[Philippot] "Fillon a 30 ans de retard". Itélé le 25 Novembre 2016.
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Vous avez regardé le débat hier soir ? Bien sûr. Qui a gagné ?
J'ai vu moi une espèce de dissertation finalement entre deux anciens premiers ministres qui parlaient de leur bilan, qui parlaient de leurs échecs, mais ça reste deux anciens premiers ministres qui parlaient de ce qu'ils avaient fait ou pas fait et de ce qu'ils seraient censés supposer faire. Il y a eu beaucoup de points de divergence en tout cas. François Fillon n'a pas remporté parce que finalement Alain Juppé ne l'a pas mis KO ?
François Fillon est dans la position de celui qui est favori, qui est porté par les sondages, donc c'est toujours forcément un petit peu plus facile qu'Alain Juppé qui avait peut-être des coups à donner s'il souhaitait l'emporter. Il ne l'a pas véritablement fait en réalité. Après, est-ce qu'on augmente la TVA de un point ou deux points ?
Est-ce qu'on supprime 300 000 ou 500 000 fonctionnaires ? Je veux dire, tout cela ce sont des débats qui les concernent, mais je vois que l'Europe, grande absente du débat, dans un pays qui ne contrôle ni ses frontières, ni sa monnaie, ni son budget, ni plus rien quasiment dans aucun domaine, c'est quand même extraordinaire pour ceux qui veulent être chef de l'État, président de la République, l'immigration et l'islamisme, de la même manière, complètement absent du débat, alors que nous sommes confrontés à une vague d'islamisme et d'attentats. Donc pour vous, Fillon-Juppé, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc, pourtant, Florent-Jean Philippot, ce n'est pas exactement ce que disent les cadres du parti.
Ce n'est pas tout à fait d'ailleurs, blanc-bonnet-bonnet-blanc, mais c'est une question de nuance. Regardez ce que dit Gilbert Collard, c'était sur Europe 1, François Fillon, c'est l'Arsène Lupin de l'extrême droite, il nous pique tout. Et plus intéressant encore, Marion Maréchal-Le Pen, François Fillon nous pose un problème stratégique, il est plus dangereux pour le Front National, elle l'a dit devant la presse parlementaire.
François Fillon, plus dangereux pour le FN ? Moi, je ne trouve pas du tout. Je pense que c'est François Fillon, comme Alain Juppé d'ailleurs, mais parlons de François Fillon, qui ne cesse de montrer qu'il est très effrayé par Marine Le Pen, par le Front National.
Je pense qu'ils ont eu à la fin 10 minutes de débat sur le Front National, sur Marine Le Pen, avec d'ailleurs des mots très insultants pour les électeurs du Front National, les électeurs patriotes une nouvelle fois, on le remarquera. Mais c'est eux qui semblent très effrayés par cette perspective. Moi, il ne me fait pas du tout peur, François Fillon.
D'abord parce qu'il porte l'intégralité du bilan de son quinquennat, le quinquennat Sarkozy-Fillon. Ils l'ont fait ensemble de la première heure à la dernière heure entre 2007 et 2012. Et donc la Libye, le CFCM, les suppressions de postes massifs dans l'armée, la police, la dette qui a explosé de 600 milliards d'euros, etc.
C'est leur bilan commun. Et puis je regarde son projet, excusez-moi, mais je ne partage rien. Alors il y a un peu d'enfumage de temps en temps sur l'école, mais il a été ministre de l'Éducation nationale, je crois qu'il l'oublie bien vite.
Il y a un peu d'enfumage de temps en temps et encore moins hier. J'ai l'impression qu'il assume déjà moins sur l'immigration, sur l'identité nationale. Mais chacun sait qu'il est pour Schengen, il a fait l'immigration massive.
Mais ce côté libéral conservateur, peut-être qu'on a caricaturé, certains ont pu le caricaturer. Il y a quand même, ça peut séduire un certain nombre de vos électeurs. La ligne Marion-Maréchal-Le Pen, elle représente ses électeurs aujourd'hui.
Ce n'est pas forcément la vôtre. Mais il y a des électeurs qui pourraient être tentés par Fillon. Je ne vois pas en quoi la ligne plus que libérale, ultra-libérale, euro-libérale, qu'il a développée hier, peut séduire qui que ce soit.
