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Podcast / conversationFrance Culture (sur YouTube)· 11 octobre 2025 35 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalRetraitesSolidarités & famille

LECORNU démissionne et REVIENT ENCORE : décryptage de la France en crise

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:15OuverteRéponse directe

    Comment qualifier ce choix de renommer Lecornu malgré sa démission ?

  • 0:45OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette annonce tardive pour Lecornu ?

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on parle d'une crise politique ou de régime ?

  • 1:45RelanceRéponse directe

    Est-ce que Macron est dans son rôle en recevant les partis ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Quel est l'équilibre des forces politiques pour Lecornu ?

  • 2:45OuverteRéponse directe

    Quelle est la stratégie de Lecornu pour éviter les blocages ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00Chiffre
    « le camp macroniste a perdu 100 députés et donc à son déniorité »
  • 1:30Fait
    « le président de la République souffre d'un discrédit énorme dans l'opinion »
  • 2:00Fait
    « le président n'est pas celui qui dirige la politique, c'est article 5 de la Constitution un arbitre et un garant »
  • 4:00Fait
    « le président de la République n'a plus de majorité »
  • 5:00Fait
    « le premier parti de France quand même euh le RN a un rapport à l'état de droit assez problématique »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Si nous devions tirer un bilan de cette semaine politique en France, nous pourrions dire en quelques mots tout ça pour ça comme un sentiment d'un retour une semaine voire un mois en arrière puisqu'il aura donc fallu attendre hier soir 21h59 pour que le président de la République nomme à nouveau Sébastien Lecnou premier ministre. celui-là même qui avait démissionné, souvenez-vous, c'était lundi, celui-là même qui avait dit ne pas souhaité être renommé à Matignon, le moine soldat comme il s'est qualifié lui-même, a donc accepté par devoir, dit-il, de former un nouveau gouvernement en toute vitesse, de présenter lundi après-midi un budget et tout cela sous les critiques des oppositions déjà prêtes à le censurer. Seul les LR devraient lui apporter son soutien.

Ils se décideront dans la matinée. Le Parti socialiste, lui a tout conditionné à une suspension de la réforme des retraites. Et maintenant, que vont-ils faire ?

Quel est l'avenir de ce gouvernement ? Le Cornu 2, On va essayer d'en discuter ce matin avec nos invités. J'accueille à distance Bastien François.

Bonjour monsieur. Bonjour. Vous êtes politologue, professeur de sciences politiques à l'université Parisien.

À mes côtés en studio Marianne Coandé. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes constitutionnaliste et professeur de droit. à la Sorbonne. On va questionner tout à l'heure la crise.

Est-ce qu'on parle d'une crise politique ? Est-ce qu'on parle d'une crise de régime ? Quelles sont les causes ?

Et comment on peut faire évoluer peut-être la 5e République sur le long terme ? Est-ce qu'il faut le faire d'abord aussi ? Mais revenons peut-être sur cette semaine politique.

Bastien François, comment qualifier ce choix ? Pourquoi cette annonce tardive pour finalement renommer quelqu'un qui ne voulait plus être nommé, qui a démotionné lundi, c'est-à-dire Sébastien le Cornu ? Mais effectivement la situation peut nous sembler stupéfiante mais à vrai dire on est un peu habitué à ce ce vot ville un peu pathétique hein que qu'on connaît depuis depuis un an et demi mais qui s'est vraiment accéléré ces dernières semaines et et et cette dernière semaine en particulier.

On a même vu des soutiens du président de la République appelé enfin appelé à sa à sa démission. hein. Donc on est vraiment dans une situation euh très particulière qui est quand même euh très largement lié au dénique de son déni par rapport à sa défaite hein, de de 2024.

Il faut rappeler quand même que le camp macroniste a perdu 100 députés et donc à son déniorité. C'est-à-dire que il n'a pas de majorité le président de la République et jusqu'à présent il n'en tire pas vraiment les conséquences et en renommant monsieur le Cornu qui est finalement le symbole du du cœur du camp macroniste, en réalité il montre qu'il a toujours pas compris la situation et la nature des équilibres politiques aujourd'hui. Marianne Corandais Sébastien Lecorn c'est un un choix qui n'en est pas un en quelque sorte.

