Face à Donald Trump, que peut encore faire l'Europe ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Faut-il passer à la contre-offensive face à Donald Trump qui veut s'emparer du Groenland et menace tous ceux qui tentent de contrecarrer ses ambitions ? L'Europe doit-elle montrer les dents ? L'humiliation a-t-elle assez duré ? Sommes-nous prêts à faire des sacrifices pour tenir tête au président américain qui relance la guerre commerciale ? Deux invités pour tenter de répondre à ces questions dans le grand entretien ce matin. Benjamin Duhamel.
Bonjour Nathalie Loiseau.
Bonjour Benjamin Duhamel.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, députée européenne Horizon, ancienne ministre des Affaires européennes et face à vous Gérard Arrault, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous dans ce studio, vous êtes ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et ancien représentant permanent de la France aux Nations Unies entre autres.
Ça fait donc un an que Donald Trump est de retour à la Maison Blanche, un an de crise, de négociations, d'efforts pour ne pas le contrarier, un an de coup de force du président américain. Avant d'entrer dans le détail de la situation actuelle, question à tous les deux, comment est-ce que vous qualifiez cette première année qui paraît déjà si longue, Nathalie Loiseau ? Écoutez, l'Alliance Atlantique est en soins palliatifs et les Européens ont mis du temps à se l'admettre. Vous savez ce que disait Peggy, il faut voir ce que l'on voit.
Eh bien maintenant, on ne peut pas dire qu'on ne voit pas que le président des Etats-Unis confond en quelque sorte l'Alliance Atlantique avec le pacte de Varsovie. Pendant la période du pacte de Varsovie, les Tchèques, qui avaient un humour noir, disaient que c'est quand même la seule alliance militaire où on attaque exclusivement ceux qui en sont membres. Aujourd'hui, pour Donald Trump, l'Alliance Atlantique, c'est un endroit où on ne s'en prend pas à la Russie, au contraire, mais c'est un endroit où on s'en prend au Danemark pour lui prendre un territoire.
Gérard Arrault, Nathalie Loiseau dit à l'instant « L'OTAN en soins palliatifs ». Emmanuel Macron, jadis disait en état de mort cérébrale. Vous avez eu cette expression dans les colonnes du point. Vous parlez d'une révolution trumpienne. Au bout d'un an du Trump 2, comment est-ce que vous caractérisez le moment qu'on est en train de vivre ?
Moi, j'ai été très frappé par la radicalisation, l'accélération du trumpisme au cours de ces dernières semaines où il a franchi de nouvelles limites. J'ai maintenant la certitude que l'objectif, c'est d'abattre l'ordre libéral à l'intérieur comme à l'extérieur. Je crois qu'il ne faut pas oublier ce qui se passe à l'intérieur des États-Unis qui est extrêmement brutal. Comme vous le savez, l'arrestation par des gens masqués dans la rue sans intervention du juge, l'utilisation de la justice contre le président de la Banque Centrale, etc. Nous assistons bel et bien à une volonté délibérée de substituer à cet ordre libéral.
Un régime illibéral ? Comment ? Un régime illibéral ?
Je dirais un régime, comme le disait Pierre Aski, un régime où le droit ne compte plus, il n'y a plus que la force qui compte, la force à l'intérieur où les contre-pouvoirs ont été balayés, sont en ruine, mais aussi la force à l'extérieur. Alors, rentrons dans le vif du sujet de ce qui nous concerne, nous les Européens, puisqu'après avoir méprisé l'Europe, lancé une guerre commerciale dès les premières semaines de son mandat, Donald Trump ressort l'artillerie des droits de douane contre huit pays européens qui ont envoyé quelques soldats au Groenland.
Cette nuit, il prenait même 200% de taxes sur les champagnes et les vins français, parce que la France refuse de rejoindre son Conseil de la paix, qui est une sorte d'instance à sa gloire, qui ferait concurrence à l'ONU. On est là dans le chantage, c'est ça qui définit la politique de Trump à notre égard ? On est dans le raquette. Dans le raquette. Et les Européens, pendant un an, ont tenté ce que j'appellerais chez un enfant l'éducation positive. Et c'est le naufrage de l'éducation positive. L'apaisement, surtout pas le déranger, parce que si on le contrarie, il va tout casser. Plus on le laisse faire, plus il casse de la vaisselle. Donc aujourd'hui, c'est le moment de la fermeté.