Et certainement pas les classes populaires et les classes moyennes, ou les retraités pauvres. Quand on apprend, en plus de ce qu'on savait déjà, l'augmentation de la TVA, la baisse des services publics, quand on apprend qu'il veut restreindre la sécurité sociale, qui est quand même un acquis immense de l'après-guerre, qu'on n'a pas fait par hasard, parce qu'on sortait d'une société très fracturée, socialement, économiquement, et qui pouvait entraîner des fractures politiques, on a fait la sécurité sociale. Et François Fillon nous dit, écoutez, on va la restreindre au strict minimum.
Mais qu'est-ce qui va rester pour les plus pauvres et pour les classes moyennes, qui eux n'auront même pas accès aux dispositifs réservés déjà, comme la CMU aujourd'hui ? C'est la ligne Philippot, finalement, qui va permettre à Marine Le Pen de battre François Fillon plus social, plus dans la défense des plus modestes ? Fillon, c'est la ligne Troïka.
Ce qu'on appelait la Troïka, c'est la Commission de Bruxelles, c'est le FMI, c'est l'Union Européenne, c'est la Banque Centrale, c'est ce qu'on a imposé à la Grèce, aux pays d'Europe du Sud, l'hyper-austérité, ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien, ça a échoué partout, et avec un peu de retard, alors que le monde va dans le sens inverse, on le voit avec le Brexit, avec Trump, on va plutôt vers le protectionnisme, on va plutôt vers l'État stratège. François Fillon, lui, il est en retard, et il veut nous imposer le poison... 4 heures avec 10 ans, en retard.
Au 30 ans même. C'est le poison de la Troïka, je trouve que c'est d'abord scandaleux pour les inégalités sociales, et c'est contre-productif économiquement. Je ne voterai jamais pour Marine Le Pen, c'est ce qu'a déclaré François Fillon, justement, il y a quelques minutes chez nos confrères d'RTL, dans le cas d'un duel François Hollande-Marine Le Pen.
Ah ben voilà, les masques tombent, donc il votera François Hollande. Non, il explique un peu après qu'il ne pense pas que François Hollande puisse être au second tour de l'année. Oui, mais il n'a pas dit « je ne voterai jamais François Hollande », il a dit quand même entre les deux « je ne voterai jamais Marine Le Pen ».
Donc, il voterait plutôt, dans ce cas-là, François Hollande, comme l'avait déjà dit Nicolas Sarkozy avant lui. Eh bien écoutez, ça démontre ce que nous disons. Il y a bien une continuité entre tous ces quinquennats, Sarkozy, puis Hollande, et demain, je ne le souhaite pas pour la France et les Français, un nouveau quinquennat UMPS, ça ne servirait à rien.
De toute façon, on ne relèvera pas la France avec ceux qui ont été chefs du gouvernement. On ne peut pas être et avoir été pour le Front National. On ne peut pas avoir gouverné et vouloir à nouveau demander le suffrage aux Français.
On est disqualifié. Quand on a été ministre et Premier ministre depuis 20 ans, parce qu'avant même d'avoir été Premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon a été ministre, qu'on a changé en permanence d'avis, il était pour le nom à Maastricht, il a changé d'avis, et qu'on ne fait pas les bons diagnostics aujourd'hui, oui, on est disqualifié. Alors, pendant la primaire, on a compris votre idée.
Non, mais il y a des grands sujets de fond qui n'étaient pas là, et moi je crois que...
Sortez les sortants. J'ai bien compris. Oui, c'est plus compliqué que ça.
Je crois qu'on n'y arrivera pas si on ne fait pas une révolution dans nos têtes, et si on ne se dit pas, écoutez, est-ce qu'on peut y arriver avec un pays qui ne maîtrise rien, encore une fois, par rapport à l'Union européenne. Un mot quand même sur cet exercice inédit pour la droite de démocratie, 4 millions de votants. Écoutez, Luc Châtel, sur cette primaire de la droite, hier soir, sur notre antenne.
Il y avait des échanges sur le fond, il y avait du respect entre les candidats. Ils ont à la fois montré qu'ils avaient, sur un certain nombre de sujets, de vrais points de convergence, mais qu'il y avait de vraies différences. Et je pense que c'est...
La droite a montré, depuis deux mois, qu'elle avait gagné 25 ans en maturité. Voilà. Est-ce que le FN, Florian Philippot, serait capable d'une telle maturité ?
Est-ce que vous pourriez organiser un jour une primaire pour désigner votre candidat à l'élection présidentielle ? Moi, je pense qu'il n'y a jamais de modernité à vouloir copier d'autres modèles. Ce n'est pas parce qu'on se tourne vers les États-Unis, une espèce de fascination.