Oui, c'est un choix pour le moins d'une maladresse politique assez sidérante parce que le président de la République souffre d'un discrédit énorme dans l'opinion. On le voit avec ses appels à démission de toute part et très soutenu par l'opinion et il nomme son altère egg, il nomme son nombre à Matignon. Ça ne peut que générer des situations enfin des sentiments de rejet.

Et donc effectivement, il y a un problème de surdité par rapport à l'opinion et aussi un problème de d'incompréhension par rapport à sa fonction. En effet, selon le texte de la Constitution, le président n'est pas celui qui dirige la politique, c'est article 5 de la Constitution un arbitre et un garant. Et c'est seulement quand il bénéficie d'une majorité absolue qui lui est favorable, qui peut se permettre de diriger la politique nationale.

Alors dans certains cas, il l'a fait quand même avec une majorité relative. C'était le cas de De Gaulle au tout début de la 5e, 58 62. Ça a été le cas aussi entre 88 et 93, mais tout de même la majorité était plus importante.

Et là, effectivement, monsieur Macron aurait dû entendre qu'il avait subi une défaite en 2024 et prendre du recul par rapport au gouvernement, chose qu'il n'a manifestement pas faite puisqu'il persiste à nommer quelqu'un qui lui ressemble trop. On va reparler de Sébastien Lecnu dans dans quelques instants. Mais puisque vous parlez tous les deux d'Emmanuel Macron, est-ce qu'il est dans son rôle hier quand il reçoit les partis politiques pour mener pendant 2h20 des négociations, des discussions à l'abri des téléphones puisque les téléphones ont été laissés sur le côté en invitant les chefs de parti qui n'appellent pas à la dissolution et voilà.

Est-ce qu'il est dans son rôle ? D'abord vous Marianne Candé et ensuite je poserai la même question à Bastien François. Alors première chose tout le monde a été stupéfait de le voir faire ça et la première question dit on n'est pas habitué à ça.

C'est pas du tout son rôle. Il me semble qu'au contraire si ça devrait être son rôle que dans un régime parlementaire le président de la République doit nommer comme premier ministre le leader de la majorité. S'en a pas il faut que ce constituent une majorité.

Donc le fait de dire au chef de partie, réunissez-vous et trouver un accord entre vous, c'est parfaitement son rôle. Là où c'est moins son rôle, c'est qu'il veut tout diriger, tout contrôler. Et là, c'est embêtant.

Le fait qu'il ait cette réunion et qu'il la provoque, qu'il la demande, c'est très bien. Le fait qu'il veuille être trop directif, ça montre qu'une fois encore, il ne sait pas prendre le recul qu'il aurait dû prendre. Bastien François oui, je suis je suis tout à fait d'accord avec ce que vient de dire Marian Cohend.

Bon, c'est un c'est quand même très tardif, c'est-à-dire que il a essayé de faire dans l'urgence en convoquant les dirigeants de parti en pleine nuit euh quelque chose qu'il aurait dû construire en réalité pendant la période des Jo. Bon euh donc c'était il y a quand même un plus d'un an. Bon et en réalité pour ce qu'on sait de cette réunion, il y a pas eu vraiment de négociation.

Il y a pas eu vraiment euh il a pas euh disons qu'il n'a pas proposé une page blanche euh sur lesquelles euh on aurait pu faire euh euh on aurait pu écrire éventuellement les grandes lignes d'un compromis. il a tout de suite indiqué que à ses yeux, il y avait un une majorité, enfin en tout cas une majorité relative euh qui était le socle commun, lequel socle commun soitdit en passant avait explosé les les deux ou trois jours précédents. Bon donc en réalité euh il a il a persisté dans dans son déni de la situation hein. que oui, effectivement, un président de la République dans cette situation devrait être celui qui facilite, qui initie, qui impulse une dynamique à la construction d'un compromis entre les groupes parlementaires en réalité pour qu'ils essayent de trouver une voie pour un gouvernement viable.

Encore une fois, ce n'est pas ce qu'a fait le président. Alors, vous l'avez dit, pas de page blanche durant cette discussion. En revanche euh dans l'urgence et aussi avec cette idée de nommer le Premier ministre un vendredi soir à 21h59 et ça c'est voilà, il y a quelque chose aussi de de j'allais dire de la mise en scène mais je je j'ose pas j'ose pas dire ce terme mais de effectivement de de cette façon de faire pas de page blanche mais une carte blanche carte blanche donnée à Sébastien Lecornus qui signifie peut-être d'ailleurs que il ne l'avait pas pour la formation du premier gouvernement Marianne Couris.

