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interviewFrançois Ruffin· 4 février 2026 4 min

« Il faut casser la gueule aux Chinois »

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il faut casser la gueule aux Chinois. Voilà ce qu'a déclaré Serge Papin, le ministre du commerce. Et je veux dire avec force combien je suis opposé à ça.

Exiger une politique commerciale, ce n'est pas sombré dans le racisme et la xénéophobie. C'est bien distinguer ce qui est de l'ordre du choix économique d'ouverture ou de fermeture des échanges sans la moindre haine à l'égard des peuples ou même de leurs dirigeants. Et vous savez ce que j'observe c'est que ce sont les nouveaux convertis qui se font les plus fanatiques.

Ceux qui ont accepté l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce. ceux qui ont signé les traités de libre échange Tazimut et encore dernièrement avec l'Inde. Ceux qui ont applaudi depuis toujours à la mondialisation, ceux qui comme Emmanuel Macron il y a 2 ans encore se sont rendus à Pékin sans dire un mot, un seul mot en présence du président chinois sur les protections tarifaires.

Ce sont eux maintenant qui viennent prétendre être les champions de ce combat. Quand le marché américain se ferme, qu'est-ce qui se passe ? qui se passe que la Chine vient déverser sa surproduction sur le marché européen.

Donc en urgence, il faut établir ses protections. Mais ça ne suppose en aucun cas de traiter la Chine, son peuple et même ses dirigeants comme des adversaires ou des ennemis. Non, ça doit se faire dans l'échange, dans la discussion et dans la négociation.

Quoi qu'on en pense, voilà une nation qui mérite le respect puisqu'en 30 ans, elle s'est élevée dans l'ordre économique, technologique, dans l'ordre de sa souveraineté. Et bien, on échange avec eux. Il faut leur dire, leur expliquer si besoin leur imposer que nous aussi nous voulons retrouver notre souveraineté.

Quand on se souvient qu'il y a 2 ans, 2 ans seulement, en avril 2023, Emmanuel Macron s'est rendu à Pékin et lors de ces discussions avec le président chinois, pas un seul moment, il n'a évoqué les 40 milliards de déficit commercial avec la Chine. Pas un seul moment, il n'a échangé avec eux sur la politique commerciale. Pas un seul moment, il a mis sur la table la liste des produits stratégiques sur lequels on souhaiterait se protéger.

Rien, il n'a rien pensé. Pourquoi ? Parce que nos dirigeants aujourd'hui ne pensent pas la politique commerciale.

Pour eux, ça va de soi qu'on doit être dans le libre échange mondialisé, que il est normal de continuer à signer des traités avec l'Inde, avec l'Indonésie, avec l'Australie, avec le Mexique, avec le Mercosour. Et quand ils font un virage à 180°, c'est en ayant rien pensé et en identifiant comme je le fais depuis des années et maintenant dans le programme les 100 produits, aliments, vêtements, médicaments, armement, l'acier évidemment sur lequel nous devons retrouver notre autonomie. Pour la pensée, ont-ils lu les livres d'Emmanuel Tod sur l'usigion économique ?

Ont-ils lu le Jean-Luc Gréot, ancien cadre du MEDF ? Ont-ils lu les ouvrages de Maurice Salé, prix Nobel d'économie ? On-ils lu les livres de Ajun Chang, histoire formidable, économiste surcoréen parti étudier aux États-Unis et qui dans les bouquins découvre l'histoire de son pays mais racontée par les Américains.

Comme quoi la Corée du Sud se serait élevée économiquement ? Comment ? par le libre échange, par la concurrence, par la mondialisation.

Il dit "Mais c'est l'inverse de tout ce que j'ai connu. Moi, dans le Corée du Sud de mon enfance, quand on mâchait un chewing-gum, on était un traître parce que c'était du chewing-gum américain et que ça produisait du déficit commercial. Quand on voyait des voitures américaines, on leur crachait dessus et c'est en fait l'État, un état stratège qui a construit des secteurs forts, par exemple les chantiers naval.

Nous avons des libéraux toujours à la tête de l'État mais qui aujourd'hui sont perdus, qui continuent à passer par le marché, par la concurrence, mais qui en vérité sont complètement perdus, qui ne sont pas adaptés à un ordre mondial où les États-Unis déjà avant Trump avec Biden avaient mis en place l'IRA. Donc oui, il nous faut la démondialisation, mais pour le faire, préférer l'original à la copie.