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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 27 septembre 2019 25 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & internationalCulture, médias & sport

Jacques Chirac "irradiait, on ne pouvait qu'être séduit", se souvient Jean-Paul Delevoye

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:36OuverteRéponse directe

    Quel est votre premier souvenir de Jacques Chirac ?

  • 2:40OuverteRéponse directe

    Même question à Jacques Vendroux.

  • 4:25FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'il vous est arrivé de vous fâcher avec lui ?

  • 11:29RelanceRéponse directe

    Est-ce que c'était juste un thème de campagne ?

  • 16:55OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça le protégeait de passer parfois pour un beauf ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:05Invité politiqueFait
    « C'est d'avoir été ministre ou secrétaire d'État du général de Gaulle. Et ça, c'était son bâton de maréchal. »
  • 10:51Locuteur non identifiéFait
    « Ce thème et cette expression c'est la fracture sociale. »
  • 13:15InvitéFait
    « c'est une phrase mais Alain Juppé le reconnaît lui-même tout le discours sur l'assurance maladie a été accepté. »
  • 20:27Locuteur non identifiéFait
    « il n'y a pas de différent entre le ministre des finances et moi pour une raison simple, c'est que notamment s'agissant de la dépense je décide et il exécute. »

Temps de parole

  • Invité38 %
  • Odile Delevoye31 %
  • Présentateur12 %
  • Locuteur non identifié9 %
  • Locuteur non identifié 28 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:05
Présentateur

Deux invités ce matin sur France Info au lendemain de la disparition de Jacques Chirac à 86 ans. Jacques Vendroux, ancien directeur des sports. Rebonjour Jacques. Bonjour. Intime des Chirac depuis des années et des années. Et à vos côtés Jean-Paul Delevoye, bonjour. Bonjour. Bienvenue sur France Info, ancien ministre de Jacques Chirac. Vous avez été ministre de la fonction publique de 2002 à 2004 dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. On va rembobiner en quelque sorte avec vous cette incroyable carrière politique de Jacques Chirac de la Corrèze jusqu'au palais de l'Elysée.

D'abord, je voudrais tout simplement vous demander à tous les deux le premier souvenir que vous avez de Jacques Chirac. Votre toute première rencontre avec lui, Jean-Paul Delevoye.

0:45
Invité

Moi, je découvrais la politique. Je n'étais pas du tout destiné à cela. Je venais d'être élu conseil général du Pête-Calais, de Bapaume. Et analysant les différents programmes présidentiels, je vois que celui de M. Mitterrand ne peut absolument pas tenir. Et je vois Jacques Chirac. Je suis plutôt... J'étais élevé au biberon gueuliste. Et je sentais une résonance dans son programme, dans l'homme, dans l'incarnation. Et on m'a convié à participer à un meeting politique de Jacques Chirac dans la campagne Les Edains auprès du sénateur Désiré de Bavlard. Et avant les meetings, il y avait toujours un dîner. Et c'est la première fois que je l'ai rencontré. Et on sentait, mais je ne le mesurais pas.

Je découvrais ce qu'était l'animation politique. Déjà, autour de lui, il y avait... Enfin, il y avait comme souvent chez les animaux politiques, il y avait une espèce d'énergie, une espèce de mouvement collectif, une espèce d'entraînement, de motivation. Et quand on le voyait, il irradiait. Il émettait des choses... Enfin, on ne pouvait qu'être séduit, adhéré. Et dès qu'on franchissait un pas et qu'on rentrait dans cette intimité, on était entraînés, on était emballés, on était motivés. C'était un extraordinaire entraîneur, un extraordinaire manager, un extraordinaire... Et puis derrière, ça respirait qu'on n'était pas là pour être élu pour des intérêts de caractère local et de court terme.

On était là pour la France. Et donc, ça nous faisait vibrer. Il était aussi entouré d'hommes qui avaient fait l'histoire, Maurice Schumann et d'autres. On sortait aussi avec l'ombre portée du général de Gaulle et de Pompidou. C'était assez fascinant pour des jeunes comme moi, à peine 30 ans. En quelle année c'était ? Pardon ? En quelle année ? C'était en 1980, et il préparait la campagne présidentielle de 1981. Où il allait perdre, perdre ensuite en 88, avant de remporter l'Elysée en 1995.

