à la fondation, soit à l'association Créer son école, et des responsables politiques, beaucoup de responsables politiques, enfin, ou
en
tout cas, des gens qui sont des responsables politiques, des dirigeants politiques de l'extrême droite
et
de la droite radicale qui peut vouloir s'allier avec l'extrême droite aujourd'hui.
Qui
est cette dame, Anne Cofigny ?
Alors,
Anne Cofigny, c'est une énarque diplomate. Elle dit parfois qu'elle se présente régulièrement comme mère de quatre enfants, comme une figure de la méritocratie française,
et
comme la principale représentante
du
courant de l'école libre en France depuis une vingtaine d'années, parce que c'est vrai qu
'elle
s'est jetée en quelque sorte sur cette cause. Elle a cofondé,
il
y a, en 2007-2008, la Fondation pour l'école, qui est une grosse fondation
qui,
elle aussi, aide les écoles priveurs contrat à fonctionner, à se financer.
Il
y a eu une crise ensuite dans cette fondation, notamment créée en partie par Anne Cofigny, qui s'est fâchée, pardon, avec ses amis cofondateurs. Enfin, il y a eu une grosse crise en 2000... Tu sais pourquoi ? Oui,
oui,
bien sûr, il y
a
eu une crise, parce qu'il y avait, à ce moment-là, donc c'était en 2018-2019,
il
y avait en quelque sorte, dans cette mouvance, un mouvement, enfin, plutôt une association qui créait des écoles en banlieue, qui s'appelle Espérance Banlieue,
qui
commençait à prendre beaucoup de place, ce qui a manifestement embarrassé Anne Cofigny à l'époque, qui, du coup, s'est fâchée. Et par ailleurs, du côté d'Espérance Banlieue et de la Fondation pour l'école, de ses amis, ce n'était pas non plus, ce ne sont
pas
le caractère catholique de cette expression, ce
n
'est pas des enfants de cœur. Donc il
y a
eu une crise assez profonde, assez violente, qui a d'ailleurs laissé des plaies un peu purulentes aujourd'hui dans cette mouvance. Et donc, après cette crise,
elle
a été débarquée de la Fondation pour l'école qu'elle avait cofondée,
et
elle a créé sa propre fondation, Kairos, tout en continuant d'animer son association, créer son école.
Et
donc, elle est... Voilà, cette femme est quelqu'un de très important, disons, dans ce mouvement pour les écoles libres. C'est quelqu'un qui a une place importante,
qui
a une place d'autant plus importante que la Fondation Kairos
est
abritée, comme on dit, par l'Institut de France, c'est-à-dire qu'elle est aidée dans sa gestion, pour la défiscalisation et pour son image de marque, aidée par l'Institut de France. L'Institut de France, ce sont les académies, l'Académie française, l'Académie des sciences morales et politiques,
l
'Académie des sciences, etc. Et donc, ce sont des... C'est un endroit assez prestigieux. Et donc, elle bénéficie de ce prestige pour héberger ses activités, notamment faire des colloques, où elle fait venir des intellectuels plutôt ultra-libéraux ou ultra-conservateurs. Enfin, c'est toujours un peu
ces
courants-là. Mais donc, elle a... Ça lui donne une forme de prestige dans la mouvance et... Enfin, dans la société, disons même, plutôt. Et par ailleurs, c'est aussi quelqu'un qui est aujourd'hui un habitué des plateaux de CNews, des colonnes du JDD.
Elle
est en permanence mise en avant par la presse Bolloré. D'ailleurs, on en avait... Enfin, j'avais évoqué très rapidement sa présence lors de la soirée organisée par les médias Bolloré il y a une dizaine de jours, une quinzaine de jours. Donc, elle bénéficie de cette visibilité qui lui est offerte par les médias Bolloré.
Et
quelle est sa relation avec Vincent Bolloré ? Est-ce que Vincent Bolloré a investi dans ses organismes
?
