Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 27 juin 2025 24 min

"Compromis" sur les retraites : "Nous n'y croyons pas et nous n'y avons jamais cru", déclare Mathilde Panot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Locuteur non identifié

Le grand entretien de France Inter, ce matin avec Marion Lourne, notre invitée et députée de la France Insoumise du Val-de-Marne, membre de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Vos questions, chers auditeurs, réaction au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Mathilde Panot, bonjour.

0:20
Mathilde Panot

Bonjour.

0:21
Locuteur non identifié

Bonjour. De très nombreux sujets à aborder avec vous ce matin, mais partons d'abord de l'actualité sociale. Après l'échec des négociations du conclave, pour prendre le terme consacré, le Premier ministre recevait les trois syndicats et les représentants du patronat pour une série de réunions. Un compromis est à portée de main, je cite François Bayrou. Est-ce que vous y croyez ?

0:44
Mathilde Panot

Avant de répondre à cette question, je voudrais apporter tout mon soutien aux salariés de Radio France qui sont actuellement en grève contre le démantèlement du service public de l'audiovisuel, notamment parce que démanteler le service public de l'audiovisuel, c'est affaiblir la démocratie, affaiblir le rayonnement culturel de la France et affaiblir la création. Et nous, les Insoumis, prendrons toute notre part dans l'hémicycle des lundis contre cette réforme dans l'Assemblée nationale. Alors, pour répondre à la question, non, nous n'y croyons pas et d'ailleurs, nous n'y avons jamais cru.

Je rappelle que dès le début, nous avions dit que nous voulions que l'Assemblée nationale puisse voter, puisque nous avons encore montré il y a quelques jours que l'Assemblée nationale, il existait une large majorité pour abroger la réforme de la retraite à 64 ans. Et en fait, ce conclave n'a été fait que pour une seule chose, pour éviter la censure à François Bayrou. Maintenant, il invente un mini conclave et donc il est urgent de censurer Bayrou et ce gouvernement.

1:38
Locuteur non identifié

Lorsqu'il acte la volonté d'améliorer sensiblement et immédiatement les retraites, notamment des femmes et des femmes qui ont eu des enfants, des carrières hachées, quelle est votre réaction ? Qu'il annonce qu'un compromis avait également été trouvé pour diminuer l'âge de départ en retraite à taux plein de 67 à 66 ans et demi. Ça ne suffit en aucun cas à vous satisfaire ou à participer d'une démarche qui irait dans la bonne direction ?

2:05
Mathilde Panot

Alors ça ne suffit pas parce qu'ils veulent par là même nous faire enteriner le fait qu'on ne pourrait pas revenir sur la retraite à 64 ans qui n'a jamais été votée dans ce pays puisqu'elle a été passée en force contre tout un peuple, contre tout un syndicat et même contre l'Assemblée nationale par un 49-3. Mais surtout, ça va se payer cher. Je ne sais pas si vous avez entendu qu'à partir du 14 juillet, François Bayrou pourrait annoncer une désindexation des retraites, c'est-à-dire de nouveau un appauvrissement des retraités et qu'il a réitéré de nouveau que ce n'était pas le travail qui devait financer entièrement les retraites.

Ça veut dire qu'il revient potentiellement avec son projet de TVA antisocial et nous nous sommes opposés à ce que la sécurité sociale soit financée par l'impôt le plus injuste en France mais qu'on revienne à un système de cotisation et honnêtement nous avons montré mille fois qu'il était possible de revenir non seulement à la retraite à 62 ans mais même à la retraite à 60 ans. Et nous nous tiendrons cette promesse que nous avons refaite en juin avec la NUPES suite au passage en force de cette retraite à 64 ans.

3:06
Présentateur

Mais quand on vous écoute Mathilde Panot, on a l'impression que vous ne croyez pas vraiment au paritarisme parce qu'il y a des syndicats aussi autour de la table qui sont prêts à continuer à discuter. Est-ce que la CFDT par exemple aurait dû quitter la table comme l'a fait la CGT ?

3:18
Mathilde Panot

C'est un choix qui lui appartient mais quand même ça doit interroger tout le monde de voir qu'il y a un droit de veto du MEDEF qui est donné dans ce conclave. D'ailleurs on devrait s'interroger sur pourquoi on appelle ça conclave mais bon passons. Ensuite, deuxième chose, le deuxième syndicat de France et le troisième syndicat de France, c'est-à-dire la CGT et FO ne sont pas dans ce conclave. Le premier est toujours là. On quittait. Il y a l'AFSU, premier syndicat de l'éducation nationale qui ne s'y trouve pas. Donc je crois que sur le dialogue social on repassera.

