Une bataille pour notre autonomie alimentaire et l'avenir de nos agriculteurs.
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:42Invité politiqueChiffre
« une baisse de 16% des revenus des agriculteurs »
- 3:19Invité politiqueChiffre
« une baisse des émissions de gaz à effet de serre agricole autour de 20% »
- 4:00Invité politiqueFait
« la France [...] aura, pour la première fois de son histoire récente, en 2019, importé plus de produits agricoles qu'elle n'en avait exportés »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour à tous, Très heureux de vous retrouver depuis cette session plénière qui commence ici à Strasbourg. Aujourd'hui, je voudrais évoquer avec vous un sujet majeur pour notre avenir. On parle beaucoup d'énergie en ce moment ; je voudrais parler d'une autre production essentielle à la vie : la production agricole. L'Union européenne, la Commission européenne, a défini une stratégie agricole qui s'appelle "farm to fork" : de la ferme à la fourchette. Et cette stratégie pose des problèmes majeurs, comme l'ont confirmé plusieurs études.
D'abord une étude du département de l'agriculture américain, puis celle d'une université allemande, et puis enfin une étude publiée par la Commission européenne elle-même, à travers son centre d'experts. Cette dernière étude confirme toutes les inquiétudes des agriculteurs et les conclusions des études précédentes. Cette stratégie, dont le but est de respecter des objectifs environnementaux extrêmement exigeants, va aboutir mécaniquement à une baisse de la production européenne de 13% au moins d'ici à 2030, c'est à dire demain. C'est une confirmation absolue des conclusions qui avait été faites par le département de l'agriculture américain.
La dépendance de l'Union européenne aux importations extérieures s'accroît très fortement, pour le colza, le soja, le tournesol tout ce qu'on appelle les oléo protéagineux, mais aussi pour la viande, de bœuf en particulier, et même pour les fruits et légumes ; cette dépendance doublerait : on passerait de 14 à 22 millions de tonnes d'importation. Ce serait évidemment une dégradation très forte de la balance commerciale européenne, avec une chute de 20% des exportations, et évidemment, par conséquent, une hausse mécanique des prix de 17% dit le département américain, de 17 % en moyenne pour les particuliers - l'étude de la commission tourne plutôt autour de 12%.
En tous les cas, on peut s'accorder sur une hausse des prix qui peut, aujourd'hui, comment peut-on imaginer que les consommateurs européens puissent voir le prix de leur alimentation augmenter dans ces proportions, avec en parallèle une baisse de la qualité des produits - parce qu'en se privant d'un très grand nombre d'intrants agricoles, et bien on aboutirait mécaniquement à une diminution de cette qualité des produits alimentaires. Ceci conduirait simultanément à une baisse de 16% des revenus des agriculteurs, alors que beaucoup d'entre eux vivent déjà dans des conditions extrêmement précaires, malgré l'immense travail qu'ils font.
Et puis évidemment à une perte de souveraineté alimentaire puisque nous dépendrions de plus en plus d'autres régions du monde pour pouvoir nous nourrir. Mais le plus grave presque n'est pas là : c'est que si en Union européenne on pourra toujours se nourrir correctement, disent ces études, des pays tiers vivent aujourd'hui des productions européennes, et eux pour le coup se trouveraient placés dans une situation de précarité très grave. On le sait, l'Europe a un climat, des territoires, des terroirs qui sont très favorables à la production agricole. Ce n'est pas le cas de beaucoup de pays autour de nous.
On peut penser aux pays d'Afrique, du nord de l'Afrique en particulier, qui vivent aujourd'hui beaucoup des importations européennes. Et donc ce serait des des dizaines de millions de personnes, disent ces études, qui pourraient basculer dans la sécurité alimentaire, dans un moment où la population mondiale augmente et où la faim reste un problème majeur dans le monde qui nous entoure. Ceci évidemment être connecté à notre relation avec le continent africain, et à la question de la manière dont le défi migratoire va se présenter à l'avenir.