Alors, moi, je n
'ai
pas d'éléments qui permettent de dire que Vincent Bolloré a contribué à ses organismes. Donc, je dirais plutôt non. Enfin, je veux dire, je n'ai pas d'éléments. En revanche, ce
qui
est sûr, c'est qu'elle est vraiment en lien avec les médias de Bolloré. Je raconte une petite anecdote qui concerne un autre personnage important dans cette mouvance qui est Pierre-Edouard Sterrin. C'est qu'en 2020, au moment du Covid, elle écrit à Pierre-Edouard Sterrin pour lui dire qu'elle vient de créer sa nouvelle fondation Kairos. Et qu'elle lui explique qu'elle ne voulait pas l'embêter avant parce qu'en fait, la situation doit être difficile pour ses affaires. Ce n
'est
pas forcément évident avec le Covid, tout ça. Mais qu'elle voulait lui faire savoir qu'elle créait cette fondation.
Et
par ailleurs,
au
passage, par un ami commun des deux, elle fait savoir qu'elle a eu connaissance du fait que Pierre-Edouard Sterrin venait d'avoir un cinquième enfant. Et donc, elle le félicite pour cette naissance de son dernier enfant. Et elle lui propose, au passage, de l'aider à obtenir une dérogation, si c'était possible, pour inscrire un autre de ses enfants à l'école de la Légion d'honneur, qui est une école assez reconnue, assez difficile d'accès, même pour quelqu'un qui est milliardaire, puisqu'il faut, je crois, avoir des gens qui ont la Légion d'honneur dans la famille pour pouvoir y prétendre. Elle lui propose d'essayer de voir si elle ne
peut
pas obtenir une dérogation pour une de ses enfants, pour cette école, tout en disant, c'est pour ça que je dis ça,
en
disant qu'elle connaît assez bien l'aumônier de cette école, qui est par ailleurs,
lui
-même, assez connu, quand on s'intéresse à ces milieux, parce que c'est le directeur de conscience, le confesseur de Vincent Bolloré. Donc, c'est vrai que il y a... Moi, je n
'ai
pas d'élément qui permet de dire qu'Anne Couffinier et Vincent Bolloré se connaissent, que Vincent Bolloré l'aide. En revanche, c'est un peu l'intérêt de notre enquête, ce n
'est
pas tellement de pouvoir établir ce genre de choses, parce que ça, on ne le fait pas. C'est de voir plutôt la manière dont ces gens s'organisent concrètement, derrière, un peu loin des regards, de voir un peu en direct
comment
ils se parlent, quelle forme de proximité ils ont
ou
pas. C'est un peu, je crois, l'intérêt de cette enquête qu'on a faite.
Et
c'est pareil,
est
-ce que Pierre-Edouard Sterrin a investi via le Fonds du Bien commun ou via le projet Périclès dans les organismes de cette
année
? Alors ça, c'est plus net, on peut établir que non, en fait, malgré les tentatives dont je parlais. Il y a eu, enfin, c'est précisément ce qu'on raconte un peu dans cette enquête,
c
'est que, voilà, Anne Couffinier a cherché, a approché Pierre-Edouard Sterrin pour, au moment où elle a créé sa fondation Kairos. Manifestement, Pierre-Edouard Sterrin, il a d'autres projets en matière d'éducation intégrale, comme on dit dans ce milieu, c'est-à-dire une éducation qui unifie l'esprit, le corps, le cœur, c'est-à-dire qui met au centre de l'éducation la morale catholique. Donc Pierre-Edouard Sterrin, il a d'autres projets. Il a ouvert cette année un internat dont on a un peu parlé, notamment dans l'humanité, qui s'appelle l'Académie Saint-Louis en Sologne.
Et
il a par ailleurs des liens, on le sait, avec un petit réseau d'écoles qui s'implante dans les territoires ruraux, qui s'appelle Excellence Ruralité, qui l'a aidé, qui l'a aidé par son Fonds du Bien commun, mais aussi par la Nuit du Bien commun, les galas de charité. Donc ça, ce qu
'on
sait, c'est ce qu'Anne Coffinet nous a répondu, parce qu'on l'a évidemment sollicité, c'est qu'elle dit ne pas avoir reçu du Fonds du Bien commun et de la Nuit du Bien commun.
On
sait par ailleurs qu'en début de cette année, elle a essayé d'obtenir des financements aussi de Périclès, qui est donc l'outil politique de Pierre-Edouard Sterrin, l'outil avec lequel il veut faire gagner les droits extrêmes en mettant 150 millions d'euros sur la table pour les dix prochaines années.
