Déclaration à la presse de Yannick Jadot et Benoît Hamon
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est la fin du début. L'aventure s'arrête aujourd'hui avec le vote de toutes celles et tous ceux qui avaient participé à la primaire écologiste et qui avaient confirmé ce qui était la pratique des écologistes depuis 1974, d'avoir un candidat pour porter nos idées, pour faire en sorte que le débat politique dans notre pays se concentre sur les enjeux de la nature, des femmes, des hommes, de notre santé, de celle de nos enfants, de l'Europe, de la démocratie. Avec ta désignation, ton élection à la primaire de la belle alliance populaire, le paysage a changé.
Le paysage a changé et puisque tu as fait aussi de l'écologie, de la relation au travail, de la reconstruction de l'Europe, de la revitalisation de nos institutions, tu en as fait le cœur de ta campagne et je crois le socle de ta victoire à cette primaire. Il était pour nous écologistes de notre responsabilité, non plus seulement de défendre nos idées, ce que nous faisons depuis des décennies, dans les combats du quotidien, mais de faire en sorte que nos idées gagnent dans la réalité de ce pays. Le mandat que j'avais reçu à la primaire écologiste, c'était que le prochain quinquennat soit écologique, social, européen, démocratique.
Le mandat que j'avais reçu, c'était qu'il y ait un candidat écologiste à l'élection présidentielle. Tu n'es pas totalement un candidat écologiste. Mais le principe que nous avions retenu quand nous avions fait en 2009 Europe Écologie, c'était « Je ne te demande pas d'où tu viens, je te demande où tu veux aller avec nous ». Et c'est ça le sujet de l'élection présidentielle qui vient. Il y a la candidate du nauséabond, de la xénophobie, du repli identitaire. Il y a les candidats de l'immobilisme, aller dans la même direction en accélérant toujours la vitesse du train vers le mur, ou la vitesse du bus vers le mur. Et puis, il y a une dynamique de l'espérance.
Cette dynamique de l'espérance, c'est notre responsabilité. Et je pèse mes mots quand je considère que c'est notre responsabilité devant l'histoire de notre pays. Jamais notre pays n'a été autant polarisé. Jamais il peut, dans une même élection, tomber dans le pire ou dans le meilleur. Le meilleur, c'est nous. Le meilleur, c'est le point de départ de cette plateforme présidentielle qui vise évidemment à s'élargir dès ce soir, dès demain, le plus largement possible aux Françaises et aux Français. La politique, c'est une affaire humaine. Et comme parce qu'elle est profondément humaine, elle est parfois faite de mesquinerie. Elle est parfois faite d'ambition personnelle.
Coluche avait la formule que je vais appliquer de manière un peu rigolote. Il y en a qui sont plus égaux que les autres. Mais elle est aussi, parce qu'elle est humaine, elle peut être totalement inacceptable quand elle laisse penser que les responsables politiques sont élus pour se goinfrer sur l'argent public, sont élus à l'échelle européenne, non seulement pour voler l'argent européen, mais pour profiter de l'immunité européenne que l'Europe procure, au moins temporairement.
Mais la politique, quand elle vise plus de partage, quand elle vise à lutter contre la souffrance humaine, contre la souffrance animale, quand elle vise à redonner l'espoir, quand elle vise à protéger la nature et toutes les espèces vivantes, quand elle vise à donner à chacune et à chacun sa parcelle de démocratie, sa parcelle de pouvoir, de retrouver la maîtrise de sa vie dans un monde extrêmement difficile, la politique, quand elle fait ensemble, quand elle est le ensemble, eh bien la politique, elle est belle.
Et pour moi, aujourd'hui, cette plateforme présidentielle, ce rassemblement que dorénavant tu vas porter, c'est le plus beau message d'espoir que nous puissions donner aux Françaises et aux Français dans une situation bien compliquée. Donc tu auras la très lourde responsabilité de faire ça, mais parce que nous en avons parlé souvent, tu m'as dit régulièrement que ça n'était évidemment pas une aventure individuelle, que c'était une aventure collective. Et je crois que dès demain, en tout cas, les écologistes seront dans cette campagne pour porter l'espoir, pour porter l'espérance d'une vie meilleure et pour que demain soit meilleur qu'aujourd'hui. Merci. C'est comme ça que tu fais, non ?
