Jean Leonetti (LR) : "Notre parti n'est pas assez fort pour se payer de petites polémiques"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Karine Bécart, Éric Delvaux, le 6-9 du week-end.
Bonjour Jean-Léonetti. Bonjour. Vous êtes maire Les Républicains d'Antibes, ancien ministre, ancien député, désormais conseiller spécial dans le nouvel organigramme du Parti Les Républicains tel que l'a voulu le nouveau président Éric Ciotti que vous avez soutenu. Or cet organigramme, il est en train de semer la discorde dans votre famille politique. Éric Ciotti est même accusé d'avoir favorisé ses proches au détriment des autres courants. Est-ce que vous reconnaissez d'abord ce déséquilibre, Jean-Léonetti ?
Non, j'ai été très surpris par ces critiques. Je pense que l'organigramme est assez équilibré. Il suffit de regarder que les deux vice-présidents derrière Éric Ciotti sont issus des candidats qui s'affrontaient pour cette présidence. En même temps, honnêtement, franchement, ça n'intéresse pas les Français, tout ça. Et notre parti n'est pas suffisamment fort pour se payer ce genre de petites polémiques. Donc, essayons d'être unis. En fait, vous savez, dans un parti comme partout, les responsabilités sont données à ceux qui s'engagent.
Pardon, Jean-Léonetti. Laissez-nous décider de ce qui intéresse les Français ce matin sur Force Inter. Je vous demande simplement si cet accord...
Vous non plus, vous ne décidez pas ce qui intéresse les Français. J'ai le droit d'exprimer mon opinion sur ce sujet.
Bien sûr, et on vous invite pour ça avec plaisir, Jean-Léonetti. C'est gentil. Vous ne méprenez pas. Cet accord respecte le rapport des forces internes au parti ou pas ? Les rapports des forces tels qu'ils sont apparus lors du dernier vote ?
Oui, bien sûr, je pense qu'ils respectent cette répartition géographique et ils respectent cette répartition entre les différents candidats qui se sont présentés. Mais je pense honnêtement que nous avons besoin de renouveler nos idées, mais aussi de renouveler nos fonctionnements. On a un peu l'impression, et je ne critique pas Éric Ciotti dans ce domaine, 60 personnes dans un organigramme. En fait, il faut que tous les gens qui veulent s'engager puissent le faire et qu'ils le fassent en leur donnant la possibilité d'innover.
On a besoin de renouveau dans ce parti, on a besoin d'idées nouvelles et on a besoin de fonctionnements différents, un peu moins caporalisés, un peu moins hiérarchisés, un peu plus ouverts sur le monde et à l'extérieur du parti. Les partis, aujourd'hui, s'ils sont en grande partie discrédités, on peut quand même penser qu'ils n'ont pas répondu à l'attente de nos concitoyens.
C'est intéressant, Jean-Léonetti. Il faut du renouveau, et visiblement, c'est ce qui coince aussi. C'est le retour d'anciens élus dans cet immense organigramme à des postes assez importants. Je pense à Rachida Dati, par exemple, à Nadine Morano, à François Baroin et quelques autres encore. Est-ce qu'il faut... Vous aussi, Jean-Léonetti, j'osais pas le dire. Est-ce qu'il faut rajeunir les instances dirigeantes ? Est-ce que ça passe par ça, par là ?
Je pense que le problème du rajeunissement est un problème d'état civil et d'âge. Mais plus que le problème de rajeunissement, il faut rajeunir nos comportements et nos idées. Il faut qu'on soit en prise beaucoup plus directe avec ce qu'attend le peuple. Et regardez comment la société a changé. Elle a changé. Et on se réveille après le Covid avec l'impression qu'il y a beaucoup de choses qui se sont modifiées. Le rapport au travail, un désenchantement démocratique qu'on n'arrive pas à juguler. Nos systèmes d'éducation et nos systèmes de santé qui apparaissent comme obsolètes alors qu'on pensait qu'ils étaient puissants à l'intérieur de notre pays.
Une immigration qu'on n'arrive pas non plus à juguler et qui déborde très largement nos capacités d'intégration à la République. Donc si on ne prend pas ces sujets-là et tous ces sujets-là à bras-le-corps, on ne répondra pas à l'attente. Et les partis politiques continueront à être discrédités, à s'étioler et peut-être à disparaître, ce qui n'est pas une très bonne chose parce que les partis politiques participent à la vie démocratique d'un pays.
On entend une extrême lucidité ce matin de votre part, Jean Léonetti. Est-ce que finalement, Éric Ciotti en manque un peu ?