Elle
a fait un projet qu'elle a présenté à Périclès. C'était un projet notamment de lobbying pour obtenir, et c'est intéressant, un financement public des écoles privées hors contrat, c'est-à-dire faire financer par l'État des écoles qui sont des écoles privées. C'est quand même assez gonflé, on pourrait penser quand même. Et donc, elle avait ce projet, puis elle avait aussi un projet de podcast qu'elle comptait manifestement présenter à Périclès. Alors ça, Anne Coffinet, comme Arnaud Rérol, qui est le directeur général de Périclès, nous ont dit que ça n'avait pas marché, et qu'en tout cas, Périclès n'avait pas financé d'initiative d'Anne Coffinet, d'après Arnaud Rérol.
Donc on peut penser que, c'est sans doute le cas, on peut sans doute se fier à ce qu'ils disent. Mais ce qui est sûr, c'est qu'elle a cherché à le faire, et qu
'elle
cherche à le faire, et ce n
'est
sans doute pas terminé, parce que, voilà, peut-être si elle a une idée
qui
lui paraîtrait meilleure, mieux formulée, peut-être que
ça
peut marcher un jour ou l'autre. On ne sait jamais.
Est-ce qu'il y a d'autres personnalités qui vont aider financièrement Anne Coffinet ?
Oui,
alors ça,
c
'est tout un des enjeux, en fait, dans ce type de mouvement. C'est effectivement convaincre des grandes fortunes de financer soit la Fondation Cairo, soit l'association Créer son École. Et ce qu'on explique aussi dans notre enquête, c'est qu'une des techniques que vont trouver les gens de la Fondation Cairo, c'est d'associer certains grands patrons, des grandes fortunes, à un prix qui est remis, justement, dans les locaux de l'Institut de France, donc dans un décor un peu fastueux, un petit peu les ors de la République, on pourrait dire. Et donc ça, ça marche, en fait.
Ça permet d'obtenir des financements de grandes fortunes qui veulent voir leur nom associé à ces prix, qui sont des prix pour vanter l'esprit d'entreprise. Enfin, c'est quand même des prix qui ont des objets qui sont assez proches, par ailleurs, des conceptions idéologiques et politiques de ce mouvement.
Et
donc, oui, d'après ce qu'on a pu découvrir dans les documents auxquels on a eu accès, il y
a
eu quelques... enfin, il y a quelques grands patrons, qui ne sont pas très, très connus, en fait. Enfin, il faut être un peu vraiment très intéressé, disons, par ces mouvements, pour les connaître. Mais voilà, ils sont dans notre enquête. Il y a quelques noms de grands patrons qui sont dedans.
Et comment elle a réussi à obtenir le soutien de l'Institut de France ?
Alors ça, c'est vrai que c'est un point qu'on n'a pas totalement élucidé, parce que, en
fait, ce
qui est sûr, c'est que quand elle a créé la Fondation pour l'école, je disais tout à l'heure qu'elle a créé la Fondation pour l'école en 2007-2008, cette Fondation a été reconnue d'utilité publique
par
le ministre de l'Éducation de l'époque,
qui
s'appelait Xavier Darkos. C'était sous le gouvernement, dans un gouvernement Fillon. Et il se trouve que, voilà, quelques années plus tard, une quinzaine d'années plus tard, quand elle crée sa nouvelle fondation, Kairos, il y a tout de suite une personne qui vient participer, disons, à cette création, c'est Xavier Darkos, qui aujourd'hui est chancelier de l'Institut de France, c'est-à-dire, c'est lui la personne qui dirige l'Institut de France. Et donc, il est aujourd'hui président dans les faits de la Fondation Kairos, mais comme d'autres fondations qui sont abritées par l'Institut de France.
