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interviewC à vous· 8 juin 2026 10 min

Lyhanna : Darmanin exige une « mobilisation générale »

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

mais depuis la libération de la parole sur les affaires sexuelles en 10 ans, le nombre de procédures a été multiplié par 3. Ca veut dire qu'à cette demande de justice, il faut adapter les moyens et les réponses de la justice. La demande n'est pas la même. - A.-E.Lemoine: "Il nous a manqué ni moyens ni lois, mais de prioriser les viols sur les mineurs." C'est ce qu'a évoqué G.Darmanin. - C.Barret: Il a évoqué cette affaire précise, sur laquelle je ne m'exprime pas pour les raisons indiquées.

Les raisons que j'évoque, c'est toutes les autres affaires, ces 70 000, plus celles en matière d'infractions sexuelles contre les mineurs que nous ne connaissons pas aujourd'hui, dont nous ne connaissons pas le nombre. - P.Cohen: Sur 2023, c'est 160 000 enfants mineurs victimes. - C.Barret: C'est une estimation d'inceste. - P.Cohen: Seulement sur l'inceste? - C.Barret: Oui.

C'est le chiffre publié par la Ciivise. Il y a d'autres priorités. Vous avez évoqué les narcotrafics, la criminalité organisée, d'autres crimes et d'autres affaires qui peuvent être prioritaires, des incitations à la haine... - E.Tran Nguyen: A son arrivée place Vendôme, G.Darmanin avait dit de prioriser le narcotrafic.

Quand vous parlez d'organisation et de priorités, est-ce que le narcotrafic a été priorisé par rapport aux crimes sexuels? - C.Barret: On ne peut pas raisonner comme ça.

Ce n'est pas un plaidoyer pro domo. La magistrature, la police ou la gendarmerie, les greffes, ça fait partie des métiers qu'on fait parce qu'on a un engagement au bon sens du terme. On souhaite que la justice soit rendue.

Bien sûr que lutter contre la criminalité commise contre des mineurs, en matière sexuelle ou autre, ça fait partie de nos priorités. En matière de narcotrafic, bien sûr que ça en fait partie. Ca ne date pas...

Il y a quelques mois que nous l'avons fixé comme priorité. Vous avez certainement fait des émissions sur ce sujet. C'est un problème de société.

Nous sommes dans la société. Nous sommes chargés de faire fonctionner sa justice du mieux possible. Ca fait partie de nos priorités.

Pour être direct dans ma réponse, ça veut dire que ce n'est pas l'un ou l'autre. Ca doit être toutes les priorités et aussi le reste, mais qui ne peut pas être traité de la même manière. Mais si vous êtes victime de faits de violence, peut-être pas très graves, ou d'un cambriolage, ça mérite d'être traité, mais pas avec la même priorité. - A.-E.Lemoine: Plusieurs collectifs féministes et de protection de l'enfant ont appelé à des rassemblements ce soir devant une centaine de tribunaux en France.

Celle qui était prévue devant le ministère de la Justice place Vendôme a été interdite en fin d'après-midi. L.Amar a pu rencontrer A.Gallais, qui préside l'association Mouv'Enfants. - Plus jamais ça!

Plus jamais ça! C'est le sort qu'on réserve aux victimes et aux personnes qui protègent les enfants? C'est la répression.

C'est inacceptable. - L.Amar: C'est une façon de prolonger le silence dans lequel sont déjà plongées les victimes? - Bien sûr.

Voilà ce qu'on nous envoie en France quand on protège les victimes. Honte à la justice! - A.-E.Lemoine: Votre réaction?

Que dites-vous à ces manifestants? "Honte à la justice." - C.Barret: Chacun d'entre nous comprend le choc, le traumatisme, la colère.

Je peux leur dire qu'au quotidien, nous travaillons sans retenue pour que la justice soit rendue. - A.-E.Lemoine: Vous avez le sentiment d'être injustement mis en cause? - C.Barret: Non.

Que la justice soit critiquée, c'est dans l'ordre des choses, dans un pays démocratique. - P.Cohen: Elle est aussi critiquée pour son impunité, le fait que les magistrats ne rendent pas de comptes, qu'ils ne soient jamais sanctionnés en cas de faute. - C.Barret: Pour son impunité, vous avez raison.