Et je vous invite à regarder ce qui se passe par exemple à l'étranger où nous venons d'apprendre par exemple que Claudia Sheinbaum qui est présidente du Mexique a elle lancé une réforme où en 2034 il y aura une retraite à 53 ans pour les femmes, pour les enseignantes et à 55 ans pour les hommes, preuve qu'on peut faire tout autrement et qu'on peut aller vers la civilisation du temps libéré.

4:06
Présentateur

On n'a pas vraiment les moyens de ça. Vous savez que la dette française bat toujours des records. Ça coûte très cher de revenir sur cette réforme du départ à l'âge à 64 ans.

4:17
Mathilde Panot

Vous savez que le trou dans la sécurité sociale a été créé par les exonérations qui ont été faites année par année. Il est là en tout cas. Donc il a été créé artificiellement. Et je dois dire que si on reprend par exemple l'égalité salariale entre les femmes et les hommes réelles, c'est-à-dire avec des sanctions, une volonté politique qui serait faite, on récupérait 6 milliards dans les caisses. 6 milliards c'est le coût de l'abrogation, de la réforme des retraites. Si on faisait cotiser les dividendes qui ne cessent d'exploser dans notre pays, au point que la France est championne du versement de dividendes. On récupérait 20 milliards dans les caisses.

Si on augmentait que dans les cotisations sur les hauts salaires, on récupérait là aussi 6 milliards. On a 3 346 milliards d'euros de dettes. Mais vous savez, si on était resté au même niveau de prélèvement en 2017 qu'aujourd'hui en 2025, au début du mandat d'Emmanuel Macron, nous serions encore sur les 3% de déficit public. Donc ce qui ruine notre pays, c'est la politique qui a été faite pour les plus riches et pour les multinationales qu'on demande maintenant au peuple de payer. Et c'est ça qui est inacceptable. Nous pouvons faire d'autres choix politiques. Il n'y a aucune fatalité dans ce que nous vivons.

5:23
Locuteur non identifié

Faudra-t-il voter la censure avant l'été ? Avant l'été et avant le budget, ça n'aurait aucune efficacité. C'est ce que disait à ce micro le député Rassemblement National Sébastien Chenu. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Le rendez-vous de la censure, c'est l'automne, c'est au moment du budget, c'est là où tout se décide.

5:39
Mathilde Panot

Vous savez, le Rassemblement National est embêté, je les comprends. Parce qu'en fait, ce qui s'est passé avec le fait que le Parti Socialiste est refusé par six fois de censurer le gouvernement Bayrou, c'est non seulement qu'ils ont permis au budget le plus austéritaire du XXIe siècle de se mettre en place, d'un gouvernement de continuer une politique macroniste battue trois fois dans les urnes, notamment avec un ministre de l'Intérieur qui parle comme sous Vichy de français de papier, mais aussi, ils ont permis au Rassemblement National de se cacher sur le feu que ceux qui permettent aujourd'hui à la politique macroniste de continuer, eh bien c'est le Rassemblement National.

Et puisque le PS retrouve le chemin de la censure... Vous allez les suivre ? Alors bien sûr, nous voterons la censure. Et nous avons dit que nous voterions toutes les censures qui venaient de la gauche de l'hémicycle. Puisque le PS retrouve le chemin de la censure...

6:25
Locuteur non identifié

Il revient à la raison, disait Jean-Luc Mélenchon.

6:27
Mathilde Panot

Exactement. Eh bien, le Rassemblement National devra assumer d'être ceux qui laissent la politique macroniste continuer.

6:35
Locuteur non identifié

Mathilde Panot, Lucie Casté, la candidate du Nouveau Front Populaire au poste de Premier ministre après la dissolution de l'été dernier, organise un rassemblement le 2 juillet prochain pour discuter d'une candidature commune de la gauche à la présidentielle. La France Insoumise n'y sera pas. Pourquoi ?