Et
donc, il apparaît sur toutes les plaquettes de la Fondation Kairos, en uniforme d'académicien, enfin, je veux dire, en grande pompe. Voilà, et c'est quelqu'un qui a pu, voilà, participer, disons, au lancement de Kairos. Aujourd'hui, ça fait grincer un peu des dents, quand même, à l'Institut de France. Ça ne traverse pas encore tout à fait les murs qui sont un peu épais, en fait, de cette grande institution. Mais, voilà, on a pu recueillir des témoignages de gens qui disent, bon, c'est quand même assez problématique d'avoir ce type
de
fondations
qu
'elles existent dans la société. Bon, c'est tout à fait légitime. Mais que ce soit avec le label de l'Institut de France, ça pose un peu de problème. Pour le moment, les débats ne sortent pas de cette enceinte.
Mais,
voilà, la question peut se poser.
On
sait que, voilà, la fondation Kairos est assez liée
à
l'Académie des sciences morales et politiques, dans laquelle, qui vient, par exemple, je crois, l'année dernière, de faire rentrer Bernard Arnault comme grand académicien.
Donc,
ce qui est un petit peu curieux, parce que c'est censé être quand même de grands intellectuels, des gens qui, par leurs travaux, ont fait avancer la science, les sciences morales et politiques, en l'occurrence. Mais, voilà, on sait que ce sont aussi des lieux d'entre-soi, des élites dans lesquelles on se coopte, tout ça. Manifestement, il y a eu une forme de cooptation qui tient sans doute aussi au fait qu'il y a une intellectuelle qui s'appelle Chantal Delsol, qui est une philosophe assez importante dans l'univers, disons, catholique, traditionnaliste. Elle était engagée contre le mariage pour tous, ce genre de choses.
Et c'est, par ailleurs, l'épouse de Charles Millon qui a été un des précurseurs de l'union entre l'extrême-droite et la droite dite républicaine, puisque c'est avec lui qu'il y avait une alliance en Rhône-Alpes entre la droite et le Front national à l'époque. Et donc, voilà, il y a ces personnalités qui sont des personnalités importantes, disons, dans le monde, dans ce monde des académies de l'Institut de France, qui peuvent servir de couverture et d'appui pour ce type de fondation.
Est-ce qu'il
y a
d'autres personnalités ou d'autres mouvements qui ont permis à ces projets de grossir
?
Alors, de grossir, ça, ça reste à voir, parce que je ne
suis
pas sûr que
les
activités ne
sont
pas non plus sifflorissantes, manifestement. Enfin, je veux dire, ce n
'est
pas fait. En revanche, il y a des relations, effectivement, avec,
je
disais, avec Sterrin, Bolloré, enfin, les médias Bolloré.
Et
il y a aussi des relations encore plus,
disons,
un peu plus embarrassantes
pour
Anne Cofine, notamment, avec des mouvances encore plus radicales
à
l'extrême droite, qui sont l'Institut Iliade
et
Academia Christiana, qui est
un
mouvement qui sert de passerelle entre les identitaires et les catholiques traditionnalistes ou intégristes.
Donc
ça, c'est aussi un élément qu'on démontre en montrant qu'il y a des échanges
sur
différentes choses. Anne Cofine dit que ce n'est pas de sa faute, en quelque sorte. Elle nous fait savoir qu
'elle
n'a pas grand-chose à voir avec ses relations. Elle met ça sur le dos
d
'une ancienne collaboratrice, de son ancienne collaboratrice, dont on parle aussi dans l'enquête. Peut
-être
qu
'on
en dira un mot tout à l'heure. Elle dit que c'est un peu de sa faute, ses relations.
Bon,
ce n
'est
pas tout à fait ce que nous, on peut établir à partir des documents qu'on a eus. On voit qu'il
y
a des liens, des échanges assez nourris, avec des mouvances. On voit, par exemple, je ne
sais
pas si nos spectateurs se souviennent, nos viewers se souviennent, mais il y a eu un scandale un jour,
il
y a quelques mois, quand Libération a révélé qu'il y avait eu
l
'Institut Iliade, qui est un institut, on pourrait dire, suprémaciste, ethno-différentialiste, selon les termes, c'est-à-dire qu'il considère qu'il faut défendre la place des Blancs, pour le dire vite. Quand cet institut a organisé un gala,
afin
de recueillir des fonds pour créer un club privé qui serait réservé aux Européens, c'est-à-dire aux Blancs, dans le cœur de Paris. Et cette information avait été révélée par Libération, qui avait donné l'identité de quelques-uns des participants.