C'est le moment, sur un enfant, on remettrait un cadre, parce qu'on sait très bien qu'un enfant agité, ça peut devenir un forceur, un jour. Et aujourd'hui, il se comporte comme un forceur, vis-à-vis des Européens. Ça veut dire qu'on arrête de laisser passer l'orage, cette fois, ça y est, on rentre dans le rapport de France. On arrête de courber les Chines, il faut dresser la tête. C'est maintenant ou jamais. Soit on s'affirme, soit on se fait respecter, soit on sort de l'histoire.
Gérard Rao, il faut, et on va parler bien sûr de ce que peuvent faire les Européens en termes de riposte, mais parler de ce qui est encore arrivé de cette dernière minute, cette nuit, avec une impression d'un Donald Trump quasiment en roue libre, interrogé sur le fait que la France ne veut pas participer à ce fameux Conseil de la paix. Il parle de ces 200% de taxes et dit de toute façon, Emmanuel Macron, il sera bientôt plus au pouvoir. Donald Trump, qui sur son réseau social, décide de publier lui-même un message qu'Emmanuel Macron lui a écrit, lui disant « Bon, Donald, autant je te comprends sur l'Iran et sur la Syrie, autant sur le Groenland, on n'est pas d'accord.
» C'est cette impression d'être une sorte de président américain qui est en roue libre.
Exactement. Il est totalement en roue libre, ou il est en vrille. Et au fond, la question qu'on peut se poser, c'est comment est-ce qu'un pays comme les Etats-Unis, l'opinion publique, les fameux contre-pouvoirs, notamment le Congrès, comment nos amis américains peuvent-ils accepter ça ? C'est ça la vraie question. La question, au fond, n'est pas Trump. Trump fait ce qu'il veut, il est Trump. Mais comment se fait-il que tout un pays ne réagit pas pour le moment, et en particulier les opposants, les démocrates ? Et de nouveau, ce n'est pas pour critiquer les Etats-Unis.
C'est quand même une leçon que doit se poser toute démocratie, et je dirais en particulier la France, qui, elle, n'a pas les contre-pouvoirs comportant les Etats-Unis. Mais nous, les Européens, Nathalie Loiseau, Trump, il est attendu demain à Davos. Il annonce qu'une réunion aura lieu entre les différentes parties sur le Groenland. Qu'est-ce qui va se passer ? Est-ce que cette fois, les Européens vont lui tenir tête ? Alors, il y aura sans doute des discussions à Davos, encore que la Présidente ministre danoise a dit qu'elle ne viendrait pas à Davos. Elle n'a pas envie d'être convoquée par Donald Trump, avec les scénographies dont il est familier.
Donc, il peut annoncer ça, mais ce n'est probablement pas là que ça va se passer. Il va y avoir une réunion des chefs d'État et de gouvernement... Alors, Emmanuel Macron l'invite à un G7 le lendemain jeudi. Voilà. Et il y a une réunion des chefs d'État et de gouvernement européens qui doivent d'abord mettre leur maison en ordre. Et c'est nécessaire de s'organiser. Oui, mais en attendant la photo, elle va être capitale demain. Ce moment, cette première rencontre depuis les menaces d'annexion du Groenland, les menaces de droits de douane sur les pays qui ne lui conviennent pas, je veux dire, ça va faire des étincelles à Davos demain ? On verra. On verra son discours.
Il y a un discours d'autres Européens ce matin ou cet après-midi. Je ne sais pas s'il y aura une réunion à Davos autour de Donald Trump. Je voudrais revenir sur quelque chose que disait Gérard Haro. Enfin, deux choses très justes. D'une part, on peut regarder les États-Unis avec sidération et dire qu'ils sont fous les Américains. Mais quand on voit une démocratie qui vire à l'illibéralisme, au lieu de se dire qu'ils sont fous, il faudrait se demander si nous on est vaccinés. Et la deuxième chose, c'est que quand les contre-pouvoirs américains ne sont pas en pleine forme, il faut essayer de les travailler.
J'ai vécu une crise d'une ampleur beaucoup moins grande, mais quand même, en 2003, pendant la guerre d'Irak, j'étais porte-parole aux États-Unis. Et ce qu'on faisait vis-à-vis d'une administration qui était celle de Bush, qui paraît presque raisonnable par comparaison, c'est qu'on travaillait le Congrès, on travaillait les entreprises, on prenait un à un tous ceux qui pouvaient avoir l'oreille du président pour les convaincre qu'une crise transatlantique n'était pas dans leur intérêt. Et aujourd'hui, on va sûrement parler de l'instrument anti-coercition et des droits de douane.