6:50
Mathilde Panot

Pour plusieurs raisons. D'abord parce que la première condition de l'Union, c'est d'abord le programme. Et nous, nous sommes très attachés au programme de rupture. Et il ne vous a pas échappé que, alors que nous avions signé un programme pour des législatives ensemble, alors que Jean-Luc Mélenchon venait de faire 22% aux élections et toutes les autres forces moins de 5%, nous leur avons permis d'avoir des groupes parlementaires à chacun de ces partis politiques et que nous avions signé un programme, la NUPES, qui a ensuite été mis de côté par le Parti Socialiste.

Parce que de nouveau avec le nouveau Front Populaire, alors que nous donnons 100 circonscriptions pour que cela puisse se faire au Parti Socialiste et que nous arrivons en tête, là aussi le Parti Socialiste trahit le programme du nouveau Front Populaire. Donc la première chose, c'est le programme de rupture. Et je ne crois pas que ceux qui ont jeté par deux fois le programme commun par la fenêtre ne le referaient pas de nouveau. La deuxième chose, c'est qu'eux-mêmes n'y croient pas. Vous avez vu que Glucksmann va se présenter.

7:43
Locuteur non identifié

Peut-être avez-vous lu l'interview...

7:45
Mathilde Panot

Comment ?

7:45
Locuteur non identifié

Aux législatives, ça n'était pas le résultat. Mais continuons sur la question de Raphaël Glucksmann. Oui, justement, mais il y a eu des législatives ensuite.

7:52
Mathilde Panot

Oui, j'en ai parlé aussi.

7:53
Locuteur non identifié

Raphaël Glucksmann...

7:54
Mathilde Panot

Pour dire que c'était la France Insoumise qui avait permis en 2022 à chacun de ces partis politiques d'avoir un groupe parlementaire. Mais je continue. Peut-être avez-vous lu l'interview de Jadot, qui dit qu'en 2017 et en 2022, nous avons agité la question de l'union de la gauche en espérant que Jean-Luc Mélenchon allait refuser et lui faire porter le mistigri de la division. Et il dit que ça n'a pas fonctionné. Donc, il va même jusqu'à dire qu'il faut apprendre de ses erreurs. Donc, je vais vous dire, eux-mêmes n'y croient pas. Et le moment n'est pas à se parler entre soi, entre gens qui sont convaincus, mais à convaincre l'ensemble du pays. Parce que qu'est-ce que ça crée à la fin ?

Une forme de résignation. Cette idée que s'il n'y a pas d'union de tous les candidats, alors on n'y arriverait pas. Alors que, je le rappelle, Jean-Luc Mélenchon a été à 420 000 voix du second tour la dernière fois. et que les autres candidatures qui se sont, elles, maintenues ont aussi une responsabilité dans le fait que nous n'ayons pas été au second tour.

8:44
Locuteur non identifié

Mais là, on se projette en 2027, en l'occurrence, un volet du programme de place publique qui est consacré aux travailleurs, aux contrats sociaux, avec des propositions dont l'augmentation du SMIC à 1 600 euros, l'organisation rapide de conférences salariales. Dans deux ans, pour être précis. Oui, c'était dans le programme de la France Insoumise. Il y a des points de convergence malgré tout entre vous ou pas ?

9:01
Mathilde Panot

Écoutez, sur les 30 mesures les plus urgentes que nous avions mises dans le programme du Nouveau Front Populaire, il y en a 21 qui ont disparu du programme de M. Glucksmann. Vous avez, par exemple, pas d'abrogation de Parcoursup, pas de garantie d'autonomie pour les jeunes au-dessus du seuil de pauvreté, pas d'abrogation de la loi travail, et je pourrais continuer puisqu'il faut citer les 21.

Donc, nous avons, je crois, des projets politiques différents pour le pays, et je crois qu'en démocratie, il est assez normal qu'on puisse présenter des programmes politiques différents, et que nous, ce que nous, nous avons réussi à faire, la France Insoumise, et chacun devrait se poser la question de comment ils ont contribué à cela, ce que nous, nous avons réussi à faire, c'est à faire revenir massivement vers le vote et à redonner le goût de la politique à la jeunesse, aux militants et aux habitants des quartiers populaires, aux habitants des Outre-mer, et c'est ce que nous allons continuer à faire parce que la seule manière de battre l'extrême droite, c'est de les submerger dans les urnes.

9:54
Présentateur

Alors, très concrètement, Mathilde Panot, il y a eu une élection avant l'élection présidentielle qui s'appelle Les Municipales, c'est à horizon un an, et le premier secrétaire du PS, notamment, qui vient d'être reconduit, n'écarte pas des accords avec LFI en cas de législatif partiel ou d'élection locale. Est-ce que vous seriez prêt, vous, LFI, à passer des accords locaux avec le PS ou peut-être avec Place Publique, c'est le cas échéant ?