Mais elle est aussi critiquée quelquefois par d'autres pour son extrême sévérité. Sur l'impunité... - P.Cohen: L'un renforce l'autre.

Il risque d'y avoir une perte de confiance après cette affaire. Ce serait très dommageable. - C.Barret: Non seulement dommageable, mais extrêmement grave pour notre société.

Toute société a besoin d'une justice dont le rôle est d'apporter une réponse judiciaire qui soit comprise, légitime par le processus de réponse de la justice... - P.Cohen: Et qui inspire confiance. - C.Barret: Vous avez parfaitement raison.

C'est la raison pour laquelle nous sommes véritablement mobilisés au quotidien. Des critiques contre la justice, j'en entends depuis un certain temps. Mais sur une affaire comme celle-ci, les critiques sont importantes.

Dans notre société, avec le rôle des réseaux sociaux, il est fait circuler des choses sur les réseaux sociaux, des choses qui ne sont pas admissibles, notamment contre des collègues intervenus. Je pense à la procureure d'Auch. Ce sont des menaces de mort.

S'il y a des fautes, et c'était peut-être le sens de votre question, il y a des procédures disciplinaires, des organes dont c'est la vocation, qui, contrairement à ce que beaucoup de gens disent...

Je peux vous donner les chiffres. Ce matin, le procureur général auprès de la Cour de cassation, qui était avec nous à la rencontre avec le ministre, nous les a donnés. Sur les 10 dernières années, il y a eu plus de 50 procédures disciplinaires contre des magistrats, dont à peu près 1/3 ont donné lieu à des révocations ou à la cessation de leurs fonctions.

Ce n'est pas quelque chose de théorique. La particularité de la justice, c'est que tout ce que nous faisons est soumis à la contradiction des parties et au regard des autres. Il n'y a pas une de mes décisions qui ne puisse pas faire l'objet d'un recours.

Vous évoquez les classements sans suite. Lorsqu'une affaire est classée sans suite, le parquet, c'est une de ses forces...

C'est un collectif. On en parle. On se demande ce qu'on en pense.

Lorsqu'il y a un classement sans suite, il y a toujours 2 recours possibles. Un recours devant le procureur général, si le procureur de la République a classé, et on peut saisir un juge d'instruction. C'est pas du tout théorique.

C'est ce qu'on appelle se constituer partie civile: demander à un juge d'instruction de faire l'enquête sur les faits dont on s'estime victime. Ce sont des garanties. Sur le fond, je ne peux que comprendre qu'on soit révolté par cette mort.

Ca n'excuse absolument rien et il ne s'agit pas de ne pas prendre nos responsabilités...

S'il y a des défaillances, il faut les trouver et il faut que les réponses prévues par la loi soient apportées. Mais nous sommes dans un pays où la justice pourrait avoir davantage de moyens, et où, pour des affaires criminelles, il n'y a pas de limite aux moyens qu'on engage pour les élucider, ni techniques ni humains. C'est un des rares pays du monde où c'est comme ça. - A.-E.Lemoine: Merci, C.Barret.

Parmi les manifestants qui ont répondu à l'appel des associations de la protection de l'enfance et des femmes, F.Flament était présente à notre micro. - F.Flament: Il y a une succession de drames depuis des années.

Cette colère doit être entendue. On est patients, on fait en sorte que les choses se fassent, d'être pédagogues...

Finalement il se passe quoi? Rien. Encore des meurtres, encore des victimes.

La patience a ses limites. La colère est en train de prendre possession de ceux qui sont là aujourd'hui. C'est une colère tellement motivée par des choses importantes, par la parole de mères, de grands-mères, d'enfants et de femmes qui veulent que les choses s'arrêtent...

Je pense que c'est une colère magnifique, mais qu'on va entendre véritablement. On est en train d'assister à un véritable changement de la société sur ces violences. - A.-E.Lemoine: F.Flament a réagi à l'annonce de garde à vue de P.Bruel, entendu dans des locaux de la police judiciaire de Paris après plus de 13 plaintes pour viols et agressions sexuelles.