Alors, c'est possible effectivement, c'est que le président dit remet toute l'affaire dans les mains du premier ministre. Affaire tellement délicate que c'est pas vraiment un cadeau qu'il lui fait. et carte blanche, mais ça va être très très compliqué comme mission puisque on a quand même d'un côté euh le PS qui dit de toute façon tant qu'il y a pas de suspension de la réforme des retraites, on peut pas soutenir.

Et de l'autre côté, monsieur Rutaillot qui dit "Il n'est pas question qu'il a une suspension de la réforme des retraites." Donc c'est un peu l'équation impossible quand même. Oui, ça pose la question de qui va rentrer dans ce gouvernement.

Euh pour justifier sa démission lundi dernier, Sébastien Lecornu disait Bastien François, "Les conditions ne sont pas remplies pour rester premier ministre. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Ben à vrai dire rien.

Donc à vrai dire rien, sauf que l'urgence est encore plus grande. C'est-à-dire que là si on veut un budget effectivement pour la France qui soit un vrai budget discuté par le Parlement et pas simplement une loi spéciale ou des ordonnances, il faut s'y mettre tout de suite. Et et là en réalité le le problème c'est que on a toujours pas de ligne.

C'est-à-dire que la carte blanche donné au au Premier ministre en réalité on voit mal. Alors et on on on va peut-être voir quelque chose dans dans d'ici mardi prochain, enfin lundi ou mardi prochain, mais c'est les délis sont courts. Euh peut-être monsieur le cornu a a dans ses mains euh une sorte de joker, quelque chose qui pourrait euh euh atténuer la colère d'un côté DLR et de l'autre côté colère encore plus grande de de la gauche.

Bon, il va faire un discours de politique générale. C'est là qu'on verra s'il est capable de sortir quelque chose de son de son chapeau. Mais franchement, on voit pas on voit pas vraiment ce qui pourrait sortir.

Il a quand même négocié pendant 3 semaines, il a essayé de négocier pendant 3 semaines les fondements d'un compromis, c'est-à-dire du non de censure d'une partie de l'Assemblée nationale. Bon, pour le moment, il y est pas, hein. Alors, il faudra voir effectivement quelle sera la composition de son gouvernement et quelle sera la nature de son discours de politique générale.

Mais pour le moment, on est on est dans un jour sans fin. C'est-à-dire que la il a on voit pas ce qui pourrait changer d'ici le début de la semaine. Alors justement, quel est l'équilibre des forces politiques ?

Sur qui peut s'appuyer Sébastien le Cornu pour tenter de mettre en place un gouvernement et une majorité ou un semblant de majorité à l'Assemblée nationale ? On a dit implosion du socle commun. que so le commun c'était le camp présidentiel adossé au au républicain implosion depuis évidemment la dernière nomination du gouvernement le cornueu 1 si je puis dire fracture aussi au sein des macronistes vous l'avez dit Bastien François appelle la démission d'Edouard Philippe incompréhension exprimée très clairement du président du du patron de de Renaissance Gabriel Atal et dans tout ça, le Parti socialiste qui pourrait non pas s'accorder avec avec la majorité mais en tout cas discuter tout en se disant attention on n pas signé on a rien signé avec Sébastien Lecornu sur une non censure.

Ça paraît un peu un peu difficile Marianne Candet de de construire quelque chose dans ces conditions-là. Oui, c'est un contexte extrêmement difficile. D'autant qu'à tout ce que vous avez évoqué, il faut rajouter euh un monsieur Mélenchon qui a réaffirmé dans sa conférence de presse hier que c'est son programme, rien que son programme, tout son programme comme s'il avait une majorité absolue.

Et bon, il espère l'avoir à l'issue d'autres élections. Donc, il fait tout pour semer le désordre pour parvenir à ses élections. et un rassemblement national qui depuis des années se prétend le garant de la stabilité alors qu'il fait tout pour semer l'instabilité.

C'est bien lui, on l'oublie trop souvent, qui avait exigé la dissolution avant que monsieur Macron n'y recourt. Tout le monde accuse monsieur Macron. C'est vrai que c'est lui le responsable, mais tout de même.