2:40
Présentateur

Même question à Jacques Vendroux à vos côtés.

2:41
Odile Delevoye

Moi, c'était chez mon grand-père, qui était député maire de Calais, que Jean-Paul a bien connu. Mon grand-père avait organisé un déjeuner avec Jacques Chirac, qui venait d'être élu député de la Corrèze. Et mon père, qui avait été élu, à la demande du général de Gaulle, député de Saint-Pierre-et-Miquelon. C'est 67 qu'il était élu. Voilà, exactement. Ils sont élus tous les deux. Je veux dire, en 1967, et mon grand-père nous invite à déjeuner, je veux dire, et il me présente Jacques Chirac, et on parle de tout, de rien. Et puis déjà, d'entrée, on voit que c'est quand même quelqu'un qui sort de l'ordinaire.

Mais surtout, surtout, et je parle là encore sous le contrôle de Jean-Paul Delevoye, surtout, je veux dire, il vous a aimé tout de suite. On a l'impression qu'il aimait les gens tout de suite. C'est-à-dire qu'on ne se connaissait pas. Attention, moi, j'avais 18 ans, je débutais à la télévision. Enfin, je veux dire, j'étais jeune journaliste sportif. Enfin, je veux dire, j'étais ébloui. Et puis, il y avait aussi l'histoire avec le général de Gaulle. Et puis, vous savez, on parlait de sa carrière politique. On va y revenir, enfin, je pense que Renaud va y revenir avec vous tout à l'heure. Son meilleur souvenir, son meilleur souvenir, c'est pas d'avoir été président de la République.

C'est pas d'avoir été maire de Paris. C'est pas de vous avoir rencontré non plus, ça aurait pu. C'est pas de m'avoir rencontré, je vous le dis franchement. C'est pas d'avoir été Premier ministre. C'est quoi ? C'est d'avoir été ministre ou secrétaire d'État du général de Gaulle. Et ça, c'était son bâton de maréchal. À chaque fois qu'on avait des conversations, il fait, mais attends, tu me parles du... J'ai été président, j'ai été Premier ministre. N'oublie jamais que j'ai été secrétaire d'État du général de Gaulle.

4:19
Présentateur

Avant de rembobiner la carrière politique de Jacques Chirac avec Renaud Delis, je voudrais encore une fois vous poser juste la même question. Est-ce qu'il vous est arrivé de vous fâcher avec lui ? Non. Jacques ? Jamais. Jamais.

4:30
Locuteur non identifié

Renaud Delis. Jean-Paul Delevoye, vous avez fréquenté de près Jacques Chirac, lequel a eu des hauts et des bas dans sa carrière politique avant d'accéder à l'Elysée. Et on se souvient évidemment de cette période difficile de la cohabitation de 1993 où Édouard Balladur va se déclarer candidat. Il va vivre ça comme une trahison. À ce moment-là, si je me souviens bien, vous présidiez l'Association des maires de France, donc une institution extrêmement importante, enracinée dans le pays. Vous organisez à l'automne 1994, comme chaque année, le Congrès des maires de France.

Et là, vous allez être un petit peu un casque bleu, un médiateur entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, avec deux façons de faire campagne totalement différentes des deux hommes. C'est là qu'on voit le vrai Jacques Chirac aussi.

5:06
Invité

C'était fascinant d'abord, parce qu'il m'avait invité à déjeuner en tête-à-tête à l'hôtel de ville de Paris vers le mois de septembre-octobre. Et je lui ai dit, écoute Jacques, le Congrès des maires de France, c'est hors les campagnes présidentielles. Donc ne crains rien. Je te soutiendrai au mois de janvier, parce que je préfère perdre avec toi que de gagner avec d'autres.

5:26
Locuteur non identifié

Rappelons qu'à l'automne 1994, il est au fond du trou dans les sondages. Personne ne pense qu'il va être élu.