Mais, voilà,
nous, on a pu ajouter une participante à ce gala, et en l'occurrence, c'est Anne Cofinier qui était là. On peut l'établir.
Et
donc, ça veut dire quand même, qu'est-ce que fait cette personne, dans ce type d'endroits qui sont quand même
très,
très, très, très, très, très marqués à l'extrême droite ? Là, on est vraiment à un endroit où on organise une forme de séparatisme très radical. Donc, ce n'est pas anodin de participer à ce type d'événements.
Est-ce qu'elle a d'autres liens à l'extrême droite comme ça
?
Alors, il faut voir que, justement, elle a des liens avec, donc, cette extrême droite dont je parle, assez radicale. Mais elle a aussi des liens avec l'extrême droite
plus
classique. Je veux dire, elle a des liens avec le RN, notamment avec un député RN qui s'occupe de l'éducation.
Elle
a des liens. Elle a fait une note. C'est aussi une révélation qu'on fait. Elle a fait une note pour, au moment des législatives de 2024, en pariant sur la victoire du RN entre les deux tours pour dessiner le profil d'un ministère qui pourrait lui revenir à elle, un ministère qui aurait été délégué à l'éducation libre, enfin, aux écoles libres et à la liberté scolaire, quoi, et qui aurait été, en fait, consacrées à l'enseignement privé, à l'instruction en famille. Et, en fait, donc, elle a des liens avec, ça, c'est un petit lien avec Marie de Le Pen. Elle a des liens avec le parti d'Éric Ciotti. Elle a participé à des initiatives de la présidentielle d'Éric Zemmour.
Et elle a aussi des liens avec les LR. Bruno Retailleau n'est pas venu, finalement, mais il aurait dû être la vedette de son dernier colloque, au mois de mai dernier, pour parler, enfin, pour quelques jours après avoir fait fuiter le rapport, un rapport assez fameux sur les frères musulmans, assez fameux et fumeux, en l'occurrence, puisque sa méthodologie a été très controversée. Donc, quelques jours après avoir rendu public ce rapport sur les frères musulmans, il devait conclure les débats dans un milieu bien plus catholique pour expliquer qu'il était tout à fait possible de faire des écoles confessionnelles, d'une certaine manière.
Pardon.
A tes souhaits.
Merci.
Pourquoi elle entretient ses liens avec les politiques
?
Ah ben, ça me paraît évident. Pour faire avancer ses idées, faire gagner ses idées, c'est une question de lobby, il est assez classique.
Il
faut que, voilà, ses idées l'emportent.
Et
peut-être, peut-être, dans ce qu'elle nous a répondu, elle le dément, mais peut-être elle a aussi, elle-même, des ambitions, enfin, l'ambition, je disais, soit participer à un gouvernement, voilà, être ministre, ou parlementaire. Bon, elle nous dit que ce n
'est
pas le cas, qu'elle a eu beaucoup d'approches ces derniers temps et que c'est bien normal, nous dit-elle, puisqu'elle fait autorité, disons, sur son secteur. Mais, donc, elle dit qu'elle reste
une
militante apartisane de la liberté scolaire. Je crois que c'est un peu comme ça qu'elle nous répond. Mais, de toute évidence, soit c'est parce qu'elle a des ambitions ce qu'elle conteste, mais ce qui est sûr, c'est parce qu'elle veut établir, obtenir un modèle, un régime scolaire qui corresponde à ses priorités à elle, c'est-à-dire un régime scolaire dans lequel il y
a
une liberté, une forme de dérégulation de l'éducation nationale. Au fond, on peut enseigner des choses avec les préceptes qui sont ceux de, et d'abord, ceux de l'Église catholique
du
point de vue le plus traditionnaliste ou le plus réactionnaire possible.
Et
est-ce qu'elle a des liens avec des organismes à l'étranger
?
Alors, elle a quelques liens, oui. Elle a fait plusieurs voyages en Hongrie.
Elle
a été à l'invitation d'un très gros laboratoire d'idées réactionnaire lié à Victor Orban, qui s'appelle le Matthias Corvillus Collegium. Elle y a été invitée plusieurs fois, elle a participé à des rencontres, des débats, ce qui lui permet d'asseoir, de conforter son image à l'échelle nationale.
