Boris Vallaud : "C'est le début d'une cohabitation avec la droite d'Éric Ciotti"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:17OuverteRéponse partielle
Si c'était à refaire, est-ce que vous voteriez toujours la motion de rejet déposée le 11 décembre par les écologistes ?
- 2:10RelanceRéponse partielle
Donc ça n'est pas une erreur politique majeure d'avoir vu ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Et si on regarde les faits, Boris Vallaud, à chaque étape, le Rassemblement National s'est trouvé sans difficulté des alliés de circonstance dans l'arc républicain pour arriver à ses fins.
- 4:33OuverteRéponse directe
Quels sont vos leviers pour agir Boris Vallaud désormais ? Le Conseil constitutionnel ?
- 6:33OuverteRéponse directe
Boris Vallaud, Aurélien Rousseau, ministre de la Santé, a présenté, selon l'AFP, sa démission. Qu'est-ce que vous lui dites ce matin ?
- 7:20OuverteRéponse directe
Est-ce que ce qui s'est passé ces derniers jours, Boris Vallaud, est-ce que c'est le retour du clivage gauche-droite dans la politique française ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:16Invité politiqueFait
« Puis à l'Assemblée nationale, il a appelé les élus de la majorité à ne pas voter la loi immigration hier soir. »
- 0:22Invité politiqueFait
« Le texte a finalement été définitivement adopté. »
- 0:34PrésentateurFait
« C'est le début d'une cohabitation avec la droite d'Éric Ciotti. »
- 0:42PrésentateurFait
« C'est un président qui n'est plus maître de rien, ni des horloges, ni de ses propres textes, puisqu'il les a écrits sous la dictée des Républicains qui eux-mêmes se sont jetés dans les bras de l'extrême droite et ils en sont aujourd'hui les porteurs de projets. »
- 1:03PrésentateurFait
« Il l'a fait au Sénat en ne s'opposant pas, par exemple, à la suppression de l'AME ou aux mesures sur les allocations familiales, les prestations sociales. »
- 3:02PrésentateurFait
« Ils ont voté une politique de quota dont Emmanuel Macron en 2022 disait encore qu'elle était sans efficacité. »
- 3:08PrésentateurFait
« Ils ont voté ce que demande Jean-Marie Le Pen depuis très longtemps, la préférence nationale. »
- 3:35PrésentateurFait
« C'est le durcissement des conditions du regroupement familial, alors que le ministre de l'Intérieur lui-même nous a dit que les chiffres n'augmentent pas. »
- 3:40PrésentateurChiffre
« C'est dire on va attendre 21 ans au lieu de 18 ans pour vivre avec sa famille. »
- 3:48PrésentateurFait
« C'est maintenant la fin de l'inconditionnalité de l'hébergement d'urgence, c'est-à-dire des gens qui vont être renvoyés dans la rue, sous les tentes. »
- 3:57PrésentateurFait
« C'est une possibilité de régularisation par le travail qui a été réduite à peau de chagrin et dont la majorité admet avec les Républicains que c'est plus dur que la circulaire valse. »
- 5:06PrésentateurFait
« L'immigration a augmenté. »
- 5:18PrésentateurChiffre
« En particulier du fait de la stratification de 29 lois en 40 ans. »
- 5:32PrésentateurFait
« Pour obtenir rendez-vous dans une préfecture, il faut saisir un tribunal administratif. »
Temps de parole
- Présentateur79 %
- Boris Vallaud21 %
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Il est 7h48, Sonia Devillers, votre invitée ce matin, est députée des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
Il a d'abord voté la motion de rejet proposée par les écologistes, puis lors de la commission mixte paritaire, il a appelé les représentants de la majorité à ne pas céder sur des mesures cardinales. Puis à l'Assemblée nationale, il a appelé les élus de la majorité à ne pas voter la loi immigration hier soir. Le texte a finalement été définitivement adopté. Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. De qui est-ce la défaite ?
Écoutez, c'est d'abord la défaite du président de la République. C'est la fin dure en même temps. C'est le début d'une cohabitation avec la droite d'Éric Ciotti. C'est un président qui n'est plus maître de rien, ni des horloges, ni de ses propres textes, puisqu'il les a écrits sous la dictée des Républicains qui eux-mêmes se sont jetés dans les bras de l'extrême droite et ils en sont aujourd'hui les porteurs de projets. Voilà la réalité. Il y a un ministre de l'Intérieur qui, depuis des mois, accompagne ce mouvement. Il l'a fait en rentrant en discussion exclusive avec Éric Ciotti il y a plusieurs mois.
Il l'a fait au Sénat en ne s'opposant pas, par exemple, à la suppression de l'AME ou aux mesures sur les allocations familiales, les prestations sociales. Et nous en avons vu l'achèvement hier dans la plus grande des indignités.
– Si c'était à refaire, est-ce que vous voteriez toujours la motion de rejet déposée le 11 décembre par les écologistes et adoptée à l'Assemblée nationale ?