Le plus absurde, c'est que ce rapport montre que, bien sûr, il va y avoir une baisse des émissions de gaz à effet de serre agricole autour de 20%, probablement grâce à cette stratégie "farm to fork", mais en réalité le rapport de la Commission européenne lui-même admet que 2/3 de ces émissions sera en fait simplement redirigé vers le reste du monde. Pour le dire autrement, l'Europe, pour pouvoir être vertueuse sur le plan environnemental, va tout simplement s'arrêter de produire elle-même, et laisser les autres polluer.
C'est évidemment une situation quasiment suicidaire, parce que dans un moment où nous le savons, encore une fois, la tension sur les prix mondiaux de l'alimentation va rester forte, et les pénuries restent une réalité pour beaucoup de continents voisins du nôtre, et bien nous voyons que nous sommes en train de baisser notre production, alors qu'au contraire, se mettre à produire plus, choisir de produire, ce serait rendre service à l'équilibre du monde qui se dessine, et en particulier aux populations qui sont les plus touchées par la faim. C'est un sujet majeur pour l'Europe ; et c'est un sujet majeur pour la France en particulier.
Arrêtons nous un instant, pardonnez-moi d'être un peu technique, sur la situation de la France. En France, l'agriculture est de très loin l'un des premiers secteurs d'exportation. L'un des rares secteurs dans lequel nous exportons plus que nous n'importons. Nous avons en 2020 exporté 62 milliards d'euros de produits agricoles, ce qui dépasse de très loin les exportations de l'automobile, de l'aéronautique, ou de la pharmacie par exemple. Mais la France importe de plus en plus de produits agricoles. Elle importe deux fois plus qu'il y a 20 ans. Prenez par exemple les produits de la pêche et de l'aquaculture qui font partie de notre importation alimentaire : 85% de ces produits sont importés.
Vous comprenez pourquoi je défends à ce point les pêcheurs et l'aquaculture française. Au total, si on retire quelques grandes appellations de vins et de spiritueux qui font partie de cette balance commerciale sur l'agroalimentaire et qui se vendent évidemment très bien dans le monde, et bien la France aura, pour la première fois de son histoire récente, en 2019, importé plus de produits agricoles qu'elle n'en avait exportés. Mais ceci est le résultat bien sûr de ces règles européennes, mais aussi, reconnaissons-le, de mesures décidées par le gouvernement français en particulier.
Je pense, par exemple, au fait d'interdire le glyphosate alors que le reste des pays européens ne s'est pas appliqué cette règle. Ou bien à la politique française sur les néonicotinoïdes en particulier, par exemple dans le secteur betteravier, qui était un secteur fort en France - avec une décision complètement aberrante sur laquelle il aura fallu trop de temps pour revenir. Et puis évidemment, à ce qui touche tant de secteurs de l'économie française : la sur-administration qui entraîne une faible compétitivité malgré, je le redis, les efforts extraordinaires de nos agriculteurs. La stratégie "farm to fork" est un défi politique majeur pour nous.
Et nous voulons résister à cet agenda dicté par des organisations environnementales, par une écologie politique qui croit que produire est coupable. Nous croyons, au contraire, à la nécessité de continuer à produire, et en particulier dans le secteur de l'agriculture qui serre la vie ; et nous avons besoin de ceux qui servent la vie. Nous voulons faire en sorte qu'ils puissent faire leur métier, qu'ils puissent être correctement rémunérés pour cela, et qu'ils puissent apporter à tous les Français demain, à tous les européens, à tous les citoyens des pays qui nous entourent, de quoi se nourrir, une alimentation qui soit de qualité et à un coût abordable.
Et c'est la raison pour laquelle nous avons devant nous un agenda législatif majeur. Il y aura plusieurs textes liés à ces stratégies, et vous pouvez compter sur nous. Ma collègue Anne Sander qui s'occupe de tous les sujets d'agriculture, qui s'est beaucoup mobilisée sur la politique agricole commune depuis le début du mandat, est également en première ligne sur le sujet "farm to fork". Et nous serons à ses côtés pour garantir que des décisions plus rationnelles pourront être prises. C'est un sujet vital, je le redis, pour l'avenir de l'Europe et pour l'avenir de la France. Merci encore, et à très bientôt.
François-Xavier Bellamy