5:31
Invité

Et je le vois encore, vous savez, dans ce geste un peu, il avait son pot de bière en gré, puis son poing sur lequel il appuyait son... Et là, peut-être que Jacques, tu as le même souvenir, un regard d'une énergie qui, sans broncher, me dit, mais Jean-Paul, je vais gagner. Et là, dans ma tête, je me souviens, je lui dis, bon, ok, je l'aime trop pour lui dire que je crains que non. Donc je ne dis rien, mais il y avait un transfert d'énergie et une conviction qui était absolument fascinante. Et donc, effectivement, ensuite, le Premier ministre, dans la préparation d'une autre date, me dit, mais Jean-Paul, vous organisez des réceptions de maires.

Je lui dis, non, non, mais tous les mercredis, c'est la tradition, le maire de Paris reçoit les maires de France. Et le mardi, Édouard Balladur invite la totalité des maires de France. Il avait réservé le Louvre. Et là, il y avait un magnifique buffet avec les galeries qui étaient ouvertes. Édouard Balladur fait un tout petit discours, puis il décide de partir. Et Jacques Chirac, en bas de l'escalier, était à côté du buffet. Il a passé trois heures à faire campagne, me semble-t-il, sur le compte de l'invitation de M. Balladur. Et il avait compris que ce que dit Jacques, c'est que la politique, pour faire de la politique, il disait, il faut aimer les gens, il faut aimer la vie.

Et lui, qu'on soit adversaire ou pas, moi, je me souviens, combien de fois j'ai vu des adversaires dire, mais c'est incroyable, on passe cinq minutes avec lui, on a envie de prendre un poids avec lui. C'est ça qui était assez fascinant.

6:57
Présentateur

Jacques Vandrou, je crois que vous, vous avez su, avant tout le monde, en tout cas avant les Français, que Jacques Chirac allait se lancer dans la campagne présidentielle.

7:03
Odile Delevoye

Je vais vous raconter l'anecdote. Avec le variété Club de France, que Jean-Paul connaît bien, on avait été joué à Husserl. C'était en 1993. En Corrèze. Et nous sommes dans le vestiaire avec, il y a Serge Blanco, il y a Michel Platini, il y a Yannick Noah, il y a Alain Giresse, ce que j'appelle, moi, notre dream team. Maintenant, il y a Laurent Blanc, Didier Deschamps, Elle est droite au but, Jacques. Non, non, mais j'explique l'histoire, parce que, et on est dans le vestiaire, et il rentre dans le vestiaire après le match, etc.

Et je lui dis, Monsieur le Premier ministre, ou je ne sais plus comment je l'appelais, je lui dis, bon, vous n'allez pas nous la faire à l'envers, en déconnant, on déconnait un peu quand même, parce que c'était quand même quelqu'un qui aimait beaucoup rigoler, et qui était, je veux dire, il aimait bien, il allumait, enfin, je veux dire, il était. Je lui dis, vous n'allez pas nous la faire à l'envers, vous allez quand même y aller, parce qu'il savait tous qu'on était un petit peu, on avait une petite tendance chiracienne, quoi. Et donc, il me dit, ça veut dire quoi, je ne vais pas vous la faire à l'envers ? Je lui dis, président, vous allez y aller, 1993, c'est en 95, il faut y aller.

Alors il fait, je crois que je vais y aller, mais deux ans avant, je crois que je vais y aller, je pense que je passe sous ton contrôle, je crois que je vais y aller, et je crois même que je vais gagner. Et, en écoutant Jean-Paul tout à l'heure, je vais vous dire un secret, c'était un secret. Quand j'ai été blessé à Furiani, j'ai été ramené à la salle pétrière, c'était donc en 92, et j'étais fatigué, j'étais épuisé, oui, j'ai encore beaucoup d'émotions. J'en pouvais plus parce que j'avais eu cet accident et il fallait que je me batte pour m'en sortir.