C'était le RN qui l'avait réclamé. Là, il réclame à nouveau à Cors et à CR. Bon, on va peut-être pas obliger 30 millions de Français à voter chaque fois que le tel ou tel parti politique, quel qu'il soit pense qu'il a gagné quelques sièges.

Parce que le problème aussi d'une dissolution, parce que là, on va voir ce que ça va donner après, si ce gouvernement arrive à tenir ou pas, mais c'est que rien ne garantit que ça va générer un rééquilibrage des forces politiques telles qu'on arrivera à avoir des alliances de gouvernement solides. Et ce que tout ça révèle fondamentalement, c'est aussi l'incapacité de notre classe politique à négocier, ce qui est assez stupéfiant par rapport à tous nos voisins européens. Alors tous sont leur part de responsabilité, le président de la République le premier, mais pas tout seul.

C'est-à-dire que les parties dès le départ ont dit "Monsieur Mélenchon, le premier, c'est mon programme, notre programme, rien que notre programme, tout notre programme." Le RN qui tout de suite a dit "Il est pas question qu'il y a un gouvernement de gauche, on censurerait immédiatement." Les LR aussi. dont tous autant qu'ils sont se sont arboutés sur ces usages un peu archaïques de cette 5e République où chacun veut avoir tout le pouvoir partir à fond dans son sens pour qu'ensuite il y ait une alternance à quelqu'un qui cassera tout et partira dans un autre sens et là c'est un vrai problème.

Et d'ailleurs ce qui est très révélateur aussi, c'est que quand il y a eu ces négociations hier, beaucoup de gens regardaient ça d'un mauvais œil comme si c'était nul d'aller négocier. Alors que c'est la gloire, la démocratie, de savoir discuter, de savoir faire des compromis, écouter le point de vue de l'autre pour arriver à une solution qui satisface le plus grand nombre. C'est la fonction essentielle d'un parlement.

Kson disait le parlement ça doit parlementer. Ça sert à parlementer. Or l'image qu'on a sous la 5e actuellement euh de fait de parlementer et bien c'est une image très négative.

Ça c'est quand même très inquiétant aussi. C'est ce petit euh cette petite musique compromis compromission en permanence. On mélange ces deux termes en permanence.

Exactement. Alors que un compromis, c'est au contraire quelque chose d'assez admirable, de savoir mettre de l'eau dans son vin pour prendre en compte le point de vue de l'autre. Et ici, dans l'image qu'on en a, on est tellement habitué à avoir une majorité absolue au garde à vous devant son chef qu'on ne peut pas tolérer de prendre en compte les idées des autres, ce qui n'est pas glorieux.

Je reviens Bastien François à la stratégie de Sébastien Lecornud d'ailleurs pour éviter que de de de d'appeler dans son gouvernement des personnalités qui pourraient être arquebouté comme dit Marienne Candis. Il décide d'écarter les personnalités qui ont des ambitions pour 2027. Il parle de renouvellement aussi pour son prochain gouvernement.

Ça veut dire que certains des noms qui avaient qui étaient déjà au gouvernement vont être clairement rayés selon vous. Non, mais monsieur le Cornus, il a raison sur un point, c'est-à-dire que la perspective de la présidentielle, c'est quand même un facteur extrêmement bloquant dans dans la situation que nous vivons et et c'est un facteur qui aggrave le le la culture politique de la 5e République qui est cette culture de de de l'absence de négociation, de l'absence de compromis et cetera. Bon, puisque grosso modo faire des compromis aujourd'hui, c'est ça serait dans l'esprit de ces présidentiables abîmés ou leur situation à venir dans la perspective de la présidentielle.

Mais je voudrais quand même rajouter quelque chose sur ce que vient de dire Marianne Coendé. Je suis d'accord, je suis d'accord avec elle, mais je je ferai une petite nuance, enfin une nuance d'ailleurs d'importance, c'est que je ne crois pas que ça soit simplement une faute de la classe politique. Je pense qu'il y a aussi un facteur très aggravant, c'est notre mode de scrutin au aux élections législatives parce que le mode de scrutin majoritaire que nous connaissons, [Musique] il est pas vraiment compatible avec une tripolarisation de la de la vie politique et surtout c'est un mode de scrutin qui verrouille les alliances préélectorales.