10:16
Mathilde Panot

Mais écoutez, moi, je vais vous répondre de la même manière que j'ai répondu sur la question des présidentielles. Nous avons, nous, des points programmatiques qui sont non négociables.

10:25
Présentateur

C'est votre programme ou rien ?

10:27
Mathilde Panot

Qui sont non négociables. C'est des points programmatiques. Pas tous. Par exemple, nous n'irions jamais dans une ville, par exemple, dans laquelle il y a des délégations de services publics au privé sur la question de l'eau, sur la question des transports. Et donc, nous, nous tenons au fait qu'il y ait, par exemple, des régies publiques de l'eau. Nous tenons à ce que, dans des villes, ce ne soient pas des villes qui pratiquent l'austérité, qu'il y ait des services publics à destination des habitants des villes. Donc ça, ce sont des points non négociables.

Et c'est à partir de là que les Insoumises seront présents dans toutes les élections municipales, sous des formes qui, parfois, seront différentes. Mais je vous assure que nous, nous sommes un mouvement jeune. Nous sommes nés en 2016. Eh bien, c'est le moment où la France Insoumise va s'implanter massivement et durablement dans le pays.

11:13
Locuteur non identifié

Il y a une interview assez passionnante de Jean-Luc Mélenchon, passionnante pour ce qu'elle dit de sa stratégie et de la stratégie de la France Insoumise qui a été accordée à l'hebdomadaire le 1. Et je le cite, « Notre stratégie est de ne pas perdre une minute à conquérir les mille personnes qui achètent Libération ou Le Monde tous les matins. Ça ne nous intéresse pas. On veut être le parti des milieux populaires et des jeunes. » Est-ce que vous assumez de ne vous adresser qu'à une partie, justement, de l'électorat français ?

11:40
Mathilde Panot

Mais vous réduisez toujours un peu les choses. J'entends que vous avez lu la phrase de Jean-Luc Mélenchon. Mais ce n'est pas... Pas seulement la phrase. Ce n'est pas assumer de s'adresser seulement à une partie de la population française. Nous, nous nous adressons à tout le monde. Et y compris lorsque nous parlons des grands biens communs, des transversales de la société, de l'unité du peuple français face au racisme, des biens communs, qui est par exemple l'eau sans laquelle personne ne peut vivre, des services publics qui vont à la fois des quartiers populaires jusqu'aux zones rurales, eh bien nous faisons justement des transversales.

Nous créons ce que nous appelons la manière dont on fait union autour de grandes causes qui sont les grandes causes de notre siècle et notamment le dérèglement climatique. Mais par contre, nous assumons, oui, que dans une élection, vous devez concentrer votre énergie et concentrer votre énergie notamment à faire que les abstentionnistes, les dégoûtés de la politique, reviennent au vote.

Je ne sais pas si vous avez vu ce qui s'est passé à New York avec Zoran Mandani qui a gagné la primaire, qui est démocrate à New York et donc qui combat férocement le génocide palestinien, qui pourrait être le premier maire new-yorkais musulman et qui a ramené massivement au vote une jeunesse avec un programme notamment de rupture. Et je le dis, nous sommes dans un moment où seule la gauche radicale peut battre l'extrême droite. C'est ça qui est en train de se passer.

Et pour cela, il faut faire ce que nous avons fait en juin et en juillet dernier, c'est-à-dire ramener massivement au vote les quartiers populaires, les habitants des Outre-mer, la jeunesse de ce pays, les militants associatifs, les militants syndicaux, les militants politiques. Et je crois que c'est notre tâche et notre rôle.

13:17
Locuteur non identifié

Alors, je comprends l'idée de comparer la France avec le Parti démocrate new-yorkais, mais je continue avec Jean-Luc Mélenchon. Il dit, bien sûr, l'histoire nous enseigne qu'il faut aussi être fort dans la petite bourgeoisie pour gagner. À la fin, ces gens-là réfléchissent, donc il faut aller à eux au bon moment, celui où leur intelligence va être en éveil plutôt que leur nombrilisme. Est-ce que vous comprenez que ça puisse être choquant, justement pour les électeurs de cette petite bourgeoisie, d'être considérés comme des citoyens à conquérir par opportunisme et au dernier moment ?