Il est rentré dans ma chambre d'hôpital à la salle pétrière, au 7ème étage, il s'est assis devant moi, il était avec sa femme, il m'a dit, on va gagner. et on a gagné. Je m'en suis sorti. Et ce mot qu'il m'a dit, je veux dire, a changé toute ma vie. Je n'en ai jamais parlé. Eh bien, j'en parle aujourd'hui parce que c'est le moment et le président est parti, etc. Et il m'a donné une force incroyable. C'était Jacques Chirac. Il me dit, il ne m'a pas dit, tu vas t'en sortir. Ce n'est pas si grave que ça. Il m'a dit, on va gagner. Et voilà, je le dis aujourd'hui, je ne l'ai jamais dit.

9:17
Présentateur

Jacques Vendoux, vous restez avec nous. Jean-Paul Deloye également. Bien sûr, on va s'interrompre quelques instants, 8h42, c'est pire en pire chaque jour. Le rappel de l'actualité avec Lauriane Delanoé.

9:26
Locuteur non identifié

À président populaire, hommage populaire, la famille de Jacques Chirac souhaite organiser une telle cérémonie après-demain, dimanche après-midi aux Invalides à Paris. Ce serait donc à la veille de la journée de deuil national. Lundi, les deux tiers des Français attristés par la mort de l'ancien chef de l'État hier à 86 ans. Il a été un bon président pour 8 personnes sur 10 interrogés pour un sondage au Doxa Densu Consulting pour France Info et Le Figaro. Jacques Chirac entre dans l'histoire et manquera à chacun de nous. Salut Emmanuel Macron. Baisse d'impôts et maintien des services publics de proximité.

Voici le mot d'ordre du gouvernement qui présente ce matin le budget pour l'an prochain en réponse au mouvement des Gilets jaunes. Il prévoit seulement une cinquantaine de suppressions de postes dans la fonction publique d'État l'an prochain. C'est moins qu'attendu initialement. Comme une odeur de garage dans l'air de Rouen ce matin encore. Conséquence de l'incendie hier à l'usine Céveso usine Lubrizol. Les pompiers sur place en surveillance. Écoles, collèges et lycées fermés aujourd'hui encore. Reprise lundi. France Info Et tout est plus clair.

10:34
Présentateur

Toujours avec Jacques Vendroux et avec Jean-Paul Delevoye pour évoquer la destinée politique de Jacques Chirac. On a évoqué l'avant 95, la campagne, le fait que Jacques Chirac se déclare. On va maintenant entrer de plein pied dans cette campagne de 1995. Renaud Delis avec un thème de campagne qui a sans doute fait la victoire de Jacques Chirac.

10:51
Locuteur non identifié

Ce thème et cette expression c'est la fracture sociale. Jacques Chirac en fait le diagnostic durant sa campagne. Il l'aborde pendant toute la campagne. Il évoque cette fracture sociale. On va l'écouter. C'est un extrait du débat d'entre deux tours de l'élection présidentielle et le débat qui l'oppose à Lionel Jospin. Le danger aujourd'hui de notre pays c'est la fracture sociale qui s'est traduite sur le plan politique par l'éparpillement des votes et par l'importance du vote protestataire. J'ai dénoncé cette fracture sociale. J'ai expliqué qu'il y avait un nombre croissant de Français qui vivaient dans la peur pour leur lendemain ou pour celui

11:27
Présentateur

de leurs enfants. Jean-Paul Devoix quelques mois plus tard réforme des retraites des millions de Français dans la rue. Est-ce que c'était juste un thème de campagne ?

11:34
Invité

Quand il était en préparation je me souviens Claude Chirac était venu à la maison avec des conseillers me demandant ce qui serait intéressant dans sa visite du Pas-de-Calais. Et à part les choses classiques je lui dis il y a quelque chose qui serait peut-être bien c'est d'aller voir le Père Léon qui était un personnage mythique dans le Pas-de-Calais la communauté d'Emmaüs. Michel Rocard le connaissait bien lui qui avait inventé le RMI et le Père Léon était quelqu'un qui en contrepartie d'un travail hébergé, logé et disait je veux l'épanouissement de l'homme par le travail et les conseillers et les conseillers avaient dit non, non ça fait pas d'image etc.