Bien. Merci, Yannick. Merci à toi. Merci aux écologistes qui ont décidé démocratiquement par leur vote de faire confiance et de nous rejoindre et de s'inscrire dans ce rassemblement. Je me disais en t'écoutant, qu'est-ce qui a rendu possible cette convergence entre la culture politique qui est la tienne, la culture politique qui est la mienne et la culture politique et citoyenne de centaines, milliers, dizaines de milliers de militants aujourd'hui ? Et pourquoi ne l'avons-nous pas fait plus tôt ? Je pense qu'il y a une raison tout à fait essentielle.
C'est qu'un million deux cent mille électeurs lors d'une primaire ont demandé que cette aventure démarre, qu'elle aille jusqu'en mai à l'Elysée, qu'elle permette justement d'ouvrir de nouveaux horizons. Et c'est cela qui change tout. Ce qui change tout, c'est la légitimité que m'a donnée et que nous donne désormais le peuple de gauche à continuer à avancer en ce sens. La légitimité indiscutable qui me permet aujourd'hui de continuer à parler des grandes transitions qui sont celles que vit notre pays. Tu l'as évoqué en quelques mots.
Évidemment, ce rapport au travail qui est en train de changer en raison de la révolution numérique et la nécessité de repenser le partage du travail, la réduction du temps de travail, la manière de l'organiser pour faire face à ce que sera demain ou ce que seront les entreprises et la façon dont le travail sera organisé. Le choc lié à l'impact aujourd'hui de nos modes de production et de nos modes de consommation sur notre environnement, sur l'écosystème, l'échec et l'essoufflement d'un modèle de développement productiviste dont on voit aujourd'hui qu'il peut nous faire collectivement, nous conduire à notre perte collective à échéance de quelques décennies.
Et cette exigence-là, brûlante, m'a conduit, comme beaucoup d'autres, à repenser un certain nombre des convictions, des certitudes que je pouvais avoir les moins audacieux d'entre nous, en tout cas pensant que si tout cela était vrai, si le réchauffement climatique était désormais perceptible, si les atteintes à la biodiversité étaient partout, on pouvait peut-être encore s'acheter un délai supplémentaire, continuer encore un peu comme avant pour vérifier si, cette fois-ci, les solutions d'hier qui n'avaient pas fonctionné marcheraient peut-être. Ces solutions d'hier qui sont sur la table à l'élection présidentielle.
Quand François Fillon propose 500 000 fonctionnaires de moins, Emmanuel Macron en propose 120 000 de moins. Dans tous les cas, ce sera moins d'égalité, moins de services publics, et les Français les plus vulnérables qui seront touchés. Quand François Fillon propose de la TVA en plus, Emmanuel Macron propose de la CSG en plus. Tous les deux se retrouvant sur un point, le fait qu'il faut ou remettre en cause totalement l'ISF pour François Fillon, ou le remettre en cause pour ceux qui ont un gros patrimoine financier pour Emmanuel Macron. 100 milliards de réduction de la dépense publique pour François Fillon, 60 milliards pour Emmanuel Macron. Là encore, cela converge.
Les solutions d'hier qui ont pourtant échoué, quelle chance aurait-elle de fonctionner demain ? Et j'y ajoute que, pour l'un comme pour l'autre, je pense que dans le moment que nous vivons et que la France vit, nous ne pouvons pas, je le dis à tous mes concitoyens, à tous nos concitoyens, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir un président de la République indépendant et libre. Indépendant de toute influence d'une puissance étrangère.
Et aujourd'hui, qu'à voir Mme Le Pen et ses amitiés pour Donald Trump ou ses connivences avec Poutine, mes connivences avec Poutine que l'on retrouve aussi chez François Fillon, on a là des liens qui préparent mal les décisions que devra prendre la France si elle est confrontée à des prétentions nouvelles de la Russie aux frontières orientales de l'Union européenne, mais aussi indépendance vis-à-vis des puissances de l'argent.
Parce qu'au moment où il faudra opérer le tournant indispensable dans l'industrie automobile pour préparer les véhicules électriques, vis-à-vis de l'industrie chimique et pétrolière pour préparer le tournant de l'énergie et des énergies renouvelables, vis-à-vis également du lobby énergétique qui pèse aujourd'hui en France, qui ne le sait pas. Il faudra être indépendant. Indépendant suppose de ne pas avoir d'une manière ou d'une autre de liens financiers, économiques avec ce monde-là. Moi, j'ai pris un engagement que j'ai pris avant même que vous nous rejoigniez et qui est extrêmement clair et sur lequel je veux insister.