Avant de se demander si ça peut nous faire mal à nous, il faut expliquer aux États-Unis que ça peut leur faire mal à eux.
Gérard Arrault, sur la façon dont les Européens vont se comporter, et notamment les outils qui sont à leur disposition, d'abord sur une question de principe. Vous avez la France qui a réagi assez fortement, Emmanuel Macron qui a demandé l'activation de ce qu'on appelle cet outil coercition. Dans le même temps, vous avez le porte-parole de la Commission européenne qui dit préférer, je cite, le dialogue à l'escalade, le chancelier allemand Friedrich Merz qui lui explique que lui, que la France souhaite parfois réagir de façon plus ferme que l'Allemagne.
Est-ce qu'une fois encore, on va avoir 27 États membres qui en fait vont réagir selon leurs intérêts et donc pas d'une seule et même voie pour condamner ce qui est en train de se passer ?
C'est ça les relations internationales, c'est chaque pays qui défend ses intérêts. Vous avez aujourd'hui 27 pays membres de l'Union européenne, vous en avez 6 qui ont été sanctionnés. Et donc vous demandez aux 21 autres, vous leur demandez de sacrifier leurs intérêts au profit des 6 autres. Alors...
On ne peut pas dire que c'est extrêmement grave, que jamais on a atteint un tel niveau de délibéralisme et constater que pour des pays européens, on accepte ça sans rien faire.
Mais de nouveau, quels sont les intérêts ? Vous pouvez dire, par exemple, pour les Italiens, vous pouvez dire aux Italiens, vous savez, d'accord, à court terme, ça ne vous concerne pas, mais à long terme, il est très important de sauver la crédibilité de l'Union européenne. Mais honnêtement, moi, dans l'histoire de l'humanité, je ne connais pas beaucoup de dirigeants, c'est arrivé, qui sacrifient le court terme au profit du long terme. Aujourd'hui, c'est un fait, par exemple, l'Italie ou d'autres n'ont aucun intérêt à se lancer dans cette bataille. On peut naturellement dire, mais oui, mais si vous cédez sur le Groenland, vous verrez, demain, ça voudra dire qu'il va aller plus loin.
Mais tout ça, c'est de l'hypothétique. Dans les relations internationales, c'est le réalisme. Et d'ailleurs, pour confirmer ça, vous avez eu la déclaration de Mme Mélanie, qui dit, c'est un malentendu, il va falloir négocier. Vous avez eu le ministre des Affaires étrangères de Hongrie qui a dit, c'est pas un sujet, c'est pas un sujet pour l'Union Européenne. Ça, c'est une stratégie. C'est-à-dire que Donald Trump, c'est dans son intérêt, diviser, briser l'Union Européenne. Nathalie Loiseau, c'est une entreprise de démolition.
Alors, Gérard Harrault aime bien le pessimisme de la raison, moi j'aime bien l'optimisme de la volonté parce que moi, j'ai choisi de faire de la politique, je ne suis plus diplomate.
C'est peut-être la différence entre les politiques et les diplomates.
Exactement. C'est-à-dire qu'on ne se résigne pas, on essaye. Et le réalisme, aujourd'hui, j'écoute ce que disent les entreprises, les entreprises allemandes notamment, qui, il y a un an, disaient, oh là là là, il ne faut pas fâcher Donald Trump, même si l'accord que Ursula von der Leyen a signé avec lui n'est pas bon, on prend quand même. Parce que comme ça, on sera tranquille. Maintenant, ils ont compris qu'on n'est jamais tranquille avec Donald Trump et que quand on commence à céder le petit doigt, vient le coude et vient le bras tout entier. Donc les mêmes entreprises allemandes disent, maintenant on veut de la fermeté.
Donc ce que je pense, c'est que la réaction de Friedrich Merz, d'abord, elle n'est pas forcément définitive. Son vice-chancelier a dit à peu près le contraire, a dit maintenant, l'heure de la fermeté est assonnée. Je vois nos opinions publiques demander beaucoup de fermeté et c'est plutôt des dirigeants politiques, dont il faut bien dire qu'ils sont face à des situations politiques qu'on va poliment appeler éclatées ou face à des difficultés budgétaires qui sont davantage plus ilanimes que les opinions publiques et que les entreprises. L'intérêt, le réalisme aujourd'hui, ça impose la fermeté.