Et Claude avait dit si mon père va adorer ça.

Il a passé deux heures, deux heures et demie à boire la soupe avec les précaires il y a quelque chose de très émouvant c'était quelqu'un est sorti du rang c'était les bottes people on a oublié ça il a dit mais monsieur Chirac avec votre femme vous nous avez hébergé et Jacques Chirac est resté copain avec Claude est resté copain avec ce Père Léon c'est-à-dire qu'il était vous savez son sens paysan le contact humain il avait compris que l'humanité c'était aussi d'accompagner la souffrance moi j'ai assisté mais j'ai entendu des témoignages combien de fois vous étiez à côté de lui dans la voiture il y a passé moi un tel et un tel c'était quoi c'était quelqu'un qui perdait un proche qui perdait un boulot qui était sur un lit d'hôpital et c'était toujours discret c'était toujours discret la politique et la rue

12:57
Présentateur

Jean-Paul Devoix

12:58
Invité

l'ont rattrapé

12:58
Présentateur

quelques mois seulement après cette campagne sur ce thème

13:01
Invité

de la fracture sociale rappelez-vous d'abord c'est Philippe Seguin c'était le discours de Pantin c'était le basculement de la campagne rappelez-vous les sondages étaient faibles à partir de ce diagnostic auquel les gens et les autres raisonnaient ça a été ça mais sur la retraite rappelez-vous c'est une phrase mais Alain Juppé le reconnaît lui-même tout le discours sur l'assurance maladie a été accepté c'est le discours sur les régimes spéciaux

13:22
Locuteur non identifié

mais avant même les retraites Jean-Paul Delevoix dès la fin du mois d'octobre 1995 on se souvient le 26 octobre 1995 que Jacques Chirac fait une émission de télévision extrêmement importante lors de laquelle il enterre quasiment la priorité pour la fracture sociale au profit de l'urgence de réduire les déficits il y a ce virage sur les déficits fin octobre 1995 et on a l'impression là que les convictions l'authenticité l'empathie sans doute de Jacques Chirac pour les questions sociales se heurtent au mur du réel au moment de gouverner le pays

13:48
Invité

vous savez le problème de tous les dirigeants quelle que soit la nature de cette direction c'est toujours dans un équilibre compliqué entre le souhaitable et le possible et c'est clair que Jacques Chirac a gardé au fond de lui comment dire la résonance d'une identité du peuple il s'est battu pour les langues vernagulaires pour le maintien de la langue agiduite le musée des arts premiers et il était en attente il a créé la NPE les lois sur l'handicap c'est lui mais c'est lui pas parce qu'il fallait faire les lois sur l'handicap parce qu'il ressentait complètement qu'il fallait préserver la dignité de chaque personne y compris dans ces moments de difficulté donc il avait au fond lui-même une formidable philosophie d'une empathie alors pas uniquement pour la sympathie mais on le voit aujourd'hui d'ailleurs ce qui me frappe dans l'hommage populaire de droite et de gauche c'est que les françaises et les français se rassemblent dans les douleurs quand il y a un pépin dans un village il y a une solidarité instantanée les français font un deuil font un deuil de quelqu'un qui a su porter la grandeur de la France dans l'opposition à l'Irak qui a su porter la dignité de la dimension avec Mitterrand c'était les deux derniers politiques qui avaient su garder la hauteur sous l'ombre portée du général de Gaulle et donc c'est fini

15:03
Locuteur non identifié

ça c'est un modèle

15:05
Invité

oui mais il ne faut pas faire une critique on a un autre style

15:08
Présentateur

on a entendu ça depuis hier c'était le dernier des présidents on avait dit ça déjà François Mitterrand quand il est mort le président Sarkozy

15:16
Invité

a porté son style mais c'était à une autre époque le président Hollande aussi le président Macron quoi que le président Macron semble porter aujourd'hui les français le reconnaissent comme la dimension c'est un héritier