Le nouveau président. Écoutez, moi j'ai une relation qui est directe et franche avec Éric Ciotti. Chacun sait qu'on n'est pas tout à fait pareil sur l'échec qui est des visions politiques en général. Il est d'une droite beaucoup plus... Dure que la vôtre. ...sur l'autorité. Moi je suis plutôt sur un humanisme de combat, mais peu importe. L'important c'est qu'il a, et s'il me confie le rôle d'une fondation, de réfléchir aux idées nouvelles, de regarder comment la société évolue devant nous d'une façon particulière.
C'est bien parce qu'il pense, et moi je ne veux pas en faire une affaire personnelle non plus, si on fait un groupe, on travaille sur ce sujet, moi je crois au travail à l'équipe, je ne crois pas au... Voilà. Le parti n'est pas là pour distribuer des médailles ou des galons, il est là pour dire, bon maintenant prenons ce problème à bras-le-corps, moi je suis de ceux qui pensent que malheureusement Emmanuel Macron, parce qu'il n'a pas de traces, parce qu'il n'a pas de sillons, parce qu'il n'a pas de vision pour notre pays, est en train d'échouer, et je ne voudrais pas non plus que je me réveille un matin avec l'extrême droite au pouvoir.
Donc je pense que nous avons un rôle, un rôle à jouer dans la démocratie française, et ce rôle-là, il faut qu'on l'assume et qu'on l'assume ensemble, non pas en disant, est-ce qu'il a un galon de plus que moi, est-ce qu'il est un peu devant moi dans l'organigramme, voilà. Je pense que les enjeux sont beaucoup plus importants, l'important, enfin...
Sur ce thème-là, Éric Ciotti ne cache pas qu'il veut faire du parti Les Républicains un parti de gouvernement, est-ce qu'il est taillé sur mesure ce parti pour envoyer Laurent Wauquiez sur la route de l'Elysée en 2027 ?
Écoutez, je vais vous parler franchement, je ne suis pas sûr qu'il fût un temps où le parti désignait un candidat, et que ce candidat désigné avait une voie compétitive vers l'Elysée. Je pense aujourd'hui que les partis sont indispensables, mais que les personnalités qui émergent en dehors des partis peuvent être, et Macron a bien montré que c'était possible, peuvent aller aux responsabilités et créer un nouveau chemin, une nouvelle espérance. C'est la raison pour laquelle je pense qu'effectivement, nous avons besoin d'innover, mais en même temps de faire sortir, pas forcément à l'intérieur du parti, mais autour du parti, autour...
Vous voyez qui en fait ? Vous avez des noms en tête ou pas quand vous dites ça, Jean-Liolenti ?
Non, mais voilà, moi je suis très lié à Laurent Wauquiez, je pense être un homme intelligent, cultivé et équilibré. Je pense aussi qu'il est conscient des erreurs qu'il a antérieurement commises, et qu'il les corrige, et il les corrige de manière pragmatique en gérant très bien sa région. Mais j'ai un voisin qui s'appelle David Lysnard, il n'est pas dans l'organigramme, il est président des maires de France. Et pourtant, il a quelque chose à dire. Et pourtant, il fait partie de ce renouvellement des idées et des hommes qui est indispensable.
Donc, ne restons pas enfermés dans un organigramme de parti, essayons de regarder le monde tel qu'il est, en essayant de continuer à défendre nos valeurs, qui sont des valeurs de liberté, de responsabilité, d'autorité, et faisons-le de manière, je dirais, patiente et déterminée.
Vous parliez de valeurs à l'instant, Jean-Liolenti, en octobre dernier, Éric Ciotti vous a chargé de créer une fondation des idées pour le parti Les Républicains, qui participe à cette boîte à idées, des intellectuels notamment ?
Moi, je pense que justement, il faut que ce foisonnement d'idées soit à l'extérieur du parti. Une fondation, ce n'est pas quelque chose qui est inféodé à un dogme. C'est quelque chose qui permet, au contraire, à des gens qui ne veulent pas rentrer dans un parti. Il y en a beaucoup. Et moi, j'ai été dans ma vie très longtemps réticent à cette idée, donc je le comprends très bien, mais qui, en même temps, ont envie de... Toujours au PR ? Oui, oui, bien sûr. Oui, oui, je veux dire que... Moi, j'ai commencé la politique sur le tard, donc j'ai été un peu médecin avant, dans les hôpitaux. Donc, à cette époque-là, on m'aurait dit d'entrer dans un parti, je ne serais pas allé.
On m'aurait dit d'aller dans un think tank, aller dans un endroit dans lequel on réfléchissait à l'évolution de la société. Je pense que j'aurais été séduit par cette idée-là.