– Et vous savez, je vois bien la fable qu'on raconte pour les enfants. Nous nous disons que vous allez dans le mur.
– Pour les enfants ?
– Oui, nous nous disons que vous allez dans le mur à cette majorité, à ce gouvernement. Et nous désignons le mur et eux appuient sur l'accélérateur. Voilà ce qui s'est passé. Vous savez, nous aurions eu 15 jours de débats qui auraient été épouvantables, avec un ministre de l'Intérieur disposé à lâcher tout ce que la droite demandait. À la fin, il n'y aurait probablement pas eu de majorité et à nouveau une commission mixte paritaire avec les mêmes équilibres, les mêmes compositions, les mêmes exigences de la droite et probablement le même résultat. On n'est jamais obligé, on n'est jamais obligé de céder aux idées les plus rances comme l'a fait le gouvernement.
Le gouvernement a tout négocié et il a tout cédé. Il avait des lignes rouges, prétendait-il. Il les a toutes passées les unes après les autres.
– Donc ça n'est pas une erreur politique majeure d'avoir vu ?
– L'erreur politique, elle appartient au gouvernement, à l'exécutif et à cette majorité qui a oublié les conditions dans lesquelles, en 2017 et en 2022, Emmanuel Macron a été élu. Nous mêlions nos voix au leur parce que l'essentiel était en cause, faire barrage à l'extrême droite. Et bien cela, ils l'ont oublié tous ces derniers mois, toutes ces dernières semaines et encore hier soir.
– Et si on regarde les faits, Boris Vallaud, à chaque étape, le Rassemblement National s'est trouvé sans difficulté des alliés de circonstance dans l'arc républicain pour arriver à ses fins. Rejetez le texte de l'Assemblée Nationale pour se concentrer sur celui du Sénat et votez finalement celui de la Commission municipalitaire.
– Madame, le sujet, ce n'est pas avec qui vous avez voté hier soir, c'est qu'est-ce qu'ils ont voté, c'est ce qu'ils ont voté. Ils ont voté une politique de quota dont Emmanuel Macron en 2022 disait encore qu'elle était sans efficacité. Ils ont voté ce que demande Jean-Marie Le Pen depuis très longtemps, la préférence nationale. Vous savez ce que veut dire concrètement la préférence nationale ? Ça veut dire qu'une maman solo, sans emploi, qui a un enfant de deux ans, n'aura pas droit aux allocations familiales. Il a fait quoi le gamin ?
Vous croyez que c'est la meilleure des façons de plaider pour une politique d'intégration, pour qu'on fabrique aussi des gens qui partagent nos valeurs, qui partagent les valeurs de la République, qui se projettent dans l'avenir et peut-être choisiront d'être français ? C'est le durcissement des conditions du regroupement familial, alors que le ministre de l'Intérieur lui-même nous a dit que les chiffres n'augmentent pas. C'est dire on va attendre 21 ans au lieu de 18 ans pour vivre avec sa famille. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? C'est maintenant la fin de l'inconditionnalité de l'hébergement d'urgence, c'est-à-dire des gens qui vont être renvoyés dans la rue, sous les tentes.
C'est une possibilité de régularisation par le travail qui a été réduite à peau de chagrin et dont la majorité admet avec les Républicains que c'est plus dur que la circulaire valse. Mais Dominique Seux vient de le dire, il y a une grande hypocrisie.
Moi je vous parle d'hommes et de femmes qui viennent faire le ménage dans nos bureaux, qui ramassent nos ordures, je vous parle d'ouvriers, d'ouvrières, de l'agroalimentaire, des gens qui s'occupent de nos enfants aujourd'hui, qui peut-être s'occuperont de nos parents demain, qui pour un certain nombre d'entre eux n'ont pas de papier mais payent quand même des impôts, quand même des cotisations sociales, participent à l'économie du pays, participent à la solidarité nationale.
Quels sont vos leviers pour agir Boris Vallot désormais ? Le Conseil constitutionnel ?
Il y a évidemment le Conseil constitutionnel, mais j'allais dire la défaite morale, elle est là. Et je le dis parce qu'il y a une colère, c'est un sujet qui préoccupe les Français. On n'a pas esquivé les partis socialistes le 4 octobre dernier à arrêter une position, avec trois axes, remettre en bon ordre le grand bazar de la politique.
Pardonnez-moi, l'immigration est un sujet qui préoccupe les Français, y compris vos électeurs, y compris les électeurs de gauche, qui étaient plutôt favorables.
Mais tout le monde se pose des questions, et on a un devoir de vérité. On disait tout à l'heure, l'immigration a augmenté. François Héran, professeur au Collège de France, un des meilleurs connaisseurs de cette question, nous a instruit utilement, plutôt que des fantasmes et des préjugés, remettre en bon ordre une politique immigratoire qui est devenue un grand bazar, en particulier du fait de la stratification de 29 lois en 40 ans, du fait aussi d'instructions ubuesques. Vous savez que pour obtenir rendez-vous dans une préfecture, il faut saisir un tribunal administratif. Ça, ça ne relève pas de la loi, ça relève de politique gouvernementale.
