Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLa France insoumise· 26 janvier 2021 6 min

Vous tuez l'idée européenne

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jean-Luc Mélenchon

Présidente, ministre, collègues, j'aurais beaucoup aimé avoir un débat sur la dette et la manière de l'effacer. Je vous montrerai que si l'argent magique existe, parce que tout argent est magique, et en particulier celui d'une banque centrale qui n'a pas à justifier ses émissions de liquidités, ce dont elle convient elle-même quand on lui pose la question comme l'a fait ma collègue Manon Aubry, et qu'elle répond qu'en effet elle ne peut jamais être à court de liquidités. On ne tuera jamais si bien et si efficacement l'idée européenne qu'en la traitant comme on est en train de le faire.

Voici qu'une fois de plus à la faveur d'une décision dont on a d'abord claironné, qu'elle est historique, magique, extraordinaire, fantastique et tout ce que l'on voudra, nous devons voter en un seul article et d'un seul vote, ou bien oui, ou bien non, sans rien y changer parce que c'est un peu, voyez ses ailes, un traité, un peu une loi française, voyez ses pattes. Alors, dans ce moment historique, taxer les profiteurs de crise au niveau européen quand se sont accumulés de telles fortunes ? Non, il n'en est pas question. Taxer contre le dumping social et environnemental aux frontières ? Non, il n'en est pas question.

Une taxe sur les transactions financières, incluant les produits dérivés, j'y insiste, ce sont les plus importants, et le trading à haute fréquence, cette absurdité totale et complète, y compris du point de vue des gens qui sont attachés au régime capitaliste ? Non plus, il n'en est pas question. Alors, il ne restera une fois de plus que la routine des oui-mets, dont il ne reste que le oui et les mets sont oubliés, ainsi que toutes les réserves justes qu'ils contiennent, qu'elles viennent des bancs de droite, qu'elles viennent des bancs de gauche, ou même des bancs des partisans de ce texte qui s'apprête à voter oui, comme nous l'avons vu tout à l'heure en entendant M.

Bourlange s'exprimer avec talent, comme d'habitude, mais dans une posture extrêmement contradictoire, si on vous a bien compris, tout ça ne vaut rien, mais il faut quand même voter pour. Et en effet, tout ça ne vaut pas grand chose. Les Français, à la faveur de cette victoire extraordinaire de l'amour et de la concorde européenne, se voient infligés de payer à eux tous seuls le quart de tous les rabais qui sont consentis, encore une fois contre toute raison, à une armada de petits pauvres, dont je veux rappeler ici quel type de profiteurs ils sont. L'Autriche verra son rabais augmenter de 49%, les Pays-Bas de 176%, le Danemark paiera un rabais augmenté de 190% et la Suède de 177%.

Tout le monde sait ici que ce sont des pays dans un dénuement qui les mettent à la limite de la termondisation. En attendant, les Français sont assez riches pour leur verser 2,6 milliards, 600 millions tous les ans qu'il faudra leur fournir. À côté de cette autorisation des rabais qui succèdent à l'histoire invraisemblable de ceux qui avaient été obtenus par Mme Satcher et refusés par les Allemands, enfin bref, nous ajoutons une autorisation pour des nouvelles ressources propres. Le ministre nous a garanti, et nous n'avons aucune raison de douter de sa bonne foi, que les Français ne paieront pas le remboursement de cette dette, d'ailleurs dérisoire.

Non, non, non, car il y a des ressources propres qui arrivent. Alors, les ressources propres qui arrivent, elles ont un inconvénient, c'est qu'il n'y en a qu'une seule qui a été validée, c'est la taxe plastique, et qui ne représente que 3 milliards d'euros par an, contrairement à tout ce qu'avaient réclamé à peu près tous les groupes du Parlement européen. 3 pauvres milliards de taxes plastiques. Et pour le reste, la taxe sur les transactions financières, la taxe carbone aux frontières, la taxe sur les GAFA, tout ça, on verra une autre fois, on va en parler, mais, premier juré, sans doute, ils vont tous les voter.

On ne voit pas pourquoi ils le feraient, parce que chaque fois que quelqu'un tient tête aux autres, il a le dernier mot. Voyons, par exemple, comment la Hongrie et la Pologne ont, à la faveur d'une entourloupe, réussi à se soustraire à la conditionnalité des valeurs, puisque, en effet, la conditionnalité des valeurs s'applique à tout le monde après la signature de cet accord, mais la Pologne et la Hongrie ont obtenu qu'ils puissent déposer un recours à la Cour européenne de justice, et pendant la durée du recours, il y a suspension de la conditionnalité des valeurs, si bien qu'ils pourront d'abord encaisser l'argent, et les valeurs, on verra après. Voilà ce qu'a été, au total, cet accord.

Quant à l'autorisation d'emprunt, elle porte sur 750 malheureux milliards, qui ne représentent rien du tout par rapport aux 2 800 milliards que la Banque centrale européenne avait déjà injecté dans toutes les banques de la zone euro, et ni non plus des 2 000 milliards qui s'apprêtent à y ajouter. Cette somme n'est rien, et nous Français, nous devrons la rembourser. Pour 40 milliards que nous toucherons, Monsieur le ministre, si vous avez raison, dans quelques années, peut-être ne serez-vous plus à ce banc pour avoir à répondre de vos affirmations, et je vous le souhaite, car ce sera un moment bien embarrassant pour vous.

Pour le reste, nous rembourserons, et tout le monde l'a dit, parce que ces ressources propres ne seront pas suffisantes, et parce que vous refusez d'entrer dans la discussion sur l'annulation de la dette. Merci. Merci.

5:34
Locuteur

Merci. Merci. Merci.