C'est-à-dire que la différence d'un mode de scrutin proportionnel où chacun va défendre son son programme et puis à la fin on voit le résultat et c'est là que peut commencer une négociation. C'est le mode de scrutin qui a chez dans tous les autres pays euh de l'Union européenne. Bon, nous n'avons nous avons un mode de scrutin qui seulement déforme énormément le résultat euh de enfin déforme la représentation politique, hein, c'est grosso modo, si vous avez 32, 33, 35 % euh au premier tour des élections, vous êtes pratiquement assuré d'avoir une majorité absolue.

Mais euh c'est un mode de scrutin qui est fondé sur des des des alliances ou des accords préélectoraux. Et lorsque l'élection est terminée, et bien en réalité tout le monde est est prisonnier de ses accords. Bon et donc c'est très difficile avec ce mode de scrutin, on le sait depuis très longtemps, c'est très difficile de construire après une fois l'assemblée élu des coalitions, des compromis, des gouvernements sur un programme qui serait pas le programme de chacune des forces mais euh une tentative de synthèse.

Déployons cette idée. Revenons peut-être sur l'exemple de de des législatives de 2024. S'il n'y a pas le nouveau Front Populaire, le NFP avant l'élection, et bien il y a pas ce résultat de la gauche.

Et en même temps, aujourd'hui, on voit ce que ça donne, c'est-à-dire que cette gauche est est désunie. Marianne Courandet. Oui, je suis complètement d'accord avec ce qui vient d'être dit par Bastien François sur le mode de scrutin.

Tous les autres pays LU ont un scrutin mixte ou proportionnel. La France est la seule à avoir un scrutin majoritaire et ça a l'avantage effectivement quand on a une bipolarisation de dégager une majorité claire et donc les citoyens ont l'impression de bien choisir leur politique et qu'elle soit plus ou moins respectée alors que avec un scrutin proportionnel la situation semble plus complexe. Je rajouterai que et là les cartes le montrent de manière éclatante.

Quand on a un scrut un proportionnel, le taux de participation au législative est beaucoup plus élevé. Et ça c'est vraiment très important parce qu'on nous dit souvent oui mais avec la proportionnelle, il va y avoir des compromis. Les gens ont l'impression de ne pas avoir d'influence sur la vie politique.

C'est faux. On voit que dans tous les pays qui ont la proportionnelle, au contraire, le taux de participation en principe est beaucoup plus fort et les gens se disent "Bon, même si mes élus n'ont pas la majorité absolue, au moins une partie de leur programme sera appliqué alors que sinon on est dans le tout ou rien." Et j'ajoute quand même, il y a un point très important, c'est que dans les pays où il y a la proportionnelle, le président même s'il est élu au suffrage universel direct, c'est pas lui qui choisit le premier ministre.

Le premier ministre, c'est celui c'est c'est celui qui a réussi à construire un compromis au sortir des élections législatives. Donc le président de la République ne sort pas de son chapeau quelqu'un sans aucune je dirais sans aucune surface politique autre que sa loyauté au président de la République, ce qui est le cas de monsieur le cornu. Bon, il est obligé ce président de la République de tenir compte des équilibres politiques et des accords qui sont négociés au Parlement.

Et ce sera euh le thème de notre discussion dans quelques minutes, juste après le journal, on va parler de ce changement de de culture euh politique. Merci à tous les deux d'être avec nous ce matin pour euh commenter donc cette nouvelle nomination. Sébastien lecornu, à nouveau euh nommé premier ministre et qui doit dans les prochains jours nommer son prochain gouvernement.

On en parle dans le journal dans quelques instants. Nous sommes toujours avec Bastien François, politologue, professeur de sciences politiques à l'université Parisien et Marianne Coandet, constitutionnaliste et professeur de droit à la Sorbonne. Je vous fais réagir à la chronique de Matthéo est-ce qu'Emmanuel Macron est un canard boîteux ?

Euh là, j'ai j'ai découvert je savais pas qu'on employait cette expression aux États-Unis pour décrire cette fin de mandat. Et effectivement, on entend beaucoup partout mais il est complètement discrédité, il est très bas dans les sondages. L'avantage de d'avoir un petit peu d'âge maintenant, un peu d'expérience, c'est de relativiser les choses et qu'effectivement on se souvient de l'impopularité incroyable de De Gaulle qui a été quand même fichu à la porte par les Français, mais aussi de pratiquement tous ces successeurs en fin de mandat. fin de mandat quand il y en avait un mais encore plus quand il y en avait deux.