13:51
Mathilde Panot

Mais, enfin, je... C'est de l'explication de texte

13:56
Locuteur non identifié

pour qu'on comprenne la stratégie politique des LEPI.

13:58
Mathilde Panot

Oui, on fait de l'explication de texte. Nous, nous sommes, et ça a été démontré dans toutes les élections, ceux qui avons l'électorat le plus transversal. Et nous en sommes extrêmement fiers. Nous avons avec nous des intellectuels, nous avons avec nous des universitaires, nous faisons, depuis quelques années, ça ne vous a pas échappé, l'Institut Labo-Essi qui aide à penser les grands enjeux de notre temps, y compris avec des gens qui ne sont pas insoumis. Donc, oui, nous, nous nous adressons largement.

Et je veux dire quelque chose qui est important et qui va dans le sens de ce que dit Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'il est vrai, il est vrai que face, notamment, on parlait tout à l'heure du service public, de l'audiovisuel, à des médias, des milliardaires qui ne cessent de nous dénigrer et qui ont un effet, ensuite, dans ce qui se passe dans la tête des gens, eh bien, face à cela, nous, nous voulons faire en sorte que nous soyons la représentation populaire d'abord des milieux populaires et généralement, c'est ensuite comme ça que ça s'élargit.

14:53
Locuteur non identifié

Comment expliquer que la France insoumise constitue un danger pour la démocratie pour 63% des Français ? Ce sont les chiffres du politologue Brice Tinturier.

15:01
Mathilde Panot

Pour plusieurs choses. Peut-être parce qu'effectivement, nous sommes un danger plus fort pour les milliardaires de ce pays. Rappelez-vous que Bernard Arnault a été dîné avec Emmanuel Macron pour expliquer pourquoi le nouveau Front populaire ne devait jamais avoir le pouvoir lorsque nous avions gagné les élections, notamment parce qu'il savait que nous allions augmenter immédiatement le SMIC par décret, que nous allions mettre un terme à la réforme de la retraite à 64 ans. Donc oui, nous sommes un danger pour les milliardaires. Mais je veux aussi dire qu'il y a une responsabilité... Il n'y a pas tant de milliardaires que ça quand même. Il n'y a pas 60%. Il y a une responsabilité...

Oui, enfin, ils ont quand même de l'influence. La preuve, nous n'avons pas été au pouvoir. Il y a quand même une responsabilité aussi de l'inversion des valeurs dans le débat politico-médiatique. Et je veux quand même le dire. Par exemple, moi je suis président d'un groupe parlementaire et je ne suis pas président d'un groupe parlementaire dans lequel quelqu'un parle de lobby juif, d'avortement comme un génocide de masse, de supporters babouins par rapport à l'équipe de France de foot. Ça c'est Marine Le Pen qui est président d'un groupe dans lequel se trouve Caroline Parmentier qui a tenu ces propos-là.

Je ne suis pas président d'un groupe dans lequel il y a quelqu'un qui a été un libraire qui non seulement est antisémite mais a diffusé l'antisémitisme avec une librairie négationniste. Ça c'est Frédéric Bocaletti qui est député du Rassemblement National. Et pareil, je suis sidérée de voir qu'on n'a quasiment jamais parlé dans les médias des trois groupes Facebook dans lesquels se trouvent des dizaines de députés RN, vous me permettrez de le dire, dans lesquels il y a par exemple ces phrases « Une femme voilée en photo » et marquée en dessous « Hitler s'est trompé d'ethnie à exterminer ».

Donc je crois qu'à force de faire passer les antiracistes pour des racistes, les antifascistes pour des fascistes, tout cela participe à une inversion des valeurs et ceux qui sont dangereux pour la démocratie c'est ceux qui ne respectent pas les résultats des urnes.

16:43
Locuteur non identifié

LFI est tout sauf un barrage contre l'antisémitisme et il évoquait le cas de Jérôme Guedj du député qui avait été insulté et agressé par les amis de Jean-Luc Mélenchon à ce micro.

16:53
Mathilde Panot

Mais moi je vais vous dire nous sommes la meilleure barrière contre l'antisémitisme. Vous pouvez lire la phrase que Jean-Luc Mélenchon a dit dans cette même interview sur les personnes juives dans notre pays. il dit le jour où il y aura le rassemblement national qui reviendra à ce qu'il est essentiellement c'est-à-dire à la fois du racisme et de l'antisémitisme. Eh bien nous nous serons tous les jours quelle que soit la situation du côté de nos confessions de nos concitoyens de confessions juives s'ils sont pris à partie pour leur religion. De même que nous serons tous les jours aux côtés de ceux qui seraient pris à partie pour leur colère de peau pour leur orientation sexuelle.