Alors Gérard, on vous donne la parole dans un instant, mais juste Nathalie Loiseau, vous dites fermeté. Donc concrètement, c'est quoi ? C'est activer ce fameux outil anti-coercation dont on dit que c'est un bazooka commercial, armes nucléaires. Est-ce qu'on décide d'activer ces 93 milliards de droits de douane qui avaient été prévus au moment de l'escalade commerciale l'année dernière ? Qu'est-ce qu'on fait concrètement ? Vous qui êtes députée européenne.
On dit
bas les pattes.
Ça veut dire très concrètement que cette semaine, je retourne à Strasbourg tout à l'heure, nous devions voter à contre-coeur le fait que les droits de douane pour les produits américains importés en Europe passaient à zéro à cause de cet accord complètement déséquilibré. Versus 15% pour les produits européens arrivés en France. On le faisait déjà à contre-coeur si ça avait permis qu'il n'y ait plus de crise. Évidemment, on ne va pas voter ça cette semaine. C'est hors de question. Les 93 milliards de tarifs douaniers, ils ont été décidés l'an dernier. Ils n'ont pas été activés, mais le processus de décision avait déjà eu lieu. Il suffit d'appuyer sur le bouton.
Quant au bazooka de l'instrument anti-coercition, c'est un instrument de dissuasion. C'est plutôt fait pour ne pas s'en servir. On fait le tour des entreprises américaines et on leur dit est-ce que vous voulez qu'on vous ferme les marchés européens ? Est-ce que vous êtes tout à fait sûr que vous avez envie ou que vous pouvez vous passer de 450 millions de consommateurs ? Parce qu'évidemment, en Europe, comme on a cette mentalité très averse au risque, très averse parfois au bluff ou en tout cas à la négociation dans la fermeté, on est en train de se demander si on est prêt à se passer de nos séries Netflix.
D'abord, il faut arrêter de rigoler, mais est-ce que les entreprises américaines pensent que 450 millions de consommateurs en moins, ça passe comme un trait de plume ? Je ne crois pas. Oui, mais alors, qui a le plus à perdre ? Parce que l'Europe est ultra dépendante. Vous parliez de Netflix. Netflix, on peut de fait s'en passer mais est-ce qu'on peut se passer de Visa ? Est-ce qu'on peut se passer de Microsoft qui équipe les entreprises, les administrations françaises ? Est-ce qu'on déciderait qu'ils n'acceptent plus au marché européen ? Non. Est-ce que Donald Trump pourrait leur dire vous ne travaillez pas avec le marché européen et serait suivi ? Je n'en suis pas sûr.
Gérard Raoult, ça vous paraît réaliste comme réplique ? Non, c'est le champ du souhaitable et je le partage. C'est le champ du souhaitable. Moi, je suis plutôt dans le champ du possible. Donc, attendons, je dis, je dis, vous avez le Conseil européen et permettez-moi d'être, une fois, d'être cassandre et de vous dire le Conseil européen va nous dire il faut négocier avec les Américains. Ça va être ça l'issue du Conseil européen. Il n'y aura rien de plus, rien de décision. D'ailleurs, même l'instrument de anti-coercition, quand vous le lisez, ça commence par il faut négocier. C'est le premier cas. Il faut dialoguer. On ne peut pas négocier la souveraineté du Groenland.
En général, entre dialoguer et négocier. Négocier la souveraineté d'un territoire européen, ça c'est... Mais non, mais il y a de multiples raisons. Donc, je pense que les Européens, aujourd'hui, vous n'aurez pas 27 pays sur une ligne de fermeté romaine. Et je dis romaine parce que la clé sera l'hitaille. On n'a pas besoin de 27 pays parce qu'on a besoin de la majorité qualifiée pour en faire un tel sujet.