Donc là il y a le phénomène fin de mandat, fin de règne, ambiance de fin de règne qui fait qu'effectivement le président est beaucoup moins influent, a beaucoup moins de pouvoir mais justement peut avoir des audas qu'il n'aurait pas autrement et aussi cette volonté de marquer sa place sur la scène internationale que monsieur Macron a eu dès le départ. Moi, j'avais été très choqué, je dois dire, de le voir remonter les Champsélysées dans un char juste après son élection disant "Mais qu'est-ce que ça fait dans une République ?" Mais c'est que dès le départ, son manque d'expérience politique, de légitimité politique classique a fait qu'il se légitimait par sa position dans ce qu'on appelle le domaine réservé qui point de vue du point de vue du droit constitutionnel est très contestable.

Bastien François, est-ce que Emmanuel Macron est un canard boîteux ? puisque Marianne Commandé parle de fin de règne, est-ce que cette fin de règne n'arrive pas un peu tôt puisque si je vous suis bien depuis 2024 et la dissolution, on est déjà dans une sorte de de d'impasse. Oui.

Alors ici, il y a deux dimensions. La première, c'est que le l'hyper président de la 5e République, il n'est hyper président que grâce au fait majoritaires. En réalité, si vous prenez le texte de la Constitution, il est il est très clair. président de la République et Marian Coende le rappelait tout à l'heure, c'est pas lui qui gouverne hein.

L'article 20 de la Constitution dit de façon presque lapidaire mais très claire "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation, c'est pas le président." Bon, donc la le président gouvernant en réalité c'est le résultat d'une pratique de toute une série de microsajustements dans le fonctionnement de l'État euh qui sont liés à au fait que de 1962 à 1900 à 2022, nous avons eu presque tout le temps un fait majoritaire que ce fait majoritaire profite au président de la République ou profite à un premier ministre de cohabitation. Donc oui, enfin là la situation que nous vivons, elle est liée au fait que le président de la République n'a plus de majorité.

Mais deuxème dimension du canard boiteteux, ce canard boiteteux euh il conserve ses pouvoirs et le président de la République a un certain nombre de pouvoirs qui étaient pensés à l'origine comme des pouvoirs d'arbitrage, notamment la dissolution, la nomination du premier ministre. Bon et donc on voit bien que là il en use très largement et contribuant d'ailleurs au blocage de la situation. C'est-à-dire qu'il continue à choisir son premier ministre.

Euh, il continue à agiter la menace de la dissolution. Donc on voit bien que ce président qui est incroyablement affaibli garde quand même euh en raison de son rôle institutionnel une capacité d'action ou d'inaction d'ailleurs enfin de de verrouillage de de la de la vie politique. Euh est-ce qu'il devient du coup euh euh Bastien François euh la cible de toutes les attaques parce que aujourd'hui euh il est effectivement en première ligne, il ne peut même plus se cacher derrière son premier ministre.

Alors pour le moment, il se cache, vous voyez, c'estàd que on n pas entendu parler. Il y a des communiqués de l'Élysée, il ne dit rien. Il a même expliqué hier devant ce ce petit conclave de de représentants de parti que finalement c'était pas lui qui décidait.

Donc il avait rien à proposer parce qu'il gouvernait pas. ce qui est quand même d'une d'une immense hypocrisie, hein. Ce monsieur qui nous expliquait, qui gouvernait euh jusqu'à jusqu'à il y a pas très longtemps et là tout d'un coup qui s'est retire sur son sur son sur son avent de de président arbitre.

Euh bon mais en réalité ce président il est tellement démonétisé que en fait ce ce alors qu'il a été pensé pendant très longtemps pendant des décennies comme celui qui donnait la dynamique euh au système politique en réalité il est devenu celui qui le bloque. Ce qui veut dire est-ce qu'il doit prendre la parole d'ailleurs selon vous Marianne Candet ? Alors, quand euh c'est lui qui intervient pour nommer ou prendre une direction, c'est bien qu'il prenne la parole pour qu'on comprenne pourquoi il agit.

Euh, ce qui est loin d'être évident depuis quelques années. Euh, mais normalement dans un régime parlementaire, il doit y avoir un recul du chef de l'État. Et ça, on le voit très bien dans toute l'histoire politique anglaise.