Mais le renouvellement des idées, vous en parliez à l'instant, quelles sont, par exemple, d'ores et déjà, les deux ou trois idées fortes, emblématiques, qui caractérisent aujourd'hui la droite ? Parce qu'on est un peu perdu sur la ligne politique de votre parti Les Républicains.
La ligne politique, vous le savez, historiquement, il y a plusieurs droites en France.
Mais aujourd'hui, vous êtes quoi ? Libéral ? Conservateur ?
Je pense que c'est un équilibre entre, effectivement, le sens de l'autorité, le sens de l'autorité, non pas de l'autoritarisme, mais de l'autorité, et puis le couple liberté-responsabilité. Je veux dire qu'on pense qu'effectivement, il faut laisser personne au bord du chemin, mais trouver cet équilibre entre l'autorité et l'humanité. Je pense que c'est ce que les Français attendent. Les Français n'attendent pas qu'on soit brutal. et ils attendent qu'on soit généreux envers les plus fragiles et les plus vulnérables.
Et pour être un peu plus précis, Jean-Léonetti, quand Éric Ciotti m'artèle qu'il veut un parti de droite, un parti de droite, ça veut dire que ça laissera peu de place à l'aile sociale de votre parti ?
Je pense que, et je vais me répéter, je m'en excuse, mais il y a d'une part le parti qui va avoir une ligne. Bon, cette ligne dominante aujourd'hui, elle est sur l'autorité. Bon, si vous me posez la question, est-ce que cette ligne dominante vous convient ? Non, je viens d'un courant beaucoup plus libéral et social, mais je pense que nous devons imprimer cette diversité.
Et si on ouvre les idées à l'extérieur du parti, à d'autres idées, regardez comment la droite s'interdit de penser culture, comment la droite s'interdit de penser écologie, comment la droite s'interdit de revoir son rapport au travail, alors que 70% du travail en France s'effectue aujourd'hui dans les services, et que le télétravail a complètement bousculé la suite du Covid, la situation d'un horaire précis pour la plupart d'entre nous, et peut-être d'un temps de travail précis.
Vous êtes très critique avec votre parti, Jean-Léonetti. Votre parti s'est assoupi, c'est ça qu'on comprend ce matin.
Non, je pense qu'il est resté figé sur un certain nombre de valeurs, et il a raison. Voilà. Les valeurs, c'est immuable. En revanche, la société a beaucoup changé. Et si on nous dit aujourd'hui, écoutez, on va revenir aux idées du RPR des années 80, je suis sûr que nous sommes dans l'erreur. Le RPR des années 80 correspondait aux années 80. Aujourd'hui, nous sommes dans un parti, d'abord, qui est un parti qui est issu, je le rappelle, des démocrates et du RPR, de l'UDF et des RPR, et donc, il faut accepter cette diversité chez nous. Moi, je suis dans la loyauté, dans la liberté. Je suis loyal à mon parti, je ne l'ai pas quitté.
Je ne l'ai pas quitté pour mille raisons, et en particulier celle que je pense qu'Emmanuel Macron ne répond pas à l'attente, à la destinée de ce pays. Je pense que la France est un grand pays qui mérite d'avoir un projet beaucoup plus ambitieux que la navigation à vue que l'on vit aujourd'hui.
Jean-Léonetti, l'horloge tourne, comme on dit à la radio. On change de sujet, je vous en prie, avec la réforme des retraites. Il y aura probablement chez vous des trous dans la raquette parmi les 62 députés de droite quand il s'agira de voter pour cette réforme. Il y a une quinzaine à envisager de ne pas la voter. Il y a ceux qui hésitent également. Est-ce que le parti, votre parti, les Républicains, va tenter de les faire rentrer dans le rang ?
Non, je pense que justement, c'est une méthode qui est dépassée. Voilà, on ne fait pas rentrer les gens dans le rang. Vous parliez de parti d'autorité. Voilà, c'est un parti qui est sur l'autorité et pas sur l'autoritarisme. La liberté de vote a été toujours la base du parti dans lequel je continue à militer et parce qu'il nous laisse la liberté de vote et il y aura la liberté de vote. C'est une très bonne chose. Mais deux mots simplement là-dessus. La première des choses, c'est qu'on pense que la réforme est nécessaire. Et cette réforme nécessaire, on ne peut pas ne pas soutenir l'idée d'une modification de l'âge de la retraite. On l'a toujours dit.