Nous nous sommes humanistes c'est-à-dire ceux qui refusent à tout moment qu'on trie les gens selon leur couleur de peau leur religion leur orientation sexuelle. Donc c'est insupportable qu'on nous colle cette étiquette sur nous comme on l'a collé d'ailleurs au pape qui lui-même est antisémite pour avoir dénoncé le génocide à Gaza comme on l'a collé à Macron à des moments et etc. au secrétaire général de l'ONU et beaucoup d'autres. Alors là

17:51
Présentateur

on parle des autres parlons de vous de LFI donc vous disiez que vous alliez voter les censures et toutes les censures la stratégie c'est toujours de faire tomber tous les gouvernements jusqu'à ce que Macron démissionne et qu'il y ait une présidentielle ?

18:02
Mathilde Panot

Vous comprenez qu'on est dans une crise démocratique pourquoi ? D'abord parce que le résultat de l'élection dernière n'a pas été respecté et c'est de là que vient le nœud je veux dire on ne peut pas avoir un président de la république qui décide sur demande du RN de clarifier la situation politique je reprends les termes qu'il utilisait à ce moment-là et de faire donc une dissolution qui a été gagnée par nous contrairement à ce que 27 sondages sur 27 disaient à l'époque et ensuite refuser d'obéir aux résultats des urnes en continuant comme si rien ne s'était passé alors on ne peut pas voter

18:34
Présentateur

toutes les motions de censure il y a une limite au nombre de motions de censure qu'on peut voter vous savez la limite

18:40
Mathilde Panot

elle est assez vite explosée à partir du moment où eux ne gouvernent que par 49-3 puisqu'ils n'ont pas de majorité et qu'ils ont une minorité présidentielle et que dès qu'il y a un 49-3 la seule réponse de dignité d'une assemblée c'est de pouvoir déposer une motion de censure donc il nous est arrivé d'en voter parfois plus de 15 dans une année donc non il n'y a pas tellement de limites à une motion de censure

18:59
Présentateur

et est-ce que vous diriez comme Jean-Luc Mélenchon alors là ce n'est pas dans l'entretien il a dit ça un peu plus tôt il y a une dizaine de jours que la France est dans un état pré-révolutionnaire

19:07
Mathilde Panot

en tout cas je pense que tout le monde sent qu'il y a un bouillonnement du fait à la fois d'une politique qui est haïe dans le pays qui a été défaite dans les urnes du fait aussi d'une situation sociale qui est désastreuse dans le pays enfin je veux dire Emmanuel Macron a ramené la France à un pays qui a faim c'est-à-dire qu'il y a un français sur trois dans ce pays qui disent qu'ils se privent régulièrement de repas pour pouvoir nourrir leurs enfants nous n'avons jamais eu autant d'enfants à la rue il y a un enfant sur cinq qui se rend à l'école avec le ventre vide nous sommes dans une situation catastrophique on parle de 300 000 emplois qui pourraient être détruits et donc oui je crois que nous sommes dans un moment où la moindre étincelle peut faire repartir une colère qui existe dans ce pays et qui s'est exprimée maintes fois dans les urnes et dont nous espérons bien qu'elle donnera lieu à une révolution citoyenne par les urnes

19:54
Locuteur non identifié

Il y aura donc une commission d'enquête sur les liens entre la France insoumise et l'islamisme porté par Laurent Wauquiez le chef de file de la droite républicaine à l'Assemblée nationale ça a été validé par la commission des lois quelle est votre réaction ce matin ?

20:07
Mathilde Panot

Écoutez pour pouvoir la valider ils ont dû enlever le mot France insoumise de la commission d'enquête je crois que nous aurons beaucoup d'auditions à proposer sur les liens de M.