Elle s'est forgée avec le point stable qui est le roi et qui aujourd'hui est représenté par le président de la République dans toutes les Républiques. C'est-à-dire c'est le point fixe qui incarne la nation, sa continuité, sa stabilité et puis le point mobile qui est le premier ministre qui alterne régulièrement au pouvoir. Notons que cette alternance est ancienne, elle remonte à la Constitution de 1720 en Suède où on avait déjà une alternance régulière entre le parti des bonnets et celui des chapeaux.

Donc on a normalement ce chef d'état qui a été pensé par Benjamin Constan et on retrouve beaucoup ça dans notre constitution à l'article 5 comme le point fixe, le point stable. Or aujourd'hui et bien le président de la République parce qu'il s'est trop exposé euh se retrouve dans une situation et où c'est plutôt lui qui est le point qui favorise l'instabilité parce qu'on est dans un régime semi-présidentiel entre les deux, entre le régime parlementaire et le régime présidentiel et que on a été habitué dans la 5e République à ce que quand le premier quand le président n'avait plus de de majorité, il y ait une cohabitation. Voilà.

Alors, l'appellation semi régime semi-présidentiel, moi, j'aime pas trop parce que ça donne l'impression qu'on n pas vraiment en régime parlementaire. Alors qu'en réalité, si vous voulez, on peut parler de régime semi-présidentiel, mais il faut bien avoir conscience du fait que c'est une sous-catégorie du régime parlementaire. Car fondamentalement, ce qui est très important pour classer les régimes euh c'est l'équilibre, légitimité, responsabilité, pouvoir.

C'est-à-dire que dès lors qu'il y a séparation des pouvoirs et responsabilité du gouvernement devant le parlement, on est en régime parlementaire. Après, parmi les régimes parlementaires, il y en a moitié en Europe qui élissent directement le président. On peut appeler ça régime parlementaire, biélectif, peu importe.

Mais en toute hypothèse, le président doit rester lui celui qui est le point fixe et non pas celui qui dirige la politique nationale comme on le voit dans notre texte constitutionnel. Et ce qui est un peu stupéfiant aussi dans la crise qu'on voit actuellement, euh c'est de voir que beaucoup se disent bah si on change le président de la République, tout va changer, tout va bien aller. C'est pas vrai.

Ce qui est important, c'est le parlement. Si demain on change de président de la République mais que on a toujours un parlement aussi divisé, il faudra bien que notre classe politique apprenne à faire des compromis. Est-ce que Est-ce que c'est la stratégie que veut adopter Sébastien Lecnu Bastien François quand il dit tout se décidera, en tout cas notamment la réforme des retraites et et toutes les les les sujets qui ont été abordés.

Tout se décidera au Parlement. Est-ce que c'est ce qu'il veut faire ? essayer de redonner sa capacité au parlement de de prendre le pouvoir, d'exercer son pouvoir et peut-être même de contraindre le président de la République.

En fait, en fait, je ne crois pas, c'est-à-dire que monsieur le cornu est un défend une conception, je j'allais dire classique de la 5e République. C'estàd il pense comme la plupart des dirigeants, que tout se dénourera lors de la prochaine élection présidentielle, ce qui est à mon avis un peu naïf. Euh non, le monsieur le Cornu n'a pas le choix.

En réalité, monsieur le Cornu n'a pas le choix. C'estàd qu'il est pas il est pas en capacité d'imposer quoi que ce soit. Et même lorsqu'il dit qu'il n'utilisera pas l'article 493, c'est pas par euh grandeur d'âme ou esprit parlementariste, c'est tout simplement que le 493, c'est c'est devenu un c'est devenu un chiffon rouge.

Enfin, je veux dire, si vous sortez le 493, vous avez la réponse immédiatement. Euh euh vous avez l'ascension. Exactement.

Donc je veux dire que le le là le premier ministre il a plus le choix la la ça pour durer il il lui reste qu'à espérer à espérer que les parlementaires réussiront à trouver entre eux un compromis. Bon en réalité il fait avec la situation politique comme ferait d'ailleurs n'importe quel premier ministre. Bon euh c'est-à-dire que le 493, on ne peut plus l'utiliser dans la situation actuelle et euh on est obligé de se remettre au parlement à supposer que le parlement réussisse à à à faire ce compromis, ce qui me semble encore une fois, comme je le disais tout à l'heure, assez difficile euh compte tenu de du mode de scrutin pour l'élection des des parlementaires.