Et
elle est allée, en début de l'année, elle a participé à
un
grand raout ultra-conservateur à Londres, où elle a pu rencontrer, s'est-elle vantée d'une certaine manière dans les échanges internes, elle a pu rencontrer la papesse de l'éducation très stricte, la plus stricte, disait-elle, du Royaume-Uni. Donc vraiment une conception très autoritaire, très punitive de l'éducation. Elle a des liens internationaux, des petits liens internationaux, mais avec une mouvance qui est très étroite, qui est vraiment
la
mouvance internationale réactionnaire, Orban, les anglo-saxons, qui sont des conservateurs assez radicaux.
Pour
conclure, est-ce que tu peux nous dire qui est Axel Girard par rapport à Anne Coffigné
? Alors
Axel Girard, c'est effectivement quelqu'un qui est aussi dans notre enquête,
qui
apparaît à la fin de... On a fait cinq pages dans le journal, alors là, ce sera sans doute sur Internet, mais on a fait... C'est une grosse enquête, il y a beaucoup d'éléments qui ont été publiés, et elle apparaît au grand jour, elle revendique d'apparaître, parce qu'en fait, voilà, Axel Girard, c'est quelqu'un qui a travaillé
aux
côtés d'Algophilier pendant quelques années, enfin pendant des années, depuis 2017. C'est quelqu'un qui, par ailleurs, a, dit-elle, eu une liaison intime, amoureuse avec Anne Coffigné,
qui
a, d'après elle, été ponctuée de violences conjugales de la part d'Algophilier à son encontre,
et
qui a donc déposé une plainte au printemps dernier pour ces violences, voilà. Plainte à laquelle Anne Coffigné a répondu par une autre plainte, enfin d'autres plaintes contre Axel Girard, donc il y a des plaintes entrecroisées. Anne Coffigné, par ailleurs,
aujourd
'hui, en nous répondant, conteste les allégations d'Axel Girard, en particulier sur les violences conjugales. Donc là, cette question n'est pas tranchée. Il y a une enquête de police, manifestement, qui est encore en cours. Donc ça, c'est une chose. Axel Girard, c'est par ailleurs quelqu'un qui, donc, aujourd'hui, prend la parole et s'affiche, puisqu'on a publié, y compris son portrait photo. Elle a voulu apparaître, y compris dans nos colonnes, pour rompre, en fait, avec ce qu'elle décrit comme une mouvance qu'il y a un imaginaire qu'elle qualifie de nauséabond. Elle dit avoir subi de l'homophobie, entendu du racisme, du complotisme, tout ça, qu'elle veut en finir avec ça.
Elle veut sortir de cet univers. Et c'est aussi pour elle, du coup, je pense, une manière de le faire à travers un témoignage qu'elle a bien voulu nous accorder.
Parce
qu'on en parlait tout à l'heure, il y a un enjeu aussi pour elle, enfin, il y a sans doute plusieurs enjeux, disons, mais un des enjeux, c'est aussi de ne pas rester condamné, enfermé dans un milieu qui est vraiment un milieu d'extra-marche puisque Anne Gouffilier affirme à l'humanité qu'elle est, elle, liée à l'Institut Iliade, que c'est son école de pensée, comme elle dit, l'Institut Iliade ou Academia Christiana. J'ai dit tout à l'heure que c'était
sans
doute pas aussi évident que ça, mais Axel Gérard, elle admet qu'elle a participé à des rencontres, par exemple, de l'Institut Iliade, qu'elle a pu même être séduite, dit-elle, par la forme d'esthétique gréco-romaine, mais elle sait aussi qu'elle nous le dit comme ça, elle le dit comme ça à l'humanité, que tout ce qu'elle représente, ça ne peut pas, c'est tout ce que ne tolèrent pas les gens de cette mouvance et donc je pense que pour elle, l'enjeu était aussi de rompre, de sortir, de quitter cette offerte pour elle aussi. Manifestement, elle y a souffert.
Merci
beaucoup Thomas. Si ce sujet vous a plu, vous pouvez retrouver les articles sur le site de l'humanité et on se dit à bientôt. Sous
-titrage
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