Sarkozy avec Kadhafi sur le fait que par exemple ceux qui ont donné les armes à Mehdi Koulibaly c'était un ancien responsable de la sécurité du Front National on va avoir beaucoup de choses intéressantes à regarder et je rappelle que ceux qui ont été impliqués dans trois actes terroristes ces dernières dizaines d'années c'est le Rassemblement National et donc là aussi nous aurons des auditions à proposer mais je crois que c'est un précédent très dangereux que d'essayer de détourner une commission d'enquête pour essayer de la tourner contre un mouvement politique

20:50
Locuteur non identifié

Question qui concerne la situation internationale puisqu'il y a eu la réunion de l'OTAN une réunion importante avec des pays qui se sont engagés comme la France a consacré plus de 3,5% de leur PIB à des dépenses militaires vous l'avez dénoncé cette décision il ne faut pas augmenter le budget de la défense ça n'est pas une urgence aujourd'hui ?

21:11
Mathilde Panot

En fait le budget de la défense doit être augmenté selon les besoins que nous nous donnons pas selon ce que Trump dicte les 5% du PIB de porter à 5% du PIB le budget de la défense c'est ce que Trump a dicté et d'ailleurs vous avez vu le niveau de servilité des Européens et de la France qui s'appelle une humiliation quand le secrétaire général de l'OTAN écrit un message ditirambique au président Trump pour le féliciter des violations du droit international qui ont été faites avec les frappes sur l'Iran dans lequel il dit l'Europe va payer le prix cher pour ensuite dire en face à face pour le féliciter Dadi papa doit parfois hausser le ton ça dit dans quoi nous sommes et je crois que c'est une folie que la France s'aligne sur l'OTAN notamment d'autant plus nous le disons depuis longtemps que la France doit quitter le commandement intégré de l'OTAN mais notamment d'autant plus quand celui qui le préside actuellement est quelqu'un qui est un danger pour l'humanité tout entière

22:06
Présentateur

Alors Jean-Luc Mélenchon a proposé récemment de rebaptiser le français je préférerais qu'on dise que nous parlons tous le créole c'est ce qu'il a dit dans un colloque à l'Assemblée nationale la langue ça ne doit pas être un patrimoine et un outil d'intégration comme le dit le ministre de la justice

22:21
Mathilde Panot

Moi je trouve que c'est une très bonne polémique qui nous a été faite par l'extrême droite parce que alors j'explique dans quel cadre ça a été fait c'est quoi que l'extrême droite

22:29
Présentateur

qui conteste ça

22:29
Mathilde Panot

Oui la droite et l'extrême droite beaucoup quand même qui monte au plafond Donc c'est un colloque qui a été organisé par le député insoumis Aurélien Taché suite à un rapport qui avait été fait sur la francophonie Il se trouve que la langue française n'appartient pas au seul français puisqu'il y a aujourd'hui 350 millions de locuteurs dans le monde dont 60% se trouvent en Afrique et que d'ici 2050 on parle de 700 millions de locuteurs dont 80 pourraient se trouver en Afrique Donc la langue française appartient aux différents peuples qui l'ont en commun Et donc ce que Jean-Luc Mélenchon dit avec la créolisation de la langue la créolisation qui se fait par exemple à la fois dans les Caraïbes mais aussi au Sénégal en Afrique du Nord et bien c'est une proposition qu'a fait Aurélien Taché c'est que par exemple aux côtés de l'académie française on puisse avoir une académie de la francophonie comme langue commune ce qui je crois serait extrêmement intéressant

23:22
Présentateur

Vous entendez ce que dit l'ancien premier ministre Édouard Philippe de dire ce temps consacré à ça dans le débat public c'est ridicule il y a bien d'autres sujets il y a le climat

23:30
Mathilde Panot

Non c'est pas ridicule je vais vous dire parce que derrière c'est la question de la place de la France dans le monde qui est posée et dans la place de la France dans le monde c'est notamment comment est-ce que la France sort du passé colonial et construit des relations d'égalité et de respect avec les peuples et notamment avec les peuples africains quand vous avez un président de la République qui ose dire au président Burkinabé qu'il est parti réparer la clim lors d'une conférence de presse internationale et bien je crois que c'est ce mépris dont on ne veut plus et vous savez c'est Léopold Sédar Sangor qui comme premier président sénégalais avait notamment contribué à faire qu'il y ait des institutions sur la francophonie en disant que justement la francophonie pouvait être un outil de coopération entre les peuples qui se partagent cette langue

24:12
Locuteur non identifié

Merci infiniment Mathilde Panot d'avoir été l'invité de France Inter Merci à tous

"Compromis" sur les retraites : "Nous n'y croyons pas et nous n'y avons jamais cru", déclare Mathilde Panot — Mathilde Panot · Pourquijevote