Donc la dissolution ne changerait rien aussi selon vous. Est-ce qu'on a l'impression et puisque c'était un peu la question que qu'on essayait de poser ce matin que c'est une crise politique ? Ça, j'imagine que personne ne pourrait dire le contraire, mais est-ce que c'est une crise de régime ?

Est-ce que la 5e République est dans l'impasse ? Est-ce qu'on est arrivé au bout de de de ce terrain de jeu entre guillemets si je peux dire si je peux le dire comme ça ? Marianne Courdet.

Effectivement, on a l'impression que cette crise politique est en train d'aboutir à une crise de régime et ben on va voir ce qui va se passer dans les mois qui viennent parce que effectivement on voit bien que cette crise souligne met en lumière ce problème majeur de dérive présidentialiste. Pourquoi ? parce que on a l'habitude en France de mettre au pouvoir pour 5 ans un président de la République qui est incontrôlable pendant 5 ans, sauf manquement enfin acte manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

On ne peut rien contre lui pendant 5 ans alors que lui peut dissoudre, peut exercer des pouvoirs en fait très important. Donc c'est il y a un vrai yatus ici entre responsabilité et pouvoir. Kson disait pas de responsabilité, pas de démocratie sans contrôle.

Euh la responsabilité des gouvernants est absolument cruciale. Or, celui qui gouverne chez nous, c'est celui qui est irresponsable. Tandis que celui qui est responsable, le premier ministre est soumis le plus souvent, sauf cas de cohabitation au président.

Donc ce yatus là, il faudra le résoudre d'une manière ou d'une autre. Le problème c'est que si on a une crise de régime maintenant dans une période où l'extrême droite a le vent en poupe, vers quoi va-t-on aller ? Si c'est changer de constitution pour adopter une constitution plus démocratique, pour démocratiser la 5e formidable.

Si c'est pour mettre les clés de la réforme dans les mains d'un parti dont les rapports avec la démocratie sont problématiques, ça peut être très ennuyeux. Et on l'a vu d'ailleurs dans la manière dont madame Le Pen disait ben oui mais il il discute ça discrédite la fonction présidentielle. Euh c'est très inquiétant comme discours.

Ça montre que dans leur esprit la discussion c'est pas quelque chose de démocratique alors que c'est au cœur même de l'idée démocratique. Marine Le Pen qui n'était pas invité euh hier car elle appelait à la dissolution et qui se tenait bien loin de Paris euh dans une une mise en scène devant les caméras évidemment pour montrer que elle elle était avec le peuple et avec les Français et elle a répété effectivement cette ce discours là. D'ailleurs, c'est c'était quand même assez stupéfiant de voir toutes les chaînes d'information continue qui ont fait 3 heures de publicité gratuite à Madame Le Pen en la montrant en permanence discutant avec les pompiers tandis que les négociations par lesquelles des partis essayaient de sauver la stabilité avait l'air d'être tourné en des régisions.

Bastien François, pour conclure, vous employez le l'expression crise de régime de votre côté ? Oui, je je l'emploie, c'est-à-dire avec exactement la même dimension que vient d'énoncer euh euh Marienne Cohend et on a un problème de blocage structurel de la capacité de gouverner au sommet de l'État dans une situation où on voit le défaut majeur de la 5e rublique apparaître. Enfin, qu'on connaissait mais qu'on connaissait de façon un peu théorique, qui s'exprimait pas immédiatement dans le concret. c'est ce yatus entre euh pouvoir et responsabilité dans une situation rendue extrêmement difficile puisque le premier parti de France quand même euh le RN a un rapport à l'état de droit assez problématique.

Ce qui fait que engager aujourd'hui une réforme des institutions, je dis pas qu'elle n'est pas nécessaire hein, mais engager aujourd'hui une réforme des institutions serait quand même prendre un grand risque pour la démocratie. C'est pour ça que moi je défends plutôt le passage par une transformation du mode de scrutin qui soit en capacité lui d'aider à l'émergence d'une nouvelle culture du compromis et et et de la coalition pour construire petit à petit un chemin pour sortir de de cette de l'hyper présidentialisme de la 5e République. Merci beaucoup.

Merci à tous les deux d'être venus ce matin pour nous éclairer sur cette crise politique, crise de régime donc sur France Culture après la nomination hier à nouveau à Matignon de Sébastien le Cornu, Marianne Colandet et Bastien François. Merci à tous les deux. Yeah.