tous ces outils-là ne seront pas utilisés et en fait, ça va continuer comme ce qui s'est passé en 2025 où on a vu la présidente de la Commission européenne finir par aller conclure un accord sur le Golfe en Écosse sommé par Donald Trump
de finir. Je ne le souhaite pas mais étant donné nos dépendances et étant donné en particulier la question ukrainienne qui va peser évidemment... Mais c'est fini. Qui va peser évidemment. Alors, on peut dire comment croire en effet à la garantie russe en Ukraine à la garantie américaine en Ukraine je suis totalement d'accord mais on n'est pas encore prêt nous les Européens soyons francs on n'est pas encore prêt à renoncer à tout cela en particulier pour les pays comme la Pologne et les Pays-Baltes qui sont évidemment terrorisés par la situation. Alors, on va faire entrer Sala dans la conversation qui est avec nous au Standard de France Inter bonjour et bienvenue Sala
Oui, bon bonjour bonjour à France Inter merci de m'accueillir écoutez je vais aller droit au but dans cette cacophonie et dans ce désordre international dans lequel nous sommes entrés permettez-moi de dire que finalement merci Trump et je ne permettez pas de faire l'avocat du diable et finalement Trump nous donne un signal de notre corps européen je veux dire corps institutionnel qui est malade de n'avoir pas prévu parce que la politique c'est prévoir et depuis 80 ans nous n'avons pas prévu l'Europe de la défense et on a été malmené et entrelacé dans l'alliance européenne dont madame la députée vient de dire qu'elle est en état cérébral de mort alors maintenant d'une manière précise et concrète pour préparer la guerre pour préparer pour avoir la paix il faut avoir la guerre donc où on est l'Europe de la défense s'il vous plaît où on est à quel état combien nous pesons en armée en force etc pour peser dans le monde parce que là on est en état en état entre la Russie et les Etats-Unis et la politique c'est prévoi
merci beaucoup merci Nathalie Loiseau votre réponse merci Sala vous avez tout compris et c'est réconfortant pour quelqu'un qui a depuis 7 ans au gros consacré sa vie à essayer de construire la défense européenne et souvenez-vous vous aviez une grande partie de la gauche en Europe qui disait non non des dépenses de défense vous n'y pensez pas la paix est installée donc il y a d'autres priorités vous aviez une grande partie de la droite européenne qui disait on pourra toujours compter sur l'allié américain et puis vous aviez et vous avez en France l'extrême droite et l'extrême gauche qui disent pas d'Europe et pas d'OTAN c'est vrai qu'on serait tellement mieux si on était seul face à la Russie face à la Chine et le cas échéant face aux Etats-Unis donc cette défense européenne on l'a construit pas assez vite à mon goût vous avez raison d'être impatient mais on est en train de la construire sur l'industrie de défense et il faut que tout le monde avance c'est-à-dire que la France comme d'habitude a des grandes idées dit l'autonomie stratégique on a été les premiers à en parler c'est vrai on est un peu moins capable de la construire aujourd'hui parce qu'on a des problèmes budgétaires mais il faut aussi que la France soit capable de dire demain on va acheter le cas échéant des armements européens et pas seulement des armements français si on veut de la défense européenne ça doit aller dans les deux sens d'ailleurs le président de la république l'a dit on veut aux armées donc on avance là-dessus j'aimerais tellement qu'on avance plus vite vous avez raison Salah mais on est sur la bonne voie
Gérard pour continuer d'essayer d'avancer de faire de la prospective puisqu'on parle et vous dites il y a un instant les européens vont pas pouvoir faire grand chose si ce n'est de négocier avec les Etats-Unis donc quoi dans 15 jours un mois les Etats-Unis vont annexer le Groenland c'est ce qui va se passer
alors d'abord le résumé de ce que vient nous dire Nathalie Loiseau c'est il n'y a pas de défense européenne aujourd'hui voilà c'est quand même ça la réalité on avance mais on avance depuis 30 ans moi j'ai j'ai pas c'est pas mon souvenir non ?
oui non non j'ai été au département au département ministère de l'influence étrangère sur la défense européenne ça fait 30 ans qu'on fait des textes on fait des stratégies on fait des unités c'est la défense c'est l'industrie il n'y a pas de défense européenne aujourd'hui repartons sur le scénario donc effectivement d'ici quelques semaines on a Trump qui prend le contrôle du Groenland et nous les Européens se couchent franchement je vous aurais dit il y a 2-3 mois évidemment que Trump ne va pas attaquer le Groenland aujourd'hui tout est possible et si demain Trump lance une opération au Groenland je suis désolé de dire évidemment que nous ne ne boiterons pas avec les Américains mais quelque chose de central sera arrivé et je suis tout à fait d'accord avec Nathalie l'OTAN aura dépassé le stade de la mort cérébrale sera mort mais moi ce qui m'inquiète maintenant c'est l'avenir de l'Union Européenne n'oublions pas que nous faisons face à une offensive réactionnaire de la révolution réactionnaire trumpiste et qu'un de ses objectifs centraux c'est la dislocation de l'Union Européenne or sur ce sujet face aux Etats-Unis l'Union Européenne peut effectivement se disloquer
Nathalie Loiseau vous disiez tout à l'heure j'ai l'optimisme de la volonté et vous pour le coup vous plaidez pour un certain nombre d'actions pour éviter que ce scénario de l'annexion du Groenland arrive puisque l'objet de cette discussion est aussi de mettre tout cela en perspective avec l'an 1 de Trump 2 il y a une interview passionnante d'Elisabeth Roudinesco dans le Grand Continent qui se demande si Trump est ou pas je suis totalement fou et elle y répond en s'appuyant sur la scène absurde où le président américain reçoit le Nobel de la paix des mains de Maria Corina Machado l'opposante vénézuélienne et elle écrit la chose suivante Elisabeth Roudinesco l'essence du trumpisme c'est la puissance du grotesque et c'est là que réside son danger tout à fait réel est-ce que vous partagez ce constat ?