C'est un problème de cohérence, c'est un problème de lucidité, c'est même un problème d'honnêteté. Voilà. Ensuite, le deuxième point, c'est que malheureusement, Emmanuel Macron a changé d'avis puisque ce n'est pas le meilleur défenseur d'un projet qu'il a combattu antérieurement. Rappelez-vous, il disait que c'était une vision hypocrite, etc. Et puis le contexte fait que les Français sont un peu lessivés par un certain nombre de crises et ils ont une inflation qui est forte, un pouvoir d'achat qui diminue, ils sont inquiets pour leur avenir et on leur donne une mesure qui, obligatoirement, ne fait pas plaisir. Dire que vous allez travailler plus.
Et ils ont l'impression qu'ils vont travailler plus pour gagner moins.
Et résultat, Jean-Léonetti, ce matin, si on lit les pages du Figaro, il y a une étude au Doxa qui est intéressante qui vient d'y être publiée. On découvre que 6 Français sur 10 doutent de l'avenir, de la réforme, après notamment la première journée de manifestation jeudi. Est-ce que vous aussi, vous avez un petit doute quand même sur cette réforme aujourd'hui ?
J'ai un doute sur la longueur et la durée. La démographie n'est pas le seul élément de fonctionnement des systèmes de retraite. On peut aussi envisager qu'il y ait une part par capitalisation, comme c'est le cas chez les fonctionnaires. On peut envisager qu'il y ait une contribution dans un contexte particulier des entreprises. On peut penser qu'on doit faire une réforme qui non seulement équilibre le système et que le système, au passage, ce n'est pas pour renflouer les caisses du quoi qu'il en coûte la réforme des retraites. C'est pour les retraites. C'est pour les retraités. Et faire en sorte que cette réforme apparaisse juste et solidaire.
Aujourd'hui, je suis désolé, mais tout ça fait que le gouvernement n'arrive pas à montrer que cette réforme est juste et solidaire.
Et donc, du coup, vous regrettez d'avoir apporté votre soutien à cette réforme et donc à ce gouvernement ?
Non, je vous dis qu'elle est...
Vous la critiquez beaucoup, quand même, la réforme, si je vous entends bien, là, ce matin.
Non, je vous dis qu'elle est nécessaire, mais qu'il y a un débat parlementaire qui s'ouvre et que j'espère que le mouvement dans lequel je milite, à la fois au Sénat et à la fois à l'Assemblée nationale, apportera une contribution qui fera que ça apparaîtra comme quelque chose qui est juste et solidaire. Et le combat que nous avons mené jusqu'à présent sur les petites retraites qui ne doivent pas être inférieures à 1 200 euros sur les personnes qui ont travaillé toute leur vie, c'est quand même un minimum, minimum, il me semble, quand même. Je veux dire, vous travaillez toute votre vie, on vous donne 1 200 euros bruts.
Je pense que là-dessus, nous, on est pour la récompense et le travail et le mérite, il me semble que là, on doit imprimer notre marque et ne pas donner un blanc-seing à un gouvernement qui navigue à vue, mais plutôt imprimer la marque de, oui, le travail, ça doit payer.
Éric Ciotti a renoncé à son projet de retraite à 65 ans et certains y voient comme un reniement, comme pour être un peu mieux en phase avec le projet d'Emmanuel Macron. Comment convaincre qu'il n'y a pas eu de deal sur cette réforme entre les LR et le gouvernement ?
Il y a une discussion et ça, c'est plutôt une bonne chose que la Première Ministre discute avec les partis sur le sujet. Je trouve que c'est normal, c'est une démocratie vivante et plutôt apaisée. Après que, dans certains cas, et on l'a dit depuis le début, les Républicains soutiennent un projet quand c'est le leur et quand finalement c'est Emmanuel Macron qui a changé d'avis et qui s'est rallié à notre position, ce n'est pas l'inverse. Donc ça me paraît assez logique qu'on avance en confiance et en vigilance sur ce projet ensemble. Ça ne veut pas dire pour autant qu'on va donner un blanc-seing ou un chèque en blanc à ce gouvernement. Dans le mot deal,
j'y mettais des contreparties. Il n'y a pas eu de contrepartie entre les Républicains, le parti, et le gouvernement sur le dos de cette réforme.
Non, je ne pense pas qu'il y ait d'accords d'antichambres ou de petites cuisines sur le bord de la table. Je pense qu'on ne peut pas se le permettre d'ailleurs. Parce que l'éthique dans ce domaine rejoint un peu la tactique. Si on veut un jour être une alternance, une alternative au gouvernement actuel, on n'a aucun intérêt à couler à un gouvernement qui malheureusement s'est beaucoup discrédité.
Merci d'être venu le dire ce matin sur France Inter. Merci beaucoup Jean-Léonetti. Merci et bonne journée.
Jean Leonetti