Vous reconnaissez que c'est un succès. Non, mais certains sont fascinés depuis 60 ans par les États-Unis, donc ils continueront jusqu'à la fin de leur vie par être fascinés par les États-Unis. Et ils considèrent que les primaires...
Mais le débat de bonne tenue, 4 millions de personnes qui s'emparent de la primaire, c'est une réussite. 4 millions de personnes, c'est 8 à 9% du corps électoral, ce qui est d'ailleurs prévu par les sondages. Et ça représente un électorat, une partie de leur électorat, peut-être qu'ils ont déjà fait le plein.
Pour le reste, je pense qu'ils ont été contraints d'organiser cette primaire, peut-être par fascination américaine, et ensuite parce qu'ils n'avaient pas de leader naturel. Donc la culture du chef, c'est pour toujours. Mais je veux dire...
Il n'y aura jamais un débat Marion Maréchal-Le Pen, Marine Le Pen en 2001, par exemple. Non, mais il peut y avoir des débats pour la présidence du Front National, ça c'est prévu. Ce sont les adhérents du Front qui votent.
Mais pour le candidat à l'élection suprême, jamais ? Écoutez, ça n'est pas notre culture. Et nous, nous respectons la Ve République, où normalement, on avait créé l'élection au suffrage universel du président de la République pour évacuer les partis, les questions de boutique, les questions de courant interne, parce que le général de Gaulle ne voulait pas que les partis empoisonnent l'élection présidentielle.
D'ailleurs, il faudrait en même temps que cela remettre en place le septennat et faire en sorte qu'on contacte beaucoup plus directement le peuple français par les référendums. Les propositions institutionnelles du Front National, un mot d'actualité tout de même, le chômage. C'est ce qui intéresse en priorité les Français.
Il a baissé en octobre, deuxième mois consécutif de baisse, 11 000 chômeurs de moins le mois dernier, 100 000 depuis le début de l'année. On va écouter le président de la République, François Hollande. La bataille, je l'ai dit, elle est longue.
Elle est engagée depuis maintenant plusieurs années. Elle porte ses fruits. Depuis maintenant le début de l'année, le chômage baisse, même s'il reste toujours trop élevé.
Et même si pour les chômeurs, ça reste une situation extrêmement difficile à vivre. Florian Philippot, ça y est, la courbe du chômage s'est inversée. François Hollande peut donc être candidat, promesse tenue.
Comme ça, il pourra nous annoncer dans quelques jours qu'il est candidat. Tout cela est magnifique. Malheureusement, c'est un tout petit peu plus compliqué si on regarde dans le détail.
Si on regarde simplement la vie réelle autour de nous, des familles françaises, il y a un chômage massif. En réalité, la catégorie A est la seule qui a un tout petit peu baissé depuis le début de l'année. Mais dès que vous regardez dans les autres catégories de chômeurs, partout, ça augmente.
Et le plus significatif, c'est la D qui a augmenté de 16% en un an. Qu'est-ce que c'est que la catégorie D de chômeurs ? Ce sont les chômeurs en formation.
Ce sont des gens qui n'ont pas d'emploi. Ils sont chômeurs, mais ils sont en formation. Et celle-là, elle a explosé de 16%.
Donc en fait, il y a des vases communicants. Et pourquoi il y a des vases communicants ? Parce qu'au début de l'année, François Hollande a annoncé un plan de 500 000 formations qui lui permettait, et il l'avait anticipé à la fin de l'année, de dire...
Il pacifie les chiffres, à votre avis, le président ? Non, mais il les arrange pour pouvoir annoncer sa candidature. Et c'est assez facile à faire.
Il suffit d'annoncer ce plan qui est temporaire. Qui est temporaire et qui peut-être ne mènera à rien parce qu'une formation mène à quelque chose. Si derrière, il y a vraiment une offre d'emploi.
D'un mot. S'il y a vraiment de la réindustrialisation. Il va dans le mur, s'il est candidat, François Hollande, à votre avis ?
Il fera ce qu'il souhaite. Mais je pense qu'il y a très peu de chances qu'il puisse se retrouver au second tour et être de nouveau président de la République. En tout cas, je ne le souhaite pas pour la France.
Mais au-delà de la personne de François Hollande, je souhaite un profond renouvellement à la fois des hommes, des femmes, mais aussi des idées, des convictions mises en œuvre au plus haut niveau de l'État.
Florian Philippot