Pour toutes celles et ceux qui voudraient faire un don à cette campagne, je leur demanderai dès lors que ce don est important que je puisse rendre publique leur identité de façon à ce que personne n'ignore qui finance ma campagne électorale. Et je le redis à Marine Le Pen, à François Fillon et à Emmanuel Macron. Je n'ai aucune difficulté avec le fait que des gens fortunés financent vos campagnes. C'est la loi. Jusqu'à 7500 euros, on peut le faire. Mais il serait intéressant de savoir là où ils travaillent, pour qui ils travaillent. Et sont-ils nombreux à travailler, par exemple, pour des entreprises qui vivent de la commande publique ?
Sont-ils nombreux à travailler pour des entreprises de l'énergie ? Sont-ils nombreux à travailler pour des laboratoires pharmaceutiques ? Sont-ils nombreux à travailler pour l'industrie bancaire et assurancielle ? Cette information, les Français sont légitimes à la demander et à la connaître. Et j'insiste sur ce point, car les choix politiques que le futur président de la République devra faire, ces choix pour élargir sur le champ de la démocratie et changer nos institutions. Ces choix, il devra les faire face à de puissants lobbys privés qui, aujourd'hui comme hier, voudront défaire ce que le peuple a souhaité.
Et c'est la raison pour laquelle la modernité, aujourd'hui, commande, en démocratie, notamment en France, de faire la transparence sur les conditions du financement de la campagne électorale. Avant même que la loi ne m'y oblige, j'ai choisi pour ce qui me concerne de le faire. Et je demande aux autres candidats qui prétendent à la fonction suprême au regard des choix politiques qu'il faudra faire demain, de la difficulté de ces choix, de la nécessité de résister à un certain nombre de lobbys, je leur demande de faire, aujourd'hui, la même chose. Alors, je voudrais poursuivre en disant que j'avais dit dans la campagne que je ne serais plus socialiste sans être écologiste.
Et en fait, ça fait assez longtemps qu'à mes yeux, comme aux yeux de beaucoup d'autres, cette conviction est forte. Encore une différence, c'est que ce qui montre que je suis encore un peu socialiste et que tu me permettras, et je la garderai jusqu'au bout, je garderai ma cravate et je t'inviterai à la porter un jour. Mais, bon, mais nos identités demeurent. Je reste, moi, un homme de gauche matricé par l'aspiration à l'égalité, à la justice sociale. J'y crois profondément, comme je sais, tu y crois, et avec une culture politique qui est une culture différente, écologiste, et qui trouve racine dans des combats politiques qui sont menés depuis des décennies.
Et je ne prends pas à la légère la décision que vous avez prise. Je veux dire, c'est un immense honneur pour moi d'avoir la reconnaissance de la famille politique qui est la vôtre, au regard des combats politiques qu'elle a menés, mais surtout au regard des succès qu'elle a obtenus. Parce que le principal succès que vous avez obtenu, paradoxalement, tient au fait, aujourd'hui, que je puisse devenir le candidat des écologistes.
Ça veut dire que les combats politiques qui ont été les vôtres, sur la transition écologique, la transition énergétique, la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique, la question essentielle de la préservation de la biodiversité, sur ces combats-là, aujourd'hui, culturellement, le pays a changé, culturellement, la gauche s'est transformée. Et si on y regarde de près, toutes les familles politiques de la gauche pensent aujourd'hui qu'il est urgent de planifier une conversion écologique de notre économie, tant au niveau national qu'au niveau européen. Les bases, là encore, d'un rassemblement plus large existent, et nous le savons, toi comme moi, sur le fond.
Donc oui, pour moi, c'est un engagement puissant, un engagement fort, un engagement sincère. Je reçois le choix que vous faites comme un immense honneur, comme j'avais reçu comme un immense honneur la décision démocratique de celles et ceux qui étaient venus voter aux primaires de gauche de me confier la responsabilité de succéder à François Mitterrand, à François Mitterrand, à Lionel Jospin, candidat, à Ségolène Royal, à François Hollande, une immense responsabilité. Et je reçois de la même manière aujourd'hui le choix que vous faites comme un immense honneur et une immense responsabilité.