Ensuite, faire en sorte que le travail donne droit au séjour pour sortir de l'hypocrisie que je dénonçais. Et puis l'intégration. L'intégration, chacun la réclame. On peut le faire par le travail, on peut le faire par l'accès au logement, à la culture, par l'enseignement de la langue qui est très importante, par l'enseignement de nos valeurs de la République, par cette politique de répartition solidaire de la population dans le territoire. Il y avait des possibilités de travailler autrement, d'autres visions du monde, pour répondre, je vais le dire, utilement au français. Parce que cette loi est un grand mensonge pour le français.
Est-ce que vous pensez qu'il y a moins de gens qui vont prendre le risque de se noyer dans la Méditerranée, d'atteindre les côtes européennes ? Est-ce que vous pensez qu'il y aura moins de gens sous les tentes, moins de travailleurs sans papiers ? Non. Et le grand tort aussi, c'est de ne pas avoir profité de ce moment pour se dire « Mais au fond, nous sommes au XXIe siècle. Est-ce que l'affirmation de la seule souveraineté d'un État suffit à réguler un phénomène mondial ? » Je ne le crois pas. En réalité, ce gouvernement a cédé à la facilité, il a tout cédé et il s'est compromis.
Boris Vallaud, Aurélien Rousseau, ministre de la Santé, a présenté, selon l'AFP, sa démission. Qu'est-ce que vous lui dites ce matin ?
Écoutez, j'imagine la difficulté qu'on a quand on est ministre à prendre cette décision. Je connais un peu Aurélien Rousseau, c'est un homme de conviction, de valeur et de grand courage. Nous ne nous sommes pas parlé.
Vous vous êtes parlé avec Clément Beaune, avec Patrice Vergritte, avec Sylvie Retailleau, avec Roland Lescure ?
Non. Non, non. Écoutez, j'ai comme vous lu à presse, enfin parfois c'est vous qui nous donnez les informations, donc j'ai suivi cette chronique d'un mécontentement d'hommes et de femmes. Qu'est-ce qu'il doit faire, selon vous ? Écoutez, chacun maintenant est face à ses responsabilités et à sa conscience.
Est-ce que ce qui s'est passé ces derniers jours, Boris Vallaud, est-ce que c'est le retour du clivage gauche-droite dans la politique française ?
Il y a un clivage gauche-droite qui s'est affirmé. Et je l'ai dit, c'est la fin d'une en même temps. C'est au fond la fin d'une mystification. Et Emmanuel Macron, vous savez, ne sait pas quoi faire de ce deuxième quinquennat. Il est à bien des égards devenu l'exécuteur testamentaire de Nicolas Sarkozy. Voilà, avec la loi sur les retraites, avec la loi sur le RSA, avec cette loi sur l'immigration.
Et avec cette réaffirmation de la gauche dans un clivage gauche-droite, est-ce que l'union de la gauche s'impose dans un moment comme celui-ci, après les fractures du 7 octobre ? Est-ce que la NUPES doit se reconstituer ?
Ce que je peux vous dire, c'est que dans un moment comme cela, ce sont les Républicains qui doivent se mobiliser. Quand j'entendais hier l'ensemble des ONG du Pacte du Pouvoir de Vivre, les organisations syndicales, la CFDT, la CGT et d'autres, dire leur mécontentement et appeler à ne pas voter ce texte, je me dis que c'est normalement l'affaire de tous. Mais hier, Jean-Luc Mélenchon vous a appelé à suspendre votre moratoire et à reformer l'union. La question de l'union de la gauche, je la plaide, je la défends, elle est nécessaire, pas dans les conditions qui nous ont conduits à suspendre en effet notre participation à cette coalition. Mais l'avenir est évidemment à une union de la gauche.
Après cette interview, vous allez croiser Elisabeth Borne, notre première ministre, dans le couloir. Est-ce que vous allez lui serrer la main ?
Écoutez, ce qui se passe dans le couloir se passe dans le couloir.
Qu'est-ce que vous allez lui dire ? Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ? Probablement rien.
Parce qu'elle aussi, elle vous écoute. Probablement rien. Je crois qu'on n'a pas grand-chose à se dire ce matin.
Et les quelques députés, ils sont en minorité, de la majorité, qui ont refusé de voter ce texte. Vous les accueillez parmi vous ?
En tout cas, ce que je peux dire, c'est qu'ils ont été courageux et dignes. Je dois dire que je n'étais pas certain de ce qu'ils feraient. J'ai douté. Et hier, ils ont donné une leçon. Merci Boris Vann. Merci à vous.
Boris Vallaud