15:27
Locuteur non identifié

de Jacques Chirac le président Macron

15:28
Invité

c'est un héritier de celles et ceux qui veulent mettre la dimension de l'habit présidentiel à la dimension de la grandeur de la France mais c'est une c'est la fonction présidentielle or Jacques Chirac n'a jamais rappelez-vous quand on disait moi je l'ai vu dans sa serviette il y avait toujours trois feuilles sur l'histoire de l'homme sur ce qui crée les mouvements et quand il a alerté les américains en s'opposant à l'Irak il avait averti le président Bush de tout ce qui allait se passer et son avertissement s'est déroulé quasiment à l'année près donc il avait et moi je l'ai vu dans un repas officiel avec le président mexicain on parlait des génocides etc il disait non non attendez le plus grand génocide c'est celui des Améradiens et il a raconté l'histoire du Mexique à la limite presque mieux que ne le racontait le président mexicain n'oublions jamais cette dimension d'une extraordinaire culture des peuples des identités surtout la résonance africaine c'est pas neutre quand vous allez en Afrique les chauffeurs de taxi vous disent la France ah oui Chirac

16:32
Présentateur

Jacques Vendroux sur cette double image de Jacques Chirac amateur de tête de veau de corona du cul des vaches et en même temps des jardins secrets sur l'art des sumos sur les arts premiers sur le musée du Quai Branly il s'en amusait c'était une façon de se protéger aussi

16:48
Odile Delevoye

d'abord il essayait de se protéger parce que c'est pas simple pour un président de la république se protéger avec tout ce que ça peut comporter je vais vous poser

16:56
Présentateur

la question d'une autre manière est-ce que ça le protégeait de passer parfois pour un beauf je crois pas

17:01
Odile Delevoye

le côté

17:02
Présentateur

cul des vaches le côté j'aime la couronne bon vivant

17:05
Odile Delevoye

sexiste non mais c'est ce que je me suis permis de dire sur l'antenne de France Info depuis hier et là aussi je parle une nouvelle fois sur le contrôle de Jean-Paul de Levoy c'était quelqu'un c'est pas du tout péjoratif c'était quelqu'un de normal c'est-à-dire qu'il connaissait les vraies valeurs de la vie le nombre de personnes que nous avons tous côtoyées qui ont disjoncté à un moment qui se sont pris pour un autre etc qui ont fait n'importe quoi Jacques Chirac en tous les cas vis-à-vis des français il a toujours fait ça en son âme et conscience parce qu'il avait le terroir parce qu'il savait ce que c'était il savait ce que c'était la souffrance et tout à l'heure Jean-Paul de Levoy parlait d'Emmanuel Macron je vais vous raconter une anecdote encore une autre un mois après l'élection du président Macron Brigitte Macron et Emmanuel Macron sont partis discrètement rue de Tournon les embrasser les saluer parler avec eux c'était une sorte de récompense pour Emmanuel Macron d'aller rendre hommage à Jacques Chirac c'est vrai ou faux et donc j'ai trouvé ça je veux dire mais merveilleusement merveilleusement touchant et il n'y avait pas de presse il n'y avait pas de télé il n'y avait pas de radio il n'y avait personne il n'y a pas de photographe il a fait ça pour lui et pour sa femme et puis je terminerai en disant que un an après Brigitte Macron a sympathisé avec Bernadette Chirac et un jour Brigitte Macron a invité Bernadette Chirac à l'Elysée il y a eu un déjeuner avec un certain nombre de personnalités et à un moment à la fin du repas le rideau s'est ouvert et il y avait tous les collaborateurs de Jacques Chirac et de Bernadette Chirac pendant toute la durée du septennat et du quintennat et donc il y a eu quinquennat une sorte de standing ovation donc ça prouve ça prouve que Chirac Jacques Chirac a transmis aussi une certaine forme d'affect d'important l'affect dans la vie on poursuit cette discussion

19:02
Présentateur

dans un instant 8h52 Jacques Vendrou Jean-Paul Delvoix vous restez avec nous on s'interrompt pour le rappel de l'actualité avec Lauriane Delanoé