Écoutez je ne suis pas psychanalyste comme Elisabeth Roudinesco derrière la méthode qui paraît pour le moins farfelue il y a des intérêts immédiats de Trump et de ses proches qui eux sont très rationnels la famille Trump s'est énormément enrichi depuis un an les proches de Trump se sont énormément enrichis depuis un an pourquoi est-ce qu'il veut conquérir le Groenland ?
parce qu'après tout tout le monde a dit très sagement très sérieusement très rationnellement comme on fait avec les Européens mais il peut avoir autant de bases qu'il veut au Groenland en ce moment il a 150 hommes du temps de la guerre froide il y en avait 5000 il peut avoir autant de permis qu'il le souhaite au Groenland pour les entreprises de son ami Lauder par exemple donc pourquoi une conquête ?
pas pour une vraie raison c'est parce qu'aujourd'hui au Groenland il y a un droit de l'environnement qui par exemple empêche d'explorer l'uranium il y a un droit du travail ce que veut Trump pour ses amis pour faire de l'argent et vite c'est une colonisation sur le mode du 19ème siècle pour exploiter les richesses et pour exploiter la population groenlandaise c'est ça qu'il faut voir alors on peut dire il est fou en tout cas il a une rationalité et si on ne veut pas la voir on reste à tirer des plans sur la comète à adorer quelque chose qui n'existe plus l'amitié transatlantique vous lisez encore chez quelques-uns ah là là mais quand même l'amitié transatlantique c'est plus nos amis les Etats-Unis ?
c'est-à-dire qu'on regarde une étoile sans se dire qu'elle est morte lui il n'a pas d'amis
si c'est pas nos amis c'est quoi ? c'est pas nos ennemis non plus ?
dans sa vie privée comme dans sa vie publique Trump n'a que des partenaires de passage pardon de le dire donc si on rapporte on fera un beautiful deal pour 6 mois et puis après il ira voir ailleurs on ne peut pas compter sur lui je dirais que quelque part c'est notre chance si on l'a saisi c'est aujourd'hui soit on construit une Europe beaucoup plus forte soit on s'effondre et c'est Trump qui nous le démontre pour finir Gérard Rao est-ce qu'il est permis d'avoir un peu d'espoir ?
vous disiez au début de cet entretien que la solution notre salut devait venir de l'intérieur des Etats-Unis on a des élections de mi-mandat à la fin de l'année aux Etats-Unis est-ce que là il peut se passer quelque chose qui serait favorable à l'ordre du monde ? je suis convaincu que d'abord Trump perdra les élections intermédiaires non pas seulement parce qu'il est Trump mais sur les 50 dernières élections intermédiaires l'administration en place n'en a gagné que deux c'est le moment où on se défoule contre l'administration en place moi je suis convaincu que ça va mal se passer que Trump perdra les élections et que Trump n'acceptera pas sa défaite
et donc ça peut aller jusqu'où ?
et pour moi c'est un moment de crise extrême c'est là que va se juger l'avenir du Trumpisme le Trumpisme est révolutionnaire il veut changer l'ordre des choses y compris l'ordre intérieur des choses il n'acceptera pas la défaite vous savez on parle couramment d'envoyer l'armée dans les rues on parle couramment aux Etats-Unis d'imposer l'état de siège Trump a refusé le résultat des élections de 2020 pourquoi accepterait-il le résultat des élections de 2006
elle a des anticorps
mais nous serons dans un état je pense il y aura une état de crise profonde et qui évidemment concernera aussi bien l'intérieur que l'extérieur bon noir c'est noir pour vous Gérard Harrault merci d'avoir été avec nous ce matin et merci Nathalie Loiseau un peu plus positive déterminée d'espoir merci
le diplomate et la politique lucide
Nathalie Loiseau