Alors maintenant, je vais vous dire, on a beaucoup parlé des discussions entre les écolos et les socialistes. Le rassemblement ne s'arrêtera sans doute pas là, mais il nous revient de nous projeter vers l'avant. Il y a aujourd'hui une campagne qui est minée par quoi ? Par les affaires qui concernent Mme Le Pen et François Fillon et qui finalement saturent l'espace public, par le feuilleton amoureux d'Emmanuel Macron avec une partie de la droite française et qui scelle le contrat de mariage à coût de dizaines de milliers de fonctionnaires en moins ou de dizaines de milliards d'euros d'économie de la dépense publique en plus. Il faut en sortir et nous concentrer aujourd'hui sur l'essentiel.
Et l'essentiel est de revenir à ce qui fait le quotidien des Français. Le travail qui aujourd'hui se raréfie et qui ne permet pas même quand on en a un de vivre correctement. La question aujourd'hui est essentielle de la santé. Elle passe par la lutte contre les déserts médicaux, le fait de sauver l'hôpital, mais aussi la prise en compte de ce que sont les réalités aujourd'hui des grandes questions de santé, santé environnementale, maladies chroniques plutôt que maladies infectieuses et obligation aujourd'hui de tourner nos politiques de santé davantage vers la prévention. Prise en compte de la transition démographique et de la question centrale du vieillissement.
Comment répondrons-nous demain au vieillissement de la population ? Comment répondrons-nous notamment aux familles les plus pauvres pour qu'elles puissent permettre à leurs parents d'être prises en charge de manière correcte, qu'il s'agisse d'établissements publics ou qu'ils s'agissent d'établissements collectifs ou que ce soit à domicile ? Il y a évidemment la question démocratique. Nous en avons parlé longuement, mais moi, je souhaite une 6e République. Mais pourquoi une 6e République ? Parce que notre système démocratique est absolument un bout de souffle.
Qui ne voit pas aujourd'hui que la plupart des décisions sont prises sans les citoyens, là où elles sont les plus importantes et là où elles les concernent directement. Et ce dont nous avons parlé, ce n'est pas juste d'un bricolage institutionnel. Nous avons parlé ensemble des conditions pour faire respirer la démocratie et permettre justement que nos citoyens retrouvent le pouvoir que la 5e République, finalement, leur a progressivement repris. Sur toutes ces questions-là et la question européenne, nous avons décidé de proposer un horizon commun, de nous tourner vers l'avenir.
J'ai parlé d'un futur désirable et j'assume aujourd'hui de dire que face au futur sinistre qui est celui de Marine Le Pen, face au futur gris qui est celui d'Emmanuel Macron et de François Fillon qui ne proposent que la perpétuation du système tel qu'il est, il faut incarner un futur désirable. Et autour de ce projet politique, il y a une majorité sociale qui peut se transformer demain en majorité politique. Je le crois profondément, aussi bien sur la question écologique que sur la question sociale, cette majorité sociale existe. Il nous revient de la transformer en majorité politique. Le premier acte que nous posons aujourd'hui est un acte puissant, fort.
Il montre qu'écologistes, socialistes, femmes et hommes de gauche décident de se rassembler au-delà des appareils. Et je terminerai par cela. Nous ne gagnerons qu'à la seule et unique condition que cette campagne présidentielle déborde des appareils, des formations politiques. qu'elle soit une campagne citoyenne. Et moi, je prends ici l'engagement que pendant les deux mois qui viennent, au-delà du rôle important des formations politiques, cette campagne soit d'abord une campagne citoyenne, une campagne qui plonge dans ce que sont les racines de notre pays et donc les aspirations profondes de nos concitoyens. Il a été un moment important où les appareils devaient se mettre en route.
Ils le sont, c'est très bien. est venu le moment de commencer la campagne citoyenne. Je la ferai avec toi. C'est une immense joie pour moi que de la faire à tes côtés. Nous sommes désormais plus forts. Ensemble, faisons battre le cœur de la France.
J'ai oublié de dire un petit mot qui n'est pas anodin, vous allez le voir. Il y a ici Eva Joly, Noël Mamère, Dominique Voinet, Aurémetla, José Bové. Tous ces candidats à l'élection présidentielle ont soutenu ce rassemblement. Mais à une seule condition, Benoît.
C'est de gagner.
C'est de gagner.
Je ne garantis pas que ce siège de campagne soit sans perturbateurs endocriniens. Ça viendra après quand nous aurons gagné l'élection présidentielle. Mais en tout cas, le vin est bon. Voilà, si vous voulez le voir. Donc forcément, forcément. Bon après-midi et puis on avance jusqu'en mai prochain pour la victoire.
Et merci à celles et ceux qui ont négocié cette formidable plateforme. Il y a eu un très gros boulot. Merci. Merci.
Yannick Jadot