19:08
Locuteur non identifié

des pages et des pages noircies en quelques heures dans les registres de condoléances ces carnets ouverts après la mort de Jacques Chirac hier des centaines de personnes à l'Elysée dans la soirée pour inscrire leurs mots l'ancien président c'était un peu un grand-père l'idéal du président de tous nous dit sur France Info un jeune d'une vingtaine d'années rencontré dans cette file d'attente la famille Chirac souhaite organiser un hommage populaire ce dimanche aux Invalides à Paris une journée de deuil national organisée lundi avec une messe à l'église Saint-Sulpice le débat sur l'immigration prévu ce jour-là à l'Assemblée nationale est donc reporté le gouvernement veut montrer qu'il a entendu les gilets jaunes le budget 2020 présenté ce matin en Conseil des ministres met l'accent sur les baisses d'impôts plus de 9 milliards d'euros en tout pour les familles un acte politique assure le ministre Bruno Le Maire une association l'association Robien Desbois s'inquiète de la pollution à Rouen après l'incendie hier dans une usine classée Céveso elle demande une enquête environnementale dans les cours d'école et les champs à 30 km alentour l'incendie qui est désormais éteint France Info et tout est plus clair

20:18
Présentateur

nous sommes le 14 juillet 2004 Jacques Chirac est président de la République Nicolas Sarkozy est ministre du budget et voici ce que déclare ce jour-là le chef de l'état il n'y a pas de différent

20:29
Locuteur non identifié

entre le ministre des finances et moi pour une raison simple c'est que notamment s'agissant de la dépense je décide et il exécute

20:38
Présentateur

Jacques Chirac l'animal politique à sang froid ce jour-là qui exécute littéralement son ministre ça vous fait sourire Jacques Vendroux moi je trouve ça quelque part un peu magique

20:47
Odile Delevoye

c'est-à-dire que alors c'est peut-être la politique à l'ancienne c'est peut-être c'est peut-être quelque chose qu'on ne peut plus faire maintenant mais je trouve qu'il n'était pas d'accord il s'entendait de moins en moins et moi je trouve que la mine qu'il lui met enfin je veux dire c'est pas un truc discret c'est pas c'est le jour de l'intervention à la télé du 14 juillet c'est pas Jacques Chirac qui convoque Sarkozy en lui disant attention il lui met une mine devant tout le monde et jusqu'au bout Jacques Vendroux

21:12
Locuteur non identifié

il y a trois personnages pour lesquels Jacques Chirac avait une certaine animosité utilité on va dire

21:18
Odile Delevoye

j'en parlais tout à l'heure avec Jean-Paul Delevoix avant d'entrer dans le studio c'est vrai que Télélysée le terme il en a trois dans le collimateur ça jusqu'à son dernier souffle il en a eu trois dans le collimateur Nicolas Sarkozy pour la raison qu'on sait avec l'association avec Balladur etc etc il y a Giscard d'Estaing parce que c'est comme ça parce qu'ils ne se sont jamais entendus et ils ne se sont jamais aimés et qu'il l'a un peu trahi aussi comment ?

et qu'il l'a un peu trahi aussi les temps sont partagés oui enfin d'accord bon et puis Edouard Balladur alors ça Balladur c'est c'est le sommet Giscard c'est la vie c'est le combat mais Balladur qui était son copain enfin j'essaye de résumer ça je veux dire à l'affect dont on parlait tout à l'heure Edouard Balladur souvenez-vous que normalement c'est Jacques Chirac qui devait être premier ministre avec Mitterrand à la première cohabitation c'est Jacques Chirac qui effectivement laisse la place à Edouard Balladur il dit bah écoute tu vas y aller

22:14
Locuteur non identifié

parce qu'il avait assez mal vécu la première cohabitation oui oui non mais ça

22:17
Odile Delevoye

je ne suis pas politologue je ne pourrais pas me lancer là-dedans moi je sais ce que ce que j'ai vu et entendu c'est-à-dire qu'il dit à Balladur tu vas y aller comme ça moi je vais me préparer tranquille pour la présidentielle c'est vrai ou faux ? c'est absolument bon vrai et donc après

22:31
Invité

beaucoup de ses conseillers avaient dit ne nomme pas Balladur parce que tu verras il souhaitera

22:34
Odile Delevoye

voilà elle a sorti l'autre une humaine à l'envers aussi Jean-Paul Delevoix Balladur lui met à l'envers quand même et donc après Chirac gagne

22:41
Locuteur non identifié

Jean-Paul Delevoix on rend hommage à l'homme Jacques Chirac à son empathie le fait qu'il aimait les gens effectivement mais en politique c'était pas un tendre il avait commencé d'ailleurs enfin en tout cas il avait accédé à un niveau il avait accédé à Matignon en trahissant Jacques Chaband-Delmas en 1974 il y a eu Chaband il y a eu Giscard il y a eu Giscard en politique c'est fréquent la trahison non mais arrêtez de parler de trahison c'est pas des trahisons

23:03
Odile Delevoye

c'est des matchs c'est des matchs comme il y a eu Mohamed Ali contre Joël Frazière c'est des matchs et tous les coups et tous les coups sont permis voilà mais c'est pas ils ont pas passé la vie à écouter un certain nombre de personnes que ça soit dans l'ancien temps tout le monde a trahi tout le monde non il faut arrêter je veux dire je pense qu'est-ce qu'on peut entendre Jean-Paul Delevoye sur cette question

23:23
Invité

il y avait un principe de réalité sur Chaband c'est que tous les sondages montraient que Chaband était battu par Mitterrand et que le seul qui pouvait gagner c'était Giscard et c'était aussi Pierre Juillet Marie-France Garraud etc et donc il y a eu des principes de réalité

23:38
Locuteur non identifié

et c'est ce qui lui a permis d'accéder à Matignon mais je pense que quand vous êtes à ce niveau-là

23:42
Invité

il y a beaucoup d'empathie mais à un moment donné quand vous êtes décideur il ne peut pas y avoir d'affect parce que alors que quand il était dans cette direction moi j'ai en tête une anecdote que m'a raconté Nicolas Hulot il y avait un formidable respect pour M. Mandela quand il est allé la maison brûle etc etc et Nicolas Hulot et qu'il me pardonne de dévoiler cela mais c'est très révélateur le président Chirac était en discussion avec M.

Mandela et il savait parce que Nicolas lui avait dit que le rêve de Nicolas Hulot était d'avoir un entretien de proximité avec Mandela et à un moment donné il pose la question à Mandela Mandela donne son accord et il appelle Nicolas Hulot il dit viens je sais que ton rêve c'est de discuter avec Mandela voilà et il a cédé la place donc c'était ça Chirac c'était les petits plaisirs c'était les petites attentions c'était mais de façon discrète par contre c'était quand il y avait la France quand il y avait des décisions à prendre il n'y avait pas d'affect or je crois qu'à ce niveau de responsabilité à un moment donné il ne peut pas y avoir d'affect c'est l'intérêt de la France et on doit dépasser ses émotions pour pouvoir servir et prendre la meilleure décision et moi je rends hommage et d'ailleurs tous les présidents je n'en citerai pas qui ont quelquefois eu du mal à prendre des décisions pour préserver des copains pour préserver l'amitié etc ça n'a jamais été de bonne décision

25:00
Présentateur

merci à tous les deux Jacques Vendroux Jean-Paul Delvoix on vous réinvitera bien évidemment pour parler de la réforme des retraites puisque c'est bien ce qu'il était aujourd'hui je crois que le coeur n'y était pas vraiment et que vous souhaitiez avant tout rendre hommage à Jacques Chirac merci à tous les deux d'être venus ce matin et l'info politique n'oubliez pas c'est aussi un podcast original sur France Info Paris la bataille le feuilleton des municipales un nouvel épisode tous les vendredis un podcast à écouter sur franceinfo.fr disponible aussi sur l'application Radio France sur l'application Radio France